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  • Anne

La symbolique de l'Arbre



Étymologie :

ARBRE, subst. masc.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1100 « grand végétal ligneux » (Roland, éd. T. Müller, 2267 ds T.-L. : desuz dous arbres bels) ; p. anal. 2. a) 1100-50 « pièce horizontale qui transmet le mouvement dans une machine motrice » (Pelerinage Charlemagne, éd. E. Koschwitz-G. Thurau, 372, ibid. : Altresil fait torner com arbre de molin) ; b) xve s. arbre de la croix « la croix où fut attaché le Christ » (Chr. de Pisan, Charl. V, part. I, ch. 33 ds Gdf. Compl. : N'estoit point de necessité a la perfection et enterinité du corps ressuscité de Jhesu Crist ravoir tout le sang respendu en l'arbre de la croix) ; 3. 1723 arbre des philosophes alchimie (Trév. : Terme de science hermétique. Le grand arbre des Philosophes est leur mercure, qui est leur teinture, leur principe et leur racine; quelquefois c'est l'ouvrage de la pierre) ; 1771 arbre de Diane chim. (Trév. : C'est un mélange d'argent, de mercure et d'esprit de nitre cristallisés ensemble en forme d'un petit arbre). Du lat. arbor, Caton, Agr., 6, 1 ds TLL s.v., 421, 38 ; 2 a « arbre du pressoir » (Caton, Agr., 6, 1, ibid., 427, 51 : in torcularium quae opus sint ...; qui arbores conprimat si dishiascent) ; cf. avec 2 b Ovide, Am., 1, 12, 18, ibid., 424, 3 : carnifici ... praebuit illa arbor cruces.


Lire également la définition du nom arbre pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :



Différences entre l'arbre et l'humain du point de vue d'un scientifique :

  • l'arbre est une colonie

  • l'arbre qui n'est pas un individu, devient virtuellement immortel par sa vertu coloniaire.

  • l'arbre ne connaît pas la sénescence

  • l'arbre est un merveilleux maître du temps

  • à méditer pour aller plus loin....

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Symbolisme :


Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ARBRE DE FER – HOMICIDE.

L'homme me répondra de la vie de l'homme, a dit le Seigneur. GENÈSE, IX, 5.


ARBRE DE LA FOLIE - INSENSÉ.

L'insensé, aveugle dans sa folie, s'imagine toujours que les autres manquent de raison. Quand vous broieriez l'insensé dans un mortier, comme on y broie l'orge avec un pilon, vous ne le corrigeriez pas.

Ecclésiaste. X, 3 - Proverbes XXVII 22.


ARBRE DE VIE - CROIX.

La prédication de la croix est une folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, c'est-à-dire pour nous, elle est la la force de Dieu.- A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de N. S. Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, et par qui je suis crucilié pour le monde !

1 Corinthiens I, 18. — Galates VI, 14 .

Suivant l'opinion vulgaire, l'arbre de vie ou de la science du bien et du mal, était un pommier, mais cet arbre n'est point nommé dans la Bible. Les rabbins, qui ont mêlé aux saintes Écritures beaucoup de fables, disent que Seth, après la mort d'Adam, lui mit dans la bouche de la semence de l'arbre de vie ; que cette semence devint un arbre dont la croix de Jésus-Christ fut faite. Une autre fable contredit la précédente. L'historien Gretzer dit avoir lu, dans un manuscrit de la bibliothèque d’Augsbourg, qu'Abraham planta un cyprès, un pin et un cèdre qui se réunirent en un seul arbre ; que l'on coupa cet arbre, lorsqu'on prépara les matériaux du temple de Salomon, mais qu'il fut impossible de l'ajuster en aucun endroit ; qu'alors Salomon en fit un banc ; que la Sibylle, y étant amenée, ne voulut jamais s'y asseoir et qu'elle prédit que le Rédempteur du monde mourrait sur ce bois ; que Salomon l'entoura de trente croix d'argent, ce qui subsista jusqu'à Jésus-Christ, et qu'en effet la croix fut faite de ce bois. Les rabbins disent encore que toutes les eaux de la terre sortaient du pied de l'arbre de vie, et qu'il était d'une telle grandeur, qu'il aurait fallu marcher cinq cents ans pour en faire le tour. Peut-être ces rêveries extravagantes n'étaient-elles que des allégories ?

Sur le bois de la sainte croix Vaudelin a donné une singulière explication du mot ABRASAX. Ce terme mystique, abrasax, nom si révéré des païens, a fort exercé les savants qui voulaient absolument lui trouver une signification. Vaudelin a prétendu qu'abrasax est composé de quatre lettres initiales de plusieurs mots ; les quatre premières, quatre mots hébreux ; les trois dernières, trois mots grecs, qui sont :


А ab le père.

B ben le fils.

R rouach l'esprit.

A acadosch saint.

S soterie le salut.

A apo par.

X xulo le bois.


RÉFLEXIONS.

Si vous portez la croix de bon cœur, elle vous portera et vous conduira au terme désiré, c'est-à-dire là où cessent les souffrances ; mais ce ne sera pas en cette vie.

(Imitation de J.-C. 11, 12.)

Il y a des croix dont le sort est de demeurer cachées à l'ombre de celle de Jésus-Christ.

(FLÉCHIER, Or. fun.)

Il n'y a de salut pour l'âme, ni d'espérance de la vie éternelle que dans la croix.

(Imitation de J.-C. 11, 12.)

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Le Glossaire théosophique (1ère édition G.R.S. MEAD, Londres, 1892) d'Helena Petrovna Blavatsky propose plusieurs entrées relatives à l'arbre :


ARBRES DE VIE. Depuis la plus haute antiquité, les arbres furent rattachés aux dieux et aux forces mystiques de la nature. Toutes les nations avaient chacune son arbre sacré, avec ses caractéristiques et attributs particuliers fondés sur des propriétés naturelles et aussi occultes occasionnellement, comme cela est présenté dans les enseignements ésotériques. Ainsi le pippâl ou l'Aśvattha de l'Inde, la demeure des Pitris (en fait des élémentals) d'un rang inférieur, devint l'Arbre BO ou le ficus religiosa des Bouddhistes du monde entier, depuis que Gautama Bouddha atteignit la connaissance suprême et le Nirvâna sous un arbre semblable. Le frêne, Ygdrasil, est l'arbre mondain des Hommes du Nord ou Scandinaves. Le banyan est le symbole de l'esprit et de la matière ; il descend jusqu'à terre, enfonce ses racines, et ensuite s'élance à nouveau vers le ciel. Le palaśa à la feuille triple est un symbole pour la triple essence de l'Univers – Esprit, Ame, Matière. Le cyprès sombre fut l'arbre mondain du Mexique, et il est maintenant, chez les Chrétiens et les Musulmans, l'emblème de la mort, de la paix et du repos. En Egypte, le sapin était regardé comme sacré, et son strobile (pomme de pin) était porté religieusement en processions, bien que maintenant il ait presque disparu de la terre des momies ; il en était de même pour le sycomore, le tamaris, le palmier et la vigne. Le sycomore était l'Arbre de Vie en Egypte, et également en Assyrie. C'est à Héliopolis qu'il était consacré à Hathor ; et maintenant, au même endroit, il est consacré à la Vierge Marie. Son jus était précieux en vertu de ses pouvoirs occultes, comme le Soma l'est chez les Brâhmanes, et l'Haoma chez les Parsis. "Le fruit et le jus de l'Arbre de vie dispensent l'immortalité". On pourrait écrire un gros volume sur ces arbres sacrés de l'Antiquité – la vénération pour certains d'entre eux s'étant maintenue jusqu'à nos jours – sans en épuiser le sujet.


