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  • Anne

Le Grenadier



Étymologie :

  • GRENADE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1165 pume grenate (Chr. de Troyes, G. d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 1356) ; ca 1314 grenate (H. de Mondeville, Chirurgie, 1838 ds T.-L.). Prob. empr. aux dial. de l'Italie du Nord : piém. pum graná, lomb. pom granat, istr. pom graná, où pomo remplaça melo « pomme » dans l'expr. melo granato « grenade », du lat. malum granatum « id. » (d'où sont issues, souvent avec des altérations p. étymol. pop., les formes des autres lang. rom.), propr. « pomme à grains » (v. FEW t. 4, p. 239b).

  • GRENADIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin xive s. granatier (Évrard de Conty, Probl. d'Aristote, B.N. 210, f°252b ds Gdf. Compl.) ; 1425 grenadier (O. de La Haye, Poème sur la peste de 1348, éd. G. Guigne, p. 137 ds Delb. Notes mss). Dér. de grenade*; suff. -ier*. A remplacé pom(m)ier grenat ou de grenade, attesté de ca 1200 (R. de Beaujeu ds T.-L., pumiers grenas) au début xvie s. (Lefèvre d'Étaples d'apr. FEW t. 4, p. 237b).


Lire aussi les définitions de grenade et grenadier pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Punica granatum ; Balaustier ; Baloufié ; Biougranié ; Granatier ; Gronodié ; Milgranié ; Pajori ; Vingranié ;

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de la grenade :


GRENADE - FATUITÉ.

On a représenté la fatuité sous les traits d'un ignorant qui veut forcer une taupe à admirer l'éclat d'un bouquet de Grenades. Ces fleurs brillantes et inodores sont quelquefois aussi l'emblème de la sottise.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Grenade - Fatuité.

Beaucoup d’éclat sans odeur.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


GRENADIER - CONCORDE.

Que le Dieu de patience et de consolation vous fasse la grâce d'être toujours unis de sentiment et d'affection les uns avec les autres selon l'esprit de J.-C., afin que d'un même cœur et d'une même bouche, vous glorifiez Dieu le père de N. S. J.-C.

Romains XV, 5, 6. -

Le grenadier, originaire des environs de Carthage, croit dans tout l'Orient. Il est commun dans le midi de la France, en Italie, en Espagne. Ses feuilles sont opposées, entières , d'un vert luisant. Ses fleurs d'un rouge éclatant, s'épanouissent au sommet des rameaux et forment avec le feuillage un contraste qui charme la vue.

Le grenadier était employé, chez les Hébreux, dès la plus haute antiquité. Les habits sacerdotaux de leur grand-prêtre étaient ornés de grenades à leurs bords. La fleur était représentée sur plusieurs médailles phéniciennes et carthaginoises ; on y voit Proserpine avec une grenade, et l'on dit à ce sujet, que cette princesse avait mangé trois grains de grenade, lorsque Cérès, sa mère, obtint de Jupiter qu'elle lui serait rendue par Pluton, son ravisseur, pourvu qu'elle n'eût encore rien mangé dans les enfers. (Ovide, Fastes IV, v. 607.)

Darius, roi de Pers , était lié de la plus étroite amitié avec Mégabyse. Un jour que ce prince ouvrait une grenade, on lui demanda de quelle manière il voudrait changer les grains, en supposant qu'il en eut le pouvoir : « En autant de Mégabyse, répondit-il. »

RÉFLEXION.

La vraie paix n'est que dans la possession de Dieu, et la possession de Dieu ici bas ne se trouve que dans la soumission à la foi et dans l'obéissance à la loi.

(FÉNELON, Réflexions.)

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Grenade, fruit - Indiscrétion.

Proserpine, fille de Cérès , avait été enlevée par Pluton , roi des enfers, qui l'avait faite reine de ce sombre séjour, Cérès, sa mère, implora Jupiter et lui demanda que sa fille fût rendue à la lumière du jour. Le maître des dieux le lui promit à la condition que Proserpine n'aurait rien mangé depuis son séjour aux enfers. Or, la jeune fille avait trouvé une grenade et en avait mange sept grains ; nul ne l'avait vue si ce n'est un jeune homme, Ascalaphe, qui révéla le fait, et Cérès dut remonter seule sur la terre. Pour punir Ascalaplie de son indiscrétion, elle le changea en hibou.


