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  • Anne

La Digitale



Étymologie :

  • DIGITALE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1545 (G. Guéroult, Hist. des plantes ds Delb. Rec. d'apr. DG : Or l'avons nous appelee digitale par allusion du doigtier ou doyau a couldre). Empr. au lat. digitalis, v. digital peut-être par l'intermédiaire d'un lat. médiév. bot. digitale (v. FEW t. 3, p. 76a, note 5 ; v. aussi Diefenbach) ; cf. les emplois bot. de digitus et digitellus ds André Bot.


Lire également la définition du nom digitale pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Digitalis ; Doigt de la Vierge ; Doigtier ; Gant de Notre-Dame ; Gantelée

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Botanique :


Été 2019 au Lioran : nous apprenons par le guide de montagne qui nous accompagne dans de très belles randonnées sur les chemins du Cantal, que les bergers d'antan, pour grimper plus haut dans la montagne à la suite de leurs moutons, mâchaient un pétale de digitale.

Ali, Tristan et moi avons voulu essayer... juste un petit pétale... assez probant, il faut le reconnaître !



















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Utilisations traditionnelles :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


En Haute-Bretagne et dans le Bas-Maine les bergers s'amusent à emplir d'air les fleurs de la digitale et à les faire péter en les frappant contre la paume de la main.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Jadis en Haute-Bretagne on accrochait une fleur de digitale à chacun des dards d'une croix d'épine, que l'on tâchait de faire porter à la personne que L'on voulait maléficier celle-ci, sans défiance, baisait la croix. et par conséquent les fleurs, et mourait peu après. Maintenant encore, on fait la croix, puis on retire les fleurs que l'on fait bouillir, et si l'on peut mettre l'eau qui en provient dans la boisson de son ennemi, il ne tarde pas à succomber, non pas à cause ces fleurs, qui ne sont pas « méchantes » mais à cause du sort jeté.

[...] En Basse-Bretagne la digitale est efficace contre le goitre, si on lui adresse cette conjuration :

Salut d'e-hoc'h burlu. gwenn,

Me a so deut d'ho tispenn,

Evit m'am lakafel iac'h,

Rak klanv oun gand ar pennzac'h.

Salut à vous, blanche digitale. Je suis venu vous cueillir. Pour que vous me rendiez la santé, Car d'un goitre je suis affligé.

[...] En Haute-Bretagne, les enfants sifflent dans les fleurs de la digitale.

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Symbolisme :


Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


DIGITALE - TRAVAIL .

Plante ainsi nommée, parce que sa fleur rappelle la figure d'un dé à coudre, d'où le symbole qu'elle représente. Il y a deux sortes de digitales : la digitale blanche et la digitale pourprée. Administrée à forte dose, elle devient un narcotique bienfaisant pour certaines affections.

Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article à la Digitale :


Qui n'a rencontré au détour d'un chemin ces hautes dames médiévales en hennin violet, les digitales, qui comptent au nombre des plus belles plantes de nos contrées septentrionales ? Leurs corolles, si singulières d'aspect, n'ont pas manqué d'exciter l'imagination populaire qui y a vu des dés à coudre (en latin, digitale), ou des doigts de gant, mais alors appartenant à la Vierge elle-même, consécration qui était sans doute une manière de neutraliser une plante aussi meurtrière. Mais derrière la bonne Vierge protectrice, ne faut-il pas entrevoir les fées parfois maléfiques que si souvent elle dissimule ? La digitale en anglais se nomme « gant de renard » (Foxglove) et en allemand « chapeau de renard » (Fuchshut) ; or, le renard, dans les campagnes, a toujours été considéré comme ne incarnation des forces mauvaises, des esprits malins.

En fait, la beauté de la digitale est traitresse, puisqu'il s'agit d'une espèce des plus toxique ; il est juste d'ajouter que son odeur âcre et surtout la saveur amère et désagréable de ses feuilles servent d'avertissement aux animaux qui seraient tentés de les consommer. Mais enfin dix grammes de ces feuilles desséchées, ou quarante grammes de feuilles fraîches, prises en infusion, suffisent à tuer un homme dans des souffrances atroces. Déjà, leur consommation e très petite quantité donne lieu à des symptômes fort impressionnants, dont un très net ralentissement du pouls qui, d'abord élevé, peut descendre jusqu'à seulement trente ou même vingt-cinq pulsations par minute.

