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  • Anne

La Bryone




Étymologie :

Étymol. et Hist. 1256 brioine (A. de Sienne, Régime du corps, 99 dans Quem.), forme attestée jusqu'en 1798, Ac. ; repris en 1869, Hugo, L'Homme qui rit, t. 2, p. 115 ; fin xive s. brione (Evr. de Conty, Probl. d'Arist. dans Gdf. Compl.) − 1845, Besch. ; bryonne (Trév. 1732 à 1771) ; 1751 bryone (Encyclop. t. 2). Empr. au lat. bryonia (Columelle dans TLL s.v., 2219, 9) lui-même empr. au gr. β ρ υ ω ν ι ́ α (Dioscoride dans Liddell-Scott), v. André Bot., p. 59.


Lire également la définition du nom bryone afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Bryona dioïca ; Bitaoubère ; Bricane ; Briode ; Carotte des haies ; Colubrine ; Couleuvrée ; Courle sauvage ; Crache-venin ; Croulante ; Fausse coloquinte ; Fausse mandragore ; Fausse Vigne ; Faux navet ; Feu ardent ; Herbe au violet ; Hebre au tan ; Herbe de feu ; Mandragore grimpante ; Mauvais navet ; Nape sauvage ; Naveau bourge ; Navet du diable ; Navet galant ; Navet godar ; Naviô des haies ; Pétar ; Poucère ; Racine vierge ; Radis du diable ; Radis galant ; Raisin du diable ; Rave de brebis ; Rave de serpent ; Roupie de serpent ; Vanais sauvage ; Verjus du diable ; Vigne bâtarde ; Vigne-blanche ; Vigne de crapaud ; Vigne de serpent ; Vigne du loup ; Vigne folle ; Vigne sauvage , Vignette.

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Botanique :


Description proposée par la Clairière des Carnutes (affiliée à l'OBOD) :


Une précaution est toutefois à prendre lorsque la Bryone est consommée par voie buccale. Son rhizome charnu, très gros et double, renferme un principe amer qui est un violent purgatif. Lors de la composition d'une recette, vous éliminerez ce principe en lavant plusieurs fois la pulpe à l'eau froide ; la chair est alors parfaitement inoffensive, elle prend même un léger goût de manioc. Plantes grimpante par ses vrilles, Les fleurs ont une corolle soudée à cinq lobes, blanc jaunâtre (verdâtre), veinés. Plante toxique, le suc de la racine occasionne des brûlures sur l'épiderme.

 

Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes : 


[...] La question est simple : les plantes ont-elles une mémoire ? Réponse : il semble que oui, même si celle-ci reste rudimentaire et ne s'applique qu'à des faits particuliers se rapportant à leur état de santé.

Les chercheurs ont d'abord travaillé sur la bryone, une plante grimpante qui produit de jolies baies rouges, courante dans les jardins et dont les vrilles s'enroulent en tire-bouchon ou en ressort ; sa croissance est rapide et vigoureuse, d'où l'origine de son nom qui vient du grec bruo (« pousser avec vigueur »). La plante forme une feuille et une vrille chaque jour ; elles sont alors séparées de celles des jours précédentes pars des entre-nœuds qui atteignent leur allongement maximum en quarante-huit heures environ. C'est sur un tel entre-nœud - cette partie de la tige séparant deux feuilles - que nos chercheurs ont pratiqué un frottement simulant une agression. Ils ont alors constaté que cet entre-nœud réduisait sa croissance et fabriquait

dans ses tissus plus de bois que les autres.

Ainsi se confirme l'effet, déjà signalé, du contact, du frottement ou de la pression sur la croissance des plantes. Jusqu'ici il s'agit d'un simple réflexe, induisant la classique réaction de contraction, de tassement sur lui-même et d'hyperlignification de l'entre-nœud : c'est la première phase de l'expérimentation,. la deuxième sera encore plus probante.

La mémoire de la plante peut être vérifiée de façon spectaculaire en pratiquant des cultures de tissus en laboratoire. C'est ce qu'on a fait avec des tissus de bryone sur milieu artificiel et nutritif, obtenant ce que les spécialistes appellent un cal, c'est-à-dire une culture primaire formée d'un amas de cellules indifférenciées. Il est aisé, ensuite, de prélever un fragment de ce cal, de le replanter sur le milieu nutritif et de la faire proliférer à son tour ; puis de reprendre sur cette culture un autre fragment, et ainsi de suite. Les chercheurs ont pu démontrer que les « sous-cultures » successives se « souviennent » de l'irritation première, et ce, jusqu'à la quatrième génération : on remarque en effet que la teneur en bois des tissus reste plus élevée. Bref, la mémoire de l'irritation se transmet à travers la lignée de cellules cultivées jusqu'aux arrière-petites-filles des cellules initiales, comme si ce caractère était devenu héréditaire !

