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  • Anne

Le Maïs



Étymologie :

  • MAÏS, subst. masc.

Étymol. et Hist. [Ca 1525 maiz « sorte de plante céréale », cité comme mot indigène (A. Fabre, Le Voyage et navigation faict par les Espaignolz es Isles Mollucques [trad. de l'ouvrage ital. de Pigafetta] ds Arv., p. 309)] ; 1533 maizi (Martyr d'Anghiera, Extraict du recueil des Isles nouvellement trouvees en la grand mer Oceane Décade I, fol. 4b [trad. de l'ital.] ds König, p. 132) ; 1568 mais (Fumée, Hist. Gen. des Indes occ., fol. 223a [trad. de l'ouvrage esp. de F. Lopez de Gomara], ibid., p. 132). Empr., par l'intermédiaire de l'esp. maiz « id. », au taino [arawak d'Haïti] où le mot a dû avoir la forme mahiz (cf. 1555, Poleur, Histoire naturelle et généralle des Indes... fol. 102b [trad. de l'ouvrage castillan d 'Oviedo] ds König, pp. 132-133). Le mot est déjà att. en lat. en 1493 et en esp. en 1500 (cf. Fried., p. 368).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


Ainsi, plus la recherche progresse, plus les astuces végétales ne cessent de nous surprendre : on sait aujourd'hui [J. Tumlinson et col., Pour la Science, 1993, 187, 84-90] que des plats de maïs attaqué par des chenilles émettent un cocktail qui attire puissamment les guêpes parasites et destructrices desdites chenilles, conformément au vieux principe des stratèges militaires ou politiques : « L'ennemi de mon ennemi est mon ami » ! L'agent de cette très performante communication entre la plante et l'insecte est toujours gazeux.

Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; traduction française Albin Michel, 2018), après nous avoir montré "comment une plante se comporte lorsque ses feuilles subissent l'offensive d'un herbivore" (cf fiche sur le haricot) nous posent cette question :

"Mais que se passe-t-il quand l'attaque porte sur ses racines ? Un exemple emblématique nous est offert par le maïs. Aux États-Unis, il a été décimé pendant des années (avec pour conséquence des pertes s'élevant à des centaines de millions de dollars) par la Diabrotica virgifera, une chrysomèle qui dépose ses larves près des racines et tue les jeunes pousses, incapables de se défendre. On pourrait donc penser que le maïs n'est pas un champion en matière de défense végétale, mais il faut préciser aussitôt que ce n'est pas sa faute.

Très différentes de celles que nous cultivons aujourd'hui, fruit d'une longue sélection, les plus anciennes espèces de maïs européen et de maïs sauvage étaient tout à fait en mesure de se prémunir contre les attaques de la Diabrotica virgifera. Mais au terme d'un processus d'élaboration de nouvelles variétés visant à obtenir un rendement élevé et de gros épis, les hommes ont fini, sans s'en apercevoir, par privilégier des plantes qui ne pouvaient plus se défendre toutes seules. Lorsque la Diabrotica virgifera les agressait en déposant ses larves à proximité de leurs racines, les vieilles variétés de maïs sécrétaient une substance nommée "cariophylline", dont la seule fonction consistait à appeler à l'aide des nématodes, de petits vers très friands de ces mêmes larves qui, en les mangeant, libéraient du même coup la plante de son parasite.

Notre erreur involontaire, qui nous a conduits à sélectionner des maïs "désarmés", nous a coûté très cher : selon certaines estimations, les pertes causées par la Diabrotica virgifera auraient parfois atteint, à l'échelle mondiale, jusqu'à un milliard de dollars par an. Pendant des décennies, cet insecte a été l'un des adversaires les plus redoutables du maïs et l'on a dépensé, pour le combattre, des sommes gigantesques investie dans la production massive de pesticides nuisibles à l'environnement. Il a ensuite fallu l'intervention de l'ingénierie génétique pour rendre au maïs sa faculté originelle : on a ainsi réintroduit, dans ses variétés modernes, le gène responsable de la production de cariophylline, emprunté à l'origan. Au bout du compte, on a donc dû créer une plante transgénique pour restituer au maïs une de ses caractéristiques innées."

