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  • Anne

La Molène





Étymologie :

  • MOLÈNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1265 moleine (Voc. plantes, Ms Harley 978, 140 a ds T.-L.). Sans doute dér., sur le modèle de verveine* (tout comme la molène, cette herbe a des fleurs en épis de cymes), de mol (mou*), cette plante ayant été ainsi nommée à cause de ses feuilles souples au duvet moelleux. Cf. a. angl. moleyne att. vers 1440 ds NED, angl. mod. mullein, tous deux empr. au fr..


Autres noms : Bouillon blanc.




Botanique :


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Symbolisme :


Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Cette plante à fleurs jaunes, familière des lieux incultes, dont les feuilles desséchées servaient jadis à faire des mèches de lampe, est surnommée "cierge (chandelier) de Notre-Dame" : la légende veut en effet que "la Sainte Vierge les recouvrait de pox pour s'en servir pour l'éclairage de la maison de Nazareth". Les sorciers, dit-on, appréciaient également les lampes à huile dont les mèches étaient constituées de feuilles de bouillon blanc considérant qu'elles étaient porpices aux rites magiques.

Le bouillon blanc a de grandes vertus de protection : des tiges de ses fleurs ayant servi à allumer le feu de la Saint-Jean et placées à demi brûlées au-dessus des portes des étables en écartent les maléfices. Qui s'en munie pour traverser une forêt n'a rien à craindre des animaux sauvages. Autrefois, "en Europe centrale, lorsque des comités de village se formaient pour traquer un loup-garou, les hommes portaient sur eux une pièce d'argent enveloppée dans une feuille de bouillon blanc.

La plante, censée donner force et courage, est tout spécialement recommandée à ceux qui portent de lourdes charges : s'ils en glissent une feuille dans leur foulard, "la charge leur paraît moins lourde et le seuil de la fatigue est reculé".

Dans le nord de l'Inde où du bouillon blanc ornent souvent les maisons et les étables en vertu de son heureuse influence, on en répand aussi, à l'époque des moussons, sur les berges des fleuves en crue, croyant empêcher ainsi les inondations.

Selon un usage des montagnards des Ozarks (Missouri), un jeune homme qui veut savoir s'il est aimé doit se rendre dans un pré, choisir une belle tige de bouillon blanc et la tordre dans la direction de la maison de l'élue de son cœur. Si, dix jours plus tard, a plante s'est redressée, le jeune homme est rassuré sur les sentiments qu'il inspire ; ce qui n'est pas le cassi le pied est mort.

Selon Hippocrate, le bouillon blanc soignait les blessures, tandis que Pline lui reconnaissait de grandes vertus pour les maladies pulmonaires. Plus tard, au Moyen Âge, il fut utilisé vontre les rhumatismes, furoncles, panaris, dartres et hémorroïdes.

Pour guérir les écrouelles, une jeune fille vierge devait placer sur le mal une feuille de bouillon blanc, chauffée et arrosée de vin et invoquer Apollon par cette formule : Neque Appollo pestum posse crescere quam nuda virgo restingat (Morvan). Les fiévreux, sans dire un mot et en récitant le chapelet, cherchaient un pied de la plante qu'une fois trouvé ils jetaient en l'air ; la fièvre disparaissait aussitôt. Dans la Vienne, on guérissait un chien enragé en le frottant avec le jus de bouillon blanc.

Le bouillon blanc, qui rend inoffensives les morsures de serpent, n'a pas toujours bonne réputation puisqu'en Anjou celui qui le piétine se perd et ne peut plus retrouver son chemin. Dans la Vienne, on soutient que "les personnes qui aiment et manient cete plante sont nées en hiver ; elles ne sont pas très amoureuses."

