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  • Anne

Soigner avec l'Éléphant


Le stage de massages spirituels approche de plus en plus et il est temps de renouer avec les animaux de pouvoir qui nous assistent dans ce travail comme nous y avait invités Maria-Lucia dans son dernier stage.

Claire-Lise se connectera à l'éléphant qui a "des pattes qui le relient profondément au sol, une trompe qui le relie au ciel et des défenses qui aident à faire les extractions."




Étymologie :

  • ÉLÉPHANT, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1121 elefant (Ph. Thaon Best., 1416 ds T.-L. : une beste truvum qu'elefan apelum); 2. 1825 p. ext. « personne à la démarche lourde et peu gracieuse » (Brillat-Sav., Physiol. goût, p. 227); 3. 1560 elephant de mer (Paré, éd. Malgaigne, Discours de la licorne, III, chap. XI, p. 502). Empr. au lat. elephantus « éléphant », en a. fr. on rencontre plus souvent la forme olifant*.

Pour en savoir plus, consultez la définition détaillée du substantif.


Galerie de photos : éléphants d'Asie et d'Afrique


Zoologie :

Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) :


"La démarche imposante des éléphants dans les plaines d'Afrique ou leurs barrissement puissants dans les jungles tropicales de l'Asie du sud-est ne peuvent pas laisser indifférent. Il en est de même pour leurs excréments qui sont très impressionnants et du fait même faciles à identifier.


Description : De grosses crottes molles, qui peuvent atteindre 15 cm. Comme les éléphants ne digèrent qu'une infime quantité de ce qu'ils mangent, leur merde fibreuse est mélangée avec des fragments d'écorces, de brindilles, et des gousses quasiment intactes.


La grande bouffe : Comme les éléphants sont énormes, il paraît logique que leurs excréments le soient aussi, d'autant plus que ces sympathiques animaux ont un appétit gargantuesque : un animal adulte passe 16 heures par jour à ingurgiter entre 140 et 270 kg de nourriture. Mais comme il n'en absorbe vraiment que 40%, le reste va directement à l'autre extrémité. Un tel gaspillage explique pourquoi l'éléphant a besoin de tant de nourriture.


Bienfaiteurs : Clé de voûte du paysage africain, l'éléphant est aussi utile et bénéfique pour les hommes que pour les animaux : il peut contribuer à abattre des arbres et à construire des pistes dans la jungle.

Les merdes d'éléphant participent aussi à l'écosystème puisque les babouins et les oiseaux viennent y chercher des graines et des noix et que les scarabées bousiers y déposent leurs larves ; les termites, eux, non seulement s'en nourrissent mais ils s'en servent pour la construction de leurs termitières. Sans compter que le fumier d'éléphant est un bon engrais et que certaines graines ne peuvent germer qu'après être passées par son tube digestif.


Si je ne m'abouse : La bouse fraîche d'éléphant est un parfait révélateur de sa température. Si elle est à 36° ou 37°, cela signifie que l'animal est en bonne santé."

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Dans Le Dieu perdu dans l'herbe (Presses du Châtelet, 2015), le philosophe Gaston-Paul Effa raconte son initiation auprès de la guérisseuse pygmée Tala qui lui révèle que :

"Les chats, comme les rats et les éléphants, ont ce pouvoir extralucide de voir la mort arriver à travers les choses et les êtres. Ils se glissent dehors, dans les champs, reniflent partout. Ils cherchent qui est passé par là. Ils regardent alentour sans cesse, leurs petites narines humides s'ouvrent et se referment devant la vérité qu'ils cernent."

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Selon Frans de Waal, auteur de Sommes-nous trop "bêtes" pour comprendre l'intelligence des animaux (Édition originale 2016 ; traduction française : Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016) :

« Pendant des années, les scientifiques les [les éléphants] ont cru inaptes à utiliser des outils. Les pachydermes échouaient au test de la banane hors de portée : ils n'utilisaient pas le bâton. Ils n'étaient pourtant pas incapables de soulever des objets sur une surface plane, - les éléphants vivent au sol et ramassent sans arrêt des objets, parfois tout petits. Les scientifiques ont donc conclu qu'ils ne comprenaient pas le problème. Il n'est venu à l'idée de personne que c'était peut-être nous, les chercheurs, qui ne comprenions pas l'éléphant. Comme les six aveugles, nous ne cessions de tourner autour de la grosse bête et de la toucher, au lieu de nous rappeler les mots de Heisenberg : « Ce que nous observons, ce n'est pas la Nature en soi, mais la nature exposée à notre méthode d'investigation. » Si le physicien allemand pensait ici à la mécanique quantique, c'est tout aussi vrai de l'esprit des animaux.

