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La Carotte



Étymologie :


  • CAROTTE, subst. fém.

Étymol. et Hist. A. 1. 1393 garroite « plante dont la racine charnue est comestible » d'où « la racine même de cette plante » (Ménagier, éd. Sté Bibliophiles fr., t. 2, p. 244) ; 1538 carote (Estienne, Dict. latinogallicum, s.v. daucus) ; 1564 carotte (Liébault, p. 377 ds Gdf. Compl.) ; d'où 1694 ne vivre que de carottes « vivre mesquinement » (Ac.) ; 1878 avoir ses carottes cuites « être mourant, agoniser » (ds FEW t. 2, 1, s.v. carota, p. 396b, sans ex.) ; p. anal. 2. 1721, 1er août tabac en carotte « rouleau de feuilles de tabac en forme de carotte » (Déclaration rendue à la suite du rétablissement du privilège de la Ferme générale ds Brunot t. 6, p. 491) ; 1723 carotte de tabac (Savary des Bruslons, Dict. universel de comm., Paris) ; 3. 1887-90 « petit cylindre de roche ou de terrain que l'on extrait du fond d'un trou de sonde » (Gde Encyclop.) ; 4. 1846 couleur carotte « couleur rouge » (Balzac, La Cousine Bette, p. 434 : une girafe couleur carotte) ; 1858 adj. cheveux carotte (Larch., p. 432). B. Fig. et fam. a) 1784 arg. de la police tirer la carotte « extorquer à quelqu'un des aveux par des moyens adroits » (Esn., sans ex.) ; d'où 1831 tireur de carottes «prétexte inventé pour soutirer de l'argent» (Raspail ds Esn.) ; b) 1966, 10 févr. « avantage accordé pour obtenir l'assentiment, la confiance d'une catégorie de subordonnés, d'administrés » (Le Monde ds Gilb.) ; 1969, 2 janv. le bâton et la carotte (La Croix, ibid.). Empr. au lat. carota « id. » (Apicius, 3, 21 tit. ds André Bot.) lui-même empr. au gr. κ α ρ ω τ ο ́ ν (Diphilus Siphnius ap. Ath. 371c [texte douteux] ds Chantraine); A 3 est, comme A 2, issu de A 1 p. anal. de forme ; l'hyp. d'un empr. à l'angl. (Dauzat 1973) est à écarter, l'équivalent étant dans cette lang. : core-sample ou core, terme des mines, proprement « centre d'une masse, noyau » (Harrap's standard French and English dictionary, English-French, ed. with Suppl. 1962) ; A 4 p. anal. de couleur. B a dér. de A, peut s'expliquer par le fait que l'on sort les carottes longues de terre en tirant doucement sur les feuilles (si on tire trop brutalement, les feuilles s'arrachent et la carotte reste dans la terre); peut-être aussi infl. de carotter « jouer mesquinement, ne hasarder que peu » (d'où l'idée de prudence et de ruse qu'implique l'expression tirer la carotte) ; b, cf. aussi l'expr. angl. to dangle a carrot « agiter la carotte » 1897 (Westm. Gaz. 24 Aug. 2/2 ds NED Suppl.) c'est-à-dire « faire des promesses pour attirer quelqu'un ». Pour d'autres explications, cf. supra rem. sous D in fine.


Lire également la définition du nom afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Daucus carota - Bibeû - Chévri - Échéviotte - Fausse Carotte - Girouya - Goviotte - Grand Panais -Marange - Pané - Pastanade - Pastenade - Pastquanade - Pénitre - Tête d'âne -

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, auteur de Des légumes (Librairie Arthème Fayard, 1993) nous en apprend davantage sur l'histoire de la carotte et sur ses propriétés :


La carotte est une humble racine : aucun botaniste célèbre, aucun explorateur, aucun scientifique ne lui a attaché son nom. Et cette racine est fille d'Europe, ce qui est fort rare pour un légume. Son ancêtre sauvage continue à border chemins et prairies de ses coquettes ombelles, aisément identifiable par l'unique fleur rouge foncé qui pointe en leur centre.

Déjà connue des Grecs et des Romains, elle l'était aussi des Germains et des Slaves bien avant leur conquête par les soldats de Rome ; d'aucuns considèrent même qu'en tant que plante cultivée son pays d'origine serait la Gaule... Pour autant, la carotte ne fit point une carrière prestigieuse, et son épopée dans l'univers des fruits et des légumes reste somme toute modeste. Elle n'en figure pas moins déjà parmi les 90 plantes du capitulaire De Villis qui étaient censées être cultivées dans tous les jardins impériaux de Charlemagne, ce qui en dit long sur l'ancienneté de sa culture.

Les carottes conservèrent leur aspect primitif - racines longues, fines et jaunes - jusqu'au XVIIe siècle, époque à laquelle apparut pour la première fois en Hollande la carotte orange. Cette grande nouveauté dans le petit monde des carottes prit le nom de - carotte longue orange - ; celle-ci connut une vive popularité et se propagea au XVIIIe siècle en Europe du Nord et aux États-Unis, puis, au début du XIXe siècle, en France. Il fallut attendre, en effet, le premier Empire pour que la carotte fût enfin activement et généreusement cultivée en France. Jusque-là, sa culture était restée sporadique, puisque, malgré de nombreuses mentions antérieures, elle ne commença à s'imposer qu'au XIVe siècle, et encore, avec bien des réticences. La variété qui semble être la descendante directe de la « longue orange » est la célèbre « Saint-Valéry », première grosse et belle race de nos carottes rouges.

Les premières carottes, celles des Grecs et des Romains, n'avaient donc qu'une racine grêle et presque ligneuse ; elles étaient âcres au goût et exhalaient une forte senteur. Bref, elles n'avaient rien de commun avec les variétés tendres, charnues et sucrées que nous connaissons aujourd'hui.

Comme bien des légumes, la carotte mena simultanément une carrière de plante médicinale. Elle fut utilisée dans les prescriptions thérapeutiques les plus variées, dont l'une au moins s'est longuement imposée. Prospère Calamo la résume en ces termes : « Les femmes en usent souvent avec miel pour provoquer leur besogne. » C'est dire que la couleur rouge de la carotte la désignait tout naturellement pour cet usage selon l'antique « théorie des signatures » qui veut que la Nature signe, par une indication qu'il convient de savoir décrypter, es propriétés thérapeutiques des plantes. Ici, la carotte se devait d'être prescrite pour la venue des règles en raison de sa couleur rouge, même si celle-ci n'a vraiment rien d'un rouge sang.

Toujours en raison de sa couleur orangée et en vertu de ladite théorie des signatures, on prescrivit la carotte contre la jaunisse. Elle fut aussi le traditionnel légume des repas de carême, peut-être parce que sa teinte rutilante donne aux yeux l'illusion de la chair proscrite par ces temps de pénitence... Autre signature, symbolique cette fois : celle du légume favori des repas du vendredi saint, où le rouge de la carotte évoque le sang du Christ répandu en ce jour. C'est en 1831 qu'on identifia le responsable de cette couleur : le carotène, précurseur de la vitamine A, que la carotte contient à raison d'environ 10 mg/100g de matière fraîche ; elle contient également des vitamines B1, B2 et C, des sucres, et plus particulièrement « du » sucre d'où son goût agréable.

