Blog

  • Anne

Le Corail




Étymologie :

  • CORAIL, AUX, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Av. 1150 « production calcaire de certains polypes, utilisée en bijouterie » coral (Lapidaire de Marbode, éd. I. Studer et J. Evans, 493) ; 1328 un arbre de courail (Inv. de Clemence de Hongrie ds Gay t. 1 1887) ; 1416 corail (Inv. du duc de Berry, ibid.) ; 2. fig. 1549 le coral de voz levres (Du Bellay, L'Olive, 44 ds Hug.) ; 3. 1775 zool. coral (Valm. t. 2). Du b. lat. corallum, class. corallium ; les formes en -ail ont été refaites à partir du plur. en -aux.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Zoologie :


Dans son Atlas de zoologie poétique (Éditions Arthaud-Flammarion, 2018) Emmanuelle Pouydebat nous expose les caractéristiques du corail "Œil de dragon" (Zoanthus sansibaricus) :


Voilà un animal extraordinaire semblable à un joli bouquet de fleurs aquatiques aux couleurs détonantes. Le mystérieux zoanthaire œil d'aigle, ou œil de dragon, appartient à la famille des cnidaires, plus familièrement des coraux. Vivant en colonies, ces animaux mous se composent de petits disques bordés de tentacules et présentent un éventail de couleurs phosphorescentes à la lumière allant du vert au bleu en passant par des teintes orangées. D’autres couleurs peuvent apparaître en cercles concentriques verts ou bleus, gris bleuté, grisâtres, vert sombre, etc. Ils vivent sr les fonds sableux, vaseux ou détritiques constitués de graviers, de sables et de vase. Superbes animaux aussi beaux que fondamentaux pour la vie. En 250 millions d'années, les coraux sont devenus l'un des écosystèmes les plus importants et les plus complexes de la planète. Les coraux sont les poumons, la forêt tropicale des océans. Ils absorbent près de la moitié des émissions de CO2 de la planète. Plus d'un million d'espèces de plantes et d'animaux son étroitement liées aux coraux. Plus de 4 000 espèces de poissons et des milliers de plantes et d'autres espèces animales se réfugient dans ces récifs. Les coraux protègent la vie et les côtes contre les tempêtes, les vagues, les inondations, l'érosion... Alors ils se préservent.

Si un élément extérieur entre en contact avec eux, leur bordure s'enroule jusqu'à refermer le disque. Et comme d'autres animaux, ces coraux mous possèdent une cavité digestive unique, un système nerveux, des cellules musculaires et urticantes (les cnidocytes) pour se protéger. Ces animaux produisent une multitude de petites molécules pour éviter de se faire manger et lutter contre les parasites et autres infections. Pour se défendre, ils font encore mieux. Cet « œil de dragon » tient sa revanche quand il est exposé à l'air libre, émettant un aérosol dangereux, véritable poison. Par contact dermique, il transmet la palytoxine, puissant vasoconstricteur considéré comme une substance toxique vigoureuse. Au programme des symptômes : troubles sensoriels goût, toucher), hypertension, détresse respiratoire, douleurs musculaires et coma pouvant même entraîner la mort. Les coraux se font respecter chimiquement et les pêcheurs traditionnels savent très bien s'en méfier. Ces coraux produisent des produits toxiques, certes... mais la nature peut toujours surprendre et ces coraux ne font pas exception. Ils produisent des alcaloïdes, molécules qui constituent les principes actifs de médicaments. Les Zoanthus renferment donc des trésors potentiels pour la santé humaine. Ils synthétisent également du chloroforme méthanol. Et alors, me direz-vous ? Et alors ce produit chimique est capable de détruire un parasite qui infeste le système lymphatique humain ! Il stérilise même les parasites femelles. D'autres produits chimiques issus des Zoanthus, comme la norzoanthamine, ont le pouvoir d'empêcher la diminution de la densité osseuse et sont donc considérés comme des médicaments potentiels contre l'ostéoporose. Des animaux-fleurs qui soignent... quoi de plus beau à protéger ? Jardins de la mer, poumon des océans... ils sont indispensables à la vie. Il est donc aisé de se rendre compte à quel point la situation est dramatique. La quasi-totalité des récifs coralliens de la planète est menacée. Si beaux, si puissants et si fragiles à la fois, comme on peut aisément le constater lorsque l'on s'aventure en milieu sous-marin.


