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La Forêt

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 4 mars 2017
  • 45 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 janv.



Étymologie :


  • FORÊT, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1121-34 forest « vaste étendue de terrain peuplée d'arbres » (Ph. de Thaon, Bestiaire, 401 ds T.-L.) ; 2. xive s. « quantité considérable d'objets longs et serrés » (Hugues Capet, éd. La Grange, 3466 : forest dez lanchez). Du b. lat. [silva] forestis (de forum « tribunal ») « forêt relevant de la cour de justice du roi » puis « territoire soustrait à l'usage général et dont le roi se réserve la jouissance » (dep. 648 ds Nierm.) ; sens également attesté en a. fr. (xiie s. ds T.-L.). La valeur jur. du mot, qui apparaît dès les premiers textes, appuie l'hypothèse de l'étymon lat. forestis plutôt que le frq. *forhist « futaie de sapins ».


Lire également la définition du nom forêt pour amorcer la réflexion symbolique.



Croyances populaires :


Selon Jacques Albin Simon Collin de Plancy, auteur du Dictionnaire infernal, ou bibliothèque universelle, sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses : qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyants merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles. (Tome troisième. La librairie universelle de P. Mongie aîné, 1826) :


FORÊTS. Les forêts sombres sont des lieux où, comme dit Leloyer, les diables se mêlent avec les sorciers. Ces diables y font leurs orgies commodément sous la feuillée avec les femmes, et il n'y a guère de lieux où ils se rendent plus volontiers visibles.

Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas à la forêt :


Forêt : La forêt est un lieu sauvage propice aux êtres surnaturels de toutes sortes : des chasses menées par des damnés les traversent, des chasseurs maudits sont condamnés à y demeurer après leur mort, des esprits de différentes natures y font entendre leur voix et des bruits étranges y résonnent.

On entendait jadis, dans un bois proche de « Cythers » (Citers, Haute-Saône), entre Lure et Luxeuil, les accords harmonieux d’une musique surnaturelle : « Tantôt c’est le cor de chasse qui marie ses mâles intonations aux soupirs féminins de la flûte et aux accents presque parlés du hautbois ; tantôt c’est la voix fugitive d’une jeune immortelle qui s’accompagne de la lyre [Cithers viendrait du latin cythara, « lyre »] et qui forme des solos ravissants dans ce concert aérien. » Il fallait aussitôt se hâter de rentrer chez soi, en prenant soin de se boucher les oreilles pour ne pas succomber au charme magique de cette musique (D. Monnier, 1854). Dans le cas contraire, l’imprudent se sentait attiré par une force irrésistible qui le faisait errer dans les bois, en proie aux plus étonnantes visions. Devant ses yeux ébahis la forêt se transformait subitement. Des fleurs étincelantes comme des diamants apparaissaient sur la mousse, les branches des arbres se recouvraient d’or et d’argent et leurs troncs s’ouvraient pour laisser le passage à des belles nymphes nues. Mais lorsque l’homme s’approchait de toutes ces merveilles ou voulait se saisir d’une d’elles, elles s’évanouissaient. Oubliant toute notion du temps, le promeneur envoûté passait la nuit à délirer. Dès que pointaient les premiers rayons du soleil, le charme prenait fin et le pauvre hère se retrouvait trempant dans une mare ou pris dans un buisson de ronces, tandis que des rires moqueurs emplissaient le bois (C. Thuriet, 1892).

L’abolition du temps dans les forêts est un motif que l’on retrouve dans plusieurs contes populaires et récits médiévaux. Le héros est généralement un religieux qui va méditer dans la forêt et qui revient dans son monastère des siècles plus tard alors qu’il n’en est parti que quelques heures auparavant.

Des légendes accompagnent aussi certains phénomènes qui touchent les arbres des forêts. A La Burbanche (Ain), en 1840, les habitants furent effrayés en voyant les arbres d’un petit bois se tordre, tandis que, dans la vallée, d’autres restaient calmes et immobiles. Le propriétaire tenta de leur expliquer qu’il s’agissait sûrement d’un tourbillon localisé ou du passage d’un grand oiseau de proie, mais ils restèrent convaincus qu’une légion de démons aériens s’étaient abattus sur ce lieu. Désiré Monnier, qui rapporte ce témoignage, en évoque un autre livré par une femme des Abrets (Isère) : « Elle nous racontait, en 1843, que, deux ans auparavant, étant allée voler du bois dans la forêt de M. Novel, tous les arbres autour d’elle s’étaient mis à se plier et à se tordre sans qu’il fît du vent. Elle attribuait ce fait tout simplement à des Esprits en voyage. » (D. Monnier, 1854.)

[...]

Les forêts hantées : Les revenants qui errent dans les forêts sont très nombreux. Les âmes d’anciens forestiers hantent la nuit la forêt de Longboël (Seine-Maritime). Dans le Morvan, un garde-chasse jadis assassiné par un braconnier revient faire sa ronde tous les ans, le jour anniversaire de sa mort. Cette nuit-là, aucun braconnier n’oserait passer dans la forêt (E. Bogros, 1873) ; dans le Bas-du-Bois-mort, entre Sautans et Germigney, un capucin surveille la forêt afin que personne ne vienne la nuit récupérer du bois (D. Monnier, 1854). Au manoir de Caslou (Montauban-de-Bretagne, Ille-et-Vilaine), un prêtre tué par le seigneur des lieux au moment de la consécration cherche son hostie dans le bois de Caslou (L. de Villers, 1897). Outre les apparitions de ce type, d’autres revenants possèdent une légende plus détaillée, comme c’est le cas des quelques exemples qui suivent.

Selon un récit recueilli en 1879 à Beaucourt-sur-l’Hallue (Somme), les paysans racontent qu’il y avait jadis une commanderie de Templiers bâtie sur une haute colline nommée le Mont-Rôti. Une légende christianisée contre ces moines-soldats, qui finirent par être déclarés hérétiques et terminèrent leurs jours sur le bûcher, explique pourquoi ceux de Beaucourt sont condamnés à purger leur peine dans le bois : « Du temps des moines à la Croix-Rouge, lorsqu’une jeune fille d’un des villages dépendant du couvent désirait se marier, elle était tenue de passer quinze jours dans le monastère des Templiers. C’était, disaient ces derniers, pour qu’elle pût y apprendre la tenue du ménage, la cuisine et aussi les devoirs de la femme envers son mari. Dès que les jeunes filles s’étaient rendues au couvent, les chevaliers de la Croix-Rouge n’avaient rien de plus pressé que de les faire servir à satisfaire leurs passions et, malgré les larmes et les protestations des malheureuses jeunes femmes, elles devaient passer par les volontés de leurs maîtres et seigneurs. Les quinze jours écoulés, on renvoyait les fiancées à leur famille et la plupart n’osaient rien rapporter de ce qui leur était arrivé chez les Templiers. Mais plusieurs d’entre elles, à peine échappées des mains des moines, n’avaient pu supporter leur déshonneur et étaient allées se précipiter dans une petite rivière passant près de là, dans l’Hallue. Bien souvent on peut entendre des gémissements, la nuit, dans la vallée de l’Hallue ou sur le Mont-Rôti ; ce sont ces jeunes filles qui reviennent pleurer au lieu qui vit leur mort et leur déshonneur. Le soir, dans le bois de Beaucourt ou sur le Mont-Rôti, les passants attardés entendent de longs gémissements et des cris confus de rage et de désespoir. On raconte que ce sont les chevaliers à la Croix-Rouge qui reviennent chaque nuit pleurer dans ces bois les crimes commis sur les jeunes filles et tous leurs attentats inconnus. Ils doivent ainsi rester jusqu’à la fin du monde. Parfois aussi on entend un bruit de pas, de feuilles froissées, de branches violemment écartées, de galop insensé, de cris, de sanglots, de hurlements, et si la lune est dans son plein, on aperçoit des milliers de fantômes, vêtus d’une longue robe rouge de sang, poursuivis par une troupe de jeunes filles échevelées, vêtues de longues robes blanches ; les fantômes, épouvantés, s’enfuient à travers les taillis, toujours poursuivis par les spectres, qui ne sont autres que ceux des jeunes filles qui, autrefois, se noyèrent de désespoir dans l’Hallue quand les Templiers leur eurent fait violence. » (E. H. Carnoy, 1883.)

Dans la forêt de Rouvray, sur un chemin qui la traverse « de Bourgtheroulde [Bourgtheroulde-Infreville, Eure] à Moulineaux [Seine-Maritime] », on raconte qu’une dame apparaissait et invitait les passants à s’asseoir en leur présentant une chaise : « Un soir qu’il faisait un beau clair de lune, il y a de cela un certain nombre d’années, et les récits sur la Dame à la chaise étaient encore en pleine vogue, un habitant des environs, qui avait passé souvent en ce lieu, à la même heure, sans rien voir d’extraordinaire, aperçut, cette fois distinctement, au pied du chêne, le blanc fantôme de la Dame. Par un mouvement de surprise involontaire, il fit arrêter un instant son cheval ; mais, élevé dans de trop bonnes traditions françaises pour éviter la rencontre d’une dame, quelle qu’elle fût, notre voyageur tout aussitôt se remit bravement en route. Son audace n’eut pas à subir une longue épreuve. Plus il approchait, plus les formes de la dame devenaient incertaines ; quelques pas de plus, elles s’étaient complètement effacées. Quoique ne conservant aucune inquiétude dans l’esprit, notre voyageur voulut renouveler cette épreuve ; elle amena les mêmes effets, le même résultat que la première fois. Les lueurs indécises de la lune, découpées par les branchages du vieux chêne, avaient opéré tout le miracle. N’est-ce pas là tout le secret naturel de la plupart des apparitions ? Nous devons ajouter cependant, pour la satisfaction des amis du merveilleux, que l’expérience n’a détruit en rien la croyance à la Dame de la forêt de Rouvray. » (A. Bosquet, 1845.)

