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La Pomme de terre

  • Photo du rĂ©dacteur: Anne
    Anne
  • 11 fĂ©vr. 2018
  • 32 min de lecture

DerniĂšre mise Ă  jour : 8 janv.



Étymologie :


  • POMME DE TERRE, subst. fĂ©m.

Étymol. et Hist. 1. DĂ©signe une racine tubĂ©reuse, un tubercule comestible a) ca 1240 agn. dĂ©signe un tubercule − ou une courge ? − (Chirurgie de Roger de Salerne, Ă©d. D.J.A. Ross, 261 ro d'apr. W. Rothwell ds Z. fr. Spr. Lit. t. 86, p. 252) ; b) 1488 [Ă©d. 1491] dĂ©signe la racine de mandragore (La Mer des histoires, I, 110c, d'apr. H. Vaganay ds Rom. Forsch. t. 32, p. 130 : Mandragores sont pommes tres belles... Le fruict est en espece, en saveur et en odeur semblable au poupon [«melon»]. Et pource les Latins l'appellent pomme de terre) ; c) xve s. sert Ă  traduire malum terre dĂ©signant le bulbe du cyclamen europaeum dit ,,pain de pourceau`` (Le Grand herbier, n°128, Camus ds Gdf. Compl. : Ciclamen... est autrement appelĂ© pain a porc et malum terre ou pomme de terre) ; d) 1562 id. dĂ©signant l'artistoloche (Du Pinet, Hist. du monde de C. Pline Second, XXV, Lyon, Cl. Senneton, t. 2, p. 310 : ... l'aristolochie... Nos Latins appellent ceste herbe pomme de terre) ; e) 1655 dĂ©signe le topinambour (N. de Bonnefons, Les dĂ©lices de la campagne, 2e Ă©d., p. 111, d'apr. R. Arveiller ds Fr. mod. t. 18, 1950, p. 237 : Des taupinambous, pomme de terre), cf. TrĂ©v. 1771, qui, s.v. pomme, renvoie pour pomme de terre Ă  topinambour ; v. aussi FEW t. 20, p. 82b ; 2. « tubercule comestible du solanum tuberosum » [1716 d'apr. Bl.-W.1-2] 1750 (E.F. Geoffroy, MatiĂšre mĂ©dicale et Suite de la MatiĂšre mĂ©dicale, trad. en fr. par M.*** [A. Bergier], t. 10, p. 94, d'apr. A. Tolmer ds Fr. mod. t. 14, p. 298 : Pomme de terre ou la Batate commune des jardins, Solanum tuberosum esculentum) ; 1765 (La Henriade travestie, p. 12, d'apr. Roll. Flore t. 8, p. 107) ; 1913 p. abrĂ©v., cuis. pommes [soufflĂ©es] (Colette, L'Entrave, p. 71 ds Quem. DDL t. 16). 1 est comp. de pomme* A 2 a, de de* et de terre* sur le modĂšle du lat. malum terrae, terme dĂ©signant le cyclamen (Pseudo-ApulĂ©e ; Oribase), l'aristoloche (Pline, 25, 95), la mandragore (Isidore ; Pseudo-Dioscoride, AndrĂ© Bot., p. 198) et un tubercule −ou une sorte de courge − (s.d. Collectio salernitana, II, 87 ds Nov. Gloss., s.v. malum). Étant donnĂ© que la pomme de terre, venue des Andes du Chili et du PĂ©rou, rĂ©pandue en Allemagne, via l'Espagne et l'Autriche, dep. la fin du xvie s., a pĂ©nĂ©trĂ© en France par les rĂ©gions de l'Est, il est probable que 2 s'est formĂ© indĂ©pendamment de 1, qu'il a supplantĂ©, comme calque du nĂ©erl. aardappel ou de l'all. dial. Erdapfel «pomme de terre», termes dĂ©signant antĂ©rieurement diverses plantes Ă  racines tubĂ©reuses ou Ă  gros fruits ronds (cf. le m. nĂ©erl. erdappel «racine de mandragore», l'a. h. all. ertapfel ,,pepo, pomum in terra crescens``, erdaphel ,,terre malum`` d'apr. E. Björkman, Die Pflanzennamen der altdeutschen Glossen ds Z. fĂŒr deutsche Wortforschung, t. 3, 1902, p. 285), l'all. ayant dĂ©signĂ© le solanum tuberosum esculentum dep. le xviie s. et demeurant dans les dial. de l'Ouest et du Sud, v. Paul-Betz, s.v. Erdapfel ; Kluge 20, s.v. Kartoffel. Le sens 2 s'est gĂ©nĂ©ralisĂ© dans la seconde moit. du xviiie s. avec l'action de l'agronome philanthrope A. Parmentier, qui, Ă  partir de 1773 (Examen chimique des pommes de terre), s'efforça de rĂ©pandre en France l'usage du nouveau tubercule dont il avait Ă©tudiĂ© les propriĂ©tĂ©s alimentaires durant six annĂ©es passĂ©es en Allemagne. Sur l'appellation de la pomme de terre dans le domaine gallo-rom., v. ALF, carte 1057 ; Roll. Flore t. 8, pp. 106-107 ; A. Litaize ds MĂ©l. Lanly, pp. 571-575 ; v. aussi patate et truffe (cf. m. fr. cartoufle 1600 O. de Serres, Theatre d'agriculture, Paris, Jamet-MĂ©tayer, p. 563 ; suisse alĂ©manique Cartoffel, all. Kartoffel ; FEW t. 13, pp. 386b et 387b-388b).


Lire également la définition du nom composé pomme de terre pour amorcer la réflexion symbolique.

Autres noms : Solanum tuberosum - Crompire (Wallonie) - Morelle tubéreuse - ParmentiÚre - Patate - Tartoufle - Trifola - Truffiole - Trufle (à cause de sa ressemblance avec la truffe) -

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, auteur de Des légumes (Librairie ArthÚme Fayard, 1993) nous en apprend davantage sur l'histoire de la pomme de terre et sur ses propriétés :


La pomme de terre n'est pas un légume racine, mais un légume tige, les tubercules souterrains étant des tiges modifiées. On la classera néanmoins par analogie dans la rubrique des légumes racines.

La pomme de terre est originaire de la cordillĂšre des Andes et comme tous les lĂ©gumes originaires d'AmĂ©rique, elle mit beaucoup de temps Ă  s'imposer, surtout en France. Seul le topinambour dĂ©gorgea Ă  la rĂšgle, puisqu'il fit dĂšs le dĂ©but du XVIIe siĂšcle une carriĂšre rapide et brillante. Il provenait, il est vrai, d'AmĂ©rique du Nord, rĂ©gion du monde d'oĂč n'ont cessĂ© d'essaimer tous les trucs et tous les tics de la civilisation planĂ©taire...

L'histoire de la pomme de terre est un extraordinaire roman Ă  Ă©pisodes oĂč chaque avancĂ©e se trouve brusquement sanctionnĂ©e par quelque avatar imprĂ©vu. Ainsi, son installation dans les habitudes alimentaires, Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, fit reculer les famines en Europe, et pourtant, quelques dĂ©cennies plus tard, c'est une maladie de la pomme de terre elle-mĂȘme qui dĂ©clencha la famine en Irlande.