Contrairement à la main des primates, l'organe qui sert aux éléphants à attraper est également leur nez. Ils utilisent leur trompe non seulement pour saisir la nourriture, mais aussi pour la sentir et la toucher.. Grâce à leur odorat hors pair, ces animaux savent exactement ce qu'ils cherchent. Mais attraper un bâton obstrue leurs voies nasales. Même lorsqu'ils approchent le bâton de la nourriture, celui-ci les empêche de la renifler et de la tâter. C'est comme envoyer un enfant chercher des œufs de Pâques avec un bandeau sur les yeux.

Donc, quel type d'expérience ferait justice aux spécificités anatomiques et aux aptitudes de l'animal ?

Lors d'une visite au Zoo national de Washington, j'ai rencontré Preston Foerder et Diana Reiss, qui m'ont montré ce dont est capable Kandula, un jeune éléphant mâle, si on lui présente ce problème différemment. Les scientifiques ont suspendu un fruit tout en haut de l'enclos, hors de la portée de Kandula. Ils ont donné à l'éléphant plusieurs bâtons et une caisse carrée très solide. Kandula a ignoré les bâtons, mais, au bout d'un moment, il s'est mis à pousser la caisse avec son pied. Il a continué ainsi, tout droit, jusqu'à ce qu'elle se trouve juste au-dessous du fruit. Il est alors monté sur la caisse avec ses pattes avant et a réussi à attraper la nourriture avec sa trompe. Un éléphant peut donc utiliser des outils – si ce sont les bons.

Tandis que Kandula mastiquait sa récompense, les chercheurs m'ont expliqué qu'ils avaient ensuite modifié la procédure afin de lui compliquer un peu la tâche. Ils avaient placé la caisse dans une autre partie du jardin hors de sa vue, pour voir si l'éléphant, apercevant la nourriture alléchante, se souviendrait de la solution et s'éloignerait du fruit pour aller chercher l'outil. En dehors de quelques espèces à gros cerveau, comme es humains, les grands singes et les dauphins, peu d'animaux en sont capables, mais Kandula l'a fait sans hésitation : il est allé chercher la caisse très loin.

Aujourd'hui, des années plus tard, Josh a testé de nombreux autres animaux à la Think Elephants International Foundation, en Thaïlande, et notre conclusion a été confirmée : certains éléphants d'Asie se reconnaissent dans la glace. Pour les éléphants d'Afrique, il est plus difficile de le savoir, car jusqu'à présent toutes les expériences se sont terminées dans un fracas de miroirs brisés : cette espèce a tendance à examiner les nouveaux objets à grands coups de défenses. On a donc du mal à déterminer si ce sont les résultats ou les outils qui sont mauvais.

[...]

Toutefois, l'importance donnée aux connexions neuronales pose à mon avis la question des animaux qui ont un cerveau plus gros que le nôtre (1, 35 kg). Le cerveau du dauphin pèse 1, 5 kg, celui de l'éléphant de 4 kg et celui du grand cachalot 8 kg : ces animaux auraient-ils plus de conscience que nous ? Ou la conscience dépend-elle du nombre de neurones ? Sur ce plan, la situation est moins claire. On a longtemps pensé que notre cerveau, quelle que fût sa taille, possédait plus de neurones que tout autre, mais nous savons aujourd'hui que celui de l'éléphant en a trois fois plus – 257 milliards, pour être exact. Cependant, ils sont distribués différemment : chez l'éléphant, la plupart des neurones se trouvent dans le cervelet. On a aussi supposé que le cerveau des pachydermes, en raison de sa taille, comporte de nombreuses connexions entre des régions éloignées, un peu comme un réseau d'autoroutes supplémentaire, ce qui le rend plus complexe. Dans notre propre cerveau, nous tendons à surévaluer les lobes frontaux, considérés comme le siège de la rationalité – pourtant, selon les derniers travaux anatomiques, ils ne sont pas si exceptionnels que cela. Le cerveau humain est en fait un « cerveau de primate agrandi à l'échelle », ce qui veut dire qu'il n'y a pas de zones disproportionnées. Tout bien pesé, les différences neuronales semblent insuffisantes pour conclure que l'homme est unique en son genre. Si nous finissons par trouver un moyen de mesurer la conscience, il est fort possible que nous découvrions qu'elle est largement partagée.