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Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale 2014 ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience à partir du moment où il est entré sur la voie de la Guérison avec l'Esprit des plantes :


"J'ai donné à une époque un cours dans lequel les élèves m'amenaient des patients à traiter. Un de ces patients était un homme d'un certain âge qui venait de sortir de l'hôpital. Il souffrait de leucémie et frôlait déjà la mort. Il avait abandonné sa carrière artistique et errait à la recherche d'un traitement qui pourrait lui épargner la souffrance de se derniers jours. Un voyage en rêve jusqu'à son âme m'a révélé un paysage intérieur aussi aride et désespéré que le plus rébarbatif des déserts. J'ai traité cet homme avec les esprits de deux plantes. Quelques jours après, il est retourné chez lui, et, peu de temps après, j'ai reçu cette lettre de l'élève qui assurait le suivi de son traitement :


"L'homme qui avait une leucémie, que nous avons vu plus tôt ce mois-ci, m'a appelé cette semaine pour me dire qu'il avait ressenti de bons résultats du traitement, et qu'il voulait venir me voir pour un autre traitement. Quand il est arrivé, il a commencé à me raconter ce qui lui était arrivé. Le lendemain de votre traitement, il s'était réveillé dans ce qu'il appelle "un état différent de conscience", qui ne l'a plus quitté depuis. Il a parlé de "s'être souvenu de qui il était" en allant dans une île où sa famille avait passé beaucoup de temps, et près d'une pierre portant une inscription, qui était importante pour lui, et qui un jour lui avait parlé.

La semaine dernière,son médecin a réduit de moitié sa dose de chimiothérapie parce que son nombre de leucocytes avait baissé de moitié. Il a nettoyé son atelier et a recommence à peindre. Il a eu ce qu'il appelle des "rêves lucides", et il parle du pouvoir thérapeutique de ces rêves.

Anticipant de son traitement, j'avais décidé d'utiliser sur l'esprit de la molène. Le jour précédent sa visite, j'ai moi-même trouvé de la molène dans une combe. Le lendemain matin, avant qu'il n'arrive chez moi, j'ai fait un autre voyage en rêve auprès de la molène. Je me suis retrouvé dans un endroit où un corbeau m'attendait au milieu d'un groupe de molènes. Près de là, il y avait un arbre, et, dans ses branches, des feuilles de molène et des plumes de corbeau entremêlées formant un nid. A cet endroit, quelqu'un ayant besoin de soins aurait été rempli d'un flot de bénédictions. Et, quand cette personne aurait été prête, le corbeau se serait envolé.

Quand notre patient est arrivé, je l'ai traité avec l'esprit de la molène. Alors qu'il était étendu sur la table de soins, il a entendu un corbeau devant ma fenêtre. Il a commencé à raconter une histoire selon laquelle il avait recueilli un bébé corbeau qui avait été offert à une de ses petites amies... Il avait alors préparé un nid pour lui, et en avait pris soin pendant des mois. Il m'a expliqué à quel point il s'était senti profondément impliqué, allant jusqu'à apprendre les mœurs des corbeaux. Et, quand le moment était venu, le corbeau dont il avait pris soin s'était envolé."


La chose la plus remarquable dans cette histoire est que le patient est entré dans un "état différent de conscience". Cette nouvelle conscience lui a permis de trouver un remède dans ses rêves et de retrouver la connexion magique avec la nature qu'il avait connue dans sa jeunesse. Dans cette magie, la vie valait à nouveau la peine d'être vécue, et le corps de cet homme a réagit en se mobilisant pour combattre la maladie. la preuve qu'il était guéri est qu'il a nettoyé son atelier et recommencé à peindre. En d'autres termes, il était ressuscité. il était revenu à la vie.

Grâce à une union extatique avec la nature, cet homme a obtenu une chance de survie, alors qu'avant il n'en avait aucune. Cependant, la guérison n'a rien à voir avec le fait de mourir ou non. La guérison a à voir avec le fait de vivre pleinement.J'espère que cet artiste a poursuivi une vie longue et fructueuse, mais, quelle que soit la date de sa mot, ce fut de toute façon un grand succès, parce qu'il avait réellement vécu entre-temps.

[...]

La molène bouillon-blanc, Verbascum thapsus, est une plante commune aussi bien dans le Nouveau Monde que dans l'Ancien. Ses feuilles sont douces, duveteuses comme de la flanelle. Sur les plantes de deux ans pousse une grande tige centrale avec des fleurs odorantes d'un jaune éclatant. Un macérat chaud de ces fleurs dans de l'huile d'olive est utilisé en gouttes pour les douleurs d'oreilles des enfants.

