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  • Anne

L'Amadouvier



Étymologie :

  • AMADOUVIER, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − 1775 bot. « nom donné à l'agaric de chêne qui fournit l'amadou » (Valmont de Bomare, Dict. raisonné univ. d'hist. et de comm., cité par Tolmer ds Fr. mod., t. 14, p. 299 : amadouvier). Dér. de amadou*; suff. -ier*, élargi par v épenthétique.

  • AMADOU, subst. masc.

Étymol. ET HIST. − 1546 indirectement attesté par son dér. amadouer* « frotter avec de l'amadou » (Rabelais, Prol., III ds Hug.) ; 1628 amadoue « onguent dont se frottaient les gueux pour paraître jaunes et malades » (Jargon de l'argot, 10 ds Sain. Sources t. 1 1925, p. 346 : De l'amadoue, c'est de quoy les argotiers − c'est à dire les gueux − se frottent pour faire devenir jaunes et paroistre malades) ; 1723 amadou « substance spongieuse et très inflammable, extraite de l'amadouvier » (Savary des Bruslons, Dict. universel de comm. : Amadou. Espèce de mèche noire qui vient d'Allemagne. Elle se fait avec cette sorte de grands champignons, ou d'excroissances fongueuses, qui viennent ordinairement sur les vieux arbres, particulièrement sur les chesnes, les fresnes et les sapins). Gén. considéré comme une transposition du prov. amadou (Mistral t. 1 1879), de l'a. prov. amador « celui qui aime », lat. amator. Outre la difficulté de forme (amadoue est antérieur à la forme sans e), la relation sém. indiquée par les dict. (l'amadou est inflammable comme le cœur d'un amoureux) est peu convaincante, l'anal. de sens s'opérant d'ordinaire en sens inverse. − Amadouerie, 1838 (Ac. Compl. 1842).


Lire les définitions des noms amadouvier et amadou pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Fomes fomentarius ; Agaric ; Agaric Combustible ; Agaric de chêne ; Agaric des chirurgiens ; Amadou ; Esco ; Sinso ; Unguline.

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Mycologie :


En savoir davantage sur ce champignon grâce à la fiche tirée du site http://www.mycodb.fr/ ainsi que celles de deux faux-amadouvier : le Phellinus ignarius et l'Ochroporus igniarius.

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D'après Jean-Baptiste de Panafieu, auteur de Champignons (collection Terra curiosa, Éditions Plume de carottes, 2013), l'amadouvier est un véritable allume-feu.


"Sec comme de l'amadou : L'amadouvier est un gros champignon qui pousse sur le tronc de certains arbres. Il paraît dur comme du bois, mais entre "l'écorce" extérieure du champignon et les tubes situés sur sa face inférieure, il contient une substance plus tendre appelée amadou. Depuis la préhistoire, ce matériau est utilisé pour allumer le feu ou pour le transporter d'une endroit à l'autre. Pour produire l'étincelle nécessaire et l('embraser, les hommes préhistoriques frottaient l'un contre l'autre un silex et un morceau de pyrite ou de marcassite, du sulfure de fer (avec deux silex, on n'obtient que des étincelles "froides", incapables de faire naître la moindre flamme).

L'amadou se consume alors lentement, sans s'éteindre. Attisée par un souffle délicat, cette braise servait à enflammer des herbes sèches ou des aiguilles de pin. Plus tard, la pyrite a été remplacée par de l'acier, mais on a continué à "battre le briquet" jusqu'au début du XXe siècle.

Pour être facilement inflammable, la chair du champignon devait subir plusieurs traitements. D'abord mise à sécher, on la battait ensuite à l'aide d'un maillet, puis on la faisait bouillir dans une solution de salpêtre. Il fallait recommencer plusieurs fois ces opérations jusqu'à ce que l'amadou se transforme en une matière ouatée, légère et aérée. Les pratiques différaient selon les régions, les époques ou la destination de l'amadou.

Ainsi, certains préconisaient de le tremper cinq fois de suite afin d'éliminer tous les sucs du champignon, mais sans le faire sécher. Les bains étaient parfois enrichis de cendre de bois ou de suint de mouton. De la même façon, on pouvait imprégner l'amadou de poudre à canon. Il était vendu aux artificiers qui en faisaient des mèches, dites mèches d'Allemagne. Celles-ci s'enflammaient alors à la première étincelle et brûlaient sans fumée.


