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  • Anne

Le Frêne


Étymologie :

  • FRÊNE, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1100 nom d'un arbre et du bois de cet arbre (Roland, éd. J. Bédier, 2537 : hanstes de fraisne). Du lat. imp. fraxinus « frêne ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Fraxinus ; Arbre à regrets ; Aréchou ; Cantaridier ; Frâgne ; Fraisse ; Fréchô ; Frexo ; Hracho ; Oyarde ; Rèche ; Tantaliké.




Toponymie et patronymie :


Koni Häne et Michèle Kaennel Dobbertin, auteurs de "Le frêne, arbre aux mille vertus." (in : La Forêt, 2006, vol. 59, no 9, pp. 20-21) rapportent quelques noms issus du Frêne :


De nombreux noms de lieux témoignent de la présence de cet arbre, notamment en allemand :

- Eschenz, Eschental ou Eschenbach.

En France et en Suisse romande, les toponymes sont en général dérivés de la racine latine fraxinus ou du vieux français fraisse, frasse :

- Franoz, Fragnolet, Fregnolay, Fresnoy, Le Fraysse, Fraissinet, Freney, Frenière, Franière, Fragnire.

Dans le Nord et l’Est de la France, la racine germanique asch a ainsi donné

- Villeneuve d’Ascq, Eschbach, Achevilleb, ou encore Esch-sur-Alzette au Luxembourg…

Certaines familles bien connues en Suisse doivent leur nom au frêne. C’est le cas des Defresnoz, Dufresne, Dufrasne, Dufraisne et aussi des Esch, Escher, Eschenbach, Eschenmoser, Aschmann…

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Botanique :


Selon Koni Häne et Michèle Kaennel Dobbertin, auteurs de "Le frêne, arbre aux mille vertus." (in : La Forêt, 2006, vol. 59, no 9, pp. 20-21) :

Ses abondantes régénérations naturelles, son fort potentiel de croissance et la qualité de son bois font du frêne une essence importante en forêt de feuillus. En écologie, il est aussi, et à plus d’un titre, remarquable. Il accueille en effet de nombreuses espèces d’insectes et d’oiseaux et parfois de mammifères. Une cinquantaine d’espèces appartenant à tous les grands groupes d’insectes le fréquentent, parmi lesquels 17 lui sont exclusivement inféodés. Les samares mûres sont très appréciées des oiseaux granivores mais aussi des écureuils, qui en font une grande consommation. Les rameaux et les bourgeons des jeunes frênes font le régal de la faune, ce qui n’est pas toujours pour réjouir les forestiers! En automne, les feuilles tombent encore vertes et se décomposent très rapidement, produisant une litière riche en éléments minéraux.

Grâce à son réseau racinaire étendu et dense, le frêne contribue à la stabilisation de pentes menacées par des mouvements de terrain et tout particulièrement à celle des berges de torrents et rivières






Utilisations traditionnelles :


Koni Häne et Michèle Kaennel Dobbertin, auteurs de "Le frêne, arbre aux mille vertus." (in : La Forêt, 2006, vol. 59, no 9, pp. 20-21) nous rapportent des usages ancestraux liés au Frêne :


Dans le frêne, tout est bon. Dès le Mésolithique récent, son feuillage fut utilisé en tant que fourrage. Les feuilles étaient séchées puis engrangées pour l’hiver. Dans certaines vallées reculées de Suisse, des frênes destinés il y a encore quelques décennies à l’alimentation du bétail sont reconnaissables à leur taille en têtard pratiquée pour augmenter la production de feuillage. Très dur et élastique, le bois de frêne compte parmi les plus solides et les plus résistants à la flexion et aux chocs. La duraminisation commence lorsque l’arbre atteint 70 ans. Par ce processus plus ou moins fréquent selon les conditions des stations, l’aubier brun-jaune se transforme progressivement en duramen brun à brun foncé, une couleur qui ne correspond pas à la mode actuelle du bois clair.