Pour un légume racine, la carotte est fort riche en eau, mais moins cependant que la radis ; sa forte teneur en sucre lui confère une valeur alimentaire non négligeable.

Elle reste aujourd'hui indiquée pour le traitement des troubles intestinaux que les Romains avaient placés sous la protection de l'orageux et hilare dieu Crépitus. Ainsi la carotte à l'eau contribue-t-elle à gérer les pestilences et flatulences générées par ses congénères, légumes, fruits ou féculents mal digérés. Elle est le remède infaillible contre les diarrhées, mais aussi, curieusement, contre la constipation. Amie de l'intestin, elle favorise le transit intestinal et peu de diarrhées résistent à l'ingestion de carottes à l'eau, de riz à l'eau et de thé noir.

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Dans son ouvrage intitulé Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), Jean-Marie Pelt nous explique comment la carotte est devenue un fruit :


En revanche, la carotte, qui est une racine, a été promue administrativement au rang de fruit par la Communauté européenne à compter du 1er janvier 1991, afin de permettre aux Portugais d'exporter leur confiture de carotte en se conformant à la définition qui veut que toute confiture soit faite à base de fruits.

 

Bernard retrace l'histoire de la carotte sur son blog nommé leblogadupdup.org :


La carotte sauvage pousse partout en Europe et les peuples anciens ont pris l’habitude d’en consommer la racine blanchâtre, en faisant attention de ne pas la confondre avec la grande cigüe qui est une plante voisine très toxique. La consommation de la carotte et du panais date d’au moins 2000 ans avec JC. On sait que les Grecs et les Romains consommaient une carotte de type sauvage avec une racine grêle et ligneuse (rien à voir donc avec notre carotte moderne).

Il existait en Syrie une variété de carotte sauvage qui était rouge. Cette variété aurait fait le tour du bassin méditerranéen et aurait été amenée par les Arabes en Andalousie (la célèbre civilisation


arabo-andalouse qui s’est étalée du 8ème au 13ème siècle). Il existe une curieuse légende à ce propos qui affirmait que la carotte blanche s’est métamorphosée en carotte rouge lors des persécutions des premiers Chrétiens. On dit que dans une ville de Gaule, une servante chrétienne, Marie, fut poignardée par un païen. Son sang se répandit sur les carottes qu’elle était en train d’éplucher. La légende dit que « depuis les carottes sont rouges » …

Malgré l’arrivée de la carotte rouge, la population a continué à utiliser de préférence la carotte blanche.

Curieusement, ce n’est pas la carotte sauvage rouge, originaire de Syrie, qui deviendra l’ancêtre de notre carotte mais une autre carotte rouge apparue spontanément dans une serre en Hollande au XVIIème siècle (on sait que les Hollandais étaient déjà à cette époque de très bons jardiniers). Il s’agissait de la première carotte à racine vraiment charnue. Cette « longue orange » eut un succès considérable et fut à l’origine de toutes les variétés modernes.

 

Complément lu sur le site Noblesse & Royautés :


Le saviez-vous ? La carotte de couleur orange fait son apparition dans les cultures aux Pays-Bas au 16ème siècle. Il s’agit d’un croisement de carottes rouges et de carottes blanches. L’objectif était de rendre hommage au prince d’Orange.

(Merci à Caroline VM).

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Dans La Vie sexuelle des Fleurs (Éditions E/P/A Hachette Livres, 2022), illustré par Loan Nguyen Thanh Lan, Simon Klein explicite les mécanismes de reproduction des fleurs :


Carotte sauvage : open bar


Tout le monde connaît la carotte, ce légume racine orange, qui, selon la légende rendrait aimable, ou permettrait d'éviter la myopie. Comme toute plante cultivée, la carotte de nos marchés est issue d'une sélection de plantes sauvages qui, au fil des milliers d'années d'occupation de la planète par les humains, ont été croisées entre elles, les graines des plantes intéressantes étant gardées, replantées, afin d'arriver à une plante possédant des caractéristiques souhaitées, à savoir de grosses racines charnues. C'est ce que l'on appelle la domestication.

Les fleurs sauvages de la carotte domestique peuplent encore les champs, prairies et bords de chemin. On repère facilement leurs grandes inflorescences, sortes de parasols blanchâtres qui dépassent de touffes de feuilles filamenteuses. Si l'on y regarde de lus près, on peut discerner une architecture subtile, où de petites et délicates fleurs blanches sont disposées en des cercles de taille variable, formant, comme des napperons en dentelle, des aires plus ou moins plates. Ces ensembles de petites fleurs sont appelés ombelles et sont la caractéristique principale d'une grande famille de fleurs simplement appelées ombellifères (ou apiacées). On retrouve dans cette famille le fenouil, la grande berce ou encore l'angélique.

Stratagème : Les ombelles de carottes sauvages sont donc constituées de petites fleurs blanches et souvent, au centre, se trouvent des fleurs sombres, mauves ou noires. Ces ombelles bien plates sont offertes à tout vent, et surtout, à tout insecte volant ou grimpant ! En effet,, de loin, l'amas de fleurs individuelles est facilement repérable, l'inflorescence indiquant tout de suite qu'il y a ici quelque chose à manger. Surtout, on peut y facilement y atterrir : les ombellifères, en dépit de leur aspect, ne font pas dans la dentelle et tels des héliports publics, permettent à n'importe quel voltigeur relativement aguerri de s'écraser avec plus ou moins de grâce sur les fleurs. Et pour renforcer l'idée que le coin est propice à l'alimentation des insectes, il semblerait que les fleurs sombres au centre de la fleur aient pour rôle d'attirer des insectes : en effet, de loin, et avec une vision assez faible comme celle des scarabées, les fleurs sombres au centre de la fleur peuvent faire penser à un insecte en train de manger. Les pollinisateurs fonctionnent souvent par mimétisme et s'ils voient un autre insecte sur une fleur, ils s'y posent, car s'il y a déjà quelqu'un, c'est que la nourriture doit être bonne !

Une fois sur la fleur, les insectes en tout genre - et nous parlons ici de beaucoup d'espèces, des coléoptères qui mâchouillent les fleurs, sirotent du nectar tant qu'il n'est pas trop profond, aux bourdon bien plus experts de la voltige, en passant par les mouches, moucherons ou encore les papillons - s'en donnent à cœur joie et viennent se nourrir de nectar et de pollen. Les ombelles contiennent soit des fleurs hermaphrodites (avec des pistils et des étamines), principalement au centre ; soit des fleurs mâles (avec seulement des étamines), principalement en périphérie. Les fleurs hermaphrodites sont d'abord mâles - les étamines sont matures tandis que les pistils ne le sont pas - puis deviennent femelles - les étamines n'ont plus de pollen alors que les pistils commencent à être réceptifs. Ainsi, sur une même fleur, l'autopollinisation n'est pas possible.

Globalement, les fleurs d'une même plante portant plusieurs ombelles n'arrivent pas à maturité au même moment et cela amène l'inflorescence, à un instant donné, à avoir un ratio soit principalement mâle, soit principalement femelle. Pendant tout le temps de la floraison d'une grosse inflorescence, il y a ainsi des alternances entre phases femelles et phases mâles qui permettent, de manière générale pour la plante, de garantir une fécondation croisée du plus grand nombre de petites fleurs, bien que tous les types de pollinisateurs soient invités à venir manger.