On discute et on dispute à l'infini sur l point de savoir si les pommes de terre proviennent toutes de l'espÚce décrite par Linné sus le nom de Solanum tuberosum, ou s'il existe d'autres espÚces d'origine. Ce qui paraßt en revanche acquis, c'est qu'en 1532 les Espagnols la découvrent au Pérou, conquis par les conquistadores de François Pizarre. En 1533, on en trouve la premiÚre mention dans la Chronique du Pérou publiée à Séville par Pedro Cieza de Léon. Les papas - c'est le nom que les Péruviens donnaient à la pomme de terre - forment, avec le maïs, la base de leur nourriture. Les Indiens de la cordillÚre savaient préparer la pomme de terre pour qu'elle se conserve : comme les tubercules contiennent 75% d'eau, ils les exposaient la nuit au froid, et le jour à la chaleur torride ; au bout de quelques jours de ce traitement drastique, les pommes de terre étaient suffisamment déshydratées pour prendre l'apparence anodine de petites pierres noires de la taille d'une grosse noix, dures et légÚres ; pour les consommer, il suffisait de les faire retremper dans l'eau. Ce procédé avait permis aux Incas de mettre la pomme de terre en réserve et de la rendre disponible toute l'année, ce qui les autorisa à monter les expéditions nécessaires pour construire leur vaste empire. Pur autant, la pomme de terre ne détrÎnait pas le maïs, que les précolombiens avaient divinisé.

Les pommes de terre furent introduites vers 1535 en Espagne, d'om elles passÚrent rapidement en Italie, car le royaume de Naples était encore sous mandat espagnol Un plant fut adressé au pape Pie IV à titre de panacée.

En 1586, le lĂ©gat du pape en offre Ă  Philippe de Sivry, gouverneur de Mons, lequel envoie deux ans plus tard le tubercule Ă  Charles de LĂ©cluse, nĂ© Ă  Arras et intendant des jardins de l'empereur Maximilien Ă  Vienne C'est Ă  lui qu'on doit la premiĂšre description scientifique de la pomme de terre ; elle figure dans son Histoire des plantes, parue en 1601. Si l'usage de la pomme de terre Ă©tait dĂ©jĂ  rĂ©pandu en Italie dĂšs la fin du XVIe siĂšcle, c'est Ă  partir des tubercules de Charles de LĂ©cluse qu'elle se rĂ©pand en Allemagne, en Autriche, en Suisse et dans l'est de la France. Mais le vĂ©ritable artisan de la culture de la pomme de terre reste FrĂ©dĂ©ric le Grand, roi de Prusse, qui en avait vulgarisĂ© l'usage (ce qui explique que Parmentier l'ait dĂ©couverte en Allemagne). C'est lĂ  que prit naissance la mauvaise rĂ©putation de la pomme de terre, les Bourguignons prĂ©tendant mĂȘme qu'elle rendait lĂ©preux...

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Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt Ă©voque les diffĂ©rents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


C'est de l'Inde que nous vinrent les premiĂšres informations sur la sensibilitĂ© des plantes, Ă  une Ă©poque oĂč l'Occident considĂ©rait encore celles-ci comme des « choses » inertes, dĂ©pourvues de systĂšme nerveux, donc de toute sensibilitĂ©. Sir Jagadis Chandra Bose, soumettant des plantes de diverses espĂšces (navet, carotte, marronnier) Ă  des chocs Ă©lectriques, y observa des rĂ©actions analogues Ă  celles de nos muscles. A l'aube de ce siĂšcle, il fut ainsi le premier Ă  entrevoir le rĂŽle de l'Ă©lectricitĂ© dans la vie des plantes, rĂŽle que l'Occident ne redĂ©couvrit - mais avec quelles rĂ©serves ! - que prĂšs d'un siĂšcle plus tard.


L'histoire de la pendule et de la pomme de terre va en effet tout Ă  fait dans ce sens : il est d'expĂ©rience courante que deux Ă©lectrodes placĂ©s aux extrĂ©mitĂ©s d'une pomme de terre gĂ©nĂšrent une diffĂ©rence de potentiel suffisante pour faire fonctionner une montre Ă  quartz Ă  affichage digital. Depuis fort longtemps, cette sorte de micro-diffĂ©rence de potentiel a pu Ă©galement ĂȘtre mise en Ă©vidence, en Chine notamment, entre deux parties du corps humain. S'agirait-il lĂ  d'une loi commune Ă  tous les ĂȘtres vivants ? Faut-il y voir le tĂ©moignage d'une Ă©ventuelle sensibilitĂ© commune ? Pour l'heure, nous n'en savons pas plus.

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Selon Carole Faivre autrice d'un article intitulĂ© " La pomme de terre dans les noms de prĂ©parations culinaires en France (du XVIIIe siĂšcle Ă  nos jours). “ paru dans l'ouvrage La Pomme de Terre : de la Renaissance au XXIe siĂšcle, Histoire, SociĂ©tĂ©, Économie, Culture (Nov 2008, TOURS, France) :


[
] « La pomme de terre eut d’avantage de mal Ă  s’imposer en Europe, alors que cela faisait environ 2500 ans qu’elle Ă©tait cultivĂ©e au PĂ©rou, sur les hauts plateaux andins. Elle provoqua une certaine mĂ©fiance, au premier abord, due au fait qu’elle poussait Ă  partir d’un tubercule et non d’une graine, comme toutes les autres plantes comestibles europĂ©ennes de l’époque. Cependant, dĂšs le dĂ©but du XVIII siĂšcle, la pomme de terre Ă©tait devenue l’aliment de base de nombreux paysans, qui trouvaient en elle la plante idĂ©ale lorsqu’ils ne disposaient que d’une faible superficie de terre arable. Il suffisait d’un champ de quarante ares de pommes de terre pour faire vivre pendant presque toute une annĂ©e une famille de cinq Ă  six personnes, ayant en outre une vache et un cochon Ă  nourrir. La plante s’accommodait d’une trĂšs grande variĂ©tĂ© de sol, et, pour ĂȘtre cultivĂ©e, n’exigeait pas d’autre instrument qu’une bĂȘche et une pelle. Elle arrivait Ă  maturitĂ© en trois ou quatre mois, alors qu’il fallait un peu plus de six mois de maturation pour les cĂ©rĂ©ales traditionnelles et elle avait l’avantage d’ĂȘtre d’une grande valeur nutritive. » (Farb, Armelagos, 1980 : 78)

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Drs Mathieu Pasquier et Fabrice Dami, Pr Bertrand Yersinnous mettent en garde contre les effets dangereux de certains fruits et lĂ©gumes dans un article intitulĂ© "Fruits et lĂ©gumes : peuvent-ils ĂȘtre dangereux ?" (paru dans la Revue MĂ©dicale Suisse, 2013 ; 9 : 1483-7) :


La patate qui monte Ă  la tĂȘte ! La solanine est un glyco-alcaloĂŻde (GA), une substance prĂ©sente dans de nombreux lĂ©gumes, dotĂ©e d’un effet protecteur contre certaines maladies causĂ©es par des champignons ou insectes. La solanine est prĂ©sente dans les pommes de terre (mais Ă©galement les tomates et les aubergines), principalement dans les fleurs, les feuilles, les germes et la peau, et dans une moindre mesure dans le tubercule. Certains facteurs gĂ©nĂ©tiques, mais aussi les conditions de stockage, l’exposition Ă  la lumiĂšre ou encore les meurtrissures produites pendant la rĂ©colte, peuvent augmenter significativement la teneur en solanine.1 Une amertume marquĂ©e, voire des sensations de brĂ»lures peuvent alors faire suspecter la prĂ©sence d’un taux Ă©levĂ© en glyco-alcaloĂŻde, substance habituellement imperceptible par les papilles gustatives. La solanine est un inhibiteur rĂ©versible de l’acĂ©tylcholinestĂ©rase provoquant des symptĂŽmes tels que transpiration, vomissements, diarrhĂ©es, cĂ©phalĂ©es et bronchospasme. Elle prĂ©sente Ă©galement un effet cytotoxique sur la membrane cellulaire pouvant principalement affecter la permĂ©abilitĂ© intestinale. Dans la plus grande sĂ©rie publiĂ©e d’intoxications (78 Ă©coliers anglais), les symptĂŽmes sont apparus dans les sept Ă  dix-neuf heures sous la forme de fiĂšvre, cĂ©phalĂ©es et hallucinations. Dix-sept patients ont Ă©tĂ© hospitalisĂ©s, dont l’évolution a Ă©tĂ© favorable.