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Symbolisme :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Maïs :


Pour les anciens Mexicains, le maïs était un dieu. Centeotl chez les Aztèques personnifiait le jeune maïs, né de la mort du vieux maïs disparu dans le sein de la Terre-Mère et dont il était en conséquence le fils. Sa pousse, au début de la saison des pluies, représentait la joyeuse remontée de la vitalité terrienne que l'on célébrait par des jeux et des chants. Aussi le maïs était-il associé à l'aurore, au printemps et au magnifique oiseau quetzal, qui chante tôt le matin et se pare de magnifiques plumes d'un vert étincelant, semblable à la fraîche végétation printanière.

Le dieu qui donnait son corps à manger aux hommes exigeait en retour des sacrifices. La pluie fécondante, la résurrection des plantes étant des dons divins, devaient se mériter, se payer. Sous sa forme de Xipe Totec « notre seigneur l'écorché », on offrait au dieu des victimes humaines dans le sang desquelles il puiserait les forces nécessaires pour jouer son rôle bénéfique. Au sens propre, le dieu alors faisait « peau neuve », car il revêtait celle du sacrifié, comme la terre se couvre au printemps d'une nouvelle parure.

Les dieux du maïs, car ils étaient plusieurs représentant chacun de ses aspects changeants, apportaient aux hommes non seulement leur nourriture quotidienne, mais la civilisation elle-même, car seule la culture du maïs permettait, en un temps relativement très court - de trois à cinq mois -, de se procurer d'importantes réserves que l'on pouvait conserver d'une année sur l'autre. Comme le blé en Occident, ou le riz en Extrême-Orient, le maïs délivrait partiellement les hommes de la quête harcelante de la nourriture quotidienne ; seule sa culture leur procurait la surabondance et les loisirs dont peut naître la civilisation.

En pays maya, le maïs était l'objet d'une sorte d'amour mystique. Un moine espagnol du XVIIIe siècle rapporte avec étonnement des Mayas : « Leur ravissement en contemplant leurs milpas (champs de maïs) est tel qu'ils oublient enfants, femmes et tous les autres plaisirs, comme si les milpas étaient le but final de leur existence et la source de leur félicité. » Le maïs en effet n'était pas seulement la base même de leur vie matérielle, sa culture jouait un rôle cosmique. D'elle dépendait l'ordre universel dont, à sa mesure, l'homme était responsable. Avant de défricher la terre ou de semer le grain, le Maya jeûnait, observait la continence et présentait des offrandes aux dieux du sol et de la pluie. Chaque étape du développement de la plante, des semailles à la récolte, faisait l'objet d'une célébration solennelle.

Le maïs aux opulents épis dorés, tel qu'ile st cultivé aujourd'hui, n'a plus guère de rapport avec l'humble graminée sauvage des steppes, qui ne donne qu'une douzaine de grains très petits. Ce n'est que tout récemment que l'on a pu reconstituer les étapes de cette métamorphose, en retrouvant en 1960 à Tehuacan, au Mexique, les axes des épis conservés dans les couches archéologiques superposées. Grâce à une patiente sélection, puis à une hybridation qui amena une mutation décisive, puisque le sexe unique de la plante primitive se dédoubla, donnant des pieds mâles te des pieds femelles, les hommes purent produire d'innombrables variétés, profondément différences les unes des autres et capables de s'adapter aux climats les plus divers. En effet, le maïs originaire des hauts plateaux mexicains peut être cultivé à la fois dans les clairières des forêts tropicales de l'extrême sud du pays mais aussi jusqu'à une altitude très élevée dans les Andes du Pérou.