Souvent, dans mes rêves de plantes, je ne vois et je n'entends rien, mais j'éprouve une sensation intérieure précise. Si cette sensation est désagréable je fais l'hypothèse que la plante peut la guérir ; et, si elle est agréable, je suppose que l'esprit de la plante me montre les avantages qu'il a à offrir. Mon rêve avec la molène fut de ce type. Rien ne semblait se passer, et pourtant je me sentais dorloté et en sécurité, comme si ma mère venait juste de me donner un lait chaud, m'avait bordé dans mon lit dans des draps en flanelle de molène, et m'avait chanté une douce berceuse. Depuis lors, j'ai utilisé la molène pour apporter du confort et de la sécurité à beaucoup de personnes souffrant d'un déséquilibre de l'élément Terre."

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Molène raconte la sienne dans un conte venu de Bohême et intitulé "Trente" :


"Je suis chez moi partout et nulle part", se confiait gaiement la modeste princesse Molène. Elle portait une jaquette duveteuse, sa chevelure était ornée de fleurs jaunes. "Je me contente de peu : une poignée de sol pauvre et peut-être une belle histoire avant de m'endormir. Si vous le souhaitez, je vous en conterai une qui vient d'un très beau pays. Écoutez bien !"


Il était une fois une colline et, sur cette colline se trouvait une maison. Cette maison abritait une table à laquelle s'accoudait toute la journée un jeune homme paresseux. C'était un garçon beau et fort. Il avait de la force pour trente, si bien qu'on le surnomma ainsi : tout le monde l'appelait Trente. Hélas ! Il n'y avait pas plus fainéant que lui. Les voisins hochaient la tête, consternés, et demandaient souvent à sa mère :

"Comment se fait-il que votre fils soit aussi fort ? "

"Je n'en sais rien", répliquait alors la mère. "C'est peut-être l'infusion de molène que je lui préparais lorsqu'il était petit pour le protéger des maladies qui l'a rendu aussi costaud. Mais à quoi me sert sa force s'il reste toute la journée à ne rien faire ? Un jour il restera collé à sa chaise et ne se relèvera plus."

Un beau jour, le jeune homme en eut assez d'entendre les remontrances de sa mère.

"Cela suffit, maman ! Je descendrai dans la vallée pour chercher du travail comme garçon de ferme chez un riche paysan, puisque c'est cela que tu veux."

Ce fut facile à dire ! Trente, qui ne faisait pas un pas si ce n'était pas absolument nécessaire, devait tout d'n coup entreprendre un long voyage. il se laissa tomber de sa chaise en marmonnant et se mit à dévaler la pente sans réfléchir, faisant rouler devant lui un tas de pierres. Le riche paysan, qui était justement en train d'agrandir ses étables, se réjouit de ces pierres tombées du ciel.

"J'aurais besoin d'un rude travailleur comme toi", dit-il. "Voudrais-tu rester chez moi comme garçon de ferme ? "

"C'est bien pour cela que je suis venu," répondit le jeune homme, "mais, auparavant, payez-moi ce que vous me devez pour le travail que je viens d'effectuer avec toutes ces pierres."

Le maître l'autorisa gracieusement à emporter chez lui tout le blé qu'il serait capable de charger sur son dos. Bien mal lui en prit ! Il ne pouvait pas supposer, en effet, que Trente allait prendre d'un seul coup, et si promptement, tous les sacs de blé entassés dans la grange. Le lendemain matin, lorsque Trente se présenta pour demander ce qu'il avait à faire, son maître l'envoya dans la forêt pour couper du bois de chauffage. Trente fut de retour en un clin d’œil, portant sur son dos toute la forêt liée en un seul fagot.

"Je n'avais pas envie d'y aller deux fois", expliqua le singulier jeune homme en riant. "Pour tout vous dire, je suis extrêmement paresseux, du moins, c'est ce que ma mère prétend. Mais à présent, j'ai une faim de loup."

