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  • Anne

Les Gnomes




Étymologie :

  • GNOME, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1583 « petit génie présidant à la terre et à ce qu'elle contient » (Vigenère, Tite-Live, I, p. 1316 ds DG) ; p. anal. 1867 « homme très petit et contrefait » supra ex. 2. Empr. au lat. mod. gnomus utilisé par Paracelse (De Nymphis et Pygmaeis, Œuvres, 9, 45) ; comme synon. de Pygmaei. D'apr. NED ce mot qui n'aurait pas été créé par Paracelse lui-même, serait peut-être une erreur pour *genomus, représentant un type gr. *γ η ν ο ́ μ ο ς « habitant de la terre », de même construction que θ α λ α σ σ ο ν ο ́ μ ο ς « habitant de la mer ».


Lire aussi la définition.




Symbolisme :


D'après Les Esprits élémentaires de Karl Grün (éd. Posth. 1891) :


« Dans le système de Paracelse, les esprits élémentaires de la terre se nomment Gnomes. Leur caractère est la méchanceté ; ils touchent aux démons comme les Fées touchent aux anges. Inventée par les cabalistes juifs, la légende des Gnomes paraît avoir été introduite en Europe, venant de l'Orient, avec la philosophie pythagoricienne, au commencement du XVIe siècle, par Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Paracelse, Cardan et Reuchlin. Le mot est tout à fait inconnu dans les mythologies grecques et romaines. Aucun écrivain, disent les auteurs allemands, n'est autorisé à se servir de cette expression pour désigner les esprits élémentaires des Grecs, des Italiens et des Germains. L'étymologie (1) même est douteuse, mais on croit que Gnomes vient du verbe grec connaître et que l'on a voulu indiquer par là que les Nains ont le don de la prescience (2). Quoi qu'il en soit, dans la démonologie moderne, les Gnomes sont les esprits de la terre et de la montagne. Ils sont de forme naine et surveillent les trésors, surtout les richesses métalliques. Dans la cabalistique juive, le gnome connaît les secrets de la terre ; il anime les plantes et les animaux ; dès qu'il les quitte, l'être meurt. Alors, quoique malicieux, il avait un bon caractère ; aujourd'hui il est devenu méchant et laid (3). A l'origine, le Gnome n'a qu'un pied. Sa femme, la gnomide, encore plus petite que lui, admirablement belle, superbement vêtue, marche en silence : on n'entend que le bruit de ses pantoufles dont l'une est en émeraude et l'autre en rubis. Non seulement les Gnomes sont de petite taille, ils peuvent encore être de [proportions] (4) infimes, car ils passent à travers les fissures du sol, dans les grottes cristallines où pendent des stalactites vertes. Ils sommeillent légèrement sous les voûtes d'or et d'argent. La Gnomide est plutôt préposée à la garde des pierres fines. Il en a toujours été ainsi, depuis que l'on s'aime. Un trait caractéristique du Gnome, souvent aussi appelé Nain ou Pygmée, est de se lier d'amitié avec un mineur et de le protéger au point de haïr les autres hommes. Les nains terrestres de l'Allemagne ont beaucoup de ressemblance avec ces esprits judaïques, comme on le verra plus loin. »


(1) Gnômè.

(2) En Allemagne, le mot Gnomen n'a pris naissance qu'au XVIIIe siècle ; ce pays l'a emprunté à la France. Ajout personnel : Pierre Dubois dans L' Encyclopédie des Lutins date cet emprunt du XIIIe : coquille ou erreur ? Et de la part du quel ?

(3) L'influence du christianisme.

(4) Le texte donne « propositions » : ?

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Suite de la conférence de Rudolf Steiner donnée le 2 novembre 1923 à Dornach :


« ...Mais ils [les gnomes] sont le plus à l'aise dans le courant minéral qui nourrit les racines, car c'est là leur véritable place, lorsqu'il s'agit de transmettre le minéral aux racines des plantes. Ces esprits sont constitués d'une spiritualité intérieure que nous comprendrons mieux si nous la comparons à celle de l’œil humain ou de l'oreille humaine. Leur nature spirituelle est entièrement « sensorielle ». Ils ne sont faits que d'activité sensorielle. Mais cette « sensorialité » est en même temps de la compréhension, de l'intelligence. Ils possèdent un sens qui ne fait pas que voir et entendre, mais qui aussitôt ; comprend ce qu'il voit et ce qu'il entend. Un sens qui ne reçoit pas seulement des impressions, mais saisit partout des idées.


J'aimerais attirer votre attention sur la manière dont ces esprits des racines saisissent leurs idées. Voici la plante qui pousse. Comme je le montrerai après, elle est en relation avec l'univers extraterrestre.


