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  • Anne

L’Églantier




Étymologie :

  • ÉGLANTIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. [Fin du xie s. aiglantier (Raschi Blondh., p. 3 n°14)] ; ca 1100 eglenter (Chanson de Roland, éd. J. Bédier, 114). Dér. de l'a. fr. aiglant « églantier » (1er tiers du xiiie s. [Audefroy le Bastard] ds T.-L.) issu d'un lat. vulg. *aquilentum, dér. irrég. de aculeus « épine, piquant » peut-être neutre substantivé d'un adj. signifiant « muni d'épines », cf. piscilentus « poissonneux », spinulentus « épineux », suff. -ier* sur le modèle des noms d'arbres régulièrement dér. de noms de fruits (type pomme/pommier) ; cf., de formation analogue à églantier et postérieurs, coudrier, genévrier, peuplier.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :











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Fleurs de Bach :


D'après Les Douze "Guérisseurs" et autres remèdes (1ère édition 1941, traduction française Centre Bach 2011) du Dr Edward Bach :


"Ceux qui sans raison apparemment suffisante se résignent à tout ce qui arrive et glissent simplement à travers la vie, la prenant comme elle est, sans aucun effort pour améliorer les choses et trouver de la joie. Ils se sont rendus à la bataille de la vie sans se plaindre."

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Selon Mechthild Scheffer, auteure du coffret de cartes Les Fleurs du Dr Bach, le chemin de l'harmonie psychique (1997, traduction française : Médicis-Entrelacs, 2001), la fleur de l'églantier est "la fleur de la joie de vivre" qui nous guide dans le processus de transformation "de la totale résignation... vers la motivation intérieure".


Message de la carte :

Quelle est la vérité que je dois mieux comprendre ?

Tout comme la nature a son hiver, la vie terrestre a ses phases d'activité "ne sommeil" afin que de nouvelles forces puissent se constituer à l'intérieur. Cependant, il convient de ne pas s'enliser dans ce type de ressenti émotionnel. C'est notre guide intérieur qui décide de notre retrait total de la vie ou seulement d'un domaine particulier de notre existence. Aussi longtemps que nous vivons, nous avons une tâche à accomplir.


Quelle est la décision qui pourra me reconnecter avec mon Guide intérieur ?

Je me décide à reprendre part à la vie. Je dis oui à la vie, je me redonne à la vie.


Ces signes me permettent de voir que mon potentiel positif de Wild Rose s'accroît :

On se surprend à penser : "J'ai passé une très bonne journée" ou "cela me fait plaisir" ou encore "la vie est belle".


État d'âme négatif : Désintérêt - Démotivation : Totalement apathique, sans le moindre intérêt pour quoi que ce soit, on a intérieurement capitulé.

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Selon le site http://lesouffledessimples.com/, l'églantier pourrait s'exprimer ainsi :


Si je suis buisson c'est parce que je le veux. Je me suis retiré dans la volonté d'entrer là où il n'y a plus volonté.

J'ai tranché les liens, j'observe à distance de moi-même.

Je vis dans une forêt enchantée où les vents me remplissent de leurs tourbillons, puis me laissent. Il me reste alors l'infini du ciel, royaume des nuages qui glissent.

Je rentre en moi, je ne veux rien, cependant je suis sauvage, et tout à coup j'explose de joie dans le silence d'une danse où le destin emporte la douceur rose de mes pétales pour caresser et éveiller les endormis.


L'églantine peut être blanche ou rose comme les roses. Les tiges, bien qu'elles s'élancent énergiquement, s'expansent verticalement et quand elles n'ont plus de soutien, s'incurvent et se retournent vers la terre.

Les épines d'un rose chair vif quand elles sont jeunes, agissent comme des crochets qui donnent à la plante sa stabilité, autrement les longues tiges seraient abattues par le vent et cela endommagerait la plante.


Par son élixir :

Notre capacité et notre désir à prendre en main notre destin retrouve son dynamisme. Un réveil éveille le dormeur que nous avons cru nécessaire de devenir.

Résignation et renonciation s'écarte de notre destin. Nous nous autorisons enfin à sortir d'une situation, d'un état porteur de stagnation et d'endormissement.


