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  • Anne

La Datura




Étymologie :

  • DATURA, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1598 (W. Lodewijcksz, Premier livre de l'hist. de la navigation aux Indes orientales par les Hollandois, f. 27 rods Arv., p. 209). Empr., par l'intermédiaire du port. (attesté dep. 1563, Garcia da Orta ds Dalg.), au skr. dhattūra. A été vulgarisé en fr. par l'intermédiaire du lat. sc. des droguistes et herboristes (v. Arv., pp. 208-213).

  • STRAMONIUM, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1572 strammonia subst. fém. (Du Pinet, trad. Commentaires de Mattioli, p. 396 ds Arv., p. 463 ; trad. du lat. stramonia, 1554) ; 1602 stramonium subst. masc. (Colin, Hist. des Drogues, trad. du lat. de l'Escluse, p. 475, ibid. ; le texte lat. corresp. dans l'éd. de 1593 porte stramonia) ; 1686 stramonie subst. fém. (Dapper, Description de l'Afrique, trad. du néerl., p. 81, ibid.) ; 1776 stramoine subst. fém. (Valm. ds Fr. mod. t. 33, p. 231). Du lat. des bot. stramonia, stramonium d'orig. inc. (FEW t. 21, p. 183a-b). Le n. de cette plante apparaît pour la 1re fois dans un texte cat. dont l'aut. est mort en 1462, sous la forme estremoni (Alc.-Moll., s.v. estramoni). Il est ensuite att. sous la forme lat. stramonia chez Tragus, De stirpium... (1552), chez Matthioli, Commentarii, p. 476 (1554), chez Dodoens, Hist. des plantes, p. 299 (1557). Stramonium semble s'imposer assez vite : il est préféré par Colin (1602).


Lire aussi les définitions de datura et stramoine pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Datura stramonium ; Chasse-taupe ; Herbe aux fous ; Herbe aux sorciers ; Herbe aux taupes ; Herbe des magiciens ; Herbe du Diable ; Pomme-épineuse ; Pomme poison ; Trompette des anges ; Stramoine commune.




Botanique :

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Propriétés médicinales :


D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Les propriétés narcotiques de cette plante à fleurs pourpres, de la famille des solanacées, sont connues et appréciées en Inde depuis la Préhistoire. La datura (ou stramoine) a également une longue histoire dans d'autres pays. Cette plante élevée et vigoureuse croît dans les lieux incultes et sablonneux. certains auteurs croient qu'elle serait responsable de la fumée narcotique qui entourait l'oracle de Delphes. En Chine, cette plante était sacrée. Les Chinois croyaient que lorsque Bouddha prêchait, le ciel jetait des gouttes de rosée sur la plante.

Plante vénéneuse très dangereuse, la datura était connue des druides qui l'utilisaient sous forme de breuvages et de philtres destinés à guérir les convulsions et les crises épileptiques. Connue en Europe depuis l'Antiquité, sorciers et sorcières l'utilisaient comme narcotique et la plante faisait partie, avec le manche à balai et le hibou, de la panoplie classique du parfait sorcier. La plante contient des alcaloïdes hautement toxiques, dont le principal est la scopolamine. Cet hallucinogène est présent en concentration élevée dans les feuilles et les graines.

On utilise la datura comme narcotique et antispasmodique. Elle agit un peu comme la belladone, mais se montre plus toxique. Sédatif du système nerveux central, on l'a vantée dans les convulsions, l'épilepsie, le parkinsonisme, la manie, les névralgies et les rhumatismes.

On utilise aussi les feuilles, en poudre et en cigarettes, contre l'asthme. Elles entrent toujours dans la composition de l'huile de jusquiame composée, appelée plus souvent "baume Tranquille". L'huile préparée avec les feuilles était jadis renommée contre les hémorroïdes, les brûlures, les douleurs."

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


La datura, appelée "herbe aux sorciers" ou "herbe des magiciens", qui contient des alcaloïdes très toxiques, peut provoquer malaises, vertiges, hallucinations, et même entraîner la mort. Son caractère vénéneux en fait une plante très appréciée des mages noirs. Circé, dans L'Odyssée d'Homère, s'en servit pour composer le philtre destiné à transformer les compagnons d'Ulysse en pourceaux. De même, saint Augustin, citant Varron, rapporte que "les magiciennes d'Italie, attirant dans leur campement le voyageur trop confiant, lui faisaient prendre dans du fromage une poudre d'herbe stramoine qui le changeait en bête de somme. Elles le chargeaient de leurs bagages. Le voyage fini, elles lui rendaient sa première forme".

