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  • Anne

Le Riz



Étymologie :

  • RIZ, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1270 ris « grain de la plante oryza sativa » (doc. ds Rec. anc. cout. de la Belgique, Cout. des pays et comté de Flandre, éd. L. Gilliodts-Van Severen, t. 5, p. 105) ; fin xive s. riz (Consultation de Jean Le Fèvre, médecin [messin] établi à Montpellier, sur le traitement de la goutte, éd. P. Meyer ds Romania t. 15, p. 183, 25 : vous poeiz bien maingieir [...] dou riz fais a foison d'amandres) ; 2. 1298 désigne la plante (Marco Polo, éd. L. F. Benedetto, p. 108 : Il ont forment et ris et autres bles a grant plantee). Empr. à l'ital. riso « riz », att. dep. le xive s. (d'apr. DEI) mais prob. plus anc. (cf. Marco Polo, supra, et lat. médiév. risus av. 1241, charte de Grégoire IX ds Du Cange, s.v. rota 7), empr. au gr. byz. ρ ̔ υ ́ ζ ι « id. », forme apocopée de ο ̓ ρ υ ́ ζ ι ο ν, gr. class. ο ́ ρ υ ζ α. Le z final de riz a été rétabli d'apr. le lat. oryza. Voir FEW t. 7, pp. 425b-426a, et Kahane, Byzanz, 399.


Lire aussi la définition du nom riz pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


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Utilisations traditionnelles :


Magdalena Koźluk, autrice de "Se nourrir et se soigner : jardin et médecine pratique aux XVIe et XVIIe siècles." (In : Seizième Siècle, N°8, 2012. Les textes scientifiques à la Renaissance. pp. 209-225 :


S’il existe un jardin « idéal » dans lequel on trouve les plantes recommandées par les régimes, il y a aussi un « jardin maudit » fait de plantes malfamées qu’il faut éviter dans son jardin comme sur la table de sa cuisine. Ce qui est intéressant dans la présentation de ces plantes, c’est la façon dont elles sont décrites, tant par les médecins que par les auteurs de manuels d’agriculture. Parfois on tente juste de prévenir le patient en signalant les effets nuisibles de la plante. [...]

Parfois aussi les médecins font preuve de méfiance ou s’opposent même à toute plante ou racine nouvelles. C’est ainsi qu’on apprend que le riz, que l’on a importé en France à la suite des expéditions de Charles VIII (1), est de nature chaude et sèche : par conséquent, il « resserre mediocrement, engendre les grosses humeurs et estouppe les conduicts ».


Note : 1) 1 Les opinions sur le riz évoquées par Jaquelot étaient celles de Dioscorides et de Galien : « Dioscoride est d’opinion qu’il [le riz] restrainct. Les autres (comme dit Galien) estiment sans consideration qu’ilz [sic] relasche ». Mais d’autre part, « il reserre moderement le blanc flux des femmes, et encore plus le rouge à raison de son aridité » et « quand il est cuit en laict, il rend le corps mieux dispos, et faict le tainct plus fraiz et donne accroissement non mediocre au sperme genital », Le benefice commun, op. cit., p. 38.

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : le riz (Oryza sativa) n'est "pas seulement pour les mariés".


La souris et le riz : Le riz est un aliment de base essentiel pour de nombreux peuples. Nourricier, il fut symboliquement assimilé à la prospérité et à l'abondance. Pour les Musulmans, les grains de riz seraient nés d'une goutte de sueur du prophète Mahomet tombée à terre. Le caractère sacré de la céréale se retrouve également dans une légende du Japon que voici. Aux temps anciens où les habitants du pays peinaient à se nourrir convenablement, les bonzes de Nikko subsistaient à peine mieux grâce à leurs connaissances des herbes et racines comestibles. Un jour, un moine avisa une souris en train de dissimuler quelques petits grains d'une céréale inconnue. Intrigué par cette plante étrangère, il attacha un très long fil à la patte de l'animal. Grâce à son ingéniosité, il suivit les déplacements de la souris jusqu'à atteindre un lointain pays où le riz poussait en abondance. Le bonze recueillit quelques plants et les introduisit dans son pays, repoussant ainsi la disette.

Depuis cette fabuleuse découverte, les Japonais vénérèrent longtemps l'animal eau même titre qu'une déesse. Son effigie accrochée dans les maisons constituait par ailleurs un porte-bonheur prisé.