A certaines saisons, des courants spirituels (lilas) se déversent d'en haut, de la fleur et du fruit, vers la racine, et pénètrent ainsi à l'intérieur de la terre. Et de même que nous tournons nos yeux vers la lumière et que nous voyons les choses, ces esprits des racines tournent leurs facultés de perception vers ce qui s'égoutte ainsi des plantes. Ce qui se répand alors dans la terre, c'est tout ce que la lumière a tissé dans la fleur, ce que la chaleur solaire a envoyé dans toute la plante, ce que l'air a déposé dans la feuille, mais c'est aussi tout ce que les astres lointains ont imprimé dans l'ordonnance subtile de la plante. La plante concentre en effet les secrets du cosmos, et elle les fait descendre jusque dans le sol où les gnomes les recueillent comme une rosée spirituelle. Ensuite, notamment en automne et en hiver, ils colportent ces secrets dans leur course vagabonde à travers les minerais et les roches. Ils propagent à travers la terre les idées de l'univers. Le monde qui s'étend autour de nous est une construction de l'esprit universel, une incarnation des idées universelles. Les gnomes recueillent ces idées par l'intermédiaire des plantes, qui sont pour eux ce que les rayons de lumière sont pour nous, et ils les portent, en toute conscience, à l'intérieur du sol, de pierre en pierre, de minerais en minerais. Nous examinons les profondeurs de la terre, non pas pour y chercher des idées abstraites à propos des lois naturelles purement mécaniques comme le fait la science matérialiste, mais nous voyons aller et venir les gnomes, ces lumineux gardiens de l'entendement universel à l'intérieur du globe. Ce qu'ils voient, ils le savent du même coupe. Voir et savoir n'est pour eux qu'un seul acte. En ce sens, leur savoir ressemble, jusqu'à un certain point, à celui des hommes. Les gnomes sont les êtres d'entendement par excellence. Ils ne sont qu' « entendement ». Mais cet entendement est universel, et c'est pourquoi ils regardent de haut l'entendement des hommes, qu'ils considèrent même comme assez médiocre. Le monde des gnomes se moque de nous et de notre façon de raisonner qu'ils trouvent si pénible et laborieuse. Nous saisissons parfois, avec peine, quelques idées, alors qu'en eux n'ont même pas besoin de réfléchir ! Tout ce qui, dans le monde, est raisonnable, tout ce qui est intelligent, ils le saisissent d'un coup, et ils s'amusent beaucoup de voir les hommes se donner tant de mal pour comprendre ceci ou cela. Comment peut-on faire tant d'efforts pour penser ? C'est pourtant facile : tout ce que l'on voit, on le sait ! Mais les hommes sont tellement bêtes qu'il leur faut d'abord réfléchir ! Et je pourrais dire que l'ironie des gnomes frise l'insolence quand on leur parle de logique. Comment peut-on avoir besoin de directives pour penser ? Les pensées sont là ! Les idées affluent grâce aux plantes ! Pourquoi les hommes ne fourrent-ils pas leur nez dans la terre, au niveau des racines, pour que le soleil leur infuse ce qu'il dit aux plantes ?Alors ils sauraient quelque chose ! Avec toute leur logique, se disent les gnomes, les hommes ne pourront jamais atteindre qu'une infime parcelle du savoir !

Les gnomes sont à l'intérieur de la terre les porteurs des idées de l'univers. Mais la terre elle-même, ils ne l'aiment pas du tout. Ils la parcourent tout bourdonnants des idées de l'univers, mais ils haïssent l'élément terrestre proprement dit. Ils ont l'ardent désir des'en arracher. Ils y demeurent néanmoins, nous verrons bientôt pourquoi, mais ils le haïssent, car l'élément terrestre représente pour eux un danger constant. Il les menace en effet sans cesse de devoir prendre une certaine forme, à savoir celle des ces animaux dont je vous ai parlé la dernière fois : les crapauds et les grenouilles. Voilà quelle est à peu près l'impression que les gnomes ont sous la terre : si nous nous lions trop fortement à la terre, nous prendrons la forme de crapauds et de grenouilles. Et ils sont constamment sur la défensive pour ne pas se lier trop fortement à la terre, et ne pas se transformer de la sorte. Ils luttent en permanence contre cette forme terrestre qui les menace dans l'élément où il leur faut pourtant vivre. Ils se tiennent généralement dans l'humidité du sol, et c'est là que les guette la forme de batracien. Ils s'en arrachent sans cesse et se remplissent entièrement des idées de l'univers extraterrestre. Ils sont vraiment, dans le monde souterrain, les représentants du royaume extraterrestre, parce qu'ils doivent se garder d'une fusion trop intime avec la terre pour ne pas que leur être individuel prenne une forme de batracien. Ce sentiment de haine, d'antipathie, vis-à-vis de l'élément terrestre donne aux gnomes la force de pousser les plantes hors de l'étreinte des forces terrestres.Toute l'énergie profonde de leur être repousse les forces terrestres, et ce effort de répulsion donne aux plantes leur élan de croissance vers le haut. Les gnomes entraînent les plantes avec eux. C'est l'antipathie des gnomes vis-à-vis de l'élément terrestre qui fait que les plantes n'enfoncent dans le sol que leurs racines, puis qu'elles s'échappent au domaine terrestre. Les gnomes arrachent ainsi les plantes à la terre et les font pousser vers le haut.Lorsque la plante z quitté le domaine des gnomes et qu'elle est passée de la terre humide à l'air humide, elle développe ses feuilles. Et là, ce sont d'autres entités qui agissent : [les ondines]. »

[…] Pour comprendre ce qu'est en réalité la fécondation [des plantes], et donc la procréation végétale, il faut se rendre compte que la forme de la plante, sa forme idéale, naît d'abord du travail des grands chimistes – des ondines – et des sylphes, puis descend dans le sol pour y être conservée par les gnomes. Une fois cette forme végétale parvenue dans le monde souterrain, les gnomes, qui l'ont perçue, veillent sur elle. La terre devient ainsi le sein maternel accueillant ce qui s'est écoulé d'en haut. Et ce qui se passe là est tout autre que ce dont nous parle la science matérialiste.