En Haute-Saône, à Loulans-les-Forges, dans le château des anciens seigneurs d’Ornemans : « La tradition rapporte que l’un d’eux était extrêmement avare, dur et sévère ; il ne souffrait pas que les pauvres gens se permissent de ramasser du bois mort dans sa forêt voisine du château. Il s’y promenait journellement et en faisait lui-même la garde. Quand il surprenait quelques délinquants, le plus souvent des femmes occupées à faire des fagots, il les grondait très fort, les menaçait et leur reprenait leurs fagots. Après sa mort, et pendant la nuit, il continua à surveiller son bois. A minuit, on le voyait placé sur un tertre élevé d’où il découvrait tous les abords de la forêt, du côté du village. Depuis là, quand les femmes venaient nuitamment chercher du bois ou emporter les fagots qu’elles avaient faits pendant la journée, à l’insu des gardes, il fixait sur elles un œil terrible et les menaçait du doigt. A cette vue, les pauvres femmes effrayées se sauvaient plus mortes que vives et regagnaient à la hâte le village. » (C. Thuriet, 1892.)

Enfin, certains fantômes passent pour être si dangereux qu’il est nécessaire de s’en protéger. C’était le cas de la Dame de Breyvâ, revenante de la forêt du même nom, près de Meroux dans le Territoire-de-Belfort. Personne ne s’aventurait la nuit près de l’endroit où elle apparaissait sans avoir dans sa poche une pincée de sel, souvent employé contre les mauvais esprits et les sorciers. Et pour bien dissuader les imprudents qui auraient tout de même voulu s’y aventurer, on racontait l’histoire qui suit : « Trois paysans du village revenaient, un soir fort tard, de la fête de Bourogne. Le plus âgé était un homme prudent, se méfiant du diable et de ses maléfices, et craignant Dieu. Le second, sans être tout à fait irréligieux, n’adoptait pas toujours les croyances du bonhomme et se moquait même quelquefois de ses racontages. Quant au plus jeune, c’était un esprit fort, ne craignant ni Dieu ni diable, et ne songeant qu’à s’amuser le plus possible. Tout en jasant de la fête, des amis avec lesquels on avait bu, largement et gaiement, des jolies filles qu’on avait fait sauter, ils étaient parvenus, sans s’en apercevoir, à la lisière de la forêt de Breyvâ. Le plus âgé, l’ayant remarqué le premier, dit à ses compagnons qu’il valait mieux prendre par la grande route, que ce serait un peu plus long, mais plus sûr et moins fatigant. Le plus jeune se moqua de lui, le traitant de peureux, de vieille femme, et parvint sans peine à décider ses deux compagnons à passer par la forêt. Ils arrivèrent bientôt dans une clairière. Là s’élevait, avant la venue des Suèdes (Suédois), le manoir de la dame de Breyvâ. Les deux plus âgés traversèrent cette partie du bois sans accident. Il n’en fut pas de même du plus jeune. Dès qu’il y eut posé le pied, il se sentit rempli d’une lassitude étrange. Sans pouvoir se l’expliquer, il se trouva en arrière de ses amis. Il voulut courir après eux, ses pieds se soulevaient à peine du sol. Il voulut les appeler, crier, sa voix était vide de son. Alors il eut peur, trembla, vint tomber, épuisé, sur la margelle d’un puits, seul vestige du vieux castel. Il lui sembla que deux mains de fer s’étaient appesanties sur ses épaules et l’avaient cloué à cette place. Tout à coup une éblouissante clarté envahit la clairière. Devant lui venait de s’allumer un immense foyer. Il s’en approcha aussitôt pour ranimer ses membres engourdis. Inutile effort ! ce foyer éclairait, mais ne chauffait pas.

Sa lumière, d’abord brillante, rougit, pâlit et ne projeta plus bientôt qu’une lueur blanchâtre comme celle d’un clair de lune. Debout, derrière le foyer, et serrant entre les dents une clef qui luisait dans la nuit comme un charbon ardent, se tenait un blanc fantôme. C’était la dame de Breyvâ, dont l’âme ne devait avoir ni trêve ni repos jusqu’au Jugement dernier, en châtiment de ses exactions et de son avarice. Dieu voulait qu’elle eût les lèvres et les dents sans relâche brûlées par cette clef qui lui avait servi à cacher ses trésors injustement acquis. Cette âme damnée revenait dans la clairière, arrêtait l’imprudent qui osait s’y aventurer et tâchait de lui faire arracher la clef qui la torturait. A la vue de l’apparition, le malheureux se mourait de peur. Une voix intérieure lui dit qu’il devait essayer d’arracher la clef. Il y porte la main, mais une brûlure atroce l’oblige à reculer. Plus résolu, il essaie de nouveau… La clef se descelle des dents du fantôme, elle vient !… Mais la douleur, devenue plus insupportable, le force encore à lâcher prise.

“Plus qu’une fois, dit la dame, une seule fois ! songe à ton salut et au mien.” Fou de douleur et de désespoir, il reprend la clef avec rage ; elle s’ébranle sous un effort violent, les lèvres seulement la retiennent… encore un coup et elle est à lui… Mais à l’instant décisif le supplice infernal qu’il éprouve l’emporte sur la peur de la damnation ; il lâche et la clef est rivée plus fort que jamais. Cependant les deux paysans cherchaient leur camarade. Après avoir en vain fouillé la forêt, ils s’arrêtent enfin l’oreille tendue ; des accents plaintifs, apportés par la bise, arrivent jusqu’à eux. Ils se dirigent vers l’endroit d’où ces plaintes devaient venir et se trouvent bientôt dans la clairière maudite. Leur jeune compagnon était là, étendu sur le sol, la tête appuyée sur la margelle du puits. Le croyant endormi, ils se mirent à le secouer avec vigueur, mais ils remarquèrent bien vite sa pâleur et la contraction de ses traits. “La dame !… la clef !… elle brûle…” râla-t-il dans un suprême effort. Ses camarades voulurent le soulever : le corps retomba inerte… » (H. Bardy, 1898.)

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Symbolisme :


Édouard Grimard, auteur de L'esprit des plantes, silhouettes végétales. (Éditions Mame, 1875) propose sa vision des Forêts :


La forêt, vaste agglomération de plantes de toute nature, forme l'association dont l'influence intervient au plus haut degré dans l'aspect des diverses contrées de la terre et dans l'économie générale de la création. C'est la forêt qui nous démontre de la manière la plus évidente que le monde ne serait qu'une sphère aride, inculte et inhabitable, sans cette heureuse tendance qu'ont les plantes à se grouper en communautés. D'autre part, ces associations mettent en commun tant de forces diverses, qu'elles créent une sorte de fermentation de vie qui, grâce à la loi des influences réciproques, fait que les végétaux ainsi réunis se conservent et se protègent mutuellement contre les agents dévastateurs de la nature, intempéries, tempêtes et rayons desséchants du soleil.

Ce sont d'abord les Graminées qui, sous leur ombre protectrice, favorisent l'éclosion des germes, nous l'avons dit plus haut, et leur mesurent la chaleur solaire nécessaire à leur développement. Ceux-ci croissent donc d'abord à l'abri des petits végétaux herbacés ; puis, une fois grands, ils deviennent protecteurs à leur tour. D'autre part les mousses, s'opposant à toute évaporation, favorisent le suintement général des terres et par suite l'accumulation des sources, qui du flanc des montagnes jaillissent et se répandent dans les plaines sous forme de ruisseaux et de rivières.

L'œuvre de la forêt est beaucoup plus complexe encore, et son rôle est d'une importante telle dans la répartition de l'eau à la surface de la terre, que l'incurable aridité du désert succède bien vite à la suppression de cette sorte de puissante machine hydraulique. L'évaporation des eaux que la forêt accumule sans cesse refroidit l'atmosphère, où se forment des nuages ; ces nuages tombent en pluie, remontent pour se condenser dans les couches d'air supérieures, et établis sent ainsi une sorte de circulation immense qui, de la terre au ciel, va, revient et retourne, pour revenir encore, suivant l'une des innombrables lois de l'harmonie universelle. C'est ainsi que la forêt crée le nuage, qui, à son tour, fait vivre la forêt. Mais celle-ci n'est point égoïste ; elle rend aux terres environnantes le surplus des eaux qu'elle ne pourrait utiliser pour son propre compte. Et avec quel art elle divise, filtre et répartit ces masses d'eaux qui, tombant du ciel directement sur les terres nues, y produiraient tous les ravages, depuis les éboulements jusqu'aux inondations ! La plus impétueuse des trombes se transforme en une bienfaisante pluie, lorsqu'elle tombe sur une forêt qui la tamise et l'emmagasine goutte à goutte dans les réservoirs sou terrains. Chaque feuille intercepte un peu, d'eau qu'elle transmet doucement et de proche en proche, du rameau à la tige, puis à la branche, puis au tronc ; quand elle ne la laisse pas tomber directement sur la mousse ou les herbes, qui elles aussi se chargent de la conduire avec modération jusqu'au sol, où elle pénètre.