Témoin d'honneur des mariés : Joyeusement lancé sur les mariés sortant de l'église ou de la mairie, le riz passe pour favoriser la venue d'une descendance et garantir les nouveaux couples des sortilèges et de l'infidélité. Précisons que les grains jetés près des époux, et non sur leurs personnes seraient plus à même de les préserver des malheurs. Et non, il ne faut pas faire cuire le riz ! Cela peut vous sembler évident mais j'ai entendu une mère poser la question à son fils effaré qui passait devant le maire la semaine suivante... Le riz sec se prête d'ailleurs bien mieux au rituel pratiqué par certaines jeunes mariées ! ne fois les noces terminées, celles-ci ramassaient quelques poignées de grains tombés au sol afin de confectionner un porte-bonheur nuptial. Si certaines lectrices souhaitent mener l'expérience, voici les étapes à suive. Avec un tissu blanc, équivalent à celui de votre robe de mariée, élaborez une poche en forme de cœur et brodez-y deux cœurs, symboles de votre union. Une fois les céréales glissées à l'intérieur, refermez l'objet avec quelques points de couture puis enfilez un ruban rose en son centre. il ne vous reste plus qu'à enfermer ce cœur de riz dans un meuble de votre chambre. La tradition affirme qu'un bonheur sans taches s'étendra sur votre couple.

Mais toutes ces informations pourraient bientôt ne plus vous être utiles. Car de plus en plus de curés interdisent purement et simplement cette tradition à leurs yeux indécente car la famine règne en certaines parties du monde... Souvent remplacé aujourd'hui par des confettis ou des pétales de fleurs en tissu, le rite a perdu de ses belles propriétés d'antan.


Requêtes : Persuadés que le ris disposait d'une âme, les Orientaux travaillaient en silence dans les rizières pour ne pas faire fuir l'esprit de la plante. Ils s'abstenaient d'évoquer la mot ou les esprits maléfiques pour ne pas influer négativement sur les récoltes à venir. Malgré toutes ces précautions, les paysans de Birmanie et de Bornéo n'obtenaient certaines années qu'une faible production. Ils se rendaient alors en masse au bord des digues pour supplier l'esprit du riz de bien vouloir réintégrer les rizières délaissées.


Bonheur à la maison : La présence de riz dan les habitations passait en plusieurs endroits comme un charme bénéfique. En Inde, les pères déversaient ainsi du riz autour de la chambre de leur nouveau-né pour faire fuir tout esprit malveillant. Ailleurs, on recourait plus particulièrement à la céréale lors des déménagements et des installations dan un nouvel habitat. Pour ne jamais souffrir de la faim, les superstitieux de l'île Maurice plaçaient aux quatre coins de chaque pièce de leur appartement ou maisonnée quelques poignées de riz avant d'emménager meubles et bibelots.

Les Allemands pensaient pareillement se préserver du besoin en consommant cette céréale lors du premier repas pris dans le nouveau logis. En Asie, partager chez soi un plat de riz avec un moine bouddhiste au cours d'un soirée cérémonielle permet de trouver le succès dans ses entreprises personnelles et professionnelles.


Rites et riz teint : Les grains de riz cultivés en Orient sont blancs mais à certaines occasions, les brahmanes hindous les teintaient de rouge pour redoubler leurs vertus bienfaitrices. Cette couleur, symbole du feu et de l'énergie vitale, était en outre associée aux esprits. Autant de qualités qui, ajoutées aux bienfaits naturels du riz, transformaient la céréale colorée en une puissante amulette contre le mauvais œil. Ainsi, du riz rouge déversé sur la tête des nouveaux époux ou des nourrissons repoussait les sortilèges. Poursuivant le même but, les mères déposaient quelques instants leurs bébés âgés d'une dizaine de jours sur cinq tas différents de riz teint.

Au Japon, où le riz rouge constituait également un charme protecteur pour les enfants, chaque naissance était l'occasion de se prêter à un augure en faisant bouillir du riz avec des graines rouges. Plus la teinte obtenue des grains était vive, plus le présage pour la destinée de l'enfant était bon.


Pour délier les langues : Les Hindous présumés coupables devaient jadis se soumettre à l'épreuve du riz empoisonné qui était publiquement maudit au cours d'une cérémonie religieuse. Après avoir avalé es grains singuliers, les hommes apeurés se pliaient en deux en se tenant le ventre et avouaient leurs fautes pour ne pas périr sous l'effet d'une indigestion.