Mots-clefs : Naissance – Transformation – Inspiration

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Symbolisme :


Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000), la fleur d'églantier a les caractéristiques suivantes :


"Mot-clef : La Poésie.


Savez-vous ? : L'autre nom commun donné à l'églantine est la rose des chiens. L'églantine est l'ancêtre de notre belle rose. Au Moyen Âge, on la consommait en gelée ou en confiture. De nos jours, elle est très utilisée par l'industrie pharmaceutique pour sa grande teneur en vitamine C. L'églantine est la fleur des poètes. Ils la portent encore de nos jours à la boutonnière. Elle est également l'emblème de l'académie de poésie.


Usages : En Afrique du Nord, l'églantier est une plante très précieuse pour les paysans. Ses fruits sont réduits en bouillie et donnés aux moutons, aux vaches et aux chiens atteints de la rage.


Légende :


Message : Vous êtes ma muse."

Dans un courriel daté du 6 janvier 2020, Yves Buisson (le bien nommé) partage avec nous une intuition qui ouvre des perspectives symboliques très intéressantes :


« à la suite d'un rêve où il était question d'églantier, j'en suis venu à questionner par la langue des oiseaux l'aigle entier. »

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Selon Guy Ducourthial, auteur de la Flore médicale des signatures XVIe - XVIIe siècles (Éditions L'Harmattan, 2016) :


Le plus souvent, les dieux passaient pour avoir utilisé les songes quand ils avaient décidé d'informer un heureux mortel des vertus de certaines plantes. En voici un exemple parmi de nombreux autres rapporté par Pline qui concerne le cynorhodon :

"Jusqu'à ces dernières années, la morsure du chien enragé qui provoque la crainte de l'eau et l'aversion pour toute boisson était incurable. Récemment, la mère d'un homme servant dans les prétoriens reçut en songe l'avis d'envoyer à son fils, pour qu'il la prit en boisson, la racine du rosier sauvage appelé cynorhodon, dont la vue l'avait agréablement frappée la veille dans un buisson. Ceci se passait en Lacétanie, province d'Espagne la plus proche, et le hasard fit que ce soldat, mordu par un chien, commençait à éprouver de l'horreur pour l'eau, lorsqu'il reçut la lettre où sa mère le priait de suivre l'avertissement divin ; il fut sauvé contre toute espérance, ainsi que tous ceux qui depuis ont eu recours à ce même remède (H.N., XXV, 17).

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Symbolisme celte :


Selon Sylvie Honore, dans son article pour Le Menhir, revue francophone de l'OBOD, de mai 2017,


La rose sauvage est à l'honneur pour fêter Beltaine. Symbole de la féminité et de l'amour par excellence, on la retrouve dans de nombreuses traditions. Mais elle fut mal-aimé dans la tradition occidentale car si la rose fut considérée comme l'oeuvre de Dieu, l'églantier est celle du diable, d'où son nom vernaculaire de "rose du diable" ou "rose sorcière". Au moyen-âge, l'églantine représentait les aspirations de l'âme humaine à l'accomplissement. Son nom latin de rose canine lui vient du fait qu'on utilisait sa racine comme remède contre la rage. L'églantier pousse un peu partout en Europe, dans l'ouest de l'Asie et le nord de l'Afrique dans les haies, les lisières de bois et les pelouses à condition que le sol ne soit pas trop acide. Il sert de protection à l'entrée des forêts. Dans toutes les dimensions de l'églantier on retrouve cette notion de protection... Jusque dans un dessin animé de Walt Disney où la princesse Aurore va se faire appeler Églantine pour se protéger de la malédiction d'une sorcière ! Ses fleurs rose pâle ont cinq pétales qui forment un calice. Est-ce la forme de cette fleur ? Sa couleur ? Son parfum ? Son aspect fragile et délicat ? Ses pétales en forme de cœur ?... Probablement tout cela qui en a fait depuis tout temps un des plus beaux symboles du sentiment amoureux. Dès l'automne, les baies apparaissent, rouge vif, qui renferment des graines entourées de poils durs. Ce sont les cynorrhodons, autrement appelés gratte- cul. Après les premières gelées, ces baies se ramollissent et leur pulpe est très riche en vitamine C. Cependant, il faut prendre soin de ne pas consommer les graines et leurs poils au risque de bien comprendre l'origine de leur surnom !