Le champignon était exploité dans plusieurs régions d'Europe. De grosses entreprises produisaient plusieurs dizaines de tonnes d'amadou par an, notamment en Allemagne, en Forêt-Noire, et en Suède. En France, il existait des amadoueries en Gironde et dans l'Ariège, à Niaux. Mais pour leur usage domestique, les paysans le fabriquaient eux-mêmes à partir des champignons qu'ils trouvaient dans les bois.


L'amadouvier des chirurgiens : L'amadouvier n'était pas seulement un allume-feu. On le nommait aussi "agaric des chirurgiens" car on faisait des compresses médicales. Dans l'Antiquité, il tenait lieu de coton ! Au XIXe siècle, il sert surtout à épancher les petites hémorragies provoquées par les sangsues appliquées sur la peau des patients par les médecins. Les barbiers l'utilisent aussi pour les coupures qu'ils infligent à leurs clients. Selon un Cours complet d'agriculture, c'est un produit indispensable dans la vie quotidienne : "On ne peut trop recommander aux cultivateurs d'en avoir toujours une provision chez eux. Comme il se vend à bon marché, et se conserve toujours également bon, pour peu qu'il soit à l'abri de la poussière et de l'humidité, ils n'ont point d'excuses pour être dispensés de s'en précautionner."

En Allemagne, on a utilisé des pansements d'amadou jusqu'aux années 1950. En France, l'amadou hémostatique ne disparaît du codex pharmaceutique qu'en 1937.

Ces compresses avaient aussi été préconisées pour des blessures plus graves. En 1752, le chirurgien Brossard affirme que l'amadou est un "styptique", c'est-à-dire un astringent. En cas d'hémorragie, il utilise la chair du champignon comme une éponge afin d'arrêter l'écoulement du sang, ce qui favorise la coagulation naturelle sans avoir à faire de ligature. Sa technique est approuvée par l'Académie de médecine et Brossard reçoit une pension de Louis XV.

Gabriel François Venel, professeur de médecine à Montpellier, affirme que cette "découverte" ne mérite "ni le bruit que les chirurgiens français ont fait en faveur de leur confrère, ni les récompenses que le gouvernement a accordées à ce chirurgien." L'auteur rappelle en effet que ce remède était connu depuis fort longtemps. De plus, "c'est en absorbant le sang et comprimant l'ouverture des vaisseaux capillaires à la manière d'un tampon que l'amadou opère leur occlusion et fait cesser les hémorragies, et non par une vertu astringente particulière, comme semblent le croire quelques personnes." Bref, l'amadou est juste une compresse et non un anticoagulant ! Venel reconnaît cependant que Brossard a bien agi pour en généraliser l'usage, même si le champignon n'est certainement pas suffisant en cas de castration ou d'amputation de la jambe !

Les médecins ont également tiré profit des propriétés inflammables de l'amadou. Hippocrate, au Ve siècle avant J. C. préconise de placer des petits morceaux d'amadou brûlants sur la peau du patient, près de l'organe à soigner. Cette "cautérisation" était proche de la protique appelée moxa en acupuncture. Elle a été employée jusqu'au XIXe siècle, par exemple pour soigner les rhumatismes. Même sans l'embraser, on l'appliquait aussi sous forme de compresses pour maintenir la chaleur de certaines parties du corps. Imprégné d'une solution médicamenteuse, il servait de cataplasme. Les chirurgiens dentistes l'utilisaient pour assécher la bouche de leurs patients. L'amadouvier contient aussi des substances actives que les médecins chinois exploitaient pour soigner les indigestions et traiter certains cancers. Aujourd'hui, c'est en laboratoire qu'on étudie ses propriétés antivirales ou anticancéreuses.


Colporteurs d'amadou : L'amadoueur était l'ouvrier qui produisait l'amadou ou bien le colporteur chargé de le vendre. Ces marchands ambulants proposaient également à leurs clients les "pierres à fusil", c'est-à-dire des silex et des allumettes soufrées. allumer une bougie demandait en effet plusieurs opérations successives. il fallait frotter brusquement un morceau de métal sur l'arête du silex afin de produire une étincelle. quand l'une d'elles tombait sur l'amadou, il s'embrasait et cette petite braise permettait d'enflammer l'allumette avec laquelle on pouvait enfin allumer la bougie !


