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  • Anne

Le Frêne



Étymologie :

  • FRÊNE, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1100 nom d'un arbre et du bois de cet arbre (Roland, éd. J. Bédier, 2537 : hanstes de fraisne). Du lat. imp. fraxinus « frêne ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :





















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Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Chez les Grecs de l'époque d'Hésiode, le frêne est un symbole de solidité puissante. Dans le fameux mythe des races, c'est le frêne qui engendre la race de bronze, bien différente de la race d'argent, filles des frênes, terrible et puissante. Le frêne, bois dont on faisait les hampes de lance, désigne aussi la lance elle-même.

Dans les traditions scandinaves, il est un symbole d'immortalité et de lien entre les trois niveaux du cosmos. Un poème scandinave le décrit :


Cet arbre sagement édifié qui plonge jusqu'au sein de la terre...

Je sais qu'il existe un frêne qu'on appelle Yggdrasil.

La cime de l'arbre est baignée dans de blanches vapeurs d'eau. De là découlent des gouttes de rosée qui tombent dans la vallée

Il se dresse éternellement vert au-dessus de la fontaine d'Urd.


Il est le géant, dieu de la fécondité :

Yggdrasil tremble,

Le frêne érecte,

Gémit le vieux tronc,

Et le géant se délivre ;

Tous frémissent

sur les chemins d'enfer...

(traduction de Régis Boyer)


Pour les peuples germaniques, le frêne Yggdrasil est l'arbre du monde : l'univers se déploie à l'ombre de ses branches, d'innombrables animaux s'y abritent, tous les êtres en dérivent. Il est toujours vert, car il puise une force toujours vive et renaissante à la fontaine d'Urd. Il vit de cette eau et en fait vivre l'univers. La fontaine est gardée par une des Nornes, qui sont les maîtresses du destin.

Le frêne enfonce ses trois principales racines, l'une dans la fontaine d'Urd ; l'autre dans le pays des glaces, Niflheim, pour atteindre la fontaine Hvergelmir, origine des eaux qui s'écoulent dans tous les fleuves du monde ; la troisième dans le pays des Géants où chante la Sagesse, Mimir. Les dieux germaniques se rassemblent au pied d'Yggdrasil comme les dieux grecs au sommet de l'Olympe, pour rendre la justice. Lors des grands bouleversements cosmiques, où un univers s'anéantit et cède la place à un tout autre univers, Yggdrasil reste immobile, debout, invincible. Ni les flammes, ni les glaces, ni les ténèbres ne l'ébranlent. Il sert de refuge à eux qui, ayant échappé aux désastres, repeupleront la terre. Il est le symbole de la pérennité de la vie, que rien ne peut détruire.

Dans les anciennes républiques baltes, frêne se dit d'un homme étourdi ou niais : car il est considéré comme aveugle. Il ne sait pas quand vient le printemps et reste très longtemps dénudé. Puis, à l'automne, craignant à nouveau de paraître ridicule, il se débarrasse de toutes ses feuilles d'un seul coup, et le premier (Latvi esu Tautas paskas un teikas, Riga, 1925-1937).

Le frêne est censé mettre en fuite les serpents : il exercerait sur eux une sorte de pouvoir magique, de telle sorte que si un serpent avait à choisir entre passer par les branches d'un frêne ou pas les flammes d'un foyer, il choisirait le chemin de ces dernières. Pline et Dioscoride signalent ces particularités, ajoutant qu'une tisane de feuilles de frêne mélangée au vin est d'une grande efficacité contre la puissance du venin.

taslent En Grande Kabylie, comme dans l'Europe nordique, nous retrouvons le frêne comme symbole de fécondité. Le frêne taslent est l"arbre de la femme par excellence, elle doit l'escalader pour couper les feuilles nécessaires à la nourriture des bœufs et des vaches ; c'est au frêne que doivent être suspendues certaines amulettes, tout particulièrement celles qui font battre le cœur des hommes. Premier arbre de la création, il n'est cependant que le second pour son utilité, venant tout de suite après l'olivier. Mais ce frêne fourrager n'est pas rassurant en tout point ; il est menaçant, comme tout ce qui comporte des pouvoirs magiques. Si un homme plante un frêne, il perdra un mâle de sa famille, ou sa femme ne mettra au monde que des enfants mort-nés ; tout ce qui est fécondité et vie est aussi, par compensation, un risque de prélèvement de vie et de fécondité."

