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  • Anne

La Forêt





Étymologie :

  • FORET, subst. masc.

Étymol. et Hist xiiie s. (Bans de Saint-Omer, ap. Giry, Hist. de St Omer, 526 ds R. Hist. litt. Fr. t. 12, p. 707). Dér. de forer*; suff. -et*.


Définition à lire pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et augmentée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"En diverses régions, notamment chez les Celtes, la forêt constituait un véritable sanctuaire à l'état de nature ; ainsi de la forêt de Brocéliande, comme la forêt de Dodone chez les Grecs. En Inde, les sannyâsâ se retirent dans la forêt, de même que les ascètes bouddhiques : Les forêts sont douces, lit-on dans les Dhammapada, lorsque le monde n'y entre pas ; le saint y trouve son repos.

Au Japon, le toril marque, plus que l'entrée du domaine dans un temple, celle d'un véritable sanctuaire naturel, qui est le plus souvent une forêt de conifères. En Chine, la montagne coiffée d'une forêt est presque toujours le site d'un temple.

La forêt, qui constitue véritablement la chevelure de la montagne, en fait la puissance, en lui permettant de provoquer la pluie, c'est-à-dire, dans tous les sens du terme, les bienfaits du Ciel ; pour attaquer les montagnes, Yu-le-Grand en coupait les arbres ; Tsin Che Houangti, blessé d'avoir été accueilli sur le mont Kiang par un orage, en fit couper les arbres par représailles. En cette circonstance comme en d'autres, il est probable que le Premier Empereur n'avait pas compris le symbolisme favorable de cet accueil.

Il y a une stricte équivalence sémantique, à l'époque ancienne, entre la forêt celtique et le sanctuaire, nemeton. L'arbre peut être considéré, en tant que symbole de vie, comme un lien, un intermédiaire entre la terre où il plonge ses racines, et la voûte du ciel qu'il rejoint ou touche de sa cime. Les temples de pierre ne se construiront en Gaule que sous l'influence romaine, après la conquête.

La grande forêt dévoreuse a été chantée dans une abondante littérature hispano-américaine inspirée par la forêt vierge, la madre-selva (la Voragine de José Eustacio Ruivera). On retrouve une conception identique du symbole-forêt chez Victor Hugo :


Les arbres sont autant de mâchoires qui rongent

Les éléments, épars dans l'air souple et vivant ;

... Tout leur est bon, la nuit, la mort...

... et la terre joyeuse

Regarde la forêt formidable manger.

Victor Hugo, La Légende des siècles, Seizième siècle, Le Satyre).


D'autres poètes sont plus sensibles au mystère ambivalent de la forêt, qui est génératrice à la fois d'angoisse et de sérénité, d'oppression et de sympathie, comme toutes les puissantes manifestations de la vie. Moins ouverte que la montagne, moins fluide que la mer, moins subtile que l'air, moins aride que le désert, moins obscure que la grotte, mais fermée, enracinée, silencieuse, verdoyante, ombreuse, nue et multiple, secrète, la forêt des hêtres est aérée et majestueuse, la forêt des chênes, dans les grands chaos rocheux, est celtique et quasiment druidique, celle des pins, sur les pentes sablonneuses, évoque un océan proche ou des origines maritimes, et c'st toujours la même forêt. (Bertrand D'Astorg, Le Mythe de la dame à la Licorne, Paris, 1963).

Pour l'analyste moderne, par son obscurité et son enracinement profond, la forêt symbolise l'inconscient. Les terreurs de la forêt, comme les terreurs paniques, seraient inspirées, selon Jung, par la crainte des révélations de l'inconscient."

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