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  • Anne

Le Datura



Étymologie :

  • DATURA, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1598 (W. Lodewijcksz, Premier livre de l'hist. de la navigation aux Indes orientales par les Hollandois, f. 27 rods Arv., p. 209). Empr., par l'intermédiaire du port. (attesté dep. 1563, Garcia da Orta ds Dalg.), au skr. dhattūra. A été vulgarisé en fr. par l'intermédiaire du lat. sc. des droguistes et herboristes (v. Arv., pp. 208-213).

  • STRAMONIUM, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1572 strammonia subst. fém. (Du Pinet, trad. Commentaires de Mattioli, p. 396 ds Arv., p. 463 ; trad. du lat. stramonia, 1554) ; 1602 stramonium subst. masc. (Colin, Hist. des Drogues, trad. du lat. de l'Escluse, p. 475, ibid. ; le texte lat. corresp. dans l'éd. de 1593 porte stramonia) ; 1686 stramonie subst. fém. (Dapper, Description de l'Afrique, trad. du néerl., p. 81, ibid.) ; 1776 stramoine subst. fém. (Valm. ds Fr. mod. t. 33, p. 231). Du lat. des bot. stramonia, stramonium d'orig. inc. (FEW t. 21, p. 183a-b). Le n. de cette plante apparaît pour la 1re fois dans un texte cat. dont l'aut. est mort en 1462, sous la forme estremoni (Alc.-Moll., s.v. estramoni). Il est ensuite att. sous la forme lat. stramonia chez Tragus, De stirpium... (1552), chez Matthioli, Commentarii, p. 476 (1554), chez Dodoens, Hist. des plantes, p. 299 (1557). Stramonium semble s'imposer assez vite : il est préféré par Colin (1602).


Lire aussi les définitions de datura et stramoine pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Datura stramonium ; Belladone-épinard ; Chasse-taupe ; Châtaigne puante ; Concombre zombi ; Endormeuse ; Endormie ; Herbe à la forçure ; Herbe à la taupe ; Herbe aux fous ; Herbe aux sorciers ; Herbe aux sorcières ; Herbe aux taupes ; Herbe des magiciens ; Herbe des magiciennes ; Herbe du Diable ; Pomme-épineuse ; Pomme poison ; Putt-putte ; Saute-moine ; Striss-moine ; Tête de hérisson ; Trompette de la mort ; Trompette des anges ; Stramoine commune.

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt s'intéresse à la communication chez les animaux et chez les plantes, ici en particulier à l'association du poisson-globe et de la datura dans les rites vaudous :

Quand le zombi à « ressusciter » est extrait de sa tombe, on lui administre immédiatement - puis encore le lendemain - une pâte à base d'une plante banale mais redoutable, le datura, très suggestivement baptisé là-bas « concombre zombi ». Il se trouve d'ailleurs qu'en Nouvelle-Calédonie, les feuilles d'une plante voisine du datura et de composition presque analogue, le duboisia, sont utilisées comme antidote des toxines du poisson-globe. Le secret des vaudous a donc été aussi découvert par les Canaques ! Grâce à l'atropine et surtout à la scopolamine qu'il contient, le datura secoue et réveille le cataleptique, produisant de surcroît dans son cerveau malmené une sorte de délire aux mille visions. Mais, tout cela, il l'oubliera bien vite, car les feuilles de datura produisent en même temps un état d'abrutissement et d'amnésie particulier qui contribue activement à la « zombification », laquelle se manifeste par l'abolition de la volonté et de la mémoire.

Dans le monde entier, le datura est perçu comme « la plante qui rend fou ». Il s'agit en fait d'un végétal toxique très puissant dont l'une des substances actives, la scopolamine, n'est rien d'autre que le fameux « sérum de vérité » des films d'espionnage. Ce que l'on sait moins, c'est la propriété des feuilles de datura d'envaser la mémoire à cause de la présence d'une substance spécifique isolée il y a peu (un peptide).

Voici donc une composition animale et végétale superbement concoctée pour réduire à néant un individu destiné désormais à vivre en esclave. en fait, deux toxiques suffisent : la tétrodotoxine du poisson-globe et le datura ; les poisons d'accompagnement ne jouent qu'un rôle secondaire.