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Arnaud d'Apremont auteur de B. A.- BA Tradition nordique, (Éditions Pardès, 2000), nous apprend que :


"Selon les textes eddiques, Yggdrasil est le plus grand et le meilleur des arbres. Il est le Cosmos vivant. Après qu'Ymir ait été démembré, le grand 'Tout' devient un nouvel être vivant, organique, et c'est Yggdrasill. Littéralement, e nom signifie "destrier du redoutable" (le "Redoutable", Ygg, étant un surnom d'Odin). On a donc, outre ml'association homme-arbre/microcosme-macrocosme, une liaison arbre-cheval qui caractérise l'imprégnation chamanique de la tradition nordique. Nous aurons l'occasion de reparler de cette dimension chamanique d'Yggdrasil en évoquant le dieu Odin.

Yggdrasill est un élément - l'élément - de stabilité dans le monde. Sans arrêt, il est exposé aux agressions des forces de dissolution. Des serpents rongent ses racines en permanence. Au moment de Ragnarök, il "frémit de toute sa hauteur. il gémit le vieil arbre" (Völuspa, st. 47). Mais il ne rompt pas. "Fer ni feu ne l'entament" (Fjölvinnsmal, 14). Et finalement rien peut en venir à bout.

D'après les textes eddiques, Yggdrasill serait un frêne (comme le premier home Ask). Mais il existe d'autres versions du mythe nordique faisant de l'arbre du monde un if (notamment au Danemark ou en Suède) ou un chêne (notamment en Germanie continentale). Il est toutefois intéressant de noter qu'en vieux norrois, "if" se dit parfois barraskr, c'est-à-dire littéralement "frêne à aiguilles". Au demeurant, un professeur de l'université de Greiz (Allemagne). M. Kukowka, aurait découvert qu'en période de chaleur, l'if émettrait une toxine gazeuse tenace, émanation susceptible de provoquer des hallucinations chez un individu se trouvant en-dessous. On ne peut s'empêcher de songer à la relation entre Yggdrasil et les pratiques runico-divinatoires.

Yggdrasill est le pilier-axe de la cosmogonie nordique. Autour de celui-ci, les textes anciens disent que se répartissent, selon les versions, trois ou neuf (3 x 3) mondes. Les trois sont Asgard (le monde des dieux), Midgard (le monde du milieu, autrement dit, celui des hommes) et Utgard (littéralement, le monde extérieur, autrement dit, celui qui incorpore tous les êtres ou choses n'entrant pas dans les deux précédents)."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Cet arbre à la hauteur parfois vertigineuse fut un symbole de grandeur. Cela n'empêchait pas les hommes des temps jadis d'en couper les branches et les rameaux pour nourrir leurs chèvres, car elles en sont friandes et leurs vertus, dit-on, les immunisent contre toutes les maladies de ces animaux à la constitution fragile.

Les Celtes employaient du bois de frêne pour confectionner leurs javelots, leurs lances et leurs flèches. A l'instar des chamans indiens d'Amérique, les druides invoquaient le frêne pour faire venir la pluie durant les périodes de sécheresse. Mais c'est surtout dans la mythologie germanique et scandinave que cet arbre joue un rôle essentiel. Il est Yggdrasill, le cheval d'Odin, le père des dieux, le dieu des poètes, des morts, de la guerre, de la magie, de l'extase et des runes.Il est l'Arbre du Monde. Selon l'Edda, le récit mythique et poétique de la création et de l'histoire du monde des Germains, Yggdrasill, le Grand Frêne, est planté au centre du monde, qu'il domine et recouvre de ses branches gigantesques touchant et pénétrant le ciel. Il est pourvu de trois racines tout aussi fabuleuses. La première d'entre elles se trouve dans le monde des dieux. La seconde est dans le monde des géants de glace qui peuplèrent la Terre avant que l'homme n'apparaisse. La troisième plonge dans le Niflheimer, littéralement "le monde nébuleux", l'équivalent de l'Hadès des Grecs ou de l'Au-delà des Égyptiens. Mais au-dessous de cette troisième racine, prend naissance la source de toute vie, la source du Monde, Hvergemir, dont le nom signifie "le chaudron qui gronde", qui alimente toutes les sources, rivières et fleuves de la Terre. Ainsi, selon la légende mythique de l'Edda, le frêne est à l'origine de la vie. C'est l'axe du monde, l'Arbre de vie.

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Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015),


"Vigoureux, Psehtin (Fraxinus americana) peut atteindre quarante mètres. Ses racines s'enfonçant dans la Terre à une profondeur égale à sa futaie dans le Ciel, il est le médiateur qui obtient la communion entre le Bas et le Haut, entre l'être humain et le Grand Mystère.