 

Dans Petit Grimoire : Plantes sorcières, Les Sortilèges (Éditions « Au bord des continents... » , mars 2019, sélection de textes extraits de Secrets des plantes sorcières) Richard Ely présente ainsi la Bryone :


La Bryone fait partie de la famille des Cucurbitacées, en cela elle est la cousine du melon, de la courgette et de la citrouille. C'est une plante grimpante qu'on retrouve dans les haies, partant à l'assaut des hauteurs, emmenant ses tiges frêles, grâce à de puissantes vrilles qui s'enroulent et s'entortillent autour de la moindre branche pour gagner en lumière, trois mètres plus haut. Si les vrilles sont des feuilles transformées, à leur opposé naissent d'autres feuilles palmées de cinq à sept lobes découpés. La plant est dioïque, fleurs mâles et femelles sur des pieds différents.

La bryone possède une grosse racine charnue, nauséabonde, qui rappelle un peu celle de la mandragore et qui, comme cette dernière, intéresse les sorcières. Petites baies vertes, puis rouges, toxiques, suivent la floraison en cygnes qui a lieu de mai à août. Les baies contiennent un suc fétide. Les femelles portent cinq pétales soudés, d'un blanc verdâtre, veinés de vert tout comme ceux des mâles, mais elles se reconnaissent aisément à leur ovaire situé sous le calice.

Cette belle empoisonneuse possède des propriétés médicinales diurétiques, expectorantes et surtout purgatives. Elle porte les noms de couleuvrée, colubrine, vigne blanche, rave de serpent, feu ardent, herbe de feu...

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Vertus médicinales :


Pierre-Joseph Bic'hoz, médecin de Monsieur et auteur de Etrennes du printemps, aux habitans de la campagne, et aux herboristes, ou pharmacie champêtre, végétale & indigène, à l'usage des pauvres & des habitans de la campagne (Lamy libraire, Paris, 1781) recense les vertus médicinales des plantes :


Racine de Bryone. La vertu hydragogue de cette racine est connue de tout le monde. On la prescrit en poudre depuis sept grains jusqu'à quinze, & en décoction, depuis un gros jusqu'à trois. Sa fécule lavée dans le vinaigre de vin, perd sa qua lité purgative, & en acquiert une diurétique.

 

Selon Guy Ducourthial, auteur de l'Atlas de la flore magique et astrologique de l'Antiquité, en ligne depuis 2005 :


Le mot désigne différentes plantes. Les Anciens distinguaient une bryone blanche (leukê ) généralement identifiée à la bryone de Crète (Bryonia cretica L.) et une bryone noire (bruônia melaina) qui est probablement le tamier (Tamus communis L.). Dioscoride prête à la première espèce (M.M. IV, 182) (Matthioli, p. 673, "Colevrée") de nombreuses propriétés: elle relâche le ventre, elle est diurétique et bonne pour soigner les plaies ulcérées (helkos) gangrenées ou putréfiées sur les jambes, elle nettoie la peau et la rend lisse, la débarrasse de différentes espèces de taches (ephelis, phakos) et des boutons (ionthos) ; elle est efficace pour traiter les cicatrices noires, les enflures, les excroissances charnues (pterugion) sur les ongles, les gonflements enflammés (phlegmonê), les abcès (apostêma), l'épilepsie, ceux qui sont atteints de congestion, ont des vertiges ou ont été mordus par une vipère; elle détruit l'embryon, trouble l'entendement, fait sortir l'embryon et l'arrière-faix; elle convient pour ceux qui suffoquent, ont des difficultés à respirer (duspnoia), toussent, souffrent du côté ; elle est également bonne pour soigner les fractures, les spasmes, purifier les parties sexuelles de la femme, évacuer les phlegmes, traiter les gales (psora ) et les peaux squameuses (lepra) ; elle consume la rate, est abortive et galactogène. Dioscoride (M.M. IV, 183) (Matthioli, p. 674, "Coulevrée noire") accorde à la bryone noire nettement moins de vertus. Il se limite à signaler qu'elle est diurétique et emménagogue et qu'elle convient pour traiter l'épilepsie, les paralysies et ceux qui ont des vertiges.

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D'après les travaux de Victoria Hammiche, Rachida Merad, Mohamed Azzouz, et al. consignés dans Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Springer Paris, 2013) :


Certains usages se maintiennent au Maghreb. La médecine traditionnelle algérienne emploie l'infusion de racine, per os, dans Ie diabète. Les affections rhumatismales sont traitées, en usage externe, soit par la décoction de plante entière, soit par l'application de cataplasmes à base de parties aériennes pilées. Au Maroc, on utilise les baies comme purgatif et vermifuge, Ie suc de la plante fraiche comme détergent des ulcères et pour traiter la gale et la lèpre.