ASSYRIEN, L'Arbre-de-Vie. "Asherah" (V.). La Bible le traduit par "bosquet", et il s'y trouve 30 fois. On l'appelle une "idole", et Maachah, grand-mère d'Asa, roi de Jérusalem, est accusée de s'être fait faire une telle idole, qui était un lingam. Pendant des siècles ce fut, en Judée, un rite religieux. Mais l'Asherah originel était un pilier comportant sept branches de chaque côté, surmonté d'une fleur globuleuse projetant trois rayons, et non pas une pierre phallique, comme en firent les juifs, mais un symbole métaphysique. "O toi Compatissant qui rappelle les morts à la vie !" était la prière prononcée devant l'Asherah, sur les bords de l'Euphrate. Le "Compatissant" n'était ni le dieu personnel des juifs qui ramenèrent ce "bosquet" de leur captivité, ni un dieu extracosmique, mais la triade supérieure de l'homme symbolisée par la fleur globuleuse avec ses trois rayons.

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Selon Catherine Orliac, autrice de "Des arbres et des dieux : matériaux de sculpture en Polynésie." (In : Journal de la Société des océanistes, 90, 1990-1. pp. 35-42) :


L'arbre : un être vivant d'essence divine : Dans l'ancienne société tahitienne les arbres étaient considérés comme des êtres d'essence divine. La tradition rapporte que la végétation fut créée par Ta'aroa, le dieu suprême ; il se débarrassa de ses plumes qui tombèrent sur terre et donnèrent naissance à la végétation. Ta'aroa créa les hommes mortels et de « nombreuses plantes nouvelles surgirent de leurs corps ensevelis... le cocotier jaillit de la tête d'un homme... les toa (arbre de fer) furent engendrés par les corps de guerrier » (1). Enfin, d'autres ligneux furent introduits accidentellement ou volontairement sur terre par les principaux dieux du Panthéon tahitien ; citons l'exemple du Pua (Fagraea berterianà) planté à Puna'auia par le dieu Tane en signe de paix lors de la réconciliation du Ciel et de la Terre, et le cas du Ora (banyan, Ficus prolixà) qui poussait sur la lune ; la déesse Hina cassa accidentellement une de ses branches qui tomba à Ra'iatea (2).

Les arbres, d'essence divine, sont des êtres vivants ; les couper c'est leur « ôter la vie » car « tous les arbres... ont des âmes qui à l'instant de la mort... montent auprès de la divinité à laquelle ses substances s'incorporent » (3). C'est pour cette raison que les tahitiens ne coupaient pas un arbre avant d'être allés, l'hermiette à la main, au marae « pour prévenir les dieux et sans leur apporter le premier morceau enlevé à l'arbre avant de l'abattre en entier» (4). Lorsque l'arbre est enfin couché sur le sol, les ouvriers-artisans observaient bons et mauvais présages ; l'émission d'une grande quantité de sève moussue « signifiait que l'arbre et les racines pleuraient l'un pour l'autre et l'arbre était abandonné ». (5)


Notes : 1. T. Henry, 1968, p. 435. - 2. T. Henry, p. 361 et 482. - 3. Anderson in Cook, 1785, vol. 2, p. 371. - 4. J. A. Moerenhout, 1959, t. 1, p. 438. - 5. T. Henry, p. 233.

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Reynald Georges Boschiero , auteur du Nouveau Dictionnaire des Pierres utilisées en lithothérapie, Pour tout savoir sur les Pierres et les Énergies subtiles (Éditions Vivez Soleil 1994 et 2000, Éditions Ambre 2001), explique ce qu'est le canal de circulation des énergies en ces mots :


"Il s'agit de faire circuler à l'intérieur de soi les énergies véhiculés par la Terre-Mère et pas les Forces Cosmiques afin que ces énergies irriguent nos propres centres d'énergies, les fertilisent, les rendent actifs et efficaces.

Ces concepts orientaux peuvent être traduits et relayés par des symboliques plus occidentales : l'arbre et l'alouette, même si ces symboliques sont largement répandues dans de nombreuses civilisations.

L'arbre est un univers vivant en perpétuelle régénérescence. Sa verticalité en fait un élément d'élévation vers le ciel. Il plonge profondément ses racines dans le sol, la Terre-mère. Il est le chemin de passage des énergies, il est notre propre corps en méditation. Il agit donc à trois niveaux cosmiques : la terre, le monde des vivants (notre corps) et le ciel. Il réunit à lui seul l'ensemble des éléments fondamentaux : la terre qui nourrit ses racines, l'air qui nourrit ses feuilles l'eau qui circule en lui, et enfin le jeu qui jaillit de son frottement. Il est don un vecteur privilégié de la circulation des énergies entre les Forces Cosmiques et la Terre-Mère.

En méditation, votre corps est un arbre."

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Dans "Le symbolisme de la forêt et des arbres dans le folklore." (Perception des forêts. Unasylva, 2003, vol. 213, n°54, pp. 37-43), Judith Crews rappelle que :

[...]

Identification humaine et forme abstraite

En raison de leur forme – un tronc central et des branches qui ressemblent à des bras et des doigts, une écorce semblable à la peau – les arbres s’identifient facilement à la forme humaine, et ont souvent été revêtus symboliquement de caractéristiques anthropomorphiques, conduisant à un lien avec les symboles de la fertilité dans certaines cultures. On lit dans le Cantique des cantiques de la Bible, à propos de la femme bien-aimée : « Ta taille ressemble au palmier et tes seins à des grappes » (7 : 8-9), et elle répond « Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. J’ai désiré m’asseoir à son ombre, et son fruit est doux à mon palais » (2 : 3).

Dans plusieurs mythes grecs, les jeunes filles ou les nymphes poursuivies par les dieux suppliaient d’autres divinités de les protéger et celles-ci les changeaient en arbre. Daphné a été sauvée d’Apollon de cette manière ; elle a été transformée en laurier, qu’Apollon a ensuite utilisé comme son symbole, décorant sa lyre de feuilles de laurier et les utilisant comme une couronne. Parmi les autres nymphes des bois dans les mythes grecs et romains on peut citer Leuke ou Leuce, un peuplier blanc, aimé d’Hadès ; Philyra, le tilleul, qui a donné naissance à un Centaure et désirait se transformer en une forme autre qu’humaine, et Pitys, une nymphe chaste poursuivie par le dieu Pan, qui a été changée en sapin ou pin noir. L’histoire de Baucis et Philémon est un autre intéressant mythe de transformation en arbre. Ce mari et cette femme pauvres étaient les seules personnes de leur village à offrir l’hospitalité à deux dieux qui visitaient la terre déguisés en mendiants ; comme récompense, ils n’ont pas seulement été inondés de richesses mais il leur a été assurée une vie dans l’au-delà ensemble sous la forme d’un tilleul et d’un chêne issus de la même racine.

L’identification des arbres avec le corps humain se retrouve aussi dans le yoga, le système hindou de méditation. Dans la pose de l’arbre, par exemple, le corps perd de son poids pour créer le sens de l’attraction vers la terre, alors que les bras sont étendus simulant des branches. Cette pose a pour but d’instiller une sensation d’enracinement et de croissance vers le haut.