[…] Ce qui se déroule au-dessus de la surface du sol n'a aucun caractère maternel, et c'est une erreur colossale d'attribuer ce caractère à l'ovaire. Il n'y a dans l'ovaire que le principe tiré du cosmos par les esprits du feu. Quant au principe maternel, nous l'avons vu, c'est la forme idéale de la plante qui descend à travers le cambium et se développe entre le bois et l'écorce. Ce qui s'accomplit par cette coopération des gnomes et des esprits du feu, c'est la fécondation ! Dans la reproduction végétale, les gnomes jouent donc le rôle d'accoucheurs spirituels. Et la fécondation se fait pendant l'hiver, sous la terre, lorsque la graine s'enfonce dans le sol et y trouve la forme que les gnomes ont reçue des sylphes et des ondines, et qu'ils amènent à sa rencontre. […] Il n'y a aucune fécondation au-dessus du sol. La terre est la mère du monde végétal, et le ciel en est le père. Ceci au sens littéral de ces mots ! La fécondation a lieu lorsque les gnomes reçoivent des esprits du feu la chaleur cosmique concentrée qui a été amenée jusqu'aux ovaires grâce aux minuscules aéroplanes que sont les grains de pollen. C'est ainsi que les esprits du feu sont les porteurs de la chaleur.

Vous comprendrez maintenant facilement en quoi consiste la croissance de la plante. Ce sont d'abord les gnomes qui, à l'aide de ce que leur ont apporté les esprits du feu, vivifient la plante dans le monde souterrain et la poussent vers le haut. Ils prennent soin de la vie en apportant l'éther de vie, dans lequel ils vivent, jusqu'aux racines.

[…] Tel est le processus spirituel de la croissance végétale. L'homme pressent obscurément que la plante qui verdoie et fleurit renferme un grand mystère. Ce mystère, ce n'est pas le déflorer que l'approfondir. Au contraire, ce qui étonne et enchante dans le monde végétal paraît encore bien plus merveilleux lorsque, derrière la plante physique, on aperçoit ce prodigieux travail des gnomes qui, avec leur intelligence immédiate, leur intellect formateur, poussent d'abord les plantes hors du sol. De même que la raison humaine échappe aux lois de la pesanteur, de même que la tête humaine se redresse sans peine, comme si elle ne pesait rien, de même l'intellect lumineux des gnomes vainc les forces terrestres et fait pousser le végétal. Dans les profondeurs, les gnomes préparent la vie. Mais la vie s'éteindrait si elle n'était attisée par le chimisme où opèrent les ondines. Et puis la lumière doit pénétrer tout cela. »

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Selon Les Gnomes de Wil Huygen et Rien Poortvliet (1976) :


« Les gnomes sont des travailleurs nocturnes, qui œuvrent dans les bois et parfois dans les demeures des hommes. Non sans raison, on les appelait autrefois Kobold, terme dérivé de Kuba-Walda qui, dans la langue des anciens Germains, signifiait « chef » ou « esprit de la maison ».


A la campagne, ces esprits vivent d’habitude sous les combles des étables d'où, s'ils sont bien traités, ils veillent sur la ferme et le bétail. Leur nom signifie aussi qu'ils rangent tout ce qui traîne et exécutent de menus travaux, vêtus ou non d'un sarrau. Quoi qu'il en soit, en Europe, en Russie et en Sibérie, le gnome a toujours fait partie de la société. Il apparaissait régulièrement dans tous les milieux, distribuant récompenses et châtiments : chacun était puni, tourmenté ou aidé selon ses mérites. C'était au temps où les eaux étaient encore limpides et vierges les forêts. Au milieu de ces paysages silencieux, les routes menaient d'une ville à l'autre et, de là, ver des régions inexplorées, de l'autre côté de l'horizon ; on ne voyait alors dans le ciel rien que les oiseaux et les étoiles.

Depuis, les gnomes ont été chassés des abris souterrains et des autres lieux où ils se dérobaient à notre vue, si bien qu'on croit de moins en moins à leur existence. Mais, à moins de faire très attention, découvre-t-on le lièvre qui se cache dans la prairie et, si l'on ne reste tout à fait immobile, aperçoit-on dans les bois le chevreuil, la biche ou le sanglier ? Il en est de même pour les gnomes : ils sont là, mais nous ne les voyons pas ! Maintenant que, de manière encore hésitante, nous essayons de sauver les trésors naturels qui peuvent l'être encore, il faut espérer que les gnomes jouiront d'une plus grande liberté de mouvement. Des gens, de plus en plus nombreux, se découvrent une mère longtemps négligée mais pleine d'indulgence, de patience et de sagesse, la Nature. Sans aucun doute, ceux-là rencontreront des gnomes. […]

Histoire

Revenons en arrière, remontons à l'an 1200 après Jésus-Christ, époque où un Suédois, Frederik Ugarph, trouva dans une cabane de pêcheurs à Nidaros (aujourd'hui Trondheim en Norvège) une statuette de bois intacte, polychromée, d'une hauteur de 15 cm, socle non compris. Sur celui-ci, une inscription était gravée :

NISSE

Riktig Storrelse

ce qui signifie : fut Gnome, grandeur nature.


