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Les Lutins

  • Photo du rédacteur: Anne
    Anne
  • 16 févr. 2022
  • 37 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 janv.




Étymologie :


  • FOLLET, ETTE, adj. et subst.

Étymol. et Hist. Ca 1165 subst. « lutin » (B. de Ste-Maure, Troie, 6751 ds T.-L.); ca 1175 adj. « un peu fou » (Id., Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 11355) ; 1690 feu follet (Fur.). Dimin. de fol, fou1* ; suff. -et*.


  • LUTIN, -INE, subst. masc. et adj.

Étymol. et Hist. A. Subst. 1. a) ca 1150 neitun [leçon qui semble ne figurer dans aucun ms. ; probablement restituée par l'éditeur] « monstre marin » (Thèbes, éd. L. Constans, 6008 ; ms. S noitum ; ms. C [éd. G. Raynaud de Lage], v. 6971: noitum marin) ; cf. 1176-81 netun (Chr. de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 5267) ; ca 1165 nuiton (Benoît de Ste-Maure, Troie, 14736 ds T.-L.) ; 1176-81 luitun (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 4575) ; b) 2e quart xive s. luitin « espèce de démon, de nature plutôt malicieuse que méchante, qui vient tourmenter les hommes » (Le Chevalier de La Tour Landry, 126 ds T.-L.) ; 1558 lutin (J. du Bellay, Divers jeux rustiques, éd. V. L. Saunier, XXXI, 62, p. 113) ; 2. 1680 « enfant vif, espiègle, taquin » (Rich.). B. Adj. 1830 « malicieux » tête lutine (Balzac, Double fam., p. 232) ; 1839 en partic. en parlant d'une pers. la lutine Eugénie (Id., Fille Ève, p. 80). Du lat. Neptunus, nom du dieu de l'eau et de la mer chez les Romains, qui en b. lat. a désigné un démon païen, cf. un passage de la vie de St Éloi (✝ 659) faisant allusion à un sermon où celui-ci, blâmant ceux qui gardaient de vieilles superstitions païennes, cite Orcus, Neptunus et Diana (v. FEW t. 7, p. 394b), v. aussi exemples plus tardifs ds Z. rom. Philol. t. 24, p. 561 (maligno spiritu retrahente quem Neptunum vocant) et suiv. ; Neptunus a donné régulièrement netun puis nuiton probablement d'apr. nuit (ces sortes de génies étant essentiellement nocturnes), puis luiton sous l'infl. probable de l'a. fr. luitier, v. lutter, devenu luitin par substitution de suff. sans doute sous l'infl. des mots du type hutin*.


Lire également la définition des noms follet et lutin afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Croyances populaires :


Selon Jacques Albin Simon Collin de Plancy, auteur du Dictionnaire infernal, ou bibliothèque universelle, sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses : qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyants merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles. (Tome troisième. La librairie universelle de P. Mongie aîné, 1826) :


GOBELINS. -Espèce de lutins domestiques qui se retirent dans les endroits les plus cachés de la maison, sous des tas de bois. On les nourrit des mets les plus délicats, parce qu'ils apportent à leurs maîtres du blé volé dans les greniers d'autrui. — On dit que la manufacture des Gobelins doit son nom à quelques follets qui, dans l'origine, venaient travailler avec les ouvriers et leur apprendre à faire de beaux tapis.


LUTINS. Les lutins sont du nombre des trente mille démons qui ont plus de malice que de méchanceté. Ils se plaisent à tourmenter les gens, à faire des tours de laquais, et se contentent ordinairement de donner la peur sans le mal. Cardan parle d'un de ses amis qui, couchant dans une chambre que hantaient les lutins, sentit une main froide et molle comme du coton, passer sur son cou et son visage, et chercher à lui ouvrir la bouche. Il se garda bien de bâiller ; mais, s'éveillant en sursaut, il entendit de grands éclats de rire, sans rien voir autour de lui. Le Loyer raconte que de son temps il y avait de mauvais garnements qui faisaient leurs sabbats et lutineries dans les cimetières, pour établir leur réputation et se faire craindre, et que, quand ils y étaient parvenus, ils allaient dans les maisons buffeter le bon vin et caresser les filles. C'est de là qu'est venu le vieux proverbe :


Où sont fillettes et bon vin,

C'est là que hante le lutin.


Les lutins s'appelaient ainsi, parce qu'ils prenaient quelquefois plaisir à lutter avec les hommes. Il y en avait un à Thermesse qui se battait avec tous ceux qui arrivaient dans cette ville. Au reste, les lutins ne mettent ni dureté, ni violence, dans tous leurs jeux.

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Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


LUTIN. C'est le même que le follet. « Les lutins, dit Henri Heyne, n'ont pas l'habitude de s'introduire en intrus dans les maisons qu'ils se proposent d'habiter. Avant de s'établir dans un lieu quelconque, ils tentent une épreuve qui les assure que le maître du logis est disposé à payer, par une légère condescendance, l'agrément de leur compagnie. Voici en quoi consiste cette épreuve : Ils amassent dans un coin, ou éparpillent au milieu de la maison, force copeaux et petits éclats de bois ; ils jettent de la fiente de bétail dans des seaux pleins de lait. Si le maître de la maison, remarquant ce manège, laisse les copeaux sans les ramasser, et s'il consomme le lait souillé, en compagnie de sa famille et de ses serviteurs, les lutins, satisfaits de cette marque de déférence, s'établissent chez lui pour toujours.

Mais on n'a pas toujours à se féliciter d'avoir donné l'hospitalité à ces turbulents et capricieux esprits : « Tantôt, dit le Fillastre, & ils remuent et renversent les ustensiles, tables, tréteaux, plats, écuelles ; tantôt ils tirent l'eau d'un puits en faisant crier la poulie ; ou bien ils cassent les verres, font tomber les ardoises, jettent des pierres, roulent par les escaliers des choses pesantes. Ils entrent dans les chambres, et contrefont, soit un chat, une souris, soit un autre animal quelconque ; ils foulent dans leur lit les personnes couchées, tirent les rideaux et la couverture, et s'amusent à mille singeries. Cependant, tout ceci, n'a d'autre résultat que d'inquiéter les personnes de la maison et d'empêcher leur sommeil ; car tout ce qui semble rompu et brisé se retrouve le lendemain à sa place et en bon état. »


LUTIN DE VALSCHEID. « J'ai reçu , le 23 août 1746, dit dom Calmet, une lettre d'un fort honnête homme, curé de la paroisse de Walsche, village situé dans les montagnes de Vosges, au comté de Dabo ou Dasbourg, dans la Basse-Alsace, diocèse de Metz, qui a Strasbourg dix lieues vers le midi. Par cette lettre il me dit, que le 10 juin 1740, à huit heures du matin, lui, étant dans sa cuisine avec sa nièce et sa servante, il vit tout à coup un pot de fer qui fut mis à terre et y fit trois ou quatre tours, sans qu'il y eût personne qui le mit en mouvement ; un moment après, une pierre d'environ une livre pesant fut jetée de la chambre voisine dans la même cuisine, en présence des mêmes personnes, sans qu'on vit la main qui la jetait ; le lendemain à neuf heures du matin, quelques carreaux de vitres furent cassés, et quelques pierres furent jetées à travers ces carreaux avec une dextérité qui parut surnaturelle ; l'esprit ne fit jamais de mal à personne, il ne fit rien que pendant le jour et jamais la nuit ; le curé employa les prières marquées dans le rituel pour bénir sa maison, et depuis ce temps-là le génie ne brisa plus de vitres, mais il continua à jeter des pierres sur les gens du curé, sans toutefois les blesser ; si l'on apportait de l'eau de la fontaine, il jetait des pierres dans le seau ; il se mit ensuite à servir dans la cuisine ; un jour comme la servante plantait des choux au jardin, le génie les lui arrachait à mesure et les mettait en morceaux ; la servante eut beau à tempêter, menacer, jurer à l'allemande, le génie continua ses badineries.