La plupart de ces mythes et pratiques indiquent une identification profonde avec les arbres comme réceptacles des esprits et des âmes, une croyance commune à un grand nombre de cultures. En Australie, les aborigènes du Warlpiri occidental croient que les âmes s’accumulent dans les arbres et attendent le passage de la femme adaptée pour leur permettre de sauter dehors et d’être nées (Warnayaka Art Centre, 2001).

Les arbres de haute taille et résistants ont souvent été identifiés avec des hommes courageux ou justes ; on en trouve de nombreux exemples dans la Bible et le Coran. Un exemple actuel est la prime de service octroyée en Afrique du Sud, à savoir l’Ordre du Baobab. Le grand baobab, avec son puissant système racinaire en saillie, détient un pouvoir magique et a une valeur symbolique pour les populations africaines autochtones, et sert de lieu de réunion et d’abri sûr pour les sociétés africaines traditionnelles. La prime reconnaît les qualités de vitalité et d’endurance que l’arbre incarne (J. Tieguhong, communication personnelle, 2003).

En outre, nombreux sont les objets, concepts abstraits ou actions qui rappellent la structure (ramification, axe central) ou la stature de l’arbre. C’est ainsi que, dans de nombreuses langues, il est utilisé comme métaphore (arbre généalogique, tronc cérébral, branches de la science, etc.). Il pourrait être à l’origine de la notion de systèmes (circulation, interconnexion, hiérarchie) (Harrison, 1992) – un bon exemple est « l’arbre des veines » inventé par Leonardo da Vinci au XVe siècle pour expliquer la circulation sanguine humaine. On pourrait dire que les arbres ont fourni des structures à la pensée elle-même.

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivrent un :


Message des arbres :

Nous venons du cœur de Dieu. Nous n'avons rien

à apprendre et beaucoup à offrir. Nous avons été ensemencés

sur la Terre pour le bien du règne humain et animal, incluant

les oiseaux et les insectes, et pour nourrir la planète elle-même,

physiquement, émotionnellement et spirituellement. Nous

diffusons l'amour et la guérison pour vous.


Le soutien physique : Les arbres offrent du bois pour construire des abris, des bateaux, et tout ce dont nous avons besoin. Ils fournissent l'ombre qui nous protège du soleil et la protection contre les éléments. Ils abritent des animaux, des oiseaux et des insectes. Ils fournissent de la nourriture.


Le soutien émotionnel : Chaque variété d'arbres porte une qualité dont il rayonne dans son champ aurique pour aider ceux qui sont à sa recherche. Les arbres et les plantes réagissent aux pensées inférieures des humains et répondent positivement à leurs pensées aimantes. Les arbres offrent la guérison.


Le soutien spirituel : Ces êtres sensibles gardent des traces de l'histoire locale. Les forêts sont les gardiens de la sagesse antique et les arbres utilisent cette sagesse pour aider l'énergie du pays dans lequel ils poussent. Les grandes forêts apportent la lumière, qui renferme la sagesse et la connaissance, provenant des étoiles et des êtres supérieurs des univers, pour la stocker ou la déposer dans la Terre creuse.

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Dans L'Oracle des Esprits de la Nature (Éditions Exergue, 2015), Loan Miège nous propose une carte intitulée "Arbre", à laquelle elle fait correspondre le petit texte suivant :


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« Ouvre ton cœur à la vie, ton histoire est l'humus qui te nourrit quotidiennement,

enracine-toi profondément à la Terre, déploie tes branches dans le Ciel et remplis-toi de Lumière. »

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Ponts entre la Terre et le Ciel, les arbres jouent un rôle essentiel sur notre planète. Chaque individu est un microcosme où cohabitent la conscience collective de l'espèce, l'Esprit du Végétal, les Esprits « soigneurs » et les Esprits ayant élu domicile dans ou autour de celui-ci. A ce monde invisible s'ajoutent ensuite différents habitants visibles immobiles, rampants ou volants. Ici, nous nous focalisons sur l'Esprit du végétal. Lorsque l'arbre est à l'état de jeune pousse, Gaïa, la conscience de la planète Terre, choisit de le nourrir ou de le laisser dépérir suivant son plan d'Harmonie. Si elle décide de le conserver, elle entre alors en contact avec ce que nous pourrions appeler une « Source cosmique » et demande à ce qu'un Esprit vienne l'habiter. Celui-ci veille à la croissance de l'arbre, à son adaptation à l'environnement (rythme des saisons, changements divers...) et communique aussi bien avec les Esprits de végétaux qu'avec d'autres Esprits de la Nature comme les nains, véritables spécialistes en soins.

L'Esprit de l'arbre émanant de l'illustration est celui d'un magnifique tilleul rencontré en Allemagne, près de Francfort-sur-le-Main. Il trône au sommet d'une prairie. Adossés à son tronc, nous avons une vue superbe sur toute la région.. Un patchwork de collines boisées, de champs cultivés et de villages colorés s'offre à nos yeux. Sa présence massive crée un cocon dans lequel il fait bon se lover.


A propos du message : L'Esprit de l'arbre nous invite à devenir arbre à notre tour, l'espace d'un instant. Nous, les humains, avons tendance à courir tout le temps dans toutes les directions, oubliant la nature de notre essence et le sens de notre incarnation. L'arbre, lui, est fixe. Les saisons se suivent, les paysages évoluent, les époques se succèdent, il est toujours là. Spectateur de la vie qui se meut autour de lui, il reste droit et poursuit son évolution en accord avec les forces de la Terre et du Ciel et ce, quoi qu'il arrive. Au fil des années, il se remplit de lumière assurant ainsi sa croissance tant physique que « spirituelle ». Arrivé à un âge avancé, il atteint le stade dit « arbre maître ». L'Esprit de l'arbre a alors transcendé sa propre nature. totalement réalisé et débordant de lumière, il irradie sur plusieurs dizaines de mètres autour de lui. Cette carte nous suggère de sortir de notre agitation quotidienne, de faire une pause d'avoir un regard sur notre passé afin de l'intégrer, de nous reconnecter aux forces naturelles et de nous aligner sur notre propre réalisation.


Pratique : Sortons et partons en promenade ! Intérieurement, faisons le vœu de rencontrer un arbre avec lequel nous avons une affinité particulière. Un arbre ami. Marchons dans la direction que nous montre notre cœur. Laissons-nous guider. Lorsque nous l'avons trouvé, approchons-nous de lui doucement, de manière à ce que nos corps vibratoires puissent se rencontrer et communiquer silencieusement. A sa hauteur, enlevons nos chaussures si la météo le permet. Posons nos pieds nus sur le sol. Faisons une offrande selon notre intuition. Avec un outil, ou simplement avec nos mains, cherchons une des sous-couches de sa bulle énergétique et gardons le contact, aussi bien dans la sensation physique qu'avec notre attention. Prenons un moment. Ressentons la présence de l'arbre et de son Esprit intérieurement. Toujours en contact avec une sous-couche, nous pouvons maintenant interroger ce dernier sur différents sujets qui nos intéressent La réponse positive est signifiée par une augmentation de la bulle énergétique : la main est poussée vers l'extérieur. La réponse négative est marquée par un rétrécissement de la bulle : la main est aspirée vers l'intérieur et la sensation de présence d'une paroi éthérique disparaît.