[...] Nous pensons souvent que les éléphants pratiquent le matriarcat, et c'est absolument vrai. Les hardes d'éléphants sont composées de femelles avec leur progéniture, parfois suivies par un ou deux mâles adultes qui souhaitent s'accoupler. Les mâles sont de simples parasites. Il est difficile d'appliquer le terme politique à ces hardes, puisque chez les femmes le rang dépend de l'âge, de la famille et peut-être de la personnalité : toutes ces caractéristiques sont stables. Cela ne laisse guère de place à la concurrence pour le statut ou aux luttes politiques à base d'alliances opportunistes qui se nouent et se dénouent. Pour cela, chez les éléphants aussi, il faut se tourner vers les mâles. Très longtemps, on a perçu les éléphants mâles comme des solitaires qui parcourent la savane de long en large et dont, de temps à autre, l'état de musth change le comportement. Perturbé par une multiplication par vingt de son taux de testostérone, le mâle se mue alors en une sorte de Popeye ayant mangé des épinards, un parfait abruti machiste et sûr de lui, prêt à en découdre avec quiconque croise sa route. Peu d'animaux doivent composer avec un facteur physiologique aussi étrange dans leur système social. Mais nous savons maintenant, grâce ua travail de la zoologue américaine Caitlin O'Connell dans le parc national d'Etosha, en Namibie, que ce n'est pas tout, loin de là. Les éléphants mâles d'Afrique sont bien plus sociables que nous ne le pensions. Ils ne se déplacent pas en hardes, comme les femelles – qui retsent ensemble pour empêcher les prédateurs de s'en prendre à leurs petits -, mais se connaissent individuellement entre eux ; certains dirigent, d'autres suivent, et ils ont des associations semi-permanentes. Par certains côtés, les descriptions d'O'Connell me rappellent la politique des primates, mais par d'autres elles paraissent vraiment bizarres, en raison de l'étrange façon dont les éléphants communiquent. Par exemple, un mâle dirigeant qui a peur d'un autre abaisse son pénis quand il fait retraite en trémoussant ses fesses.Que se passe-t-il ici ? Il recule maladroitement, et son pénis – qui est assez flagrant chez l'éléphant – sert de signal. Pourquoi ne pas le rétracter un moment pareil ? Il l'abaisse en signe de soumission, ou bien, écrit O'Connell, de « supplication ». Du côté des dominants aussi, le comportement est tout à fait inhabituel. Voici une description d'une démonstration de musth : Il était si agité qu'il est allé sur le lieu où Greg avait déféqué et a exécuté une démonstration spectaculaire de musth sur le tas d'excréments offensant : il a lentement uriné dessus en recourbant la trompe au-dessus de la tête, en agitant les oreilles et en se dandinant, les pattes avant en l'air et la bouche grande ouverte. On pensait autrefois que plus un mâle était âgé et de grande taille, plus son rang était élevé. Si c'était le cas, ce système serait assez rigide. Mais O'Connell a observé des changements de statut. Un mâle dirigeant a perdu progressivement sa capacité à rallier d'autres mâles pour le suivre. Il agitait les oreilles en émettant un long grognement, « allons-y », mais plus personne ne faisait attention lui comme les années précédentes. Sa coalition se délitait, alors qu'elle s'était montrée antérieurement d'une cohésion impressionnante. Un signe d'un « club de mâles » qui fonctionne est la reprise en écho des vocalisations du mâle dominant par les mâles qui l'entourent. L'appel d'un subordonné commence au moment précis où le dominant termine le sien, et il sera suivi par celui d'un autre subordonné, puis d'un autre encore : cette cascade d'appels répétés chez les mâles signale au reste du monde qu'ils sont étroitement unis.

[...]

On a découvert que ces animaux repèrent les orages à des distances énormes et ajustent leur itinéraire en fonction des précipitations plusieurs jours à l'avance. Comment font-ils ? Les éléphants perçoivent les infrasons, des ondes sonores bien inférieures à ce que l'oreille humaine est capable d'entendre. Ces sons, utilisés aussi dans les communications, parcourent des distances bien plus longues que ceux qui sont discernables pour nous. Se pourrait-il que les éléphants soient capables d'entendre l'orage et la pluie à des centaines de kilomètres ? Cela semble la seule explication possible à leur comportement.