[...]

Le dévoilement des formules des initiés vaudous incite tout naturellement à jeter un coup d'œil sur les plantes et techniques utilisées par les sorciers d'Europe durant le Moyen Âge et sans doute encore, ici ou là, de nos jours. On y retrouve en priorité - sinon en exclusivité - les cousines et cousins du datura qui forment entre eux une large parentèle appartenant tout entière à la famille botanique des solanacées. [Belladone ; Jusquiame ; Datura lui-même ; Mandragore]

Tous ces végétaux peuvent entrer dans les mixtures et onguents des sorciers, car leurs compositions chimiques sont presque similaires, de même d'ailleurs que leurs propriétés pharmacologiques. Une intoxication par l'une ou l'autre de ces solanacées, éléments de base des pharmacopées infernales, se manifeste par une augmentation du diamètre de la pupille, la mydriase, qui signe avec une quasi-certitude l'origine et la nature du poison.

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Dans Petit Grimoire : Plantes sorcières, Les Sortilèges (Éditions « Au bord des continents... », mars 2019, sélection de textes extraits de Secrets des plantes sorcières) Richard Ely présente ainsi le Datura :


On peut affirmer que cette Solanacée a tout fait pour qu'on la repère parmi les autres plantes. Une belle herbe grandissant jusqu'à parfois dépasser le mètre depuis sa racine pivotante. de larges feuilles aux dents inégales et pointues. Des fleurs blanches à corole soudée en les faisant ressembler à des extrémités de trompettes, visibles de juillet à octobre. Un fruit gros comme une noix, couvert de longs aiguillons. Une odeur fétide, enfin, au cas où vous douteriez encore de son mauvais caractère. Car le datura affirme haut et fort son statut de plante la plus toxique des Solanacées, famille pourtant connue pour sa dangerosité.

Les alcaloïdes tropaniques qu'il contient poussent au mieux à de folles hallucinations, au pire à une mort horrible. Il suffit de dix mg d'atropine pour que la dose soit mortelle. Tout cela n'a pas empêché son usage dans de nombreux rituels tout comme son emploi dans la médecine pour lutter contre les névralgies, les spasmes, les troubles nerveux, l'asthme.

Des pratiques telles que fumer ses feuilles, les infuser ou ingurgiter ses graines, ont mené bien des hommes à la folie ou à la mort. Peu commun, on le rencontre néanmoins un peu partout en France, dans les décombres et sur les rives.

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Propriétés médicinales :


D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Les propriétés narcotiques de cette plante à fleurs pourpres, de la famille des solanacées, sont connues et appréciées en Inde depuis la Préhistoire. La datura (ou stramoine) a également une longue histoire dans d'autres pays. Cette plante élevée et vigoureuse croît dans les lieux incultes et sablonneux. Certains auteurs croient qu'elle serait responsable de la fumée narcotique qui entourait l'oracle de Delphes. En Chine, cette plante était sacrée. Les Chinois croyaient que lorsque Bouddha prêchait, le ciel jetait des gouttes de rosée sur la plante.

Plante vénéneuse très dangereuse, la datura était connue des druides qui l'utilisaient sous forme de breuvages et de philtres destinés à guérir les convulsions et les crises épileptiques. Connue en Europe depuis l'Antiquité, sorciers et sorcières l'utilisaient comme narcotique et la plante faisait partie, avec le manche à balai et le hibou, de la panoplie classique du parfait sorcier. La plante contient des alcaloïdes hautement toxiques, dont le principal est la scopolamine. Cet hallucinogène est présent en concentration élevée dans les feuilles et les graines.

On utilise la datura comme narcotique et antispasmodique. Elle agit un peu comme la belladone, mais se montre plus toxique. Sédatif du système nerveux central, on l'a vantée dans les convulsions, l'épilepsie, le parkinsonisme, la manie, les névralgies et les rhumatismes.

On utilise aussi les feuilles, en poudre et en cigarettes, contre l'asthme. Elles entrent toujours dans la composition de l'huile de jusquiame composée, appelée plus souvent "baume Tranquille". L'huile préparée avec les feuilles était jadis renommée contre les hémorroïdes, les brûlures, les douleurs."