Utilisations thérapeutiques : Connue depuis la Grèce antique pour ses propriétés purgatives, la racine, débitée en cylindres plus ou moins épais, puis séchée au soleil, a été la seule partie utilisée. Elle se présente sous forme de rondelles blanches, marquées de stries concentriques et radiales visibles, d'odeur nauséeuse, de saveur acre, amère et caustique. Purgatif drastique à faible dose, de l'ordre de 1 à 2 g, on la conseillait aussi dans les congestions et les affections rhumatismales. Elle figurait, encore, à la pharmacopée française de 1884 mais a été abandonnée presque partout, en raison de sa toxicité. Elle reste utilisée en homéopathie pour son activité anti-rhumatismale, antiphlogistique et expectorante.

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Symbolisme :


On trouve dans le Grand Albert (vers 1245), une méthode pour fabriquer une mandragore magique à partir de la racine de bryone :


Il faut prendre une racine de bryone qui rappelle la figure humaine. On la sortira de terre un lundi dans le printemps, lorsque la lune est dans une heureuse constellation, soit en conjonction avec Jupiter ou en aspect aimable avec vénus. L'on coupe les extrémités de cette racine, comme font les jardiniers, lorsqu'ils veulent transplanter une plante. Puis on doit l'enterrer dans un cimetière, au milieu de la fosse d'un homme mort et l'arroser, avant le soleil levé, durant un mois, avec du petit-lait de vache dans lequel on aura noyé trois chauves-souris. Au bout de ce temps on la retire de terre et on la trouve davantage ressemblante à la figure humaine. On la fait sécher dans un four chauffé avec de la verveine, et on la garde enveloppée dans un morceau de linceul qui ait servi à envelopper un mort. Tant que l'on est en possession de cette mystérieuse racine, on est heureux, soit à trouver quelque chose en chemin, soit à gagner dans le jeu de hasard, si bien que l'on voit tous les jours augmenter sa chance."

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Selon A. Judas. (1858). DE LA FORMULE FUNÉRAIRE SUB ASCIA. (in Revue Archéologique,15 (1), 369-377. Retrieved April 17, 2020, from www.jstor.org/stable/41746482) :


[…] Mais en fait, ce n'est point l'inflorescence de l'ache qui est retracée sur les monuments [funéraires] mentionnés ; ce n'est pas une ombelle : on doit donc y voir la fleur de l'une de ces plantes grimpantes qui portaient aussi le nom générique scias, parce qu'elles donnaient de l'ombre en s'entrelaçant et en formant des berceaux. Or, il est une famille de plantes grimpantes, les cucurbitacées, et, dans cette famille, une espèce particulièrement, la bryone, dont la fleur ressemble assez sensiblement à celle de nos dessins : ce doit être cette fleur. Les plantes dont je parle portaient en grec un nom qui avait peut-être quelque rapport à ascia, savoir : sicya, sicys, sicyos ; mais je crois que leur rôle était expressément fondé sur le titre générique scias, plante grimpante .

[et de ce fait cela valide leur] emploi comme allusion phonétique et à la fois figurative à la cérémonie sub asciâ.

[… Mais quelle est cette ] cérémonie de la dédicace sub asciâ ?

Ce rite, d'après l'étymologie de sélinon , émanait des Phéniciens ou avait été transmis par eux : le nom même skia, skias, d'où ascia, remonte à eux [...] en sorte que la formule contenait une pensée ou une prière de protection du tombeau. L'iconographie archéologique de Möns nous prouve que Saturne, la grande divinité de presque toute l'Afrique à cette époque, comme auparavant, des Carthaginois, était honoré d'un culte particulier dans cette ville ; il est représenté la tête voilée : n'y a-t-il pas un rapport entre cette circonstance et la cérémonie sub asciâ, rapport corroboré par l'attribution de Saturne comme dieu infernal, notamment comme dernier juge à l'entrée des champs Élysées au seuil du séjour des bienheureux, ainsi que Pindare l'a chanté ?