Le cynorrhodon est comestible, riche en vitamine C, astringent, il agit sur les saignements des gencives et des muqueuses digestives et peut se consommer :

  • séché, à faire infuser.

  • séché puis réduit en poudre à incorporer à de la farine pour préparer des pains ou des gâteaux ou à ajouter dans du vin blanc.

  • en confitures.

  • ou simplement à consommer lors de vos balades : cueillez le cynorrhodon un peu ramolli, pressez-le délicatement entre vos doigts pour en faire sortir le pulpe sans les graines et dégustez.

Le bourgeon d'églantier est utilisé en gemmothérapie pour protéger la sphère ORL notamment chez l'enfant. Il donne à l'individu la force de se protéger physiquement contre les affections hivernales et mentalement contre un environnement difficile. Les feuilles de l'églantier peuvent être consommées en tisanes, elles sont antispasmodiques et permettent d'atténuer les angoisses, la nervosité et l'agitation nocturne. Les pétales de roses (dans ce cas, on peut utiliser n'importe quelles roses odorantes) peuvent être utilisées en préparations alimentaires :

  • Alcool de rose

  • Vin de rose

  • Tisane de rose : effet laxatif

  • Confiture de pétales de rose

Les roses sont aussi utilisées pour leur parfum en cosmétique :

  • L'eau de rose (hydrolat de rose) rafraîchit le teint et raffermit la peau. Elle est fabriquée par distillation à la vapeur des pétales de rose.

  • L'Huile Essentielle de rose (Rosa damascena) est diluée dans une huile végétale pour équilibrer et raffermir la peau. En diffusion, ou simplement à respirer au dessus du flacon, elle est ré-équilibrante émotionnelle et sexuelle. En ce sens, elle agira sur la tristesse, la mélancolie, les séparations affectives, et le passage de fin de vie. Attention à son prix qui est très élevé puisqu'il faut plus de 600 Kg de pétales pour faire 100g d'huile essentielle de rose.

Beltaine : L'églantier (ou la rose) est souvent associé à la célébration du soir de Beltaine (le 30 avril). On peut donc en mettre une fleur sur la table du repas ce soir là. Le lendemain matin, ce sera le muguet qui sera à l'honneur.


Solstice d'été : Arrêtez-vous devant un Églantier riche en fleurs à midi, le jour du solstice d'été. Fermez les yeux, respirez son délicat parfum et associez-vous aux louanges pour la Terre."

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. Il est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; l’Églantine raconte la sienne dans un conte venu d'Espagne et intitulé tout naturellement "Marie-Églantine" :


"L'une des jeunes filles dansait avec plus de passion que les autres. elle riait aux éclats et sa longue chevelure ornée d'une couronne d'églantine flottait autour de sa tête comme un nuage scintillant. "Églantine," appela la Reine Rose, "raconte-nous plutôt ton histoire." Tous se mirent à l'écouter dans un profond silence.


Il était une fois un roi qui aimait gouverner son pas du fond de son lit. ce lit avait un baldaquin tissé en fils d'or arachnéens et ployait sous des roses sauvages, au point qu'il ressemblait à un buisson d'églantine en fleurs. un jour, ce roi fainéant eut une idée.

"Je vais me marier, confia-t-il à ses conseillers. Je vais épouser celle qui saura sauter à pieds joints par-dessus ma couche royale. toutefois, elle ne devra pas toucher une seule épine, faire tomber un seul bouton de rose. Telle est ma volonté."

Il ordonna sans plus tarder qu'on le portât avec son lit jusqu'à la grand-place de la capitale du royaume. Dès que la nouvelle se répandit, des femmes en mal de mari affluèrent de toutes parts. Des beautés et des laiderons, des petites et des grandes, des brunes et des blondes, des filles aux yeux bleus et des filles aux yeux noirs, toutes célibataires et ne voulant pas rester filles. Le chahut et le désordre s'installèrent sur la grand-place.