La forêt crée donc les sources, et les sources, tout le monde le comprend, sont l'un des plus simples, mais en même temps l'un des plus indispensables éléments de civilisation. Au Cap, par exemple, une source de vient bientôt le berceau d'une colonie, tandis qu'il suffit, par contre, qu'une source se tarisse, pour que la peuplade qui vivait dans ses environs lève ses tentes et se fasse nomade. Cette influence des sources sur l'existence des peuples, c'est-à-dire sur la stabilité de leurs installations, et par suite sur leur civilisation, est partout évidente dans l'histoire primitive. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que les hommes paraissent généralement oublier ce qu'ils doivent aux arbres ; et cependant la dévastation de certains pays, aujourd'hui déboisés, tels que l'Espagne, la Grèce, la Judée et certaines contrées de la France (la Provence et la Sologne), devraient suffire à l'enseignement des imprudents qui, aujourd'hui encore, ne craignent pas de déboiser plaines et montagnes, poussés qu'ils sont par l'appât d'un bénéfice apparent. Il faut cependant reconnaître que certains peuples ont compris l'importance des forêts : les Turcs, par exemple, qui, s'il faut en croire les historiens, ont fait une loi spéciale pour que jamais la hache ne touche à un seul des arbres de la magnifique forêt de Bujukdéré, qui alimente les sources auxquelles s'abreuve Çonstantinople par le moyen de nombreux aqueducs.

On comprend toutefois que, sous les latitudes tempérées, l'abondance des arbres doit produire un refroidissement exagéré. L'histoire est encore là pour prouver que le climat du centre de l'Europe était bien autrement humide et froid qu'il ne l'est aujourd'hui, alors que d'immenses forêts s'étendaient presque sans interruption des Pyrénées à la Baltique et du Danube au Finistère.

Les forêts sont donc les régulateurs des vents et de l'humidité, les protecteurs de toute une classe de végétaux, les remparts naturels à opposer aux éboulements et aux ensablements ; mais là ne se borne pas le rôle important qu'elles jouent dans l'économie de la nature. Elles sont de plus appelées à purifier notre atmosphère. On sait, en effet, que les végétaux jouissent de la propriété de soutirer de l'air différents gaz pour les transformer en substance végétale.

Parmi ces gaz, il en est un surtout, appelé acide carbonique, qui se dégage de toutes les fermentations, qu'expirent les poumons des hommes et des animaux, et qui s'échappe enfin des cheminées, en même temps que des entrailles de la terre, dans certaines localités volcaniques. Eh bien ! c'est ce gaz irrespirable et impropre à la vie animale que les végétaux absorbent, et de plus qu'ils décomposent, gardant le carbone dans leurs tissus et exhalant l'oxygène dans l'atmosphère. Cet oxygène que les plantes rendent pendant le jour, et particulièrement sous l'influence de la lumière solaire, est le véritable air vital pour les races supérieures. C'est à l'intervention de cet agent que l'organisme animal doit sa force et son activité, et c'est aux végétaux que l'homme est redevable de la pureté de l'air qu'il respire.

Les forêts sont donc de plus les grands épurateurs de l'atmosphère. Les plus riches contrées deviennent, par un déboisement excessif , désert, si l'inclinaison des terrains est assez forte pour que l'écoulement des eaux se fasse avec rapidité ; marécage, si ces eaux croupissent et deviennent stagnantes.

Les Marais Pontins, en Italie, ces redoutables régions empoisonnées ou règne la malaria (c'est-à-dire le mauvais air) et où se traînent de hâves et malheureux habitants qu'une fièvre incessante dévore, étaient autrefois une riche contrée agricole, parce que des forêts çà et là répandues absorbaient et répartissaient convenablement ces mêmes eaux qui aujourd'hui, par leur stagnation, rendent l'atmosphère méphitique.

Du rôle utilitaire de la forêt, passons à son côté pittoresque, à ses différents aspects, à sa physionomie, en un mot. Diverses essences d'arbres entrent dans la composition de ces importantes agglomérations végétales, et leur donnent, suivant celles qui y prédominent, un ensemble de traits particuliers qui constituent le paysage. C'est par la nature de leur feuillage que les forêts se distinguent les unes des autres, et peuvent être subdivisées en plusieurs catégories, parmi les quelles on remarque particulièrement les forêts à feuilles larges et les forêts à feuilles acérées. La plupart de celles qui croissent dans nos contrées appartiennent au premier type, où dominent les Chênes, les Ormes, les Érables, les Charmes, les Frênes, les Hêtres, les Bouleaux, etc. ; au second type appartiennent les Pins, les Sapins et les Mélèzes.

Mais peut-on se faire une idée d'une véritable et sauvage forêt, quand on n'a vu que celles de nos régions tempérées ? Non, à coup sûr. Toutes les nôtres sont relativement jeunes, et ne peuvent offrir qu’un aspect monotone à côté des magnificences que révèlent aux voyageurs celles des pays étrangers.

Au Brésil à la Guyane et dans presque toutes les régions intertropicales, se déploient une fougue, une ardeur de vie dont les résultats dépassent tout ce que les plus fécondes imaginations essaieraient vainement d'inventer. Le désordre s'y développe avec un tel caractère de grandeur et d'harmonie, que l'on se prend à trouver presque normales ces agglomérations luxuriantes où des millions de végétaux luttent entre eux d'énergie, se superposent, s'enlacent, s'étranglent ou s'étouffent, dans l'ivresse d'une puissance vitale qui dépasse toute mesure.

Fraîche verdure, couleurs éclatantes, chaudes senteurs, feuillages de toutes sortes, tiges enlacées, troncs énormes, que d'éléments confus et de beautés amoncelées ! L'œil éperdu s'égare de la mousse à l'herbe, de l'herbe à l'arbre, et de l'arbre à ces parasites flottantes, gracieuses, mais redoutables, qui, plus haut que toute cime, élèvent leurs guirlandes mortelles. Le parasitisme atteint des proportions incroyables, dans ces forêts que l'homme n'a jamais touchées de sa hache. La Vanille odoriférante, les Bauhinias éclatantes, les fières Passiflores, les Paullinias, les Bignonias, les Grenadilles montent, s'enroulent, remplissent la forêt de leurs cordages, de leurs festons et de leurs enlacements. C'est le royaume des végétaux grimpants, depuis les plus minces lianes, jusqu'à ces énormes et gigantesques tiges volubiles, véritables boas végétaux, tels que les Bromélias, certains Figuiers parasites, ou la Cipo-Matador, qui, après avoir étranglé dans leurs lentes mais progressives contractions l'arbre dont ils ont fait leur appui, restent encore debout quelquefois, après la mort et la décomposition du tronc où la vie s'est éteinte. Trois ou quatre de ces redoutables végétaux grimpants s'acharnent souvent après la même victime, qui, affaissée et comme ensevelie sous une montagne de fleurs et de verdure, languit et meurt bientôt d'asphyxie, quand elle n'est pas brisée par le poids de ces envahisseurs.

Ce ne sont que merveilles dans ce monde incomparable : de la petite fleurette qui se perd sous les herbes, à la gigantesque corolle qui couvre la verdure de ses cloches éclatantes ou de ses pétales rayonnés ; depuis la dernière Graminée jusqu'aux troncs énormes dressés aux lisières des forêts, dont ils forment comme les immenses portiques, et jusqu'à leurs voûtes hautes et sombres, se multiplient des beautés de toutes sortes, dont l'ensemble enivre le regard et l'oreille d'un spectacle et de bruits sans pareils. Cris inconnus, rugissements d'amour, de rage ou de douleur, quel concert saisissant et complexe, où le susurrement de l'insecte et la douce chanson du colibri se mêlent aux hideux sifflements du reptile, aux formidables accents de la bête fauve !

Mais ce qu'il y a de bien plus saisissant encore que tous ces bruits et tous ces spectacles, c'est l'aspect qu'offre la forêt pendant les heures solennelles de la nuit. Calme ou tempêtueuse, la nuit est pleine de majesté, mais aussi de frissons et d'angoisses. Même aux clartés douces de la lune, l'homme se sent perdu dans l'immensité de ces redoutables solitudes, où la brise se change parfois en une chaude haleine qui vous fait retourner brusquement, où toute ombre devient mystère, où flotte le fantôme et d'où s'exhale la terreur. Qu'est- ce donc et comment décrire ces régions d'épouvante, alors que dans les ténèbres se déchaîne un de ces ouragans des tropiques, dont tout le monde connaît les effroyables convulsions ! Les branches, les troncs eux-mêmes, frottés les uns contre les autres, poussent d'étranges gémissements ; et quand les rafales augmentent encore de violence, branches et tronc, le tout brisé par le vent ou la foudre, pousse un dernier cri, éclate et va rejoindre, au noir chaos fangeux, l'herbe et l'arbre colosse égalisés par la tempête.

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et augmentée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"En diverses régions, notamment chez les Celtes, la forêt constituait un véritable sanctuaire à l'état de nature ; ainsi de la forêt de Brocéliande, comme la forêt de Dodone chez les Grecs. En Inde, les sannyâsâ se retirent dans la forêt, de même que les ascètes bouddhiques : Les forêts sont douces, lit-on dans les Dhammapada, lorsque le monde n'y entre pas ; le saint y trouve son repos.