C'est donc l'ingéniosité et l'assiduité des jardiniers mexicains qui furent à l'origine de cet ample mouvement civilisateur, aussi brillant que profondément original, qui gagna peu à peu la plus grande partie du double continent américain - car le maïs d'origine mexicaine, introduit en Amérique du Sud, y engendra les grandes civilisations agricoles dont devait hériter l'empire inca.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Dans les cultures mexicaines et apparentées, le maïs est l'expression, à la fois, du Soleil du Monde et de l'Homme. Dans le Popol-Vuh, la création de l'homme n'est achevée qu'après trois essais : le premier homme, détruit par une inondation, était fait d'argile ; le second est dispersé par une grande pluie, il était fait de bois ; seul le troisième est notre père, il est fait de maïs.

Il est le symbole de la prospérité, considérée dans son origine : la semence."

Kaiser, K. & Katz, S. H., auteurs de "Nourriture et symbole. Le maïs bleu chez les Hopi." (paru en 1992 dans la revue Anthropologie et Sociétés, vol. 16 n°2, pp. 25–65) décrivent les mythes et rituels associés au maïs chez les Indiens Hopi :

Lire la suite de l'article.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Maïs (Zea mays) "Tout le monde connaît cette graminée à racines fibreuses, à tige droite et à larges feuilles lancéolées.


Propriétés médicinales : C'est dans les fibres soyeuses qui recouvrent l'épi de maïs que l'on retrouve les propriétés médicinales ; ces fibres constituent un traitement naturel pour tous les problèmes urinaires, incluant la cystite, les maladies de l'urètre ainsi que les problèmes de la prostate chez les hommes. Comme c'est également un excellent diurétique, on peut s'en servir pour réduire les cas d’œdème dans toutes les parties du corps.


Genre : Féminin.


Déités : Gaïa - Vénus - Déméter.


Propriétés magiques : Protection - Fertilité - Chance - Divination.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS :

  • amérindienne.

  • En Amérique du Nord, on vénère cette plante qui représente une source de nourriture très importante dans l'alimentation traditionnelle

  • Les Zunis et d'autres tribus du Mid-West américain se servent des grains de maïs pulvérisés dans leurs rituels sacrés.

  • Prenez un épi de maïs au hasard et comptez les grains, divisez ce nombre par douze et vous obtiendrez votre âge !

  • Pour arrêter les saignements de nez, portez un collier de grains de maïs rouge autour de votre cou.

  • Dans les temps reculés, on se servait du pollen du maïs dans les rituels pour demander de la pluie.

RITUEL POUR FACILITER UN ACCOUCHEMENT :

Vous pouvez faire ce rituel pour vous ou pour une femme qui accouchera bientôt ; il peut se réaliser à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur si vous avez un foyer dans la maison.

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle rouge

  • de l'encens de sang de dragon

  • trois épis de maïs rouge

Rituel :

Allumez votre chandelle et votre encens. Faites un feu de bois dans votre foyer ou à l'extérieur et attisez-le soigneusement. Prenez les épis dans vos mains et levez-les vers le ciel en disant :


J'invoque les déesses de la maternité

J'en appelle à toutes celles qui règnent sur la vie

Que les douleurs de l'enfantement me soient douces Baignez mon front de votre haleine parfumée

Afin que l'enfant glisse de mon corps

Sans douleur.


Jetez les épis dans le feu et restez jusqu'à ce qu'ils soient complètement consumés.

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Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience et explicite les vertus des plantes en fonction de l'Esprit qui les habite. A la fin de son ouvrage, il présente divers guérisseurs avec l'esprit des plantes qu'il a eu la chance de rencontrer. Ainsi en est-il de Don Enrique Salmon dont il retranscrit les paroles :


Eliot : As-tu aussi déjà soigné à distance avec l'esprit des plantes ?