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Symbolisme :


Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Datura stramoine (Datura stramonium) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Saturne

Élément : Eau

Pouvoirs : Désensorcellement ; Sommeil ; Protection ; Expériences psychiques occultes.

Parties toxiques : Toute la plante.


Toutes les parties du Datura sont extrêmement vénéneuses et contiennent des alcaloïdes très toxiques. Une dose légère provoque des vertiges, des hallucinations, des troubles visuels et agit violemment sur la circulation. La pression artérielle grimpe en flèche, toutes les sécrétions du corps s'accentuent. Une dose un peu forte est mortelle.

Selon Homère, la coupe de Circé renfermait une drogue, extraite de l'« herbe aux vertiges », qui avait le pouvoir de transformer les hommes en bêtes...

Calchus, roi des Dauniens, assaillait la magicienne de ses demandes, pour la connaître davantage, mais surtout pour en apprendre les secrets de la magie. Circé fut diaboliquement adroite pour se débarrasser de l'envahissant monarque. Elle l'invita à un festin. Calchus accourut, enchanté. Il fut reçu avec les honneurs dus à son rang. La conversation allait bon train autour de mets aussi séduisants que trompeurs car, tout à coup, le roi Calchus devint livide, la coupe lui tomba des lèvres ; il poussa même des grognements tels que Circé le relégua honteusement avec des pourceaux. La perfide magicienne, à qui le roi des Dauniens avait eu l'imprudence de poser des questions probablement indiscrètes, lui avait fait servir un vin traité au Datura.

Varron, cité par saint Augustin, dit que les magiciennes d'Italie, attirant dans leur campement le voyageur trop confiant, lui faisaient prendre dans du fromage une poudre d'herbe Stramoine qui les changeait en bêtes de somme. Elles les chargeaient de leurs bagages. Le voyage fini, elles lui rendaient sa première forme. Cette tradition a sans doute une origine commune avec celle de Circé.

Le Datura était bien connu au Moyen-Orient dans toute l'Antiquité. Les prostituées romaines de bas étage l'utilisaient pour plonger leurs clients dans un sommeil léthargique, qui leur permettait de les dévaliser à leur aise. Elles leur servaient à boire un capiteux vin de Crète ou de Chypre dans lequel elles avaient fait infuser des graines de Stramoine, finement pulvérisées. Les mères elles-mêmes diluaient cette poudre dans du lait ou de la bouillie pour endormir leurs jeunes enfants et obtenir la tranquillité !

Plus tard, sur les deux rives de l'Adriatique, en Italie comme en Dalmatie et au Montenegro, des bandits connus sous le nom d'endormeurs continuèrent la tradition des péripatéticiennes : ils se servaient eux aussi de la Stramoine pour dévaliser les voyageurs et violer leurs femmes. Pour arriver à leurs fins, ils leur faisaient absorber une infusion de cette plante dans un breuvage quelconque, ou bien encore ils offraient aux voyageurs du tabac contenant du Datura.


Utilisation rituelle : Pendant de longs siècles, les plantes de la famille Datura ont été utilisées dans les pratiques chamaniques. Presque tous les rites magiques animistes amérindiens avaient recours aux propriétés hallucinogènes de la Stramoine pour provoquer la transe. Déjà sacrée chez les Aztèques, la plante l'est encore de nos jours parmi les tribus du Nouveau-Mexique, de l'Arizona et des régions désertiques au sud du Rio Grande.

Carlos Castaneda fait plusieurs fois allusion au Datura dans ses récits ésotériques bien connus : les Enseignements d'un sorcier yaqui et le Diable et la petite fumée (C. Castaneda, Les Enseignements d'un sorcier yaqui, Paris, Gallimard, 1973 ; L'Herbe du diable et la petite fumée, Paris, Union générale d'éditions, 1977 ; le Voyage à Ixlan, Paris, Gallimard, 1974).


Utilisation magique : Répandus autour de la maison, les fruits du Datura (les petites « pommes du Diable ») combattent les envoûtements. Ils éloignent aussi les esprits malfaisants.

Souffrez-vous d'insomnie rebelle dont rien n'est venu à bout ? Il convient alors de placer sept feuilles de Datura dans votre chaussure gauche, et sept demi-feuilles dans celle de droite. Au moment de vous coucher, rangez les deux chaussures côte à côte sous le lit, les pointes dirigées du côté du mur le plus proche.