Au Japon, le toril marque, plus que l'entrée du domaine dans un temple, celle d'un véritable sanctuaire naturel, qui est le plus souvent une forêt de conifères. En Chine, la montagne coiffée d'une forêt est presque toujours le site d'un temple.

La forêt, qui constitue véritablement la chevelure de la montagne, en fait la puissance, en lui permettant de provoquer la pluie, c'est-à-dire, dans tous les sens du terme, les bienfaits du Ciel ; pour attaquer les montagnes, Yu-le-Grand en coupait les arbres ; Tsin Che Houangti, blessé d'avoir été accueilli sur le mont Kiang par un orage, en fit couper les arbres par représailles. En cette circonstance comme en d'autres, il est probable que le Premier Empereur n'avait pas compris le symbolisme favorable de cet accueil.

Il y a une stricte équivalence sémantique, à l'époque ancienne, entre la forêt celtique et le sanctuaire, nemeton. L'arbre peut être considéré, en tant que symbole de vie, comme un lien, un intermédiaire entre la terre où il plonge ses racines, et la voûte du ciel qu'il rejoint ou touche de sa cime. Les temples de pierre ne se construiront en Gaule que sous l'influence romaine, après la conquête.

La grande forêt dévoreuse a été chantée dans une abondante littérature hispano-américaine inspirée par la forêt vierge, la madre-selva (la Voragine de José Eustacio Ruivera). On retrouve une conception identique du symbole-forêt chez Victor Hugo :


Les arbres sont autant de mâchoires qui rongent

Les éléments, épars dans l'air souple et vivant ;

... Tout leur est bon, la nuit, la mort...

... et la terre joyeuse

Regarde la forêt formidable manger.

Victor Hugo, La Légende des siècles, Seizième siècle, Le Satyre).


D'autres poètes sont plus sensibles au mystère ambivalent de la forêt, qui est génératrice à la fois d'angoisse et de sérénité, d'oppression et de sympathie, comme toutes les puissantes manifestations de la vie. Moins ouverte que la montagne, moins fluide que la mer, moins subtile que l'air, moins aride que le désert, moins obscure que la grotte, mais fermée, enracinée, silencieuse, verdoyante, ombreuse, nue et multiple, secrète, la forêt des hêtres est aérée et majestueuse, la forêt des chênes, dans les grands chaos rocheux, est celtique et quasiment druidique, celle des pins, sur les pentes sablonneuses, évoque un océan proche ou des origines maritimes, et c'st toujours la même forêt. (Bertrand D'Astorg, Le Mythe de la dame à la Licorne, Paris, 1963).

Pour l'analyste moderne, par son obscurité et son enracinement profond, la forêt symbolise l'inconscient. Les terreurs de la forêt, comme les terreurs paniques, seraient inspirées, selon Jung, par la crainte des révélations de l'inconscient."

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Selon Eloïse Mozzani, auteure du Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, S.A.S, 1995, 2019) :


Ces bois sacrés peuplés d'arbres antiques d'une hauteur inusitée, où les rameaux épais superposés à l'infini dérobent la vue du ciel, la puissance de la forêt et son mystère, le trouble que répand en nous cette ombre profonde qui se prolonge dans les lointains, tout cela ne donne-t-il pas le sentiment qu'un Dieu réside en ce lieu ?

Sénèque, Lettres à Lucilius


Bois et forêts, symboles de « la demeure mystérieuse de Dieu » chez les Gréco-Latins, qui leur consacraient des divinités, étaient également vénérés en Germanie et en Gaule ; chez les Celtes, « la forêt constituait un véritable sanctuaire à l'état de nature : ainsi de la forêt de Brocéliande, comme la forêt de Dodone chez les Grecs ». Le culte rendu aux forêts et à leurs arbres, auxquels on déposait des offrandes, fut d'ailleurs condamné par saint Éloi (VIIe siècle). De même, quand Charlemagne soumit les Saxons, au VIIIe siècle, « il eut à détruire d'abord leur principal sanctuaire, leur bois sacré ». Du point de vue symbolique, la forêt, ou le bois, apparaît en effet comme « un centre de vie, une réserve de fraîcheur et de chaleur associées, comme une sorte de matrice. Aussi est-elle encore un symbole MATERNEL. Elle est la source d'une régénérescence [...]. Le sous-bois, avec ses hautes et profondes futaies, est aussi comparé à des grottes et à des cavernes. Combien de peintures des paysages ne font-elles pas ressortir cette ressemblance ? Tout cela confirme le symbolisme d'un immense et inépuisable réservoir de vie et de connaissance mystérieuse ». En Inde, les ascètes bouddhiques se retirent dans la forêt. Dans de nombreuses régions d'Afrique noire, on trouve mention également de bois sacrés, « réservés aux cultes des sociétés initiatiques ».

Si la forêt offre le repos et la sérénité propices à la méditation ou à la spiritualité, elle est source également d'angoisse, favorisée par son obscurité, les ombres projetées par les arbres, ou le bruissement des feuillages, qui suscitaient déjà la terreur des Gaulois. Cette ambivalence se retrouve dans les traditions populaires : aux côtés des forêts enchantées, il existe des forêts maudites, hantées par des créatures venues tout droit de l'enfer.

Dans la première catégorie (forêts enchantées), figure en tête la forêt de Brocéliande (aujourd'hui Paimpont, en Ille-et-Vilaine), haut lieu des légendes celtiques et arthuriennes, où les romans de la table ronde faisaient vivre l'enchanteur Merlin - selon une croyance du siècle dernier, il y vivait encore -, et la fée Viviane. La forêt de Brocéliande est connue aussi pour le « Val sans retour », sur lequel règne Morgane, sœur d'Arthur, qui y garde ses amants en captivité, et la fontaine de Barenton. La tradition veut aussi que le roi de la forêt de Brocéliande, géant tout noir n'ayant qu'un pied et qu'un œil, se faisait obéir par les animaux : « D'un cri, il les rassemblait auprès de lui, et les lançait, s'il voulait, contre ses ennemis ».

On parle également d'une forêt dans le Jura (est de Poligny) qui est un sanctuaire dédié au culte d'une « Vierge-Mère » de tradition celtique : cette vierge, qui se présente sous l'apparence d'une belle dame, pleine de grâce et de douceur, est particulièrement bienfaisante. Un jour, un enfant qui s'était perdu dans e bois de Poligny, fut retrouvé en bonne santé trois jours après : il raconta qu'une belle femme l'avait nourri et avait pris soin de lui.

Parallèlement, il était communément admis au Moyen Âge que les forêts étaient fréquentées par les démons, les loups-garous et les sorciers qui y faisaient notamment leur sabbat. Pierre Le Loyer parle de diables qui « ne laissent dedans les forêts de solliciter et souiller de leurs attachements les femmes, qui ne seront sorcières » (Discours des spectres..., Paris, 1608, p. 344). Le diable, lui-même, apparaissait dans les forêts, parfois pour y conclure des pactes : au début du siècle dernier, dans la forêt de Chassage (Doubs), il se montra, dit-on, sous la forme d'un home vêtu de noir, à « un pauvre domestique [...] qui se lamentait sur son malheureux sort, et [...] disait qu'il se damnerait volontiers pour avoir sa part des biens de ce monde ».

Certaines forêts passaient pour être habitées par des esprits malveillants : ainsi, la forêt de Maublin, entre Salins-les-Bains et Pontarlier (Doubs), avait depuis un temps immémorial un mauvais génie. Ce dernier était connu des premiers chrétiens qui lui donnèrent le nom de « Mau-Belin », c'est-à-dire Belin le mauvais (ou le maudit). Belin vient de Belenus, dieu solaire gaulois.

En France (Pyrénées, Lozère, Tarn, Doubs, Jura), en Allemagne, en Norvège et dans la plupart des pays du Nord, on parle d'un esprit de l'air, appelé « crieur des bois » : « Il imite le cri d'agonie de toutes sortes de bêtes. Il prend parfois une voix fascinante, dont le souvenir tourmente longtemps les bergers ». Du point de vue des rationalistes, il s'agit sans doute de cris d'oiseaux nocturnes. Les frissonnements des feuillages étaient également attribués aux esprits de l'air.

Dans le sud de la France (Alpes-Maritimes), dans les environs de Gréollières, sévissait un « esprit des bois » qui manifestait sa présence, la nuit, par des cris « Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! », parfois suivis d'apparitions lugubres.