Nous avons fait connaissance et pouvons passer à l'étape suivante. Invitons l'Esprit de l'arbre à sortir du végétal et à se placer devant nous. Il se forme progressivement jusqu'à se stabiliser. Encore une fois, prenons contact avec nos main et / ou nos outils, et cette fois-ci demandons-lui l'autorisation de nous mettre à l'intérieur de lui. L'expérience peut se vivre en se position assise ou debout. Une fois à l'intérieur, fermons les yeux et portons notre attention sur nos ressentis. L'Esprit nous transmet son vécu. Nous devenons un arbre. Observons les mouvements que cela génère en nous. Laissons-nous être traversés, puis remplis de Lumière. Ce partage peut engendrer des prises de conscience et constituer un moteur d'évolution. Lorsque nous sommes arrivés au bout de l'expérience, remercions l'Esprit, sortons de sons corps éthérique et accompagnons-le avec notre attention et notre bienveillance vers son habitat végétal.


Mot-clé : Grandir.

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Dans Le Chamane et le Christ (Éditions Le Passe-Monde, 2020) Daniel Meurois évoque les croyances des Amérindiens Wendat à travers le témoignage d'un personnage d'homme-médecine déboussolé par les catastrophes liées à l'arrivée des Anglais et des Français sur leur territoire :


Et puis est venu ce printemps où je me suis senti particulièrement attiré par une minuscule clairière à peu de distance de notre village. J'vais découvert celle-ci "au hasard" de mes errances en forêt lorsque, selon mon habitude, il m'arrivait de chercher des morceaux de bois à sculpter. Son espace secret se cachait dans l'écrin d'une multitude de petits arbres fins et élancés dont le feuillage bruissait étonnamment au moindre souffle de vent.

A force de m'y rendre sans vraiment m'attarder sur le pourquoi d'une telle attirance, j'ai fini par m'allonger sur l'herbe tendre qui en constituait le centre. Je me souviens du singulier frisson qui m'a alors parcouru... Il ne venait ni de la fraîcheur ni de l'humidité du sol mais bel et bien de la danse des feuilles que l'azur du ciel mettait en relief juste au-dessus de moi. C'était une danse saisissante de vitalité et infiniment bavarde. J'ai attendu un peu puis j'ai compris qu'il fallait que j'en détache mon regard car elle s'adressait plutôt à mes oreilles.

Il y avait en elle plus qu'un murmure : ses frémissements ondoyants portaient une Parole. Les arbres avaient quelque chose à me dire et m'invitaient à faire silence en moi....

- « Comprends cela, frère Wantan, disait cette parole non humaine qui se passait de mots... Comprends... Ton cœur cherche la perfection... mais la perfection absolue n'est pas et ne sera jamais car elle interdit toute évolution.... Elle trace l'idée d'un chemin qui se ferme, elle dresse une absurde barrière. Oh, frère.... la puissance du Grand Esprit de tous les mondes ne se déplace pas pour engendrer un cercle perpétuel et s'y emprisonner mais pour dessiner une éternelle spirale... Bouge ! Suis la tienne et monte ! »

Après des mots d'une telle intensité, j'ai éprouvé quelque difficulté à m'extraire de ma clairière. Le vent avait cessé mais la voix des arbres persistait en moi tel un écho qui n'en finissait plus.

Mon retour au village ne fut ponctué que d'interrogations. Bouger ? Je croyais n'avoir fait que cela ! Bouger... oui, mais vers où et vers quoi ?

J'avais toujours su qu'ici et là il existait des arbres qui parlent. Les Anciens le répétaient suffisamment et par respect on les croyait... Cependant voilà que la preuve venait de m'en être donnée. Bouger... Je le voulais bien mais... Et pourtant l'Esprit du peuple des arbres de ma forêt ne pouvait pas mentir !

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


L'arbre, pris dans le sens générique regroupant toutes les espèces, ouvre au symboliste un champ d'exploration qui pourrait faire l'objet de développement volumineux. C'est aussi l'un des symboles qu ont été le plus largement traités par des auteurs nombreux et compétents. Même si l'on concentre le propos sur la place et les significations de l'arbre dans le rêve éveillé, négligeant délibérément toute référence aux mythes et textes religieux, la tâche reste considérable ! Paradoxalement, l'abondance du matériau disponible représente l'obstacle le plus sérieux que croise le chercheur lancé à la rencontre du symbole. L'arbre apparaît dans plus du tiers des scénarios. Or, plus la fréquence d'apparition d'une image s'élève et plus le nombre des rêves concernés se rapproche de celui de l'ensemble des scénarios composant la base de données. Il en résulte une conséquence statistique imparable, qui se traduit par une raréfaction croissante des corrélations.

Deux voies s'offrent cependant pour contourner cette difficulté, face à l'arbre considéré comme terme générique. La première consiste à observer les associations propres à chaque espèce d'arbre citée dans un nombre statistiquement satisfaisant de scénarios. Cela concerne, dans l'ordre décroissant de fréquence d'apparition, le palmier, le sapin, le peuplier, le chêne et le pommier. Chacun de ceux-là fait l'objet d'un article spécifique du Dictionnaire de la symbolique. La seconde voie est celle qu conduit à s'intéresser à des images particulières de l'arbre : l'arbre immense, l'arbre coupé, l'arbre mort, grimper dans l'arbre, etc. Lors de la conception de la base de données, nous avions heureusement pressenti, sans en mesurer toute la portée, l'avantage que présenterait l'enregistrement séparé de chacune de ces formes de relation à l'image de l'arbre.

L'arbre exprime la vie. Cette affirmation fait entrevoir la richesse du symbole ! La traduction la plus classique voit dans l'arbre un organisme vivant qui s'ancre à la terre dans laquelle il puise la substance par ses racines et qui se déploie dans l'air, dans le ciel d'où il reçoit les rayonnements indispensables à sa croissance. Une image exprimant avec une telle clarté la relation vivante à la terre et au ciel, qui se développe à proportion vers le bas et vers le haut, symbolise naturellement la loi psychologique qui exige de l'homme qu'il maintienne un équilibre entre ce qu'il est convenu d'appeler les forces chtoniennes et les puissances ouraniennes, entre l'instinctualité et la spiritualité. Cette interprétation est tellement répandue, si judicieuse aussi, elle s'impose avec une évidence si totale à l'analyste, qu'elle emplit son champ de vision et peut masquer des sens plus subtils peut-être, mais d'importance au moins égale.

C'est l'étude du palmier, celle du chêne et celle de l'arbre immense qui contribuent de la façon la plus décisive à l'élucidation du symbolisme de l'arbre, tel qu'il se dégage des rêves pris en référence.

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L'âme des arbres
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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 1 (C. Reinwald et Cie, Libraires-Éditeurs, Paris, 1878),


ANTHROPOGONIQUES (Arbres —). Le langage s’étant emparé de bonne heure de l’image de l’arbre pour se représenter l’homme, la poésie populaire ne tarda pas non plus à voir une relation intime et fatale entre la vie de l’homme et celle de la plante. La plante non seulement représente celle qui végète par excellence, mais encore celle qui fait végéter, celle qui enfante l’homme. La plante contient en elle-même les deux éléments les plus nécessaires à la vie, l’eau, c’est-à-dire la sève, le suc végétal, et le feu, c’est-à-dire la matière combustible (1). C’est de la plante qu’on tire toute espèce de jus, c’est par le bois de la plante qu’on allume le feu. Le principe de la vie est donc essentiellement en elle ; et le langage populaire, dominé apparemment par cette idée fondamentale, a presque toujours et presque partout représenté le développement de la vie humaine avec des images tirées de l’observation de la vie des plantes.