Des feuilles glissées sous le chapeau protègent de l'insolation. Citons pour mémoire les innombrables « tisanes médiumniques » et autres préparations hallucinogènes à base de Datura; il en existe plusieurs centaines de recettes. La plupart sont dangereuses. Et ce n'est pas dans un ouvrage comme celui-ci qu'il faut les chercher.

« Deux sorcières ayant mis à part deux bouteilles en l'hostellerie où elles étaient arrivées, comme l'hoste les eut entendu parler de faire mourir les bleds et les vignes avec la liqueur Stramoine, il prit les deux bouteilles et versa la mauvaise liqueur sur le lit où elles estoient, et soudain elles moururent ».

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


La datura, appelée "herbe aux sorciers" ou "herbe des magiciens", qui contient des alcaloïdes très toxiques, peut provoquer malaises, vertiges, hallucinations, et même entraîner la mort. Son caractère vénéneux en fait une plante très appréciée des mages noirs. Circé, dans L'Odyssée d'Homère, s'en servit pour composer le philtre destiné à transformer les compagnons d'Ulysse en pourceaux. De même, saint Augustin, citant Varron, rapporte que "les magiciennes d'Italie, attirant dans leur campement le voyageur trop confiant, lui faisaient prendre dans du fromage une poudre d'herbe stramoine qui le changeait en bête de somme. Elles le chargeaient de leurs bagages. Le voyage fini, elles lui rendaient sa première forme".

La datura jouait et joue encore un grand rôle dans les rites chamaniques et vaudous tandis que les Aztèques en avaient fait une plante sacrée : "Elle l'est encore de nos jours parmi les tribus du Nouveau-Mexique, de l'Arizona et des régions désertiques au sud du Rio Grande".

Utilisée par les sorciers du Moyen Âge pour provoquer des visions fantastiques, la stramoine conserve ses pouvoirs terrifiants au début du XXe siècle : selon une croyance savoyarde, si on en frotte les sourcils d'une personne, "celle-ci verra devant elle un grand entonnoir un tourbillon où l'eau s'engouffre. Sainte d'effroi, elle tournera sur elle-même à la même place pour ne pas tomber dans cet abîme". Certains bergers de l'époque affirmaient aussi que personne ne pouvait sorti d'un cercle tracé sur le sol avec une stramoine, sauf si celui qui l'avait dessiné l'autorisait.

Le pouvoir d'endormissement de l' "herbe aux sorciers" - longtemps utilisé à mauvais escient : les prostituées romaines de l'Antiquité servaient à leurs clients du vin contenant des graines de la plante pour les voler en toute tranquillité - est si puissant qu'il suffit, pour tomber dans les bras de Morphée, déplacer ses chaussures sous le lit, le pointe dirigée vers le mur le plus proche, celle de gauche contenant sept feuilles de datura, celle de droite sept demi-feuilles.

Des fruits de datura, ou "pommes du diable", répandus autour de la maison tiennent à distance les esprits malfaisants et les maléfices.

Dans la tradition tzigane, quand une femme tombe malade, on glisse sous ses vêtements de la semence de la plante, censée la protéger contre les démons des maladies.

Dans la Drôme , une jeune fille qui touche de la stramoine aura un mari boiteux.

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014),


"Le jilgré des Bretons n'est autre que la stramoine puissamment hallucinogène. quelques graines et on voit des fées de partout !

En Bretagne, on connaît encore le jilgré comme plante d'oubli. Mais cette fois, les fées ne semblent pas être à l'origine magique de l'effet d'égarement. Car le jilgré n'est autre que la stramoine dont la consommation de graines provoque des hallucinations. Quoi qu'il en soit, le Breton qui goûte ou marche sur l'herbe d'oubli risque d'être emmené par les korrigans pour entrer dans leurs rondes et danser jusqu'à l'épuisement le plus total. Son corps inerte sera sans nul doute retrouvé au petit matin, abandonné sans vie au bord d'un champ."

