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  • Anne

La Digitale



Étymologie :

  • DIGITALE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1545 (G. Guéroult, Hist. des plantes ds Delb. Rec. d'apr. DG : Or l'avons nous appelee digitale par allusion du doigtier ou doyau a couldre). Empr. au lat. digitalis, v. digital peut-être par l'intermédiaire d'un lat. médiév. bot. digitale (v. FEW t. 3, p. 76a, note 5 ; v. aussi Diefenbach) ; cf. les emplois bot. de digitus et digitellus ds André Bot.


Lire également la définition du nom digitale pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Digitalis ; Doigt de la Vierge ; Doigtier ; Gant de Notre-Dame ; Gantelée

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Botanique :


Été 2019 au Lioran : nous apprenons par le guide de montagne qui nous accompagne dans de très belles randonnées sur les chemins du Cantal, que les bergers d'antan, pour grimper plus haut dans la montagne à la suite de leurs moutons, mâchaient un pétale de digitale.

Ali, Tristan et moi avons voulu essayer... assez probant, il faut le reconnaître !



















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Symbolisme :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article à la Digitale :


Qui n'a rencontré au détour d'un chemin ces hautes dames médiévales en hennin violet, les digitales, qui comptent au nombre des plus belles plantes de nos contrées septentrionales ? Leurs corolles, si singulières d'aspect, n'ont pas manqué d'exciter l'imagination populaire qui y a vu des dés à coudre (en latin, digitale), ou des doigts de gant, mais alors appartenant à la Vierge elle-même, consécration qui était sans doute une manière de neutraliser une plante aussi meurtrière. Mais derrière la bonne Vierge protectrice, ne faut-il pas entrevoir les fées parfois maléfiques que si souvent elle dissimule ? La digitale en anglais se nomme « gant de renard » (Foxglove) et en allemand « chapeau de renard » (Fuchshut) ; or, le renard, dans les campagnes, a toujours été considéré comme ne incarnation des forces mauvaises, des esprits malins.

En fait, la beauté de la digitale est traitresse, puisqu'il s'agit d'une espèce des plus toxique ; il est juste d'ajouter que son odeur âcre et surtout la saveur amère et désagréable de ses feuilles servent d'avertissement aux animaux qui seraient tentés de les consommer. Mais enfin dix grammes de ces feuilles desséchées, ou quarante grammes de feuilles fraîches, prises en infusion, suffisent à tuer un homme dans des souffrances atroces. Déjà, leur consommation e très petite quantité donne lieu à des symptômes fort impressionnants, dont un très net ralentissement du pouls qui, d'abord élevé, peut descendre jusqu'à seulement trente ou même vingt-cinq pulsations par minute.

Et cependant la digitale était, au moins depuis le XIIIe siècle, utilisée fréquemment par la médecine populaire, une longue tradition la considérant comme un remède contre l'hydropisie. la médecine officielle en tirait même argument contre les dangereuses superstitions qui employaient si légèrement des poisons. pourtant, au XVIIIe siècle, un médecin de l'hôpital de Birmingham, William Withering, eut la curiosité de reconsidérer la question. Botaniste remarquable, puisque ses contemporains le surnommèrent le « Linné anglais », Withering s'intéressait avec tant de sympathie aux remèdes populaires qu'il avait obtenu d'une vieille guérisseuse qu'elle lui communiquât ses secrets. Au nombre de ceux-ci figurait le pouvoir de la digitale. C'est ainsi qu'après de longues expériences WIthering put, en 1775, révéler les propriétés diurétiques de cette plante au monde savant qui les avait oubliées. Ses travaux devaient entraîner toute une série de recherches qui aboutirent à la réhabilitation de la digitale. En France, le docteur Debreyne (1786-1867), médecin du célèbre monastère de la Trappe, près de Mortagne, dans l'Orne, où il devait finir ses jours sous l'habit monastique, signale que la digitale était aussi cardiotonique, grâce à un glucoside, la digitaline. En 1868, un an après sa mort, le chimiste Nativelle put isoler ce principe actif.