Les Lakota ont élu Frêne pour représenter tous les arbres de la création ainsi que l'homme en son individualité en façonnant le tuyau de la Pipe Sacrée dans son bois. C'est lorsqu'il est jeune et bien droit qu'il est choisi, de préférence par temps orageux, "avant le premier coup de tonnerre. L'arbre sentant la foudre, retient sa sève sans ses racines ; ainsi le bois ne fendra pas"... Mais le cueillir fin décembre, alors que la sève est au plus bas, reste sans doute la simplicité. Si autrefois le morceau sélectionné était coupé en deux, évidé dans le sens de la longueur et les bords recollés afin de permettre à la fumée de circuler, aujourd'hui, la moelle fraîche est bien vite percée à l'aide de baguettes métalliques rougies au feu. Écorcé, le tuyau devra sécher quelques temps avant d'être travaillé.

Dans les temps anciens, les Indiens préparaient Frêne bien avant qu'il devienne véhicule de la fumée. Sur pied, ils enlevaient "les yeux", les petites branches, afin qu'il sot droit. Les tuyaux pouvaient être très longs et sculptés. La Pipe activée était alors passée de l'un à l'autre des fumeurs par un Servant.

La beauté des objets était importante, car elle engendre une émotion qui conduit au monde spirituel. Ne pas oublier de prier et d'offrir du tabac avant de prendre et de panser les plaies causées à l'arbre avec de la terre.

Les Anciens qui avaient l'expérience, la connaissance et n'étaient plus très mobiles, confectionnaient les arcs avec Frêne jeune. Il devait être haut du pied à la taille de l'utilisateur. Après l'avoir cintré et mis sur une forme pour une bonne préhension, ils le frottaient avec de la graisse. Lorsque le bois était sec, ils pratiquaient des entailles à chaque extrémité pour tendre une corde tressée avec des tendons de Bison ou autre gros animal. La stabilité s'exerçait, puis l'arc était alors poncé et décoré. Les Anciens effectuaient aussi les réparations.

"Le club" du jeu lacrosse pouvait être façonné dans les rameaux de Frêne Commun. Le bois était aminci, taillé pour être recourbé et ligaturé avec des liens de cuir cru. Une sorte de panier permettait de recevoir et de renvoyer la balle qui était en peau. Le jeu du cerceau était dédié à la chasse. Sur un cercle de Frêne, étaient entrecroisées des lanières de cuir cru qui laissaient apercevoir un orifice. Le but était de faire passer un bâton fourchu, alors que le cerceau roulait, au travers du centre, le "cœur".

Il y a bien longtemps les épieux étaient de Frêne ; la pointe passée au feu devenait aussi dure que la pierre.

Une lamelle de Frêne, prélevée par éclatement du fil du bois, servait de support pour le tambour individuel. Elle était courbée et ligaturée pour lui donner sa forme arrondie. Une peau de Cerf ou d'Antilope venait couvrir ce support. Percée en bordure et tenue au dos par des bandes de cuir cru tressés, la finition symbolisait la roue médecine, la route des Directions dans un cercle, le Cercle de Vie."

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Symbolisme celte :


Selon Sabine Heinz auteure des Symboles des Celtes (1997, traduction française : Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Le bois de frêne sert lui aussi de matière brute. Avec le chêne et l'if, le frêne est l'arbre le plus important de la littérature irlandaise. Dans l'histoire The Fairy Palace of the Wuicken Trees, ("Le Palais des Elfes près des frênes"), ils forment, recouverts de leurs fruits rouges, la frontière entre l'Autre Monde et l'ici-bas.

D'autres aspects du frêne, comme par exemple le motif de l'homme (sauvage) habitant un arbre ou celui de la source nourricière, sont bien décrits dans l'histoire de Sharvan, the Surly Giant and the Fairy Quicken Tree ('Sharvan le Géant et le frêne aux fées") :

Le peuple des Dedannans se nourrissait de noix, de pommes et des baies du frêne rouges qu'ils avaient amenées de la Terre Promise. Ces fruits avaient certaines propriétés cachées. C'est pourquoi les Dedannans prenaient soin de ne jamais faire tomber une noix, une baie ou une pomme sur le sol irlandais. Lorsqu'ils traversèrent la forêt de Doores, une baie tomba par terre. Ils continuèrent cependant leur chemin sans se laisser troubler. De cette baie commença alors à pousser un grand frêne, comme il en existait en Terre Promise : ses baies avaient le goût du miel ; ceux qui en mangeaient sentaient la joie envahir leur esprit, comme lorsqu'on abuse de l'alcool ; même ceux qui avaient cent ans, n'en avaient plus que trente après en avoir mangé. Lorsque les Dedannans entendirent parler de l'arbre et de ses propriétés, ils envoyèrent un guerrier Fomori, le géant borgne Sharvan, pour garder les baies, afin que personne n'en goûte ne serait-ce qu'une seule.