Grenadier, branche de feuille sans fleur ni fruit - Mauvaise foi - Duplicité.

Les Romains avaient trouvé cet arbre dans le pays des Charthaginois, qu'ils nommaient Puni ; ils l'appelèrent pommier punique (inalum punicum). La mauvaise foi des Carthaginois suscita entre Carthage et Rome une longue suite de guerres, connues sous la dé nomination de guerres puniques, et qui finirent par la ruine de la première de ces deux villes. Le grenadier fut adopté alors comme l'emblème de la duplicité.


Grenadier, fleur - Fatuité, Suffisance.

La fleur du grenadier est d'un rouge de vermillon éblouissant, mais elle n'a aucune odeur. Son suc tache les doigts et possède une saveur fortement astringente ; elle n'a que l'apparence.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le symbolisme de la grenade relève de celui, plus général, des fruits à nombreux pépins (cédrat, courge, orange). C'est, tout d'abord, un symbole de fécondité, de postérité nombreuse : dans la Grèce antique, elle est un attribut d'Héra et d'Aphrodite ; et, à Rome, la coiffure des mariées est faite de branches de grenadier. En Asie, l'image de la grenade ouverte sert à l'expression des souhaits, quand elle ne désigne pas expressément la vulve. Ce que confirmerait une légende d'une image populaire vietnamienne : la grenade s'ouvre et laisse venir cent enfants. De même au Gabon, ce fruit symbolise la fécondité maternelle. En Inde, les femmes boiraient du jus de grenade pour lutter contre la stérilité.

La mystique chrétienne transpose ce symbolisme de la fécondité au plan spirituel. C'est ainsi que saint Jean de la Croix fait des pépins de la grenade le symbole des perfections divines dans leurs effets innombrables ; à quoi il ajoute la rondeur du fruit comme expression de l'éternité divine, et la suavité du jus comme celle de la jouissance de l'âme aimante et connaissante. En quoi, la grenade représente finalement les plus hauts mystères de Dieu, ses plus profonds jugements et ses plus sublimes grandeurs (Cantique spirituel). Les Pères de l'Eglise ont aussi voulu voir dans la grenade un symbole de l'Eglise elle-même. De même que la grenade contient sous une écorce unique un grand nombre de grains, de même l'Eglise unit dans une seule croyance des peuples divers.

Le pépin de grenade aurait dans la Grèce ancienne une signification en rapport avec la faute. Perséphone raconte à sa mère comment elle fut séduite malgré elle : il m'a mis sournoisement dans la main un aliment doux et sucré - un pépin de grenade - et malgré moi, de force, il m'a contrainte à le manger. (Hymne homérique à Déméter). Le pépin de grenade vouant aux enfers est un symbole des douceurs maléfiques. Ainsi Perséphone, pour l'avoir mangé, passera un tiers de l'année dans l'obscurité brumeuse et les deux autres auprès des Immortels. Dans le contexte du mythe, le pépin de grenade pourrait signifier que Perséphone a succombé à la séduction et mérité ainsi le châtiment d'un tiers de sa vie passée aux Enfers. D'autre part, en goûtant du pépin de grenade, elle avait rompu le jeûne, qui était la loi des Enfers. Quiconque u prenait une nourriture ne pouvait rejoindre le séjour des vivants. Ce fut par une faveur spéciale de Zeus qu'elle partagea son existence entre les deux domaines. Si les prêtres de Déméter, à Éleusis, les hiérophantes, étaient couronnés de branches de grenadier pendant les grands Mystères, la grenade elle-même, ce fruit sacré qui avait perdu Perséphone, était rigoureusement interdite aux initiés, parce que, symbole de fécondité, elle porte en elle la faculté de faire descendre les âmes dans la chair. Le pépin de grenade qu'avait absorbé la fille de Déméter l'avait vouée aux Enfers, et, par une contradiction apparente du symbole, condamnée à la stérilité. La loi permanente des Enfers prévalait sur l'éphémère plaisir d'avoir goûté à la grenade.