Rade volte descende per li rami

L’umana probitate.


a dit Dante, en imaginant la famille humaine sous la forme d’un arbre généalogique. Et l’usage des arbres généalogiques provient effectivement de cette conception. Ainsi nous disons, en italien, qu’un homme est issu d’un ceppo (souche, tronc, chicot, cépée), d’un stipite (tige), d’une stirpe (race), d’un lignaggio (2) (lignage) illustre. D’un mauvais sujet qui dégénère, nous disons : egli traligna (proprement, il passe d’un bois à l’autre) ; au contraire, nous disons que la vertu alligna, c’est-à-dire qu’elle devient bois. D’un homme solidement bâti, on dit qu’il est bien planté (ben pianti), et les piante (plantes) dans le langage poétique italien désignent les pieds ; un homme ruiné, réduit à la besace, qui ne possède pas le sou, pour les Italiens, est uno spiantato (c’est-à-dire une plante déracinée, un arbre déplanté). Le mot français race, si l’opinion de Diez ne s’y opposait, semblerait pouvoir se rattacher au mot racine (qui provient de radicina) ; quoi qu’il en soit, nous disons avec les Français qu’un sentiment est profondément enraciné (radicato) dans l’âme, et par là nous transportons une image du monde végétal non seulement dans le monde animal, mais dans le monde purement intellectuel (3). Ainsi, il faut déraciner le vice et enraciner les vertus. Dans les traités philosophiques et prétendus scientifiques du moyen âge, l’allégorie a fait un grand abus de ces images ; saint Fulgence, dans ses Sermons, écrivait que nous sommes des hommes plantés dans le champ du Seigneur qui nous cultive ; l’aveugle de saint Marc voyait dans les hommes des arbres qui se promènent (4) ; un poëte indien compare le brahmane à un arbre qui a la méditation comme racines, les védas comme branches, la vertu et les œuvres pieuses comme feuilles, et qui doit soigner avant tout la racine, sans laquelle il n’y aurait ni branches, ni feuilles ; un autre compare la vie à un arbre qui contient du poison, mais qui produit cependant deux fruits suaves comme l’ambroisie, c’est-à-dire la poésie et le plaisir de causer avec d’honnêtes gens. Dans le Panch atantra, un fils qui cause la perte de sa famille ressemble à un arbre creux qui cache le feu par lequel toute la forêt deviendra la proie de l’incendie. Un bon fils, au contraire, est l’ornement de toute sa famille, ainsi qu’un seul arbre en fleur embaume tout un jardin. Par une image semblable, dans l’Havamal scandinave, on compare l’isolement d’un homme inutile avec celui de l’arbre solitaire du village qui ne se multiplie et ne se propage point ; et très souvent, chez les anciens scaldes norvégiens et irlandais, on désigne les hommes et les femmes par des noms d’arbres.

L’arbre offrant une telle analogie avec l’homme (5), il n’y a pas lieu de s’étonner si les premiers hommes, d’après la tradition populaire, sont issus des arbres. Nous avons déjà rencontré Adam, le premier des hommes, selon la tradition biblique, placé au milieu des arbres, et qui, par l’arbre, connaît la femme et devient à son tour un générateur. Nous avons aussi indiqué que, dans la forme du phallus, on a pu voir une espèce d’arbre au serpent ; dans la racine, dans la partie inférieure de l’arbre est sa force principale ; aussi c’est du tronc d’un chêne que les enfants piémontais les plus naïfs s’imaginent encore avoir été retirés par leurs mères lorsqu’ils ont vu le jour. Une épigramme grecque de Zona nous apprend que les anciens Hellènes appelaient les chênes premières mères. Des croyances semblables existent ailleurs ; en Allemagne aussi, les petits enfants se croient sortis d’un arbre creux, ou d’une vieille souche (6). Mais tous les arbres ne sont pas, d’après la tradition populaire, également propices à la génération des hommes ; ces arbres doivent, avoir un caractère à peu près sacré. Ce n’est pas au pied d’un aune qu’on ira, par exemple, chercher des petits enfants. L’aune est bon pour les sorcières du Tyrol, qui, d’après Mannhardt, s’en font des côtes ; ce ne serait pas un tel arbre qu’on planterait à la naissance d’un enfant ; il serait considéré comme de mauvais augure. En général, en Allemagne, on plante des pommiers pour les garçons et des poiriers pour les filles ; dans la légende de Virgile, nous lisons qu’à la naissance du futur poëte magicien, on avait planté un peuplier (7). Nous apprenons enfin par Bastian (8) que dans la Polynésie, pour la naissance d’un enfant, on plante un cocotier, dont les nœuds sont censés indiquer le nombre des années promises au nouveau-né. « Dans l’arbre, écrit Schoebel, l’homme se voyait d’autant mieux lui-même, qu’il croyait être sorti de la terre, à l’instar et sous la forme d’un arbre. Dans le Bundehesh, les hommes naissent sous la forme de la plante Reiva (Rheun ribes), ch. xv ; dans l’Edda, ils sortent du frêne et du tremble. Enfin, la parole d’Isaïe (XI, I) que la Vierge, la nouvelle Ève, sortira de la racine de Jessé, a donné lieu au mythe artistique qui représente Marie sortant à mi-corps d’un arbre planté dans le nombril du personnage qui fait souche (voir une peinture dans la chapelle de la Vierge, à Saint-Séverin). Un chant du moyen âge, attribué à Heinrich de Loufenberg, dit que Marie est « une tige fleurie du Paradis. » Nous verrons le rôle que l’arbre a joué dans la légende de Buddha (Cf. ce mot). C’est sous l’arbre aux belles feuilles où Yama avec les autres dieux boit l’ambroisie, que le premier père des hommes, dans le Rigveda évoque les ancêtres.

Parmi les arbres d’abondance, nous devons signaler ici tout spécialement le manorathadayaka qui croît dans le jardin des Vidyâdharâs, lequel remplit tous les souhaits, mais surtout le désir d’obtenir des enfants.