Enrique : Ça m'est arrivé de faire des oins à distance avec le maïs. J'avais un de mes amis - je ne me souviens plus de quelle tribu il était - qui devait un jour se rendre au tribunal, et il m'a demandé la veille si je pouvais faire quelque chose pour que tout se passe bien pour tout le monde. Il ma dit à quelle heure ils étaient convoqués au tribunal, et à l'heure dite je suis sorti et j'ai utilisé un plat de maïs et quelques chants. Le maïs est une plante très positive qui soigne de toutes sortes de façons différentes - c'est pourquoi j'ai utilisé le maïs pour faire en sorte que tout se passe bien. Et ça a marché. Tout le monde a été gagnant, et il m'a dit que, quand tout avait été réglé, ils sont devenus et restés bons amis jusqu'à aujourd'hui encore."

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Le Maïs représente la solidité, la fermeté et la robustesse, ainsi que l'image psychique qui y correspond : l'être humain qui se sent gaillard, fort, bien nourri et vigoureux ; celui qui ne perd pas son aplomb et qui sait se défendre. Il est fier de lui, de son contenu, de la solidité de sa structure physique et il ose le montrer franchement.

Cette céréale a un caractère large ; elle occupe toute sa place, l'espace dont elle a amplement besoin. Elle a un maintien fier, la tête bien droite, et elle a un Torse large et développé. Elle s'installe avec abondance dans la Chair, sans oublier la Graisse nécessaire : elle se sent très bien dans sa peau et elle terrasse sans pardon chaque "ennemi" qui se présente. Physiquement elle présente un peu l'image d'un lutteur. Et pourtant elle n'est pas du tout agressive , seulement elle n'admet pas le négatif à l'intérieur du cercle solaire de son être.

Le Maïs est très fidèle à sa propre nature ; cette céréale est prête à tout pour que sa nature soit respectée.

A suivre

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Mythologie :


Selon Annie Boule, auteure d'un article intitulé "Notes sur la civilisation guaranie." (In : Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 1, 1965. pp. 255-278) :


L'origine du maïs, dans ses diverses interprétations, est toujours humaine, et implique une sorte de pain vivant ou de «communion» qui n'est pas sans rapport avec la croyance aux qualités directement transmises par l'alimentation (on mangeait, par exemple, la chair des animaux rapides pour être rapide). Le maïs est vénéré par les guaranis car ils croient le devoir à l'un d'entre eux qui, sur le conseil du devin, se sacrifia pour apaiser la divinité durant une époque de famine. La victime volontaire agonisait attachée à un poteau lorsque se déchaîna une tempête... à la fin de laquelle les indiens trouvèrent à la place du martyr une plante aux larges feuilles avec un bel épi doré.

Nicolas Ellison dans un article intitulé "Symbolisme sylvestre et rapports d’altérité dans une danse rituelle totonaque" (Annales de la Fondation Fyssen, Fondation Fyssen, 2007) évoque le mythe de la découverte du maïs :


[...] Cette phase de la danse évoque clairement le mythe de la découverte du maïs lors duquel un chasseur à la poursuite d’un coati est amené au pied d’une montagne ou d’un arbre et voit comment un pivert chakan en extrait des grains de maïs, permettant ainsi aux humains d’en disposer pour pouvoir le cultiver. Dans la danse, le pivert redescend ensuite le long du mât en coupant les feuilles qui l’enveloppent, découvrant ainsi le bambou. On peut se demander, à l’instar de G. Stresser Péan (op. cit. : 256), dans quelle mesure ce retrait des feuilles couvrant le mât symbolise le retrait de la forêt ou plutôt le défrichement périodique effectué pour cultiver le maïs. Si cela n’est pas explicité par les informateurs, l’interprétation est plus que plausible, car dans certaines versions du mythe de la découverte du maïs, c’est le grand pivert chakan (ou plutôt un homme-pivert, dans cette âge d’indifférenciation physique entre les espèces animales) qui montre aux autres piverts comment cultiver le maïs qui vient d’être extrait de la montagne.