Des revenants hantaient aussi bois et forêts ; certains étaient condamnés à des pénitences posthumes : « On entend[ait] chaque nuit, dans les bois de Beaucourt (Picardie) les longs gémissements et les cris confus que pouss[ai]ent les chevaliers à la Croix Rouge, qui d[evai]ent y revenir jusqu'à la fin du monde ». Il pouvait s'agir également d'anciens gardes ou de seigneurs qui, après leur mort, revenaient la nuit surveiller leur chasse ou leurs arbres : « Un marquis d'Ornenans, qui, de son vivant, parcourait journellement sa forêt, continuait sa surveillance après sa mort. On le voyait, à minuit, assis sur un tertre élevé d'où il inspectait du côté du village : quand les femmes allaient chercher du bois ou emporter les fagots qu'elles avaient faits dans la journée à l'insu des gardes, il fixait sur elles un œil terrible et les menaçait du doigt ». Dans une forêt du Morvan, un garde-chasse assassiné par un braconnier revenait chaque année à la date du crime faire sa ronde. On racontait aussi que « celui qui, la nuit, traverserait la forêt de Breyva, près de Belfort, sans avoir une pincée de sel dans sa poche, serait infailliblement attiré hors de sa route par une puissance surnaturelle, et il rencontrerait le fantôme de la dame de Breyva, une clé rougie à la bouche, qui l'inviterait à lui retirer avec les lèvres »

Un homme sans tête errait dans le bois de Varengrou (Haute Normandie). Dans la forêt d'Hunaudaye (Côtes d'Armor, on parlait d' "hommes blancs" qui se montraient sur la lisière, surtout aux femmes, pendant les journées d'été. Au début du siècle, « des gens qui passaient la nuit en voiture par la route qui la traverse, disaient qu'ils avaient vu aussi "des hommes blancs" se mouvoir dans les sous-vois ; ce n'étaient que des troncs blanchâtres de gros bouleaux qui semblaient se déplacer et dont leur imagination avait fait des fantômes ». Le bois de Couasse (Auvergne) était hanté par « l'homme de fer, qui, passant à travers, brisait les chênes et les sapins comme des allumettes » On entendait toutes les nuits des lamentations et des bruits de chaînes dans le bois de l'Enfer à Guéret (Creuse).

Selon une croyance des Ardennes, il y a dans les forêts des « filles mystérieuses et sauvages » : « Si on les écoute, on est entraîné dans des aventures violentes et meilleures que la vie même ».

Autrefois, les braconniers, les bûcherons, voire les garde-chasse, qui étaient des « hommes de la forêt », étaient redoutés : aux yeux du cultivateur, dont la plaine était le domaine, la forêt représentait un milieu hostile.

La croyance voulant que les forêts soient le domaine des créatures surnaturelles existe dans de nombreuses régions du monde : pour le Slovaques de Moravie orientale, l'esprit de la forêt appelé "Kacinka", qui a la forme d'une vieille femme, obèse, aux yeux et au nez couleur de feux, aux pieds d'oie, aux longs cheveux noirs (tombant jusqu'au sol), détestait ceux qui troublaient la vie des forêts, particulièrement ceux qui tendaient des pièges aux oiseaux et aux lièvres : elle persécutait les voleurs de bois et n'hésitait pas à leur couper un morceau de chair au talon. Si elle rencontrait des enfants méchants elle utilisait le manche à balai qu'elle avait toujours avec elle pour les faire tomber.

A Madagascar, qui entre dans une forêt la nuit sera poursuivi par les esprits.

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Dans "Le symbolisme de la forêt et des arbres dans le folklore." (Perception des forêts. Unasylva, 2003, vol. 213, n°54, pp. 37-43), Judith Crews nous précise le lien ancestral entre la forêt et le divin :


Les forêts, les arbres et la divinité : Il est estimé que les arbres frappés par la foudre et consumés par le feu qui en résulte, observés par les sociétés préhistoriques, pourraient avoir fait naître l’idée que les divinités habitaient non seulement les cieux mais aussi la terre (Brosse, 1989 ; Harrison, 1992). On raconte que pour les anciennes civilisations méditerranéennes, les premiers défrichements de forêts étaient des « actes religieux », car les populations primitives avaient besoin de voir plus clairement le ciel afin d’y lire les messages divins envoyés aux hommes par un «au-delà» abstrait identifié avec le ciel (Harrison, 1992). C’est ainsi que la coupe des arbres pourrait n’avoir pas seulement permis d’aménager des clairières pour les établissements humains et l’agriculture ; elle pourrait aussi avoir été jugée un geste nécessaire pour que les hommes connaissent leurs dieux. Avec l’expansion de la culture grecque, de l’Empire romain et le retour à la pensée grecque pendant la Renaissance, un lien entre les arbres et leur «ombre» spirituelle et intellectuelle d’une part et, de l’autre, leur abattage et la « lumière » pourrait s’être créé dans l’inconscient collectif à travers toute l’Europe.

Les forêts décidues et leurs cycles saisonniers de chute et de croissance des feuilles, ou la naissance de nouveaux bourgeons de la souche de troncs brûlés ou coupés, ont peut-être incité les populations à considérer les arbres comme des symboles d’une force de vie éternelle et indestructible.

Les arbres et les forêts ont donc assumé des caractéristiques symboliques divines, ou étaient perçus comme représentant des forces superlatives comme le courage, l’endurance ou l’immortalité. Ils étaient les moyens de communication entre les mondes. Certaines sociétés en ont fait des totems magiques. Parfois un arbre particulier devenait sacré en raison de son association avec un saint ou un prophète. Les arbres ont souvent eu un profond sens religieux, tel l’arbre sous lequel le Bouddha a reçu l’Eveil et l’arbre utilisé pour la crucifixion de Jésus. De ce fait, ils étaient souvent présents dans les rituels religieux et le sont encore aujourd’hui. Parmi les exemples, figurent les arbres aux branches desquels on pend des prières ou des offrandes dans de nombreuses cultures, et le sapin de Noël, une coutume dont la forme actuelle est née en Europe au XIXe siècle.

[...]

La tradition du bois sacré, souvent associée au secret et aux rites d’initiation, était répandue dans de nombreuses cultures. On considérait des groupes d’arbres, ou des portions de forêt naturelle ou artificielle, comme séparés des autres et intouchables. Un grand nombre de ces bois ont gardé leur importance à ce jour: la Liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) comprend plusieurs bois et forêts considérés comme sacrés ou saints pour leur valeur tant spirituelle qu’écologique. Parmi les exemples, figurent les réserves de forêt ombrophile du centre du Queensland oriental en Australie, que les aborigènes estiment sacrés pour certains de leurs aspects géographiques ; la Horsh Arz-el-Rab (Forêt des cèdres de Dieu) du Liban ; les forêts du mont Kenya au Kenya, considérées comme saintes par les habitants ; et un bois sacré encore utilisé par les prêtres lors des cérémonies du riz qui se déroulent sur les terrasses de montagne plantées en riz à Luzon aux Philippines.


Encadré sur les M'butus, peuple de la forêt sacrée =>


[... Puis elle cite El Hadji Sène :]

[...]

Les arbres et forêts sacrés existent partout mais jouent des rôles différents. Leurs origines sont également variables : halte de l’ancêtre fondateur ; disparition d’un patriarche ; habitat des animaux totem, etc. L’arbre individuel sacré est le plus souvent un arbre remarquable, « frappant » par ses formes ou sa dimension ou lié à un événement légendaire ou historique. Souvent les fondateurs ou guides du groupe ont choisi leur « station » qui deviendra plus tard le village ancestral après une minutieuse observation du terrain, des arbres qui y ont poussé, des signes en rapport avec la présence de l’eau ou le passage des animaux. Souvent un arbre ou un groupe d’arbres auront été choisis et resteront lieu de culte ou de grâce rendue à l’ancêtre.

L’utilisation des espèces végétales dans la médication est fondée à la fois sur des considérations mystiques et sur une observation attentive. Ainsi un végétal est médicament non seulement par les « principes » que l’on a pu y percevoir – par l’amertume ou l’astringence ou toute autre saveur, goût, odeur – mais aussi par les caractéristiques et forces qu’il semble dégager : son emplacement physique, son exposition et les associations végétales dont il fait partie. On donne à ces attributs des forces bénéfiques qui décuplent l’effectivité des principes biochimiques qui seraient pour le médecin moderne les seules valeurs qui méritent considération.

Dans les religions modernes islamique et chrétienne, les arbres jouent également un rôle. Mais c’est souvent à travers les réminiscences historiques et les hommages qui en découlent que ce rôle existe. Tel saint homme s’est arrêté à tel endroit, sous un tel arbre pour s’y reposer et prier, et cet arbre peut devenir lieu de pèlerinage et de recueillement.

Certains pays ont reconnu la valeur remarquable par l’histoire ou les caractéristiques physiques exceptionnelles d’arbres et de groupes d’arbres, et ont tenté de réglementer la protection de tels patrimoines. Au Sénégal, par exemple, un décret a institué une procédure de reconnaissance et de classement des arbres remarquable. C’est une direction qu’il faut encourager. La Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel ne peut que s’enrichir de telles initiatives.

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Symbolisme celte :


Dans L'Oracle de la sagesse gauloise (Éditions Le Courrier du Livre, 2021) Caroline Duban et Lawrence Rasson propose une carte dédiée à la Forêt des Carnutes :


La Forêt des Carnutes : La forêt des « Cornus »


Les Carnutes vivaient au centre de la Gaule avec pour principal oppidum Autricum-Chartres, et pour agglomération économique Cenabum-Orléans. La forêt sacré des Carnutes est indubitablement associée aux druides rassemblés sous la coupe d'une grand maître, d'après César, dont « l'autorité est sans bornes » (La Guerre des Gaules, VI, XIII). Lorsque celui-ci venait à mourir, le plus digne lui succédait, à moins que plusieurs prétendants ne fussent sur un pied d'égalité, auquel cas, il était prévu une élection réalisée au sein des druides. La foret était un point central pour toute la Gaule, et les druides s'y recueillaient une fois par an, en un lieu consacré se tenant à la frontière de leur territoire. On y venait de toutes parts pour régler les litiges qui n'avaient trouvé aucun arrangement d'une autre manière.