"Le corail au fond des eaux de l'océan ; l'expérience au fond de celles de l'adversité." (Félix Boguerts)

*

*

Symbolisme :


D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


« Arbre des eaux, le corail participe du symbolisme de l'arbre (axe du monde) et de celui des eaux profondes (origine du monde). Sa couleur rouge l'apparente au sang. Il a des formes tourmentées. Tous ces signes en font un symbole des viscères.

Il serait né, selon une légende grecque, des gouttes de sang versées par la Méduse, l'une des Gorgones : ce serait la tête de Méduse, tranchée par Persée, qui se serait transformée en corail, tandis que du sang jaillissant naissait Pégase. Et ceci paraît cohérent, selon la dialectique interne des symboles, si l'on se rappelle que la tête de Méduse avait la propriété de pétrifier ceux qui la regardaient.

Le symbolisme du corail tient autant à sa couleur qu'au fait qu'il présente la rare particularité de faire coïncider en sa nature les trois règnes animal, végétal et minéral.


Chez les Anciens le corail était utilisé comme amulette, pour préserver du mauvais œil. Il était également censé arrêter les hémorragies, comme un coagulant, et écarter la foudre.

Sous le nom de partaing, dont l'étymologie est obscure (parthicus ?), le rouge corail a servi, dans les textes moyen-irlandais, à des comparaisons touchant la beauté féminine (les lèvres principalement). Il ne participe pas, selon toute apparence, en milieu celtique, au symbolisme guerrier de la couleur rouge. Mais les documents archéologiques établissent l'usage du corail dans les décors celtiques au deuxième âge du Fer (casques, boucliers, etc.). Puis, le corail ayant fait défaut, les Celtes l'ont remplacé par l'émail rouge qu'ils inventèrent.

Très utilisé dans ses formes naturelles par les orfèvres baroques d'Europe centrale du XVIe au XVIIIe siècle, il donne naissance, associé à des figures de métal précieux, à toutes sortes de monstres et d'êtres mythiques, qui en font une représentation matérielle innée de l'imaginaire, du fantastique. »

*

*

Sur le site http://www.mysterra.org/ on peut lire l'article intitulé :


"Le pouvoir symbolique des coraux.


Connu depuis la préhistoire - on en retrouve les traces peintes dans certaines grottes - ce "produit des Dieux" était déjà utilisé par les Égyptiens, les Grecs et les Romains pour réaliser des objets et des bijoux. D’après une légende grecque, Persée trancha la tête d’une gorgone, la posa sur un coussin d’algues qui fut alors inondé de sang. Celui-ci se pétrifia, et créa ainsi le corail qui bientôt se répandit dans les océans.

Le corail fut aussi durant longtemps l’objet de croyances diverses. Au moyen-âge on cachait dans sa bourse un morceau de corail, talisman contre la sorcellerie! On assurait qu’il rendait les récoltes fertiles et éloignait la foudre des bateaux. Considéré par les Tibétains et les Indiens d’Amérique comme une pierre sacrée, il symbolise "l’énergie de la force vitale" et protège du mauvais œil.

Celui qui possède du corail rouge vivifie sa circulation sanguine, le corail rose lui, aurait une influence sur le cœur, siège des émotions. Il protège des carences alimentaires et de la dépression. Aidant à fixer des images dans notre subconscient, il favorise la méditation. Dans la tradition arabe il était utilisé contre la dysenterie, comme collyre, et même comme dentifrice ! Pour les Chrétiens, il symbolisera bien sûr, le sang du Christ."