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Anne-Marie Vié-Wohrer, auteure de « Hypothèses sur l’origine et la diffusion du complexe rituel du tlacaxipehualiztli », (Journal de la société des américanistes [En ligne], 94-2 | 2008) : donne de nombreux détails sur les rituels en lien avec les divinités du maïs :


Parmi les divinités célébrées au cours de ces deux fêtes, il y en avait à caractère agraire proprement dit comme la déesse du maïs mûr Chicomecoatl. Lors de la fête d'ochpaniztli, une femme personnifiant cette déesse était immolée et écorchée, au Cinteopan (« Le temple de l'épi de maïs » ; Torquemada 1969, Il, pp. 8, 152, 155). Un prêtre du temple revêtait alors sa dépouille, arborant des épis de maïs dans les mains et dans la coiffure, et allait siéger en majesté, au milieu des différents représentants des dieux de la pluie et du maïs (Codex Borbonicus, 1991, pp. 29-30).

D'autres divinités investies de fonctions agraires (représentées dans des manuscrits ou dans des sculptures) revêtaient aussi en partie ou en totalité la peau d'une victime sacrificielle. Le visage de Cinteotl, dieu du maïs jeune, était en partie caché sous un demi masque découpé dans la peau de la cuisse d' un sacrifié ; le corps de Tlazolteotl, déesse de la terre, de la fécondité et du péché de la chair, était entièrement revêtu d'une dépouille humaine.

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Littérature :


Dans Les Raisins de la colère (Édition originale, 1939) John Steinbeck suit la croissance des champs de maïs :


Sur les terres rouges et sur une partie des terres grises de l'Oklahoma, les dernières pluies tombèrent doucement et n'entamèrent point la terre crevassée. Les charrues croisèrent et recroisèrent les empreintes des ruisselets. Les dernières pluies firent lever le maïs très vite et répandirent l'herbe et une variété de plantes folles le long des routes, si bien que les terres grises et les sombres terres rouges disparurent peu à peu sous un manteau vert. A la fin de mai, le ciel pâlit et les nuages dont les flocons avaient flotté très haut pendant si longtemps au printemps se dissipèrent. Jour après jour le soleil embrasa le maïs naissant jusqu'à ce qu'un liséré brun s'allongeât sur chaque baïonnette verte. Les nuages apparaissaient puis s'éloignaient. Bientôt ils n'essayèrent même plus. Les herbes, pour se protéger, s'habillèrent d'un vert plus foncé et cessèrent de se propager. La surface de la terre durcit, se recouvrit d'une croûte mince et dure, et de même que le ciel avait pâli, de même la terre prit une teinte rose dans la région rouge, et blanche dans la grise.

Dans les ornières creusées par l'eau, la terre s'éboulait en poussière et coulait en petits ruisseaux secs. Mulots et fourmis-lions déclenchaient de minuscules avalanches. Et comme le soleil ardent frappait sans relâche, les feuilles du jeune maïs perdirent de leur rigidité de flèches ; elles commencèrent par s'incurver puis, comme les nervures centrales fléchissaient, chaque feuille retomba toute flasque. Puis ce fut juin et le soleil brilla plus férocement; Sur les feuilles de maïs le liséré brun s'élargit et gagna les nervures centrales. Les herbes folles se déchiquetèrent et se recroquevillèrent vers leurs racines. L'air était léger et le ciel plus pâle ; et chaque jour, la terre pâlissait aussi.

[...] A la mi-juin les gros nuages montèrent du Texas et du Golfe, de gros nuages lourds, des pointes d'orage. Dans les champs, les hommes regardèrent les nuages, les reniflèrent, et mouillèrent leur doigt pour prendre la direction du vent. Et tant que les nuages furent dans le ciel, les chevaux se montrèrent nerveux. Les pointes d'orage laissèrent tomber quelques gouttelettes set se hâtèrent de fuir vers d'autres régions. Derrière elles, le ciel redevenait pâle et le soleil torride. Dans la poussière, les gouttes formèrent de petites cratères ; il resta des traces nettes de taches sur le maïs, et ce fut tout.