La datura jouait et joue encore un grand rôle dans les rites chamaniques et vaudous tandis que les Aztèques en avaient fait une plante sacrée : "Elle l'est encore de nos jours parmi les tribus du Nouveau-Mexique, de l'Arizona et des régions désertiques au sud du Rio Grande".

Utilisée par les sorciers du Moyen Âge pour provoquer des visions fantastiques, la stramoine conserve ses pouvoirs terrifiants au début du XXe siècle : selon une croyance savoyarde, si on en frotte les sourcils d'une personne, "celle-ci verra devant elle un grand entonnoir un tourbillon où l'eau s'engouffre. Sainte d'effroi, elle tournera sur elle-même à la même place pour ne pas tomber dans cet abîme". Certains bergers de l'époque affirmaient aussi que personne ne pouvait sorti d'un cercle tracé sur le sol avec une stramoine, sauf si celui qui l'avait dessiné l'autorisait.

Le pouvoir d'endormissement de l' "herbe aux sorciers" - longtemps utilisé à mauvais escient : les prostituées romaines de l'Antiquité servaient à leurs clients du vin contenant des graines de la plante pour les voler en toute tranquillité - est si puissant qu'il suffit, pour tomber dans les bras de Morphée, déplacer ses chaussures sous le lit, le pointe dirigée vers le mur le plus proche, celle de gauche contenant sept feuilles de datura, celle de droite sept demi-feuilles.

Des fruits de datura, ou "pommes du diable", répandus autour de la maison tiennent à distance les esprits malfaisants et les maléfices.

Dans la tradition tzigane, quand une femme tombe malade, on glisse sous ses vêtements de la semence de la plante, censée la protéger contre les démons des maladies.

Dans la Drôme , une jeune fille qui touche de la stramoine aura un mari boiteux.

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014),


" Le jilgré des Bretons n'est autre que la stramoine puissamment hallucinogène. quelques graines et on voit des fées de partout !

En Bretagne, on connaît encore le jilgré comme plante d'oubli. Mais cette fois, les fées ne semblent pas être à l'origine magique de l'effet d'égarement. Car le jilgré n'est autre que la stramoine dont la consommation de graines provoque des hallucinations. Quoi qu'il en soit, le Breton qui goûte ou marche sur l'herbe d'oubli risque d'être emmené par les korrigans pour entrer dans leurs rondes et danser jusqu'à l'épuisement le plus total. Son corps inerte sera sans nul doute retrouvé au petit matin, abandonné sans vie au bord d'un champ."

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Selon Sophie Ékoué, auteure de Sagesses africaines (édition Hachette, 2016) :


La datura est appelée "l'herbe aux sorciers". Tous les guérisseurs et tradi-praticiens africains utilisent dans les rituels de désenvoûtement cette plante, qui dégage une forte odeur camphrée lorsqu'on froisse ses feuilles. Elle pousse dans les petites forêts étagées à l'ombre des grands arbres. Pour prélever ses feuilles les hommes lui demandent la permission en prononçant des formules secrètes. Ce que l'ethnologue Pierre Verger Fatumbi appelle les "incantations- jeux de mots". On l'utilise dans les traitements médico-magiques ou le traitement des maladies mentales. Selon les vieux, sa fumigation purifie la maison, chasse les mauvais esprits.


Planter la datura chez soi ? La plante a voyagé dans le monde, elle est désormais plantée dans les appartements, mais sa vente est passible d'amende et de peine d'emprisonnement. A cause des effets hallucinogènes qu'elle produit, elle est considérée comme un stupéfiant.


Undlelazimhlope, la plante à rêves. Undlelazimhlope veut dire "chemin blanc". Un mythe xhosa décrit ce "chemin blanc" comme la route que veulent emprunter les hommes qui souhaitent devenir des devins. Les rites impliquent de boire un écumeux brassage fait à partir de la plante, qui permet aux initiés de voyager vers le royaume des rêveurs, "sous le fleuve".


// Plante d'Afrique du Sud, Silene capensis est connu en Occident sous le nom de "racine à rêves africaine". Elle est censée provoquer un sommeil régénérateur mas peuplé de rêves intenses, parfois lucides. Elle est consommée depuis longtemps par les Xhosa, qui la considèrent comme sacrée, pendant des rituels spirituels et chamaniques. Les rêves provoqués seraient de nature prophétique."

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