La statuette appartenait à cette famille de pêcheurs depuis des temps immémoriaux. Mais, après des journées entières de marchandage, Ugarph parvint à l'acheter. Elle figure aujourd'hui dans la collection particulière de la famille Oliv à Uppsala. Un examen radioscopique a révélé que cette figure date de plus de deux mille ans. Elle fut sans doute taillée dans les racines d'un arbre inconnu ; le bois en est particulièrement dur ; les lettres ne furent gravés que plusieurs siècles plus tard. Cette découverte confirme l'origine scandinave dont les gnomes aiment se vanter. On ne les voit apparaître dans les plaines qu'après la Grande Migration de 395 après J.C., probablement peu de temps après 449,année où la Grande-Bretagne fut occupée par les Anglo-saxons et les habitants du Jutland. Ces peuples, venus de l'embouchure de l'Elbe, attaquèrent par terre et par merles terres basses qui formaient alors l'Angleterre. Publius Octavus, sergent retraité des légions romaines, habitait à l'époque une villa avec ferme attenante, située non loin de Lugdunum (Leyde, aux Pays-bas). Ayant épousé une femme de la région il n'était pas retourné à Rome. Par chance, ses biens échappèrent aux saccages des barbares. Voici sa description, datée de l'an 470 après J.C. :


« Hodie oculis meis ipsis homunculum vidi. Pileum rubrum et tunicam caeruleam gessit. Habuit barbam albam et bracas viridas. Dixit annos vix XX habitare in partibus meis. Verba nostra fecit mixta cum verbnis extraneis.. »


« Aujourd'hui, j'ai vu de mes yeux un homme en miniature. Il portait un bonnet rouge et une tunique bleue. Il avait une barbe blanche et un pantalon vert. Il m'a dit qu'il habitait notre région depuis une vingtaine d'années seulement. Il parlait notre langue, mêlée de mots étrangers... Depuis lors, je lui ai parlé plusieurs fois. Il m'a dit qu'il descendait de la race des Kuwald, mot qui m'est inconnu, et m'a affirmé qu'elle était peu nombreuse ici-bas. Sa boisson favorite est le lait. A plusieurs reprises, je l'ai vu guérir en deux jours le bétail malade. »

A l'époque chaotique qui se prolongea jusqu'en 500, au cours de laquelle Odoacre, roi des Ostrogoths, détrôna le dernier souverain de l'Empire romain occidental (476), les gnomes se sont probablement répandus en Europe, en Russie et en Sibérie, où ils s'établirent et s'embourgeoisèrent. Mais nous manquons de données exactes à ce sujet, car les gnomes n'attachent aucune importance à l'Histoire. C'est du moins ce qu'ils prétendent, mais il est probable qu'ils ont jalousement gardé pour eux certains récits qui retracent leur passé. W.J. Wunderlich, déjà cité, nous dit que, de son temps, les gnomes vivaient depuis plus de mille ans au sein d'une société parfaitement égalitaire. Il n'y avait ni riches ni pauvres, ni maîtres ni subalternes, à l'exception d'un roi de leur choix. Sans doute est-ce pour cette raison qu'ils ont profité de la Grande Migration pou repartir ailleurs de zéro. Jusque-là, son récit est vraisemblable. Puis il nous décrit le palais royal des gnomes, et les mines d'or contiguës. Et lorsqu'il ajoute que des esclaves y exécutaient des travaux forcés, son récit perd toute vraisemblance. Selon nos propres source (peu abondantes) ; il est possible d'établir que les gnomes eurent des contacts de plus en plus fréquents avec les gens de leur entourage et que, cinquante ou cent ans avant Charlemagne (768-814), ils s'intégrèrent à notre société. »

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D'après le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et augmentée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


Les gnomes sont des "génies de petite taille qui, selon la Kabbale, habiteraient sous terre et détiendraient les trésors des pierres et des métaux précieux. Leur légende est passée de l'Orient en Scandinavie et en Amérique centrale. Ils symboliseraient l'être invisible, qui, par l'inspiration, l'intuition, l'imagination, le rêve, rendrait visibles les objets invisibles. Ils sont dans l'âme humaine comme des éclairs de connaissance, d'illumination et de révélation. Ils sont comme l'âme cachée des choses, organiques ou non, et quand ils s'en retirent, les choses meurent et deviennent inertes et ténébreuses. Instables, ils peuvent aimer et détester successivement un être. Peu à peu le gnome est devenu pour l'imagination un nain laid, difforme, malicieux et méchant. En revanche, sa femme, la gnomide, encore plus petite que lui, était d'une éblouissante beauté et portait des babouches, l'ne de rubis, l'autre d'émeraude. Le couple, ou le gnome dédoublé en un complexe masculin et féminin, symbolise l'alliance en tout être d'un côté laid et d'un côté beau ; l'un méchant, l'autre bon ; l'un terreux, l'autre lumineux. Sans doute sont-ils l'image des états de conscience complexes et fugitifs, où coexistent ignorance et connaissances, richesse et pauvreté morales : exemples de coïncidence des contraires, de connaissance tenue secrète ou occultée.