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Usages traditionnels :


Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) recense les différentes plantes alpines dignes d'intérêt :


Quelques racines pivotantes, certains rhizomes étaient extraits autrefois par eux [les anciens], la première ou la deuxième année de l'existence de la plante avant la fleuraison : la carotte sauvage, Daucus carota, [...] Leur âcreté plus ou moins forte suivant les localités diminue ou disparaît par la cuisson. Dans certaines parties de la Savoie, on prend ces dernières ombellifères pour la cigüe et on les croit vénéneuses. Cette opinion est fondée, à mon avis, sur la confusion qui a pu être faite, à l'état jeune, entre certaines d'entre elles et le Choerophyllum temulum qui possède, m'a-t-on assuré, des propriétés enivrantes et même toxiques.

 

Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot nous apprend que :


Les petits garçons coupent le parasol de la carotte sauvage qui prend la figure d'un nid d'oiseau, et le placent sur les arbres afin d'attraper ceux qui cherchent des nids.

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Dans sa thèse intitulée Les désignations des plantes sauvages dans les variétés arbëreshe (albanais d’Italie) : étude sémantique et motivationnelle. (Linguistique. Université Côte d’Azur ; Università degli studi della Calabria, 2017) Maria Luisa Pignoli rapporte les utilisations suivantes :


Propriétés et utilisation : Les propriétés vermifuges, laxatives, apéritives, diurétiques, digestives, galactagogues de la carotte sauvage sont très connues ainsi que son utilisation pour le traitement des ulcères gastriques et de la dysenterie (Rexhepi et al., 2013 : 2062 ; Guarrera, 2006 : 93), de la toux, de l’uricémie, de la leucorrhée, des blessures, des infections cutanées, des brûlures, des orgelets, de l’acné, des crevasse aux seins et de la sciatique (Guarrera, 2006 : 93). Il s’agit, en effet, de l’une des espèces botaniques les plus exploitées en médecine populaire en raison de ses puissantes propriétés thérapeutiques et, en Sardaigne, la racine de la carotte était considérée comme une « drogue chaude », capable de traiter n’importe quelle maladie (Atzei, 2003 : 448).

 



Spagyrie :


Voici la fiche proposée par Viviane Le Moullec dans Élixirs floraux de Viviane à faire soi-même (Éditions du Dauphin, 1997, 2020) :


Mot clef : Un bon conseiller pour sortir des pièges de la matière


Qui est la Carotte ? Pour composer un élixir, vous porterez votre choix exactement sur l'inverse du spécimen de Carotte que l'on retiendrait pour la soupe : la plus petite, la plus coriace, celle douée d'une grande chevelure de feuillage... Mieux encore : tournez-vous vers la carotte sauvage que l'on trouve très facilement dans les champs. Elle se distingue des autres ombellifères par la toute petite fleur pourpre au centre des fleurs blanches.


Avec quoi réaliser votre élixir ? Employez les sommités fleuries.


Utilisation traditionnelle :

Vue : La Carotte renforce l'acuité visuelle de jour et au crépuscule (pour l'acuité visuelle de nuit, c'est la Myrtille). Elle aide les globules rouges à se développer en cas d'anémie.

Beauté : Pour vous aider à utiliser au mieux les radiations solaires, préparez un mélange d'élixir de Carotte et d'huile d'amandes douces. Vous encouragerez votre peau à bronze sans ennuis. Proportions : 1/10 d'élixir pour 9/10 d'huile.


Aide alchimique : Contre tous les embrigadements : La Carotte aide à ne pas se laisser embrigader dans 'n’importe quelle affaire ou à attacher une importance démesurée aux choses matérielles. Si on peut faire avancer un âne en lui présentant une carotte, il devient très difficile de piéger ceux qui ont réalisé l'élixir de Carotte avec des considérations de ce type : "C'est bon pour le standing" ou "C'est utile pour la carrière". La Carotte ouvre les yeux sur les illusions à la mode...

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


L'état de l'atmosphère, les conjonctions des astres sont aussi favorables ou défavorables Dans la Gironde, les carottes semées avec du vent du nord, ne viendront pas ; en Wallonie, elles seront difformes et les betteraves auront des excroissances ; dans les Vosges, celles que l'on sème sous le signe de l'Ecrevisse sont toutes rugueuses et fourchues, alors que si l'opération a lieu sous le signe des Poissons, elles poussent lisses et droites. [...]. En Poitou, les carottes ou les salsifis semés en jeune lune, viennent tout en jambes.

[...] En Lorraine, pour récolter des carottes aussi grosses que la cuisse, ceux qui les sèment ont soin de toucher fréquemment cette partie de leur corps : quelques-uns prononcent aussi ces paroles « Gros comme ma cuisse, long comme ma cuisse ; dans les Hautes-Vosges, on fait le signe de la croix, et t'on s'empoigne la cuisse droite à deux mains en disant : « Dieu veuille que les carottes que je semé soient aussi grosses, grosses, grosses que ma cuisse. »

[...] Comme tes carottes sont longtemps à germer, on dit en Franche-Comté qu'elles vont six mois en enfer avant de sortir de terre.

[...] Suivant une croyance très répandue, on peut se débarrasser d'une maladie en la transmettant à un être ou à un objet ; ceux-ci la prennent, en souffrent et éprouvent le même sort qu'aurait subi celui qui la leur a passée. En ce qui concerne les plantes, cette transmission se fait assez fréquemment au moyen de l'urine. [...] Dans les Vosges quand on en [de la jaunisse] sent les premiers symptômes, on creuse avec soin une carotte, et après l'avoir remplie de son urine, on la suspend dans la cheminée : à mesure qu'elle sèche le mal se retire.

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Ana M. Cabo-González, autrice de « Quand les propriétés des plantes défiaient l’entendement », (Annales islamologiques, 51 | 2017, pp. 39-51) s'intéresse notamment aux propriétés merveilleuses des plantes :


Al-Qazwīnī écrit à ce sujet [les problèmes d'érection] que les carottes (ǧazar, Daucus carota L.) cuites, mélangées avec du miel et consommées chaque jour en quantité de cinq dirhams accroissent le désir sexuel d’une façon extraordinaire ; (Al-Qazwīnī, Kitāb ʿaǧāʾib al-maḫlūqāt, F. Wüstenfeld (éd.), 1967, p. 278.)

 

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Symbolisme :


Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires... (J.-P. Migne Éditeur, 1856) propose la notice suivante :


CAROTTES. Pour en récolter d'aussi grosses que la cuisse, il faut, disent les habitants de Gerbamont, en Lorraine, que les personnes qui les sèment aient soin de toucher fréquemment cette partie de leur corps en faisant cette opération horticole.

Il y a des gens qui, en semant les carottes, prononcent les paroles sacramentelles suivantes : gros comme ma tête, long comme ma cuisse.

 

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Carotte sauvage (Daucus carota) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Mars

Élément : Feu

Pouvoirs : Fécondité.


Utilisation magique : Manger ses graines aide les femmes à concevoir. Une cure de jus très frais de Carottes sauvages pendant la grossesse fortifie l'enfant; mais si celui-ci est un rouquin (quine), il (elle) aura plus tard de mauvais instinct.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Pour avoir une bonne vue, on recommande de manger trois carottes nouvelles crues, qui contiennent, on le sait, des sels minéraux excellents pour la vision. Les pilotes anglais, pendant la Seconde Guerre Mondiale, en consommaient pour mieux voir la nuit.