Les intoxications Ă  la solanine sont relativement rares au vu de l’usage frĂ©quent des pommes de terre et tomates dans notre alimentation. Les Ă©pidĂ©mies surviennent principalement lorsque la concentration intrinsĂšque de solanine augmente de maniĂšre substantielle dans les lĂ©gumes vendus. Le traitement est purement symptomatique.

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Vertus médicinales :


Henri Ferdinand Van Heurck et Victor Guibert, auteurs d'une Flore médicale belge. (Fonteyn, 1864) nous apprennent les propriétés thérapeutiques de la Pomme de terre :


PropriĂ©tĂ©s Physiques et Chimiques. ― Les pommes de terre, tubercules qui se dĂ©veloppent comme appendices des racines, peuvent se passer de description ; elles contiennent par 1000 p. 790 p. d'eau de vĂ©gĂ©tation, 150 de fĂ©cule, 76 d'extrait salin, 48 de fibres, etc. Vauquelin y a trouvĂ© de l'eau, de l'amidon, du parenchyme, de l'albumine, de l'asparagine, une rĂ©sine, une matiĂšre animale et des sels. M. Otto a constatĂ© dans les germes de pommes de terre qui poussent au printemps une assez grande quantitĂ© de solanine. Les feuilles et les tiges, ou fanes, fournissent un seiziĂšme de leurs poids de cendres ; on peut retirer de l'alcool des baies.


Usages MĂ©dicaux. ― La pomme de terre n'est guĂšre usitĂ©e de nos jours que comme une plante alimentaire ; en Belgique surtout, elle est la principale ressource des classes pauvres sans ĂȘtre dĂ©daignĂ©e des personnes fortunĂ©es. Elle constitue un aliment nourrissant et de facile digestion . Plusieurs auteurs (Roussel de VauzĂšmes, CochĂ©, Fontanelli, Boche) l'ont donnĂ©e comme un prĂ©servatif du scorbut et comme un remĂšde curatif trĂšs efficace de cette maladie. Le docteur Nanche a vantĂ© la dĂ©coction de pommes de terre dans le traitement de diffĂ©rents catarrhes et mĂȘme contre la gravelle. En usage externe, la pomme de terre crue et rĂąpĂ©e s'applique sur les brĂ»lures ; la pulpe cuite est Ă©molliente et peut fournir des cataplasmes adoucissants et maturatifs. On retire de ces tubercules une fĂ©cule amylacĂ©e qui constitue un trĂšs bon aliment et qui peut remplacer avantageusement les fĂ©cules exotiques ; on la mĂ©lange souvent Ă  la farine du froment dans la confection du pain. Cette fĂ©cule produit un amidon de bonne qualitĂ© qui est soumis Ă  un grand nombre d'usages pharmaceutiques, mĂ©dicaux et industriels. On retire aussi des pommes de terre une eau de vie trĂšs forte.

Les tiges et les feuilles paraissent jouir de quelques propriétés sédatives ; elles ont servi à préparer des cataplasmes, des infusions ou des décoctions utilisées contre diverses affections douloureuses, spasmes de la vessie, hémorroïdes, etc. Dubois croit que les baies sont légÚrement stupéfiantes. Un extrait préparé avec les feuilles a été administré dans la toux, les affections spasmodiques, le rhumatisme chronique, l'angine de poitrine, le cancer de l'utérus (Geiger, Latham). D'autres auteurs ont trouvé cet extrait tout- à-fait inerte (Worsham).

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Historique :


ThĂ©rĂšse Bouysse-Cassagne, auteure d'un article intitulĂ© « Pomme de terre et maĂŻs chez les Aymaras des hauts-plateaux de Bolivie », paru In : Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquĂ©e, 29ᔉ annĂ©e, bulletin n°3-4, Juillet-dĂ©cembre 1982. pp. 321-330, raconte l'histoire de la culture de la pomme de terre chez les Aymaras :

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]

Au niveau d'altitude supĂ©rieure se trouvent donc les tubercules : pomme de terre, olluco, oca. Les pommes de terre sauvages poussent jusqu'Ă  5 000 mĂštres par - 7 °C et les variĂ©tĂ©s cultivĂ©es prospĂšrent jusqu'Ă  4 000 mĂštres. Ces derniĂšres constituaient la nourriture de base des Aymaras. A l'Ă©poque prĂ©colombienne c'est le temps de cuisson d'une variĂ©tĂ© de tubercules amers, les luki, qui servait d'unitĂ© de mesure du temps. Quatre cents ans aprĂšs l'invasion europĂ©enne, la taxonomie aymara distinguait 220 variĂ©tĂ©s de pomme de terre. Il s'agit dans leur grande majoritĂ© de plantes de puna, rĂ©sistantes au gel, mais trĂšs dĂ©pendantes de l'intervention humaine. Les variĂ©tĂ©s amĂšres luki, les plus rĂ©sistantes, ne peuvent pousser au dessous de 2 500 mĂštres. La propagation de ces hybrides en altitude semble indiquer que pendant une grande partie de son histoire, l'homme andin s'acharna Ă  dĂ©velopper ses Ă©tablissements humains sur la puna d'altitude. Et de fait, les flancs pentus des gorges plus chaudes, qui Ă  premiĂšre vue pourraient paraĂźtre plus attrayants ne peuvent vraiment ĂȘtre utilisĂ©s que si l'on y construit des terrasses et des canaux d'irrigation. Or, sur la puna, pas plus l'irrigation que l'engrais ne sont nĂ©cessaires. La dispersion des champs de culture s'explique en partie par le fait qu'une grande quantitĂ© de terre Ă©tait nĂ©cessaire; il arrivait que l'on cultive une parcelle quatre annĂ©es consĂ©cutives puis qu'on la laisse reposer 7 ou 9 ans. On considĂšre d'ailleurs que la mesure agraire qu'est le topo de terre froide de pomme de terre doit ĂȘtre au moins sextuplĂ©e par rapport au topo des vallĂ©es oĂč poussait le maĂŻs.

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Carole Faivre dans un article intitulĂ© " La pomme de terre dans les noms de prĂ©parations culinaires en France (du XVIIIe siĂšcle Ă  nos jours). “ paru dans l'ouvrage La Pomme de, Terre : de la Renaissance au XXIe siĂšcle, Histoire, SociĂ©tĂ©, Économie, Culture (Nov 2008, TOURS, France) nous rappelle les Ă©tapes de l'adoption de la pomme de terre en France :


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] AprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©couverte au PĂ©rou au dĂ©but du XVIe siĂšcle et bien que cultivĂ©e et consommĂ©e depuis longtemps en AmĂ©rique du Sud, la pomme de terre mit du temps (environ deux siĂšcles) Ă  ĂȘtre adoptĂ©e en France de maniĂšre officielle, alors qu’elle fut adoptĂ©e plus rapidement dans d’autres pays europĂ©ens. Elle a d’abord Ă©tĂ© consommĂ©e par les plus pauvres, la faim venant Ă  bout de bien des rĂ©ticences, les premiers Ă  l’inclure dans leur quotidien sont les paysans qui habitaient soit des rĂ©gions frontaliĂšres ou proches de pays dĂ©jĂ  consommateurs (Lorraine, Alsace, Dauphiné ), soit des rĂ©gions pauvres et produisant peu ou prou de cĂ©rĂ©ales (par exemple en Bretagne).

Elle s'est ainsi peu Ă  peu gĂ©nĂ©ralisĂ©e dans certains provinces (le Lyonnais, le Vivarais, dans certaines parties des PyrĂ©nĂ©es, des Alpes
) mĂȘme si son introduction en France se dĂ©roule de maniĂšre inĂ©gale dans le temps et dans l'espace et qu'elle doive surmonter l'image peu ragoĂ»tante d'aliments pour animaux qui l'accompagne.