« Un jour qu'on avait bêché et préparé un carreau au jardin, on trouva la bêche enfoncée de deux pieds en terre, sans qu'on vit aucun vestige de celui qui l'avait ainsi fichée en terre ; on remarqua sur la bêche un ruban et au côté de la bêche deux pièces de deux sous que la servante avait serrées la veille dans une petite boîte ; quelquefois il prenait plaisir à déplacer la vaisselle de faïence et d'étain, et de l'arranger en rond dans la cuisine ou dans le porche, ou même dans le cimetière, et toujours en plein jour. Un jour il remplit un pot d'herbes sauvages, de sons, de feuilles d'arbres, y ayant mis de l'eau, le porta au jardin dans l'allée ; une antre fois, il le suspendit au cramal sur le feu ; la servante ayant cassé deux œufs dans un petit plat pour le souper du curé, le génie y en cassa deux autres en sa présence, la servante ayant seulement tourné le dos pour y mettre le sel ; le curé étant allé dire la messe il trouva, au retour, toute sa vaisselle, son linge, pain, lait et autres choses répandus dans la maison.

« Quelquefois il formait sur le pavé des cercles, tantôt avec des pierres, tantôt avec du blé ou des feuilles, et dans un moment, aux yeux des assistants, tout cela était renversé et dérangé. Fatigué de tout ce manège le curé fit venir le maire du lieu et lui dit qu'il était résolu de quitter la maison curiale ; dans ces entrefaites, arriva la nièce du curé qui leur dit que le génie avait arraché les choux du jardin et avait mis de l'argent dans un trou en terre ; on y alla et on trouva la chose comme elle l'avait dite ; on ramassa l'argent qui était celui que le curé avait mis dans son poêle en un lieu non fermé, et un moment après on le trouva de nouveau avec des liards deux à deux répandus dans sa cuisine.

« Les agents du comte de Linange etant arrivés à Walsche, allèrent chez le curé et lui persuadèrent que tout cela était l'effet d'une sorcellerie ; ils lui dirent de prendre deux pistolets et de les tirer à l'endroit où il remarquait quelques mouvements ; le génie jeta en même temps dans la poche d'un de ces officiers deux pièces d'argent, et depuis ce temps il ne se fit plus sentir dans la maison. Cette circonstance de deux pistolets qui terminent la scène de l'esprit follet qui inquiétait le bon curé, lui fit croire que ce lutin n'était autre qu'un certain mauvais paroissien que le curé avait été obligé de faire sortir de sa paroisse et qui , pour se venger, avait fait dans la maison curiale tout ce que nous venons de voir ; si cela est , il s'était donc rendu invisible, ou il avait eu le crédit d'envoyer en sa place un génie familier qui intrigua le curé pendant quelques semaines ; mais s'il n'était point en corps dans cette maison, qu'avait-il à craindre des coups de pistolets qu'on aura pu tirer sur lui ? et s'il y était en corps comment pouvait-il se rendre invisible ? »


MANDRAGORES. Les Bretons nomment ainsi des lutins familiers, de très bonne composition, qui leur apparaissent, disent-ils, sous la figure de petits hommes sans barbe et les cheveux épars.

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Paul Sébillot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Éditeur Lafolye, janv. 1892) relève des croyances liées aux cycles de la vie et de la nature :


Les Lutins.

179. – A Plouasne, il y a un champ à trois cornières, où on voit des apparitions, il s'appelle le Clos-J'bi . Il y a quelques années, un homme nommé Robert, s'en revenant du bourg ou il avait passé la soirée à l'auberge avec ses amis, y aperçut au milieu une grande fouée. Il se disposa á y allumer sa pipe, mais comme il prenait un tison, il vit tout autour une dizaine de figures de singes qui le regardaient en riant. Il laissa tomber le tison et s'enfuit. Le lendemain matin, il retourna pour voir, mais n'aperçut même plus la trace de la fouée.


180. - Il y avait une fois une jeune fille qui, toutes les nuits, allait coucher dans le foin. Chacun lui disait : - « Parie que le faudoux ira te fauder ! »

Mais elle n'y faisait pas attention et elle retournait coucher dans le senas (grenier à foin). Pourtant le faudoux venait la fouler, et elle disait à ses voisins : - « Je ne sais ce que j'ai : je suis plus lassée au matin qu'en me couchant. - Nous te l'avions bien dit, répondaient-ils, c'est le faudoux qui vient te fauder. »

Elle résolut de le prendre, et au lieu de s'endormir pour de bon, elle fit seulement le semblant. Tout d'un coup, elle entendit le foin qui craquait, et elle vit la bête ; elle arriva auprès d'elle, monta sur ses jambes et finit par atteindre sa poitrine. La fille ramassa ses draps et en enveloppa le faudoux. Elle croyait le tenir, et elle cria aux gens de la maison :

- « Apportez - moi un couteau ! »

Mais le faudoux qui s'était réfugié sous un monceau de foin, en en tendant ces paroles, lui cria :

- « Hé ! tu crois me tenir , mais tu ne me tiens pas ! »

Il disparut , et depuis ce temps jamais il ne prit envie à la fille de retourner dans le foin.


(Conté en 1881 par J.-M. Comault , du Gouray.)

Charles Thuriet, auteur de Traditions populaires du Doubs (Librairie historique des Provinces, Emile Lechevalier, 1891) rapporte une légende locale :


LA LUTINIÈRE OU LE TAMBOURIN (Amancey)


Il existe au bas du champ de foire d'Amancey et du communal de la Lavière une ouverture étroite entre deux rochers gris élevés à peine d'un mètre au- dessus du sol . Cette ouverture paraît être l'entrée d'une cavité souterraine et profonde où les eaux se jouent dans les temps de grandes pluies et produisent des bruits semblables à ceux d'un tambour. Ceci est le fait vrai qui a sûrement fait donner à ce souterrain le nom de Tambourin. Une tradition locale rapporte que cette cavité est un séjour infernal où les lutins et mauvais esprits de la contrée se ras semblent de temps en temps pour y célébrer leurs fêtes et leurs danses maudites. De là sans doute est venu le nom de Lutinière, donné aussi au Tambourin d'Amancey.

On raconte encore qu'autrefois de mystérieux maréchaux hantaient ce souterrain et qu'ils étaient serviables et bienfaisants. Quand on avait un fer à cheval ou un soc de charrue à réparer, il suffisait de le déposer le soir à l'entrée de la caverne, avec un petit gâteau bien garni de beurre ou de confitures. Le lendemain matin, le gâteau avait disparu, mais le soc de la charrue ou le fer à cheval était réparé. Malheureusement pour le pays, un mauvais plaisant apporta un jour à l'entrée de la caverne un vieux fer à cheval avec un: gâteau sur lequel, en guise de confitures, il avait répandu de la fiente de vache. Cette méchanceté mécontenta les maréchaux de la Lutinière, et, depuis ce temps-là, si parfois ils font encore entendre le bruit de leurs marteaux dans la forge souterraine, ce n'est plus pour rendre service aux gens d'Amancey qu'ils travaillent. L'ingratitude durcit le: cour de la bienfaisance.