La nuit, dans la cosmogonie antique, avait précédé la naissance du monde, le règne de la lumière. Nous restons cachés dans le sein maternel pendant neuf mois avant d'apparaître au jour. La chrysalide s'enferme dans une enveloppe obscure et immobile avant de s'élancer, vif et brillant papillon, image de l'âme, dans les plaines de la lumière. On comprend alors pourquoi l'on invoquait, au moment d'un décès, les ténèbres, puisqu'elles étaient, en quelque sorte, l'œuf dans lequel le germe impérissable devait puiser les éléments d'une nouvelle vie, c'était l'inévitable condition d'une renaissance. Cette allusion à la résurrection n'explique-t-elle pas mieux encore l'adoption des formes matérielles du symbole par les chrétien ? Dans le culte catholique, les ténèbres ne précèdent-elles pas la résurrection Paschale ?


Note : 2) Le rite , avec son idée fondamentale de ténèbres en vue du passage à une lumière nouvelle, de la mort à la résurrection , indépendamment de son application aux morts particulières, était, comme fête annuelle, répandu parmi presque toutes les nations civilisées et partout il avait un caractère plus ou moins prononcé de saturnales. L'époque variait suivant celle où l'on plaçait le renouvellement de l'année. C'était, chez les Hébreux, la fêle des Tabernacles, heg ascot ou asciot ; le caractère essentiel, selon la prescription biblique, consistait dans la nature des sacrifices et dans l'habitation sous des tentes . Mais on y ajouta plus tard des rites non ordonnés et, entre autres, l'effusion de Veau ; le prêtre allait emplir d'eau de la fontaine de Silos un vase de la capacité de trois logs et, revenu à l'autel des holocaustes, il se tournait promptement à gauche, puis versait l'eau dans une ouverture ou dans un autre vase placé à l'occident. On attacha à cette cérémonie une telle importance, qu'une fois, le prêtre, à qui elle déplaisait parce qu'elle n'était pas ordonnée par la loi, ayant répandu l'eau, non dans le vase, mais à ses pieds, il fut assailli de citrons, que l'on avait l'habitude de porter à cette fêle, la corne même de l'autel fut brisée et dans la suite le peuple avait coutume de crier : « Lève la main, afin que nous voyions si tu verses l'eau dans le vase. » (Hadr. Reland, Antiq. sacr p. 232-233.) Cette effusion d'eau d'un vase dans un autre, n'est-ce pas ce que représentent les n° 2, 3 et 4 de notre planche ? Ainsi se rattacherait au rite général, comme je le suppose, la cérémonie particulière des funérailles. Un acte de la célébration des grands mystères à Éleusis s'y rapporte peut- être plus directement encore. Le neuvième ou dernier jour de la fête, on portait « en pompe deux vases remplis d'eau, qu'on déposait ensuite à terre en observant « d'en placer un à l'orient et l'autre à l'occident ; alors on élevait les yeux vers le ciel, puis on les ramenait vers la terre, d'abord en prononçant quelques mots barbares et mystiques et ensuite quelques paroles d'heureux présage après lesquels on renversait les deux vases dont l'eau s'écoulait par une ouverture ; c'était le dernier acte de la célébration de ces mystères. » (Boulanger, Antiq. dév. i, 106, d'après Alhénée, xi, 13.) A ce rite doit être, ce me semble, assimilée aussi la scène de la fête d'Anna, à Rome, décrite par Ovide, Fastes , l, m, scène qui se passe près de l'eau, sur les bords du Tibre, et où l'on voit la masse du peuple se mettre à couvert sous des berceaux de diverses formes. Saturne, dans l'astrologie ancienne, était domicilié dans le Capricorne et le Verseau, aux confins des ténèbres et de la lumière, au point où l'on plaçait la porte des dieux, c'est-à-dire celle du retour des âmes purifiées dans la région élhérée : aux ténèbres correspondaient, dans le cercle céleste, le Capricorne, dans le culte terrestre, le symbole idéographique et quelquefois en même temps phonétique de la tente ou un symbole simplement phonétique ; à la purification et à l'entrée dans la lumière, sur la terre comme au ciel, l'épanchement et le cours de l'eau

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Bryone (Bryonia dioïca) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Mars

Élément : Feu

Pouvoirs : Protection ; Gains matériels ; Visions médiumniques.


Utilisation magique : La forte, et bien caractéristique, racine de Bryone peut remplacer, dans la plupart des opérations magiques, la fameuse racine de mandragore. Cette dernière entre dans les composants de très nombreuses recettes, mais - peut-être pour cette raison - elle est excessivement difficile à trouver. Déjà rare au XVIII e siècle, elle est à peu près introuvable de nos jours, en tout cas en Europe occidentale et en Amérique du Nord.

Une précaution est toutefois à prendre lorsque la Bryone est consommée par voie buccale. Son rhizome charnu, très gros et double, renferme un principe amer qui est un violent purgatif. Lors de la composition d'une recette, vous éliminerez ce principe en lavant plusieurs fois la pulpe à l'eau froide ; la chair est alors parfaitement inoffensive, elle prend même un léger goût de manioc. Quand les rhizomes ne sont pas destinés à être ingérés, cette précaution est évidemment inutile.