Et cependant la digitale était, au moins depuis le XIIIe siècle, utilisée fréquemment par la médecine populaire, une longue tradition la considérant comme un remède contre l'hydropisie. la médecine officielle en tirait même argument contre les dangereuses superstitions qui employaient si légèrement des poisons. pourtant, au XVIIIe siècle, un médecin de l'hôpital de Birmingham, William Withering, eut la curiosité de reconsidérer la question. Botaniste remarquable, puisque ses contemporains le surnommèrent le « Linné anglais », Withering s'intéressait avec tant de sympathie aux remèdes populaires qu'il avait obtenu d'une vieille guérisseuse qu'elle lui communiquât ses secrets. Au nombre de ceux-ci figurait le pouvoir de la digitale. C'est ainsi qu'après de longues expériences WIthering put, en 1775, révéler les propriétés diurétiques de cette plante au monde savant qui les avait oubliées. Ses travaux devaient entraîner toute une série de recherches qui aboutirent à la réhabilitation de la digitale. En France, le docteur Debreyne (1786-1867), médecin du célèbre monastère de la Trappe, près de Mortagne, dans l'Orne, où il devait finir ses jours sous l'habit monastique, signale que la digitale était aussi cardiotonique, grâce à un glucoside, la digitaline. En 1868, un an après sa mort, le chimiste Nativelle put isoler ce principe actif.

La digitaline renforce e régularise le rythme du cœur et exerce également une action vaso-constrictive sur le rythme vasculaire périphérique ; c'est aujourd'hui encore le meilleur médicament tonicardiaque qui existe. par la suite, on s'aperçut que, dans un tout autre domaine, la digitale pouvait aussi exercer une action favorable. sa présence, en effet, suffit à stimuler la croissance d'autres espèces végétales : les arbres fruitiers, les plants de tomates et de pommes de terre. Bien mieux, une décoction de ses feuilles, mêlée à l'eau d'un vase, permet de ranimer le bouquet de fleurs qui s'y fane.

La redécouverte de Withering eut aussi valeur d'exemple. Certains en vinrent à se demander si, au fond, la pharmacopée populaire, si longtemps méprisée et même énergiquement combattue, ne contenait pas parfois de réelles connaissances qui, au cours du temps, s'étaient perdues.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Digitale pourpre (Digitalis purpurea) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Protection.

Parties toxiques : Feuilles et fleurs.


Cette magnifique plante ornementale contient un glucoside, la digitaline, qui peut provoquer de graves troubles cardiaques et digestifs. Il ne faut surtout pas porter les fleurs à sa bouche.


Utilisation magique : La grande Digitale pourpre est traditionnellement protectrice du foyer. Elle veille sur le jardin dans lequel elle pousse, ainsi que sur la maison et ses habitants.

Au pays de Galles, les femmes tirent des feuilles et des sommités fleuries une teinture noirâtre avec laquelle elles peignent, deux fois l'an, le 1er mai et la veille de la Toussaint, le sol de leur chaumière; elles ne badigeonnent pas uniformément tout le carrelage, mais passent leur teinture sur les joints entre les dalles. Ce curieux « plaid » a le pouvoir de repousser les forces négatives de toutes sortes.

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi la Digitale :


Mot clef : Fausseté.

D'un gradin d'or - parmi les cordons de soies,

les gazes grises, les velours verts et les disques

de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil -,

je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes

d'argent, d'yeux et de chevelures.

Arthur Rimbaud (1854-1891), "Fleurs".


La fleur de la Digitale évoque un doigtier (on l'appelle d'ailleurs parfois ainsi, et c'est aussi la signification du nom latin du genre, Digitalis) ; elle était également connue, dans les temps anciens, sous le nom de Gants de Notre-Dame ou encore de Gantelée. Depuis toujours, dans les campagnes, les enfants s'assurent à la cueillir pour s'en faire des gants somptueux.

C'est une fleur dangereuse et mystérieuse, qui avait la réputation d'être la fleur des fées... Et si une tige de Digitale ploie vers le sol, ce n'est pas sous le poids des gouttes de rosée, mais parce que de petites fées (bonnes ou méchantes ?) sont cachées dans les clochettes. Sans doute, alors, est-il plus prudent de ne pas trop s'en approcher...