(Tradition orale)

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Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Surnaturel, superstitions, être fantastiques, apparitions, lieux enchantés (Editions Omnibus, 2017) Marie-Charlotte Delmas consacre un article aux lutins :


Lutin : Les lutins, qui se présentent sous différentes apparences, font l’objet de nombreux récits et témoignages. Au XIXe siècle, chaque espèce locale porte un nom spécifique, alors que, du Moyen Age au XVIIIe siècle, ils sont essentiellement dénommés de façon générique Luitons, Gobelins, Folets. Les écrits chrétiens dans lesquels on les trouve mentionnés les associent aux démons, à l’instar des divinités mineures de l’Antiquité gréco-romaine auxquelles ils les rattachent. Ils comparent les lutins qui vivent dans la nature aux satyres de la mythologie grecque, démons champêtres et sylvestres qui accompagnent le dieu Dionysos-Bacchus dans ses beuveries et ses danses, personnages lubriques qui poursuivent les nymphes de leurs assiduités. Comme les faunes romains qui leur succèdent, les satyres sont souvent représentés avec des pattes de bouc, une queue, et le crâne coiffé de deux petites cornes. Au XIIIe siècle, Gervais de Tilbury parle des « Folets » dans son chapitre sur les faunes et les satyres ; au XVIIIe siècle, Dom Calmet écrit : « Les Prophètes, en quelques endroits, parlent des faunes ou des Velus, ou des satyres, qui ont quelque rapport à nos Esprits folets. »

Les lutins sont également assimilés aux Pénates et aux Lares, divinités protectrices du foyer chez les Romains, honorées dans un laraire, petit autel installé dans la maison. Outre le logis, Pénates et Lares protègent aussi des espaces plus vastes, comme les cités, les Lares veillant particulièrement sur les carrefours. Au XVIe siècle, pour le démonologue Jean Wier, les Latins appelaient Pénates les diables qui présidaient « à l’administration des régions », à savoir les territoires, et Lares « ceux qui commandaient doucement dans la maison ».

Par ailleurs, dans l’Antiquité romaine, le Lare familier (Lar familiaris) est une divinité tutélaire associée à un ancêtre protecteur et cette proximité entre les génies et les morts touche aussi les lutins. En 1746, parlant des « Esprits folets », Dom Calmet écrit : « Nous savons par le rapport de personnes très sensées qu’il leur est arrivé en campagne de se voir arracher le manteau, ou tirer les bottes, ou jeter à bas le chapeau, puis entendre des éclats de rire sans ressentir aucun mal de tout ce petit jeu ; mais entendre le ton de la voix d’une personne morte, bien connue, qui semblait en rire et s’en réjouir. » Plus loin, dans sa conclusion, il s’interroge sur la forme des Folets qui se montrent aux humains : « Paraissent-ils dans leurs propres corps, ou ont-ils des corps factices, artificiels, ou empruntés ? C’est ce que nous ignorons. » Ce qui laisse à penser que, parmi les corps que prennent les lutins, on trouve ceux des défunts.

A toutes les époques, il est aussi question d’Esprits, souvent invisibles, dont la nature est assez floue, et dont on ne sait pas très bien s’ils appartiennent au monde des morts ou à celui des lutins. Cet amalgame entre lutins et morts est encore parfois présent au XIXe siècle. Dans le Finistère, par exemple, on laisse couver le feu la nuit pour que les défunts et les lutins viennent s’y réchauffer. Dans ce même département, un informateur explique : « Les lutins des écuries sont d’anciens valets de ferme. De leur vivant, ils négligeaient les chevaux qui leur étaient confiés ; après leur mort, ils sont condamnés à en prendre soin. » (E. Rolland, 1881.) Dans beaucoup de témoignages, on ne sait trop quelle est la nature des Esprits que l’on entend crier dans les bois et les entités qui apparaissent sous la forme de feux follets se répartissent entre âmes en peine et lutins.

La croyance en l’existence des lutins est encore vivace au XIXe siècle. En 1882, Paul Sébillot écrit qu’en Haute-Bretagne, « si presque partout les paysans croient que les fées ont disparu, ils sont en général persuadés que les lutins existent encore ». Ici et là, des personnes âgées racontent qu’il s’agit d’une race ancienne, antérieure à celle des humains, qui a fini par se cacher d’eux. Leur rapport au diable est quasiment inexistant ; en revanche, selon plusieurs témoignages, on leur offre de la nourriture, notamment du lait, et ces offrandes les apparentent à de petites divinités. Malgré la variété des récits qui les mettent en scène, il est possible de répartir les lutins terrestres en deux catégories, les domestiques et les sauvages, même si la frontière qui les sépare n’est pas toujours étanche. Cette division est déjà sensible chez Jean Wier, au XVIe siècle. Dans son chapitre sur les différentes sortes de diables, il évoque les Nains terrestres allemands, qui sont les mêmes que les Luitons et les Gobelins des Français. Il les répartit en deux catégories : « Les uns sont doux et plaisants et sont à bon droit nommés Esprits familiers : ce sont ceux qui se tiennent principalement dans les maisons, la nuit, et font la besogne des serviteurs, que l’on entend monter et descendre les escaliers, ouvrir les portes, faire le feu, tirer de l’eau, préparer à manger et faire toutes choses nécessaires à une maison : encore qu’ils ne fassent rien [on ne remarque rien le lendemain]. Les autres sont nommés Nains montagniers, pour signifier leur figure, en laquelle le plus souvent ils apparaissent comme petits nains, de la hauteur de trois palmes, vieux et vêtus comme ceux qui besognent aux mines. »


Les lutins domestiques : Les lutins domestiques agissent, la nuit, dans les habitations et les bâtiments de la ferme (notamment CADET, FADET, FANTASTI, FOULETOT, PETIT JEAN, SERVANT, SOTRÉ). Souvent, ils interviennent en faisant du bruit et en causant du désordre. La majorité d’entre eux sont invisibles, soit par nature, soit parce qu’ils disparaissent dès qu’un curieux cherche à les surprendre ; d’autres sont de tout petits hommes et plusieurs espèces se métamorphosent en animal. La plupart du temps, on ne sait pas trop d’où ils viennent ni où ils logent.

Ils sont plutôt bienveillants envers les humains, mais se caractérisent également par leur espièglerie. Ils déplacent et cachent les objets, emmêlent les cheveux des filles, brouillent les écheveaux, changent les bébés de lit, mettent du sel dans la soupe et se livrent à toutes sortes de farces dans la maison. Après quoi, ils rient de la mine déconfite des humains. Bien que leurs tours malicieux ne soient jamais bien méchants, il faut se garder de leur faire une quelconque critique. Parce qu’ils sont particulièrement susceptibles, la moindre réflexion désobligeante à leur égard, le moindre manque de respect les met dans une terrible colère et leur vengeance ne se fait guère attendre. Selon un récit des environs de Guingamp : « On laissait toujours la meilleure place du foyer inoccupée quand on se réunissait autour de l’âtre, et cette place était réservée au lutin de la maison, afin de se le rendre favorable. Il y avait dans une maison une fille qui se moquait de cela et avait pris la place du lutin ; le lendemain elle était restée seule à faire la cuisine ; quand on revint on la trouva étranglée auprès du feu. Evidemment c’était le lutin qui s’était vengé. » (L. de V. H., 1904.)

