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  • Anne

Le Myrte



Étymologie :

  • MYRTE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1256 (Aldebrandin de Sienne, Régime du corps, éd. L. Landouzy et R. Pépin, 49, 4) ; 2. 1552 fig. « symbole de l'amour » (Ronsard, Amours, éd. P. Laumonier, t. 4, 68). Empr. au lat. myrtus « même sens ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Myrtus communis ; Arbre juif ; Bois-sent-bon ; Herbe du lagui ; Marola ; Mirtre ; Mistré ; Multré ; Myrte juif ; Nerta ; Nertou ;

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Botanique :


Robert Castellana et Sophie Jama, auteurs de "Floriculture et parfumerie : les origines de l’acclimatation végétale sur la cote d’azur." (Issued by The Phoenix Project, 2012) nous apprennent les vertus du myrte en lien avec la parfumerie :

Le myrte est une plante connue depuis l'Antiquité pour ses propriétés aromatiques. Il possédait alors une dimension fortement ritualisée. Le monde grec l'avait ainsi consacrée à Vénus et les Juifs en usaient pour les Offices de la fête des Cabanes. Ses rameaux et ses fruits servaient à aromatiser les vins, ses feuilles à parfumer l'eau des bains. Au moyen-âge, ses baies entraient dans de nombreuses compositions médicinales, et notamment dans le "sirop myrtin de Mesué". On retirait aussi de ses feuilles et de ses fleurs une eau aromatique, dite "Eau d'ange", aux vertus cosmétiques. En herboristerie, les feuilles de myrte sont considérées comme astringentes, toniques et antiseptiques. Elles servent en usage externe, pour les blessures et ulcères ou, en usage interne, pour les troubles digestifs et urinaires. Plante spontanée des maquis et garrigues, elle fut très tôt utilisée dans l'industrie grassoise des cuirs parfumés, et abandonnée par la suite. L'huile essentielle qui en est extraite contient de l'alphapinène, du cinéol et du myrténol. Antiseptique et expectorante, elle est utilisée pour traiter les affections respiratoires.





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Symbolisme :


Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


MYRTE - AMOUR.

Arbrisseau dont les fleurs sont menues, et qui porte de petites fleurs blanches, d'une odeur agréable. - Chez les anciens, le myrte était consacré à Vénus. - A Athènes, les suppliants et les magistrats portaient des couronnes de myrte. On portait également une couronne de myrte, quand on récitait des vers d'Eschyle et de Simonide. - Dans les festins joyeux, une branche de cet arbre passait de main en main, avec la lyre, et c'était pour chaque convive l'invitation de chanter à son tour des vers érotiques.


Sous le simple lambris

Des myrtes verts et des rosiers fleuris,

Entrelacés par la main du mystère,

L'amour conduit les enfants de Cypris.

MALFILATRE

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Myrte commun (Myrtus communis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Divinités : Aphrodite-Vénus ; Artémis-Diane ; et leur grande ancêtre à toutes deux, la déesse lunaire Astarté, adorée par tous les peuples sémitiques de la haute Antiquité. Elle s'appelait Istar chez les Phéniciens, Athtar chez les Arabes ; Astoret chez les Hébreux. On pense généralement que le nom d'Aphrodite (« Astoret »... « Aphtoret »... « Aphrodet ») et celui d'Amphitrite (Amphtoret) ne sont que des altérations successives du nom d'Astarté.


Il existe plus de soixante espèces de Myrtes. Nous nous occupons ici du plus connu en Europe comme aux États-Unis. C'est un grand arbrisseau, très répandu dans tout le bassin de la Méditerranée. C'est le Myrtos des Anciens, le bois aux mille et une traditions.

Nous faisons une fiche à part pour le Myrte-piment, pourtant cousin, mais qui ne subit pas la même influence planétaire et qui est une plante « Feu » alors que celle-ci est « Eau ». Même en botanique la différence est marquée, puisque la variété de Myrte qui va être examinée juste après celle-ci n est plus un Myrtus mais appartient au genre Pimenta.

La nymphe Myrsiné ayant dépassé en courant son amie Pallas (autre nom d'Athéna), la déesse irritée la fit mourir ; sur son corps poussa le Myrte, plante que Pallas se mit à aimer par la suite, soit en souvenir de son triomphe sur sa rivale imprudente, soit par remords.