Attaques du ciel : En Camargue, les producteurs de riz doivent lutter contre les flamants roses qui, prenant les rizières vues du ciel pour de vastes étendues lagunaires, grattent le fond pour chercher de la nourriture mais déterrent par la même occasion les jeunes plants de riz... Canons sonores et lumineux sont mis à la disposition des agriculteurs pour effaroucher les volatiles indésirables."

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Symbolisme :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article au Riz :


Aliment principal de plus d'une moitié de l'humanité, et ce dans les régions les plus populeuses du globe, le riz est la seule céréale capable de nourrir une population aussi dense, dans ces contrées riches en eau, mais pauvres en combustible - car sa cuisson est aussi simple que rapide - et surtout fourmiliantes de la main-d’œuvre nécessaire. Le ris est en effet la céréale dont la culture demande le plus de soins, le plus de travaux. Pour établir une rizière, il faut préalablement aménager le sol, qui doit être parfaitement horizontal, même au flanc des collines, y creuser des canaux, y élever des digues, amener l'eau à pied d’œuvre et la répartir avec soin. Le riz, d'abord élevé en pépinière, est, lorsqu’il atteint 10 à 12 cm de haut repiqué à la main dans la boue de la rizière, dont le niveau doit être soigneusement réglé suivant la croissance de la plante. Il s'agit donc là d'un mode de culture très particulier, requérant personnel qualifié. Il se prête donc assez mal à la mécanisation et l'accroissement de la production, bien qu'il soit démographiquement nécessaire, demeure en bien des cas limité.

De plus, si le riz alimente toute l'Asie des moussons, il la nourrit somme toute assez mal. C'est en effet la céréale la plus pauvre en matières azotées et celles-ci sont contenues, ainsi que les vitamines B, dans l'enveloppe brune, la glumelle, du grain. En décortiquant celui-ci, en le polissant, ainsi que cela se pratique d'ordinaire, on fait perdre au riz une part importante de ses qualités nutritives. L'usage exclusif du riz poli est responsable du béribéri, maladie provoquée par la carence de la vitamine B.

Retrouvé à l'état sauvage dans les régions tropicales de l'Inde et de la péninsule indochinoise, le riz aurait été cultivé en Thaïlande à une époque très reculée, entre 4 000 et 3 500 av. J.-C. ; de là, sa culture se répandit en Chine avant le début du IIIe millénaire. C'est en l'an 2700 av. J.-C. que l'empereur légendaire Chen Nong (le Divin Laboureur) aurait institué le cérémonial destiné à honorer les cinq espèces végétales les plus précieuses pour le pays, et qui fut renouvelé annuellement pendant presque toute la durée de l'empire ; au cours de cette cérémonie, le riz devait être semé par l'empereur régnant lui-même. Le Japon ne connut le riz que par la Chine ; pourtant, c'est à l'aube même de l'histoire que la religion nationale, le shintoïsme, place son apparition sur la terre nippone. Il y aurait été apporté par le prince Ninigi, petit-fils d'Amaterasu, et au cours d'un rite cérémoniel, l'empereur au Japon déguste le riz en compagnie de la déesse solaire dont il est le lointain descendant. En Inde, la culture du riz est certainement au moins aussi ancienne qu'en Chine, elle était très probablement pratiquée dans le sud par les Dravidiens, bien avant l'invasion aryenne. De l'Inde, cette céréale gagna la Perse et la Mésopotamie.

C'est là que les Grecs la rencontrèrent pour la première fois lors de l'expédition d'Alexandre le Grand. Son nom grec oryza, qui a donné notre riz, est vraisemblablement d'origine iranienne. Mais si le riz a pénétré en Europe vers 330 av. J.-C., sa culture n'y remonte pas au-delà du VIIe ou du VIIIe siècle.

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Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Comme le pain ou le blé en Europe, le riz constitue, en Asie, la nourriture essentielle : il comporte donc la même signification symbolique et rituelle.