Certains voyageurs italiens ont observé dans le Guzerat un usage fort scandaleux : des pénitents se cachaient près d’un arbre sacré, et l’on en faisait approcher la jeune mariée. L’arbre possédait sans doute une grande vertu anthropogonique, car elle en revenait toujours initiée aux mystères de la maternité. Cet abus tirait certainement ment son origine de la croyance populaire indienne au pouvoir fécondateur des arbres. La tradition de l’homme né de l’arbre ou de l’arbre humain, n’est pas seulement répandue chez presque tous les peuples aryens et sémitiques, on la trouve encore chez les Sioux. Dans le Vishnupurâna, une nymphe est appelée « fille des arbres », et un monstre des arbres doit être assimilé au Kabandha du Râmâyana, probablement aussi à l’Hidimba du Mahâbhârata ; la sœur de ce dernier monstre semble avoir quelques rapports avec les Harpies de Virgile et de Dante. Dans un conte hindoustani, la Rose de Bakavali, traduit par M. Garcin de Tassy, on décrit une île où se trouve un jardin « dont les arbres portaient des fruits qui ressemblaient à des têtes humaines », à mesure que le héros s’approche du jardin « ces têtes se mettent à ricaner et à rire, puis elles tombent par terre. Environ une heure après, d’autres têtes semblables parurent sur les mêmes branches. »

Au quatorzième siècle, notre voyageur Odoricus du Frioul, en arrivant dans le Malabar, entendit parler de certains arbres, qui, au lieu de fruits, produisaient des hommes et des femmes ; ces êtres avaient à peine une coudée de hauteur ; leurs extrémités inférieures étaient attachées au tronc même des arbres ; leur corps était frais lorsque le vent soufflait, et se desséchait, au contraire, dès que le vent se retirait. Le colonel Yule a trouvé la même tradition chez les Arabes. On ne peut non plus oublier ici ces nains anachorètes, ces Vâlakhilyâs que la légende de Garuda dans le premier livre du Mahâbhârata nous représente suspendus aux branches d’un énorme ficus religiosa. C’est aux branches de ce même arbre que les pénitents Djainas du Guzerate avaient l’habitude de se suspendre, d’après ce que nous apprennent les relations de nos voyageurs dans l’Inde. La tradition des Vâlakhilyâs ainsi que l’usage des pénitents indiens qui en est la conséquence, tient, sans doute, originairement, à l’observation des phénomènes célestes. Dès que le ciel ténébreux et nuageux a été représenté dans le mythe par un arbre immense ou par une sombre forêt, il s’ensuivait tout naturellement que tous les habitants du ciel devenaient, ou des monstres logés dans les arbres, ou des saints faisant pénitence sur les arbres. Le même caractère divin ayant été affecté ensuite à certains arbres et à certaines forêts de la Terre, l’imagination populaire a pu, sans aucun effort, supposer dans les plantes la présence de certains êtres mystérieux, ayant des formes animales.

Nous ajouterons encore ici deux autres légendes orientales, où l’homme et l’arbre nous sont représentés dans leur capacité merveilleuse de s’engendrer mutuellement. D’après une légende populaire qu’Hamilton a trouvée toujours vivante dans l’Inde centrale, les Khatties, peuple dans lequel on a cru pouvoir reconnaître les Cathaei d’Arrien, auraient eu cette étrange origine. Du temps, dit-on, où les cinq fils de Pândou, les héros dont le Mahâbhârata a chanté les exploits, étaient devenus les simples gardiens de leur bétail, Karna, leur frère illégitime, allié des Kurouides, songea les priver de cette dernière ressource. Ayant reconnu qu’il ne pourrait employer des guerriers, c’est-à-dire, des nobles, dans une entreprise aussi peu honorable, Karna frappa la terre de son bâton ; le bâton s’ouvrit à l’instant même, et il en sortit un homme, qui s’appela Khat, mot qui signifie, dit-on, « engendré du bois ». Karna l’employa au vol du bétail, en lui garantissant, au nom des dieux, qu’une action pareille ne serait jamais considérée comme un crime ni en lui ni chez aucun de ses descendants. Par suite de cette commode tradition, les Khatties vénèrent toujours la mémoire de Karna, et adorent tout spécialement comme leur dieu national le père de ce héros, c’est-à-dire le soleil, que l’on voit par conséquent représenté dans tous leurs emblèmes. Ici nous voyons l’arbre qui produit l’homme. Dans la China illustra de Kircher, on reproduit la relation d’un missionnaire italien en Chine, Christophe Burro, où il est fait mention d’une légende cosmogonique chinoise d’après laquelle les herbes et les plantes auraient été engendrées par les cheveux d’un premier géant. (Cf. dans le second volume la légende Indienne de l’apâmârga.)


Notes : 1) Le professeur Giuliani, dont les beaux livres sur la langue vivante de la Toscane sont si justement appréciés, m’apprend que dans les montagnes de Pistoia le peuple pense que le feu est né de la cime des arbres. Cette croyance a peut-être quelque rapport avec le mythe indien de l’origine du feu et de la descente du ciel, par la foudre, sur les arbres de la génération, mythe qui a été si savamment éclairci par le professeur Ad. Kuhn et par M. Fr. Baudry.

2) M. André Lefèvre me fait cependant justement remarquer que le français lignage dérive de ligne, linea ; lignée, lineata ; descendre de quelqu’un en droite ligne. Puisque le mot italien a, sans doute, la même étymologie, nous n’insisterons point sur notre rapprochement.

3) Pour la terminologie de l’arbre, appliquée en Allemagne à l’homme, cf. Mannhardt, Baumkultus der Germanen, Nork, dans sa Mythologie der Volkssagen und Volksmärchen, avait déjà remarqué : « Die Abstammung der Menschen ans dem Baumstamm ist in dem Stammbaum und im Worte abstammen angedeutet. »

4) Liber Insignis de Maleficis et eorum Deceptionibus « Hominis spiritualis radix est gratia, fides et charitas ; stirpes animae ejus essentia, rami potentiae, gemmae cogitatus, folia verba, flores voluntates et fructus virtutes et earum opera. — Primi hominis figura arboris sed eversae similitudinem praefert secundum philosophos, quia crines radicibus in capite assimilantur, truncus pectus et eidem adjacentia membra, vero reliqua rami vices habere videntur et operatio talium fructus sunt corporei ; unde Marc. VIII legimus de caeco, quem Dominus paullatim juxta fidei suae crementum sanabat, quod primo eius tetigit oculos, et an videret quaesivit : cui ille respondit : Video homines velut arbores ambulantes. »

5) Il est curieux d’observer que chez les Bushmen existe le même sentiment de la métempsychose du monde animal au monde végétal. « By a glance frorn the eye of a maiden (probably at a time when she would be usually kept in strict retirement) men became fixed in whatever position they then occupied, with whatever they were holding in their bands etc., and became changed into trees which talked. » A Brief Account of Bushman Folk-Lore by doctor Bleek ; London, Trübner, 1875

6) Mannhardt, Germanische Mythen. « Im Westphälischen kommen die Kinder gemeinhin aus Brunnen oder Teichen ; in Gummershausen aber holt man sie ans einer hohlen Linde ; in Halver ans einer alten hohlen Buche. In Kückel hausen ist es eine hohle dicke Eiche ; ebenso in Gevelsberg und im Bergischen. In Tirol werden die Kinder ebenso bald aus dem Brunnen, bald aus Bäumen geholt. Zu Bruneck bringt man sie aus dem grossen hohlen Eschenbaum, der bei dem Schiefstand steht, oder sie rinnen auf dem Wasser daher. In Meran wachsen sie auf der Mat (einem Berge) an den Bäumen. Im Aargau heisst solcher Baum geradezu der Kindlibirnbaum, etc. — Bei Nauders in Tirol steht ein uralter Lerchbaum, der heilige Bàum genannt, aus dessen Nähe niemand Bauholz oder Brennholz zn nehmen wagt, bei dem zu schreien oder zu lärmen bis in die letzten Jahre für himmelschreienden Frevel galt. Er soll bluten (cf. Sang des arbres) wenn man hineinhackt, und der Hieb dringt zugleich ebensoweit in deu Leib des Frevlers wie in den Baum. Vom heiligen Baume holt man die Kinder, besonders die Knaben. »

7) « …il sogno eh’ ebbe sua madre, il non aver vagito quando nacque, e la grande altezza che raggiunse il ramoscello di pioppo (cf. peuplier) piantato, secondo l’uso, per la sua nascita. » Comparetti, Virgilio nel Medio Evo ; ce peuplier ou arbre de Virgile à son tour devait ensuite être vénéré par les femmes enceintes, « quae arbor, Vergili ex eo dicta atque etiam consecrata est, summa gravidarum ac fetarum religione et suscipientium ibi et solventium vota. » Donatus, Vita Vergili, cité par Comparetti.