La première sauta, puis la seconde et la troisième. Les tentatives n'en finissaient pas. La première déchira sa jupe, la seconde s'enfonça des épines dans le pied, la troisième perdit son jupon, la quatrième faillit se tuer, mais aucune ne réussit à sauter comme il fallait. Les badauds riaient aux éclats. Tout à coup, une pauvre veuve apparut sur la place. Elle n'était plus très jeune, mais pas vieille non plus. Elle était pour ainsi dire, tout juste comme il faut. Le roi la dévorait des yeux.

" Allons, saute, mignonne. N'attends pas ", l'encouragea-t-il.

La veuve ne se fit pas prier. Elle retroussa ses jupes, fit une révérence, et hop ! Elle vola, légère comme une plume, par-dessus le lit du roi. Hélas ! elle le toucha tout de même un peu avec le pied et fit tomber un petit bouton qui poussait tout en haut. Habile, la veuve l'attrapa prestement au vol et l'avala. Le roi, quant à lui, ne vit rien.

" En voilà une qui me plaît ! se félicita-t-il. Elle sautera comme je sifflerai." Mais elle ne sauta point. Le roi eut à peine le temps d'essuyer les larmes que le rire avait fait jaillir ; la fringante veuve avait disparu comme si la terre l'avait engloutie. Pendant que les messagers du roi la cherchaient dans tout le pays, elle vivait comme auparavant dans sa petite maison, tout au bout de la ville. mais voilà : une année ne s'était pas écoulée qu'elle mit au monde une petite fille. La petite grandissait à vue d’œil. Dans sa première année, ce n'était qu'un petit bouton qui devint, dans sa seconde année, une gentille petite fille qui, à son tour, se transforma, dans sa troisième année, en une jeune fille, charmante comme les contes que sa mère lui narrait. La veuve l'appela Marie-Églantine, car sa chevelure était rose. Et lorsque ses cheveux poussèrent au point de toucher le sol, sa mère l'envoya en ville pour qu'elle y apprenne à broder. Désormais, Marie-Églantine passait ses journées à broder inlassablement, assise avec les autres apprenties sous le tilleul de la grand-place. Et que pensez-vous qu'elle brodât ? Uniquement des boutons de rose. Quiconque lui achetait un petit mouchoir blanc, voyait le bouton qui l'ornait s'épanouir en une rose odorante. Pendant ce temps, le roi se désespérait, se languissant de la charmante veuve. Dévoré par le chagrin, il ordonna qu'on attelât à la couche royale sept couples de chevaux blancs et qu'on le conduisît en promenade. Il circulait ainsi, étendu sur les coussins, bâillant sans cesse et s'ennuyant ferme. Tout d'un coup, il aperçut un groupe de jeunes beautés rieuses, assises sous le vieux tilleul. Marie-Églantine était la plus belle d'entre elles. Les jeunes filles brodaient à qui mieux mieux, bavardaient, babillaient, sans reprendre leur souffle une seule seconde. Le roi ne les quittait pas des yeux, surtout Marie-Églantine. il parla avec elles, et comme leur compagnie lui plaisait, il promit de revenir les voir et d'apporter à chacune un tabouret en or en guise de présent. Marie-Églantine revint chez elle, folle de joie. Elle confia à sa mère combien elle avait hâte de recevoir le cadeau royal. Sa mère, cependant, l'arrêta :

" Tu ne dois pas accepter le cadeau du roi. Je vais t'offrir moi-même un tabouret en or que tout le monde t'enviera. Et si le roi te demande qui tu es et où tu habites, voici ce que tu lui répondras." Et la veuve chuchota quelque chose à l'oreille de Marie-Églantine.

Le lendemain, le roi distribua aux jeunes filles des tabourets en or, et seule Marie-Églantine refusa son présent. Elle lui montra celui que sa mère lui avait offert, et qui était bien plus beau. Le monarque se vexa : "Qui es-tu et où habites-tu ? " interrogea-t-il sévèrement. Marie-Églantine répondit :

" Je suis Marie-Églantine,

Ma mère est une rose,

Mon père un églantier,

Je vis sous un toit de plumes,

Dans une maison rose,

Sur une colline printanière."