Dans l'île de Cythère, Vénus, ayant honte de sa nudité, se cacha derrière Myrte et, par reconnaissance, l'adopta comme sa plante bien-aimée.


Utilisation rituelle : Aux temps bibliques, les jeunes femmes juives portaient des guirlandes de Myrte le jour de leurs noces.

Lorsque les Romains combattirent pour garder les Sabines enlevées, ils portaient sur leurs têtes des couronnes de Myrte.

Romulus planta à Rome deux de ces arbrisseaux, l'un pour les patriciens, l'autre pour le peuple. Lorsque les nobles triomphaient au sénat, le Myrte plébéien se fanait; lorsque le peuple marquait des points en politique, c'était le Myrte des patriciens qui avait mauvaise mine et commençait à se dessécher.


Utilisation magique : Symbole de l'amour conjugal sans nuages, cette plante est l'un des composants de base des sachets d'affection, depuis toujours, serait-on tenté de dire... depuis plusieurs millénaires, en tout cas, et partout où pousse le Myrte. Comme les druides celtes avaient leurs cérémonies du gui, les magiciens de Mésopotamie avaient leurs rites du Myrte.

Chez les Hébreux, l'arbre était fécondant. Et cependant, dans ce même peuple, une tradition en faisait porter aux jeunes mariées pour qu'elles n'aient pas leur premier enfant trop tôt.

Bues selon un programme précis, qu'il faut respecter minutieusement, des infusions de feuilles de Myrte conservent très longtemps la jeunesse et la beauté...

Pour qu'un Myrte planté dans le jardin soit protecteur, il faut qu'il y ait été mis par une femme.

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Jean Paquereau, dans son ouvrage intitulé Au jardin des plantes de la Bible : botanique, symboles et usages. (Forêt privée française, 2016) explicite le symbolisme biblique du Myrte :


Son nom hébreu est « hadas ».

Référence biblique : « Je planterai au désert, cèdres et acacias, myrtes et oliviers. Dans les régions sans eau, je mettrai des cyprès, des pins et des buis. »

Ésaïe 41, 19 BFC.

Histoire dans la Bible :

L'Éternel promet de mettre cette plante dans le désert avec l'acacia, le cèdre et l'olivier dans le texte en référence. On en apportait avec d'autres plantes pour la fête des Tabernacles (fête de Souccot ou fête des cabanes).

On utilisait cette plante dans les constructions dans l'Ancien Testament.

« ... Sortez dans la montagne et rapportez du feuillage d'olivier, du feuillage de myrte, du feuillage de palmiers et du feuillage d'arbres touffus, pour faire des huttes, comme il est écrit. »

Néhémie 8, 15 TOB.

Le mot myrte en hébreu est « hadas ». Par ailleurs le terme hadassa traduit aussi le nom d'Esther.

« Or, il était tuteur de Myrte - c'est Esther - sa cousine, car elle n'avait ni père, ni mère. La jeune fille avait un corps splendide et elle était belle à regarder. A la mort de son père et de sa mère, Mardochée l'avait adoptée pour fille ».

Esther 2, 7 TOB.

« Or, il était le tuteur de Hadassa - c'est-à-dire Esther - fille de son oncle. Elle n'avait plus, en effet, ni père, ni mère et cette jeune fille était d'une très grande beauté. A la mort de son père et de sa mère, Mardochée l'avait adoptée. »

Esther 2, 7 SER.

Dans la communauté juive, la fête de Pûrim qui est racontée dans le Livre d'Esther, est célébrée dans la joie. Cette fête était déjà célébrée en Perse. Esther est un mot persan (stara) qui veut dire étoile (« aster » en grec).

D'autres textes font référence au myrte :

« J'ai eu cette nuit une vision : c'était un homme monté sur un cheval roux ; il se tenait parmi les myrtes, dans la profondeur, et derrière lui il y avait des chevaux roux, alezans et blancs. »

Zacharie 1, 8 TOB.

« Au lieu de l'épine s'élèvera le cyprès, Au lieu de la ronce croîtra le myrte ; Et ce sera pour l'Éternel une gloire, Un monument perpétuel, impérissable. »

Ésaïe 55, 13 TOB.

Le myrte est un symbole de paix chez les Hébreux.