Le riz est d'origine divine. Non seulement on le trouve dans la courge primordiale, au même titre que les espèces humaines, mais, comme la manne dans le désert, il pousse et emplit les greniers spontanément. Toutes les légendes de l'Asie orientale en font foi. La laborieuse culture du riz est consécutive à la rupture des rapports entre le ciel et la terre. Apporté au Japon par le prince Ninigi, petit-fils d'Amaterasu, le riz fait l'objet d'un rite communiel au cours duquel l'empereur goûte la céréale en compagnie de la Déesse solaire. Il est pour les Japonais le symbole de l'abondance, due au pouvoir céleste. Nourriture de vie, et aussi d'immortalité, le riz rouge est contenu comme tel dans le boisseau des sociétés secrètes chinoises. Il provient exclusivement, disent les rituels, de la puissance du seigneur Ming, c'est-à-dire de la lumière, ou de la connaissance. Il est donc encore, comme le pain, symbole de nourriture spirituelle. Le riz se transforme alchimiquement en cinabre, sulfure rouge de mercure. Ce qu'on peut rapprocher du soufre rouge de l'ésotérisme islamique et de l'œuvre au rouge de l'hermétisme occidental.

Le riz est la richesse, l'abondance, la pureté première. On notera que, En Occident même, il est symbole de bonheur et de fécondité : on jette des poignées de riz lors des cérémonies de mariage."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Riz (Oryza sativa) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Soleil

Élément : Air

Pouvoirs : Fécondation ; Prospérité ; Protection ; Gains matériels.


Dans les temps reculés, les bonzes de Nikko, au Japon, se nourrissaient de racines et d'herbes, et encore, grâce à leur science herboriste, parvenaient-ils à s'alimenter un peu mieux que les autres habitants de l'île. Un jour, un moine aperçut une souris qui allait cacher dans un coin des grains assez petits, jaune-brun, provenant d'une céréale inconnue. Il décida de suivre la bestiole, mais comment y parvenir ? Il attrapa la petite souris, lui attacha un long fil à la patte et la laissa partir. Il fut conduit ainsi dans un pays lointain, très prospère, appelé Aschivo (mot qui signifie, dit-on, patte et fil), où poussait le Riz en abondance. L'heureuse découverte fut bénie, et la souris fut adorée comme une déesse sous le nom de Daïkoku-Sama. Depuis ce jour mémorable, la souris est vénérée par tous les pauvres et son image renversée a longtemps été suspendue comme fétiche dans de nombreuses maisons Japonaises.


Utilisation magique : Le Riz joue, dans les croyances populaires orientales, à peu près le même rôle que le blé dans la tradition européenne : il est essentiellement symbole de vie, de génération, d'abondance. Les Karens de Birmanie pensent que chaque plante, comme tout autre chose, a son ou kélah ; le Riz a son là - son âme personnelle, son « corps astral », diraient les occultistes - et quand la récolte s'annonce mauvaise, les populations se rendent en foule sur les digues pour prier l'esprit du Riz de bien vouloir revenir : « Viens, ô kélah du Riz, reviens ! Viens vers la rizière, viens vers le Riz. Viens du couchant ; viens du levant ; viens du bec de l'oiseau ; de la bouche du singe ; du gosier de l'éléphant. Viens de tous les greniers où tu as été bien traité et où tu t'es plu. Ô kélah du Riz, reviens vers le Riz ! »

Autrefois en Chine centrale, aux temps dynastiques des « huit bannières », une grande fête nautique célébrait la moisson du Riz. Des foules immenses, venues des campagnes avoisinantes, et parfois de fort loin, se massaient sur les deux rives du fleuve Yüan où les « bateaux-dragons » se livraient des combats parfois sanglants. C'étaient des bateaux énormes, montés par soixante, quatre-vingts et même cent rameurs ! Chacun représentait une région déterminée et combattait pour le meilleur Riz de toute la Chine. Les coques et les superstructures étaient habillées, décorées de façon à imiter de gigantesques et féroces dragons multicolores. Tout le long du parcours fluvial, lorsque les bateaux-dragons, venus souvent de très loin, se rendaient sur les lieux du festival, ils étaient acclamés - ou hués - par les paysans appartenant aux clans alliés ou ennemis, sympathisants ou hostiles. On lançait aux équipages, pour les encourager, des cerfs-volants de soie rouge et verte ; les opposants faisaient pleuvoir une grêle de pierres, immondices, légumes pourris.

Les bateaux-dragons venaient d'abord saluer les notables, les mandarins, installés sur une estrade couverte dressée au bord du fleuve ; puis ils prenaient position, chacun sur sa rive respective, et ils s'élançaient l'un contre l'autre pour essayer de s'éperonner au milieu des eaux. A terre, dans les champs, leurs supporters ne tardaient pas à en venir aux mains. Des gens étaient piétinés, d'autres tombaient à l'eau; des prisonnières appartenant aux clans ennemis étaient violées. En fin d'après-midi, la mêlée était générale. Une course des bateaux-dragons victorieux clôturait les réjouissances. Sur les berges avaient lieu des festins en plein air ; on mangeait, à la lueur des feux, du poisson salé avec des nouilles de Riz et des crêpes. On lâchait des cerfs-volants enflammés dont la voilure, traitée avec divers oxydes et sulfates métalliques, s'embrasait comme des feux de Bengale : vert cru, bleu de Prusse, vermillon, turquoise, jaune soufre. On tirait des feux d'artifice. Tard dans la nuit, les bateaux-dragons illuminés crachaient des fusées par leur gueule béante.