Ses nombreuses qualités technologiques font du bois de frêne un produit très recherché. Il est très résistant, se rétracte peu et se prête bien au façonnage manuel ou mécanique. En aménagement intérieur, le bois de frêne à duramen clair est très demandé pour la production de parquets, de meubles, de marches ou de rampes d’escalier. Son élasticité est mise à profit dans la fabrication d’articles de sport : skis, luges, barres parallèles, avirons, javelots et arcs. Bien qu’il n’ait plus la même importance qu’à l’époque des charrons et des tourneurs sur bois, il est toujours très apprécié pour la confection de manches d’outils. L’usine de production de manches d’outils de Fischbach-Göslikon (Argovie), qui fut de son temps la plus importante de Suisse, utilisait chaque année environ 15 000 m3 de bois de frêne.

Amère et astringente, l’écorce des jeunes rameaux fut pendant longtemps utilisée en qualité de fébrifuge, ce qui valut au frêne le surnom de « quinquina d’Europe ». Reconnu comme anti-goutteux et anti-rhumatismal, le frêne est aussi appelé et à juste titre « l’arbre des centenaires ».

Mises à macérer dans de l’eau sucrée additionnée selon les recettes d’écorce d’orange, de houblon ou de chicorée, les feuilles de frêne produisent une boisson tonique, dépurative et rafraîchissante appelée frênette, cidre du pauvre, champagne de forêt, ou boisson des moissons. Dans certaines régions de France, ce soda primitif s’inscrit dans une tradition très ancienne.

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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Chez les Grecs de l'époque d'Hésiode, le frêne est un symbole de solidité puissante. Dans le fameux mythe des races, c'est le frêne qui engendre la race de bronze, bien différente de la race d'argent, filles des frênes, terrible et puissante. Le frêne, bois dont on faisait les hampes de lance, désigne aussi la lance elle-même.

Dans les traditions scandinaves, il est un symbole d'immortalité et de lien entre les trois niveaux du cosmos. Un poème scandinave le décrit :


Cet arbre sagement édifié qui plonge jusqu'au sein de la terre...

Je sais qu'il existe un frêne qu'on appelle Yggdrasil.

La cime de l'arbre est baignée dans de blanches vapeurs d'eau. De là découlent des gouttes de rosée qui tombent dans la vallée

Il se dresse éternellement vert au-dessus de la fontaine d'Urd.


Il est le géant, dieu de la fécondité :

Yggdrasil tremble,

Le frêne érecte,

Gémit le vieux tronc,

Et le géant se délivre ;

Tous frémissent

sur les chemins d'enfer...

(traduction de Régis Boyer)


Pour les peuples germaniques, le frêne Yggdrasil est l'arbre du monde : l'univers se déploie à l'ombre de ses branches, d'innombrables animaux s'y abritent, tous les êtres en dérivent. Il est toujours vert, car il puise une force toujours vive et renaissante à la fontaine d'Urd. Il vit de cette eau et en fait vivre l'univers. La fontaine est gardée par une des Nornes, qui sont les maîtresses du destin.

Le frêne enfonce ses trois principales racines, l'une dans la fontaine d'Urd ; l'autre dans le pays des glaces, Niflheim, pour atteindre la fontaine Hvergelmir, origine des eaux qui s'écoulent dans tous les fleuves du monde ; la troisième dans le pays des Géants où chante la Sagesse, Mimir. Les dieux germaniques se rassemblent au pied d'Yggdrasil comme les dieux grecs au sommet de l'Olympe, pour rendre la justice. Lors des grands bouleversements cosmiques, où un univers s'anéantit et cède la place à un tout autre univers, Yggdrasil reste immobile, debout, invincible. Ni les flammes, ni les glaces, ni les ténèbres ne l'ébranlent. Il sert de refuge à eux qui, ayant échappé aux désastres, repeupleront la terre. Il est le symbole de la pérennité de la vie, que rien ne peut détruire.

Dans les anciennes républiques baltes, frêne se dit d'un homme étourdi ou niais : car il est considéré comme aveugle. Il ne sait pas quand vient le printemps et reste très longtemps dénudé. Puis, à l'automne, craignant à nouveau de paraître ridicule, il se débarrasse de toutes ses feuilles d'un seul coup, et le premier (Latvi esu Tautas paskas un teikas, Riga, 1925-1937).