Affolé à l'idée que ce luron allait vider son garde-manger, le maître se mit à tergiverser :

"A l'impossible nul n'est tenu, mon brave. La récolte n'a rien donné à cause de la grande sécheresse. Va donc dans le verger et monte sur l'arbre pour y cueillir quelques fruits et te sustenter."

Le paresseux Trente ne l'entendit pas de cette oreille. Il n'allait tout de même pas se mettre à grimper aux arbres ! Il saisit plutôt par la bride le meilleur cheval du maître et le lança dans la frondaison. Aussitôt, les poires tombèrent comme la pluie. Le cheval, bien entendu, rendit son dernier soupir. Effrayé, le maître se mit à réfléchir pour savoir comment se débarrasser habilement du redoutable jeune homme. Il n'osait pas le renvoyer car ce brise-fer aurait immédiatement cherché querelle. Finalement, le paysan eut une idée. "Écoute-moi, mon garçon ! Tu es très fort. Toutefois, je suis prêt à parier que tu ne saurais pas rapporter un diable des enfers sur ton dos."

"Pourquoi pas ? " répliqua Trente.

" Et n'oserais-tu lui demander un sac rempli d'or ? "

"Pourquoi pas ? " grommela le jeune homme.

Ils conclurent donc un marché. l'enjeu en était précisément le sac d'or. Le maître se frottait les main, satisfait de la façon dont tout s'arrangeait.

Pendant ce temps, Trente regardait autour de lui en quête d'une arme. Ses yeux s'arrêtèrent sur des tenailles à charbon. "Prépare-toi, diable, je viens te chercher", menaça-t-il. "Je regrette seulement que l'enfer se trouve si loin ! " Et, comme il était le plus grand fainéant sur terre, Trente chargea sur ses épaules un lit en chêne pour pouvoir se reposer en chemin.

La route fut longue et à cela rien d'étonnant : le jeune homme passait la plupart du temps sous les couvertures. Il finit tout de même par arriver à la porte de l'enfer.

"Qui est-ce ? " demanda le roi des enfers en personne.

"Moi", répondit le jeune homme.

"Qui est ce moi ?" s'enquit le diable.

"Trente", marmonna le jeune homme. "Ouvrez tout de suite ou je transforme la porte en passoire."

Le diable prit peur, s'imaginant que trente coupe-jarrets se tenaient devant sa porte. Aussi l'ouvrit-il sans se faire prier. mal lui en prit ! A peine eut-il montré le bout de son vilain nez diabolique que Trente le saisit dans les tenailles à charbon et serra fort, à faire jaillir des larmes de douleur des yeux de Satan.

"Donne-moi un sac plein d'or ! " ordonna Trente. Le malheureux diable frappa le sol de son sa bot et, aussitôt, un énorme sac rempli de pièces d'or apparut devant eux.

" A quoi te servira-t-il ? Tu ne sauras même pas le porter", geignait le diable.

"Qui dit que je vais le porter ? " rit Trente. Il ordonna à Satan de mettre le sac au dos, s'allongea sur le lit, puis serra la queue du diable dans les tenailles.

"Et maintenant, tire ! En route ! " ordonna-t-il. Le diable tira de toutes ses forces et l'attelage disparut bientôt dans un nuage de poussière. Très vite, ils arrivèrent à la ferme. Le paysan resta comme foudroyé et Trente rit à gorge déployée :

"Ce sac d'or m'appartient, je l'ai gagné. en revanche, t peux garder le diable comme garçon de ferme", décida-t-il. Il chargea le sac sur son épaule aussi facilement que s'il s'était agit d'un simple oreiller d'enfant et rentra chez lui.

A compter de ce jour, Trente et sa mère, qui se moquait bien de savoir que les pièces d'or provenaient de l'escarcelle du diable, ne connurent plus de misère. Ceci prouve que, quand on boit de l'infusion de molène, on n'a peur de rien, pas même de l'enfer. Et le riche paysan ? Il n'arriva pas à déloger le diable de sa ferme. Pour s'en débarrasser, il finit par lui céder son âme."

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