Utilisation magique : Dans tout l'Extrême-Orient, aux Indes, sur le littoral de l'océan Indien, le Riz vient au premier rang des plantes protectrices et porte-bonheur. Son rôle a une importance telle que nous ne pouvons ici qu'en donner un tout petit aperçu. Les hindous le font entrer dans toutes sortes d'amulettes; d'innombrables rituels de Riz accompagnent les cérémonies nuptiales, à tel point que cette ancienne tradition asiatique s'est introduite en Amérique du Nord, par une filière qu'il serait bien intéressant de connaître. Vers les années quarante, une chanson, très populaire aux Etats-Unis, disait :


I am throwing rice

At the girl that I love.


Lancer des poignées de Riz que le vent emporte fait partie des rituels chinois pour attirer la pluie.

Cette céréale occupe aussi une grande place dans les vœux d'argent en général, et dans les superstitions des joueurs ; dans les cercles de jeu de Hong Kong et de Macao, des cérémonies aussi compliquées que codifiées font appel au Riz pour attirer sur soi l'attention, les faveurs des dieux de la chance et du hasard...

La culture du Riz chez les Dayaks implique autant de cérémonies propitiatoires que de jours de travail sur le terrain et demande des présages précis qui seront donnés confidentiellement au devin par l'oiseau Katupong. Seulement après que l'augure aura coupé autant de rameaux qu'il aura entendu d'oiseaux chanter, et qu'il les aura plantés sur le bourbier choisi pour y faire la rizière, le propriétaire saura s'il peut semer avec de bonnes chances de succès.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le riz, qui est à l'Orient ce que le blé est à l'Occident, symbolise la vie, l'abondance et la fécondité. En Asie, il est d'origine divine ; dans la tradition arabe, considéré également comme une nourriture sacrée, le riz « serait né d'une goutte de sueur de Mahomet, tombée du paradis », tandis que « le plat national, composé d'un mélange de riz avec d'autres ingrédients, appelé kuskussu (couscous), aurait été révélé à Mahomet par l'ange Gabriel lui-même ; Mahomet devait en manger chaque fois qu'il avait à combattre ou qu'il s'unissait avec une femme ».

Objet d'un véritable culte en Inde, la céréale y joue un rôle important dans les cérémonies nuptiales : dans les Griahya-sûtra d'Ashvalâyaba, textes védiques fixant les règles des rites domestiques, il est dit que la mariée doit faire trois tours autour de l'autel, avec du riz dans ses mains, renouvelé à chaque tour, et qu'on doit également verser du riz sur la tête des époux. Une jeune fille en quête d'un mari promet du riz cuit aux dieux. De plus, « lorsqu'on impose le nom à l'enfant nouveau-né, on le place sur un linge rempli de riz, et on le secoue ainsi ». On éloigne le mauvais œil d'un fils de brahmane en lui mettant sur la tête du riz teint en rouge ; on protège une femme des maladies propres à son sexe et on la rend fertile en lui offrant du riz avec du safran. Enfin, dans certaines cérémonies funéraires hindoues, on destine du riz aux corbeaux pour « apaiser les âmes des trépassés ».

Au Japon, la souris Daïkoku-sama est adorée comme un dieu et vénérée par tous les pauvres - son image renversée constitue un fétiche très répandu -, car elle fit découvrir à un bonze la culture du riz : à une époque très lointaine, lorsque les bonzes de Nikko ne se nourrissaient que de racines et d'herbes, l'un d'eux ayant aperçu une souris déposer des grains de riz la suivit et fut conduit ainsi dans un pays lointain et inconnu où poussait la céréale qu'il apprit à cultiver.

En Chine, la tradition veut qu'on dépose du riz dans les mains du défunt « afin qu'il puisse en jeter aux chiens faméliques qu'il rencontrera dans son voyage ». On en lance également en l'air pour attirer la pluie. A Hong Kong et à Macao, le riz a une place importante dans des rites auxquels recourent les joueurs pour attirer la chance.