Le roi n'apprécia pas sa réponse mais, distrait par le bavardage de tant de jeunes filles, il retrouva rapidement sa bonne humeur. Il promit de revenir et d'offrir à chacune un coussin en or. Mais la veuve offrit à Marie-Églantine un coussin bien plus beau encore que celui du roi, de sorte que la jeune fille refusa de nouveau le présent du roi. Et il en fut toujours ainsi. Le roi apporta des fils d'or, des dés en or, des franges d'or, mais Marie-Églantine avait déjà tout et refusait obstinément tous les présents. Un jour, le roi vint avec des porte-aiguilles en or et, comme à l'accoutumée, Marie-Églantine le dédaigna. Cette fois-ci le roi se fâcha pour de bon. "Comment oses-tu refuser les présents du roi ? cria-t-il. Tiens !" Et il jeta le porte-aiguilles à la tête de Marie-Églantine. Hélas, quel malheur ! Imaginez la douleur de la pauvre Marie-Églantine qui, avec un peigne, retira une à une les aiguilles d'or de ses longs cheveux roses. Cela lui prit toute une journée et encore, elle en oublia une. Lorsqu'elle rentra le soir en pleurant, elle rencontra une vieille femme étrange. Elle avait trois yeux de serpent et trois langues de lézard. C'était une sorcière. " Où vas-tu, mignonne, avec cette aiguille dans les cheveux ? Attends, je vais te la retirer ", dit gentiment la vieille.

Marie-Églantine pencha sagement la tête et la sorcière lui enfonça profondément l'aiguille dans la nuque. La jeune fille se transforma aussitôt en une colombe rose. Elle laissa échapper un sanglot, décrivit un cercle au-dessus de la vieille femme et, sans savoir pourquoi, se dirigea vers le palais royal. Là, elle se percha tristement sur une branche d'églantier, sur la couche du roi. Celui-ci s'étonna, mais comme la colombe était douce et familière, il la prit en affection et passa son temps à la caresser. la colombe ne s'éloignait pas d'un pas de son lit.

Un jour le monarque dit à ses conseillers : " Je ne trouverai plus jamais la belle veuve. J'ai pris la décision de naviguer jusqu'aux îles des Belles Femmes pour y chercher une autre fiancée."

Il ordonna que l'on transportât son lit jusqu'au port et on larguât les amarres. Hélas ! Son navire de fortune, traîné par sept couples de poissons blancs et mû par sept voiles blanches, ne s'éloigna pas d'un pouce de la jetée.

" N'avez-vous pas oublié quelque chose, Majesté ? " s'enquirent les conseillers. Le roi se frappa le front et, sans plus attendre, il dépêcha un messager à son palais pour demander à sa chère colombe e qu'elle désirait qu'il lui rapportât de son lointain voyage. la colombe lui fit dire :


" Je voudrais une larme de pierre

Qui apporte le réconfort,

Ainsi qu'une fleur de fougère

Qui adoucit la mort."


A peine le messager eut-il le temps de transmettre au roi les paroles de la colombe que le vent se mit à souffler, et le lit s'élança sur la mer comme une flèche. Après des jours et des jours de navigation, ils accostèrent les îles des Belles femmes, mais aucune des beautés locales ne trouva grâce aux yeux du roi. Il donna l'ordre de mettre le cap sur les îles des Femmes encore Plus Belles, avec aussi peu de succès. Le pauvre roi n'avait plus qu'à entreprendre un très long voyage jusqu'au bout du monde où se trouvaient les îles des Plus Belles Femmes.