Ce symbole n'a rien à voir avec la poésie gnomique ou sentencieuse, si ce n'est leur commune étymologie (gnomai = connaître)."

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Selon La Grande Encyclopédie des Lutins de Pierre Dubois (1992) :

Petite mère, les gnomes ne t'aiment guère, Petit père, les gnomes ne t'aiment pas Petite Pidozka, les Gnomes ne t'aiment plus.

(Vieille chanson ukrainienne)


« On a raconté des choses sur les Gnomes, on en raconte encore, on n'a pas fini d'en raconter. Tout comme le Lutin, c'est le nom qui vient aussitôt en bouche pour désigner le nain classique, barbu, au bonnet pointu. Le nain de jardin, le nain de Blanche-Neige, le nain de chalet suisse, tirant brouette, chevauchant un Bambi, ou emprisonné dans une boule de verre qui neige lorsqu'on la secoue. Le petit « Carabostron » bossu trottinant sur les livres d'image est identifié comme Gnome. C'est lui le nabot irascible à la barbe coincée dans un tronc d'arbre d'où le délivreront Neige Blanche et Rose Rouge. C'est avec le Gnome que l'on fait des ribambelles de frises – à la queue leu leu, lanterne au poing – le long des cimes alpestres. C'est lui que l'on colle sur la bûche de Noël, que l'on assied sur le chapeau rouge à pois blancs du champignon. C'est le seul nain connu des livres de lecture. L'unique sujet que l'écrivain ignorant des Féeriques espèces parvient à extraire de sa pauvre musette. Il est le compagnon des succédanés de Perlimpinpin, ou le Gnome-de-la-Montagne-avare-de-ses-pièces-d'or ! Tantôt bon, souvent méchant, naïf ou rusé, toujours « roulé » ! Bref, en règle générale, dans l'imaginaire légendaire « de base » : le Lutin est devenu un espiègle, agile, jeune et souriant nain vert des forêts et le Gnome, un vieux, tordu, laid, barbu, nain des mines et des montagnes ! Tout ce qui est petit est gnomique ! A l'école on traite le chétif de la récré de gnome comme plus tard le voisin contrefait, malingre, scrofuleux, le pète-sec, le petit rogneux ! Parfois même de vilain gnome, de méchant gnome : « Mais qu'est-ce que c'est que ce gnome-là ?


Vraiment sont-ce des façons de parler anis de ces célèbres et puissants Génies de la terre ? Philippus Aureolus Theorphrastus Bombastus von Hohenheim (1493-1541), dit Paracelse, dans la première tentative humaine à classer les êtres de Féerie (Liber de Nymphis, Sylphis, Pygmoeis et Salamandris et coeteris spiritibus, Bâle, 1590), se trompe en désignant les Gnomes comme « les » Esprits de la terre, alors qu'ils ne sont aux côtés des Pygmées, des Dactyles, des Goètes, Monacielli, Sôtés, Kabouters, Wichtlein, Koboldes, Knockers qu'une des ramifications de l'Arbre-Pilier des Alfs noirs, des Nains. Les Gnomes sont une espèce particulière, et très complexe, du multiple empire des Génies souterrains. « Paracelse, philosophe naturaliste, s'est servi des termes Sylphes, Ondins, Salamandres, Gnomes parce que ces expressions étaient connues du public », dit Heinrich Heine (Esprits élémentaires). Il les a adoptées, quoiqu'elle ne rendissent pas exactement sa pensée. Aussi gardons-nous bien de nous fourvoyer une fois de plus dans les sentes trompeuses des embrasures trop évidentes. Évoquée par les cabalistes juifs, la croyance aux Gnomes paraît avoir été introduite en Europe, venant de l'Orient, avec la philosophie pythagoricienne, au début du XVIe siècle, par Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Cardan, Reuchlin et bien sûr Paracelse. Leur nom est tout à fait inconnu dans les mythologies grecque et romaine (1), et viendrait soi disant d'une erreur de traduction où se confondent les bas-latin gnomus et le grec gignosko (connaître, savoir) indiquant leur don de prescience. Il a aussi été suggéré (Brian Froud et Allan Lee) que gnome viendrait de yevouos dont on a pu croire que cela signifiait « de la terre ». En Allemagne, le mot gnomen n'a été emprunté qu'au XIIIe (2) siècle à la France, pays où ils n'existent pas. Dès le XIè siècle, les montagnards des Balkans évitent les carrières qu'exploitent les gnomas (Neptunus, Vrieslander).

Le dernier mot semble revenir à Petrus Barbygère : « Gnome est une contraction de trois mots de leur propre langage : guwïyau, signifiant gardien, guetteur mais aussi visionnaire ; gwïaul, brillant, lumineux ; et nhôm, bon. »

Dans la cabale juive, le Gnome, quoique malicieux, est bienfaisant. Il connaît les secrets de la terre, anime les plantes et les animaux qui dépérissent dès qu'il les délaisse. Nos démonologues le dépeignent par contre très tôt comme un suppôt de Satan, un daymon inférieur dont le trait caractéristique est la cruauté : « Ils touchent à la Noire Bête,comme les Sylphes touchent aux Anges. » Grün (3) suppose à tort que Caliban serait un Gnome : « Shakespeare a popularisé un Gnome affreux sous le nom de Caliban. Dans La Tempête, il met en scène un monstre moitié homme, moitié veau marin », alors que Caliban est un incube, fils du diable et de la sorcière Sycorax, adoratrice du cornu Serebos, dieu des Patagons.