Bien que dans une ultime action promotionnelle, Parmentier organise en 1785 un menu « spĂ©cial pomme de terre » Ă  la cour et que le roi en porte la fleur Ă  la boutonniĂšre, il s’agit toujours d’un aliment pour les paysans . RĂ©miniscence du principe de distinction verticale des aliments en fonction de la classe sociale du Moyen Age ? Toujours est-il que la pomme de terre ne fait pas partie de la nourriture des Ă©lites, elle n’apparaĂźt donc pas dans les livres de recettes.

En 1705 on ne trouve pas de nom de prĂ©paration culinaire comprenant des pommes de terre dans Le cuisinier roĂŻal et bourgeois de François Massialot. Rien non plus, un demi-siĂšcle plus tard dans Le Cannameliste français , de Joseph Gilliers, publiĂ© Ă  Nancy en 1768. Elle est mentionnĂ©e de maniĂšre scientifique autour de 1765 dans L’EncyclopĂ©die et pourtant « [P]our les rĂ©dacteurs et les lecteurs de l’ EncyclopĂ©die la pomme de terre n’est pas l’aliment-roi, associĂ© Ă  la disparition de la disette et dont on chante les bienfaits dans des couplets humanitaires : elle est encore nettement au-dessous du mangeable (Bonnet, 1976 : 898).

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Selon Nicolas Simon, auteur d'une thĂšse intitulĂ©e Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les vĂ©gĂ©taux et soutenue Ă  la facultĂ© de pharmacie de Nancy, (Sciences pharmaceutiques. 2003. ffhal-01732872f) :


La Morelle tubĂ©reuse (Solanum tuberosum L.) : La morelle tubĂ©reuse, mieux connue sous le nom de pomme de terre, connut aprĂšs son introduction en Europe des dĂ©buts difficiles, elle fut d'abord consommĂ©e avec beaucoup de prĂ©cautions en raison du glucoside trĂšs actif qu'elle contenait: la solanine. Puis on s'est rendu compte que la mise en culture de cette plante permettait de diminuer nettement puis de pratiquement faire disparaĂźtre sa vĂ©nĂ©nositĂ©, ce qui permit d'en faire le lĂ©gume de base de l'alimentation humaine. Mais presque cinq siĂšcles de culture n'ont pas aboli totalement la dangerositĂ© de cette plante qui, dans certaines conditions, peut retrouver sa toxicitĂ©. Si on laisse trop longtemps des tubercules (c'est-Ă -dire la partie que l'on consomme) en plein soleil, on voit rapidement apparaĂźtre des taches de couleur verte sur celui-ci (qui signent la production de solanine) ; Ă  l'inverse, dans un endroit humide, les bourgeons, qui Ă©taient Ă  peine apparents, vont donner des germes qui auront une teneur en solanine trĂšs Ă©levĂ©e. A plusieurs reprises on a observĂ© dans l'armĂ©e française des Ă©pidĂ©mies de diarrhĂ©es qui touchaient parfois des centaines d'hommes et que l'on attribua Ă  la consommation de pommes de terre germĂ©es ou pourries. Ces soldats prĂ©sentaient tous les signes d'un empoisonnement: diarrhĂ©e, vomissements, fiĂšvre, dilatation des pupilles, convulsions et sueurs abondantes. De mĂȘme les fanes de pomme de terre, c'est-Ă -dire la partie aĂ©rienne de la plante, et les baies contiennent des quantitĂ©s de solanine plus ou moins grandes suivant l'annĂ©e et la saison et il peut arriver que lorsque on ne trouve pas assez de fourrage pour le bĂ©tail, on donne aux animaux les fanes que l'on a coupĂ©s. Ceci est Ă  Ă©viter car les animaux ne sont pas moins sensibles que l'homme Ă  la solanine. On a souvent dĂ©crit des empoisonnements de vaches qui prĂ©sentaient une constipation tenace associĂ©e Ă  une tumĂ©faction des paupiĂšres, Ă  une salivation visqueuse importante et Ă  un derme recouvert de croĂ»tes trĂšs dures et trĂšs Ă©paisses. L'amaigrissement est trĂšs rapide et on retrouve des excoriations purulentes, telles des aphtes, dans la bouche.

Lorsqu'on introduisit la pomme de terre en Prusse au 18Ăšme siĂšcle, on assista d'abord Ă  des intoxications parce que certains consommaient les baies et non les tubercules. Ceci montre bien que l'on doit toujours se mĂ©fier des plantes, mĂȘme celles dont on croit qu'elles sont parfaitement inoffensives tant on les consomme rĂ©guliĂšrement.

Dans le mĂȘme ordre d'idĂ©e, on se mĂ©fiera du fruit de la tomate (Solanum lycopersicum L.) qui ne devra jamais ĂȘtre consommĂ© avant complĂšte maturation.

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Vertus médicinales :


Françoise Nicollier et GrĂ©goire Nicollier, auteurs de « Les plantes dans la vie quotidienne Ă  Bagnes : noms patois et utilisations domestiques », (Bulletin de la Murithienne, no 102,‎ 1984, pp. 129-158) proposent la notice suivante :


Trïfla, f. / poumetë, f. / poumetëre, f. / pom(e) de tër(e), f. / = pomme-de-terre = Solanum tuberosum.

Sur les brûlures, on met un cataplasme de pommes-de-terre crues rùpées et d'huile de millepertuis ; un emplùtre de pommes-de-terre chaudes (cuites puis écrasées) mis sur le dos ou la poitrine « tire le froid » (idem avec le son, qui a l'avantage de refroidir moins vite).




Utilisations traditionnelles :


Magdalena KoĆșluk, autrice de "Se nourrir et se soigner : jardin et mĂ©decine pratique aux XVIe et XVIIe siĂšcles." (In : SeiziĂšme SiĂšcle, N°8, 2012. Les textes scientifiques Ă  la Renaissance. pp. 209-225 rappelle la mauvaise rĂ©putation initiale de la pomme de terre :


S’il existe un jardin « idĂ©al » dans lequel on trouve les plantes recommandĂ©es par les rĂ©gimes, il y a aussi un « jardin maudit » fait de plantes malfamĂ©es qu’il faut Ă©viter dans son jardin comme sur la table de sa cuisine. Ce qui est intĂ©ressant dans la prĂ©sentation de ces plantes, c’est la façon dont elles sont dĂ©crites, tant par les mĂ©decins que par les auteurs de manuels d’agriculture. Parfois on tente juste de prĂ©venir le patient en signalant les effets nuisibles de la plante. [...]

Parfois aussi les mĂ©decins font preuve de mĂ©fiance ou s’opposent mĂȘme Ă  toute plante ou racine nouvelles. [...] La pomme de terre, « cette curiositĂ© » introduite en France en 1613 », reste, tout autant dans l’opinion des agriculteurs que dans celle des mĂ©decins, le produit « le plus mauvais de tous les lĂ©gumes dans l’opinion gĂ©nĂ©rale [
] cependant le peuple, qui est la partie la plus nombreuse de l’humanitĂ© s’en nourrit ». La pomme de terre, appelĂ©e toupinambous et qualifiĂ©e de voisine du tournesol, donne ainsi « des vertiges, douleurs de teste, alteration, cruditez et vents Ă  ceux qui en usent ». C’est pourquoi, Guy Patin dĂ©clare :


que l’on laisse cette viande barbare à ceux qui sont si fols qu’ils n’ayment que ce qui est estranger et à qui on fait passer la mer pour leur faire tourner meilleur, puisque nous avons en France d’autres racines plus saines et plus agreables.

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Croyances populaires :


Dans le Dictionnaire de la France mystérieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article à la pomme de terre :


Pomme de terre La pomme de terre, originaire d’AmĂ©rique du Sud, n’est introduite en Espagne qu’au dĂ©but du XVIe siĂšcle, Ă  la suite de la dĂ©couverte des AmĂ©riques. CultivĂ©e dans les campagnes françaises vers la fin du XVIe siĂšcle, cette plante de la famille des solanacĂ©es, comme la belladone, le datura ou la mandragore, est considĂ©rĂ©e comme malsaine. Ses fleurs servent d’ornements mais on laisse la consommation des tubercules au petit peuple. Il faudra attendre les travaux de Parmentier, au XVIIIe siĂšcle, pour qu’elle soit rĂ©habilitĂ©e et que sa consommation se rĂ©pande dans la sociĂ©tĂ© française.

