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  • Anne

Le Droséra





Étymologie :

  • DROSERA, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1819 drosère (Dict. des sc. nat., t. 13, p. 523 : Drosère : Genre de plantes... que quelques botanistes croient devoir regarder comme le type d'une famille nouvelle à laquelle ils donnent le nom de droseracés [...] Le mot drosera vient du grec et signifie couvert de rosée, parce que dans les plantes de ce genre les feuilles sont chargées de glandes qui ressemblent à des gouttes de rosée) ; 1826 drosera (Mozin-Biber). Lat. sc. drosera (gr. δ ρ ο σ ε ρ ο ́ ς « humide de rosée ») attesté dep. 1735 (Syst. nat. V Pentadria, 5 Pentagynia p. 21).

Étymol. et Hist. 1669 Ros Solis (P. Cl. Fr. Menestrier, Traité des tournois, p. 240). Du lat. ros solis, propr. « rosée du soleil », utilisé par les botanistes pour désigner la drosera parce que les feuilles de cette plante portent des poils terminés par de petites vésicules transparentes semblables à des gouttes de rosée; ros solis « drosera » est att. en lat. en 1620 d'apr. Latham, et dans un texte angl. dès 1578 (Lyte, Niewe herball, trad. ds NED).


Lire également les définitions des noms drosera et rossolis afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms :

Pierre Rézeau dans un article intitulé "De l'herbe à la Détourne à l'herbe au Tonnerre. Etude de quelques lexies populaires et/ou régionales désignant les plantes dans l'Ouest de la France." paru In : Cahier des Annales de Normandie n°15, 1983 identifie l'appellation herbe de l'égaillé comme désignant la droséra :


Herbe DE L’ÉGAILLÉ : "L'herbe de l'égaillé. C'est la plus fameuse [des plantes magiques du Bocage vendéen]. Son nom vient, probablement, du mot 'égaille', terme qui, en patois vendéen, signifie "rosée du matin". Même pendant les grandes chaleurs de l'été, cette plante est toujours humide, et ses feuilles recouvertes de gouttelettes d'eau. Elle est excessivement rare et croît, dans certaines régions du pays, surtout dans les contrées humides. (...). Les vertus de cette plante sont nombreuses elle guérit presque toutes les maladies des hommes et des bestiaux( . .. ). La personne qui en est munie(...) exerce vis-à-vis du sexe contraire, une irrésistible attraction". Au risque de démythifier la plante, on peut supposer qu'il s'agit du droséra, souvent appelé "herbe de la rosée".

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Botanique :


Voici une description du droséra par Léonard Closuit, intitulée "Les Drosera rotundifolia d'Arpettaz." et parue dans Bulletin de la Murithienne en 1949, description qui m'est chère car elle est notée en Valais suisse et plus spécialement à Champex où j'ai vécu de nombreux stages de chamanisme avec Ulla Straessle.



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Dans sa thèse intitulée A propos des plantes carnivores : les Drosera., Sciences pharmaceutiques (HAL Id : dumas-02273068, version 1) soutenue en 1993, Isabelle Bouvier précise que :


On lui attribue, dès le XVIe siècle, de multiples vertus médicinales il est actif contre les cors, verrues, brûlures, il guérit de la syphilis, a des propriétés tranquillisantes, diurétiques et aphrodisiaques. Mais surtout, le Drosera était utilisé comme antitussif, de façon empirique. Cette activité a été confirmée par de multiples expériences portant sur la chimie du Drosera. Elle est liée à la présence de naphtoquinones dont les taux varient selon les espèces.


Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante carnivore des tourbières dont le nom droséra vient du grec droseros, "humide de rosée", et qui est appelée également rossolis, du latin "rosée du soleil", apparaît toujours ornée de gouttelettes (provenant de sécrétions destinées à piéger les insectes) qui, à la différence de la véritable rosée, ne sèchent pas au soleil.

Se frotter le corps d'un droséra cueilli en marchant à reculons la nuit de la Saint-Jean donne une force exceptionnelle et rend infatigable à la marche. Récoltée le 23 septembre au lever du soleil, la plante a le pouvoir de lutter contre le maléfice de l'aiguillette.

Placée dans les étables, elle les met à l'abri des fièvres.

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Roland Mogn et François de Beaulieu, dans un article intitulé "Les plantes magique de Bretagne" et paru dans la revue Penn ar Bed n°212 en novembre 2012 proposent d'identifier la mythique Herbe d'or au droséra :


Bien des caractéristiques de l’herbe d’or peuvent s’appliquer aux droseracées. Souvent nommée rossolis (c’est-à-dire rosée du soleil) ou son équivalent dans la plupart des langues européennes ; elle est aussi souvent appelée matago – dérivé possible de mandragore – (Charente, Sologne, Limousin), parfois, aussi, « oreille de diable » (Mayenne) ou herbe des sorciers. C’est encore un ouvrage botanique ancien qui contribuera à l’identification de l’herbe d’or : en 1857, la Flore du centre de la France (Boreau, 1857) souligne en effet que « nos paysans accordent au drosera des propriétés magiques et surnaturelles, entre autres celle de rompre le fer ». Mais il est beaucoup d’autres plantes nommées « herbe d’or » (plus de 70 en Europe) ou présentant certaines de ses caractéristiques.