En Basse-Bretagne, dans le pays de Tréguier, on garde la dernière crêpe – généralement plus petite (reste de pâte) – pour les lutins : « Or, une fois, à la grande ferme de Kerviniou, en Penvénan, on changea de servante cuisinière. Quelques semaines après l’arrivée de la nouvelle domestique, tout allait mal dans la ferme : les vaches ne donnaient presque plus de lait ou bien leur lait était sans crème ; la pâte ne levait pas, le pain était mal cuit ; tout moisissait dans les armoires, le linge, les grands draps de lit même se couvraient de taches de rouille ; les moutons disparaissaient ; les chevaux surtout maigrissaient à vue d’œil. La fermière et son mari ne savaient à quoi attribuer tout ce mal. Mais voilà qu’un samedi soir quelqu’un s’aperçut que la cuisinière n’avait pas laissé comme de coutume la dernière crêpe sur la crêpière au bas de la maison. La fermière fit de vifs reproches à la servante qui avoua que depuis son arrivée dans la maison, c’était elle qui mangeait toujours la dernière crêpe. “Donnez-vous bien garde, lui dit sa maîtresse, de recommencer : vous êtes la cause de tous nos malheurs.” Le samedi suivant, la dernière petite crêpe fut laissée sur la crêpière et tout se remit bientôt à prospérer dans le ménage et dans la ferme. » (G. Le Calvez, 1886.) Dans ces deux récits, comme dans d’autres, le respect que l’on témoigne au lutin renvoie aux vestiges d’un culte antique des génies, voire des ancêtres.

Beaucoup de lutins domestiques s’occupent des chevaux. En bons valets de ferme, ils les nourrissent, les mènent à boire, les étrillent et nettoient les écuries. Tout cela serait parfait si ces petits êtres malicieux n’avaient la désagréable manie d’embrouiller ou de leur tresser la crinière et la queue. De plus, certains les chevauchent la nuit et on retrouve, au matin, les bêtes éreintées, en sueur, couvertes de boue ou de poussière. Cette prédilection des lutins pour les chevaux est ancienne, car Dom Calmet écrit en 1746, en parlant des « Esprits folets » : « La plupart ne sont pas malfaisants, au contraire, ils sont fort serviables, pansent les chevaux, les nourrissent, les entretiennent, quelquefois même aux dépens du voisin, dont ils enlèvent l’avoine pour la donner au cheval dont ils se sont chargés. On raconte sur cela un nombre infini d’exemples qui sont si grotesques qu’on aurait peine à les croire si on ne les voyait ou si on ne les entendait raconter par des témoins oculaires. »

Il est dangereux de défaire l’ouvrage des lutins et de démêler les crins. Dans le Berry, cela pousse les juments à avorter ou à mourir, en Gironde les bêtes touchées dépérissent et, en Franche-Comté, elles crèvent dans l’année. En revanche, si on laisse les crinières en l’état, les chevaux restent en bonne santé et engraissent.

Différents moyens sont utilisés afin d’empêcher les lutins de tresser la crinière des chevaux. En Basse-Bretagne, on place un bouc dans l’écurie. On préconise, en Haute-Bretagne, de brûler le bout des crins de la bête avec un cierge bénit. Le lutin ne revient plus, mais, ensuite, les bêtes se portent moins bien (P. Sébillot, 1882).

Dans le Finistère, on raconte que les nains viennent emprunter les chevaux pour tirer la charrue dans un champ. Le paysan qui parvient à pénétrer dans ce champ pendant qu’ils travaillent, sans toutefois se faire voir, n’aura plus qu’à l’ensemencer pour bénéficier d’une bonne récolte. Mais si les nains aperçoivent l’intrus, malheur à lui : « On dit qu’un homme, ayant voulu les surprendre, eut un marteau enfoncé dans la tête, qui y serait même resté s’ils n’en avaient ensuite eu besoin pour finir leur travail. Les chevaux qui servent à leurs travaux ont la crinière nouée, si bien qu’on ne peut défaire les noeuds qu’en les coupant au moyen d’une faucille. » (C. Morvan, 1906.)

Une autre sorte d’entité domestique, qui passe dans certains récits pour un lutin, se glisse dans les maisons pour oppresser la poitrine des humains pendant qu’ils dorment (voir CAUCHEMAR).

Malgré l’aide que semblent apporter certains lutins domestiques, les paysans cherchent par tous les moyens à se débarrasser d’eux. Si l’eau bénite et les talismans protecteurs ne suffisent pas, il existe un procédé particulièrement efficace. Il consiste à placer devant la porte de la maison un récipient en équilibre contenant de tout petits grains qu’il sera obligé de renverser en entrant. Selon les régions et les récits, on y met du lin, des cendres, du sable, du millet, etc. Une fois les grains répandus sur le sol, le lutin se croit obligé de les ramasser, un à un, ou encore de les compter, avant le lever du jour. C’est d’un tel agacement pour lui qu’il prend alors la sage décision de déguerpir et de quitter définitivement les lieux.


Les lutins sauvages : Les lutins sauvages terrestres vivent souvent en tribu sous les mégalithes et les roches, les grottes, les landes, les forêts et autres espaces déserts où ils conservent parfois des trésors. Certains gîtent sous le sol dans des terriers ; d’autres dans les entrailles des montagnes.

Ces lutins portent différentes appellations locales, dont certaines resteront attachées à leur lieu de résidence. Dans le pays de Vannes et dans la Cornouaille bretonne, l’écrivain folkloriste Emile Souvestre dénombre quatre peuplades de lutins nommés en fonction de leur comportement ou de leur habitat : « Ceux qui habitaient les bois s’appelaient kornikaned (nom composé de kor, “corne” et de kana, “chanter”), parce qu’ils chantaient dans de petites cornes qu’ils portaient suspendues à leurs ceintures ; ceux qui habitaient les landes s’appelaient korils (du mot korol, “danse”) parce qu’ils passaient toutes les nuits à danser des rondes au clair de lune, et ceux

qui habitaient les vaux s’appelaient poul-pikans, c’est-à-dire qui ont leurs terriers dans les lieux bas (de poul, “lieu bas, mare” et de pika, “fouiller”). Quant aux Teus (teus ou deus, de du, “noir”), c’étaient de petits hommes noirs qui se tenaient dans les prés et les blés mûrs. » (E. Souvestre, 1844.)

Les lutins sauvages revêtent différentes formes. Fréquemment, ce sont des nains, plus ou moins petits, vêtus à la mode d’antan, portant bonnet ou chapeau. Comme les Faunes, certains ont des pattes de chèvre (voir CORANDON) ; dans un récit recueilli dans le Gers, les hommes cornus qui vivent sous terre, au milieu des rochers, ont « une queue et des jambes velues, comme les boucs » (J.-F. Bladé, 1886). Dans le Haut-Rhin, la Caverne des loups, près de Ferrette, abritait « il y a bien des siècles » des tribus de nains : « Ils jouissaient depuis longtemps d’une jeunesse éternelle.