Un vrai parasite : Il pousse sur de nombreuses espèces : bouleau, hêtre, chêne, charme, frêne, noyer, aulne, pommier, peuplier... Parasite, il attaque d'abord des arbres vivants, souvent déjà affaiblis. une fois son hôte mort, il continue à prospérer en se nourrissant de son bois.


Bon pour tout : En principe, si les opérations de préparation ont été convenablement menées, le champignon acquiert "la propriété de s'aplatir et de former, pour ainsi dire, une sorte d'étoffe très souple et fort moelleuse au toucher."

En Franconie (une région d'Allemagne), on aboutissait à un feutre résistant, comme une "peau de chamois" qui permettait de "confectionner des vêtements très chauds et très doux", tels que des culottes ou des gants. En Hongrie, l'aspect médicinal n'était pas oublié puisque des chapeaux d'amadou étaient réputés pour soigner le mal de tête et la transpiration excessive. De même , les bottiers en plaçaient au fond des chaussures pour soulager leurs clients affligés de cors.

L'odeur de l'amadou brûlé était utilisée par certains comme clamant, voire comme anti-asthmatique, tandis que d'autres s'entouraient de fumée d'amadouvier afin d'éloigner les moustiques.


Amadouer, c'est tromper : A l'origine, amadouer appartenait à l'argot des mendiants. "Aquiger l'amadou", c'était se frotter le visage avec la pulpe du champignon afin de se jaunir la peau et paraître malade. Au Moyen Âge, les mendiants s'amadouaient ainsi afin d'inspirer la pitié. Par la suite, l'idée de mystification prend le pas sur les détails de la technique. Amadouer signifie alors "flatter, caresser afin d'attirer à soi", parfois avec une nuance apaisante ou désarmante. Au XIXe siècle, le sens du verbe avait également changé chez les argotiers, puisque s'amadouer signifie alors "se marier".

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Dans les bagages en écorce d’Otzi, dont on a découvert la momie conservée dans un glacier alpin à la frontière italo-autrichienne pendant 5300 ans, on a retrouvé les traces de trois espèces de champignons médicinaux différents : un polypore du bouleau (Piptoporus betulinus), un amadouvier (Fomes fomentarius) et un chaga (Inonotus obliquus). L'amadouvier servait vraisemblablement d'allume-feu.


Particularité : le géoptropisme de l'Amadouvier.

Sur le site de l'ONF, http://www.onf.fr/ on apprend que "sur certains arbres à terre, on peut distinguer la partie qui a poussé lorsque l'arbre était debout, de celle qui croît depuis qu'il est au sol. L'orientation des couches successives du champignon est différente car il présente son hyménium fertile toujours vers la bas afin de le protéger des intempéries et de permettre une meilleure diffusion des spores. Parfois même, la croissance de ce champignon est moindre depuis la chute de la grume et on a l'impression qu'un deuxième champignon plus petit a pris le relais.

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Utilisation :


Le site http://www.futura-sciences.com/ propose un dossier qui fait le point sur les différents usages de l'amadouvier, que ce soit pour la fabrication du feu, la médecine ou l'habillement...




Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le champignon, et plus particulièrement en Chine l'agaric (ou amadouvier), est un symbole de longévité. La raison en est peut-être que, après séchage, il se conserve très longtemps. Il figure dans les attributs du dieu de longévité. Les Immortels le consomment, associé à la cannelle, à l'or ou au jade. Ils en obtiennent, écrit Wang Tch'ong, la légèreté du corps.

Par ailleurs l'agaric (ling-tche) est censé ne prospérer que dans la paix et le bon ordre de l'Empire. Sa végétation est donc le signe d'un bon usage du mandat céleste.

Certains textes anciens le considèrent en outre comme un philtre d'amour."

Grâce à sa caractéristique principale liée à l'allumage du feu, ce champignon est lié au symbolisme de cet élément, extrêmement fécond. (fiche à venir).

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Littérature :


Le briquet frappe la pierre,

L'amadou aussitôt prend ;

Le feu pétille à l'instant.

C'est à peu près la manière

Dont l'amour pour un tendron

Enflamme un joli garçon.


Michel-Jean Sedaine (1719-1797)

Ce puissant Agaric,

qui du sang épanché

Arrête les ruisseaux,

et dont le sein fidèle

Du caillou pétillant

recueille l'étincelle."


Jacques Delille, L'Homme des champs (extrait), 1800.

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