*

*

Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Corail est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le corail symbolise une fondation solide et structurée pour soutenir sa vie. Le corail est un petit animal invertébré (son corps est appelé polype) qui vit en colonies compactes formant des récifs - écosystèmes sous-marins assemblés et protégés par le carbonate de calcium que sécrète le corail. On le trouve communément dans les eaux tropicales peu profondes, mais certaines espèces de corail se trouvent aussi dans des eaux plus profondes et plus froides. Les récifs de corail sont sensibles aux changements de température de l'eau. Les polypes du corail sont ordinairement clairs : c'est l'algue qui vit à l'intérieur de sa structure qui donne au corail sa couleur.

​​

Talents : Adaptable : Conscience des rythmes de la vie ; Équilibre ; Connexion à son être intérieur ; Créativité ; Généreux ; Sens du don ; Nourrit les autres ; Patience ; Procure un abri ; Fondation solide ; Stabilité ; Structuré ; Soutient la vie ; Fait confiance aux autres ; Se fait confiance à lui-même.


Défis : Plane au-dessus des gens ; Immobile ; Projette ses idéaux sur les autres ; Rigide ; Auto-sacrificiel ; Ne fait pas confiance.


Élément : Eau.


Couleurs primaires : Toutes les couleurs imaginables !


Apparitions : Le corail apparaît lorsque vous avez besoin de partager avec d'autres. Cela peut être des biens matériels, un avis, ou simplement l'épaule de quelqu'un pour pleurer dessus. Vous êtes quelqu'un de fort mentalement et émotionnellement, vous pouvez survivre aux perturbations qu'apportent des émotions des autres, et vous êtes quelqu'un qui sait écouter. Lorsque vous donnez un conseil, il est plein d'une grande sagesse, même si vous ne vous en rendez pas compte.

Vous savez de façon innée mettre les personnes à l'aise et calmer leurs tourments. Le corail veut dire que des personnes plus jeunes vont vous regarder en tant que modèle, et que vous êtes désireux de les aider de toutes les façons qui vous sont possibles. Le corail vous pousse à vivre pleinement l'artiste qui est en vous. La créativité sous toutes ses formes agit comme un allègement au stress. Lorsque le corail apparaît, c'est pour vous pousser à bien vous nourrir pour ne pas devenir faible. Vous êtes souvent si occupé que vous sautez des repas parce que vous oubliez de manger. Être productif est aussi un signe qu'apporte le corail : de nouveaux projets et de nouvelles occasions s'annoncent.


Aide : Le corail représente le timing parfait, aussi, si votre timing se fait désirer, demandez au corail de vous aider à revenir sur la bonne voie. Vous êtes une personne aimante, qui prend soin des autres, mais parfois vous pouvez sentir qu'on néglige votre présence ou qu'on la considère comme allant de soi. Vous vous êtes construit une fondation solide, aussi vous n'avez pas besoin d'éloges pour savoir que vous faites un excellent travail. le corail vous aide à valoriser vos propres réalisations. Le corail est en permanence en train de changer suivant le flux de l'océan, aussi attendez-vous à ce que des changements interviennent bientôt. Coulez-vous dans ces changements, au lieu de lutter contre eux, pour arriver au meilleur résultat possible. Le corail symbolise la croissance spirituelle, le soutien émotionnel et la compréhension dans la pratique spirituelle et l'approche du psychisme humain. Vous savez intuitivement quels pas faire dans une situation donnée, aussi ne doutez pas de vous. Le corail signifie se connecter plus profondément à ses sentiments. Il vous encourage à voir la beauté dans tous les aspects de votre vie, à faire confiance à la guidance universelle et à accepter le bonheur et les gratifications qui viennent à vous.


Fréquence : L'énergie du corail est semblable à une lumière resplendissante qui brille sur vous. Cela vous remplit d'espoir, d'amour, de courage et de force. C'est chaud, c'est apaisant, et cela ressemble à quelque chose qui luit naturellement en vous.