[...] En dehors des hominidés; la reconnaissance de soi spontanée n'a été observée que chez les éléphants et les dauphins. »

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Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat nous propose sa vision de l'éléphant de savane d'Afrique (Loxodonta africana) qui pour elle est un « emblème hors norme » : Il n'est pas un animal qui m'inspire autant de douceur, de tendresse, de crainte et d'admiration que le plus grand mammifère terrestre actuel. Difficile de trouver une espèce aussi complexe que passionnante et paradoxale que l'éléphant d'Afrique. Complexe et passionnante ? Oui ! Car représentative d'une multitude de comportements et de capacités physiologiques incroyables, parfois inexpliqués. Paradoxale ? Bien sûr. Tantôt si légère lorsqu'elle nage dans l'eau, douce et patiente envers ses petits, altruiste envers ses congénères ; tantôt si puissante et imposante quand elle vous charge de ses 5 à 7 tonnes qu'aucun prédateur, sinon les humains armés, ne se risque à se frotter à elle ; paradoxale aussi si l'on en croit son histoire. Imaginez plutôt ! L'ancêtre des éléphants (Erithericum Azzouzorum) est un petit animal qui vivait il y a environ 60 millions d'années et qui pesait à peine 5 kilos pour une taille de moins de 50 centimètres au garrot ! Au cours de leur histoire, les éléphants ont aussi connu le mammouth (Mammuthus sp.) apparu il y a environ 4 millions d'années, pesant pour certains plus de 12 tonnes et mesurant 5 mètres au garrot, soit le double des plus gros éléphants actuels ! La première aptitude exceptionnelle des éléphants d'Afrique est évidemment leur mémoire légendaire qui favorise leur capacité extraordinaire de navigation. Les éléphants d'Afrique consomment énormément de fourrage et doivent ainsi de déplacer en permanence. En cinq mois, les éléphants du désert de Namibie peuvent parcourir plus de 600 kilomètres ! Pendant la saison sèche, ils repèrent et visitent des sources d'eau – qui peuvent être éloignées de plus de 60 kilomètres les unes des autres – tous les quatre jours ! En cas de sécheresse sévère, les éléphants doivent sortir de leur domaine vital pour tenter de trouver les ressources indispensables à la survie des petits et du groupe. Dans ces cas extrêmes, les matriarches, qui bénéficient d'excellentes capacités de navigation spatiale et de mémorisation des lieux visités, guident le groupe. Ainsi, seuls les clans régis par des femelles expérimentés et âgées (35 ans), bénéficiant de l'expérience nécessaire, peuvent sortir de leur domaine vital pour survivre. Les éléphants du parc national d'Amboseli, au Kenya, mémorisent mêmes les caractéristiques olfactives, visuelles et vocales des humains qui les approchent et déterminent s'il s'agit d'ennemis potentiels, comme des chasseurs masaï, ou de simples touristes ! Enfin l'ouïe des éléphants est incroyablement perfectionnée et sensible aux infrasons, inaudibles pour nous les humains. Elle leur permet de détecter les signaux sismiques en provenance du sol, d'alerter à distance de la présence d'un point d'eau ou de prédateurs ou encore de repérer la pluie tombant à plus de 100 kilomètres. Les éléphants, détectant les infrasons des nuages, peuvent ainsi se diriger vers les futures averses des jours vire des semaine avant qu'elles ne leur tombent dessus !

Outre leur mémoire, les éléphants d'Afrique utilisent des outils. Pour se débarrasser des mouches, ils se frottent à l'aide de branches et transmettent cette technique à leurs petits. Ils creusent aussi des trous pour trouver de l'eau, puis les recouvrent avec des écorces pour éviter l'évaporation. Ils pratiquent également l'automédication, en sélectionnant plantes et racines à ingérer pour se soigner ou induire la parturition. Ultime et merveilleuse preuve d'intelligence : ils savent tricher ! Les éléphants d'Asie, domestiqués, enfoncent de la boue dans la cloche qu'ils ont autour du cou pour l'empêcher de sonner. Une solution idéale pour ne pas se faire repérer lorsqu'ils décident de piller les champs !