La digitaline renforce e régularise le rythme du cœur et exerce également une action vaso-constrictive sur le rythme vasculaire périphérique ; c'est aujourd'hui encore le meilleur médicament tonicardiaque qui existe. par la suite, on s'aperçut que, dans un tout autre domaine, la digitale pouvait aussi exercer une action favorable. sa présence, en effet, suffit à stimuler la croissance d'autres espèces végétales : les arbres fruitiers, les plants de tomates et de pommes de terre. Bien mieux, une décoction de ses feuilles, mêlée à l'eau d'un vase, permet de ranimer le bouquet de fleurs qui s'y fane.

La redécouverte de Withering eut aussi valeur d'exemple. Certains en vinrent à se demander si, au fond, la pharmacopée populaire, si longtemps méprisée et même énergiquement combattue, ne contenait pas parfois de réelles connaissances qui, au cours du temps, s'étaient perdues.

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi la Digitale :


Mot clef : Fausseté.

D'un gradin d'or - parmi les cordons de soies,

les gazes grises, les velours verts et les disques

de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil -,

je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes

d'argent, d'yeux et de chevelures.

Arthur Rimbaud (1854-1891), "Fleurs".


La fleur de la Digitale évoque un doigtier (on l'appelle d'ailleurs parfois ainsi, et c'est aussi la signification du nom latin du genre, Digitalis) ; elle était également connue, dans les temps anciens, sous le nom de Gants de Notre-Dame ou encore de Gantelée. Depuis toujours, dans les campagnes, les enfants s'assurent à la cueillir pour s'en faire des gants somptueux.

C'est une fleur dangereuse et mystérieuse, qui avait la réputation d'être la fleur des fées... Et si une tige de Digitale ploie vers le sol, ce n'est pas sous le poids des gouttes de rosée, mais parce que de petites fées (bonnes ou méchantes ?) sont cachées dans les clochettes. Sans doute, alors, est-il plus prudent de ne pas trop s'en approcher...

La Digitale est aussi une plante médicinale extrêmement active, et cela explique peut-être la référence aux fées. En effet, toute la plante contient des substances qui stimulent l'activité cardiaque. Mais son absorption nécessite une prescription médicale car, à haute dose, ses jolies clochettes peuvent entraîner la mort : c'est une des espèces les plus vénéneuses de notre flore.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante vénéneuse peut se révéler maléfique : sa présence dans une maison suffit à aigrir le lait (Bretagne) tandis qu'elle provoque des hémorragies chez la femme qui la touche (Vienne). Elle servait également à envoûter une personne lorsqu'on lui faisait porter des fleurs de digitale disposées sur une croix d'épines : La victime, "sans défiance, baisait la croix et par conséquent les fleurs, et mourait peu après". Lui faire avaler l'eau dans laquelle avaient bouilli ces fleurs était un procédé tout aussi radical.

Toutefois, la digitale pourpre, surnommée "gant de Notre-Dame" ou "doigt de la Vierge" car la mère de Jésus s'était servie de la corolle de la plante pour panser une blessure au pouce, protège le foyer, d'où l'intérêt d'en avoir dans son jardin, d'où également cette coutume galloise : "Les femmes tirent des feuilles et des sommités fleuries une teinture noirâtre avec laquelle elles peignent, deux fois l'an, le 1er mai et la veille de la Toussait, le sol de leur chaumière ; elles ne badigeonnent pas uniformément tout le carrelage, mais passent leur teinture sur les joints entre les dalles. Ce curieux "plaid" a le pouvoir de repousser les forces négatives de toutes sortes".

Les Bretons attribuaient à la digitale le pouvoir de guérir les goitres, à condition de lui adresser cette conjuration :

Salut à vous, blanche digitale.

Je suis venu vous cueillir.

Pour que vous me rendiez la santé,

Car d'un goitre je suis affligé.