Tous ceux qui avaient pu les voir louaient leur gracieux maintien et surtout l’éclat particulier de leurs yeux, brillants comme des étoiles. Ils n’avaient pas d’enfants, et aimaient sortir parfois de leur retraite pour aller auprès des hommes des environs dont ils parlaient la langue avec un accent doux et charmant. » Pendant les travaux des champs, ils descendaient de la montagne pour apporter leur aide aux paysans. Chaque famille avait son couple de nains protecteurs auxquels elle offrait parfois de riches présents. Toutefois, un détail intriguait les villageois. Naines et nains portaient de longues robes qui cachaient leurs pieds. Un jour, des jeunes filles allèrent répandre du sable devant leur demeure afin qu’ils puissent y laisser l’empreinte de leurs pieds. Elles purent ainsi constater qu’ils avaient des sabots de chèvre, ce qui les fit beaucoup rire. Voyant que leur secret était découvert, les nains disparurent à jamais (1852, R. Stiébel, 1901).

Il n’est pas toujours aisé de reconnaître les lutins, car nombre d’entre eux sont protéiformes et se métamorphosent en animal. Ici et là, on trouve des lutins sous l’aspect de boucs, de cochons, de chevaux, de béliers noirs qui jettent des flammes, de taureaux rouges, de chiens noirs, etc. Dans le Forez, sous celui d’un lièvre, c’est un lutin appelé Mami qui joue des tours aux chasseurs pour tenter de les égarer. En fait, dès qu’un animal a un comportement étrange, se montre indocile ou apparaît dans un lieu inhabituel, on est en présence d’un lutin ou d’une bête fantastique, la différence entre les deux n’étant pas toujours très claire, d’autant qu’ils se comportent de la même manière en attaquant les passants. Certains lutins peuvent aussi se transformer en objet, en peloton de fil, par exemple, comme le Drac auvergnat ou le Houlet pyrénéen (voir DRAC, HOULET). Selon Claude Lecouteux, cette perpétuelle métamorphose des génies « est le propre de toutes les créatures très archaïques relevant peu ou prou d’un animisme primitif, qui anthropomorphise les forces naturelles, avant d’être absorbé par les religions qui se constituent » (C. Lecouteux, 1995).

Les lutins empruntent également l’apparence de Feux follets, comme le font aussi les âmes en peine des défunts (voir FEU FOLLET). En 1746, Dom Calmet écrit : « Quelques personnes mettent au nombre des Esprits ces météores ou feux folets que l’on voit communément sur les prairies, sur les rivières et dans les cimetières, ainsi que les fantômes qui se voient de même dans les cimetières, dans les campagnes, dans les champs de bataille et ailleurs. »

A la différence des fées, peu de lutins sont en lien avec l’eau. Certains sont des sortes de génies ou d’esprits mal identifiés et malveillants qui vivent en bord de mer ou dans les eaux douces (voir DRAC, HOUZIER). Parfois, ce sont des esprits de l’air que l’on ne fait qu’entendre.

Les lutins savent aussi échapper à toute apparence matérielle. Certains se montrent en un petit tourbillon de vent, comme le Foultot franc-comtois qui soulève le cotillon des moissonneuses ou le Follet de Bourgogne qui vient bousculer les tas de foin. Dans la région du Forez, c’est aussi le Follet qui se fait nuage de poussière sur les chemins, et, dans les Hautes-Pyrénées, on attribue les coups de vent soudains au Houlet. Dans la Beauce : « Une bonne vieille nous a raconté que les farfadets prenaient quelquefois l’apparence de tourbillons de vent ; ils dispersaient ainsi, à travers la plaine, foins ou céréales, au gré de leurs caprices. Elle fut elle-même, un soir, victime de leurs espiègleries. Elle quittait un champ de luzerne que les farfadets avaient éparpillée. Mécontente, à juste titre, elle maugréait contre ces mauvais génies, lorsque, tout à coup, elle sentit soulever son bonnet. Se retournant, elle vit sa coiffure s’élever dans les airs et aller s’accrocher à l’extrémité supérieure de l’aile d’un moulin à vent. Elle entendit en même temps rire les farfadets. » (F. Chapiseau, 1902.)

Les lutins qui vivent en tribu élèvent des bêtes. Certains ont une force prodigieuse, comme les géants, et soulèvent de lourdes pierres pour édifier des mégalithes. Comme les fées, ils aiment la danse et font des rondes en égrenant le nom des jours de la semaine en guise de refrain. On disait en Picardie que tous ces petits êtres avaient vu le jour en même temps que l’homme. Destinés à devenir humains, ils avaient été punis pour avoir enfreint une règle divine et purgeaient leur peine à l’état de nains ou de bêtes. Toutefois, ils pouvaient mettre fin à leur damnation en nommant dans un refrain tous les jours de la semaine. C’est la raison pour laquelle ils chantaient inlassablement « lundi, mardi, mercredi, jeudi… », mais ne terminaient jamais leur chanson. Lorsqu’un mortel, invité dans la ronde, entonnait pour eux les jours manquants, il les délivrait de leur divine punition et leur rendait un éternel bonheur. En remerciement, les lutins réalisaient le vœu le plus cher de leur libérateur (H. Carnoy, 1883). C’est ainsi qu’un bossu se vit enlever sa bosse en ajoutant les bons jours, tandis qu’un second, qui se trompa, la garda et récupéra celle du premier. Le conte des deux bossus apparaît, avec quelques maigres variantes, dans d’autres régions et met en scène des lutins ou des fées.

Les lutins sauvages rendent aussi quelques services aux humains. Selon un témoignage du Maine-et-Loire : « Il suffisait à un cultivateur qui avait un soc de charrue à aiguiser de déposer une nuit cet instrument sous la pierre couverte, avec une pièce d’argent pour la rémunération du travail ; le lendemain, le soc se trouvait au même emplacement, en état, et parfaitement aiguisé. Si la somme déposée était trop faible, le soc restait intact ; dans le cas contraire, si cette somme excédait le prix du travail, le cultivateur retrouvait son soc affilé, et le Génie mystérieux poussait la conscience jusqu’à remettre le surplus de la somme sur l’outil ! » (C. Fraysse, 1906.) On raconte une histoire similaire dans le Doubs. A Amancey, au bas du champ de foire, on posait à côté de la pièce à aiguiser un gâteau garni de beurre et de confiture devant une faille rocheuse où se trouvait une « Lutinière » : « Malheureusement pour le pays, un mauvais plaisant apporta un jour à l’entrée de la caverne un vieux fer à cheval avec un gâteau sur lequel, en guise de confitures, il avait répandu de la fiente de vache. Cette méchanceté mécontenta les maréchaux de la Lutinière, et, depuis ce temps-là, si parfois ils font encore entendre le bruit de leurs marteaux dans la forge souterraine, ce n’est plus pour rendre service aux gens d’Amancey qu’ils travaillent. » (C. Thuriet, 1891.)

Les lutins sauvages ne sont pas toujours bienveillants envers les humains. Ceux qui se tiennent au bord de l’eau cherchent souvent à égarer les passants ou à les précipiter dans l’onde. A l’instar des fées, ceux qui vivent en tribu enlèvent les nouveau-nés humains et mettent à leur place un de leurs petits. Pour démasquer l’intrus, on emploie généralement le même procédé que pour les fées : on place des coquilles d’œufs remplies d’eau sur le feu et le petit se met à prononcer une phrase du type : « J’ai quatre-vingt-dix ans et je n’avais jamais vu tant de petits pots bouillants. » Afin de se protéger des lutins sauvages, comme de toute autre entité maléfique, on peut porter sur soi une amulette ou une médaille religieuse. Dans les Côtes-d’Armor : « Celui qui porte sur lui une fleur d’ajoncs n’a rien à craindre des lutins, qui croiraient faire mal à ces fleurs dans lesquelles ils se retirent s’ils s’attaquaient à celui qui se met sous leur protection. » (L. de V. H., 1905.) Les Bretons ont aussi d’autres moyens de protection, comme mettre des clous en croix sous les sabots ou porter avec soi un carsprenn, petite fourche qui sert à nettoyer le soc de la charrue.