Dermat et Grania, qui fuyaient toujours pour échapper à Finn, arrivèrent eux aussi dans cette forêt (Grania avait choisi Dermat comme mari et non Finn). Pendant un certain temps, ils vécurent paisiblement ; ils s'entendaient bien avec le géant : Dermat chassait certes sur ses terres, mai il ne faisait pas attention à l'arbre. Un jour, il vit arriver deux guerriers envoyés par Finn pour venir chercher soit la tête de Dermat, soit une poignée de baies. Faisant fi de l'avertissement d'Oisin et espérant un plus haut grade et la célébrité, ils s'étaient mis en route. Dermat les vainquit rapidement. Grania entendit alors parler des baies et offrit sa vie en échange. Dermat fit grâce aux deux guerriers et promit d'aller chercher les baies. Mais le géant refusa catégoriquement de les lui donner. Dermat, dépourvu de toute arme, se jeta alors sur lui ; le feu ne pouvait le brûler, l'eau ne pouvait le noyer et les armes ne pouvaient le blesser. Il sauta sur le géant qui ne s'y attendait pas, le fit tomber et le frappa trois fois avec sa massue de sorte que son cerveau se répandit sur le sol. Il put alors donner les baies à Grania. Il donna aussi une poignée de baies aux deux compagnons de Finn et les congédia. Dermat et Grania purent se nourrir longtemps des baies qui, en haut de l'arbre, étaient particulièrement délicieuses.


Lorsque les guerriers arrivèrent auprès de Finnn et lui remirent les baies, ce dernier se rendit immédiatement compte qu'elles n'avaient pas été cueillies par ses hommes, mais qu'elles portaient le parfum de Dermat. Il rassembla alors ses hommes , et partit livrer bataille à Dermat. Arrivés dans la forêt de Doores, Finn s'assit sous un frêne avec sa horde de guerriers et commença à jouer aux échecs avec Oisin. Oisin et ses conseillers jouaient bien et Oisin en arriva au coup qui déciderait de l'issue du jeu. Dermat jeta alors une baie sur la pièce qu'Oisin devait bouger et Oisin gagna. On recommença une partie qui se termina comme la première. La troisième partie se déroula de la même manière. Mais Finn était offensé et parla de l'aide que Dermat, assis dans l'arbre, avait apporté à Oisin. Quelques mots suffirent pour deviner que Finn voulait toujours la tête de Dermat ; Dermat, grâce à son célèbre saut, se catapulta hors de la portée des guerriers de Finn et put s'enfuir.

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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, Collection Terra curiosa, 2014), le frêne est "l'arbre de l'univers".


Arbre de dames : Sous le frêne légendaire d'Yggdrasil, arbre cosmique de la mythologie germanique, se réunissaient jadis les Nornes. Ces trois déesses déterminaient la destinée de chaque être, qui'il soit divin ou humain. Bien plus tard, l'imagination populaire donna naissance aux fées marraines connues pour attribuer des qualités aux nourrissons et prédire leur futur. La correspondance évidente entre ces deux types de personnages fit du frêne un végétal consacré aux bonnes dames et par extension à d'autres esprits féminins.

Les peuples germain et suédois croyaient par exemple à l'existence de l'Askafroa, la femme du frêne. Malveillante, cette créature transmettait des maladies à celui qui cassait, même par inadvertance, une branche ou une brindille. Chaque année, à l'aube du mercredi des Cendres, les anciens déversaient de l'eau sur les racines de l'arbre en priant son habitante de bien vouloir les épargner de son terrible courroux.


Cohabitation boisée : La mythologie germano-nordique présente le frêne Yggdrasil comme étant relié à neuf mondes. Parmi ces univers, on relèvera plus particulièrement Jotunheim le royaume des géants, Nidavellir le pays des nains, Svartalfheim le domaine des elfes noirs et Alfheim où règnent les elfes blancs. Les poèmes scandinaves d'antan associaient ces derniers à la lumière. Le peuple leur rendait hommage notamment au solstice d'hiver où le jour gagnait sur la nuit.