" Si cette fois je n'ai pas plus de chance, je rentrerai immédiatement à la maison. Je me languis déjà de ma petite colombe ", décida le roi, fort ennuyé. Hélas ! La chance n'était pas de son côté. Les jeunes filles des îles étaient toutes plus belles les unes que les autres, et le roi n'arrivait pas à choisir. Déçu, il donna l'ordre de mettre le cap sur son royaume. Les matelots eurent beau faire, le lit ne s'éloigna pas d'un pouce de la jetée. " Sa Majesté a peut-être oublié quelque chose ", suggérèrent les conseillers. Le roi se rappela alors le message de sa colombe. " Où vais-je chercher une larme de pierre ? Et où pourrais-je bien trouver une fleur de fougère ? D'ailleurs, a-t-on jamais entendu parler d'une fougère qui fleurit ? " se disait-il. A ce moment, une vieille femme l'interpella du port pour lui demander la charité. Le roi lui jeta une pièce d'or avec, en plus, un bouton de rose de sa couche.

Après l'avoir remercié, la vieille lui confia : " Tu as bien fait de ne pas me chasser. Je vais te dire où trouver ce que tu cherches. Au milieu de l'île se dresse une montagne escarpée. A son sommet, on trouve les larmes transformées en pierre d'une jeune fille qui y pleura jadis son amour perdu. A côté pousse une fougère verte qui porte une seule fleur blanche. Cueille cette fleur et porte-la à ta rose colombe." Le roi fit aussitôt hisser son lit sur le rivage et, comme on ne connaissait pas de chevaux sur ces îles, il demanda qu'on le fit traîner par sept coules de souris blanches. En dépit de cela, le lit n'avanças pas d'un pouce. Bon gré mal gré, le roi dut quitter ses moelleux coussins et aller à pied. Et figurez-vous qu'il y prit goût et que sa couche royale ne lui manqua pas dut tout. Au terme de longues tribulations, il finit par escalader la montagne. A son sommet, il trouva tout ce qu'il cherchait, comme l'avait prédit la vieille mendiante. Il enveloppa une larme de pierre dans un mouchoir, mit dans ses cheveux la fleur de fougère, puis entreprit la descente, le cœur léger. Au retour, le lit fila sur l'eau comme une flèche, mettant le cap sur le royaume par le chemin le plus court.

Après avoir savouré leurs retrouvailles, le roi remit à la colombe ce qu'elle lui avait demandé. Il eut l'impression alors que le petite oiseau souriait tristement? Après son retour, il n'eut plus envie de passer ses journées à paresser au lit. Il errait seul dans les prés et les forêts, et cherchait une consolation dans la chasse et dans la fabrication de fragiles embarcations d'écorce et d'herbes que le ruisseau emportait vers la mer. Cependant, sa mélancolie ne le quittait pas. un jour, rentrant à l'improviste, il entendit une voix douce et plaintive :


" Donne-moi, larme de pierre chérie,

La consolation qui me guérit.

Fleur de fougère, adoucis ma peine,

Sinon, ôte-moi plutôt la vie ! "


Le roi regarda autour de lui, mais ne vit personne d'autre que sa chère colombe rose. Il la prit dans ses mains et gonfla tendrement ses plumes. Quelque chose y brilla. C'était une petite aiguille d'or. Le roi l'arracha de la nuque de l'oiseau et, aussitôt, la belle Marie-Églantine apparut devant lui, remerciant son sauveur avec effusion. Ensuite, elle raconta tout au roi sr sa mère et sur elle-même. Le roi la prit par la main et ils s'en allèrent tous les deux vers la maison roser, juchée au sommet d'une colline. Cependant, ils n'y trouvèrent par la mère de Marie-Églantine, mais une petite colombe rose, posée sur la console de la cheminée. On aurait dit qu'elle souriait. tout à coup, elle se mit à parler d'une voix humaine :

" Maintenant, il ne vous reste plus qu'à vivre l'un pour l'autre. Moi, je dois partir.

- Pour aller où ? murmura Marie-Églantine.

- Au Ciel ", répondit la colombe et elle vola vers les nues.

Ainsi, le roi épousa Marie-Églantine et ils vécurent heureux. Qu'advint-il de la couche du roi, me demanderez-vous ? Un petit enfant y vit le jour, rose t parfumé comme un bouton de rose."

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014), l'églantier est une "plante à tourments".