Carnutes renvoie à carnon qui signifie « corne » ou « trompe ». La racine indo-européenne *Ker(n)- désigne la tête, ou la corne. Le latin rappelle que cornù et cornum veulent également dire « la corne ». La signification du nom de cette tribu demeure incertaine, mais leur forêt est restée légendaire et représente à elle seule toute la magie ancestrale des druides gaulois et de la nature.


Interprétation : Véritable ombilic de la sagesse druidique, la forêt des Carnutes vous conseille la concertation par rapport à votre question. Haut lieu de recueillement et de vibration, l'espace consacré symbolise un lieu sain et neutre sans lequel il faut vous rendre, physiquement ou mentalement, afin de prendre conseil soi de vous-même, soit auprès d'une personne experte ou expérimentée qui saura vous guider et apaiser vos doutes ou vos rancœurs. C'est un lieu d'enseignement où les blocages trouvent toujours une solution, car César témoigne bien du fait que tous se plient à la décision des druides de la forêt des Carnutes. Le choix ne sera pas forcément celui qui vous plaira le plus, mais celui qui sera le plus juste, le mieux équilibré et le plus judicieux possible. Lorsque l'avis, le conseil ou le choix vous aura été donné, murmuré ou inspiré, il faudra vous y tenir, même si vous êtes tenté de le contourner. Si vous-même ne comprenez pas pourquoi cette voie est bien celle qui vous conviendra le mieux, ou sera la plus équitable entre deux parties opposées, sachez que près de vous, quelqu'un de plus âgé, ayant vécu avant vous ce dilemme (ou tout simplement de plus sage), est plus apte à vous guider sur le chemin qui vous préoccupe. Vous pourrez le constater aussi par la suite, car ce qui est le plus approprié coule de manière fluide, tandis qu'une tentative dans une autre direction amène des obstacles, des retards ou des abandons ; tout devient poussif, épuisant. La joie et l'excitation laissent rapidement place à l'amertume et aux regrets. Faites confiance à la sagesse abritée au cœur de la forêt des Carnutes. Elle vous conduira sur la bonne voie.

Dans le Prix du quai des orfèvres 2024, intitulé Ne me remerciez pas (Librairie Arthème Fayard, 2023), Martial Caroff relie la forêt à la Gaule :


Lerefait s'approcha de la fenêtre. Dehors, la densité des arbres s'accroissait progressivement du parc vers la forêt, horizon vert derrière lequel demeurait un reste du mystère ancestral de la vieille Gaule, même en cette Île-de-France domestiquée depuis belle lurette.

[...]

Les odeurs de végétation étaient accentués par l'humidité. Les fougères tendaient leurs bras de mendiants et les ronces s'agrippaient à l'étoffe pendante, comme dans une fable d'Esope. Des glands décomposés sur un humus de feuilles traçaient le chemin. L'ombre blanche repéra bientôt son banc fétiche, idéalement placé dans une ancienne clairière sous un orme crevé, là où le parc se muait en forêt.

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Contes et légendes :


Paul Sébillot, dans Le Folk-Lore de France, volume 1 Le ciel et la terre (Éditions E. Guilmoto, 1904) rapporte des légendes relatives aux forêts :


LE RESPECT DES ARBRES

Dans sa célèbre description de la forêt de Marseille, Lucain dit que depuis un temps immémorial, les Gaulois n'osaient en couper les arbres, et les Romains n'y portèrent la hache qu'en tremblant, parce que sans doute ils avaient entendu dire aux gens du voisinage que la hache reviendrait blesser le sacrilège.


Sed fortes tremuere manus, motique verenda

Majestate loci, si robora sacra ferirent

In sua credebant redituras membra secures.


On rencontre encore dans la tradition contemporaine des traces de cette antique croyance. Ainsi qu'on l'a vu, les fées punissaient ceux qui se permettaient de toucher à leurs arbres favoris. Dans les forêts de plusieurs pays, il est des arbres qu'il faut bien se garder de couper, si l'on veut éviter des malheurs. Un ouvrier qui avait abattu un chêne séculaire de la forêt de Rennes, près d'une fontaine de Saint-Roux, éprouva depuis, jusqu'à lu fin de ses jours, un tremblement dans les membres. Un homme ayant porté la serpe dans le taillis du Buisson Saint-Sauveur (Seine-Inférieure) fut frappé de paralysie.

Vers 1840, un bûcheron, sur l'ordre réitéré de l'administration des forêts, abbatit le Chêne Marié, près duquel on échangeait des serments, et l'on assure qu'il en fut puni peu de temps après et qu'il se tua en tombant du haut d'un peuplier qu'il élaguait. Avant 1830, existait près de Cuse une forêt, aujourd'hui détruite, dans laquelle depuis des siècles on respectait une douzaine de chênes énormes que l'on appelait les Chênes bénits; on y allait en procession et en pèlerinage, et plusieurs étaient ornés de croix et de madones ; le jour de Saint-Pierre, on venait aussi danser à leurs pieds. Vers 1832, l'administration les fit abattre, et les bonnes femmes de Cuse, qui considérèrent cette mesure comme une impiété, disaient tristement : « On a coupé nos chênes bénits, nous allons

avoir de mauvaises récoltes. » Et les vieilles femmes prétendent que depuis on n'a pas eu d'aussi abondantes moissons ni d'aussi belles vendanges qu'auparavant. En Suisse, chaque village exposé aux avalanches est dominé par une petite forêt, dite forêt de secours et destinée à arrêter les éboulis. Un vieux berger eut la main paralysée pour avoir voulu y couper une branche. On eut toutes les peines du monde à arrêter le sang qui s'échappait du tronc. Tous les ans, à l'anniversaire de ce crime, le berger entend un vacarme effroyable. Ce sont les lutins des troupeaux qui vengent les arbres de la forêt. Le matin, quand il se réveille, chèvres el moulons ont une tache de sang qu'il fait disparaître en la frottant avec de la terre prise à minuit, entre les racines de l'arbre qu'il a voulu tuer. Dans les premières années du XIX* siècle, un chêne de la forêt de Vernon fut compris dans les arbres que l'on devait faire tomber ; un bûcheron du pays, chargé de jeter bas ce patriarche, dit qu'il ne le ferait que si on lui fournissait des haches; parce que, disait-il, on en avait brisé dix en voulant abattre un chêne sur lequel se trouvait un crucifix. On résolut alors de respecter ce chêne. A Saint-Michel-en-Grève, les arbres de la forêt engloutie que la mer découvrait après la tempête, étaient encore, à l'époque où l'on écrivit la légende latine de saint Efflam, en si grande vénération que l'auteur assure qu'on n'aurait pas osé en couper un seul, ni même en ramasser une branche pourrie.


LES FORÊTS DANS LES CONTES


Les forêts sont, dans les contes populaires français, l'un des théâtres les plus habituels des aventures merveilleuses ou terribles. Plusieurs récits placent sous le « couvert », la résidence de personnages redoutés, qui souvent sont anthropophages : de même que le classique Petit Poucet, ses congénères rustiques y sont exposés à la voracité des ogres friands de chair fraîche. Cette donnée que l'on rencontre en Lorraine vers le milieu du XVIII* siècle, dans un texte qui intéresse à la fois la linguistique et le folk-lore, a été retrouvée assez fréquemment depuis ; si le plus grand nombre des versions provient de la Haute-Bretagne, cela tient vraisemblablement à ce que, dans d'autres pays, les collecteurs de récits populaires n'ont pas cru devoir noter ceux qui présentaient des ressemblances avec les contes de Perrault, et qui leur paraissaient en être dérivés. En Ille-et-Vilaine et dans les Côtes-du-Nord, il faut ajouter aux anthropophages sylvestres les Sarrasins, dont le nom y est synonyme d'ogre. Les trois géants et les six géantes, qu'un conte de Basse-Bretagne représente comme avides de chair humaine, habitent une forêt, et le Géant à Barbe d'or de Picardie y a aussi son palais. Le Géant qui n'a qu'un œil au milieu du front figure dans un conte des Côtes-du-Nord, où un jeune homme le lui crève d'un coup de pistolet.

Le Tartaro ou Tartare des récits basques, haut de taille, velu de tout le corps et pourvu d'un seul oeil au milieu du front, enlève pour les dévorer, les petits enfants qui s'aventurent dans la forêt ou les personnes égarées qui viennent lui demander l'hospitalité ; mais quelquefois elles réussissent à le rendre aveugle par des procédés qui rappellent ceux que l'ingénieux Ulysse emploie pour échapper au cyclope. Le Basa-Jaun ou seigneur sauvage a parfois le même aspect physique et ses aventures sont sensiblement pareilles. Un Basa-Jaun enlève aussi une jeune file et l'emporte dans son château au milieu des bois.

Dans une version alsacienne du Petit Poucet, une vieille sorcière qui habite dans le bois une maisonnette de pâte dont le toit est couvert d'omelettes, y attire les petits enfants pour les manger.

C'est aussi dans les grandes forêts que les conteurs placent le séjour des monstres, tels que le Serpent à sept têtes basque ou Eren Sugué, le Dragon à sept têtes, la Bête à sept têtes, le vieux sanglier de la forêt, la Licorne, le Satyre dont l'haleine empeste à sept lieues à la ronde.