Dans tout l'Orient, la céréale suscite un tel respect qu'on évite de faire du bruit dans les rizières, qu'on y interdit de parler de démons ou de morts : cela faire fuir l'esprit ou l'âme du riz, dit-on à Bornéo. Dans cette île, lorsque la récolte ne semble pas satisfaisante, on interpelle cet esprit : « Viens, ô kelah du riz, reviens ! Viens vers la rizière, viens vers le riz ! Viens du couchant, viens du levant, viens du bec de l'oiseau, de la bouche du singe, du gosier de l'éléphant ! Viens de tous les greniers ! O kelah du riz, reviens vers le riz ! ». A Sumatra, « les semeuses de riz laissent flotter leur chevelure sur leur dos : ce qui amènera la graminée à pousser de longues tiges drues ».

A propos de l'Indonésie, sachez aussi qu'on y jette du riz sur les mariés pour retenir l' « âme » du jeune époux que tentent d'attirer les démons. Cette « âme » étant comparée à un oiseau, il suffit de la rassasier pour qu'elle ne s'éloigne pas.

Dans les mariages occidentaux, la coutume du jet de riz, symbolisant bonheur et fécondité, est censée placer sous les meilleurs auspices le jeune couple et lui assurer une descendance. Dans le Languedoc, on dit qu'autant de grains les jeunes gens reçoivent, autant d'années ils vivront. Signalons d'ailleurs que pour les protéger du malheur, il est plus efficace de lancer le riz autour des mariés que sur eux directement. En cette occasion, la jeune épouse peut ramasser les fameux grains : ils lui seront très précieux pour réaliser une amulette destinée à renforcer l'amour du couple et qui s'appelle cœur de riz. Voici comment on le confectionne :


C'est à la future mariée de le réaliser avec un morceau de tissu identique à celui de sa robe. Elle devra y découper un cœur en forme de poche en laissant une ouverture. Sur celui-ci, elle brodera deux petits cœurs, symbole de l'union. Après la cérémonie elle le remplira avec les grains de riz que jette traditionnellement l'assistance. Il lui faudra ensuite recoudre le cœur et passer un lacet rose au centre. L'amulette sera rangée dans un meuble de la chambre nuptiale. En libérant ses énergies, l'amulette protégera les jeunes mariés des discordes et de l'infidélité.


En Allemagne, en cas d'aménagement dans un nouveau lieu, y servir du riz au premier repas met à l'abri du besoin. A l'île Maurice, il faut déposer dans une nouvelle maison, avant le moindre objet ou meuble, un peu de riz à chaque coin des pièces, gage de « nourriture assurée ».

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Celui qui aime le Riz a (inconsciemment) le sentiment de devoir nettoyer et élargir les veines de sa vie : il veut se frayer un chemin ! Il éprouve le besoin d'écarter les obstacles, de sorte que le sang puise couler dans une voie large, tout comme la vie même qui a ainsi plus d'espace pour "respirer" librement... Il aspire inconsciemment à une STRUCTURE ouverte, sincère, pure, claire et limpide, mais jusqu'à présent il n'a peut-être pas réussi à réaliser cela. Il aspire inconsciemment à la Pureté, à faire place nette... : tout ce qui est encombrant doit être balayé ou mis à sa place.

Celui qui aime manger du Riz dit en fait : "Je ferais bien de dégager le chemin pour moi-même, de le rendre plus large et plus pur ; je ne me laisse plus "endiguer". Je considère la vie avec une vue d'ensemble large, et non d'un œil étroit et borné. Tout le fatras et toutes les impuretés doivent disparaître !"

Il faut déblayer les sentiers, balayer les chemins... Il ressent le besoin d'avoir une vision claire et belle des choses.