Sans aller jusqu'à égaler la célèbre Herbe au matagon (mandragore), la Bryone a joué néanmoins un grand rôle dans les fantasmes populaires. Encore à la fin du XIX e siècle, les guérisseurs herboristes apportaient sur les marchés de province d'énormes racines de cette plante, qui avaient des bras, des jambes, des seins, le sexe mâle ou femelle. Les hommes devaient toujours se servir de la racine mâle, les femmes de la racine femelle.

Les graines de Bryone fournissent par pression à froid une huile légèrement ambrée. Une cuillerée de cette huile, prise le matin à jeun, rend le sujet réceptif et favorise l'état médiumnique. Prise au coucher, attendez-vous à des rêves érotiques.

Aussi longtemps qu'on l'y laissera, l'argent placé près d'une racine de Bryone fructifiera lentement mais sûrement.

Quelques rhizomes suspendus dans votre jardin protégeront vos fleurs et cultures contre les intempéries.

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Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Cette plante des haies à baies rouges ou noires se divise en une bryone mâle et une bryone femelle, identifiables par la racine ou "navet du diable" qui présente, dit-on, quelques ressemblance avec "des bras, des jambes, des seins, le sexe mâle ou femelle". Ceux qui se servaient de la plante correspondant à leur sexe bénéficiaient de ses pouvoirs contre l'hydropisie, l'épilepsie et les crampes.

La racine de bryone, dont la conformation rappelle celle de la mandragore, fut parfois vendue par des charlatans à la place de cette dernière, beaucoup plus difficile à trouver. Les Tziganes lui attribuent d'ailleurs une partie des pouvoirs de la mandragore, comme l'indique cette recette : "Il faut prendre une racine de bryone qui approche de la figure humaine. On la sortira de terre un lundi de printemps, lorsque la lune est dans une heureuse constellation, soit en conjonction avec Jupiter ou en aspect aimable avec Vénus. L'on coupe les extrémités de cette racine, comme font les jardiniers, lorsqu'ils veulent transplanter une plante. Puis on doit l'enterrer dans un cimetière au milieu de la fosse d'un homme mort, et l'arroser avant le soleil levé, durant un mois, avec du petit-lait de vache, dans lequel on aura noyé trois chauves-souris. Au bout de ces temps, on la retire de terre et on la trouve plus ressemblante à la figure humaine. On la fait sécher dans un four chauffé avec de la verveine et on la garde enveloppée dans un morceau de linceul qui ait servi à envelopper un mort. Tant que l'on est en possession de cette mystérieuse racine, on est heureux, soit à trouver quelque chose dans le chemin, soit à gagner dans le jeu de hasard, soit en trafiquant si bien que l'on voit tous les jours augmenter le bien qu'on en a".

Plus simplement, et selon une croyance américaine, l'argent laissé près de la racine magique fructifiera aussi longtemps qu'on l'y laissera.

La plante, puissant aphrodisiaque, rend fertile humains et chevaux (les femmes et les juments utiliseront la racine mâle ; les hommes et les étalons, la racine femelle). L'huile obtenue en pilant les graines de la plante favorise es rêves érotiques ; prise le matin, à jeun, elle peut provoquer des phénomènes de voyance.

Selon une croyance de l'Angoumois, une racine de bryone soulage les douleurs dentaires à condition de la porter dans sa poche et du côté de la dent malade.

Les Russes croyaient que si tout le monde portait à sa ceinture un peu de cette plante grimpante, cela ferait ressusciter tous les morts cosaques. La bryone blanche a quant à elle le pouvoir de détourner la foudre.

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Selon Pascal Pradoux, dans un document fourni sur le site Cabinet de médecine traditionnelle chinoise, Narbonne, la bryone est associée de manière traditionnelle au signe du Bélier dans l'astrologie occidentale.

 

Selon des sources occultes, la bryone permettrait d'avoir des visions claires de l'au-delà.