Une brise légère suivit les nuages d'orage, les poussant vers le nord, une brise qui fit doucement bruire le maïs en train de sécher. Un jour passa et le vent augmenta, continu, sans que nulle rafale vînt l'abattre. La poussière des routes s'éleva, s'étendit, retomba sur les herbes au bord des champs et un peu dans les champs. C'est alors que le vent se fit dur et violent et qu'il attaqua la croûte formée par la pluie dans les champs de maïs. Peu à peu le ciel s'assombrit derrière le mélange de poussières et le vent frôla la terre, fit lever la poussière et l'emporta. Le vent augmenta. la croûte se brisa et la poussière monta au-dessus des champs, traçant dans l'air des plumets gris semblables à des fumées paresseuses. Le maïs brassait le vent avec un froissement sec. maintenant, la poussière la plus fine ne se déposait plus sur la terre, mais disparaissait dans le ciel assombri.

Le vent augmenta, glissa sous les pierres, emporta des brins de paille et des feuilles mortes et même de petites mottes de terre, marquant son passage à travers les champs. A travers l'air et le ciel obscurcis le soleil apparaissait tout rouge et il avait dans l'air une mordante âcreté. Une nuit, le vent accéléra sa course à travers la campagne, creusa sournoisement autour des petites racines de maïs et le maïs résista au vent avec ses feuilles affaiblies jusqu'au moment où, libérées par le vent coulis les racines lâchèrent prise. Alors chaque pied s'affaissa de côté, épuisé, pointant dans la direction du vent.

L'aube se leva, mais non le jour. Dans le ciel gris, un soleil rouge apparut, un disque rouge et flou qui donnait une lueur faible de crépuscule ; et à mesure que le jour avançait, le crépuscule redevenait ténèbres et le vent hurlait et gémissait sur le maïs couché.

[...] Toute la journée la poussière descendit du ciel comme au travers d'un tamis et le jour suivant elle continua de descendre, recouvrant la terre d'un manteau uniforme. elle se déposait sur le maïs, s'amoncelait au sommet des pieux de clôtures, s'amoncelait sur les fils de fer ; elle s'étendait sur les toits, ensevelissait les herbes et les arbres.

Les gens sortirent des maisons humèrent l'air chaud et corrosif et se protégèrent le nez. les enfants sortirent eux aussi des maisons, mais ils ne criaient pas, ils ne couraient pas comme ils l'eussent fait après la pluie. Les hommes se tenaient près de leurs clôtures et regardaient leur maïs dévasté qui se desséchait vite maintenant, ne montrant plus qu'un tout petit peu de vert sous la mince couche de poussière. Les hommes se taisaient et ne bougeaient guère. Et les femmes sortirent des maisons pour venir se placer près de leurs hommes - pour voir si cette fois les hommes allaient flancher.

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Régine Detambel consacre un ouvrage à Colette. Comme une flore, comme un zoo (Éditions Stock, 1997) dans lequel elle s'intéresse aux métaphores botaniques et zoologiques :


Maïs

« Le champ de maïs secoue au vent mille chevelures d'or verdissant... » Claudine en ménage


Les belles chevelures blondes ont reçu en partage toutes les céréales et toutes les graminées. Ainsi de Rézi dont les cheveux sont indifféremment de blé, de seigle ou d'orge. Ainsi de Jane, La Seconde : « Le même soleil blondit, jusqu'au vert tendre des chevelures du jeune maïs, la tête de Jane qui, d'un mouvement rapide, se glissa hors du rayon. » Rompant définitivement avec la monochromie, Colette nie les cheveux d'or des vaines princesses et leur octroie, au mieux, une blondeur verte de céréale jeune.