Imaginez...

Les extraordinaires couleurs des récifs de corail vous éblouissent alors que le soleil filtre à travers les eaux chaudes et claires de l'océan. Vous êtes en train de nager sous l'eau avec un tuba pour observer les formes et couleurs des coraux dans leurs assemblages. Certains ressemblent à de petits arbres avec des branches, alors que d'autres ont la forme de barres, plates ou ondulées. Certains vous rappellent le cerveau humain, d'autres des organismes à bras multiples ou bien des fougères ayant poussé sur un tronc d'arbre. La façon dont ils sont groupés vous évoque un tas de petites communautés formant tout un petit monde sous-marin, qui est le récif. Alors que vous nagez le long du récif, vous plongez souvent pour mieux le voir avant de remonter en surface. Les motifs que dessine le corail sont complexes et comportent énormément de couleurs. Le corail est une fondation solide et nourrissante qui soutient l'existence de nombreux animaux marins. Cela vous rappelle les gens qui font partie de votre vie et la façon dont vous êtes en interaction avec eux au quotidien. Ils sont uniques et sont pour vous des soutiens précieux comme le corail.

*

*


Littérature :


Fleur de sang


Au cœur du globe, dans les eaux chaudes de la ligne et sur leur fond volcanique, la mer surabonde de vie à ce point de ne pouvoir, ce semble, équilibrer ses créations. Elle dépasse la vie végétale. Ses enfantements du premier coup vont jusqu’à la vie animée.

Mais ces animaux se parent d’un étrange luxe botanique, des livrées splendides d’une flore excentrique et luxuriante. Vous voyez à perte de vue des fleurs, des plantes et des arbustes ; vous les jugez tels aux formes, aux couleurs. Et ces plantes ont des mouvements, ces arbustes sont irritables, ces fleurs frémissent d’une sensibilité naissante, où va poindre la volonté.

Oscillation pleine de charme, équivoque toute gracieuse ! Aux limites des deux règnes, l’esprit, sous ces apparences flottantes d’une fantastique féerie, témoigne de son premier réveil. C’est une aube, c’est une aurore. Par les couleurs éclatantes, les nacres ou les émaux, il dit le songe de la nuit et la pensée du jour qui vient.

Pensée ! Osons-nous dire ce mot ? Non, c’est un songe, un rêve encore, mais qui peu à peu s’éclaircit, comme les rêves du matin.


Déjà au nord de l’Afrique, ou de l’autre côté sur le Cap, le végétal qui régnait seul dans la zone tempérée se voit des rivaux animés qui végètent aussi, fleurissent, l’égalent, le surpassent bientôt.

Le grand enchantement commence, et il va toujours augmenter, en s’avançant vers l’équateur.

Des arbustes singuliers, élégants, les gorgones, les isis, étendent leur riche éventail. Le corail rougit sur les flots.

À côté des brillants parterres d’une iris de toute couleur commencent les plantes de pierres, les madrépores où toutes branches (faut-il dire leurs mains et leurs doigts ?) fleurissent d’une neige rosée comme celle des pêchers, des pommiers. Sept cents lieues avant l’équateur, et sept cents lieues au-delà, continue cette magie d’illusion.

Il est des êtres incertains, les corallines, par exemple, que les trois règnes se disputent. Elles tiennent de l’animal, elles tiennent du minéral ; finalement elles viennent d’être adjugées aux végétaux. Peut-être est-ce le point réel où la vie obscurément se soulève du sommeil de pierre, sans se détacher encore de ce rude point de départ, comme pour nous avertir, nous si fiers et placés si haut, de la fraternité terniaire, du droit que l’humble minéral a de monter et s’animer, et de l’aspiration profonde qui est au sein de la Nature.

[...]