Ne pourrait-on plus simplement remarquer que ce grain rouge et brûlant d'un fruit infernal évoque on ne peut mieux la parcelle de feu chtonien que Perséphone vole pour le profit des hommes, puisque sa remontée vers la surface de la terre signifiera le réchauffement et le verdissement de celle-ci, le renouveau printanier et, par ce biais, la fertilité. Alors, dans cette optique, Perséphone rejoint les innombrables héros civilisateurs qui, de par le monde, ont volé le feu pour assurer la pérennité de ce monde et de la vie.


Dans la poésie galante persane, la grenade évoque le sein : ses joues sont comme la fleur du grenadier, et ses lèvres comme le sirop de grenade ; de sa poitrine d'argent poussent deux grenades. (Firdousi, cité par Huas). Une devinette populaire turque citée par Sabahattin Eyuboglu (Siirle Fransizca, Istanbul 1964) parle de la fiancée comme d'une rose pas sentie, une grenade pas ouverte."

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Paul Cézanne, Nature morte à la grenade et les poires

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Grenadier (Punica granatum) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Mercure

Élément : Feu

Divinités : Cora-Perséphone ; Cérès ; Proserpine

Pouvoirs : Protection ; Exorcisme ; Désir sexuel ; Gains matériels.


Utilisation rituelle : Pour arrêter fort promptement l'urine de ceux qui pissent au lit : « Prenez l'écorce intérieure du fruit de Grenade, rozes de Provins, mastic auna une demi-dragme, graine de sumac en dragme, sang de dragon deux dragmes, santal rouge demi-dragme, racine de seau Salomon demi-once, souris préparée & écorchée, lui ayant ôté la tête & les piez, lavée dans fort vin blanc & desséchée au four. Il faut mettre le tout à part, puis bien mêler ensemble avec deux onces de sucre rozat en poudre, dont vous prendez chaque soir une dragme dans du vin blanc bien trempé, avant coucher, & chaque matin une autre dragme, deux heures avant manger. »

Légende arabe : un veuf devint amoureux de sa fille. Pour échapper à la persécution, la jeune femme se tua. Les dieux eurent pitié d'elle et la transformèrent en Grenadier; son père fut changé en épervier. Voilà pourquoi l'épervier ne s'arrête jamais sur le Grenadier qu'il évite constamment


Utilisation magique : Des « pommes-grenades », comme on disait autrefois, ont été trouv6es dans des tombes égyptiennes datant de 2500 ans av. J.-C. Au Grenadier et à son fruit assez particulier se rattachent une foule de symboles, de traditions et d'usages, surtout au Maghreb, mais aussi en Espagne et dans les îles de la Méditerranée.

Dans toute l'Afrique du Nord, les graines pulpeuses, rouge sang, sont consommées fraîches pour accroître la fertilité. Les Gsenaïa du Rif marocain s'en mettaient à même la peau. Cette très ancienne tradition de fécondité vient probablement de la structure inhabituelle du fruit qui, sous son écorce, semble n'être fait que de graines. Quand une Berbère désire savoir le nombre d'enfants qu'elle aura, elle trace sur le sol un cercle d'environ 50 cm de diamètre. De bon matin, tournée face au soleil levant, elle laisse tomber une grenade mûre au milieu du cercle; autant de graines projetées hors de la circonférence, autant d'enfants aura la jeune femme.

Une croyance populaire espagnole assimile le jus de grenade au sang des martyrs; les saints ainsi mis à contribution peuvent varier à l'infini d'une province à l'autre, et même d'une ville à une autre

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D'après Le Livre des symboles, réflexions sur des images archétypales (2010) dirigé par Ami Ronnberg et Kathleen Martin, avec le concours des auteurs de ARAS,