Ces géants savent également faire preuve d'empathie. Comment en pas être émerveillé devant ces colosses qui se réconfortent, adoptent des orphelins, s'entraident pour extraire des éléphanteaux coincés dans la boue ou pour retirer une lance enfoncée dans le corps d'un congénère. On sait aussi que ces éléphants pratiquent des rites funéraires encore mal expliqués. Ils semblent avoir conscience de la mort et respectent les restes de leurs congénères. Quand l'un d'eux meurt, ils sont agités, stressés et veillent pendant plusieurs jours, se regroupent autour du cadavre, le sentent, le touchent... Les éléphants entretiennent avec la mort un rapport témoignant pour certains d'un phénomène d'empreinte voire d'attachement au corps mort du parent. Si un éléphant sur le point de mourir est toujours entouré par d'autres congénères, les cimetières d'éléphants en revanche n'existent ps. Les cadavres retrouvés localement en grand nombre sont peut-être d'anciens points d'eau ou des charniers dus au braconnage. Les éléphants n'ont pas leur pareil pour m'inspirer une profonde humilié et un immense respect. Une profonde tristesse aussi, face à un constat insupportable : le plus gros mammifère terrestre est en danger. On estime qu'un éléphant meurt toutes les quinze minutes à cause du trafic d'ivoire.

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Symbolique :

Selon Hildegarde de Bingen, dans Physica, Le Livre des subtilités des créatures divines (XIIe siècle, traduction P. Monat, 2011) :


"L'éléphant contient la chaleur du soleil et non celle de la chair, il contient aussi une abondante sueur : celle-ci est tellement forte qu'elle cuit ses os, comme le feu cuit les aliments. C'est pourquoi ses os sont beaux. Sa sueur se trouve en grande quantité sous sa peau et conserve sa force à la peau extérieure. Il a plus d'os que de chair, pour ne pas tomber dans le dévergondage, car la chair aboutit toujours au dévergondage ; il a de fortes veines parce qu'il manque beaucoup de chair. Son nombril est en quelque sorte la tête de ses entrailles, qui sont très chaudes. Il est fait pour la gloire de l'homme, comme un prince agit pour la gloire de sa ville. Il n'est ni sournois ni méchant dans sa droiture. Pourtant, il est parfois emporté.

Il erre et recherche la terre qui contient le suc du paradis : il la foule de ses pieds jusqu'à ce qu'il flaire le suc de paradis ; quand il l'a senti, il cherche alors à s'accoupler. Après avoir conçu, la femelle porte longtemps le petit, qui ne peut grandir vite, puisqu'il est fait de plus d'os que de chair. Après avoir mis bas, elle ne cherche plus à s'accoupler avant d'avoir vu son petit aussi vigoureux qu'elle-même.

[Ed. L'homme dont le cerveau est refroidi et vide apprêtera en forme de bonnet l'os qui est derrière le front de l'éléphant, le fera chauffer au soleil, et il en ira mieux ainsi.] Celui qui a le rhume ou beaucoup de flegme dans la tête fera chauffer au soleil l'os qui est dans la tête de l'éléphant et le posera souvent sur ses narines, jusqu'à ce qu'elles en soient réchauffées, et il sera guéri. Celui qui souffre de la poitrine, du cœur, de la rate ou de l'estomac, ou qui a la jaunisse, pulvérisera de la noix de muscade et de la réglisse à poids égal, râpera de l'os d'éléphant et mélangera cette poudre à celle qui a été obtenue précédemment ; il ajoutera une bonne quantité de miel et fera un électuaire : qu'il en mange souvent, à jeun et après le repas, et il ira mieux. Celui qui souffre des poumons au point d'étouffer et de tousser doit faire sécher au soleil des os d'éléphant, les réduire en poudre, mettre cette poudre dans du vin, faire cuire dans une marmite, filtrer avec un linge, puis jeter la poudre d'os et boire le vin : ainsi il guérira. Le cœur, le foie, le poumon et tous les organes qui sont en lui n'ont pas de valeur pour la médecine."

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D'après Jean Chevalier et Alain Gheerbrant dans le Dictionnaire des Symboles (1969, édition revue et corrigée : Robert Laffont, 1982) :


"L'éléphant est la monture des rois, et d'abord d'Indra, le Roi céleste. Il symbolise donc la puissance royale. Éléphant est encore le nom de Shiva dans ses fonctions de souveraineté. L'effet du pouvoir royal établi, c'est la paix, la prospérité ; la puissance de l'éléphant (mâtangi) donne à ceux qui l'invoquent tout ce qu'ils peuvent désirer. En bien des régions, et notamment dans celles de la mousson, ce dont est celui de la pluie, qui est bénédiction du Ciel : au Siam, au Laos, au Cambodge, l'éléphant blanc donne la pluie et les bonnes récoltes. Car Indra est aussi la divinité de l'orage ; l'éléphant porte sur sa tête une pierre précieuse, qui a l'éclat de la foudre.