Bien autrement variable, le protée des eaux, l’alcyon, prend toute forme et toute couleur. Il joue la plante, il joue le fruit ; il se dresse en éventail, devient une haie buissonneuse ou s’arrondit en gracieuse corbeille. Mais tout cela fugitif, éphémère, de vie si craintive, qu’au moindre frémissement tout disparaît, rien ne reste ; tout en un moment est rentré au sein de la mère commune. Vous retrouvez la sensitive dans une de ces formes légères ; la cornulaire, au toucher, se replie sur elle-même, ferme son sein, comme la fleur sensible à la fraîcheur du soir.

Lorsque d’en haut vous vous penchez au bord des récifs, des bancs de coraux, vous voyez sous l’eau le fond du tapis, vert d’astrées et de tubipores, les fungies moulées en boules de neige, les méandrines historiées de leur labyrinthe, dont les vallées, les collines, se marquent en vives couleurs. Les cariophylles (ou œillets) de velours vert, nué d’orange, au bout de leur rameau calcaire, pêchent leurs petits aliments en remuant doucement dans l’eau leurs riches étamines d’or.

Sur la tête de ce monde d’en bas, comme pour l’abriter du soleil, ondulant en saules, en lianes, ou se balançant en palmiers, les majestueuses gorgones de plusieurs pieds font, avec les arbres nains de l’isis, une forêt. D’un arbre à l’autre, la plumaria enroule sa spirale qu’on croirait une vrille de vigne et les fait correspondre ensemble par ses fins et légers rameaux, nuancés de brillants reflets.

Cela charme, cela trouble ; c’est un vertige et comme un songe. La fée aux mirages glissants, l’eau, ajoute à ces couleurs un prisme de teintes fuyantes, une mobilité merveilleuse, une inconstance capricieuse, une hésitation, un doute.

Ai-je vu ? Non, ce n’était pas… Était-ce un être ou un reflet ?… Oui pourtant, ce sont bien des êtres ! car je vois un monde réel qui s’y loge et qui s’y joue. Les mollusques y ont confiance, y traînent leur coquille nacrée. Les crabes y ont confiance, y courent, y chassent. D’étranges poissons, ventrus et courts, vêtus d’or et de cent couleurs, y promènent leur paresse. Des anélides pourpres, violettes, serpentent et s’agitent près de la délicate étoile, l’ophiure, qui, sous le soleil, tend, détend, roule et déroule tour à tour ses bras élégants.

Dans cette fantasmagorie, avec plus de gravité, le madrépore arborescent montre ses couleurs moins vives. Sa beauté est dans la forme.

Elle est dans l’ensemble surtout, dans le noble aspect de la cité commune ; l’individu est modeste, et la république imposante. Ici, elle a l’assise forte de l’aloès et du cactus. Ailleurs, c’est la tête du cerf, sa superbe ramure. Ailleurs encore l’extension des vigoureux rameaux d’un cèdre qui a d’abord tendu des bras horizontaux et qui va monter toujours.

Ces formes, aujourd’hui dépouillées des milliers de fleurs vivantes qui les animaient, les couvraient, ont peut-être, en cet état sévère, un plus vif attrait pour l’esprit. J’aime à voir les arbres l’hiver, quand leurs fins rameaux, dégagés du luxe encombrant des feuilles, nous disent ce qu’ils sont en eux-mêmes, révèlent délicatement leur personnalité cachée. Il en est ainsi de ces madrépores. Dans leur nudité actuelle, de peintures devenus sculptures, plus abstraits pour ainsi dire, il semble qu’ils vont nous apprendre le secret de ces petits peuples dont ils sont le monument. Plusieurs ont l’air de nous parler par d’étranges caractères. Ils ont des enlacements, des enroulements compliqués qui visiblement diraient quelque chose. Qui saura les interpréter ? et quel mot pourrait les traduire ?

On sent bien qu’aujourd’hui encore il y a une pensée là dedans. On ne s’en détache pas aisément. On y revient, et l’on y reste. On épèle, on croit comprendre. Puis, cette lueur vous fuit, et l’on se frappe le front.