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Roger Tanguy-Derrien, auteur de Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998) s'inspire du savoir ancestral pour "récapituler de la manière la plus musclée les informations sur les élixirs" :


Tel Jason qui part à la conquête de la Toison d'or, vous avez en tête un vaste projet ; ou vous êtes animé d'une haute ambition. Votre environnement pèse lourdement sur votre bien-être. Vous avez besoin d'être armé en conséquence. En particulier vos systèmes cardiaque, musculaire, pulmonaire et nerveux ne doivent pas fléchir en cours de route.

Pour cela, vous pouvez faire appel à une deuxième plante de la famille des Scrofulariacées (nous avons déjà étudié le Bouillon Blanc) : la Digitale. Cette plante se présente la première année comme une large rosette, plutôt monstrueuse que sympathique, qui s'empare du sol, tel un poumon. Cette apparence monstrueuse est souvent le signe de la présence d'un puissant poison. On a d'ailleurs remarqué que les bêtes (crapaud, reptile) et les plantes venimeuses n'existaient que dans le monde inférieur. La Digitale est surtout la plante du cœur de l'homme. Mais on oublie souvent l'impact que cette plante peut avoir sur le poumon. Heureusement que le mot Scrofulariacée nous rappelle à la réalité.

La réalité est ce sang veineux qui chargé de poison et de gaz toxiques arrive au cœur juste avant que ne se produise la diastole, c'est-à-dire son deuxième mouvement qui permet à un sang neuf d'être propulsé vers les artères. Ente la systole et la diastole, soit un fragment de seconde, que se produit-il ? C'est en cette fin de cycle de la systole qu'apparaissent les éthers chimiques et vies afin de transmettre au poumon toutes les impuretés du sang veineux. La Digitale et ses composantes assurent cette fonction. Il est le meilleur relais entre ces deux organes. Mais ce n'est pas tout.

La première année, cette plante accomplit donc sa systole. C'est-à-dire qu'elle se contracte afin de propulser le plus haut possible sa tige, ses feuilles et ses fleurs. Cette pulsion est si importante pour vaincre les forces de pesanteur, qu'elle meurt au bout de la seconde année. Elle aime pourtant le sol siliceux, mais elle reçoit une telle résistance de son monde intérieur, que ses forces de vitalité sont refoulées et anéanties. Déjà, lors de la fin de sa floraison, il ressort d'elle une impression de gonflement, de lourdeur, d'accablement, de sacrifice et tout cela afin d'assurer la reproduction de l'espèce au travers de ses fleurs et de ses graines. A ce titre, quand une grossesse s'annonce difficile, il serait peut-être bon de tester l'élixir de Digitale.

Dans cette deuxième plante des Scrofulariacées, la couleur jaune-blanc du Bouillon blanc est remplacée par une couleur pourpre. Les mucilages sont remplacés par des tanins. On y trouve des poisons (dilués) dont raffole l'âme pour chasser ses propres poisons. La digitaline pousse l'âme plus profondément à agir sur les liquides corporels et plus spécifiquement ceux qui empoisonnent le cœur mental, le cœur qui se nourrit de sentiments. N'oublions pas que le sang venimeux charrie aussi les mauvaises humeurs secrétées par les glandes endocrines. Cette fonction est assurée par la digitaline. Pour bien conduire son action, elle facilite la diurèse, supprime les œdèmes, les scléroses et autres barrages, afin de permettre à la colonne sanguine de mieux atteindre les périphéries. Ce tour de magie est obtenu par la digitaline qui équilibre à la perfection le rapport calcium- potassium.

En outre, elle apaise le nerf gastrique et le bulbe rachidien afin de supprimer tous les obstacles possibles. Du coup, c'est tout le système musculaire qui se trouve libéré des angoisses mémorisées par ce système. L'élixir de Digitale favorise de profonds soupirs, un relâchement du muscle cardiaque, un assouplissement des artères. Donc il protège en même temps de l'artérite, de la myocardite. Les pouls redeviennent normaux. La tension artérielle et la fibrillation cardiaque sont régularisées.