L'épisode des enfants conduits au milieu des bois et volontairement perdus par leurs parents, figure dans la plupart des versions qui rappellent le thème du Petit Poucet ; quelquefois c'est une jeune fille que l'on y égare parce qu'elle est plus belle que sa sœur ou parce que sa marâtre est jalouse de sa beauté. Cet abandon est aussi fait, comme dans la légende de Geneviève de Brabant, par des gens qui, chargés de tuer une fille ou une femme et de rapporter son cœur, y substituent celui d'un animal.

Souvent les personnages perdus au milieu des bois montent sur un arbre et aperçoivent une lumière qui les conduit, comme la Perle et ses frères et plusieurs des similaires de Poucet, à la maison d'un ogre. D'autres fois ils sont plus heureux : la princesse Crépuscule arrive à un château de cristal, le prince d'un conte littéraire du XVIIe siècle à une superbe demeure en porcelaine transparente, la jolie fille d'un récit gascon à un énorme château, qui ne sont point habités par des hôtes aussi méchants.

Dans plusieurs contes français figure l'épisode du roi égaré dans la forêt, que la pièce de Collé, La Partie de chasse de Henri IV, a rendu populaire, et qui en divers pays a été attribué à des rois variés. Il s'agit ordinairement de monarques très jaloux de leurs chasses, et qui ont édicté des peines sévères contre les délinquants. En Haute-Bretagne, Petite Baguette qui, monté sur le trône, a reçu de ses sujets le surnom de Roi Grand Nez, est bien accueilli par un sabotier qui lui sert un lièvre, en lui faisant promettre de ne pas le dénoncer ; en Gascogne, un charbonnier fait manger à Henri IV une hure de sanglier, en lui recommandant de ne pas le dire au roi Grand Nez ; dans un récit de l'Ariège, le roi a seulement faim, et un charbonnier lui offre à déjeuner, en lui racontant ses misères et celles des pauvres gens pour lesquels l'impôt est trop lourd.

Parfois les chercheurs d'aventures arrivent à un château situé au milieu d'une épaisse forêt, et qui, bien que n'étant pas en ruines, semble inhabité ; à certaines heures il reçoit la visite d'un nain d'une force prodigieuse, dont ils ont beaucoup de mal à venir à bout ; des châteaux, où tout semble préparé pour un repas, quoi qu'on n'y voie personne, sont hantés à minuit par des diables gardiens d'une princesse métamorphosée.

Un château dangereux est signalé de loin par une éblouissante clarté au milieu des arbres ; aucun de ceux qui y sont allés n'en est revenu, parce qu'une vieille qui en a la garde les a changés en statues. Dans une version basque, il n'est visible que la nuit, et quand vient le jour, il est remplacé par une caverne où se tient un dragon.

Le taureau bleu qui transporte une jeune fille persécutée par sa belle-mère, lui recommande de ne pas toucher aux feuilles de trois bois qu'ils doivent traverser ; ceux du premier sont en cuivre, ceux du second en argent et ceux du troisième en or, et elles rendent un son qui réveille des bêtes féroces ou venimeuses.

La forêt est aussi en relation avec plusieurs épisodes du conte dans lequel le héros va chez un magicien ou chez le diable. II y est soumis à diverses épreuves dont il sort à son avantage, grâce à l'une des filles de son hôte ; parmi elles figure l'obligation d'abattre une forêt en se servant d'instruments insuffisants ou fragiles, haches de bois, de carton, de plomb ou de verre, scies en bois ou eu papier, faucilles de bois, etc. Lorsque, après les avoir accomplies, il veut échapper au magicien, il monte un cheval doué du don de la parole. Conseillé par lui ou par la fille qui l'accompagne dans sa fuite, il jette à terre l'éponge ou l'étrille de l'écurie, et à l'endroit où elles tombent s'élève aussitôt une grande forêt.

Dans les récits de Basse-Bretagne, la forêt est une dos résidences habituelles des ermites, qui y font pénitence dans une cabane tout à fait primitive, mais sont doués d'une grande puissance et présentent diverses particularités surnaturelles. Cette donnée a été aussi relevée en Berry.

Le souvenir des voleurs, qui ont en effet eu souvent leur repaire dans les endroits les plus cachés des grands bois, est resté dans la tradition populaire, en prenant une forme traditionnelle ; mais d'ordinaire, leurs aventures ne sont pas merveilleuses ; ils y habitent une maison ou un château abandonné, et ceux qui viennent leur demander l'hospitalité sont égorgés par eux, si par ruse, ils ne parviennent à leur échapper ; cependant, par exception, ils se montrent compatissants à l'égard de pauvres gens.

Plusieurs personnages enchantés sous forme animale, subissent leur pénitence dans les forêts, comme la « biche au bois » d'un conte littéraire du XVII siècle, la biche blanche des récits contemporains, le lièvre argenté, un lion, des personnages métamorphosés en cerfs, etc.

La forêt sert aussi de lieu de réunion à des êtres surnaturels, à des sorciers sous la forme humaine ou sous celle de fauves ; ils se tiennent sur les branches d'un arbre touffu ou près d'un tronc énorme, et se racontent ce qui leur est arrivé depuis leur dernière conférence, qui parfois n'a lieu que tous les ans ; un voyageur égaré ou un pauvre aveugle abandonné les écoute sans être aperçu d'eux, et fait son profit des secrets qu'il a surpris. Dans un conte nivernais, Papa Grand Nez, dont la nature est assez vaguement définie, vient raconter des nouvelles à des petits enfants réunis dans le sous bois à côté d'un grand fou, et un homme qui l'entend règle sa conduite sur ce qu'il a ainsi appris.

C'est aussi dans les forêts que des personnages divers, qui cependant paraissent être des lutins ou des diables, répètent, croyant être seuls, le nom bizarre que doivent se rappeler ceux auxquels ils ont rendu service en stipulant qu'ils lui appartiendront s'ils n'y parviennent pas.

Il est assez rare que les forêts soient désignées par des noms propres ; cependant un conte lorrain parle de la Forêt Noire, et dans ce pays et en Bretagne, la forêt d'Ardennes est assez fréquemment citée.

L'entrée de certains bois est interdite parce qu'il s'y trouve des géants ou des animaux dangereux ; le petit berger ou l'aventurier brave cependant la défense et vient à bout de ces redoutables ennemis.

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Littérature :


Dans Claudine à l'école (1900), Colette évoque le plaisir engendré par la fréquentation des bois :


Le charme, le délice de ce pays fait de collines et de vallées si étroites que quelques-unes sont des ravins, c’est les bois, les bois profonds et envahisseurs, qui moutonnent et ondulent jusque là bas, aussi loin qu’on peut voir. Des prés verts les trouent par places, de petites cultures aussi, pas grand’chose, les bois superbes dévorant tout. De sorte que cette belle contrée est affreusement pauvre, avec ses quelques fermes disséminées, si peu nombreuses, juste ce qu’il faut de toits rouges pour faire valoir le vert velouté des bois.

Chers bois ! Je les connais tous ; je les ai battus si souvent. Il y a les bois-taillis, des arbustes qui vous agrippent méchamment la figure au passage, ceux-là sont pleins de soleil, de fraises, de muguet, et aussi de serpents. J’y ai tressailli de frayeurs suffocantes à voir glisser devant mes pieds ces atroces petits corps lisses et froids ; vingt fois je me suis arrêtée, haletante, en trouvant sous ma main, près de la « passe-rose », une couleuvre bien sage, roulée en colimaçon régulièrement, sa tête en dessus, ses petits yeux dorés me regardant ; ce n’était pas dangereux, mais quelles terreurs ! Tant pis, je finis toujours par y retourner seule ou avec des camarades ; plutôt seule, parce que ces petites grandes filles m’agacent, ça a peur de se déchirer aux ronces, ça a peur des petites bêtes, des chenilles veloutées et des araignées des bruyères, si jolies, rondes et roses comme des perles, ça crie, c’est fatigué, — insupportables enfin.

Et puis il y a mes préférés, les grands bois qui ont seize et vingt ans, ça me saigne le cœur d’en voir couper un ; pas broussailleux, ceux-là, des arbres comme des colonnes, des sentiers étroits où il fait presque nuit à midi, où la voix et les pas sonnent d’une façon inquiétante. Dieu, que je les aime ! Je m’y sens tellement seule, les yeux perdus loin entre les arbres, dans le jour vert et mystérieux, à la fois délicieusement tranquille et un peu anxieuse, à cause de la solitude et de l’obscurité vague… Pas de petites bêtes, dans ces grands bois, ni de hautes herbes, un sol battu, tour à tour sec, sonore, ou mou à cause des sources ; des lapins à derrières blancs les traversent ; des chevreuils peureux dont on ne fait que deviner le passage, tant ils courent vite ; de grands faisans lourds, rouges, dorés ; des sangliers (je n’en ai pas vu) ; des loups — j’en ai entendu un, au commencement de l’hiver, pendant que je ramassais des faînes, ces bonnes petites faînes huileuses qui grattent la gorge et font tousser. Quelquefois des pluies d’orage vous surprennent dans ces grands bois-là : on se blottit sous un chêne plus épais que les autres, et, sans rien dire, on écoute la pluie crépiter là-haut comme sur un toit, bien à l’abri, pour ne sortir de ces profondeurs que tout éblouie et dépaysée, mal à l’aise au grand jour.