Le frêne est censé mettre en fuite les serpents : il exercerait sur eux une sorte de pouvoir magique, de telle sorte que si un serpent avait à choisir entre passer par les branches d'un frêne ou pas les flammes d'un foyer, il choisirait le chemin de ces dernières. Pline et Dioscoride signalent ces particularités, ajoutant qu'une tisane de feuilles de frêne mélangée au vin est d'une grande efficacité contre la puissance du venin. En Grande Kabylie, comme dans l'Europe nordique, nous retrouvons le frêne comme symbole de fécondité. Le frêne taslent est l"arbre de la femme par excellence, elle doit l'escalader pour couper les feuilles nécessaires à la nourriture des bœufs et des vaches ; c'est au frêne que doivent être suspendues certaines amulettes, tout particulièrement celles qui font battre le cœur des hommes. Premier arbre de la création, il n'est cependant que le second pour son utilité, venant tout de suite après l'olivier. Mais ce frêne fourrager n'est pas rassurant en tout point ; il est menaçant, comme tout ce qui comporte des pouvoirs magiques. Si un homme plante un frêne, il perdra un mâle de sa famille, ou sa femme ne mettra au monde que des enfants mort-nés ; tout ce qui est fécondité et vie est aussi, par compensation, un risque de prélèvement de vie et de fécondité."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Frêne a les caractéristiques suivantes :


« Quand le Frâgne boute, l'ivér est oute. »


L'espèce la plus connue en France est le Frêne élevé (Fraxinus excelsior). Toutefois les magiciens européens se sont servis plutôt des Frênes à fleurs des régions méditerranéennes, dit Frênes à la manne ; tels sont les Fraxinus ornus et Fraxinus rotundifolia.


Genre : Masculin

Planète : Soleil

Élément : Feu

Divinité : Odin (Wuotan) et ses trois femmes : lord, la terre inhabitée ; Frigg, la terre cultivée ; et Ring, la terre engourdie par l'hiver.

Pouvoirs : Protection ; Santé ; Rites marins ; Victoire à la guerre.


Le Frêne élevé occupe une grande place dans les légendes et croyances des anciens peuples établis sur les bords de la Baltique. Sa symbolique se rattache donc essentiellement aux mythologies germaniques et scandinaves. À mesure qu'on descend vers le sud, cet arbre perd sa suprématie. En Afrique du Nord, il a une réputation très Inférieure à celle du chêne. Voici ce qu'en disent les Kabyles : « C'en est fait des hommes qui guidaient les tribus; tout ce qui était intelligent est mort. Le zen [chêne] et le Frêne sont devenus égaux. Malheur 1 Prenez le deuil, ô mâts des navires [qui sont en chêne]. Ils disent aujourd'hui que les intestins et la bonne viande sont des parties égales. »

Pour les Allemands aussi, malgré le rôle cosmogonique dévolu au grand Excelsior dans les traditions de l'ancienne Germanie, le Frêne a souvent une signification sinistre. L'Askafroa n'était pas bienveillante ; elle pouvait faire beaucoup de mal, et on la fléchissait par un sacrifice fait le mercredi des Cendres (aschermittwoch), jour sinistre et funéraire. C'est la raison, sans doute, pour laquelle les rites de magie blanche font appel aux Frênes à la manne, laissant à la magie noire le Frêne élevé. Depuis très longtemps, les Scandinaves et les Anglo-Saxons sont pratiquement les seuls à attacher à cet arbre des vertus bénéfiques.

Utilisation rituelle : Pour les anciens Teutons, Cimbres, Goths, Sicambres, etc., le grand Frêne excelsior était l'arbre sacré par excellence : il représentait les piliers du ciel. Ils pensaient en effet qu'un Frêne géant, nommé Ygdrasill, soutenait le toit du monde. Là-bas, au fond des forêts de Germanie, ou sur les côtes battues par les tempêtes de la Frise, c'était sous des Frênes que les prêtres-sorciers accomplissaient les sacrifices humains dont les dieux du Nord sont gloutons..

Utilisation magique : La situation s'est modifiée au Moyen Age lorsque les magiciens du nord de l'Europe purent se procurer les ingrédients tirés des Frênes à la manne. Ceux-là poussent à Malte, en Crète et sur tout le littoral d'Afrique du Nord. Des incisions faites sur leurs tiges laissent échapper la manne, suc visqueux renfermant des huiles, essences et résines extrêmement intéressantes. On distingue en magie la manne en larmes, recueillie en juillet-août, et la manne en sorte, recueillie pendant les mois pluvieux et moins chauds d'octobre et novembre. L'une n'est pas plus recherchée que l'autre. Leurs utilisations sont simplement différentes.