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Symbolisme :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


CHEVAL BAYARD. On nomme ainsi en Normandie le gobelin ou lutin qui a pris la forme d'un cheval pour jouer des tours à l'homme. Ainsi transformé, il se présente à quelque voyageur cheminant à pied, et témoigne d'abord de si pacifiques dispositions qu'on se décide souvent à l'enfourcher. Mais une fois dessus, ce n'est plus qu'une suite épouvantable de sauts, de soubresauts, de ruades, de mouvements étranges, qui remplissent d'effroi ; et quand le méchant esprit s'est amusé tout son saoul de la terreur de son cavalier, il s'en débarrasse en le jetant dans une mare ou dans un fossé plein d'eau bourbeuse.


CHIMMEKE. Sorte de lutin familier dont on s'occupait beaucoup autrefois en Poméranie. On raconte qu'un jour il hacha en morceaux un jeune marmiton et le mit dans un pot de terre, parce que ce pauvre diable avait bu, par mégarde, le lait qu'on était alors dans l'usage de préparer chaque soir pour l'esprit de la maison. Durant de longues années on fit voir le pot cù avait été enfermée la victime.


FÉ. Nom que reçoit le lutin dans les environs d'Argentan, en Normandie. A propos d'une tradition qui a pour titre Le fé amoureux, Mlle Bosquet s'exprime ainsi : « 11 parait que le fé masculin n'est point une particularité ; d'après les détails qui nous ont été transmis, il appartiendrait à une classe d'êtres connus en certains cantons de la Basse-Normandie, et qu'il faut ranger dans la catégorie des fées champêtres, dont le sexe seul les distingue. Sa qualité d'amoureux n'est pas non plus un cas exceptionnel ; c'est le caractère de l'espèce entière d'être sujette à s'éprendre, quoique d'une passion platonique et toute contemplative, des femmes qui par leur douceur et leur beauté justifient ce délicat hommage. Une belle femme de la campagne était devenue l'objet d'un pareil culte : un fé venait lui rendre visite chaque soir, tandis qu'elle filait seule au coin de son foyer ; le fé avait une place de prédilection : c'était l'escabeau placé à l'autre coin de l'âtre ; il ne manquait jamais de s'y asseoir, et demeurait là des heures entières, en contemplation devant sa maîtresse ; mais, soit que cette femme ne sût pas apprécier cette passion mystérieuse, soit par vertu, elle avertit son mari des visites clandestines du lutin. L'époux indigné prépare aussitôt sa vengeance ; il prend un soir les vêtements de sa femme, et s'assied à sa place, en s'essayant à filer comme elle auparavant il avait eu soin de faire rougir la galetière (espèce de gril en tôle pour cuire les galettes), et de la mettre sur le siège qu'occupait d'ordinaire notre amoureux. Celui-ci arrive, et, ne se méprenant pas sur ce travestissement :

- Où donc, dit-il, est la belle, belle, d'hier au soir, qui file, file, et qui atourole toujours (qui dévide son fuseau) ? car toi, tu tournes, tu tournes, et tu n'atouroles pas.

Nonobstant cette défiante question, le lutin s'assied à la place accoutumée ; mais à peine s'est-il posé sur le siège perfidement préparé, qu'il se relève et s'enfuit en poussant les hauts cris. Ses compagnons embusqués au haut de la cheminée lui demandent ce qu'il a :

- Je me brûle, leur crie-t-il.

- Eh ! qui donc l'a brûlé ?

- C'est moi-même.

Car il faut savoir que le rusé paysan avait fait dire au lutin par sa femme qu'il s'appelait moi-même. A cette réponse les fés se moquèrent du pauvre amoureux grillé, et l'abandonnèrent à son triste sort, tandis que le paysan, à l'aide de cette précaution adroite, évita la vengeance qu'ils n'auraient pas manqué de tirer de lui. On ne dit pas si la belle regretta son lutin, ni si celui-ci retourna encore près d'elle depuis cette aventure. Au reste, ces deux suppositions ne manqueraient pas de vraisemblance. Le cœur des femmes est enclin à des retours de tendre passion, et puis ce ne sont jamais les amoureux qu'on rebute qui vous tiennent le plus de rigueur.

Dans ses Légendes rustiques (Éditions A. Morel, 1858), George Sand collecte des légendes de son pays natal, le Berry, que l'on rattache encore aux traditions des Gaulois :


Légende du Follet d'Ep-nell =>




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Selon Charles Joisten, auteur de "Quelques attestations de récits légendaires antérieures au XVIIIe siècle en Savoie et en Dauphiné." (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1/1974. pp. 119-130) :


Les lutins chassés d'une maison par exorcisme

Trois documents du début du XVIIe siècle attestent ce thème. En 1615, dans la maison d'un seigneur du Dauphiné, aux environs de Valence (Drôme), un lutin jouait mille tours aux habitants. L'évêque de Valence, accompagné de six ou sept prêtres, vint bénir la maison et y prononcer les exorcismes de l'Eglise. Dans le premier quart du XVIIe siècle, un « esprit follet de ceux qu'on appelle lutins » hantait la maison de Pierre Critan, plébain de Thônes (Haute-Savoie). Saint François de Sales en personne l'exorcise. Enfin, quand les premières bernardines réformées s'installèrent en 1622 dans une maison de Rumilly (Haute-Savoie), mise à leur disposition par le sénateur de Montfalcon, elles y trouvèrent une « foule de lutins » qui en furent chassés par les exorcismes du R. P. Billet, oratorien ; on ajoute que les lutins reprirent possession des lieux après le départ des religieuses.

Les interventions épiscopales dans les cas de maisons hantées étaient jusqu'au XVIIIe siècle très officiellement admises. Un exorcisme spécial intitulé « Exorcismus domus a daemonio vexatae », figure en effet dans le Manuel du Diocèse de Genève de 1747, qui demeura en vigueur tant que subsista l'ancien diocèse de Genève, mais qui en fait fut même en usage dans le diocèse d'Annecy jusque vers 1869.

C'est dire qu'il ne faut pas s'étonner si, dans les récits légendaires on rencontre encore tant d'histoires de maisons hantées, toutes basée sur le même schéma traditionnel : un esprit frappeur ou un esprit domestique (sarvan, follet, etc.), tourmente les habitants d'une maison en provoquant des phénomène sonores, en déplaçant les meubles et les objets, en s'attaquant parfois aux personnes elles-mêmes, ceci jusqu'au jour où l'on fait appel à un prêtre pour chasser l'esprit.

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L'article de Christian Abry et Charles Joisten, intitulé "De lutins en cauchemars... A propos d'un nom chablaisien du lutin domestique : le « chaufaton »." (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1-2/1976. pp. 125-132) mérite d'être lu dans son intégralité.