Dès les premiers symptômes de la jaunisse, il faut creuser une carotte, uriner dedans et la suspendre à la cheminée ; lorsqu'elle est totalement desséchée, la jaunisse n'est plus qu'un mauvais souvenir. Considérée comme un puissant aphrodisiaque, on dit que "manger de la carotte amène une fièvre lente qui finit pas rendre amoureux". Il faut savoir également que la consommation de ses graines facilite la fécondité et qu'une femme enceinte qui boit souvent du jus de carottes sauvages fortifie son enfant ; "mais si celui-ci est un rouquin/quine, il/elle aura plus tard de mauvais instincts". De plus, en dépit de la tradition qui leur attribue le pouvoir de rendre aimable ou de rosir le postérieur, les carottes durcissent les cuisses ou les fesses mais, dans les Deux-Sèvres, donnent des poux.

Dans le Doubs, on a trouvé une explication à sa lente germination : les carottes vont six mois en enfer avant de sortir de terre. Le 24 ou 25 mars est une excellente date pour en semer et, à condition que le travail soit terminé avant midi, elles atteindront une taille fort respectable. On recommande également d'attendre la jeune lune. Les mettre en terre sous le signe du Poisson les rend lisses et droites mais semées sous le signe du Cancer, elle seront rugueuses et fourchues (Vosges). Si le vent du nord souffle, dit-on en Gironde, il n'y a aucun espoir qu'elles sortent de terre.

Pour récolter des carottes aussi "grosses que la cuisse", les Lorrains se touchent fréquemment cette partie du corps en les semant ; certains disent "gros comme ma tête, long comme ma cuisse". En Franche-Comté, le semeur doit porter une chemise neuve ; dans les Vosges, il fait le signe de croix et, attrapant sa cuisse droite à deux mains, dit : "Dieu veuille que les carottes que je sème soient aussi grosses, grosses, grosses que ma cuisse".

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Roger Tanguy-Derrien, auteur de Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998) s'inspire du savoir ancestral pour "récapituler de la manière la plus musclée les informations sur les élixirs" :


Carotte sauvage (Daucus carotta) : Vous êtes assez intellectuel ou agnostique ou vous éprouvez une certaine confusion sur le plan ésotérique. Le soir ou en vacances, vous avez du mal à vous détendre mentalement car chaque sujet déclenche en vous des réflexions à n'en plus finir. Vous souffrez des vertèbres, de la colonne vertébrale et particulièrement de l'atlas. Les médecins Tibétains connaissent bien ces phénomènes qu'ils classent dans la maladie du souffle. Si vous n'intervenez pas, les douleurs peuvent s'étendre sur tout l'appareil osseux. Enfin vous bronzez mal car vous avez des difficultés à fixer la vitamine A.

L'élixir de Carotte sauvage peut remédier à tout cela grâce aux processus développés par la plante. En effet, elle contient de l'acide silicique, de la phosphatine, de la lécithine, du carotène, de la pectine, de l'inosite, du glutamate. Les quatre premiers ingrédients cités sont des porteurs de forces lumineuses. Avec ce fameux cocktail votre organisme est obligé de fixer désormais la vitamine A. Et mieux ce quatuor magique fait monter la lumière dans la tête, stimulant ainsi tous les organes quelle irrigue. C'est le cas notamment du diencéphale, du cortex cérébral et de la glande pinéale. Cette vitalisation a pour effet immédiat de renforce ce siège du Moi, lequel requinqué, va reprendre la situation bien en main. Ce siège de la conscience totale remet de l'ordre dans l'organisme et principalement dans le système auto-immunitaire. Dans ce métabolisme stimulé, les parasites et vers intestinaux ne peuvent plus vivre. La détente s'organise dans la tête, mas aussi dans tous les systèmes et même au niveau du bulbe rachidien si actif.

Dans la racine de carotte, il ne se trouve jamais d'amidon. Donc l'absence de principe carboné donne à la plante une signature « air » qui se remarque dans les feuilles pennées. Aussitôt on pense : quelle malchance pour les poumons ! Mais non, la plante a tout prévu. Elle a prévu ici la pectine en dose suffisante pour lubrifier à souhait les poumons et le gros intestin. Cette pectine convint aussi au troisième poumon qui est la peau. Ainsi l'oxygénation des cellules se faisant dans les meilleures conditions, le système auto-immunitaire se retrouve comme en vacances.

Dans ce corps détendu, oxygéné, épuré, le cycle hormonal ne pose plus de problème : un sang neuf irrigue les ovaires et les menstrues interfèrent le courant normal des énergies, il suffit d'ajouter de l'élixir de Khat ou d'Hibiscus. Même chose pour l'homme qui veut améliorer ses possibilités de procréation.


Mots-clés : pensez à la politique de l'âne et de la carotte. Vous avez besoin parfois de votre partie animale pour bouger, pour éviter la stagnation. Alors faîtes comme l'âne qui ne se pose pas de question mais voit cependant la carotte qu'on lui tend.

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Maria Luisa Pignoli, autrice d'une thèse intitulée Les désignations des plantes sauvages dans les variétés arbëreshe (albanais d’Italie) : étude sémantique et motivationnelle. (Linguistique. Université Côte d’Azur ; Università degli studi della Calabria, 2017) se penche sur les croyances liées aux différents noms arbëreshe de la Carotte sauvage :


Analyse lexico-sémantique des désignations :

1- [karˈɔt sarvˈaʤɛ] est un syntagme composé emprunté au cal. carota sarvaggia (NDDC : 139, 605) ; la même structure lexématique est présente en daco-roumain où l’on trouve [mˈorkov səlbˈatik] et [mˈorkovi̤səlbˈatiʧi̤] « carotte sauvage » (Scarlat, 2008 : 465).

2- [cˈifter] est un nom dérivé dont la structure morphologique est formée de la base lexicale arb. qift- à laquelle on ajoute le suffixe -er pour la formation de nom dérivés d’autres substantifs (Ressuli, 1986 : 146). Nous n’avons pas d’indications étymologiques dans les dictionnaires albanais à propos de ce phytonyme, mais la base lexicale qift- peut être rapprochée du zoonyme alb. qift « milan » (Leka & Simoni, 1996-1999 : 468) et arb. qift « milan, buse, faucon, épervier, etc. » (Pignoli & Tartaglione, 2007 : 165; Baffa, 2009 : 89 ; Massaro, 2010 : 135) selon les différents parlers arbëreshë dans lesquels ce mot désigne toujours un membre de l’ordre des Rapaces. Le rapprochement entre une plante et un animal peut sembler bizarre, mais il est motivé sémantiquement si on postule une dérivation de la base lexicale arb. qift- < lat.*(a-)ccipVt-, bien représentée par le mot lat. ACCIPITER, -TRIS « aigle » (EWAS : 226) qui nous renvoie au représentant le plus connu des Rapaces. [...]