La Digitale est aussi une plante médicinale extrêmement active, et cela explique peut-être la référence aux fées. En effet, toute la plante contient des substances qui stimulent l'activité cardiaque. Mais son absorption nécessite une prescription médicale car, à haute dose, ses jolies clochettes peuvent entraîner la mort : c'est une des espèces les plus vénéneuses de notre flore.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante vénéneuse peut se révéler maléfique : sa présence dans une maison suffit à aigrir le lait (Bretagne) tandis qu'elle provoque des hémorragies chez la femme qui la touche (Vienne). Elle servait également à envoûter une personne lorsqu'on lui faisait porter des fleurs de digitale disposées sur une croix d'épines : La victime, "sans défiance, baisait la croix et par conséquent les fleurs, et mourait peu après". Lui faire avaler l'eau dans laquelle avaient bouilli ces fleurs était un procédé tout aussi radical.

Toutefois, la digitale pourpre, surnommée "gant de Notre-Dame" ou "doigt de la Vierge" car la mère de Jésus s'était servie de la corolle de la plante pour panser une blessure au pouce, protège le foyer, d'où l'intérêt d'en avoir dans son jardin, d'où également cette coutume galloise : "Les femmes tirent des feuilles et des sommités fleuries une teinture noirâtre avec laquelle elles peignent, deux fois l'an, le 1er mai et la veille de la Toussait, le sol de leur chaumière ; elles ne badigeonnent pas uniformément tout le carrelage, mais passent leur teinture sur les joints entre les dalles. Ce curieux "plaid" a le pouvoir de repousser les forces négatives de toutes sortes".

Les Bretons attribuaient à la digitale le pouvoir de guérir les goitres, à condition de lui adresser cette conjuration :

Salut à vous, blanche digitale.

Je suis venu vous cueillir.

Pour que vous me rendiez la santé,

Car d'un goitre je suis affligé.

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Roger Tanguy-Derrien, auteur de Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998) s'inspire du savoir ancestral pour "récapituler de la manière la plus musclée les informations sur les élixirs" :


Tel Jason qui part à la conquête de la Toison d'or, vous avez en tête un vaste projet ; ou vous êtes animé d'une haute ambition. Votre environnement pèse lourdement sur votre bien-être. Vous avez besoin d'être armé en conséquence. En particulier vos systèmes cardiaque, musculaire, pulmonaire et nerveux ne doivent pas fléchir en cours de route.

Pour cela, vous pouvez faire appel à une deuxième plante de la famille des Scrofulariacées (nous avons déjà étudié le Bouillon Blanc) : la Digitale. Cette plante se présente la première année comme une large rosette, plutôt monstrueuse que sympathique, qui s'empare du sol, tel un poumon. Cette apparence monstrueuse est souvent le signe de la présence d'un puissant poison. On a d'ailleurs remarqué que les bêtes (crapaud, reptile) et les plantes venimeuses n'existaient que dans le monde inférieur. La Digitale est surtout la plante du cœur de l'homme. Mais on oublie souvent l'impact que cette plante peut avoir sur le poumon. Heureusement que le mot Scrofulariacée nous rappelle à la réalité.

La réalité est ce sang veineux qui chargé de poison et de gaz toxiques arrive au cœur juste avant que ne se produise la diastole, c'est-à-dire son deuxième mouvement qui permet à un sang neuf d'être propulsé vers les artères. Ente la systole et la diastole, soit un fragment de seconde, que se produit-il ? C'est en cette fin de cycle de la systole qu'apparaissent les éthers chimiques et vies afin de transmettre au poumon toutes les impuretés du sang veineux. La Digitale et ses composantes assurent cette fonction. Il est le meilleur relais entre ces deux organes. Mais ce n'est pas tout.

La première année, cette plante accomplit donc sa systole. C'est-à-dire qu'elle se contracte afin de propulser le plus haut possible sa tige, ses feuilles et ses fleurs. Cette pulsion est si importante pour vaincre les forces de pesanteur, qu'elle meurt au bout de la seconde année. Elle aime pourtant le sol siliceux, mais elle reçoit une telle résistance de son monde intérieur, que ses forces de vitalité sont refoulées et anéanties. Déjà, lors de la fin de sa