Le parfum dégagé par cette plante représente la connaissance de la Torah, les fruits des bonnes actions.


Légende et traditions : Les Anciens se servaient de cette plante (décorative et parfumée) pour décorer leurs maisons lors des fêtes. Le bois de ces tiges servaient d'encens. Les Anciens utilisaient beaucoup le myrte en particulier pour faire « cracher le sang » et aussi pour les soins des os.

Selon Michel Chauvet, auteur de Encyclopédie des plantes alimentaires, (Belin, 2018), cité par Wikipedia :


Dans l'antiquité, ses fleurs blanches symbolisaient la grâce virginale et à Rome des couronnes ornaient les jeunes filles où les mariés. Il était apprécié dans les temps bibliques pour son parfum.

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


MYRTE. — Dans les Allégories d’Azz Eddin, traduites par Garcin de Tassy, la rose dit que le myrte est « le prince des végétaux odorants ». M. Rousselet décrit ainsi la main d’un pénitent mendiant de Sunaghur : « fermée, entourée de courroies, elle avait été traversée par les ongles, qui, continuant leur croissance, se courbaient en griffe de l’autre côté de la paume ; enfin le creux formé par cette main, rempli de terre, servait de vase à un petit myrte sacré. » Mme Schwarz (Elpis Melaina) a trouvé en Grèce une superstition à laquelle nous avons déjà fait allusion au sujet de la menthe : c’est-à-dire qu’on ne doit point passer près du myrte odorant, sans en cueillir une touffe parfumée. Voici quelques vers d’un chant populaire de l’île de Crète (Kreta-Bienen, München, 1874), traduit par Elpis Melaina :

Wer da wandelt vorüber am Myrtenbaum

Und pflückt sich kein duftiges Reis,

Und wär er ein Mann und wär ein Held

Er ist nur ein trutziger Greis.


Peut-être on cueille du myrte pour la même raison que l’on cueille la menthe ; tant qu’on pense à en cueillir, on est puissant ; l’indifférence pour la menthe et pour le myrte est un signe d’impuissance et de mort. La menthe ayant été identifiée avec la mentula, le myrte est symbolique de l’amour érotique. Dans les fêtes de Myrrha, cette mère incestueuse d’Adonis, les femmes mariées se couronnaient de myrte. C’est avec le myrte, et à défaut de myrte avec le buis, que les amoureux, en Toscane, font, pendant le carême, le jeu dit del verde, symbole de la saison verdoyante, pour se rappeler mutuellement leur amour. Dans l’Enfer de Virgile, les victimes de l’amour se cachent en des bouquets de myrtes :


Nec procul hinc partem fusi monstrantur in omnem

Lugentes campi, sic illos nomine dicunt.

Hic, quos durus amor crudeli tabe peredit,

Secreti celant calles et myrtea circum

Sylva tegit.