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Dans J'avoue que j'ai vécu (Édition originale posthume, 1974) Pablo Neruda évoque la beauté de la forêt chilienne :


... Sous les volcans, auprès des glaciers, entre les grands lacs, le parfum, le silence, l'enchevêtrement de la forêt chilienne... Les pieds s'enfoncent dans le feuillage mort, une branche fragile a crépité, les raulis géants dressent leur stature hérissée, un oiseau de la sylphe froide passe, bat des ailes, s'arrête dans les branchages noirs. Et puis, de sa cachette, sa voix s'élève comme un hautbois... Mon nez reçoit et transmet à mon âme l'odeur sauvage du laurier, l'essence indéfinissable du boldo... Le cyprès des Guaïtecas me barre le chemin... C'est un monde vertical : une nation d'oiseaux, une foule de feuilles... Je trébuche sur une pierre, je gratte la cavité découverte, une énorme araignée aux cheveux rouges me regarde de ses yeux fixes, immobile, grosse comme une écrevisse... Un carabe doré me crache son effluve méphitique tandis que disparait comme un éclair son radieux arc-en-ciel... Poursuivant, je traverse un bois de fougères beaucoup plus grand que moi : celles-ci laissent choir de leurs yeux verts et froids soixante larmes sur mon visage et font frémir longtemps encore derrière moi leurs éventails... Un tronc pourri : ô quel trésor !... Des champignons noirs et bleus lui ont donné des oreilles, de rouges plantes parasites l'ont couvert de rubis, d'autres plantes paresseuses lui ont prêté leurs barbes et, rapide, un serpent jaillit de ses entrailles putréfiées, telle une émanation, comme si s'échappait l'âme de ce tronc mort... Plus loin, chaque arbre s'est séparé de ses semblables... Ils se dressent sur le tapis de la forêt secrète, et chaque feuillage, linéaire, frisé, branchu, lancéolé, a un style différent, comme coupé par des ciseaux aux mouvements infinis... Une ravine ; sous l'eau transparente elle glisse sur le jaspe et le granite... Un papillon pur comme un citron vole en dansant entre l'eau et la lumière... A mon côté, des myriades de calcéolaires me saluent de leurs petites têtes jaunes... Là-haut, gouttes artérielles de la forêt magique, ondulent les copihues rouges (Lapageria rosea)... Le copihue rouge est la fleur du sang, le copihue blanc est la fleur de la neige. Dans un frisson de feuilles la vélocité d'un renard a traversé le silence, mais le silence est la loi de ces feuillages... A peine le cri lointain d'un vague animal... L'intersection pénétrante d'un oiseau caché... L'univers végétal susurre à peine jusqu'au moment où une tempête déclenche toute la musique terrestre.

Qui ne connaît pas la forêt chilienne ne connaît pas cette planète.

C'est de ces terres, de cette boue, de ce silence que je suis parti cheminer et chanter à travers le monde.

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Dans Lettrines II (Édition José Corti, 1974) Julien Gracq évoque lui aussi la beauté étrange de la forêt :


La forêt : partout présente, monotone, obsédante, elle n'est pourtant jamais un océan d'arbres : des clairières parfois l'effilochent, les rochers nus l'écorchent : çà et là les coulées encaissées des vallées, les Alves, la coupent comme des pares-feux d'une étroite bande gazonnée. Sa couleur n'est pas uniforme ; les diverses espèces de conifères, la densité plus ou moins grande des bouleaux y font courir - vue de loin - des veines plus ou moins larges d'un vert plus ou moins foncé, comme ces traînées plus ou moins bleues qu'a la mer calme en été près des plages. Elle n'est pas non plus un revêtement fourni et continu, une toison végétale : aérée, plutôt claire, même de loin on voit sur la crête des collines se découper en dents de scie nettement séparées la cime de ses sapinières. C'est plutôt un hérissement râpeux et distendu, le chaume d'un inextirpable, mais inégalement planté et fourni, selon les creux et les saillies, d'un menton mal rasé, d'une peau tendue sur l'os.

J'ai roulé toute une matinée dans cette forêt en compagnie d'un Français d'Umea, qui exerce dans le Norrland une profession curieuse, celle de "conseiller pédagogique itinérant", au service du gouvernement suédois pour l'enseignement du français dans les écoles secondaires.

Sylvie GERMAIN dans Jours de colère, Chants, « Les frères », 1989 propose le portrait d'humains imprégnés viscéralement de la forêt :


Ils étaient hommes des forêts. Et les forêts les avaient faits à leur image. À leur puissance, leur solitude, leur dureté. Dureté puisée dans celle de leur sol commun, ce socle de granit d’un rose tendre vieux de millions de siècles, bruissant de sources, troué d’étangs, partout saillant d’entre les herbes, les fougères et les ronces. Un même chant les habitait, hommes et arbres. Un chant depuis toujours confronté au silence, à la roche. Un chant sans mélodie. Un chant brutal, heurté comme les saisons, - des étés écrasants de chaleur, de longs hivers pétrifiés sous la neige. Un chant fait de cris, de clameurs, de résonances et de stridences. Un chant qui scandait autant leurs joies que leurs colères.

Car tout en eux prenait des accents de colère, même l’amour. Ils avaient été élevés davantage parmi les arbres que parmi les hommes, ils s’étaient nourris depuis l’enfance des fruits, des végétaux et des baies sauvages qui poussent dans les sous-bois et de la chair des bêtes qui gîtent dans les forêts ; ils connaissaient tous les chemins que dessinent au ciel les étoiles et tous les sentiers qui sinuent entre les arbres, les ronciers et les taillis et dans l’ombre desquels se glissent les renards, les chats sauvages et les chevreuils, et les venelles que frayent les sangliers. Des venelles tracées à ras de terre entre les herbes et les épines en parallèle à la Voie lactée, comme en miroir. Comme en écho aussi à la route qui conduisait les pèlerins de Vézelay vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils connaissaient tous les passages séculaires creusés par les bêtes, les hommes et les étoiles.

La maison où ils étaient nés s’était montrée très vite bien trop étroite pour pouvoir les abriter tous, et trop pauvre surtout pour pouvoir les nourrir. Ils étaient les fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque la magie de la forêt :

1er mars

(Fontaine-la-Verte)


A chaque pas qu'on fait dans la forêt, un nouvel arbre devient l'axe de symétrie de la futaie entière. Cette surabondance géométrique suggère qu'on change sans cesse de dimension, qu'on visite une infinité d'univers. Vertige de science-fiction, dans les da=écris de hêtres et d'anémones.


Le fragon piquant

Joue aux billes

Avec ses fruits rouges

[...] 8 avril

(Fontaine-la-Verte)


La forêt constitue non seulement un milieu écologique, mais un système chromatique doré de lois rigoureuses. Les couleurs (noir, gris, vert, ocre, rose, blanc) établissent entre elles des relations de symbiose, de commensalisme, de parasitisme ou de prédation.

Les branches d'arbres nues et noires se croisent sur le gris-bleu du ciel. De jeunes feuilles vert tendre baveront bientôt sur l'azur, comme une couleur noyée sur la gouache d'un écolier malhabile.


Fougères sèches

Café au lait

Renversé sur la nappe

[...] 13 juillet

(Fontaine-la-Verte)


Quand nous marchons en forêt, nous regardons où nous posons les pieds, c'est-à-dire par terre. Nous ratons le spectacle de la canopée, cette féerie de feuilles, d'insectes, d'oiseaux, de lumières.

Depuis qu'il est descendu de l'arbre, l'Homo sapiens utilise ses yeux en rase-mottes. Icare et les aviateurs sont des monstres : ils possèdent des chromosomes de geai ou de milan noir.

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Asa Larsson dans son roman policier intitulé Le Sang versé (Édition originale, 2004 ; Éditions Albin Michel, 2014 pour la traduction française) évoque elle aussi l'attraction de la forêt :


Rebecka Martinsson retourna à la pension. La forêt murmurait dans son dos : Viens, entre, ne t'arrête pas, je suis sans fin.

Elle réfléchit à l'offre de la forêt, pensa aux grands pins élancés, à leurs troncs de cuivre frappé. Au vent ruisselant dans les cimes comme de l'eau. Aux sapins d'un noir de suie mangés de lichen barbu. Au bruit de ses pas sur le cladonia et la bruyère, au toc-toc des pics épeichettes, au silence profond qui succède au passage d'un animal sauvage, au doux froissement des aiguilles de pin et au craquement léger des brindilles.

On marche et on marche. Au début, la pensée est comme un écheveau emmêlé, les branches vous griffent le visage et s'accrochent à vos cheveux. Et puis, peu à peu, les fils se démêlent, se détachent, restent accrochés aux arbres. S'envolent dans la brise. Bientôt on a la tête vide et on se contente d'avancer. On traverse les marais fumants aux lourds effluves où le corps devient moite et où les pieds s'enfoncent. On gravit un escarpement et là-haut, sur le plateau, le vent souffle plus fort. Les bouleaux nains, phosphorescents, semblent ramper sur le sol. Arrivé là, on se couche. Et la neige se met à tomber.

Toutes ses sensations de petite fille remontèrent à la surface. Elle se rappela son désir impérieux de partir à l'aventure comme un Indien, les buses des hauts plateaux planant au-dessus d'elle. Le poids du sac de randonnée sur son dos. Toutes ces nuits où elle dormait à la belle étoile. [...]

Rebecka baissa les yeux vers ses bottes Lagerson à tige et à talons hauts.

« Désolée, dit-elle à la forêt. Je ne porte pas la tenue adéquate ces temps-ci. »

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Lire aussi : une étude de Mes Forêts d'Hélène Dorion avec mes élèves...

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