Combien les ruches d’abeilles dans leur froide géométrie sont moins significatives ! Elles sont un produit de la vie. Mais ceci, c’est la vie même. La pierre ne fut pas simplement la base et l’abri de ce peuple ; elle fut un peuple antérieur, la génération primitive qui, peu à peu supprimée par les jeunes qui venaient dessus, a pris cette consistance. Donc, tout le mouvement d’alors, l’allure de la cité première, sont là visibles et saisissants, d’une vérité flagrante, comme tel détail vivant d’Herculanum ou Pompeï. Mais ici tout s’est fait sans violence et sans catastrophe, par un progrès naturel ; il y a une paix sereine, un attrait singulier de douceur.

Tout sculpteur y admirerait les formes d’un art merveilleux qui, dans les mêmes motifs, a trouvé d’infinies variantes, à changer et renouveler tous nos arts d’ornementation.

Mais il y a à considérer bien autre chose que la forme. Les riches arborescences où s’épancha l’activité de ces laborieuses tribus, les ingénieux labyrinthes qui semblent chercher un fil, ce profond jeu symbolique de vie végétale et de toute vie, c’est l’effet d’une pensée, d’une liberté captive, ses tâtonnements timides vers la lumière promise, — éclair charmant de la jeune âme engagée dans la vie commune, mais qui doucement, sans violence, avec grâce s’en émancipait.

J’ai chez moi deux de ces petits arbres, d’espèce analogue, pourtant différente. Nul végétal n’est comparable. L’un de blancheur immaculée, comme d’un albâtre sans éclat, d’une richesse amoureuse qui de chaque branche, elle-même ramifiée, donne à flot boutons, bourgeons, petites fleurs, sans jamais pouvoir dire : Assez. — L’autre, moins blanc et plus serré, dont tout rameau comprend un monde. Adorables tous les deux par la ressemblance et la dissemblance, l’innocence, la fraternité. Oh ! qui me dirait le mystère de l’âme enfantine et charmante qui a fait cette féerie ! On la sent circuler encore, cette âme libre et captive, mais d’une captivité aimée, qui rêve la liberté et n’en voudrait pas tout à fait.

[...]

Les couleurs survivent peu. La plupart fondent et disparaissent. Eux-mêmes, les madrépores, ne laissent d’eux que leur base, qu’on croirait inorganique, et qui n’est pourtant que la vie condensée, solidifiée.

Les femmes, qui ont ce sens bien plus fin que nous, ne s’y sont pas trompées ; elles ont senti confusément qu’un de ces arbres, le corail, était une chose vivante. De là une juste préférence. La science eut beau leur soutenir que ce n’était qu’une pierre ; puis, que ce n’était qu’un arbuste. Elles y sentaient autre chose.

« Madame, pourquoi préférez-vous à toutes les pierres précieuses cet arbre d’un rouge douteux ? — Monsieur, il va à mon teint. Les rubis pâlissent. Celui-ci, mat et moins vif, relève plutôt la blancheur. »

Elle a raison. Les deux objets sont parents. Dans le corail, comme sur sa lèvre et sur sa joue, c’est le fer qui fait la couleur (Vogel). Il rougit l’un et rose l’autre.

« Mais, madame, ces pierres brillantes ont un poli incomparable. — Oui, mais celui-ci est doux. Il a la douceur de la peau, et il en garde la tiédeur. Dès que je l’ai deux minutes, c’est ma chair et c’est moi-même. Et je ne m’en distingue plus.

« — Madame, il est de plus beaux rouges. — Docteur, laissez-moi celui-ci. Je l’aime. Pourquoi ? Je n’en sais rien… Ou, s’il y a une raison, celle qui en vaut bien une autre, c’est que son nom oriental et le vrai, c’est : « Fleur de sang. »

Jules Michelet, La Mer, chapitre IV, "Fleur de sang", 1875.

*

*