A Rome, il était défendu de placer le myrte sur l’autel de la Bona Dea, parce qu’il invitait aux jouissances matérielles. Dans les fêtes d’Eleusis, au contraire, tout le monde s’en couronnait. Cher à Hyménée, aux Grâces, à la muse Érato, le myrte était spécialement consacré à Vénus, la déesse de l’amour, parce que, dit-on, il était censé posséder la vertu, non pas seulement de faire naître l’amour, mais de l’entretenir. D’après le mythe hellénique, la nymphe Myrsiné ayant dépassé, en courant, son amie la déesse Pallas ou Athéné, la déesse irritée la fit mourir ; sur son corps poussa le myrte, plante qu’ensuite aima Pallas elle-même, soit par souvenir de son triomphe sur sa rivale imprudente, soit par remords. Dans l’île de Cythère, dit-on, Vénus ayant honte un jour de sa nudité, se cacha derrière un myrte, et par reconnaissance, l’adopta ensuite comme sa plante bien-aimée. Dans ses fêtes, au commencement d’avril, on s’en paraît ; et les époux, ses protégés, en portaient des couronnes. Le même usage s’est répandu en Allemagne, où, près de Brême, l’épouse est, encore de nos jours, couronnée de myrte. Le myrte des couronnes nuptiales était la myrtus latifolia de Pline, que Caton appelait même myrtus conjugula. Lorsque les Romains combattirent pour garder les Sabines enlevées, ils portaient sur la tête des couronnes de myrte : « Ideo tunc lecta, dit Pline (XV, 29) en parlant du myrte, quoniam conjunctioni et huic arbori praeest Venus. » Pline ajoute que Romulus planta à Rome deux myrtes, l’un desquels devint bientôt cher aux patriciens, l’autre au peuple. Lorsqu’à Rome, les nobles triomphaient, le myrte plébéien se fanait ; lorsque le peuple triomphait, c’était le myrte des patriciens qui se desséchait à son tour. Les piétons romains en voyage se procuraient un anneau de myrte comme un viatique heureux. Albert le Grand, De Mirabilibus Mundi, nous fait connaître une autre superstition de son temps : l’anneau de myrte devait servir contre les apostèmes : « Et dicitur quod si feceris annulum ex virga myrti recentis, et intromittas in ipsum annularem digitum, sedat apostem sub ascellis. » Après la victoire, les anciens Romains se couronnaient seulement de myrte lorsqu’ils n’avaient pas répandu de sang dans la bataille ; Pline nous renseigne encore à ce sujet : « Bellicis quoque se rebus inseruit ; triumphansque de Sabinis Posthumius Tubertus in consulatu (qui primus omnium ovans ingressus urbem est, quoniam rem leviter sine cruore gesserat), myrto Veneris victricis coronatus incessit, optabilemque arborem etiam hostibus fecit. Haec postea ovantium fuit corona, excepto M. Crasso, qui de fugitivis et Spartaco laurea coronatus cessit. Massurius autor est, curru quoque triomphantes myrtea corona usos. L. Piso tradit Papirium Nasonem, qui primus in monte albano triumphavit de Corsicis, myrto coronatum ludos Circenses spectare solitum. Marcus Valerius duabus coronis utebatur, laurea et myrtea. » J’ignore quelle signification pouvait avoir le myrte dont Harmodius et Aristogiton entourèrent leur épée, d’après deux vers de Callistrate en leur honneur :

Il paraît que Pallas et Mars avaient adopté à leur tour le myrte. Dans un dessin de Pompéi, on voit un prêtre de Mars avec une couronne de myrte. On raconte qu’une jeune fille nommée Myrène, prêtresse de Vénus, pour avoir voulu épouser un garçon qu’elle aimait, fut changée en myrte, Nous avons dit cependant que les jeunes mariés et Vénus elle-même se couronnaient de myrte. A Temnos, dans l’Asie Mineure, on montrait une statue en bois de myrte, vouée par Pélops, pour remercier la déesse de son mariage avec Hippodamie. Après la mort d’Hippolyte, Phèdre piqua les feuilles d’un myrte qui poussait (d’après Pausanias, III) près de Trézène, et, ensuite, elle s’y pendit. On dit qu’aujourd’hui même, si on place une feuille de myrte entre la lumière et l’œil, on peut y remarquer, en grand nombre, les piqûres d’épingle de l’infortunée Phèdre. Pausanias parle d’un myrte qui aurait servi d’asile à un lièvre par lequel la déesse Artemis, aurait indiqué l’endroit où on devait bâtir une nouvelle ville. D’après les Apotelesmata d’Apomasaris (Francfort, 1577), le myrte vu en songe est rarement de bon augure : « Si quis domum suam praeter morem myrti foliis et thuris arboris et lauri conspersisse visus sibi fuerit, si pauper est, a sanctis hominibus opes adsequetur ; si vir amplissimus hujusmodi somnium habuerit, quasi de re solita, statuat aliquam sibi calamitatem portendi. Si quis ramum habere myrti visus sibi fuerit, si rex est, cum indigna muliere rem habebit ; sin autem, liberos nullos procreabit. Sin plebeius est, consimilem res eventum in ipsius uxore ac liberis habebit. »

Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) de Françoise Frontisi-Ducroux, raconte que :


Un "autre prodige d'arbre et saignant et parlant [autre que l'histoire du micocoulier], est raconté par Virgile, Énéide, III, 30 s. : Énée essaie d'arracher des cornouillers et des myrtes. Ils proviennent des javelots qui avaient transpercé Polydore, le plus jeune fils de Priam, trahi par son hôte ; cf l'Hécube d'Euripide. Ces javelots redevenus les arbustes dont ils étaient faits versent un sang noir et donnent la parole au mort enterré par-dessous."

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Voir aussi : Seringa ;