Au XIXe siĂšcle, il faut planter les pommes de terre en dĂ©cours (dernier quartier de lune) ou Ă  la pleine lune, jamais en croissant (premier quartier) car elles auraient une forme irrĂ©guliĂšre (Maine-et-Loire). En Touraine, le dĂ©cours donne des tubercules plus nombreux mais petits, tandis que c’est le contraire pour le croissant ; dans l’Aveyron, celui qui sĂšme ses patates en lune cornue les fera venir de mĂȘme, dĂ©formĂ©es. Dans les Vosges, il faut travailler son champ avant le dimanche des Rameaux et les mettre en terre pendant la Semaine sainte (qui prĂ©cĂšde le dimanche de PĂąques) ; pour avoir une bonne rĂ©colte, il faut les secouer le jour de la Sainte-Anne.

A Paris, au dĂ©but du XXe siĂšcle, porter une pomme de terre dans sa poche est censĂ© porter bonheur. On peut lire dans un article du journal Le Temps de juin 1909, consacrĂ© au dĂ©cĂšs du millionnaire Alfred Chauchard : « M. Chauchard, qui avait le gĂ©nie commercial, avait aussi ses petites manies. Voici l’une d’elles : il portait constamment dans ses poches un marron d’Inde et deux pommes de terre. Suivant une superstition populaire, en effet, le marron d’Inde prĂ©serve des maladies et les pommes de terre sont des fĂ©tiches qui conjurent la mauvaise fortune. » (CitĂ© par E. Rolland, 1910.)

A la campagne, à l’instar du marron, c’est pour soulager ses rhumatismes que l’on place une pomme de terre dans sa poche (Calvados).

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de la pomme de terre :


POMME DE TERRE - BIENFAISANCE.

La Pomme de terre appartient surtout aux malheureux. Cet aliment échappe au monopole du commerce, car il ne dure qu'un an. Modeste comme la véritable charité, la Pomme de terre cache ses trésors ; elle en oblige les riches, elle en nourrit les pauvres. L'Amérique nous a fait ce doux présent, qui pour toujours a banni de l'Europe le plus affreux des fléaux, la famine.

Selon ThĂ©rĂšse Bouysse-Cassagne, auteure d'un article intitulĂ© « Pomme de terre et maĂŻs chez les Aymaras des hauts-plateaux de Bolivie », paru In : Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquĂ©e, (29ᔉ annĂ©e, bulletin n°3-4, Juillet-dĂ©cembre 1982. pp. 321-330) :

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] MalgrĂ© toute l'importance Ă©conomique des tubercules pour les habitants de la puna, malgrĂ© le fait que les rituels qui entourent cette culture soient extrĂȘmement nombreux, aujourd'hui, on a l'impression que les chroniqueurs n'ont pas vu les cĂ©rĂ©monies destinĂ©es Ă  protĂ©ger les cultures de pomme de terre. Ce n'est que 1 5 ans aprĂšs la conquĂȘte espagnole que nous avons la description de l'un de ces rituels. Quelle interprĂ©tation donner Ă  cette lacune ?

Ces rĂ©ticences Ă  donner de l'information peuvent aussi ĂȘtre interprĂ©tĂ©es comme liĂ©es au fait que manger des pommes de terre Ă©tait considĂ©rĂ© dans l'empire inca comme un signe de basse extraction, le mendiant en haillons Ă©tait un huatyacuri, c'est-Ă -dire « un mangeur de pommes de terre ». Il faut dire aussi que le portrait que les chroniqueurs indigĂšnes d'autres rĂ©gions nous tracent des Aymaras est gĂ©nĂ©ralement peu flatteur « ils ont peu de force, sont grands, gros et gras, parce qu'ils ne mangent que du chunu et boivent de la chicha de chunu ». [
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La culture de la pomme de terre était avant tout une culture de subsistance et le mais, culture de prestige, était essentiellement utilisé pour des actes d'hospitalité et à des fins cérémonielles. [
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Ainsi, au sein de la dialectique puna-vallĂ©e un renversement de tendance se produit sous l'empire inca. Alors qu'avec les chefferies aymaras, le pouvoir Ă©tait situĂ© en haut, Ă  l'Ă©tage des tubercules, et Ă©tablissait son contrĂŽle sur les vallĂ©es au moyen de petites colonies pĂ©riphĂ©riques, dont la production demeurait Ă  l'intĂ©rieur de la chefferie, avec l'Etat inca, les dĂ©placements massifs de population du haut vers le bas, le dĂ©veloppement considĂ©rable des cultures dans les vallĂ©es, notamment de la culture de mais, permet d'accroĂźtre le potentiel de rĂ©serves d'une maniĂšre tout Ă  fait nouvelle. La crĂ©ation de ce surplus garantit le maintien et la gestion de nouvelles classes sociales; bureaucratie et armĂ©e, dĂ©pendantes du pouvoir central. On voit donc Ă  quel point l'extension des cultures de maĂŻs permet au pouvoir central de s'affirmer. Enfin c'est le calendrier du maĂŻs qui deviendra calendrier officiel de l'empire mĂȘme si dans la puna les travaux et les jours des Aymaras vaincus continuent Ă  ĂȘtre rĂ©gis par le rythme alternĂ© des tubercules et des ChĂ©nopodiacĂ©s.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'EncyclopĂ©die des herbes magiques (1Ăšre Ă©dition, 1985 ; adaptation de l'amĂ©ricain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Pomme de terre (Solanum tuberosum) a les caractĂ©ristiques suivantes :


Genre : Féminin

PlanĂšte : Lune

ÉlĂ©ment : Terre

Pouvoirs : Envoûtements ; Maléfices.


Utilisation magique : Les Pommes de terre ont énormément servi à fabriquer des poupées d'envoûtement.

Les sorciers du marais charentais affirment qu'on peut crever les yeux d'un ennemi en plantant des hameçons dans les « yeux » d'une Pomme de terre.

Si une femme enceinte veut que son enfant ait une petite tĂȘte, elle ne doit pas manger de ces lĂ©gumes tant que dure sa grossesse, et surtout pas au repas du soir (Wallonie).

Dans le nord de l'Allemagne, les paysans avaient créé un Kartoffeldemon (démon des Pommes de terre) qui harcÚle les pauvres tubercules pour les faire pourrir.

Lorsqu'une Pomme de terre oubliée devient molle, sa peau se ride et des germes blancs commencent à lui sortir de partout : c'est le signe qu'un mort mécontent cherche à revenir pour se venger des habitants de cette maison (région de Guingamp, CÎtes-du-Nord).

Une demoiselle de famille noble et fort riche, dont le nom était connu dans tout le pays, ne paraissait jamais en public que la figure couverte d'un voile épais. C'est que, disait-on, sa mÚre ayant été choquée par la vue d'un porc, elle était née avec un groin au milieu du visage. Elle ne mangeait que des épluchures de Pommes de terre qu'on lui mélangeait avec un peu de paille hachée, et on lui servait cette pùtée dans une auge d'or.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et lĂ©gendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposĂ© par ÉloĂŻse Mozzani, on apprend que :

Avoir une pomme de terre crue dans sa poche porte bonheur, dit-on en France, notamment Ă  Paris, met Ă  l'abri des mauvaises rencontres (outre-Manche) et, selon une croyance commune Ă  toute l'Europe, empĂȘche d'avoir des rhumatismes et des maux de reins, certains auteurs recommandant d'en porter deux, et de prĂ©fĂ©rence volĂ©es. Si la douleur est dĂ©jĂ  lĂ , il faut attendre que la pomme de terre durcisse et la jeter dĂšs que la personne souffre plus ; mais si, au lieu de durcir, elle se flĂ©trit ou pourrit, rien ne pourra guĂ©rir le malade. Les Belges croient Ă©galement soulager les maux de dents en mettant une pomme de terre pelĂ©e dans la poche correspondant au cĂŽtĂ© de la gencive oĂč se tient la dent gĂątĂ©e. Une rondelle du fĂ©culent suffit Ă  se dĂ©barrasser d'une sciatique, disent les Anglais, tandis que la pomme de terre tout entiĂšre a le pouvoir, selon les Français du pays d'Auge, de protĂ©ger de toutes les douleurs, quelle que soit leur origine.