Mots-clés : avec la Digitale pensons au « di » de diastole, de digestion des mauvaises humeurs ; de disponibilité dans le sens de libération de quelques fardeaux. Les Anciens l'appelaient le Doigt de la Vierge. Ici, il faut songer à l'amélioration de la circulation périphérique, et les doigts sont concernés...

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Digitale (Digitalis purpurea) :


"C'est une plante vivace frappante que l'on retrouve chez tous les pépiniéristes ; ses fleurs vont du rose pâle au rose très profond.


Propriétés médicinales : C'est un stimulant cardiaque très puissant qu'il ne faut pas prendre à la légère ; il produit un effet important sur tout le système circulatoire, ce qui peut causer une hausse de la pression artérielle. Cette plante a également un bienfait non négligeable sur les reins dont elle augmente la productivité très rapidement. C'est un puissant diurétique. Soulignons d'ailleurs qu'elle contient aussi un poison dont il faut se méfier, la digitoxine, qui n'est pas éliminé facilement par l'organisme. Il n'est pas recommandé de prendre une infusion de cette plante, sauf sous avis médical éclairé.

Genre : Féminin.


Déités : Les Élémentaux.


Propriétés magiques : Protection.


Applications :

RITUEL DE PROTECTION DES ÉLÉMENTAUX (pour se protéger des forces obscures)


Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle argent (ou de couleur iridescente)

  • de l'encens de rose ou de muguet

  • un bouquet de digitale (ou une photo de la plante)

  • un bol de sel

  • un bol d'eau

Rituel :

Vous devez pratiquer cette invocation au moment de la pleine lune, à minuit précisément.

Allumez vos chandelles et votre encens, puis placez votre sel et votre eau à côté d'eux.

Prenez le sel, faites le tour de la pièce ou des pièces que vous désirez protéger et jetez quelques grains de sel tout en disant :

Avec le sel de la terre, J'invoque les Élémentaux afin qu'ils m'aident

à protéger ma demeure.


Prenez maintenant la coupe d'eau et répétez le même processus en aspergeant le sol de quelques gouttes tout en disant :

Avec l'eau de la vie,

J'invoque les Élémentaux afin qu'ils m'aident

à protéger ma demeure.


Prenez maintenant l'encens et répétez le même processus en envoyant la fumée partout et en disant :


Avec l'air parfumé,

J'invoque les Élémentaux afin qu'ils m'aident

à protéger ma demeure.


Prenez maintenant la chandelle et parcourez toutes vos pièces en imaginant un écran de feu formant une barrière infranchissable à toutes les influences négatives qui voudraient s'infiltrer et dites :


Avec le feu sacré,

J'invoque les Élémentaux afin qu'ils m'aident

à protéger ma demeure

de toutes influences non bénéfiques.


Faites brûler votre encens et votre chandelle jusqu'à ce qu'ils s'éteignent d'eux-mêmes.

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Mythes et légendes :


Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014), la digitale pourpre est d'une "toxicité répulsive".


Accessoires du Petit Peuple : Du fait de sa forme particulière similaire à une cloche, la fleur de digitale a donné naissance à plusieurs associations d'idées. Les Allemands ont par exemple nommé cette plante Fingerhut, qui se traduit par "dé à coudre". Selon leur tradition, les fées utiliseraient cet ustensile pourpre pour assembler leurs parures diaphanes avec des rayons de lune en guise de fil. d'autres ont vu dans ces fleurs de minuscules gants des bonnes dames qu'il ne faut en aucun cas cueillir pour ne pas attiser leur colère. Dans les vallons boisés du pays de Galles, ces accessoires seraient plutôt portés par les Ellydon, de minuscules lutins translucides faisant partie des sujets de la reine Mab. Les corolles de la fleur sont de manière générale perçues comme étant les petits couvre-chefs du peuple de Féerie. Les Dames vertes, qui doivent leur nom à la teinte de leur toilette, ont pour seule fantaisie vestimentaire d'arborer une coiffe d'une autre couleur. Certaines d'entre elles, tout comme les fées par ailleurs, ont choisi de porter une digitale pourpre sur leur tête.