Pour tous les rites liés à la santé, aux guérisons, à la protection, c'est la manne en sorte qui est employée. Tout herboriste en comprendra aussitôt la raison : nous sommes à la sève descendante ; l'arbre se prépare au repos hivernal; ses sucs vitaux retournent lentement vers les racines et la terre après s'être chargés pendant tout l'été en énergies telluriques et solaires.

Pour les rites liés à l'action, à l'emprise sur l'environnement, à la possession et au contrôle de choses matérielles, c'est bien sûr à la manne en larmes qu'on a recours : la terre bande ses énergies, craque, explose, le mouvement se fait cette fois-ci de bas en haut, comme si les forces puissantes mais aveugles de la densité voulaient s'élancer à l'assaut du Cosmos...

Ces résines sont soit brûlées comme encens, soit dissoutes dans des onguents, soit portées directement comme talisman. Un onguent destiné à un usage bien précis est composé de manne en larmes, mêlée à des essences de vanille, d'œillet, de musc, le tout finement incorporé à de la pulpe d'avocat ou de sagoutier (arbre à pain). Travaillez au mortier jusqu'à obtenir une crème lisse. Vous préparerez cela un mardi. Le fin du fin est d'ajouter à cette pâte trois ou quatre fourmis rouges carnassières. Travaillez, lissez. Le jour J, passez-vous un peu de cette pommade sur les reins, le tour de taille, l'intérieur des cuisses. Revêtez votre plus belle et plus soyeuse robe de chambre, allumez des bâtonnets d'encens, mettez une musique qui vous inspire, et attendez l'heureuse élue. L'homme qui s'est ainsi préparé pour recevoir sa dame doit être prêt à tout !

Mais le bois et les feuilles du vieil Excelsior des brumes du Nord ne sont pas dédaignés pour autant : sculptez une pièce de bois de Frêne en forme de croix aux branches égales. Portez-la comme protection contre la noyade lorsque vous êtes au bord de la mer. Dans les rituels marins, une croix identique représente le pouvoir des eaux.

Des feuilles de Frêne placées sous l'oreiller favorisent les rêves prophétiques.

Ainsi que la plupart des arbres, le Frêne est protecteur. Un bâton taillé dans son bois et suspendu au-dessus de la porte vous gardera des influences malignes ; de même qu'un bracelet d'écorce porté sur soi était jadis supposé protéger contre les pouvoirs négatifs, les ensorcellements et les conjurations. Des feuilles peuvent également être dispersées aux quatre coins de la demeure pour la protéger, ou être placées dans des sachets protecteurs.

Les baguettes magiques spécialement destinées à restituer la santé sont souvent confectionnées en bois de Frêne; quelques feuilles placées dans un bol d'eau qu'on laissera toute la nuit auprès du lit garderont contre la maladie.

Si une personne ou un animal a été mordu par un serpent, confectionnez-lui un collier en branches de Frêne. Il agira. Avoir avec soi une trousse de secours ne fera cependant de mal à personne, pas plus que de conduire l'intéressé à l'hôpital lorsque l'accident est arrivé...

Ce charme, parfaitement authentique et efficace, agit sans doute parce que les serpents éprouvent une répulsion naturelle pour les lieux où poussent des Frênes. Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, aucun reptile ne passera sous leur feuillage. Si vous brûlez du Frêne à Noël, vous aurez une surprise agréable avant le jour de l'An.

Si vous en brûlez à nouveau le soir de la Saint-Sylvestre, la prospérité vous visitera pendant l'année qui s'annonce. C'est en tout cas ce qu'affirme une croyance populaire norvégienne. Quoi qu'il en soit, profitez donc des soirées d'hiver pour sculpter des poupées, des statuettes, dans ses racines. La tâche ne sera pas aisée car le bois est excessivement dur -l'un des plus durs que l'on puisse trouver. Mais la récompense vous fera vite oublier le mal que vous vous serez donné : ces poupées agissent comme médiatrices entre votre foyer et les mondes supérieurs. Celles qui sont habillées en filles intercèdent pour vous auprès des déesses ; celles qui sont habillées en garçons sont vos fidèles commissionnaires auprès des dieux.