 

Alexandre Arnoux nous propose un Calendrier de Flore (Éditions Bernard Grasset, 2012) dans lequel il évoque la bryone comme succédané de la mandragore :


Cependant, ne claironnons pas trop, ni ne lamentons. Je ne possède pas de mandragore et mon expiation éternelle, ma temporelle exaltation n'ont qu'une consistance de fumée, de songe. Du reste, cette mandragore, elle me paraît un peu sublime, si l'on peut appliquer ce mot à l'infernal, en mal et en bien, par le haut et par le bas, pour mon étiage, pour ma pauvre médiocrité. Je me contenterai donc d'un objet de remplacement, d'un ersatz, comme s'exprime notre époque déplorable, où les valeurs pures cèdent le pas à de funestes envahisseurs, à des falsifications éhontées. Et qui me prouve que mes prédécesseurs ont eu en main le talisman authentique, que les mercantis de l'exotisme et de la magie ne les ont pas trompés sur ce qu'ils vendaient au prix fort et qu'ils achetaient pour rien, matières communes et de maquillage ? Qui me prouve qu'ils ne choyaient pas, ceux-là que j'envie, qu'ils n'arrosaient pas de bourgogne, au lieu de la très rare mandragore, la bryone vulgaire des haies, le foisonnant, l'importun navet du Diable ?

Il fleurit justement en ce mois, le prolifique aux petites corolles blanchâtres ; il s'infiltre aux ronces et aux buissons ; sa tige anguleuse et serpentine enlace et dévore ; ses feuilles rugueuses et ses vrilles ne laissent pas un espace vide dans les clôtures. Sa grosse racine, qui purge et cautérise, ressemble à un pied enflé par l'œdème, qu'elle guérit en vertu de la théorie des signatures de Paracelse et de Porta, ainsi que la grenade à mille dents calme les fluxions des molaires et des canines, ainsi que l'aster, pareil à un œil, éclaircit la vue, ainsi que la noix, cette cervelle beurrée que contient le crâne de la coque, préserve des maladies mentales, ainsi que le saule noueux, rhumatisant, fournit la salicine, ainsi que l'arum phallique renforce la vigueur génitale. Billevesées, rétorque-t-on. Pourquoi ? En tout cas, notre navet du Diable, la bryone martienne, a des vertus hors de la médecine astrologique et botanique. Moins sinistrement noble que la mandragore, plus plébéienne, répandue à profusion et n'exigeant pas, dans sa récolte, des formalités aussi impératives et inexorables, douée de plus modestes pouvoirs, elle se substitue à elle pourtant, à la rigueur, si l'on veut descendre de l'échelle des forfaits royaux et de l'empire du monde à celle des délits, rapines, crochetages et menus gains sans grandeur, à celle du gagne-pain des filous, si l'on s'abaisse du drame historique à la correctionnelle. Aussi les voleurs l'apprécient-ils et l'honorent-ils.

Je me contenterais, ma foi, ne pouvant atteindre l'inaccessible, de ce succédané mieux en harmonie avec la simplicité de ma condition, la banalité de mon destin. Au Musée de police judiciaire de Lyon, cet étrange galetas où s'entassent le curieux, l'effrayant et l'hétéroclite, où voisinent les instruments et les divertissements du crime, son horreur et ses à-côtés pittoresques, j'ai observé derrière sa vitre, une racine de bryone fort bien travaillée au couteau, en façon de mandragore. Elle avait appartenu à un cambrioleur, à un effracteur d'élite, dont l'art obtenait l'admiration de ses confrères et des policiers, ces connaisseurs, et même de ses victimes, profanes de mièvre compétence, troupeau qui mérite moins de considération que de pitié. Ce garçon, le progrès industriel ne l'ensorcelait pas ; il s'attachait ferme aux coutumes, au métier et aux enseignements de nos pères, comme l'artisan aux outils vénérables, comme le gentilhomme rural aux libertés des provinces et au drapeau blanc semé de lys. Il méprisait, étant de race antique et de sang dépourvu de mésalliance, les chalumeaux oxhydriques, pinces perfectionnées et autres fariboles sans ancêtres, autres parvenus du siècle de la machine et du labeur en série. Il avait l'orgueil de la belle ouvrage. « Qu'on me permette seulement, disait-il, avec une simplicité où se dissimulaient naturellement l'orgueil le plus irréprochable et le sentiment de sa dignité, qu'on me permette seulement une allumette et un bout de bonne ficelle. Je ne demande rien d'autre ; j'ouvrirai n'importe quel coffre-fort. A qui il faut de la chimie et des appareils de mécanique, celui-là je le considère comme un petit ouvrier ; ce n'est ni un artiste, ni un artisan. » Il n'ajoutait pas qu'il serrait toujours dans sa poche une bryone, la racine force-portes des cambrioleurs ; il y aurait inconvenance et indiscrétion à en parler à des argousins, même amateurs et appréciateurs du talent et du style. Devant le chef du laboratoire de la Police judiciaire, Conservateur du Musée, il se déboutonna pourtant ; on éprouve du plaisir à converser, par-dessus la barricade, avec les érudits qui ont de la science, du jugement et des diplômes ; on ne se déclasse pas.