"Une jeune fille agenouillée sur une moitié de grenade soulève sa cape dans un geste signifiant la révélation. La présence d’Éros ailé derrière aile indique que celle qui se présente ainsi est divine ; ici, il s'agit de la déesse Perséphone (Kerényi). L'écorce lisse, dure et rosée de la pume grenate, ou "pomme à grains", couronnée par une auréole dorée, s'ouvre pour révéler un fruit rouge sang et de nombreuses graines, l'origine de son dynamisme mythique dans tout le bassin méditerranéen. Selon un mythe phrygien, un phallus en pierre fécondé aurait engendré un être hermaphrodite, Agditis, qui, émasculé par les dieux, devint la déesse Cybèle (Daniélou). Du sang de cette mutilation jaillit le premier grenadier. Les prêtre d'Attis, un fils / amant de Cybèle émasculé lui aussi, portaient des grenades dans leurs mains ou dans des guirlandes sur leur tête (Kerényi). Avec la figue et la pomme, la grenade est associée au monde souterrain et aux mystères de la mort ainsi qu'à la conception et à la renaissance de la végétation personnifiée par de jeunes gens divins. Les graines et la chair couleur du sang du fruit étaient emblématiques de cet éternel renouveau de la vie terrestre auquel l'initié humain pouvait également participer. La grenade était consacrée à Hadès, qui enleva Perséphone, fille de Déméter, la déesse des moissons, pour l'entraîner dans le royaume des morts. Lorsque Déméter éplorée négligea les récoltes de la terre, provoquant une terrible famine, Zeus décida qu'Hadès devait lui rendre sa fille. Ce dernier fit alors manger à Perséphone "sept succulents grains de grenade". Ayant goûté à la nourriture des morts, elle fut contrainte de passer à ses côtés un tiers de l'année en tant que son épouse et Reine des morts. La grenade jouait également un rôle dans les Mystères d'Eleusis, qui célébraient les deux déesses en tant que source féminine et continuité de la vie, dans la fête dionysiaque et phallique des Halôn ainsi que dans les fêtes des Thesmophories. Dans certains rites, l'initié ne devait se nourrir que de grains de grenades ; dans d'autres, le fruit lui était interdit. En tant qu'offrande votive à l'aspect souterrain de la Grande Déesse en particulier, la grenade évoque, dans le sens psychologique, les profondeurs amères et les forces majestueuses de l'inconscient rencontrées lors de l'ingestion des graines redoutables et fécondes du moi."

Alain Daniélou, Le Phallus, Paris, 1993 /

Karl Kerényi, Eleusis, NY, 1967.

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Pierre-Auguste Renoir, Nature morte à la grenade

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Jean Paquereau, dans son ouvrage intitulé Au jardin des plantes de la Bible : botanique, symboles et usages. (Forêt privée française, 2016) explicite le symbolisme biblique du Grenadier :


Son nom hébreu est « rimmon ».

Références bibliques :

« Ils arrivèrent jusqu'à la vallée d'Eschcol, où ils coupèrent une branche de vigne avec une grappe de raisin, qu'ils portèrent à deux au moyen d'une perche ; ils prirent aussi des grenades et des figues. ».

Nombres 13, 23.

Le Cantique des cantiques célèbre sa beauté dans les vergers : « Tu as la fraîcheur d'un verger de paradis planté de grenadiers aux fruits exquis. ».

Cantique 4 v. 13

Le Livre du Cantique des cantiques fait [aussi] allusion à ses fleurs ; « Je descends au jardin des noyers, pour voir les jeunes pousses du ravin, pour voir si la vigne bourgeonne, si les grenadiers fleurissent. »

Cantique 6 v. 11.

Et à ses fruits : « Tes lèvres sont comme un cordon écarlate, Et ton langage est charmant ; Ta joue est comme une moitié de grenade. »

Cantique 4 v. 3.

Déjà on faisait une boisson avec du vin et du jus de grenade : « Je te conduirais, je t'introduirais dans la maison de ma mère ; Tu m'instruirais, Et je te ferais boire du vin parfumé, Du jus de mes grenades. »

Cantique 8 v. 2.

Histoire dans la Bible :

Le grenadier avait, comme l'olivier, la vigne et le figuier une grande importance économique en Palestine (Nombres 13, 23 ; Deutéronome 8, 8).

« ... un pays de blé et d'orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d'huile d'olive et de miel »

Deutéronome 8, 8 TOB.

La grenade représente un signe de richesse puisqu'elle est citée par Moïse avec le blé, l'orge, l'olivier et les autres produits de la terre de Canaan à la sortie d'Égypte.

La grenade ornait le bord inférieur de la robe du grand prêtre d'Israël (Exode 28, 33) et les deux chapiteaux qui surmontaient les deux colonnes du temps (1 Rois 7, 18). « Il fit également une décoration représentant des fruits de grenadier ; il y en avait deux rangs sur les filets recouvrant les chapiteaux. »

1 Rois 7, 18 BFC.

La grenade a toujours été un symbole fort pour la fertilité. Ceci est en rapport avec les très nombreuses graines que contient le fruit.