Il reste encore à comprendre ce qui a causé un tel rapprochement lexico-sémantique entre le phytonyme qifter et le zoonyme qift. Dans l’Égypte ancienne, on pratiquait le culte du dieu Horus qui signifie en égyptien « l’élevé ». Il était représenté sous la forme d’un faucon et était adoré dans un nombre considérables de villages, à partir de la période prédynastique de l’histoire de cette civilisation (Černý, 1951 : 23). Horus était le dieu du ciel et, tout comme les autres animaux sauvages, il était censé avoir des pouvoirs extraordinaires qui étaient dus à sa capacité de voler extrêmement haut au-dessus de la terre ; comme tous les dieux, il était aussi censé avoir un degré de puissance et d’intelligence supérieur à celles des hommes (Černý, 1951: 27). L’âme des hommes était aussi thériomorphe et, en effet, l’imagination primitive la voyait se transformer en oiseau au moment de la mort, lorsqu’elle quittait le corps humain ; cet oiseau-âme s’appelait ikh et désignait l’ibis (Černý, 1951: 81). Si au début du Règne égyptien ce dieu-oiseau était vénéré comme thériomorphe parce qu’il était considéré sacré, à partir déjà du Règne Moyen (2000-1780 a.J.-C.) l’oiseau-ikh ne représente plus « l’âme, l’esprit qui s’envole vers le ciel », mais il acquiert la signification de « démon, fantôme » et c’est avec cette dernière signification qu’il survit encore aujourd’hui en copte (Černý, 1951: 82). Les croyances populaires germaniques indiquent les oiseaux rapaces comme les épiphanies de la mort (Riegler, 1981a : 309) et sont censés provoquer la putréfaction des corps ainsi que causer des maladies, telles que la peste (Riegler, 1981a : 320). Donc, si dans l’antiquité l’oiseau était sacré et considéré comme parent, protecteur et dieu des hommes, dans des temps plus récents il a acquis une nuance négative en tant que symbole de la mort : le passage du zoomorphisme de l’Égypte ancienne à l’anthropomorphisme des temps récents a renversé la valeur culturelle de cet animal, transformé de protecteur sacré à symbole du mal, de mort et de maladies. Il s’agit du processus d’inversion dont parle Alinei (1984) lorsqu’il se réfère à la typologie zoologique des zoonymes parentélaires : au cours du Paléolithique, la société de chasseurs et cueilleurs voyait les animaux sauvages, les oiseaux, les amphibies et les insectes comme des êtres magiques, avec qui l’homme primitif entretenait des rapports magiques et totémiques qui étaient déterminés par le fait que c’était l’animal qui contrôlait l’homme, qui avait un pouvoir sur lui en raison de la pénurie des méthodes de production caractérisant cette typologie de société primitive. Au fur et à mesure que la société évoluait, avec l’élevage et l’agriculture pendant le Néolithique, les rapports entre l’homme et l’animal deviennent plus rationnels et moins magiques et, par conséquent, l’homme commence à contrôler les animaux et à les domestiquer, c’est ainsi qu’on parle d’animaux domestiques pour les différencier de ceux sauvages qui vivaient libre dans la nature (Alinei, 1984).

Revenant sur le phytonyme objet de cet analyse, il est nécessaire de prendre en considération d’éventuelles correspondances avec l’IE. ; à ce propos, Pokorny (IEW : 598) présente une racine IE. kik- « geai, pie », qui est considérée la base onomatopéique pour quelques noms d’oiseaux, tels que le gr. κίσσα et l’att. κίττα « geai, pie », « Garrulus glandarius » (DELG : 535). Ces formes se rapprochent de manière considérable du nom de l’oiseau sacré égyptien et des formes albanaises désignant les rapaces et, dernièrement, de la forme latine, on obtient ainsi la séquence suivante : IE. kik-, eg. ikh, gr. κίσσα, att. κίττα, arb./alb. qift, lat. ACCI-PITER. Par ailleurs, le motif de « l’imitation du cri de l’oiseau » représente l’un des mécanismes de création lexicale en ornithonymie, fondés sur l’onomatopée : Goudi (2011 : 230) a retracée le développement de ce mécanisme dans son étude motivationnelle sur la zoonymie dialectale de l’île de Lesbos en Grèce. Il semble évident que les noms de ces rapaces ont en commun la même syllabe tonique, bien qu’elle présente des petits changements phonétiques : les syllabes ki-, qiou, avec la métathèse, eg. ik- représentent la base lexicale à laquelle on ajoute les suffixes que l’on trouve dans les formes égyptienne, grecques, albanaise et latine pour substantiviser l’onomatopée de départ ki- ou ik-.

Frazer (1887 : 83) indique l’aigle/le faucon et le corbeau comme les créateurs du monde, les progéniteurs de la race humaine qui sont présents dans le ciel sous forme d’étoiles ; le sentiment de descendance liant les hommes primitifs à ces rapaces était mis en relief par les dénominations des différentes tribus, appelées souvent avec les noms de leurs animaux-totem, comme par exemple en Australie, le nom de tribu « Aigle-Faucon » était très commun ainsi que Serpent, Raton, Corbeau, Kangourou (Frazer, 1887 : 83). On a déjà remarqué l’importance de ce rapace, en tant qu’animal-totem, chez les Égyptiens qui le vénéraient comme le dieu du ciel. Le milan est un oiseau qui est aussi très important dans la tradition orale arbëreshe comme le témoigne la présence de ce rapace dans l’un des chants d’amour les plus connus parmi les Arbëreshë du Molise et des Pouilles, à tel point qu’ils le considèrent comme leur hymne : qifti arbëresh « milan arbëresh » (Musacchio, 1970 : 119). D’ailleurs, au centre du drapeau de la nation albanaise on trouve représenté une aigle bicéphale noire qui est le symbole du peuple albanais et l’Albanie est aussi indiquée comme la « terre des aigles » dans le folklore populaire. De plus, la dénomination de la langue albanaise est shqip « albanais », nom que les spécialistes considèrent comme remontant à une forme adverbiale avec la signification de « sans détour, clair » (Demiraj, 1997 : 197), mais si on observe mieux son signifiant, on s’aperçoit qu’on y retrouve la même syllabe accentuée < -qi- > caractérisant le zoonyme qift et, par conséquent, shqip peut être considéré un mot préfixé et non primitif comme le suggère Demiraj (1997 : 197).