8) Der Mensch in der Geschichte, III, 193, cité par Mannhardt, Baumkultus der Germanen ; et il ajoute : « Die Papuas verknüpfen das Leben des Neugebornen mystisch mit einem Baumstamme, unter dessen Rinde sie einen Kiesel einfügen und glauben mit dem Umhauen würde der Mensch zugleich steben.

[...]

ARBRE (l’—). Ce que nous désignons maintenant par un seul mot, dont la primitive signification nous échappe, l’arbre (quoiqu’il semble probable que le mot arbos [arbor] ait représenté le croissant, ce qui croît), a eu dans la langue sanscrite une nomenclature aussi riche que transparente ; en effet, les mots sanscrits dru, druma, taru, dâru (Cf. les mots grecs ... et ..., et le gothique triu, l’anglais tree, l’ancien slavon drévo, le russe dérevo, le lithuanien derva), rohita et vrikhsha, présentent l’arbre comme celui qui pousse, celui qui s’élève, celui qui croît. Par une apparente contradiction, d’autres mots sanscrits, tels que aga, agaccha, agama, naga, visent dans l’arbre l’absence de mouvement ; c’est l’être qui ne marche pas, c’est-à-dire qui ne quitte jamais, de lui-même, sa place.

L’arbre est encore celui qui boit par les pieds, par les racines, pâdapa, anhripa ; celui qui a des branches, çâkhin, ou des feuilles verdoyantes, palâçin. Cette abondance de vocables, dont chacun rappelle une des qualités les plus saisissantes de l’arbre, déjà élevé au rang d’idée générale, me semble un premier indice de la curiosité, de l’admiration qu’il excita chez nos ancêtres reconnaissants, sentiments qui, chez un peuple à la fois primitif et poétique, ont pu très facilement se changer en une espèce de culte et donner lieu tout naturellement à de nouvelles figures de langage. Si nous disions par exemple : immobile comme un arbre, n’ayant point dans notre langage actuel une expression qui nous représente l’arbre comme l’objet fixe par excellence, notre comparaison pourrait paraître étrange ; mais chez les Indiens, où on avait l’habitude, lorsqu’on nommait l’arbre aga ou naga, de le voir essentiellement immobile, l’auteur de la Cvetâçvatara Upanichad pouvait très bien représenter la fermeté de Rudra (Çiva au ciel) en montrant ce dieu immobile comme un arbre. Nous choisirions, certainement, pour exprimer la même idée l’image de la montagne. Mais pour les Indiens, les arbres et les montagnes avaient le même caractère d’immobilité. Nous apprenons de M. F. Lenormant que chez les Chaldéens on invoquait à son tour la montagne, comme on aurait pu invoquer un arbre, par son ombre : « O toi qui ombrages, seigneur qui répands ton ombre sur le pays, grand mont, père du dieu Moul. »

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Jean-Loïc Le Quellec, auteur de " L'arbre dans les mythes". (In Francis Hallé & Pierre Lieutaghi (Eds.), Aux origines des plantes. Des plantes et des hommes (pp. 416-439). Paris : Fayard, 2008) identifie les arbres qui jouent le rôle d'arbres cosmiques dans les différentes cultures :


L’Axis mundi est très souvent un arbre planté au centre de l’Univers, et dont les racines plongent dans l’autre monde alors que sa partie aérienne peut traverser plusieurs étages célestes. Dans les mythes, l’arbre cosmique assure la communication entre les divers niveaux du monde – fût-ce temporairement car ce végétal est parfois coupé ou abattu (dans l’épopée finnoise du Kalevala ; et chez divers peuples d’Amérique : les Kayapó, Tule, Talamank, Witoto) –, il est régulièrement assimilé à l’« arbre de vie », source de fécondité et de régénération, et les chamans l’utilisent lors de leurs ascensions célestes, selon les aires culturelles. [...]


Inde : Brahmâ est assimilé à un arbre joignant le ciel et la terre, notamment dans le Taittîriya Brâhmana (II, 8, 9, 6) : « Le bois était Brahmâ, et Brahmâ était l’arbre, à partir duquel ils façonnèrent le Ciel et la Terre : je tiens à le dire, gens de compréhension, là se tient Brahmâ, qui supporte le monde. » L’Atharva-Veda (X.7.3) mentionne le « pilier cosmique » Skambhá, dont trois ramifications portent la Terre, l’air et le Ciel, la quatrième se tenant « au-delà du ciel », alors que les dieux « s’appuient sur lui comme les branches de l’arbre à l’entour du tronc ». La cosmologie Jaina s’organise en quinze continents concentriques dont celui du centre, où vivent les hommes, est le Jambûdvipa ou « Île du Pommier rose », qui tire son nom du Jambû, l’arbre cosmique situé juste au nord du mont Meru, lui-même situé au centre de l’Univers. Selon les traditions orales des Khasi, peuple indigène de l’Etat de Meghalaya, les étoiles furent autrefois des hommes, montés au ciel en grimpant sur un arbre immense ; mais une fois celui-ci coupé, ils ne purent redescendre.


Amérique : L’arbre qui monte jusqu’au ciel constitue une image régulièrement utilisée dans l’art décoratif, et très répandue en Amérique du Nord (chez les Absaroka, Algonkin, Arapaho, Arikara, Chipewa, Delaware, Haida, Hidatsa, Hopi, Hupa, Huron, Iroquois, Jikarilla, Kiowa, Menomini, Montagnais, Navajo, Piegan, Seneka, Shuswap). Quand il résulte d’une graine qui vient juste d’être plantée et qui a poussé en une seule nuit, il s’agit manifestement de variantes du type Jean-de-la-Fève telles qu’elles apparaissent chez les Kaddo, Hopi, Navajo, Piegan. Chez les Maya de la période classique (300-900 de notre ère), le « premier arbre » Yaxche’ se trouvait au centre des sept couches de l’Univers qu’il traversait en son centre. Dans les rituels des Yucatèques actuels, il est associé au pilier de bois okom, ce qui semble prolonger l’association d’un arbre cosmique et d’un poteau, figurée sur une stèle d’Izapa datée entre le IIe siècle av. notre ère et le IIe après.