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Ana M. Cabo-González, autrice de « Quand les propriétés des plantes défiaient l’entendement », (Annales islamologiques, 51 | 2017, pp. 39-51) s'intéresse notamment aux propriétés merveilleuses des plantes :


Mais une des propriétés les plus importantes est celle associée à la virilité, comprenons la puissance sexuelle ; ce groupe comprend toutes ces plantes, dont les vertus sont aphrodisiaques et stimulantes de l’appétit sexuel. On y retrouve un nombre extraordinaire de légumes.

Ainsi, selon Avicenne, la noix de coco (nārǧīl, Cocos nucifera L.) est un aphrodisiaque (Al-Qazwīnī, El Libro de las plantas, p. 122.). On retrouve dans ce groupe un nombre infini de plantes comme le persil, le poivre, le poireau, le navet, l’oignon, la camomille, les asperges, les racines de grenadiers sauvages (Ibn al-ʿAwwām, Libro de agricultura, II, p. 306, 319, 324.), etc. Encore, aujourd’hui on croit aux vertus aphrodisiaques de beaucoup de ces fruits et on les utilise.

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


La grenade constitue une magnifique pièce décorative à la maison ; brillant comme un joyau d'or elle symbolise la valeur subtile qu'un être humain s'attribue à lui-même.

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


GRENADIER. — Arbre érotique et phallique par excellence. « Du sang d’Adgestis, écrit M. Lenormant, s’élève l’amandier, ou, suivant d’autres versions, le grenadier. Le nom de Rimmon « grenade » était celui que recevait dans certaines parties de la Syrie, voisines de Damas, le dieu jeune, mourant pour ressusciter, ce qui semble indiquer l’existence d’une donnée pareille dans la forme spéciale que le mythe d’Adonis revêtait dans le culte des districts où on l’appelait Rimmon. » Le grand nombre de graines que le fruit du grenadier contient, l’a fait adopter, dans la symbolique populaire, comme le représentant de la fécondité, de la génération et de la richesse. Dans la forme de la grenade ouverte on croyait reconnaître celle de la vulva. C’est pourquoi Pausanias (II), après avoir dit que la déesse Héra tenait une grenade à la main, ajoute qu’il ne veut pas dévoiler le mystère qui se cache sous ce fruit symbolique ; c’est pourquoi encore, d’après Cicéron (In Verrem), Proserpine ne voulut point quitter l’Enfer, après en avoir goûté. « Vetus est haec opinio, judices, quae constat ex antiquissimis Graecorum literis, atque monumentis, insulam Siciliam totam esse Cereri et Liberae consecratam. Hujus filia id circo in Sicilia rapta fuit a Plutone et ad inferos delata, ut diximus, quae prorsus recuperari non potuit, quoniam apud Inferos mali punici grana gustaverat. » Oppien attribue au grenadier une origine légendaire. La légende qui suit est, avec celle de Myrrha, le développement le plus ancien que je connaisse du conte mythologique de la jeune fille persécutée par son propre père. Un homme, est-il dit, ayant perdu sa première femme, devint amoureux de sa fille Side (mot qui signifie grenade) ; pour échapper à la persécution, la jeune fille se tue ; les Dieux ont pitié d’elle et la transforment en grenadier ; son père fut changé en épervier ; voilà pourquoi, selon Oppien, l’épervier ne s’arrête jamais sur le grenadier, qu’il évite constamment. Dans un conte indien du cycle du roi Vikrâmâditya, les parents d’une princesse font garder son jardin de manière que personne n’y puisse entrer ; en même temps, ils font annoncer que celui qui entrera au jardin et emportera trois grenades sur lesquelles la princesse et ses servantes dorment, celui-là épousera la princesse. On prétend que le fruit donné par Ève à Adam, et par Pâris à Vénus, n’était pas une pomme, mais une grenade, et qu’il faut presque toujours sous-entendre la grenade, lorsqu’il est fait mention d’une pomme dans les mythes et dans les usages populaires qui se rapportent au mariage. En Turquie (mais cet usage doit être d’origine hellénique), la jeune mariée jette à terre une grenade ; elle aura autant d’enfants que l’on verra de graines sortir de la pomme frappée contre le sol. D’après Usener (Italische Mythen), en Dalmatie, le jeune prétendant, dans sa demande en mariage, en employant un langage figuré, fait des vœux pour pouvoir transplanter dans son propre jardin les belles fleurs rouges (du grenadier) qui se trouvent dans le jardin du beau-père ; parfois, au lieu des fleurs rouges, il demande des pommes. Dans les chants populaires des provinces napolitaines, on voit la Madone, la Bonne Fée, la Belle Femme, la Jeune Fille aimée paraître devant saint Antonin et devant le jeune homme malade, avec une grenade à la main, et (on ajoute avec malice) avec deux pommes tendres sur le sein.