Les corolles des digitales seraient confectionnées par les fées, cousues main avec des rayons de lune.

En Alsace, cette fleur est le bonnet de l'Erdwibla, une elfe bienfaitrice habitant sous terre. Son mari est pareillement coiffé si ce n'est qu'il met son couvre-chef sur le côté. Si vous êtes un jour perdu dans les bois, repérez les endroits où poussent ces fleurs. Avec un peu de chance, vous tomberez sur l'Erdwibla qui vous aidera à retrouver votre chemin. Mais si vous avez affaire à son époux, il vous faudra user de formules de politesse et de suppliques pour le convaincre de vous guider. Sans quoi, il restera obstinément muet et guettera avec un malin plaisir d'éventuelles chutes de votre part...


Hors de chez moi : Pour empêcher les mauvais esprits d'entrer dans votre maison, vous pouvez suivre la méthode inoffensive que pratiquaient jadis les habitantes du pays de Galles. Chaque 1er mai et veille de la Toussaint, badigeonnez soigneusement vos joints de carrelage avec une décoction de digitale. Efficacité soi-disant garantie !


Traitements de choc : La toxicité de la digitale n'est plus à démontrer mais saviez-vous que cette caractéristique permettrait de repousser les forces néfastes ? Les Irlandais et Gallois étaient persuadés de pouvoir chasser les changelins grâce à cette plante et avaient inventé plusieurs méthodes. Les plus inoffensives consistaient à placer un morceau de digitale sur l'enfant suspect ou sous son lit. Le comté de Leintrim conseillait aux parents de presser la plante de façon à déposer trois gouttes sur la langue des petits et trois autres dans chaque oreille. Il fallait ensuite placer le supposé changelin sur une pelle avant d'effectuer de légers mouvements de balançoire sur le seuil de la maison. Si l'enfant périssait le soir même, aucun regret n'était ressenti car il s'agissait forcément d'un être de Féerie. D'autres procédés préconisaient de glisser une mixture bouillante de farine d'avoine et de digitale dans la bouche des petits malades. Ou de leur faire prendre des bains de cette plante, voire d'avaler des décoctions réalisées avec dix ou douze de ses feuilles. Au XIXe siècle, trois enfants sont décédés des suites de tels traitements..."

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Littérature :


La Digitale


La digitale au clair matin

Dit-il, dis-tu, dis-je ?

La digitale au clair matin

Dresse sur sa tige

Des grappes de fleurs cramoisies,

Dit-il, dis-tu, dis-je ?

Dis-je bien ainsi ?

Dis-je ?


Robert Desnos, "La Digitale" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Régine Detambel consacre un ouvrage à Colette. Comme une flore, comme un zoo (Éditions Stock, 1997) dans lequel elle s'intéresse aux métaphores botaniques et zoologiques :


Comme des cloches de Digitale

« Elle est près de lui tendre ses mains tremblantes, royales petites mains dont les paumes ne savent pas mendier et qui s'offrent hautes au baiser, les doigts retombant comme des cloches de digitales blanches... » L'Ingénue libertine

L'étymologie de la digitale annonçait une image facile mais Colette éloigna le danger en assimilant la souplesse des doigts abandonnés à la docilité des fleurs en cloche. Des doigts parfumés, à peau chaude et sèche, appellent la comparaison avec les lavandes de montagne. Luce, elle, écartait « les doigts en feuille de palmier. »