Le nom de la carotte sauvage qifter traduit en définitive l’image d’un oiseau de proie parce qu’elle est douée de puissantes propriétés médicinales interprétés par les hommes primitifs comme des virtus magiques et cette plante est classée par conséquent parmi les phénomènes surnaturels et les oiseaux de proie. Un autre phytonyme arbëresh peut entrer dans ce champ onomasiologique, en particulier l’arb. qitër [cˈitər] « cédratier » qui renvoie, à son tour, au phytonyme lat. CITRUS « cédratier » (DELL : 123) ; cette espèce prend le nom scientifique de Citrus medica L., ce qui nous amène à déduire qu’il s’agit d’une espèce ayant des propriétés thérapeutiques très puissantes. Comme on l’a illustré dans le paragraphe précédent, la carotte sauvage est considérée en Sardaigne comme une drogue, étant donné ses propriétés thérapeutiques qui assommaient probablement les malades, en leur donnant un véritable « coup de bâton » (it. bastonata : les dénominations de l’aire italienne bastunaggia, pastunaggia (Ligurie), pastinaca (Toscane), bastonaje bianche (Piémont), bastunaca (Sicile), etc. (Penzig, 1924, I : 164) tiennent compte de cette caractéristique. Le mouvement des Rapaces est également violent et soudain lorsqu’ils chassent leurs proies : quelques espèces, en particulier, prennent la position connue comme « Saint-Esprit », c’est-à-dire un vol stationnaire caractéristique à battements d’ailes rapides qui leur permet de repérer aisément leur proies depuis le poste d’observation le plus haut et de leur tomber dessus au bon moment pour les saisir avec leurs griffes acérées (cfr. http://www.oiseaux.net, portail d’ornithologie). Cet aspect ultérieur du comportement de ces rapaces a probablement conduit aux aboutissements latins dont l’origine remonte au lat. Ă̅C-(I-) < IE.*ak- « être piquant, aigu, pointu » (IEW, I: 18) et sont représentés par les noms lat. ĂCEŌ, -ĒRE « être sur » (OLD : 24) ; ĂCIDUS, -A, -UM « acide, aigre » (OLD : 27) ; ĂCIĒS, -ĒĪ « pointe » (OLD : 28) ; ĂCUS, -ŪS « aiguille, épingle » (OLD : 31) ; ĀCER, ĀCRIS, ĀCRE « pointu, aigu, piquant » (OLD : 24) ; ACĒTUM, -Ī « vinaigre » (OLD : 26), etc.

3- [pjetrosˈin t ˈɛɡər] est un syntagme composé de l’emprunt cal. pietrusino « persil » (NDDC : 516) et de son spécificateur arb. të egër « sauvage » qui trouve une correspondance dans la désignation droum. [petrinʒˈel səlbˈatik] « persil sauvage » (Scarlat, 2008 : 464).

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Marine Lafon et Sandrine de Borman proposent une équivalence entre les 22 arcanes majeures du Tarot et 22 plantes majeures chez les Celtes dans un Tarot des plantes sauvages, Initiations végétales pour s'éveiller à soi (Tana Éditions, 2022) ; ainsi la Carotte sauvage est-elle associée à l'Impératrice :


La Carotte sauvage / L'Impératrice


Je suis la Carotte sauvage

De mes collerettes de reine

je vous fais souveraine.


Mon déploiement flamboyant

couronne votre épanouissement.

Il règne sur votre émancipation

et vous donne l'impulsion

d'irradier de vos dons.


La flamme vibrant en mon cœur

réclame votre feu créateur.

Elle embrase votre royaume intérieur

et attise l'éclat de votre splendeur.


Je brode mes dentelles

comme une ode à vos plaisirs charnels.

Avec délice, je fais fleurir votre matrice

qui sécrète les secrets de votre vie créatrice.


Bientôt,

je parerai votre peau

de ma flagrance ambrée.

J'enracinerai avec majesté

votre créativité enfin manifestée

et vous récolterez l'abondance

de ma prolifique semence.


La Guidance de la Carotte sauvage : Souveraineté - Manifestation - Créativité - Impulsion - Émancipation.


Devenir souverain de sa vie : Majestueuse, la Carotte sauvage épanouit ses inflorescences brodées surlignées de leur collerette de bractées. En anglais, elle porte le nom de Queen Anne's lace, « la dentelle de la reine Anne ». Sa fleur pourpre qui mouchette son cœur était censée représentée la goutte de sang que celle-ci avait versée s'étant piquée en crochetant. Son port digne et élégant nous met en lien avec notre propre souveraineté. Être souverain de notre vie, c'est honorer la richesse singulière de notre royaume intérieur et offrir de l'espace à nos talents et à nos rêves pour qu'ils s'émancipent. C'est décider, en toute responsabilité, et sans laisser à d'autres la possibilité de nous dicter leur choix, ce à quoi nous souhaitons dédier notre énergie vitale. La Carotte sauvage nous donne l'impulsion de cet empouvoirement. Auprès d'elle, nous apprenons à défendre notre propre vérité intérieure et à accomplir ce que nous avons à gérer dans notre existence.


Émanciper ses désirs : Le déploiement des ombelles de la Carotte sauvage est remarquable. Ses boutons floraux, recroquevillés en un nid, s'ouvrent progressivement, animés d'une spectaculaire force centrifuge qui les épanouit en un orbe légèrement bombé irradiant au soleil. Comme une impulsion émancipatrice, cette ouverture éclatante nous invite à oser extérioriser et faire fleurir l'expression unique de notre être dans le monde.

Son cœur rouge ardent nous met en lien avec ce qui fait crépiter le nôtre. Auprès de la Carotte sauvage, nous nous demandons : qu'est-ce qui me fait sentir vibrant de vie ? Elle nous enseigne que lorsque nous nous sentons pleinement nourris, accomplis, comblés et passionnés, nous sommes reliés à noter puissance intérieure qui, ayant parfois été muselée ou opprimée, demande à être exprimée. Nous accordons ainsi plus de place aux environnements féconds et nourriciers dans lesquels nos talents et notre potentiel créateur peuvent s'émanciper. Nous renouons avec le flux généreux de la création.


Manifester sa création : L'élixir floral de Carotte sauvage stimule la créativité. Il nous sot du mental et de l'émotionnel pour élargir notre champ de vision et développer des qualités de sensibilité, d'intuition et de clairvoyance. Le nom latin de la Carotte sauvage, Daucus, vient du grec doukos, et daio, qui veut dire « j'échauffe »,  « je transmets la chaleur ». De fait, le goût puissamment aromatique des fruits encore verts est piquant, chaud et épicé. La Carotte sauvage attise notre feu créateur. Elle nous insuffle sa force flamboyante et sa détermination pour manifester nos rêves. Ses solides racines blanchâtres et ligneuses nous ancrent dans la matière. Elle nous enseigne à incarner dans le concret nos élans créatifs.

Elle soutient ainsi notre chakra racine qui, bien équilibré, confère un sentiment de sécurité - respirer son hydrolat rassure d'ailleurs celles et ceux qui sont déstabilisés par une perte de repères. Son puissant enracinement nous recentre lorsque nous nous sentons dispersés ou égarés. Il nous canalise : au lieu de nous laisser déstabilise et déborder par des impulsions fougueuses et capricieuses, nous nous ancrons dans notre pouvoir créateur. la Carotte sauvage fleurit d'ailleurs la deuxième années de son existence, seulement après avoir accumulé suffisamment de réserves nutritives dans sa racine. Son exploration florale est donc maîtrisée, à l'image de la structure rigide de ses tiges bien ordonnancées. En bouche, on remarque que ses akènes pimentés font aussi saliver. Cela s'explique par ses principes amers qui stimulent le feu de la digestion et la sécrétion d'enzymes le long du tube digestif, notamment au niveau hépatique. Grande drainante, la Carotte sauvage favorise le nettoyage des toxines et des émotions néfastes qui se sont accumulées dans le foie. Elle consume ainsi ce qui nous détourne de notre vie créative comme la colère, l'autosabotage, la censure et la dévalorisation.


Choisir ce qui doit vivre :Si nous épanouissons nos désirs créatifs, nous en récolterons bientôt toute l'abondance à l'image des centaines de fruits qui naissent de chacune des inflorescences de la plante. La détermination de celle-ci à vivre et à s'épanouir coûte que coûte est spectaculaire : même coupées, ses fleurs sont capables de trouver l'impulsion nécessaire pour produire les akènes qui leur permettront de se multiplier et de perpétuer leur vie. La Carotte sauvage nous relie ainsi à ce qui est fertile en nous : nos dons, notre expression authentique qui irrigue le monde et devient source de puissance pour les autres.