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Selon Sophie Ékoué, auteure de Sagesses africaines (édition Hachette, 2016) :


La datura est appelée "l'herbe aux sorciers". Tous les guérisseurs et tradi-praticiens africains utilisent dans les rituels de désenvoûtement cette plante, qui dégage une forte odeur camphrée lorsqu'on froisse ses feuilles. Elle pousse dans les petites forêts étagées à l'ombre des grands arbres. Pour prélever ses feuilles les hommes lui demandent la permission en prononçant des formules secrètes. Ce que l'ethnologue Pierre Verger Fatumbi appelle les "incantations- jeux de mots". On l'utilise dans les traitements médico-magiques ou le traitement des maladies mentales. Selon les vieux, sa fumigation purifie la maison, chasse les mauvais esprits.


Planter la datura chez soi ? La plante a voyagé dans le monde, elle est désormais plantée dans les appartements, mais sa vente est passible d'amende et de peine d'emprisonnement. A cause des effets hallucinogènes qu'elle produit, elle est considérée comme un stupéfiant.


Undlelazimhlope, la plante à rêves. Undlelazimhlope veut dire "chemin blanc". Un mythe xhosa décrit ce "chemin blanc" comme la route que veulent emprunter les hommes qui souhaitent devenir des devins. Les rites impliquent de boire un écumeux brassage fait à partir de la plante, qui permet aux initiés de voyager vers le royaume des rêveurs, "sous le fleuve".


Plante d'Afrique du Sud, Silene capensis est connu en Occident sous le nom de "racine à rêves africaine". Elle est censée provoquer un sommeil régénérateur mais peuplé de rêves intenses, parfois lucides. Elle est consommée depuis longtemps par les Xhosa, qui la considèrent comme sacrée, pendant des rituels spirituels et chamaniques. Les rêves provoqués seraient de nature prophétique."

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Dans Petit Grimoire : Plantes sorcières, Les Sortilèges (Éditions « Au bord des continents... », mars 2019, sélection de textes extraits de Secrets des plantes sorcières) Richard Ely précise les propriétés magiques du Datura :

Trompette de la mort : Malgré son surnom de trompette de la mort, donné à cause de la forme de ses fleurs, c'est à bien d'autres usages que les sorcières de ce monde emploient le datura stramoine. Le plus connu des sortilèges de cette plante, appelée aussi l'herbe du diable, l'herbe aux sorcières ou encore l'herbe aux magiciennes, est celui qui brise la volonté de tout homme l'ingurgitant. Voilà bien chose utile lorsqu'on est par exemple une enchanteresse coquine désirant soumettre son partenaire à des pratiques inavouables. L'aphrodisiaque que voilà ne vise nullement à partager le plaisir. Non, c'est pour les desseins de l'ignoble mégère seule que la boisson est versée dans quelque vin ou bière présenté au compagnon d'une vie ou d'un soir. Le malheureux s'adonne alors aux jeux érotiques de la diablesse avant que l'aube ne le cueille, éreinté, et qu'au petit matin il ne s'éveille, la belle à ses côtés, tout sourires. Lui, n'ayant plus en mémoire aucun des détails de la sulfureuse nuit de luxure passée en compagnie de la sorcière. Le même stratagème servait déjà les prostituées romaines qui glissaient quelques graines de stramoine dans le vin destiné à leurs clients. Une fois leur breuvage englouti, c'était leur argent qui l'était par les belles de nuit.

Plus ignoble encore, la sorcière use de ce stratagème pour que sa victime commette sacrilèges et vilenies. Plus d'un homme a entendu les cognements de la maréchaussée à sa porte et a vu les fers se refermer sur es poignets sans être capable de se souvenir du moindre des faits qui lui étaient reprochés. Il les découvre alors, horrifié, lors de son procès. Les preuves sont accablantes, les témoins nombreux et, de fait, c'est bien lui qui a commis l'ignominie susurrée à son oreille par la sorcière, maîtresse de son esprit.


Pomme poison : Le fruit du datura stramoine prend l'allure d'une pomme épineuse. Tonique elle permet aussi d'écarter de son habitation démons et sortilèges. Il vous suffira d'en déposer autour de votre maison, au pied des murs, pour vous assurer de sa protection.


Signature : Saturne.