C'est au deuxième siècle de la grande séparation alfique que de nombreux Allyans (clans) gnomes s'aventurèrent hors des profondeurs vers la lumière du jour. Éblouis et dépaysés, ils s'établirent dans les grottes fraîches et ombreuses des montagnes, les mines, les caves, les immenses forêts de Russie.Il fallut moins de cent ans pour que ces nouveaux Gnomes, industrieux, serviables, bienveillants envers l'homme, s'allient aux démons et se retournent contre lui.

Les Gnomes russes sont les plus redoutables et repoussants. Leur roi, que les Ukrainiens appellent Vij, foudroie ses ennemis de son regard. Nicolas Gogol le décrit ainsi : « Un être râblé, puissant, maladroit. Il était tout barbouillé de terre noire. Ses mains et ses pieds, couverts de terre, se détachaient tels de fortes racines striées de grosses veines. Sa démarche était pesante et il butait constamment. Ses longues paupières tombaient jusqu'au sol. Son visage était de fer. »


(1) On remarque que ce début de chapitre est un emprunt presque mot pour mot à l'ouvrage de Karl Grün.

(2) Karl Grün date cet emprunt du XVIIIe : coquille ou erreur ? Et de la part du quel ?

(3) Enfin !

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


Si l'on trouve fréquemment dans les contes de fées - au sujet desquels, à tort, on minimise la portée symbolique et les messages initiatiques qu'ils recèlent, véhiculent et nous révèlent - des personnages ayant la taille ou l'aspect de nains et qui ,souvent, au fils des transcriptions, devinrent des enfants - les contes de fées ayant été classifiés parmi les œuvres folkloriques, et leur contenu ayant été relégué dans l'univers imaginaire et désuet des enfants au cours des deux derniers siècles -, c'est tout simplement pour souligner les qualités de vivacité d'esprit, d'intelligence, la ruse, l'habileté et la subtilité du héros en question. En effet, symboliquement donc, le nain figure l'intelligence en germe du héros qui, au fil des péripéties de son histoire, va pouvoir aiguiser son esprit mis à l'épreuve dans des situations difficiles, le récit du conte de fée n'étant alors rien d'autre qu'un parcours initiatique. Et si les auteurs, le plus souvent anonymes, de ces contes, insistent sur le fait que ce nain - comme Tom Pouce ou le Petit Poucet, par exemple, qui, à l'origine, étaient des nains, et non des enfants - présente quelques difformités physiques, qu'il semble avoir été marqué par la nature si l'on peut dire, et donc exclu d'une vie sociale normale dès l'instant de sa naissance, c'est pour attirer notre attention sur un pont très important, qui est une des grandes leçons à tirer de ces contes : l'aspect physique d'un être n'est jamais un handicap, la petitesse de la taille n'a aucune importance ; seules comptent la beauté de l'intelligence et la grandeur de l'esprit !

Dans de nombreuses mythologies antiques, les nains sont souvent présents à côté des dieux ou divinités. Il en est ainsi des Dactyles grecs, qui tiennent leur nom, qui signifie "Doigts", de leur habileté manuelle. Ce sont des magiciens, démons et forgerons tout à la fois qui, comme on s'en doute, sont au nombre de cinq. Fils de Rhéa et de Cronos, ils se nommaient Héraclès (qui n'abvait rien à voir avec le héros qu accomplit les Douze Travaux que l'on connaît), Epimédès, Idas, Paeonaeos et Iasos. Selon une légende grecque, ce sont eux qui, pour distraire Zeus, inventèrent les premiers Jeux Olympiques. Comme on le voit, la grande fête, devenue internationale de nos jours, qui sacralise l'effort physique et l'exploit du corps, est née, selon la légende, dans l'esprit de 5 petits hommes difformes.

Bien sûr, nous devons aussi faire allusion à la maison des 7 nains, dissimulée au plus profond de la forêt, dans laquelle se réfugie Blanche Neige où elle entreprend de faire le ménage avant de s'endormir. La scène de ce conte pourrait presque être interprétée comme un rêve. On comprend alors que les 7 nains, qui possèdent chacun une caractéristique très particulière, figurent 7 traits de la propre personnalité de Blanche Neige, qu'elle doit apprendre à apprivoiser, c'est-à-dire à intégrer et accepter en elle, pour laisser se révéler et s'exprimer librement sa vraie personnalité. Pour ce faire, elle doit donc faire le ménage chez elle, et mettre chaque chose, chaque composante de sa personnalité à sa place.

Ainsi, comme on le voit, l'apparition d'un ou de plusieurs nains dans l'un de nos rêves fait souvent référence à des caractéristiques bien particulières de notre personnalité, qui se révèlent alors à nous, dont nous devons prendre plus conscience, ou qu'il nous faut accepter telles qu'elles sont. Et si, traditionnellement, on attribue des qualités manuelles aux nains, c'est bien sûr pour souligner l'analogie symbolique qu'ils possèdent avec l'intelligence, l'esprit, la réflexion, la compréhension de la vie..."