Ce larron consciencieux me décourage. Même pourvu du talisman façonné, je me sens incapable de désarmer l'obstination du moindre coffre à chiffre avec une demi-aune de ficelle et une allumette de cuisine. La Providence ne m'a pas distribué ce génie ; mes doigts manquent d'intelligence et d'instinct ; mon hérédité non plus ne m'y prédispose pas. Promenons-nous donc dans la campagne ; le navet du Diable; qui me demeurera toujours inutile, y abonde ; il s'enchevêtre aux tiges et aux rameaux, il a juré de ne pas laisser un jour aux murs d'aubépine taillée qui ferment les vergers et les prairies, aux ronces et aux palissades d'orme. Floraison d'un blanc douteux ; mais, en octobre, les baies rouges éclateront joyeusement parmi les jaunes et les mordorés d'automne, et la racine émétique, caustique, drastique, vouée par son aspect et l'analogie à combattre l'œdème et la sérosité des tissus, gonfle dans la terre pour la déconfiture des avares et le contentement de l'aristocratie des voleurs, ceux dont les hautes traditions résistent à la pestilence d'un siècle mécanicien et de plèbe.

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La Clairière des Carnutes, affiliée à l'OBOD propose un document synthétique sur l'utilisation magique des plantes dans lequel on trouve quelques renseignements sur la bryone :

  • c'est une plante masculine dédiée à Mars : 

  • les herbes masculines possèdent généralement des vibrations fortes. Ce sont celles que l'on utilise pour la protection, la purification, l'exorcisme, ou comme aphrodisiaque, ainsi que pour maintenir le potentiel sexuel, la santé, la force, le courage, etc. Certaines servent également à fortifier l'esprit.

  • en tant que plante martienne , elle fait partie des plantes piquantes, amères, épineuses et agit sur :

- Le courage, la force, le désir sexuel, la puissance sexuelle, l'exorcisme.

- Vésicule biliaire, oreille gauche, organes génitaux de l’homme, reins.

  • c'est une plante qui a une utilisation magique en lien avec la fructification de l'argent

  • elle favorise également les états médiumniques

  • elle a de grandes vertus protectrices, aussi bien pour les lieux que pour les individus.

Argent : L'argent placé près d'une racine de Bryone fructifiera lentement mais sûrement.


États médiumniques : Les graines de Bryone fournissent par pression à froid une huile légèrement ambrée. Une cuillerée de cette huile, prise le matin à jeun, rend le sujet réceptif et favorise l'état médiumnique. Prise au coucher, attendez-vous à des rêves érotiques.


Protection : La racine de Bryone peut remplacer, dans la plupart des opérations magiques, la fameuse racine de mandragore.

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Dans Petit Grimoire : Plantes sorcières, Les Sortilèges (Éditions « Au bord des continents... » , mars 2019, sélection de textes extraits de Secrets des plantes sorcières) Richard Ely précise les vertus magiques de la Bryone :


Navet du Diable : La trop rare racine de mandragore, extrêmement demandée pour ses propriétés tant physiques que magiques, et la forme de sa racine rappelant l'humain en tout ou en partie, allait entraîner à sa suite une autre plante diabolique. Le Petit Albert expose clairement en 1668 l'usage principal de la plante : « Il faut prendre une racine de bryone, qui approche de la figure humaine ; on la sortira de terre un lundi, dans le printemps, lorsque la lune est dans une heureuse constellation, soit en conjonction avec Jupiter ou en aspect aimable avec Vénus ; l'on coupe les extrémités de cette racine, comme font les jardiniers quand ils veulent transplanter une plante ; puis on doit l'enterrer dans un cimetière au milieu de la fosse d’un homme mort, et l'arroser, avant le soleil levé, pendant un mois, avec du petit lait de vache dans lequel on aura noyé trois chauves-souris. Au bout de ce temps, on la retire de terre et on la trouve plus ressemblante à la figure humaine ; on la fait chauffer dans un four avec de la verveine et on la garde enveloppée dans un morceau de linceul qui a servi à envelopper un mort. Tant que l'on est en possession de cette mystérieuse racine, on est heureux, soit à trouver quelque chose dans le chemin, soit à gagner dans le jeu de hasard, soit en trafiquant, si bien que l'on voit tous les jours augmenter sa chance. »

Si le livre magique explique la façon de l'extraire et son usage par les sorciers et sorcières, toujours est-il que sa disponibilité dans la nature, face à la rareté d'une mandragore presque mythique alors que bien réelle, nous fournit la raison de sa présence hautement courante dans les échoppes de sortilèges et sous le manteau des sorciers. Navet du diable, radis du diable, (fausse) mandragore, tels étaient les noms donnés à cette racine dont l'odeur même signifiait son grand pouvoir.