L'éléphant est encore symbole, non de lourdeur, mais de stabilité, d'immutabilité. Le Yoga l'attribue au chakra mâlâdhâra, où il correspond en conséquence à l'éléphant terre et à la couleur ocre. Il accompagne encore le Boddhisattva Akabobhya, l'Immuable. Dans certains mandala tantriques, on trouve l'éléphant, soit aux portes cardinales, soit aux points collatéraux ; on l'y trouve aussi à Angkor, au Mebon oriental et surtout au Bakong. Il signifie la domination du centre royal sur les directions de l'espace terrestre. Sa présence, entre autres symboles, auprès de Vâsudeva - Vishnu comme maître des trois mondes - paraît bien indiquer sa souveraineté sur le monde terrestre.

L'éléphant évoque encore l'image de Ganesha, symbole de la connaissance. Son corps d'homme est encore le microcosme, la manifestation ; sa tête d'éléphant le macrocosme, la non-manifestation. Selon cette interprétation, l'éléphant est en effet, le commencement et la fin, ce qui s'entend à la fois du développement du monde manifesté à partir de la syllabe om (donc du non-manifesté) et de la réalisation intérieure du yogi. Ga-ja, l'éléphant, c'est l'alpha et l'omega.

Le symbolisme de l'éléphant est aussi fort usité dans les formulations bouddhiques : c'est d'un éléphanteau que la reine Mâya conçut Bouddha. Il joue ici un rôle angélique, qui semblerait imprévu, si nous ne savions déjà que l'éléphant est l'instrument de l'action et de la bénédiction du Ciel. Il est parfois figuré seul pour signifier la conception de Bouddha. Au sommet d'un pilier, il évoque ailleurs l'Eveil, ce qui nous ramène au symbolisme de la connaissance figuré par Ganesha. Enfin, signification très proche, il est la monture du Boddhisattva Samantabbadra, pour exprimer non moins formellement le pouvoir de la connaissance. Accessoirement, la force brutale et exprimée dans l'épisode de l'éléphant furieux Nâlagiri.

Comme le taureau, la tortue, le crocodile et d'autres animaux, il joue encore le rôle, en Inde et au Tibet, d'animal-support-du-monde : l'univers repose sur une échine d'éléphant. On le voit apparaître en cariatides sur nombre de monuments : il est cosmophore. Il est aussi considéré comme un animal cosmique en ce qu'il possède par lui-même la structure du cosmos : quatre piliers supportant une sphère.

En Afrique, selon les croyances baoulé, l'éléphant symbolise la force, la prospérité, la longévité et la sagesse. Il est symbole de violence et de laideur, chez les Ekoî, auxquels les Ibos du Biafra ont emprunté le culte et les institutions de l'Ekkpe. Mais le symbolisme ici ne dépasse guère le niveau de la métaphore.

C'est encore à ce niveau qu'il sert d'attribut à la puissance royale, si l'on ne considère que sa propre masse ; au roi qui fuit la folie et l'imprudence, si l'on considère sa propre méfiance et sa vigilance ; à la piété si l'on en croit Pline et Elien : Quand brille la lune nouvelle, les éléphants, d'après ce que j'entends dire, mus par quelque intelligence naturelle et mystérieuse, emportent des rameaux, récemment arrachés aux forêts où ils paissent, les élèvent et, tournant leurs yeux vers le ciel, agitent doucement ces branches, comme s'ils adressaient une prière à la déesse, afin de se la rendre propice et bénévole ; à la chasteté, s'il est vrai que, selon Aristote, lorsque sa femelle porte (deux ans), il ne l'approche pas et ne couvre aucune autre femelle ; il serait même le vengeur de l'adultère. Une gravure du VIIe siècle illustre ces fables, en montrant un éléphant qui lutte avec un sanglier, comme la pudeur avec la libido."


Lire aussi le symbolisme de l'ivoire.

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Corinne Tzanavaris, dans sa thèse pour le doctorat vétérinaire : L'animal en tant que symbole et/ou archétype dans la pensée jungienne, nous apprend que :