Roger Devos, dans une étude intitulée "Le crime du château de Crache ou le lutin domestique en procès, au

XVIIIe siècle, en Savoie." (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n°1-4/1982. Croyances, récits & pratiques de tradition. Mélanges d'ethnologie, d'Histoire et de Linguistique en hommage à Charles Joisten (1936-1981) pp. 235-245) montre l'importance qu'on accordait aux lutins.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


Esprits familiers très espiègles, appelés également follets, les lutins, dont le nom viendrait des démons « lutteurs », car, comme ces derniers, ils aiment parfois lutter avec les hommes, s'amusent à tourmenter et à effrayer les gens. En général plus malicieux que méchants, et se contentant de faire plus de peur que de mal, ils sont toutefois capables de jouer des tours pendables à leurs victimes Jérôme Cardan (1501-1576) donne un exemple de leurs taquineries : un de ses amis, qui couchait dans une chambre hantée par des lutins, sentit une main froide et molle comme du coton passer sur son cou et sur son visage et chercher à lui ouvrir la bouche, puis il entendit des éclats de rire mais sans rien voir autour de lui.

On prétend en outre que l'occupation favorise du Deuz, lutin du Finistère, « est de contrefaire effrontément les gens, jusqu'à ce qu'ils éclatent en sanglots ».

Les lutins, qu'on décrit come imberbes et ayant « quelque chose de vieillot », sont tout petits (les « géants de l'espèce » ont la taille d'un enfant de douze ans) : certains ont pour casque une coquille de nix, d'autres des épées de la taille d'une épingle. Il y aurait plus de trente mille variétés de lutins en France, chaque région ayant ses espèces : tous sont d'une extrême susceptibilité ceux qui vivent avec les hommes, dans la maison, dans les écuries (leur lieu favori), ou au grenier, ont été rattachés aux génies protecteurs ou aux divinités du foyer (pénates) auxquels les Romains rendaient un culte domestique : « Comme [les lutins], les pénates étaient de petite taille, et il est possible que nos lutins parfois un peu difformes ne soient en réalité qu'une sorte de caricature des dieux du foyer domestique. Il faut remarquer toutefois que l'on trouve dans des légendes scandinaves assez anciennes des petits êtres protecteurs du foyer ». Au Moyen Âge toutefois, l'Eglise les présentait comme des démons malfaisants tandis que les démonologues en faisaient parfois les acolytes des sorciers qui les utilisaient pour se venger de leurs ennemis. C'est pourquoi le lutin, qui, à l'origine, était le bon génie de la maison (survivance antique), devint très rusé et très encombrant : on l'accusait, entre autres, d'embrouiller le crin des chevaux, de renverser le lait, de lancer des cailloux dans les vitres, et de faire du tapage nocturne. En 1595, un arrêt du parlement de Bordeaux déclara nulle la vente de maisons « reconnues habitées par de vindicatifs lutins ». En 1618, un lutin « mit en émoi la maison des Carmes déchaussés, 76 rue de Vaugirard. Certains religieux étaient poursuivis par un bruit de tonnerre, notamment le frère portier. Un invisible palefrenier étrillait rudement le cheval de la communauté et le mettait en sueur ; chaque soir on entendait la brosse passer et repasser sur le corps de l'animal. Des prières et des messes pour les morts suffirent à mettre en fuite l'esprit mauvais ».

Certains lutins, franchement malveillants, provoquaient des noyades, cherchaient à égarer ceux qu'ils rencontraient, volaient les enfants ; d'autres s'installaient sur la poitrine des personnes endormies, les oppressaient et leur donnaient des cauchemars.

Parmi les lutins inopportuns, citons les rabbats, lutins qui portaient une bavette à leur cravate (d'où leur nom) et qui faisaient tant de bruit dans les maisons qu'ils empêchaient les habitants de dormir. Le Gripet (Languedoc) se cachait sous le lait des femmes qui accouchaient et mordait le mollet de celles qui le soignaient. Les trolls du folklore scandinave sont franchement déplaisants.

On s'accorde à penser qu'avant de s'installer dans une maison ou dans une ferme, les lutins soumettent ses habitants à diverses épreuves : ils éparpillent sur le sol des copeaux ou des éclats de bois ou jettent des fientes de bétail dans les seaux remplis de lait. Si le maître de maison ne ramasse pas les morceaux de bois et boit le lait souillé, les lutins, satisfaits, s'installent pour de bon. Ils rendent alors de nombreux services et sont si attachés à la famille qu'ils la suivront si elle déménage. En Bretagne, « on laissait toujours la meilleure place du foyer inoccupée quand on se réunissait autour de l'âtre et cette place était réservée au lutin de la maison afin de se le rendre favorable ».

Une fois installés, les lutins n'en poursuivent pas moins leurs espiègleries, surtout la nuit : ils s'amusent à renverser les tables, les plats, divers ustensiles, à casser des verres, à jeter des pierres, à tirer les couvertures de ceux qui dorment, etc. Le lendemain, tout se retrouve à sa place et en bon état. Les follikeds de l'île de Bréhat, décrits comme des petits hommes noirs aux longs cheveux et portant un large chapeau empêchant de voir leur figure, étaient réputés faire, la nuit, le travail des servantes. Ces dernières leur laissaient en guise de remerciement des galettes de sarrasin beurrées et du lait. Une fois leur besogne achevée, ils s'installaient autour de l'âtre et se restauraient. Au chant du coq, ils se glissaient sous la porte, sous les meubles, dans les trous des murs, dans le grenier et les endroits sombres.

Dans le Lyonnais, le follet appelé Cadet, qui, depuis le grenier, l'écurie ou la cave, lance, le jour comme la nuit, un petit cri clair et moqueur, rend volontiers service au bétail, aux chevaux et même aux ménagères pour les travaux de la maison, à condition qu'elles soient aimables avec lui. Particulièrement malicieux à l'égard des jeunes filles, le cadet ne supporte pas la brusquerie et peut se révéler très rancunier. On raconte qu'un jour, une femme s'étant moqué de lui, elle retrouva le lendemain sa chèvre attachée sur le toit. Après cela, on se garda bien de froisser la susceptibilité du follet. A Dijon, sévissait une espèce de lutin appelé Fortes- épaules qui portait des fardeaux.

Le Brownie est un lutin écossais, « spécialisé dans l'astiquage des meubles ».

Les légendes anglaises dont souvent mention d'un lutin domestique, appelé Robin-good-fellow ou Robin Hood qui, à minuit, balaie la maison et moud la moutarde. Il faut toujours le récompenser en lui laissant une tasse de crème et de lait caillé sinon le lendemain, on peut être sûr que le potage sera brûlé et que le beurre ne pourra pas prendre. Les kobolds du folklore allemand lavent la maison, tiennent la cuisine, etc. La cuisinière qui les néglige se met à casser la vaisselle, à rater ses plats et ses sauces, et à se brûler avec de l'eau bouillante.

Un des jeux favoris de nombreux lutins est de tresser la crinière des chevaux pendant la nuit : ainsi faisait le lutin appelé Sotray (lutin de Sologne et du Poitou), ou le Sotré (région de Metz), qui , en outre, accomplissait le travail du valet de ferme (il apportait de l'avoine aux chevaux, les étrillait, répandait le fumier, etc. ; et, pour s'amuser, se balançait dans leur crinière. Dans le Morvan, Pacolet pansait les chevaux mais « leur embrouill[ait] la crinière d'une façon inextricable ». Dans le folklore de la Creuse, un lutin habillé de rouge tressait si finement les crinières des chevaux qu'on en pouvait plus les défaire et les faisait tellement galoper la nuit qu'ils n'étaient bons à rien le lendemain. Selon une croyance du Finistère, les lutins des écuries sont d'anciens valets de ferme qui, de leur vivant, ont négligé les chevaux.