Seunu picciottu campai ’nnamuratu,

Amai ’na donna e nun la potti aviri,

E di la pena ni cascai malatu,

Idda lu sappi e mi vinni a vidiri ;

’Ntra li manuzzi mi purtau un granatu,

’Ntra lu so pettu dui puma ’ntiniri.


Dans le langage des fleurs, la fleur du grenadier est censée représenter l’amour le plus ardent. En Sicile on cherche les trésors cachés avec des branches de grenadier, ainsi qu’à Lecce avec des branches de noisetier. Elles ne manquent jamais, dit-on, de les trouver, pourvu qu’elles soient manipulées par des sorciers ou par des personnes qui connaissent les formules magiques. Pour les différentes significations qu’on attribue au grenadier et à la grenade que l’on pourrait voir en songe, cf. Artemid. Daldiani, de Somniorum interpretatione (I, 725) et Apomasaris, Apotelesmata (Francfort, 1577, p. 263). A cause du sang qui semble couler de la grenade, le grenadier, ainsi que le cornouiller et le cerisier, a pris quelquefois une signification lugubre. On prétend que, le grenadier ayant été planté sur le tombeau d’Étéocle, à cause de cette circonstance, ses fruits versent encore du sang. D’après une autre version, le sang de la grenade proviendrait du suicide Ménoecée. Mais, le plus souvent, ce sang qucoule, ainsi que les nombreuses graines de la grenade, est un heureux indice de fécondité et d’abondance. Le grand nombre de ces graines a toujours dû être proverbial en Grèce. Hérodote rapporte que le roi Darius, ayant ouvert une grenade, on lui demanda quelle chose il aurait désiré aussi abondante que les graines de cette pomme. Lorsque le roi Othon visita les Thermopyles, un vieillard lui présenta une grenade en lui souhaitant autant de bonnes années qu’il y avait de graines dans la pomme.

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Aurore Petrilli auteur d'un article intitulé "Le trésor du dragon : pomme ou mouton ?" (paru In : Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce Archaïque, numéro 16, 2013. pp. 133-154) s'interroge sur la nature des pommes d'or du Jardin des Hespérides :


[...] La grenade, enfin, est cultivée de très longue date en Géorgie, c’est-à-dire dans l’ancienne Colchide. Son aire de répartition est étendue puisqu’elle se cultive en Asie occidentale et centrale, dans tout le sud du bassin méditerranéen, aussi bien de la Turquie jusqu’au Tadjikistan que de l’Iran jusqu’à l’Espagne. Ce fruit dont nous ne connaissons principalement que la variété à la peau rouge existe aussi en un jaune doré rappelant la couleur de l’or, mais aussi celle de certaines pommes et celle du coing. Elle peut également rappeler l’orange, mais la confusion est impossible quant à son nom, car grenade en grec se dit ῥοιά ou bien σίδη ( Bailly, 1950, p. 1722 et p. 1747). Sa symbolique varie selon les pays et les civilisations. Elle est associée à la déesse syrienne Atargatis, dont le culte est aussi attesté en Égypte, en Grèce et en Macédoine (Sartre, 2003, p. 293.). La grenade est plutôt à rattacher à l’au-delà. C’est le fruit des divinités infernales et des morts, celui qui piégea Corè/ Perséphone dans les Enfers un tiers du temps. Cependant, elle est aussi un symbole de vie et de fertilité (Belfiore, 2010, p. 522-523). Si Héraklès doit renaître en tant qu’immortel, il doit d’abord mourir en tant qu’humain.