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Contes et légendes :


La bête des tourbières

Conte du Sancy


Il était une fois une fille de seigneur, Aurore, plus belle que le matin naissant, elle avait des boucles d’or pâle, blondes, des yeux du plus bel azur. Son père, baron de La Tour fut très désappointé, sa mère hélas mourut alors que la petite était encore au berceau. Le baron terrassé par la douleur, feignit d’ignorer l’existence de sa fille et refusa de prendre femme, il perdait ainsi toute chance de donner un jour un héritier mâle à la baronnie.

Aurore fut élevée par une nourrice, Bertille qui la considérait comme sa propre fille. Bertille lui enseigna la science des « simples », la médecine des plantes. La nourrice savait guérir quantité de maux et personne, dans la baronnie, ne manquait de faire appel à ses bons services un jour au l’autre.

Aurore apprit à distinguer les plantes bénéfiques et vénéneuses. Elle sut que :

· L’arbre de judas, le sureau apportait avec lui le Malheur ;

· La verveine, liait d’amitié celui qui le recevait en bouquet ;

· La capillaire éloignait les enfants du loup-garou ;

· L’angélique préservait de tous les maux ;

· Le noisetier, était le meilleur arbuste comptait de nombreuses vertus bienfaisantes : fleurs, feuilles, fruits vous protégeaient de tout : des serpents et des voleurs, des jeteurs de sort et des sorciers et même oui, même du diable !

· La pulmonaire, la véronique la primevère le bouillon blanc et le serpolet des bergères : pour guérir toux et maux de gorge ;

· L’arnica et la joubarbe : pour soigner les blessures ;

· Le cumin des prés et la gentianelle : pour les ballonnements ;

· La potentille et la grande chélidoine : pour les maux d’estomac ;

· La rue arrêtait les saignements de nez ;

· La colchique et le mouron des oiseaux guérissaient goutte et rhumatismes ;

· La mauve contre l’inflammation du gosier ;

· L’armoise l’oseille sauvage contre les diarrhées.

Bertille, lorsqu’Aurore fut âgée de 16 ans, sentant sa mort proche, lui révéla un grand secret. Une potion miraculeuse capable de si bien transformer celui qui la boit que c’est merveille à voir. Les composants ont été oubliés à ce jour, il faillait 3 jours pour la réaliser et aller chercher une plante extraordinaire très loin dans les montagnes là où sont les tourbières. Les tourbières étaient pareilles à un marécage hérissé d’ajoncs où dit-on un attelage de bœufs et sa charrette de bois ont été jadis ensevelis.

Elles sont très dangereuses mais c’est là où pousse la drosera, plante carnivore dont les petites feuilles charnues, couvertes de poils rouges et gluants, attirent les insectes, les emprisonnent et les digèrent !

Parvenue aux tourbières, Aurore vit avec horreur sortir de la terre visqueuse une énorme bête de corps d’âne, de pattes d’un loup, d’une queue de dragon. Cependant, la bête ne bougeait pas, elle n’était pas menaçante et son regard avec quelque chose de douloureux. Soudain, la bête parla :

- Ne craignez rien mademoiselle, je ne vous veux aucun mal. Est-ce bien vous qui cherchez la drosera ? Est-ce que vous venez du château des barons pour la cueillir ? Ma laideur est repoussante, mais ne vous fiez pas à mon aspect. Mon corps voyez-vous, si monstrueux, si horrible à voir, n’est que fausse apparence. Un mauvais sort m’a fait ce que je suis, mais si vous le voulez, belle Aurore, vous pouvez me sauvez, vous seule.

La jeune fille accepta de lui venir en aide pour se faire, il chercha avec elle la drosera. La bête lui indiqua que ces jours étaient comptés. A ces mots la jeune fille compris les paroles de sa nourrice et s’enfuit préparer la potion miraculeuse pendant 3 jours pour revenir le quatrième jour la donner à boire à la bête.

Le quatrième jour Aurore repartit pour les tourbières se perdit dans le brouillard et n’atteint le lieu de rencontre que le soir. La bête mourante était allongée disant :

- Il est trop tard, voyez le soleil se couche.

Sa grande fatigue ne lui permettait pas de boire la potion préparée alors, Aurore avec douceur pris la tête de la bête dans le creux de son bras pour l’aider à boire. Sitôt la fiole vidée, la bête se transforme en jeune homme si beau et de si bonne tenue, si bien vêtu et de mine si avenante que la jeune fille sent son coeur palpiter. Il prend ses mains, il lui dit tout :

- Une mauvaise fée, par jalousie, m’a changé en monstre depuis bien longtemps déjà. De ce malheur mon père et ma mère en sont morts, hélas, en leur château du comté de Toulouse. Comme vous voyez je viens de loin. J’ai erré des jours et des nuits à la recherche de celle qui saurait rompre le charme. Pour lever le sort en effet, il fallait qu’une fille de seigneur connût la formule secrète. La Demoiselle devait fabriquer elle-même la merveilleuse potion. Enfin, surmontant son horreur et sa répulsion, elle seule pouvait la donner à la bête monstrueuse. Alors seulement, le charme serait conjuré. Vous êtes venue, Aurore, et vous n’avez pas craint de soulever ma tête dans vos mains pour m’abreuver du liquide magique : soyez-en mille fois remerciée. M’aimerez-vous ?

La réponse fut celle qu’il attendait :

- Je vous aime déjà !

Aurore et Florian vécurent longtemps dans leur château de La Tour.

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