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Extrait du Livre secret des Fées de Jacques Bessière, 2009 : Jacques Bessière n'hésite pas à confondre sous une même réalité « les gnomes (les trolls, les korrigans et les nains) » avant d'en détailler différentes espèces.


« Dans les écrits anciens... Les troll, les gnomes, ou pygmées, veillent sur tous les trésors, métaux et pierres précieuses cachés dans la terre. Il y a des trésors entassés, surveillés par ces petits êtres afin qu'ainsi rien ne soit produit avant le temps approprié. Quand les trésors sont déterrés, les pygmées disparaissent ne laissant derrière eux que des histoires et des mythes sur leur existence et leurs travaux. D'abord dans un pays, puis dans un autre, des mines sont découvertes, mais jamais avant le temps convenu. Jusqu'au moment opportun, tout ce qu'elles contiennent est sous le contrôle du « Petit Peuple ». Les hébreux confirment cette pensée : « Connaissant tous les secrets de la terre, disent-ils, ils sont les gardiens des plantes et des animaux. Ils protègent aussi les hommes et surtout les mineurs dont ils sont les grands protecteurs. » Au pays basque, on vous dira que, en une seule nuit, ils ont bâti le pont du Lecq, sur la Soule, et les châteaux de Laustania et de Donamartia, en pays de Cize. Et savez-vous pour quel salaire ? Oh, rien de bien méchant : seulement lécher le fond des poêles


Les nains dans les œuvres modernes. Paracelse nous dit que les nains sont les gardiens et les veilleurs de tout ce que Dieu a créé. D'autre part, comme dans Le Seigneur des Anneaux et autres récits de J.R.R. Tolkien, les nains auraient été créés par les Titans qui leur auraient permis de modeler à leur façon la monde souterrain et sans se soucier le moins du monde de la vie menée par les humains à la surface de la planète. Mais une terrible guerre arrive qui déchire le monde en deux et plonge les nains dans un sommeil comateux. Cela dure des milliers d'années et lorsqu’ils se réveillent, ils constatent avec effroi qu'ils sont devenus mortels, bien qu'ils puissent vivre encore plusieurs centaines d'années. Bâtissant leur propre ville de Forgefer en plein cœur de la montagne, ils conservent toutefois de solides liens d'amitié avec les hommes.


Ces nains, d'où viennent-ils ? Et qui sont-ils ? Il y a une réalité. Walter Scott nous dit que ces êtres n'appartenaient nullement à la légende, mais qu'il s'agissait d'être humains issus d'ethnies depuis longtemps disparues. Il les rattache aux peuplades lapones, lettones et finnoises, des gens de petite taille qui, fuyant les envahisseurs asiatiques et les conquérants orientaux, vinrent se réfugier dans les régions nordiques les plus reculées. On les dit aimant la bonne chair, les boissons fortes, l'or et les pierres précieuses. Ils sont aussi très avares, souvent maladroits et un peu rustres, mais ils ont un bon fond et s'avèrent être des compagnons loyaux et toujours prêts à rendre service. On dit encore que la sagesse d'un nain se mesure à la longueur de sa barbe, aussi suit-on toujours de préférence celui qui a la plus longue. On lui accorde une grande expérience. Les humains leur font confiance grâce à leur force extraordinaire, parce qu'ils ont une vie plus longue que le commun des mortels et aussi parce qu'ils détiennent les secrets des métaux dont ils usent pour forger les meilleures armes.

Parmi celles-ci, rappelons l'énorme marteau à deux têtes, une arme redoutable qui est l'arme préférée des nains. Décoré de runes magiques, ce marteau à deux têtes donne courage et force à celui qui le possède.

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Dans le monde de Palladium, les nains apparaissent comme des humanoïdes d'environ un mètre de haut, forts, musclés, et au teint rougeaud. Ceux-là vivent en moyenne deux cent cinquante ans, mais peuvent atteindre l'âge vénérable de cinq cents ans. Ils peuvent voir dans l'obscurité jusqu'à une distance de trente mètres. Ceux-là sont aussi forgerons, armuriers et excellents orfèvres. Beaucoup vivent dans des cavernes souterraines mais aussi dans des villes humaines. On les reconnaît à leur carrière rude et moqueur.


Si l'on en croit la légende, la société des nains remonterait à – 14000 et – 6000. C'est à cette époque que remonte la rivalité entre elfes et nains avec une guerre qui dura deux mille ans et au cours de laquelle des forces puissantes, incroyables, durent être employées de part et d'autres et qui ne purent être détruites que grâce à une coopération des deux camps. De cette époque encore, depuis cette fameuse Guerre de la Barbe, les trolls gardent une haine farouche des elfes et de leur magie ! Dans d'autres textes, nous les retrouvons aimant l'or, la bière et les rats, lesquels sont présents dans tous les plats. Mais il est dit aussi que les nains ont un grand sens de l'honneur. Celui qui a été humilié devra réparer sa honte : il se rasera une partie des cheveux, se teindra les autres ainsi que la barbe d'une couleur orange, puis partira au combat sans armure comme s'il allait chercher la mort. Le sort seul décidera !