Le vol des pommes/grenades serait peut-être à rattacher à cette perte symbolique de sa vie d’homme qui se concrétisera plus tard sur le bûcher de l’Œta. C’est, en somme, un pas de plus vers sa renaissance en tant qu’immortel.

En définitive, si les grenades, les coings et les oranges peuvent physiquement être confondus avec des pommes, il est impossible que les auteurs aient pu prendre ces fruits pour des moutons. La confusion est donc bien verbale et les artistes ne s’y sont, eux, pas trompés.

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Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017) de Françoise Frontisi-Ducroux, on peut lire que :


"Attis est un doublet d'Adonis, si ce n'est que l'amour de Cybèle est chaste : elle se réserve le garçon à titre de serviteur de son temple. Elle lui fait jurer fidélité et chasteté. Attis promet, mais viole son serment en perdant sa virginité avec une nymphe des bois, naïade en même temps. Cybèle entre en rage, abat la nymphe et son arbre, et frappe de folie Attis, qui part errer dans les montagne et finalement s'émascule : "Ah ! que périssent les parties qui m'ont perdu", s'écrie-t-il "en tranchant le fardeau de ses aines". Cette pulsion castratrice semble héréditaire. Car sa mère, une nymphe du nom de Nana, avait conçu Attis, son merveilleux enfant, en mangeant les fruits d'un grenadier, lui-même issu des résidus de l'émasculation involontaire d'un androgyne monstrueux, nommé Agdistis... que Zeus en personne avait engendré pendant son sommeil en fécondant la Terre dont il était épris. Désir incestueux si l'on considère que cette dernière, dite Magna Mater, qui est aussi Cybèle, est la mère de tous les dieux. Mais passons sur cette histoire compliquée qui comporte encore d'autres variantes. Attis devient non point un grenadier comme son végétal aïeul, mais un pin, tandis que son sexe coupé, soigneusement enveloppé et enterré par la déesse, donne naissance à la violette.

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Littérature :

La Fleur de Grenade

D’un pinceau lumineux, l’astre de la lumière

Anime mes vives couleurs,

Et régnant sur l’Olympe en sa vaste carrière,

Il me fait régner sur les fleurs.

Ma pourpre est l’ornement de l’empire de Flore :

Autresfois je brillay sur la teste des roys

Et le rivage more

Fut sujet à mes loix.

Mais méprisant l’éclat dont je suis embellie,

Je renonce aux flambeaux des cieux,Et viens, ô divine JULIE,

Adorer tes beaux yeux

Pour vivre par leurs feux d’une plus noble vie.

Je viens par une belle ardeur

À la honte du ciel achever ta grandeur :

Il te devoit une couronne

Et moi, je te la donne !

Arnauld de Briottes, "La Fleur de Grenade" in La Guirlande de Julie, XVIIe siècle.

*

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Nathanaël, te parlerai-je des grenades ?

On les vendait pour quelques sous, à cette foire orientale,

Sur des claies de roseaux où elles s'étaient éboulées.

On en voyait qui roulaient dans la poussière

Et que des enfants nus ramassaient.

Leur jus est aigrelet comme celui ds framboises pas mûres.

Leur fleur semble faite de cire ;

Elle est de la couleur du fruit.


Trésor gardé, cloisons de ruches,

Abondance de la saveur,

Architecture pentagonale.

L'écorce se fend ; les grains tombent,

Grains de sang dans des coupes d'azur ;

Et d'autres, gouttes d'or, dans des plats de bronze émaillé.


André Gide, extrait de Les Nourritures terrestres, 1897.

*

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Les Grenades


Dures grenades enr'ouvertes

Cédant à l 'excès de vos grains,

Je crois voir des fronts souverains

Éclatés de leurs découvertes !


Si les soleils par vous subis,

Ô grenades entrebâillées,

Vous ont fait d’orgueil travaillées

Craquer les cloisons de rubis,


Et que si l'or sec de l'écorce

A la demande d'une force

Crève en gemmes rouges de jus,


Cette lumineuse rupture

Fait rêver une âme que j'eus

De sa secrète architecture.


Paul Valéry, "Les Grenades" in Charmes, 1922.

*

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