a suivre

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


RIZ. — Le riz joue, dans les croyances populaires orientales, à peu près le même rôle que le blé dans la tradition européenne : il est essentiellement un symbole de vie, de génération, d’abondance. Girard de Rialle, parlant, dans sa Mythologie comparée, des Dayaks de Bornéo, fait cette remarque : « Pour eux, le riz a son esprit, ou son âme, son samangat padi, en l’honneur duquel ils font des cérémonies, dans le but de l’empêcher de partir et de ruiner ainsi la récolte ; » et, à propos des Karens de la Birmanie, il ajoute : « Ces Karens sont convaincus que chaque plante, comme toute autre chose, a son là ou kelah. » Le riz a son là, son âme personnelle, et quand la récolte a mauvaise mine, on prononce une curieuse prière pour le rappeler : « Viens, ô kelah du riz, reviens ! Viens vers la rizière, viens vers le riz ! Viens du couchant, viens du levant, viens du bec de l’oiseau, de la bouche du singe, du gosier de l’éléphant ! Viens de tous les greniers ! O kelah du riz, reviens vers le riz ! » Chez le même : « Dans le royaume de Siam, on offre du riz et des gâteaux aux arbres, avant de les abattre. Au Bengale, un grand pèlerinage a lieu, vers un arbre bela, auquel on offre du riz, de l’argent, des victimes ; l’influence aryenne, brahmanique, en a fait l’habitation d’un dieu inférieur ; nul doute cependant qu’il n’y ait là les vestiges d’un culte fétichique à un grand arbre. » Le riz joue un grand rôle dans les cérémonies nuptiales de l’Inde. Le Grihyasûtra d’Açvalàyana nous apprend qu’après avoir fait faire trois tours à la mariée autour de l’autel, à chaque tour, on place du riz dans ses mains (cf. la cérémonie romaine dite confarreatio). On verse aussi du riz sur la tête des époux. Dans les noces des princes, au lieu de riz, on verse parfois des perles. Le quatrième jour des cérémonies nuptiales, les jeunes mariés, pour la première et unique fois de leur vie, mangent assis l’un à côté de l’autre, devant le même plat ; le dernier jour, l’époux et l’épouse célèbrent ensemble le sacrifice du soma, pendant lequel ils jettent dans le feu du riz humecté avec du beurre. Lorsqu’on impose le nom à l’enfant nouveau-né, on le place sur un linge rempli de riz, et on le secoue ainsi. Pour la naissance d’un fils de brâhmane, dans l’Inde, le père, faisant d’abord retirer les femmes, place sur la tête de l’enfant du riz akshata teint en rouge ; on croit, par cette cérémonie, éloigner de l’enfant le mauvais œil. On emploie aussi le riz pour découvrir les sorcières : « Another method, écrit l’auteur de l’ouvrage The Hindoos (London, 1835, II, 24), is to envelope small portions of rice in cloths, marked as above (cf. Çâla), and to place the whole in a nest of white ants. Should the termites devour the rice in any of these mystic bags, the charge of sorcery is thereby established against the woman whose name it bears. » Dans le Voyage aux Indes Orientales (III) du père Vincenzo Maria da Santa Caterina, nous lisons que, dans l’Inde, pour obtenir des enfants, et contre les maladies desfemmes, on offrait du riz avec du safran. Les jeunes filles qui désirent un époux, promettent d’offrir aux dieux du riz cuit (allusion à l’usage nuptial rapporté ci-dessus). Dans la consécration indienne du brahmacârin ou disciple brahmanique, le père du candidat portait dans ses mains une coupe remplie de riz ; les assistants, après le bain, couvraient de riz le candidat. Açvalâyana dit que le disciple demandait l’aumône « pour apprendre les Védas ». Il obtenait, en aumône, du riz qu’il faisait cuire chez lui au coucher du soleil. Lorsque le riz était cuit, ajoute le commentateur Nàrayana, le disciple disait à son maître : « La nourriture du pot (c’est-à-dire la soupe au riz) est prête. » Dans les sacrifices à Rudra, poursuit Açvalâyana, on jette dans le feu l’écorce du riz, les grains de riz les plus minces, la queue, la peau, la tête et les pieds de l’animal sacrifié. La victime était arrosée avec de l’eau de riz et d’orge. Dans les temps de jeûne et de pénitence, on arrosait et on bénissait des grains de riz ou d’orge, et on en faisait l’offrande à différentes divinités. Dans certaines cérémonies funéraires, pour apaiser les âmes des trépassés, on réservait aux corbeaux du riz et autres mets, et, dans les sacrifices, le reste de l’offrande (cf. le quatrième acte de la Mricch’akatî). Le riz est l’objet d’un véritable culte dans l’Inde ; on n’ose le toucher avant d’avoir fait ses ablutions. C’est le voyageur italien du XVIe siècle qui nous l’apprend : « Ne prima d’essersi lavati, gli Indiani toccano il riso, e, non potendo lavarsi, mangiano altro, ma riso no, considerandosi come un cibo sacro, un cibo benedetto ; perciô nelle navigazioni lunghe, per le quali non possono gli Indiani scendere a terra e lavarsi, non mangiano riso. E le abluzioni sono la lor principal faccenda nel giorno e non le risparmiano ; oltre alle private, hanno le pubbliche le quali si fanno negli stagni, con donazioni all’idolo, gettandosi nello stagno stesso oro, argento, pietre preziose che l’idolo ha quindi cura, parutiti penitenti e i devoti di raccogliere. » Barthema a vu les cérémonies solennelles qui accompagnent, dans l’Inde, les semailles du riz ; c’est au son d’une musique joyeuse que les prêtres, uomni vestiti da diavoli, dit notre voyageur, demandent aux dieux une heureuse récolte.