Dans le sud de la France, notamment dans la rĂ©gion de CollobriĂšres (Var), pour faire disparaĂźtre les verrues, on y applique des moitiĂ©s de pommes de terre qu'on jette ensuite dans la nature derriĂšre soi ; il faut rentrer chez soi sans se retourner pour que le charme agisse. En Provence toujours, on fait de mĂȘme pour les orgelets, Ă  ceci prĂšs qu'on les passe Ă  son voisin en lançant dans le puits de celui-ci la pomme de terre en disant : « Je te laisse. » Dans le Languedoc, on trempe le doigt atteint d'un panaris dans l'eau oĂč on a fait cuire des patates.

Consommer des pommes de terre diminue l'ardeur sexuelle ; selon les Wallons, la femme enceinte qui en mange, surtout au dĂźner, risque d'avoir un enfant avec une grosse tĂȘte.

Tours en Wallonie, rĂȘver de pommes de terre annonce la pauvretĂ©.

Les pommes de terre peuvent jouer un rÎle dans la sorcellerie, on a d'ailleurs longtemps façonné avec elles des poupées d'envoûtement. En Charente, certains sorciers « affirment qu'on peut crever les yeux d'un ennemi en plantant des hameçons dans les "yeux" d'une pomme de terre ».

Si une pomme de terre oubliĂ©e mollit, se ride et se couvre de germes blancs, c'est qu'un mort cherche Ă  se venger des habitants de la maison (CĂŽtes-d'Armor). Les Poitevins dĂ©conseillaient de faire cuire des pommes de terre pelĂ©es la veille « parce que ceux qui les mangeraient ne pourraient guĂ©rir s'ils venaient Ă  ĂȘtre mordus par un chien enragĂ© ».

Il faut semer les pommes de terre au dĂ©cours de la lune (Savoie) ou en jeune lune (Deux-SĂšvres). Dans les Vosges, pour avoir de belles pommes de terre, on prĂ©pare le champ avant les Rameaux, on sĂšme les patates pendant la semaine sainte et on les secoue le jour de la Sainte-Anne (26 juillet). Les Belges prĂ©fĂšrent les semer un vendredi, ou mieux, le vendredi saint. Enfin, les Anglais sont persuadĂ©s d'avoir une bonne rĂ©colte si chaque membre de la famille goĂ»te les premiĂšres pommes de terre nouvelles en formulant un vƓu.

Selon une légende de l'ßle de Sein en Bretagne, jadis, saint Guénolé implora le ciel de faire cesser les famines que produisait le diable. Dieu lui envoya alors le premier boisseau de pommes de terre : « Le saint en planta vingt sillons dans l'enclos de son monastÚre ; l'année suivante il sema toute sa récolte, et la pomme de terre se répandit partout ; c'est grùce à elle qu'il n'y a plus eu de famine sur terre ».

Lorsque, vers 1830, survint une maladie de la pomme de terre, on raconta dans la rĂ©gion de Dinan que des domestiques de ferme, lassĂ©s de manger ces fĂ©culents, avaient lancĂ© contre eux une malĂ©diction qui dura six ans. Les Wallons, qui avaient souffert vers 1845 de la mĂȘme calamitĂ©, l'attribuaient Ă  une punition du ciel, « irritĂ© de ce que l'on avait commencĂ© Ă  danser la polka, laquelle n'Ă©tait autre, suivant les bonnes gens, que la danse que les Juifs dansĂšrent au moment de la condamnation de JĂ©sus-Christ ».

Signalons une curieuse croyance allemande, voulant qu'un démon des pommes de terre, « harcÚle les pauvres tubercules pour les faire pourrir ».

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Arnaud Riou dans L’Oracle du peuple vĂ©gĂ©tal (Guy TrĂ©daniel Editeur, 2020) classe les vĂ©gĂ©taux en huit familles : les MaĂźtres, les GuĂ©risseurs, les RĂ©vĂ©lateurs, les Enseignants, les NourriciĂšres, les Artistes, les BĂątisseurs et les Chamans.


Les NourriciĂšres : la Pomme de terre, la Vigne, le BlĂ©, le Riz, l’Epinard, la Laitue et le Champignon. Les NourriciĂšres alimentent la Terre et ses habitants.

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Telle est ma vocation, mon talent et mon pouvoir.

Je nourrirai l’humanitĂ©.


Les NourriciĂšres : Elles nourrissent l’humanitĂ© sur les cinq continents. Elles se sont acclimatĂ©es aux diffĂ©rents sols, aux conditions mĂ©tĂ©orologiques. Elles se sont laissĂ©es domestiquer pour nous offrir leurs fruits, leurs feuilles, leurs racines. Elles nous ont livrĂ© leurs secrets pour les cuisiner et mettre en valeur leur goĂ»t, le secret de leurs qualitĂ©s mĂ©dicinales. On les appelle Salades, Tomates, Carottes, Epinards. Elles sont CĂ©rĂ©ales, Riz, BlĂ©, MaĂŻs. Elles sont sucrĂ©es, amĂšres, salĂ©es. Elles se consomment fraĂźches, sĂ©chĂ©es, cuites. Elles puisent dans la terre, les oligo-Ă©lĂ©ments, les vitamines qui font leur richesse. Elles nous ont livrĂ© les secrets de leur reproduction, de leur culture. Si l’on prend soin d’elles, elles permettront aux sept milliards d’humains de vivre et de se nourrir sur cette terre. C’est pourquoi les plantes NourriciĂšres mĂ©ritent notre gratitude infinie.





















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Regarde la terre.

Sois conscient que sa générosité

est sans limites.

Regarde-toi.

Tu es de cette mĂȘme nature.






