Bien entendu, le corps humain n'est pas seulement, pour Colette, un organisme végétal que nourrirait un cœur battant comme le tambourin des aristoloches. Tous les doigts ne sont pas lavande, tous les nez ne présentent pas la forme contrariée d'une pomme de terre, tous les bras ne sont pas craquants comme criste-marine. Il existe aussi, chez Colette, des seins « comme une lampe d'opale », une femme à chevelure flamboyante « hochant sa belle tête d'alezan lavé. » Le lard est « rose et blanc comme un sein. » La rampe de l'escalier s'achève en « python de bronze satiné comme un bras nu. » Renaud a « les cheveux couleur de grèbe. » Enfin, on remarque avec admiration, « chez certaines petites filles, la coupe de la paupière, l'abondance du regard, le fini du menton, et cette belle forme d'œuf, la pointe en bas, du visage. »

Cependant, on a vite fait le tour des ovales parfaits. L’œuf et la lampe d’opale, d’autres écrivains les ont déjà précautionneusement manipulés. Mais l'image réveillée, le cliché rajeuni grâce à la botanique, ont permis à Colette de rassembler un univers de formes nouvelles, à la fois complexes et aisées. Si la cloche est une structure simple, lourde et sonore, la digitale est un objet fragile et long à déchiffrer parce que les images végétales sont toujours rattachées à des souvenirs premiers, marquants comme des peurs d'orties, piquants, empoisonnés, urticants, délicieux ou sucrés.

Qui sait que la digitale est vénéneuse, qu'on la surnomme « Gant-de-Notre-Dame » ou « doigt de la Vierge » considérera autrement les royales petites mains aux doigts retombants.

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Dans Réparer les vivants (Éditions Gallimard, 2014) Maylis de Kérangal, le personnage qui attend une greffe de cœur, a une belle surprise la veille de sa transplantation :


"La nuit de Noël, un homme refait surface, dépose sur son lit une brassée de digitales pourpres. Elle le connaît depuis l'enfance, ils ont grandi ensemble - amoureux, amis, frère et sœur, complices, ils sont presque tout ce qu'un homme et une femme peuvent être l'un pour l'autre. Claire sourit, les surprises c'est risqué, je suis cardiaque, tu sais. De fait, elle doit s'asseoir et reprendre ses esprits tandis qu'il ôte son manteau. Les fleurs viennent de chez elle, elle le sent. Elles sont toxiques, sais-tu ? dit-elle en les pointant du doigt. De celles que l'on interdit aux enfants de toucher, de respirer, de cueillir, de goûter - elle se souvient de ses doigts poudrés de fuchsia qu'elle contemplait, fascinée, seule dans le chemin, et du mot "poison" qui enflait au-dessus de sa tête d'enfant alors qu'elle les portait à sa bouche. L'homme détache lentement un pétale qu'il dépose au creux de sa main : tiens, regarde. Le pétale est d'une couleur si vive qu'on le dirait artificiel, moulage de plastique, il tremble sur sa paume et se couvre de fripures microscopiques tandis qu'il lui déclare : la digitale contenue dans les fleurs ralentit et régularise les mouvements du cœur, elle renforce la contraction cardiaque, c'est une bonne molécule pour toi.

Cette nuit-là, elle s'endormit avec les fleurs. L'homme la déshabille avec précaution, déplie un par un les pétales puis les dispose sur sa peau nue comme les écailles d'un poisson, puzzle végétal formant un manteau de cérémonie qu'il prend soin de parfaire, murmurant de temps à autre, ne bouge pas tu veux, alors qu'elle avait sombré depuis longtemps dans un délice cataleptique, ornée et soignée comme une reine. A son réveil, il faisait encore nuit mais les enfants s'excitaient déjà dans l'appartement au-dessus du sien, poussaient des cris, leurs talons martelant le plancher, ils filaient déchirer les papiers cadeau apparus dans la nuit auprès d'un sapin de Noël ectoplasmique. Son ami était parti. Elle secoua les pétales de son corps et s'en fit une salade qu'elle assaisonna à l'huile de truffe et au vinaigre balsamique."

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