Mais la fleur violacée stérile qu'elle brandit au centre de ses ombelles, prodigues de fructifications, semble signaler les deux facettes de sa nature féconde. De fait, les fruits seraient inhibiteurs de progestérone, ce qui empêcherait la nidation d'un embryon dans l'utérus de certaines femmes. La Carotte sauvage figure également au classement des plantes abortives car ses vertus stimulantes et réchauffantes ont une affinité avec l'utérus qu'elle convulsionne. Ces mêmes propriétés emménagogues amènent de la fluidité dans le bassin des femmes et aident leur utérus à se contracter efficacement, ce qui favorise le retour du sang pour celles qui n'ont plus leur cycle et soulage aussi les crampes menstruelles. Ces douleurs sont souvent la conséquence d'une matrice trop contractée par les traumas, la violence intériorisée, le stress ou les longues positions assises jambes croisées. A l'image du mouvement de son ombelle qui s'ouvre te se rétracte, l'alcoolature de la plante favorise le mouvement rythmique d'expansion et de rétraction d'un utérus relâché et en bonne santé. La Carotte sauvage enseigne aux femmes que leur puissance s'ancre dans leur matrice, là où elles peuvent contacter leur potentiel créateur, leur puissance de régénération et de transformation, et accéder, ainsi, à ce qui est fertile et imaginatif en elles. Contraceptive et abortive, elle semble leur rappeler que l'utérus n'est pas seulement un espace où donner naissance à des enfants de chair. Il est aussi un espace de mise au monde d'enfants-projets, d'enfants-lieux, d'enfants-créations... Elle nous invite à nous demander : à quoi est-ce que je souhaite donner vie pour m'épanouir ? La Carotte sauvage nous donne le choix. Auprès d'elle les femmes peuvent aussi réconcilier différentes facettes de leur être : mère, créatrice, femme sauvage...


Libérer son expression : Sa tache rouge (couleur active) au cœur de ses inflorescences immaculées est comme la goutte de yang dans le yin. Au cœur de leur matrice réceptive (yin), les femmes peuvent puiser l'impulsion de leur action dans le monde (yang). La Carotte sauvage libère leur expression et permet à la matrice féminine de retrouver de l'amplitude. Auprès d'elle, nous ressentons l'étroite corrélation du système génital féminin (utérus, vagin, vulve) avec le système oropharyngé (gorge, larynx, bouche) qui partage une similarité anatomique et une origine embryologique commune. Ce que nous nous empêchons d'exprimer, ce qui bloque notre expression authentique, crée des nœuds énergétiques au niveau de notre gorge mais également au niveau de la matrice féminine. Auprès de la Carotte sauvage, les femmes retrouvent la vibration de l'utérus (comme celle des cordes vocales) et osent faire porter leur voix unique dans le monde et exprimer leur désir. Elles se relient ainsi à la Yoni qui abrite une précieuse énergie sexuelle, source abondante de guérison et de régénération pour le corps.


Célébrer sa beauté : Les notes poivrées de la Carotte sauvage s'allègent peu à peu pour laisser place à une fragrance plus douce, ronde et sucrée. L'huile essentielle contient des phénols méthyl-éthers et de nombreux esters qui tranquillisent le système nerveux. Rassurante et calmante de la sphère psychique, la plante est également apaisante pour al peau. Ses actifs anti-inflammatoires permettent d'adoucir les rougeurs et les irritations. Émolliente, elle répare et embellit les peaux sèches et dévitalisées Ses racines sont riches en bêtacarotène précurseur de la vitamine A qui assure la croissance et la santé des muqueuses cutanées. Leur macérat huileux tonifie et clarifie les peaux abîmées par la couperose ou les taches de vieillesse On l'utilise aussi pour redonner du lustre à celles qui sont ternes et ont perdu leur éclat. Il els pare de cette belle couleur d'ambre qui irradie sous le soleil des fins de journées d'été. la Carotte sauvage nous enseigne à prendre soin de notre enveloppe charnelle. la grâce émouvante avec laquelle elle ouvrage minutieusement, telle une orfèvre, ses ombelles et cisèle ses feuilles nous invite à nous incarner dans la pleine beauté de notre être.


Être bien dans sa peau : En soignant la sphère cutanée, la Carotte sauvage nous permet de nous sentir bien dans notre peau. Auprès d'elle, nous nous ouvrons au plaisir d'être pleinement nous-mêmes. Nous jubilons de la richesse de notre vie intérieure dont nous nourrissons le monde. A la fois organe d'ouverture aux stimuli extérieures et organe de protection, la peau est le reflet de la relation entre notre intériorité et l'extériorité. La Carotte sauvage, qui alterne les mouvements d'expansion (floraison) et de rétraction (boutons et fruits), nous enseigne qu'être souverain de sa vie, c'est aussi savoir quand s'ouvrir pleinement au monde et quand retourner à soi. A l'automne, ses rayons se courbent à l'intérieur et elle se replie ans son nid d'akènes brun doré dont le parfum enrobant nous ramène avec douceur dans notre intériorité. Enne nos invite à poser des frontières saines avec le monde extérieur et à être attentifs à ce que nous acceptions ou pas dans notre royaume. En prenant soin de notre peau, richement pourvue de récepteurs sensoriels, nous renouons avec la jouissance des délices sensuels de notre vie, nous prêtons attention à la sensibilité singulière de notre corps et apprenons à le laisser s'exprimer dans un langage qui lui est propre.


Le Rituel sauvage : Semer les graines de son épanouissement avec les semences de la Carotte sauvage

A l'automne, par temps sec, récoltez les nids d'akènes bruns et desséchés. Observez les minuscules semences poilues en vous émerveillant e la promesse de vie qu'elles contiennent. Quintessence de la plante, elles portent en elles ses futures racines, tiges, feuilles, fleurs... puis fruits. En les contemplant, reliez-vous à la cyclicité de la vie. Semez les akènes en déposant des intentions pour vos futures floraisons.


Contre-indications : Le pouvoir contraceptif des graines n'est pas avéré chez toutes les femmes mais, si vous souhaitez procréer, attention à ne pas les employer. Emménagogue, la plante est aussi déconseillée en cas de grossesse ainsi qu'en cas de risque de maladies hormonodépendantes.

Risques de confusion : La Carotte sauvage peut être confondue avec d'autres plantes de la même famille (Apiacées), extrêmement toxiques, comme la Grande Ciguë (Conium maculatum), la Petite Ciguë (Aethusa cynapium), la Ciguë vireuse (Cicuta virosa) et l'Œnanthe safranée (Œnanthe crocata). Prudence, donc, lors de la reconnaissance botanique ! Retenez que les plantes toxiques de la famille de la Carotte sauvage sont glabres (les tiges n'ont pas de poils).