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Avec quatre cent millions de tonnes produites chaque annĂ©e dans le monde, la Pomme de terre s'est imposĂ©e comme la troisiĂšme production de l'homme aprĂšs le Riz et le BlĂ©. La Pomme de terre s'est offert un jardin de vingt millions d'hectares (la surface du SĂ©nĂ©gal) pour Ă©tendre sa culture, c'est dire si cette NourriciĂšre est devenue populaire, et si elle dispose de facilitĂ©s d'adaptation aussi bien en milieu tempĂ©rĂ©, tropical qu'aride, pour pouvoir se reproduire par tous les temps sur les cinq continents et sur tous les sols. La Patate se dĂ©cline en plusieurs familles, la Ratte, la Monalisa, l'Amandine, la Bintje, que l'on reconnaĂźt au goĂ»t, Ă  la taille et Ă  la couleur de la peau : du jaune, au rouge, en passant par le gris, le bleutĂ©, l'argentĂ©, le verdĂątre. il existe aujourd'hui pour chaque variĂ©tĂ© un mode de cuisson recommandĂ©. La Pomme de terre se laisse apprivoiser facilement. Les tubercules peuvent ĂȘtre mis Ă  germer dĂšs janvier dans des petits godets et plantĂ©s en terre dĂšs dĂ©but mars, une fois les gelĂ©es Ă©cartĂ©es. La Pomme de terre se plaĂźt dans un sol bien exposĂ© Ă  la lumiĂšre et au soleil. Pour Ă©viter les maladies, les Pommes de terre aiment partager leur terrain avec les Haricots, les Radis ou les Navets d'une annĂ©e sur l'autre en alternance. En fonction du mode d'agriculture, intensif, bio, permaculture, on creusera plus ou moins la terre, on l'aĂšrera et on la nourrira diffĂ©remment. Les rendements sont trĂšs gĂ©nĂ©reux dĂšs la premiĂšre annĂ©e. La Pomme de terre est riche pour la santĂ©. Elle contient des vitamines C, B6, de l'amidon, des fibres alimentaires. Elle est source de cuivre, de fer, de manganĂšse, de potassium. Elle est antioxydante et protĂšge des radicaux libres. Elle prĂ©vient des risques de maladie cardiovasculaires et du diabĂšte. Elle est riche en glucides. Ce tubercule est originaire des Andes pĂ©ruviennes et colombiennes oĂč elle a Ă©tĂ© domestiquĂ©e il y a dix mille ans Ă  partir de deux espĂšces sauvages. Le terme patate lui a Ă©tĂ© transmis par son ancĂȘtre espagnol, batata, empruntĂ© Ă  l'arawak, une langue indienne dĂ©signant la patate douce. Au moment des grandes dĂ©couvertes, les flottes espagnoles et anglaises rapporteront la Pomme de terre de l'autre cĂŽtĂ© de l'Atlantique dans un premier temps pour la beautĂ© de ses plans et sa curiositĂ© et non pour sa chair, la population trouvant Ă©trange de goĂ»ter ce tubercule qui sort de la terre. Ce sont les guerres et les famines qui donneront aux Pommes de terre et Rutabagas et Topinambours leurs lettres de noblesse. Elles se conservent dans le sol pendant longtemps, se cultivent plus facilement que les cĂ©rĂ©ales et produisent un meilleur rendement. Sous terre, elles ne craignent pas pas les incendies ni les dĂ©gradations des pĂ©riodes de combat. Il faudra toutefois attendre le XIXe siĂšcle pour qu'on reconnaisse Ă  la Pomme de terre tout son intĂ©rĂȘt et qu'on lui offre dans l'alimentation la place qu'elle mĂ©rite. Sa production facile et abondante a mis fin Ă  de nombreuses famines. Aujourd'hui, elle se prĂȘte Ă  tout type de cuisson, Ă  la vapeur, Ă  l'eau, en robe de chambre, en gratin, en lamelles, en frites, en potage, en poĂȘlĂ©e. cette NourriciĂšre montre sous toutes ses formes que sa simplicitĂ© n'a d'Ă©gale que sa gĂ©nĂ©rositĂ©.


Mots-clés : L'abondance - La simplicité - Le partage - La générosité - L'adaptation - La multiplication - La famine - La constance - La rudesse - La grossiÚreté - La terre - Les récoltes - L'argent - La fortune.


Lorsque la Pomme de terre vous apparaĂźt dans le tirage : La Pomme de terre est une NourriciĂšre franche, gĂ©nĂ©reuse et trĂšs directe. Lorsqu'elle vous apparaĂźt, c'est pour vous parler d'abondance. La terre est notre mĂšre Ă  tous. Elle est la Pachamama, GaĂŻa, La Terre-maman. Elle nous nourrit chaque jour au quotidien. Chaque graine, germe, oignon, bulbe que nous semons portera un fruit, un lĂ©gume, une cĂ©rĂ©ale, une fleur. La terre transforme, accueille et porte tout. Nous ne rencontrons pas dans nos civilisations de problĂšme de ressources, mais de partage. Lorsque la carte de la Pomme de terre vous apparaĂźt, c'est pour vous rappeler que l'existence vous donne toujours ce dont vous avez besoin. Il n'y a aucune raison de vous inquiĂ©ter, de vous limiter, ou de nourrir des peurs. Comment pourriez-vous manquer alors que vous avez tant de ressources dans votre corps, dans votre cƓur ? Les seules limites Ă  votre abondance sont celles de votre imagination et de vos croyances. Chacun exploite la terre comme il le souhaite, vous pouvez faire pousser des Pommes de terre, des fleurs, des plantes mĂ©dicinales. Chaque semence portera ses fruits. Il en est de mĂȘme de vos projets. La Pomme de terre vous demande ce que vous souhaitez semer, mettre en terre. Personne ne s'y opposera. Cette carte vous rappelle Ă  la terre, Ă  la matiĂšre, au concret. Elle vous invite Ă  arrĂȘter de conceptualiser, de poser des idĂ©es, des stratĂ©gies, mais de poser des actes qui vous correspondent.


Signification renversĂ©e : Dans sa position renversĂ©e, la Pomme de terre vous rappelle Ă  un manque d'Ă©lĂ©gance dans votre comportement. Peut-ĂȘtre avez-vous voulu aller trop vite ou ne pas intĂ©grer dans une relation ou un projet diffĂ©rents paramĂštres subtils, come la diplomatie, le tact, la patience. La pomme de terre renversĂ©e vous parle d'une rudesse non contrĂŽlĂ©e, d'un manque de douceur, de sens de la poĂ©sie. vous avez voulu ĂȘtre trop terre Ă  terre, avez probablement voulu aller trop vite et risquez de passer Ă  cĂŽtĂ© d'une dimension importante d'un message. La pomme de terre dans sa position renversĂ©e vous invite Ă  vous libĂ©rer de l'enjeu et Ă  vous concentrer non pas sur l'objectif, mais sur le chemin en lui-mĂȘme.


Le Message de la Pomme de terre : Je suis la Pomme de terre. Depuis que l'homme m'a domestiquĂ©e, je lui ai offert cent milliards de tonnes de mes fruits. Peux-tu concevoir ce que cela reprĂ©sente ? Mon abondance n'a pas de limites. Pourtant, vois-tu, je n'en tire aucune fiertĂ©, comme je n'en ai aucune fausse pudeur. J'offre tout ce que je peux offrir. C'est ma nature. Tu te limites toi-mĂȘme sur diffĂ©rentes plans. Car tu n'es pas conscient de ton pouvoir. Sais-tu que dans ton existence, tu prononceras sur la terre l'Ă©quivalent de trois cents millions de mots. Imagines-tu tous ces mots, toutes ces idĂ©es, toutes ces pensĂ©es que tu vas partager avec tes amis, tes proches, tes collĂšgues. Tous ces mots qui vont naĂźtre de ta bouche et se dissĂ©miner dans toutes les directions ? Combien de ces mots sont comestibles ? Combien de mots d'amour sur ces trois cents millions ? Combien de mercis francs ? Prends conscience Ă©galement de toutes les personnes qui ont partagĂ© ta route depuis que tu es sur cette Terre. Qui as-tu encouragĂ© ? SaluĂ© ? AimĂ© ? Quand tu rĂ©aliseras le pouvoir de ta parole et celui de tes gestes, tu multiplieras la production de tes actions pour vivre pleinement et sans tension la pleine abondance.


Le Rituel de la Pomme de terre : La prochaine fois que vous cuisinez, ou que vous vous rendez au restaurant, commandez des Pommes de terre, Ă  l'eau, sautĂ©es, en potage, peu importe. Au moment oĂč celles-ci arrivent dans votre assiette, ou lorsque vous commencez Ă  les cuisiner, prenez le temps de vous souvenir d'oĂč elles viennent retracez l'historique de la Pomme de terre dans le temps. Connectez-vous Ă  sa lignĂ©e qui depuis dix mille ans a nourri la Terre. Connectez-vous Ă  son chemin, depuis la germination, la pousse, la rĂ©colte. Prenez le temps de suivre ce parcours. Toutes ses Ă©volutions, ses endroits de vie, ses modes de culture. C'est tout ce parcours que vous consommez aujourd'hui. Il en est de mĂȘme de vos actes et de vos paroles. Prenez conscience qu'ils sont influencĂ©s par tant de paramĂštres. La psychogĂ©nĂ©alogie, les vies passĂ©es, les habitudes, l'enfance, la famille... Toutes ces influences colorent votre prĂ©sent. RĂ©pĂ©tez alors ces phrases : « Aujourd'hui, je rĂ©alise Ă  quel point je me dĂ©finis Ă  partir de mon passĂ©. Je me fais croire qu'il est plus simple de rĂ©pĂ©ter ce que je connais dĂ©jĂ . Pourtant, profondĂ©ment, je sais qu'il ne tient qu'Ă  moi et qu'il est dans mon pouvoir de crĂ©er, d'inventer, d'innover ce qui est bon, juste pour moi et vibre dans mon cƓur. »

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflĂštent notre Ă©tat psychique :




Croyances populaires :


Paul SĂ©billot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Éditeur Lafolye, janv. 1892) rapporte des croyances liĂ©es aux cycles de la vie et de la nature :


235. - La maladie des pommes de terre a été attribuée à un sort jeté.

Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisiĂšme, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul SĂ©billot recense nombre de lĂ©gendes populaires :

On raconte à l'ßle de Sein qu'autrefois le diable produisait des famines qui faisaient périr beaucoup de monde. Saint Guénolé, qui était alors à Landévennec, se mit en priÚres et Dieu lui donna un boisseau de pommes de terre qu'il venait de créer tout exprÚs. Le saint en planta vingt sillons dans un enclos de son monastÚre. L'année suivante, il sema toute sa récolte, et la pomme de terre se répandit partout ; c'est grùce à elle qu'il n'y a plus eu de famine sur terre.

[...] Suivant une légende trÚs moderne, la maladie qui frappa les pommes de terre vers 1880, eut pour cause premiÚre une malédiction. On raconte aux environs de Dinan que les domestiques de ferme fatigués de trop manger de pommes de terre, proférÚrent contre elles une malédiction dont on n'a pas conserver le texte, et la terre demeura six ans sans produire aucun de ces tubercules. En Wallonie, vers 1845, on attribua cette maladie une punition du ciel, irrité de ce que l'on avait commencé à danser la polka, laquelle n'était autre suivant les bonnes gens, que la danse que les Juifs dansÚrent au moment de la condamnation de Jésus-Christ.

[...] Des consĂ©quences fĂącheuses se produisent parfois quand on n'observe pas l'espĂšce de tabou traditionnel dont certaines espĂšces sont l'objet. En Poitou, on ne doit peler ni ail ni Ă©chalottes, ni pommes de terre le soir pour les faire cuire le lendemain, parce que ceux qui les mangeraient ne pourraient guĂ©rir s'ils venaient Ă  ĂȘtre mordus par un. chien enragĂ©.

[...] Beaucoup de personnes du pays d'Auge portent des pommes de terre dans leur poche comme talisman contre les douleurs Ă  LiĂšge une petite pomme de terre (dans chaque poche du pantalon) enlĂšve les rhumatismes.

[...] Ceux [les enfants] des environs de LiĂšge fichent au bout d'une baguette flexible la baie de la pomme de terre, et la lancent trĂšs haut.

D'aprĂšs VĂ©ronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) :


"Pour ceux qui aiment les multifonctions, rabattez-vous sur une pomme de terre crue. Certes, elle ne paie pas de mine mais une fois placée dans une poche, elle attire la chance, promet de ne pas faire de mauvaises rencontres et préserve des rhumatismes. De quoi laisser ses préjugés de cÎté une bonne fois pour toutes !

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Mythes et légendes :


D'aprĂšs Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les lĂ©gendes du rĂšgne vĂ©gĂ©tal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


POMME DE TERRE. — Quoique introduites en Europe aprĂšs la dĂ©couverte de l’AmĂ©rique, les pommes de terre ont dĂ©jĂ  donnĂ© lieu Ă  quelques superstitions populaires fondĂ©es sur d’anciens mythes. En Allemagne, on prend des mesures contre le dĂ©mon ou loup (Kartoffelwolf) des pommes de terre. On l’appelle aussi ErdĂ€pfelmann ; aprĂšs avoir dĂ©terrĂ© les derniĂšres pommes de terre, on dresse un mannequin et on se rend chez le maĂźtre, en prononçant ce quatrain :

Wir kommen hier mit dem ErdÀpfelmann

Der sich im Feld nicht ernÀhren kann ;

Es ist so kalt und ist so nass,

Er will haben Speck und Pfannkuchen satt.


Dans la fable du loup et du renard, certains conteurs ont remplacé la rave par la pomme de terre.

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Selon VĂ©ronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fĂ©es (Éditions Plume de carotte, 2014), les pommes de terre sont des "tubercules en danger"...


DĂ©composition revendiquĂ©e : Les champs de pomme de terre d'Allemagne reçoivent parfois la visite d'une crĂ©ature semblable Ă  un loup-garou. C'est l'ErdĂ€dpfelmann, Ă©galement connu sous le nom de Kartoffelwolf. Quand cet ĂȘtre malĂ©fique n'attaque pas les paysans isolĂ©s, il creuse la terre de ses griffes acĂ©rĂ©es et fait pĂ©rir les lĂ©gumes par son haleine fĂ©tide. Pour lutter contre ses assauts destructeurs, les employĂ©s de ferme fabriquaient un mannequin de paille Ă  son image Ă  la fin de chaque rĂ©colte. L'objet façonnĂ© Ă©tait ensuite menĂ© jusqu'au propriĂ©taire qui le brĂ»lait tout en scandant :


"Nous venons ici avec l'homme-pomme de terre

Qui ne peut se nourrir dans les champs

Si froids et si humides.

Il veut du lard et des crĂȘpes Ă  satiĂ©tĂ©".


Quand l'ErdĂ€dpfelmann voyait quel traitement on rĂ©servait Ă  son effigie, il disparaissait pour ne plus jamais revenir ! Les pommes de terre conservĂ©es dans les rĂ©serves ne sont guĂšre plus Ă  l'abri des ĂȘtres fĂ©eriques. En Irlande, l'Homme gris ou Far Liath fait pourrir ces lĂ©gumes en un rien de temps par un simple contact. Pour Ă©loigner cet ĂȘtre prenant souvent l'apparence d'un Ă©pais brouillard, les paysans plaçaient un crucifix ou une mĂ©daille religieuse prĂšs des provisions. Si l'objet en question avait Ă©tĂ© prĂ©alablement bĂ©ni par un Ă©vĂȘque, son pouvoir de protection Ă©tait d'autant plus fort. Dans la Haute-SaĂŽne, les Ioutons pratiquent la mĂȘme malfaisance. Ces lutins prenant l'aspect d'un bouc noir marchant sur ses deux pattes arriĂšre, punissent les agriculteurs paresseux en pourrissant notamment leurs rĂ©serves de pommes de terre.


Des tubercules en guise de balles : En Alsace, les elfes appelés Erdwibla pratiquaient avec passion le jeu de paume. Mais les chùtaignes et fruits de platane utilisés jusqu'alors ne convenaient guÚre à la chose. Les premiers étaient bien trop lourds pour leur petite taille et les seconds irritaient leur peau si sensible. La découverte des petites baies des pommes de terre fit en revanche leur bonheur et ils prélevÚrent toutes celles d'un champ. loin de se fùcher, le propriétaire remarqua que ses tubercules n'en poussaient que mieux !


Incognito : Le Tatty bogle, nain polymorphe vivant notamment en Écosse, adore effrayer les cultivateurs travaillant leurs champs de pommes de terre et brĂ»ler leurs parcelles. Dans plusieurs parties d’Écosse et d'Angleterre, son nom signifiait autrefois "Ă©pouvantail". Vous ne serez pas Ă©tonnĂ© d'apprendre que cet ĂȘtre en prend souvent l'apparence pour mieux passer inaperçu dans les cultures.


Éplucher des pommes de terre, c'est pas drĂŽle mais on peut se consoler en se disant qu'il suffit de donner quelques Ă©pluchures aux Corriked, lutins bretons de Roscoff, pour s'attacher leurs services domestiques.

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