Dernière précaution : le Frêne élevé au nord de l'Europe est l'un des arbres qui attire le plus la foudre. Ne restez jamais sous ses branches pendant un orage

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Arnaud d'Apremont auteur de B. A.- BA Tradition nordique, (Éditions Pardès, 2000), nous apprend que :


"Selon les textes eddiques, Yggdrasil est le plus grand et le meilleur des arbres. Il est le Cosmos vivant. Après qu'Ymir ait été démembré, le grand 'Tout' devient un nouvel être vivant, organique, et c'est Yggdrasill. Littéralement, e nom signifie "destrier du redoutable" (le "Redoutable", Ygg, étant un surnom d'Odin). On a donc, outre ml'association homme-arbre/microcosme-macrocosme, une liaison arbre-cheval qui caractérise l'imprégnation chamanique de la tradition nordique. Nous aurons l'occasion de reparler de cette dimension chamanique d'Yggdrasil en évoquant le dieu Odin.

Yggdrasill est un élément - l'élément - de stabilité dans le monde. Sans arrêt, il est exposé aux agressions des forces de dissolution. Des serpents rongent ses racines en permanence. Au moment de Ragnarök, il "frémit de toute sa hauteur. il gémit le vieil arbre" (Völuspa, st. 47). Mais il ne rompt pas. "Fer ni feu ne l'entament" (Fjölvinnsmal, 14). Et finalement rien peut en venir à bout.

D'après les textes eddiques, Yggdrasill serait un frêne (comme le premier home Ask). Mais il existe d'autres versions du mythe nordique faisant de l'arbre du monde un if (notamment au Danemark ou en Suède) ou un chêne (notamment en Germanie continentale). Il est toutefois intéressant de noter qu'en vieux norrois, "if" se dit parfois barraskr, c'est-à-dire littéralement "frêne à aiguilles". Au demeurant, un professeur de l'université de Greiz (Allemagne). M. Kukowka, aurait découvert qu'en période de chaleur, l'if émettrait une toxine gazeuse tenace, émanation susceptible de provoquer des hallucinations chez un individu se trouvant en-dessous. On ne peut s'empêcher de songer à la relation entre Yggdrasil et les pratiques runico-divinatoires.

Yggdrasill est le pilier-axe de la cosmogonie nordique. Autour de celui-ci, les textes anciens disent que se répartissent, selon les versions, trois ou neuf (3 x 3) mondes. Les trois sont Asgard (le monde des dieux), Midgard (le monde du milieu, autrement dit, celui des hommes) et Utgard (littéralement, le monde extérieur, autrement dit, celui qui incorpore tous les êtres ou choses n'entrant pas dans les deux précédents)."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Cet arbre à la hauteur parfois vertigineuse fut un symbole de grandeur. Cela n'empêchait pas les hommes des temps jadis d'en couper les branches et les rameaux pour nourrir leurs chèvres, car elles en sont friandes et leurs vertus, dit-on, les immunisent contre toutes les maladies de ces animaux à la constitution fragile.

Les Celtes employaient du bois de frêne pour confectionner leurs javelots, leurs lances et leurs flèches. A l'instar des chamans indiens d'Amérique, les druides invoquaient le frêne pour faire venir la pluie durant les périodes de sécheresse. Mais c'est surtout dans la mythologie germanique et scandinave que cet arbre joue un rôle essentiel. Il est Yggdrasill, le cheval d'Odin, le père des dieux, le dieu des poètes, des morts, de la guerre, de la magie, de l'extase et des runes.Il est l'Arbre du Monde. Selon l'Edda, le récit mythique et poétique de la création et de l'histoire du monde des Germains, Yggdrasill, le Grand Frêne, est planté au centre du monde, qu'il domine et recouvre de ses branches gigantesques touchant et pénétrant le ciel. Il est pourvu de trois racines tout aussi fabuleuses. La première d'entre elles se trouve dans le monde des dieux. La seconde est dans le monde des géants de glace qui peuplèrent la Terre avant que l'homme n'apparaisse. La troisième plonge dans le Niflheimer, littéralement "le monde nébuleux", l'équivalent de l'Hadès des Grecs ou de l'Au-delà des Égyptiens. Mais au-dessous de cette troisième racine, prend naissance la source de toute vie, la source du Monde, Hvergemir, dont le nom signifie "le chaudron qui gronde", qui alimente toutes les sources, rivières et fleuves de la Terre. Ainsi