Si son usage en tant que fausse mandragore a quelque peu effacé ses pouvoirs magiques bien à elle, on emploiera la plante à protéger son habitation en la plaçant aux quatre coins du jardin. Un morceau séché de sa racine deviendra une amulette protectrice une fois porté autour du cou. De ses graines, on tire une huile pour converser avec les esprits.

L'huile de bryone est également connue pour ses vertus aphrodisiaques d'où son surnom de navet galant.


Signature : Mars.

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Symbolisme celte :


Pascal Lamour, auteur de L'Herbier secret du Druide, des plantes pour les hommes et les esprits (Éditions Ouest-France, 2017) fait le point sur ses recherches :


Quelques plantes du troisième monde : Belladone - Datura - Morelle noire - Bryone


Ces plantes sont connues du monde antique et celtique, mais regardées avec distance, d'abord à cause de leur odeur désagréable et repoussante, mais surtout du fait de leur toxicité. Leur manipulation complexe était réservée aux officiants expérimentés et les sorcières du Moyen-Âge ont souvent cru en prolonger les capacités. C'était-là très mal connaître les croyances traditionnelles où jamais un druide n'aurait séparé les trois mondes dans lequel se mouvait obligatoirement une plante de ce groupe.

[...] Le troisième monde est généralement oublié dans la démarche phytothérapeutique contemporaine ; ce n'est ni son objet ni sa recherche. Elle ne s'intéresse guère qu'au premier monde (l'aspect du corps).


La saisonnalité Samain : De nombreuses discussions ont eu cours autour de ces plantes, et des Solanacées en général, certains allant même jusqu'à affirmer qu'elles ont été importées très tardivement dans l'ancien monde et qu'elles étaient inconnues dans l'Antiquité. Il y a deux mille ans, les gens et les idées voyageaient déjà, et les arguments discutés tant en matière médicale que philosophique étaient comparables à ceux que nous manions aujourd'hui.

Les druides n'ont pas écrit, et aucun témoignage classique ne vient préciser la nature des Solanacées qu'ils employaient, il est vrai. Pour autant, cela ne doit pas permettre d'affirmer que ces plantes leur étaient inconnues.

[...]

Ces trois plantes, comme la jusquiame, ont des propriétés thérapeutiques identiques, mais leur côté sombre domine, celui du sombre de Samain, relié à l'idée de magie noire, en d'autres termes à la sorcellerie. N'apparaît ici aucun côté lumineux ou guérisseur, mais surgit plutôt le dessein d'empoisonner, de provoquer la mort, de dominer par les philtres magiques. Dans leurs noms vernaculaires, se croisent les mots « furieux », « destructeur », « serpent », « folie », « poison ». Le plus profond de la Samain nous submerge, un temps intermédiaire entre la mort et le folie, provoqué ou recherché pour entrer en communion avec l'Autre Monde. De la nuit, nous savons que les Celtes en faisaient naître le jour des dieux, et il ne peut y avoir de clarté sans le sombre pour la faire émerger. Mais le noir dont nous parlons ici n'est pas le lugubre, mais le « du » des mois noirs, miz du, que sont les longues nuits intimes des mois de novembre et de décembre.

[...]

Nom gaulois : Nous est inconnu.


Noms bretons : Boked ar chas klariv ; Gourvini ; Gwinienn-touseg ; Irvin an diaoul ; Paterou an aer ; Kouëz.


Son caractère Samain : Cette plante est particulière. Comme les Solanacées, elle présente un caractère dangereux mais elle est considérée dans la tradition comme une plante beaucoup plus positive. Même si sa racine a parfois été vendue pour de la racine de mandragore, elle n'en a pas tous les caractères sombres de Samain.

Elle permet au contraire de se protéger des maléfices et a un pouvoir magique pour procurer un sommeil créatif, ouvert aux conseils les plus étonnants des fées.

On peut placer une racine de bryone sur sa porte pour attirer les fées en question, éviter la foudre et le mauvais temps.

Mais les déesses qu'elle attire sont celles qui restent au contact des âmes souterraines, celles qui ont encore un chemin immense à parcourir avant de joindre l'éternité solaire.

Son appellation « navet de diable », irvin an diaoul, n'a rien à voir avec une action maléfique, mais plutôt avec le risque de confondre sa racine avec celle du navet, et ainsi s'intoxiquer.

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Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi la bryone dioïque :

21 juin

(Fontaine-la-Verte)

Bryone dioïque : récit diabolique,

Fleurs ophidiennes verdâtres

Fruits rouges escarboucles de la vouivre.

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