Schlegel (Uranographie chinoise) nous décrit une cérémonie agricole superstitieuse de la Chine, qui est, sans doute d’origine indienne. (Cf. Semences.) A Emui, pour la fête printanière du feu, « les prêtres du Tao font le tour du brasier, portant une corbeille remplie de sel et de riz, dont ils jettent de temps en temps une poignée sur le feu, pour conjurer les flammes et obtenir une année abondante. Ici, le feu est un symbole du soleil : le riz aime l’humidité, et l’astre brûlant pourrait anéantir la récolte. Une légende du Japon nous fait voir qu’en ce pays la culture du riz est d’importation étrangère. « Dans les temps reculés, écrit M. Savio, dans son livre sur le Japon (Milan, 1875), les bonzes de Nikko, ainsi que les autres habitants, se nourrissaient seulement de racines et d’herbes, n’ayant autre chose pour se nourrir, lorsqu’un moine aperçut une souris qui allait déposer dans un coin des grains de riz et d’autres blés. Le bonze se demandait d’où la souris pouvait être arrivée, et il décida de la suivre ; mais comment y parvenir ? Il attrapa la souris ; il attacha à l’un de ses petits pieds un fil, et tenant dans sa main l’autre bout du fil, il la laissa partir. Le bonze fut conduit ainsi dans un pays lointain et inconnu, appelé Aschivo (mot qui signifie, dit-on, pied et fil), où poussait le riz avec d’autres blés. Le bonze apprit ainsi à cultiver le riz ; l’heureuse découverte fut bénie, et la souris fut adorée comme un dieu, sous le nom de Daikoku-sama. Depuis ce jour-là, la souris est vénérée par tous les pauvres et son image renversée est suspendue comme un fétiche dans plusieurs maisons japonaises. »

Chez les Arabes, de même, le riz est une nourriture sacrée ; il serait né d’une goutte de sueur de Mahomet, tombée du paradis : « Coeteras ciborum delicias, écrivent les auteurs maronites (Gabriel Sionite e Jean Hesconite) du livre Arabia (Amstelodami, 1633), non agnoscunt praeter oryzam, quae in deliciis summopere apud illos est, tum quia ea terra nimis abundat, tum quia inepte Mohamedis sequaces confabulantur ortam esse ex ipsius Mohamedis sudore antequam mundo se se manifestaret, mundum infestaret pene dixerim, cum thronum Dei circuebat in paradiso. Deus enim conversus respexit eum, Mohamedes prae pudore sudavit, tergensque digito sudorem, sex extra paradisum guttas misit, ex quarum una rosa, ex altera oryza productae sunt ; ex reliquis quatuor, quatuor Mohamedis socii nati sunt. » D’après les mêmes traditions arabes, le plat national, composé d’un mélange de riz avec d’autres ingrédients, appelé Kuskussú, aurait été révélé à Mahomet par l’ange Gabriel lui-même ; Mahomet devait en manger chaque fois qu’il avait à combattre ou qu’il s’unissait avec une femme.

On peut encore citer ici un conte mythologique, ou plutôt un mythe de l’Afrique méridionale, concernant le riz. Il nous est révélé par le Brief Account of Bushman Folk-lore, du docteur Bleek : Une belle femme ayant mangé d’un certain riz bushman, appelé « œuf de fourmi », devint une lionne. Mais cette même lionne, lorsque la magie fut dissipée par la sœur cadette et par les frères de la belle femme qui avait mangé le riz enchanté, reprit son ancienne forme, et détesta le riz bushman ; on dit qu’elle est l’épouse de l’étoile appelée Cœur de l’Aurore. Chez les Bushmen, doit exister un autre conte mythologique concernant leur riz, à en juger par ce titre indiqué par le docteur Bleek : « What the so called Bushman-rice does, when the star Altair comes out. »

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