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Les Carottes « sifflent » sur toute la gamme, de haut en bas ; elles ont vraiment l'âme musicale. Elles soulignent que l'être humain est, de la tête aux pieds, animé par un champ énergétique. Elles l'incitent à ne rien oublier, à ne rien perdre de vue. Il lui faut penser à tout ; il ne doit négliger aucune partie du Moi, ni dans le corps, ni dans l'esprit. Tous les « éléments partiels » et son Être doivent marcher à l'unisson dan le processus d'évolution Les Carottes ne toléreront pas, par exemple, que quelqu'un effectue rapidement un travail intellectuel en négligeant l'aspect physique, ou inversement. Elles demandent un équilibre sain et harmonieux.

Celui qui a envie de Carottes est à la recherche d'un équilibre entre ciel et terre ; il veut ramener à la surface certaines parties jusque-là délaissées de sa personne et les compléter en leur consacrant l'attention nécessaire. Il veut pallier en lui une sorte de carence, de déséquilibre intérieur. Il ne peut continuer dans la vie avant d'avoir mis à jour ces éléments négligés. Sinon, il se trouverait en effet confronté au sentiment d'être « immobilisé », de ne pouvoir progresser parce qu'il s'est orienté de façon trop unilatérale vers certains éléments en négligeant le reste.

L'envie de Carottes attire l'attention de l'être humain sur la nécessité de rattraper un certain retard sur tel ou tel plan, quand bien même il ne s'agirait que d'un léger déséquilibre.

A suivre

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Contes et légendes :


On peut lire sur le site Grand Sud insolite l'origine d'une confrérie moderne liée à la carotte :


La légende de la carotte de Blagnac


Une légende raconte aux petits « Caouecs », nom donné aux Blagnacais que la Déesse Cérès, rendant visite à la petit colonie romaine de « Blanhac » fur surprise par le chavirage du bac, à hauteur du Plan du Port et fut emportée par les flots de la Garonne. Elle fut sauvée par un jeune pêcheur qui la ramena sur l’Ile du Ramier.

Pour le remercier, elle ensemença les « quinze sols » où naquit au printemps une carotte d’hiver aux formes exceptionnelles qui fit la renommée de Blanhac dans toute l’Europe…

Aujourd'hui, une confrérie, La Confrérie souveraine et jubilatoire de la Carotte de Blagnac fait revivre ce riche passé et rend hommage à la carotte.

Cette Confrérie, unique en son genre est composée d’élus, de chefs d’entreprises, d’associations de particuliers partageant le goût d’une « culture populaire dans un esprit convivial et festif ».

Elle est née en 1985, son premier chapitre se déroulant le 23 décembre de cette même année.

Son but est de promouvoir la carotte et le patrimoine de Blagnac.

Confrérie souveraine et jubilatoire de la Carotte de Blagnac

6, rue Charles Péguy,

31700 Blagnac

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Larry Hodgson raconte sur son site Jardinier paresseux comment une légende tenace sur les vertus de la carotte dure depuis la seconde guerre mondiale :


Aujourd’hui [11 novembre 2019] en l’honneur du jour du Souvenir, voici un billet qui explique comment l’un des légumes préférés de notre potager familial, la carotte, a contribué à la victoire des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale.


Le «  mythe de la carotte  » : Tout le monde sait que consommer les carottes aide à améliorer la vision. Sans doute que votre mère vous l’a répété encore et encore, surtout si vous n’aimiez pas les carottes ! Elles sont riches en bêta-carotène, que notre corps convertit en vitamine A, et cette vitamine est essentielle à une bonne santé visuelle.

Mais consommer des carottes pour améliorer votre vision a ses limites ! En fait, cela vaut seulement si vous souffrez d’une carence en vitamine A. Si vous consommez de la vitamine A provenant d’autres sources (et la plupart des légumes verts en contiennent), même consommer des carottes par dizaines ne vous aidera nullement à mieux voir.

Quant à la croyance que les carottes aident à mieux voir à la noirceur, elle est totalement fausse. Elle a été inventée comme désinformation par les services de renseignement britanniques en 1940. Pourtant, ce mythe court encore.


Arme secrète : Au cours de la Blitzkrieg de 1940, la Luftwaffe frappait et bombardait Londres sous le couvert de l’obscurité. Afin de rendre plus difficile la frappe des cibles par les avions allemands, le gouvernement britannique a procédé à des coupures de courant à l’échelle de la ville. Aussi, la Royal Air Force (RAF) a réussi à repousser les chasseurs allemands en partie grâce au développement d’une nouvelle technologie radar secrète.

Le radar d’interception (AI), installé dans les avions, a été inventé et utilisé pour la première fois par la RAF en 1939. Il était capable de localiser les bombardiers ennemis avant qu’ils n’atteignent la Manche. Pour protéger leur arme secrète, les services secrets britanniques ont inventé une campagne de propagande selon laquelle les pilotes britanniques pouvaient voir dans le noir, car ils mangeaient beaucoup de carottes  !

Ainsi, on a placardé Londres d’affiches prônant la consommation de carottes pour améliorer la vision nocturne et inondé les postes de radio et les journaux de cette information, l’idée étant de convaincre les espions allemands de la sincérité de la campagne. Ainsi, ils transmettraient cette désinformation à la Luftwaffe pour qu’elle ne soupçonne pas qu’il y avait une nouvelle technologie derrière la victoire de la RAF. Et cela a tellement bien fonctionné que non seulement le public britannique et les Allemands ont gobé l’histoire, mais que le mythe a fait le tour du globe et demeure encore fermement ancré dans la croyance populaire 80 ans plus tard  !

La «  campagne de carottes  » a permis de dissimuler une nouvelle technologie essentielle à la bataille d’Angleterre, une campagne majeure menée entièrement par les forces aériennes, et a mené à la première défaite des forces militaires hitlériennes, un élément important dans la victoire finale des Alliés.

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Littérature :


Dans Que ma Joie demeure (Éditions Grasset, 1935) de Jean Giono on trouve un exemple de ce que Alain Roger, conceptualise comme un phénomène d'artialisation, c'est-à-dire un processus par lequel l’art fait percevoir autrement :


« Jourdan, tu te souviens d’Orion-fleur-de-carotte ?

– Je me souviens.

– Tu m’as demandé : “N’as-tu jamais soigné les lépreux ?”

– Je me souviens comme d’hier.

– Alors je t’ai dit : “Regarde là-haut, Orion-fleur-de-carotte, un petit paquet d’étoiles.”

Jourdan ne répondit pas. Il regarda Jacquou, et Randoulet, et Carle. Ils écoutaient.

– Et si je t’avais dit “Orion” tout seul, dit Bobi, tu aurais vu les étoiles, pas plus, et, des étoiles, ça n’était pas la première fois que tu en voyais, et ça n’avait pas guéri les lépreux cependant. Et si je t’avais dit : “fleur de carotte” tout seul, tu aurais vu seulement la fleur de carotte comme tu l’avais déjà vue mille fois sans résultats. Mais je t’ai dit : “Orion-fleur-de-carotte”, et d’abord tu m’as demandé : “Pardon ?” pour que je répète. Alors, tu as vu cette fleur de carotte dans le ciel et le ciel a été fleuri. »

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Dans son recueil intitulé 188 contes à régler (Éditions Denoël, 1988), Jacques Sternberg propose des micro-nouvelles souvent empreinte d'humour noir :


Le végétal


Quand les carottes pensantes venues du fond des lointaines galaxies virent pour la première fois des êtres humains de la Terre où elles venaient de débarquer, elles notèrent, stupéfaites : « Ce sont des légumes évolués. »

 

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