Coups protecteurs : La mise au monde d'un enfant s'accompagnait fréquemment de rituels tels que l'enterrement du cordon ombilical visant à protéger le nourrisson du sinistre appétit de créatures maléfiques. En Mongolie et Sibérie, le placenta était mis sous terre derrière le foyer de la yourte car le feu offrait une protection supplémentaire contre ce type d'êtres. Certains Bouriates recouvraient le cordon ombilical d'éléments portés en horreur par ces esprits : des flocons de laine, des grains de blé et des fleurs ou feuilles d'églantier. Le tout était ensuite abrité par une petite cabane que l'on finissait par brûler. Les cendres laissées à même le sol constituaient le dernier rempart contre les forces du mal. Trois mois plus tard, une précaution supplémentaire recommandait de frapper très légèrement l'enfant avec un petit balai composé de neuf rameaux d'églantier. Après avoir opéré ce rituel, le chaman divisait son ustensile pour fixer sept rameaux de la plante au-dessus de la porte tandis que les deux derniers étaient accrochés séparément, de chaque côté du petit lit.

En République tchèque, dans la région de Moravie plus précisément, ce ne sont pas les nourrissons humains qui sont battus avec la plante épineuse mais les changelins. Il n'y aurait rien de tel pour pousser les intrus à pousser des cris déchirants qui ne manquent pas d'alerter leur mère féerique. Indignées par les mauvais traitements infligés à leur enfant, elles échangent leur petit avec le nouveau-né qu'elles avaient enlevé.


Rien ne se perd ! Les hayettes sont des petites fées cachées dans les haies qui se plaisent à s'amuser avec les jeunes enfants. Elles entretiennent d'excellents rapports avec les muscardins, ces petits rongeurs qui aiment à faire leurs nids dans les broussailles. Rien ne leur fait plus plaisir que de trouver un nid abandonné de cet animal au milieu d'un églantier touffu à souhait. Elles en font aussitôt leur demeure.


Gratte-cul : La plupart des lutins adorent faire des farces et, comme nous le confie Pierre Dubois, nombre d'entre eux sont devenus experts dans l'utilisation des graines séchées d'églantier pour en faire du poil à gratter. Savez-vous ainsi qui a soufflé la méthode à l'oreille des petits écoliers turbulents ? Ce sont les Cra-Cras vivant dans les préaux. Taquins, les lutins préfèrent généralement user de cette poudre par eux-mêmes. en Italie, le lubrique Massariol ne manque pas une occasion pour déverser une pincée de cette redoutable poudre dans le corsage d'une belle. Il plonge alors ses mains entre les seins pour soulager prétendument la jeune femme de ses tourments.

Si étrange que cela puisse paraître, les églises et cathédrales sont le terrain de jeu favori d'êtres de la même famille. Leur nom change en fonction des pays : Church Grims en Scandinavie, Kyrkogrims en Suisse, ArC'Houskezik en Bretagne... Ce n'est pas la foi qui les a motivés, bien au contraire, puisqu'ils passent leur temps à profaner ces lieux sacrés et à tourmenter les fidèles comme les prêtres.

Un peu de poil à gratter dans la soutane de ces religieux avant la messe et les voilà pris par un fou rire qui durera le temps de la cérémonie.

Avant que le terrible poil à gratter des fruits en tombe dans les mains farceuses des mauvais lutins, les délicates fleurs font le bonheur des fées, bien plus gentilles."

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Littérature :


L’Églantier est en fleur


Que d'autres vers le sud longuement s'abandonnent

A la langueur dans les jardins de paradis

Ici c'est pleinement le nord et c'est l'automne

C'est lui que j'ai choisi cette année pour ami.


Elle est comme étrangère et je l'aurais rêvée

La maison où je vis et suis peut-être morte

Où les miroirs gardent pour eux dans la journée

Quelque chose d'étrange que les nuits apportent.


Je marche ici parmi les sapins noirs et bas

Il y a la bruyère qui ressemble au vent

La lueur d'un débris de lune terne et las

On dirait un couteau grignoté par les ans.


J'ai porté jusqu'ici la mémoire bénie

De ce qui ne fut pas le rendez-vous prochain

Et la flamme toujours pure, froide, hardie

Qui signifie ma victoire sur le destin.


Anna Akhmatova, "L’Églantier est en fleur" in (traduit par Eugène Guillevic).

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