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Symbolisme celte :


Pascal Lamour, auteur de L'Herbier secret du Druide, des plantes pour les hommes et les esprits (Éditions Ouest-France, 2017) fait le point sur ses recherches :


Quelques plantes du troisième monde : Belladone - Datura - Morelle noire - Bryone

Ces plantes sont connues du monde antique et celtique, mais regardées avec distance, d'abord à cause de leur odeur désagréable et repoussante, mais surtout du fait de leur toxicité. Leur manipulation complexe était réservée aux officiants expérimentés et les sorcières du Moyen-Âge ont souvent cru en prolonger les capacités. C'était-là très mal connaître les croyances traditionnelles où jamais un druide n'aurait séparé les trois mondes dans lequel se mouvait obligatoirement une plante de ce groupe.

[...] Le troisième monde est généralement oublié dans la démarche phytothérapeutique contemporaine ; ce n'est ni son objet ni sa recherche. Elle ne s'intéresse guère qu'au premier monde (l'aspect du corps).


La saisonnalité Samain : De nombreuses discussions ont eu cours autour de ces plantes, et des Solanacées en général, certains allant même jusqu'à affirmer qu'elles ont été importées très tardivement dans l'ancien monde et qu'elles étaient inconnues dans l'Antiquité. Il y a deux mille ans, les gens et les idées voyageaient déjà, et les arguments discutés tant en matière médicale que philosophique étaient comparables à ceux que nous manions aujourd'hui.

Les druides n'ont pas écrit, et aucun témoignage classique ne vient préciser la nature des Solanacées qu'ils employaient, il est vrai. Pour autant, cela ne doit pas permettre d'affirmer que ces plantes leur étaient inconnues.

[...]

Pour le datura, il n'y a aucun doute, Didodore de Sicile comme Strabon décrivent une plante correspondant exactement à la stramoine, et affirment que les Celtes en empoisonnaient leurs flèches. Par ailleurs, cette plante a un tel impact dans notre tradition qu'elle semble nos paarenir de la nuit des temps. [...]

Ces trois plantes, comme la jusquiame, ont des propriétés thérapeutiques identiques, mais leur côté sombre domine, celui du sombre de Samain, relié à l'idée de magie noire, en d'autres termes à la sorcellerie. N'apparaît ici aucun côté lumineux ou guérisseur, mais surgit plutôt le dessein d'empoisonner, de provoquer la mort, de dominer par les philtres magiques. Dans leurs noms vernaculaires, se croisent les mots « furieux », « destructeur », « serpent », « folie », « poison ». Le plus profond de la Samain nous submerge, un temps intermédiaire entre la mort et le folie, provoqué ou recherché pour entrer en communion avec l'Autre Monde. De la nuit, nous savons que les Celtes en faisaient naître le jour des dieux, et il ne peut y avoir de clarté sans le sombre pour la faire émerger. Mais le noir dont nous parlons ici n'est pas le lugubre, mais le « du » des mois noirs, miz du, que sont les longues nuits intimes des mois de novembre et de décembre.

[...]

Nom gaulois : ne nous est pas connu.


Noms bretons : Aval spern « pomme épineuse » ; mewerez « rend les gens ivres » ; sandegri. Jinegré est un autre nom, celui que j'ai le plus rencontré dans mes collectages. Très connu dans les campagnes bretonnes, et entouré d'une étonnante part de mystère, comme si l'on touchait là à l'inaccessible, à l'inconnu, au danger, mais toujours au merveilleux. Son utilisation a été oubliée mais pas son nom. Souvent, on me l'a cité sans savoir ni à quelle plante ce nom correspondait ni même s'il s'agissait en réalité d'un végétal, mais plutôt en évoquant une sorte de breuvage magique, puisé dans les souvenirs de tous, dans la lointaine mémoire des ancêtres.

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Littérature :


Dans le troisième volet de sa Trilogie de Pan, intitulé Regain (Éditions Bernard Grasset, 1930) Jean Giono rapporte une recette de chasse ancestrale :


La Mamèche aussi fait sa chasse, pour cela, à sa façon. Elle s'attaque au petit gibier : aux moineaux que le froid rend familiers et qui sont tout ébouriffés comme des pelotes de laine. Elle fait ce qu'on appelle ici : embaumer du grain. Elle a de vieux grains d'avoine et les fait bouillir avec de la rue et