Chasse aux indésirables : Dans le Yorkshire et le Lancashire, le Boggart est un esprit domestique connu pour sa grande susceptibilité. S'il ne trouve pas sa quotidienne tasse de lait en échange de son travail, il n'aura de cesse de troubler le sommeil de ses maîtres, de déchirer leurs habits et pourra même répéter des secrets compromettants. Quand la situation devient ingérable, il faut se résoudre à se défaire des services de cet être versatile. Rien de plus simple heureusement : il suffit de placer quelques objets fabriqués en bois de frêne ici et là pour qu'il quitte la maison à jamais. Cet arbre repousse bien d'autres êtres de féerie. Ainsi, les paysans du Berry et de Sologne ne manquaient jamais de placer quelques branches dans leur poulailler. Ils pensaient par là même chasser la Cocadrille, un serpent fabuleux capable de transmettre de graves maladies aux poules. Les fermiers du Somerset croyaient aussi dans les vertus du frêne et plantaient de tels arbres dans les prés où paissait leur bétail pour le protéger des mauvais esprits comme des sorcières. Le frêne est également très efficace pour préserver les humains des créatures maléfiques. A l'instar des Français et des Écossais, on peut fixer un bâton de cet arbre au-dessus de sa porte le 1er mai. Coure une brindille dans un revers de son habit ou manger les samares, les fruits du frêne préalablement passés au four, a le même effet.


Abandon : plusieurs genres d'arbres possèdent leurs propres nymphes et le frêne n'échappe pas à ce principe. Précisons néanmoins qu'il s'agit du frêne à fleurs (Fraxinus ornus) évoqué par la mythologie grecque lorsqu'elle fait référence aux méliades. Ces dryades étaient réputées protéger les nourrissons non désirés qui étaient déposés sous les branches de leur arbre."

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : le frêne commun (Fraxinus excelsior) nous révèle "le mystère de la branche verte".


Le Norvégien est prudent : La nuit de Noël apporte son lot de cadeaux et contre toute attente, le frêne brûlé dans l'âtre en ce soir-là aussi ! Les impatients devront toutefois prendre leur mal en patience car, selon les Norvégiens, une bonne surprise surviendra mais on ne sait quoi ni quand... En revanche, précisent-ils, une bûche de frêne brûlée lors du réveillon de la Saint-Sylvestre apportera la prospérité toute une année aux habitants de la maisonnée. Cependant aucun jour précis n'est requis pour chercher une feuille de frêne dont le nombre de découpes est égal de part et d'autre. En cueillant cette rareté qui, selon les Anglo-Saxons est un gage de bonheur, il faut exposer tout haut son souhait d'obtenir la bonne fortune. Ce n'est qu'ainsi que le feuille portée à sa boutonnière, à son chapeau ou placée dans sa poche attirera la chance.


Toujours vert pour l'amour : dans la forêt de Juigné (Pays de Loire), un vieux frêne se distinguait par sa "branche verte" qui se couvrait de feuilles avant toute autre ramure de l'arbre ou de la forêt. Les demoiselles aspirant au mariage s'agenouillaient sous cette fameuse branche pour prier la statue de la Vierge nichée dans un creux de l'arbre. Elles gravaient ensuite leur initiale, et éventuellement celle de leur prétendant, sur le tronc avant d'entourer les lettres d'un cœur. Le rituel s'achevait par la confection et la plantation d'une petite croix de bois dans un fossé avoisinant


Brindille bienveillante : En France comme en Écosse, il état d'usage de coudre une brindille de frêne dans le col de ses habits pour se prémunir des enchantements. Les habitations étaient tout autant protégées des mauvais esprits grâce aux feuilles de frêne placées aux quatre coins des logis. Sur l'île de Man, on clouait une croix de frêne derrière la pote des maisons le 1er mai pour repousser les malheurs durant une année entière. De tels objets façonnés servaient également à d'autres causes. Ainsi, une croix réalisée avec deux rameaux de frêne de longueur égale mettrait à l'abri de la noyade celui qui la porte. D'autre part, pour écarter les risques liés aux orages, les Basques espagnols fixaient à leurs fenêtres des croix réalisées avec des feuilles de frêne préalablement cueillies le jour de la Saint-Jean.


A vous dégoûter du jardinage : La plantation d'un frêne ne devrait jamais être opérée par un homme. Selon une croyance funeste, il condamnerait de la sorte sa femme à mettre systématiquement au monde des nourrissons morts-nés à moins qu'"il ne provoque la mort d'un membre masculin de sa famille.


Un géant invincible : Célébré par la mythologie germanique, Yggdrasil est un frêne géant pourvu de trois racines et de branches étendues soutenant le monde. Il est l'Arbre Cosmique reliant la terre au ciel, celui qui a assisté à la destruction d'un univers et à la renaissance d'un nouveau monde sans en pâtir.

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