On nous parle aussi des « Nains du Chaos » qui pratiquaient la magie la plus dangereuse, chevauchant des créatures surnaturelles et employant des démons comme esclaves. Certains de ces nains sont représentés par des squats, des créatures humanoïdes qui viennent de planètes lointaines, proches du centre de la galaxie. Nous sommes là, bien sûr, en pleine science-fiction. Mais tout se tient et le sujet est des plus passionnants.


Des mineurs infatigables... Toujours est-il que les nains s'assimilèrent vite aux peuples où ils apportaient leurs connaissances dans la recherche et l'extraction des minerais, dont les pays étaient riches, d'où le fait qu'ils auraient été confondus avec des esprits germaniques, tels les kobolds ou les knockers, esprits dit frappeurs qui, dans les mines d'étain des Cornouailles, attirent les mineurs à grands coups de pioche ! Les kolds, toujours d'après Walter Scott, sont des gnomes qui hantent les galeries minière, imitant le travail des ouvriers, mais ces esprits des profondeurs se vexent et s'offusquent de toutes sortes d'impolitesses à leur égard et se vengent en provoquant des effondrements meurtriers. En revanche, si l'on est courtois et bien intentionné, ils aident à découvrir les trésors fabuleux dont ils connaissent les emplacements.


Quelques appréciations. On peut les ranger parmi les démons familiers, ou génies domestiques, connus depuis l'Antiquité. Socrate avait le sien qui se communiquait à lui par les songes. Il dit lui-même, dans son traité De Libris, qu'il s'agit d'un esprit élémentaire à qui il doit tous ses talents et son érudition. Jérôme Cardan, célèbre médecin, astrologue et mathématicien (1501-1576), déclarait avoir aussi à ses côtés un esprit nain qui lui enseignait les secrets de l'univers, de même que Denis l'Aréopagite qui les classait en neuf catégories et Platon qu les divisait en différentes espèces d' « esprits errants ». Collin de Plancy nous dit qu'ils naissaient et mourraient comme des humains, qu'ils vivaient trois cents ans et qu'ils étaient proches de la nature divine. D'autres leur attribuent des talents littéraires et pensent qu'il apportent l'inspiration aux écrivains, aux musiciens et aux poètes. Robert-Louis Stevenson lui-même a toujours déclaré que ses ouvrages lui avaient été dictés par des « esprits familiers », des collaborateurs invisibles qui étaient en relation étroite avec lui. Charles Dickens, l'auteur d'Oliver Twist, en disait autant, de même que les célèbres chefs d'orchestre Léonard Berstein (West Side Story) et Von Karajan au sujet de leurs pièces musicales.

Que faut-il croire ? Nous retiendrons ceci : c'est que dans tous les pays du monde les génies domestiques sont présents. Leur fonction est d'aider les humains dans leur tâche quotidienne. Les nains peuvent prendre différentes formes. On les voit en « nains de jardin » (aujourd'hui en terre cuite ou en faïence), comme réminiscence de ces êtres de jadis ayant leur origine dans le sylvain. En Angleterre, sesont les klabers qui, lors des nuits sans lune, quittent la lande pour pénétrer dans les maisons par la cheminée. [détails sur les Klabers, les Lépréchauns et les Lutins]

D'autres légendes nous disent encore qu'en dépit de leur taille et de leur laideur, les nains sont aussi de grands amoureux. Selon certains, du fait qu'ils sont éternels, les nains doivent épouser tous les cent ans une jeune et jolie paysanne. Si l'une d'elles tombe sous le charme, le nain rajeunit aussitôt et retrouve toute son ardeur ouvrière, sinon il est condamné à mener une existence de misère et de reclus. Les exemples sont nombreux dans les récits du Moyen Âge où il est dit que de jeunes personnes ont connu une délicieuse manière de vivre, après avoir épousé un gnome."


(1) Avec cet extrait on comprend parfaitement la difficulté de classification des êtres élémentaires ou élémentaux car Bessière semble tout mélanger.

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Extrait de la conférence de Patrick Burensteinas donnée le 9 juin 2016 :


P. Burensteinas explique que, globalement, les êtres qu'il appelle élémentaux, c'est-à-dire les esprits de la nature ne se préoccupent pas plus de nous que le reste de l'univers dans lequel nous ne sommes qu'une petite goutte infime ou que, plus simplement, les animaux sauvages que nous ne voyons que très rarement lorsque nous nous promenons sans conscience dans les bois. Il est néanmoins possible de se les concilier si nous comprenons que nous ne pouvons travailler avec eux que sur la base d'un échange : « On connaît les forces qui sont sous la terre, j'ai besoin de trouver des minéraux particuliers, alors à ce moment-là pour les chercher, je mettrai mes mains sur la terre et puis je me laisserai guider, je sentirai ce qui se passe.

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Littérature :


Dans Un lieu incertain (Éditions Viviane Hamy, 2008), Fred Vargas met le commissaire Adamsberg a recours à un médecin qui manipule sa colonne pour le requinquer :


"Adamsberg se tut, laissant les doigts du médecin remonter le long de ses vertèbres comme des petits lutins bienveillants trottinant sur sa carcasse. Il gardait les yeux grands ouverts pour ne pas s'endormir."

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