Parmi les portraits de Bel-Gazou rayonne celui que Colette inséra dans Les Heures longues et qui fait de l'enfant une petite Cérès pétillante : « Bel-Gazou, fruit de la terre limousine ! Quatre étés, trois hivers l'ont peinte aux couleurs de ce pays. Elle est sombre et vernissée comme une pomme d'octobre, comme une jarre de terre cuite, coiffée d'une courte et raide chevelure en soie de maïs, et dans ses yeux, ni verts ni gris, ni marron joue, marron, vert, gris, le reflet de la châtaigne, du tronc argenté, de la source ombragée... »

De la correspondance de Colette, lieu de toutes les libertés et gauloiseries privilégiées, j'ai tiré d’autres portraits de Bel-Gazou. Spontanés, grassement heureux, adressés à des amis chers, ils bouleversent la phrase habituelle. Les comparaisons changent, il n'y a pas une seule fleur, la « jarre de terre cuite » devient pâté en croûte et l'enfant-déesse s’est métamorphosée en diablotine : « J'ai gardé ma fille pour la bonne bouche, naturellement. Elle vous intéressera, j'en suis sûre. Moi elle m'émerveille. D'abord parce qu'elle est superbe, dorée comme un pâté en croûte, musclée comme sa mère elle-même, gaie... » Et cette photographie callipyge : « Ma fille est insupportable d'indépendance. Elle court les routes toute seule, ornée d'une paire de joues auxquelles seules on peut comparer la paire de fesses qui la suit, – qui la suit de près. » Et celle-ci, satanique : « Colette part demain, noire comme le derrière du diable, et superbe jusqu'au scandale. »

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Dans le roman policier intitulé La Nuit de Géronimo (Éditions Viviane Hamy, 2009), Dominique Sylvain propose une réflexion sur l'agriculture moderne intensive et les modifications génétiques proposées pour améliorer les rendements :


- [...] Votre intuition ne vous a pas trompée : il était convaincu que la stratégie des multinationales de la biotechnologie était, à terme, de faire main basse sur les ressources alimentaires de la planète pour gagner une guerre économique, qui, incontestablement, passe par les OGM.

Louise sourit à son hôte et but une gorgée de résiné. Ce sexagénaire à la bedaine sympathique, au crâne dégarni et au regard bleu de myope, possédait une énergie juvénile communicative.

- La guerre a déjà commencé ?

- Les vendeurs de semences et fabricants d'OGM ont déjà gagné plusieurs batailles. En Argentine notamment, plus de la moitié des terres cultivées est désormais consacrée au soja transgénique, au détriment de la biodiversité. Au Mexique, le maïs traditionnel qui poussait en abondance sans l'apport de manipulations génétiques, herbicides ou engrais, est en passe d'être éradiqué par sa version OGM. C'est un crève-cœur, car c'était le berceau d'une biodiversité du maïs extraordinaire. Sa culture remonte à cinq mille ans, et elle était sacrée pour les Mayas et les Aztèques. En quelques années, on risque de massacrer et héritage ancestral.

- Les deux cultures ne peuvent pas cohabiter ?

- Les experts se battent à coups d'études contradictoires, mais j'attends qu'on me démontre deux faits essentiels : la stabilité du procédé, et son innocuité sur le plan de la biodiversité. Au Mexique, on a trouvé des plants de maïs monstrueux, preuve que la contamination accidentelle du maïs naturel par des plants OGM produit des résultats imprévus. Rien ne prouve que sa contamination soit contrôlable. Par ailleurs, les OGM produisent inconnues. Sont-elles ou non inoffensives ? Nul ne le sait.

Pour le journaliste, la guerre pour la domination du soja, du maïs et du coton était bien entamée. Heureusement, pour le moment, celle du blé était perdue pour les OGM, les grands minotiers européens et japonais les ayant bannis de crainte qu'ils soient refusés par les consommateurs.

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