Le motif est également connu en Amérique du Sud, chez les Maka et dans l’aire Gé : pour les Kayapó, un arbre gigantesque appelé la « Fin du Ciel » se dresse à l’Est ; à l’origine, il supportait les cieux, alors parallèles à la terre, mais après plusieurs essais, un tapir réussit à en ronger le tronc jusqu’à ce qu’il tombe; alors le ciel bascula sur les côtés, formant la voûte céleste ; autour des racines de cet arbre se trouvent d’étranges formes de vie, qui firent si peur aux hommes partis explorer à l’Est qu’ils revinrent chez eux débarrassés du désir de retourner vers cette direction. Chez les Sherente, lors de la fête des morts, les chamans grimpent en haut d’un long poteau pour converser avec les défunts qui se trouvent au ciel. Un mythe Matako dit qu’après la séparation du ciel et de la terre, un grand arbre poussa pour les connecter, et que les hommes en profitèrent pour grimper au ciel et y chasser ; mais un vieil homme ayant reçu une portion de gibier insuffisante, il se vengea en brûlant l’arbre, les chasseurs ne purent rentrer et devinrent les Pléiades. Mythe comparable chez les Mokoví: en grimpant à l’arbre Nalliagdigua qui s’élevait jusqu’au ciel, les âmes allaient pêcher dans les lacs et rivières célestes, jusqu’à ce qu’une vieille femme revienne bredouille et qu’aucune âme accepte de lui faire l’aumône d’un poisson ; changée en capivara (le plus gros rongeur connu, Hydrochoerus capibara, dont ce récit est un mythe d’origine), la vieille se met aussiôt à ronger la base de Nalliagdigua, qui s’écroule pour le malheur de tous ; et les cendres de l’arbre ont formé la voie lactée. Depuis que l’arbre cosmique qui permettait aux hommes de rejoindre le démiurge a été abattu sur son ordre, les Karirí n’ont plus de contact avec lui, et il en est de même pour les Witoto, Tule, Talamank, Akawaio, Karib, Taruma, Taulipang, Wapishana, Kainawa.

Le thème de l’arbre cosmique coupé figure aussi dans l’épopée finnoise du Kalevala. Mais chez les Mundurukú, l’arbre apu-i, une espèce d’épiphyte, soutient la voûte céleste, alors que ses racines, pleines de vermine, sortent des narines du décepteur Daiïru selon une version, de ses yeux, oreilles, nez et anus selon une autre.


Océanie : À Bornéo, l’arbre du monde est le témoin d’une lutte sans fin entre le serpent – masculin – lové à ses pieds, et l’aigle – féminin – perché à son sommet, selon une image qui rappelle celle de l’Yggdrasil scandinave, et qui se retrouve chez les Slaves orientaux et lituaniens. Des mythes sud-amérindiens dans lesquels les Pléiades sont des personnes montées au ciel en grimpant à un arbre, et qui n’ont pu en redescendre, on peut rapprocher un mythe Mara (Australie) mettant en scène une femme, son mari, un vieil aveugle, et son fils ; ces deux derniers partent chasser, et rapportent un grand goanna (sorte de varan) et un petit ; la femme les Le motif est également connu en Amérique du Sud, chez les Maka et dans l’aire Gé : pour les Kayapó, un arbre gigantesque appelé la « Fin du Ciel » se dresse à l’Est ; à l’origine, il supportait les cieux, alors parallèles à la terre, mais après plusieurs essais, un tapir réussit à en ronger le tronc jusqu’à ce qu’il tombe; alors le ciel bascula sur les côtés, formant la voûte céleste ; autour des racines de cet arbre se trouvent d’étranges formes de vie, qui firent si peur aux hommes partis explorer à l’Est qu’ils revinrent chez eux débarrassés du désir de retourner vers cette direction. Chez les Sherente, lors de la fête des morts, les chamans grimpent en haut d’un long poteau pour converser avec les défunts qui se trouvent au ciel. Un mythe Matako dit qu’après la séparation du ciel et de la terre, un grand arbre poussa pour les connecter, et que les hommes en profitèrent pour grimper au ciel et y chasser ; mais un vieil homme ayant reçu une portion de gibier insuffisante, il se vengea en brûlant l’arbre, les chasseurs ne purent rentrer et devinrent les Pléiades. Mythe comparable chez les Mokoví: en grimpant à l’arbre Nalliagdigua qui s’élevait jusqu’au ciel, les âmes allaient pêcher dans les lacs et rivières célestes, jusqu’à ce qu’une vieille femme revienne bredouille et qu’aucune âme accepte de lui faire l’aumône d’un poisson; changée en capivara (le plus gros rongeur connu, Hydrochoerus capibara, dont ce récit est un mythe d’origine), la vieille se met aussiôt à ronger la base de Nalliagdigua, qui s’écroule pour le malheur de tous ; et les cendres de l’arbre ont formé la voie lactée. Depuis que l’arbre cosmique qui permettait aux hommes de rejoindre le démiurge a été abattu sur son ordre, les Karirí n’ont plus de contact avec lui, et il en est de même pour les Witoto, Tule, Talamank, Akawaio, Karib, Taruma, Taulipang, Wapishana, Kainawa. Le thème de l’arbre cosmique coupé figure aussi dans l’épopée finnoise du Kalevala. Mais chez les Mundurukú, l’arbre apu-i, une espèce d’épiphyte, soutient la voûte céleste, alors que ses racines, pleines de vermine, sortent des narines du décepteur Daiïru selon une version, de ses yeux, oreilles, nez et anus selon une autre. Asie En Asie septentrionale, les chamans Buriat, Sakha et Dolgan utilisent un bouleau marqué de neuf marches, ou bien une série d’arbres d’espèces différentes, afin de symboliser les différents ciels par où ils passent durant leur voyage. Pour les Sakha, le ciel et la terre ont grandi en même temps que croissait l’« arbre de fer ». Les Altaïques estiment en effet que le monde repose sur un arbre mythique, comme la tente sur son pilier central. Des bouleaux, mélèzes ou pins de Sibérie – ou des poteaux – se cuit, mais ils se disputent pour avoir le plus grand ; elle commence alors à grimper « sur un grand arbre qui montait jusqu’au ciel » ; en la suivant, le garçon aperçoit sa vulve et veut copuler avec elle, qui refuse ; il la mord, elle crie et appelle le vieux qui, bien qu’aveugle, se précipite avec sa hache, et les envoie dans la constellation de gomerindji, c’est-à-dire les Pléiades, où l’on voit toujours le garçon mordant le clitoris de sa mère. Une variante dit que cet arbre permettait de monter et descendre entre ciel et terre, mais que le faucon Kakan l’a accidentellement incendié ; depuis, ceux qui étaient là-haut à ce moment-là y sont restés : ce sont les étoiles. Plusieurs autres groupes « aborigènes » connaissent un arbre gigantesque parfois appelé Warda, qui étaie le ciel et qui doit être protégé en permanence;

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Littérature :


Dans Sans dommage apparent (Édition originale 1999 ; traduction française éditions Denoël, 2001) Ruth Rendell évoque l'analogie entre les arbres et les hommes :


Les grands arbres étaient plus sombres et leur feuillage plus lourd. Ils étaient comme les hommes d'âge mûr, encore beaux, robustes et voluptueux, jusqu'à ce qu'on les voie confrontés à la fraîcheur parfaite de la jeunesse. Les arbres n'avaient pas à soutenir ce genre de comparaisons, car tous se faisaient vieux, ils se fatiguaient peu à peu, et leurs feuilles desséchées brunissaient aux extrémités.

Wexford les regarda en sortant de sa voiture et se rappela que, lors de sa première visite aux Devenish, elles étaient encore en bourgeons. Stephen Devenish ne les verrait pas roussir et tomber. Il ne verrait jamais plus rien.

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Voir aussi :


L'univers des arbres ;

Un arbre, 365 jours ; l'arbre des mondes ; l'arbre inversé ; l'arbre des ancêtres ;




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