Les servants (Alpes) s'occupent du jardin, bêchent, à condition qu'on ait pour eux des égards (ils apprécient qu'on leur jette de la main gauche une cuillerée de lait sous la table) ; mais si on les irrite, ils mettent sens dessus dessous le jardin. En Suisse, on appelle servants des follets qui gardent les troupeaux. le Fouletot est un autre lutin des Alpes vaudoises qui veille sur les troupeaux et joue des tours aux bergers qui se sont endormis.

Les mandragores sot des lutins familiers des Bretons, débonnaires et réputés pour leur bon caractère ; ils apparaissent sous la forme de petits hommes sans barbe et avec les cheveux épars.

Pour se débarrasser d'un lutin importun, il faut uriner en mangeant du pain car « s'il te voit ce faire, jamais plus il ne te suivra ». On répandait du sel, à la porte des étables, le 1er mai, avant le lever du soleil, « pour empêcher le Sotré de venir traire les vaches ». Le procédé le plus courant consiste à « placer, dans un récipient en équilibre, des pois, du millet ou de la cendre : le lutin, en arrivant à l'étourdie, le heurte et le renverse, et comme il est obligé de ramasser une à une ces innombrables graines, il est si ennuyé de cette besogne qu'il ne se risque plus à revenir ».

Pour les Bretons, un lutin se cache dans les tourbillons des prairies et des champs. Près de Bayeux, on appelle huards des lutins qui poussent des cris « en traversant le ciel pendant la nuit ».

Les lutins prennent parfois une forme animale, comme le Teuz-ar-Pouliet (Bretagne), qui entre dans les maisons sous la forme notamment d'un barbet noir.

Les Flamands ont un lutin appelé le « Hennisseur » : il doit son nom à son cri « qui est celui d'un cheval en hilarité ». En Allemagne, en Suède et en bretagne, les cercles verts visibles le matin sur les prés humides de rosée sont attribués aux rondes nocturnes que mènent les lutins.


Troll : Esprits ou lutins du folklore scandinave, les trolls, qui habitent les montagnes ou les forêts, sont malveillants : ils effraient et traient les vaches, renversent les seaux de lait, blessent les chevaux, tout en « rican[ant] atrocement ». Pour les en empêcher, il faut les frapper avec un objet de fer. Attacher une gousse d'ail au cou des bestiaux les protège des forfaits des trolls.

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Dans L'Oracle des Esprits de la Nature (Éditions Exergue, 2015), Loan Miège nous propose une carte intitulée Lutins, à laquelle elle fait correspondre le petit texte suivant :


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« La créativité et la beauté sont tes alliées, développe tes talents artistiques en toute liberté ! »

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Peu après la porte d'entrée de la forêt, des troncs couchés sur le sol ou des amas de pierres servent de sièges à des êtres joyeux et un brin moqueurs : de jeunes lutins ! toujours prêts à faire une blague, ils toisent les passants et ne perdent pas une occasion de rire. C'est ainsi que nous faisons le plus souvent connaissance avec eux. Leur présence ouvre notre chakra solaire, et un sentiment de joie nous envahit. Pourtant, il ne s'agit là que d'une partie de leur communauté qui, aussi sympathique soit-elle, n'est pas représentative de l'ensemble. Les Lutins ont aussi leur rôle à jouer dans l'évolution de la planète. Ils sont responsables de la création et de la maintenance de réseaux sur des fréquences particulières permettant la circulation de certains Esprits de la Nature.


A propos du message : les lutins forment des clans faisant penser à l'organisation traditionnelle du peuple écossais, considéré comme descendant des tribus féerique de la Déesse Mère Dana. Chaque clan a ses attributs et ses qualités. Il rassemble ce qu'il a de meilleur et le met en valeur en usant de créativité. Aujourd'hui, notre monde « moderne » accorde peu d'intérêt aux spécificités culturelles de chacun. Les membres des tribus de par le monde qui, il y a peu, portaient des costumes significatifs de leur appartenance communautaire, s'habillent en tee-shirt et en jeans. La créativité et la beauté sont balayées au profit de l'uniformité et de l'artificialité. Les lutins souhaitent nous sensibiliser sur ce sujet, ils nous disent que nous ne sommes pas des robots standardisés mais des êtres libres possédant des talents. Oui : des talents ! En chacun de nous reposent des capacités précieuses et originales. Le moment est venu de les reconnaître et de les exprimer.


Pratique : Quelle est notre originalité ? Qu'est-ce qui fait de nous des êtres uniques et irremplaçables ? Voilà ce que nous allons tenter de découvrir... Dans un premier temps, dressons notre portrait ! Sur une feuille, inscrivons notre style vestimentaire, notre mode alimentaire, nos goûts (musicaux, littéraires, artistiques, cinématographiques, etc.), nos croyances, notre métier, nos loisirs, nos passions, nos qualités humaines et ce qui nous est le plus cher. Posons la feuille un instant. Prenons la carte des lutins entre les mains et fermons les yeux. Faisons le calme en nous pour en accueillir l'énergie. Puis, lisons ce que nous avons écrit. Observons comment chaque mot résonne en nous et soulignons ceux qui font le plus d'effet. Ceux-là sont en accord avec notre Essence. Ils nous donnent des éléments quant à notre véritable nature. Maintenant, prenons une nouvelle feuille et traçons trois colonnes. Dans la première, notons ces mots qui « résonnent », et dans la seconde, les autres. Dans la troisième, nous allons écrire un nouveau mot en dace de chaque mot de la seconde et ce, en harmonie avec ce qu'il y a dans la première colonne. Autrement dit : nous allons transformer ce qui est artificiel pour que cela devienne authentique. Nous prenons alors conscience de ce qui nous formate et sommes à même de nous en libérer. Et plus nous serons honnêtes avec nous-mêmes, plus nous aurons de chances de découvrir nos talents. Nous voici donc maintenant avec un nouveau portrait ! Celui-ci nous ressemble vraiment. En mettant les mots les uns avec les autres, une entité prend forme et une ligne directrice apparaît. Cette ligne est ce qui nous anime. Elle représente la force qui vit en nous. Elle est la mère de nos talents. D'elle naissent nos prédispositions et les capacités à les manifester. Quand ces talents sont enfin clairement énumérés, il ne reste plus qu'à mettre en action le message de la carte, et oser apporter notre originalité au monde.


Mot-clé : se libérer.

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Contes et légendes :


Charles Nodier, Trilby ou le lutin d'Argail : nouvelle écossaise. Société des Amis des livres, 1832. (version éditée par l’Association Les Bourlapapey, bibliothèque numérique romande) :

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Littérature :


Dans Un lieu incertain (Éditions Viviane Hamy, 2008), Fred Vargas met le commissaire Adamsberg a recours à un médecin qui manipule sa colonne pour le requinquer :


"Adamsberg se tut, laissant les doigts du médecin remonter le long de ses vertèbres comme des petits lutins bienveillants trottinant sur sa carcasse. Il gardait les yeux grands ouverts pour ne pas s'endormir."


Cette petite phrase me touche car je me souviens que lors d'un massage spirituel, il y a de cela plusieurs années, mes doigts se sont en effet pourvus de lutins bleus minuscules qui dispensaient la lumière reçue de la Source pendant le soin. Très étonnant de les retrouver dans un polar... (Anne).

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