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  • Anne

Le Tilleul



Étymologie :

  • TILLEUL, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1178 « arbre à fleurs jaune pâle très odorantes » (Renart, éd. M. Roques, branche II, 4546 : tilluel) ; 2. 1409 « bois de cet arbre » (doc. ds Gdf. Compl.) ; 3. a) 1855 « infusion faite avec la fleur et les stipules de cet arbre » (Sand, Hist. vie, t. 3, p. 222) ; b) 1872 « fleur de cet arbre » (Littré). Du lat. pop. *tiliolus « tilleul », dimin. de *tilius « id. » (d'où l'anc. subst. t(e)il « id. » : ca 1150, Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 4403, écrit teill), masc. issu du lat. class. tilia fém. « id. ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :



Arbres remarquables : Le Tilleul de Réaumont ;

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Histoires d'arbres :


Dans la série proposée par Arte, nous pouvons découvrir le vieux tilleul à danser d'Himmelsberg en Allemagne et la manière dont les habitants perpétuent avec lui une tradition européenne séculaire.

Pour en savoir davantage sur la tradition européenne du tilleul à danser, découvrez le site de Pierre Albuisson qui s'efforce de redonner vie à cet usage festif et communautaire, au sens noble du terme.

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Symbolisme :


Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont, 1982),


"Le tilleul, dont les fleurs parfumées ont des vertus adoucissantes, a toujours été considéré comme un symbole d'amitié. Son nom grec est le même que celui de la mère du centaure Chiron, dont les pouvoirs furent toujours bénéfiques aux hommes. Lorsque Ovide, dans les Métamorphoses raconte l'histoire de Philémon et Baucis qui, pour avoir su accueillir Zeus et Hermès sous une humble apparence humaine, avaient obtenu des dieux le privilège de mourir au même instant, il montre les deux arbres qui ombragent, après leur mort, le sanctuaire de Zeus, dont ils avaient la garde : ce sont un chêne, arbre de Jupiter, et un tilleul, signe d'une tendre fidélité."

D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"Cet arbre légendaire, aux vertus médicinales curatives et divinatoires, fut à l'origine, si l'on en croit sa légende mythique, une belle femme appelée Philyra, dont le nom signifie "tilleul", out simplement. Or Philyra fut aimée de Cronos, son oncle, car elle était la fille d'Océanos. Mais leur jeu fut surpris par Rhéa, l'épouse de Cronos. Pour échapper à son regard et à sa colère, ce dernier se changea en étalon et s'unit sous cette forme à Philyra, avant de s'enfuir au grand galop. De leur union naquit un enfant, moitié homme, moitié cheval, un centaure, Chiron, qui devint un célèbre médecin, savant et devin. En proie à un profond dégoût et à une répulsion irrépressible en présence de ce monstre qu'elle venait d'enfanter, et qu'elle devait allaiter. Philyra implora son père pour qu'il la délivre de cette épreuve. Alors Océanos, cédant aux exhortations de sa fille, la transforma en tilleul. Et c'est en se nourrissant au lait de tilleul, sa mère, que Chiron apprit et connut mieux que quiconque, non seulement les vertus médicinales, adoucissantes et parfumées de cet arbre, mais aussi celles de toutes les plantes et de tous les fruits, dont il usa toujours pour le bien et la sauvegarde des hommes."

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Tilleul (Tilia) :


"Cet arbre pousse un peu partout en Europe ; on le plante souvent en bordure des rues, mais il en existe aussi une autre variété originaire de l'Amérique. Les deux espèces, tant européenne qu'américaine, possèdent les mêmes caractéristiques.


Propriétés médicinales : Les fleurs de tilleul ont des propriétés antispasmodiques et diurétiques. On les consomme surtout en infusion. Une infusion de tilleul, par exemple, est recommandée dans les cas de rhume ou même de grippe, car elle permet d'éliminer les toxines en faisant transpirer. Il faut toutefois faire attention : une trop grande ou fréquente consommation de cette tisane peut causer des problèmes cardiaques. D'autre part, la pulpe qui se trouve sous l'écorce de cet arbre peut être utilisée pour couvrir les plaies et les blessures, car elle contient des vertus antibactériennes.


Genre : Masculin.


Déités : Vénus ; Lada.


Propriétés magiques : Protection ; Chance ; Amour.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • En Asie orientale, les femmes faisaient des offrandes au pied de cet arbre lors des festivals et des fêtes des anciennes religions.

  • Partout en Europe, le tilleul est considéré comme un arbre "protecteur" dont on coupe et suspend ses branches au-dessus de la pote d'entrée.

RITUEL

Faites couler un bain très chaud et placez votre bouquet de thym dans l'eau pendant que celle-ci coule. Allumez votre chandelle et votre encens, puis entrez dans votre bain et faites couler de l'eau entre vos mains tout en énumérant les peines et les problèmes de votre passé. Voyez-les couler avec l'eau pour disparaître et vous quitter. Détendez-vous pendant une dizaine de minutes, puis dites :


Perséphone, toi qui reviens des enfers chaque printemps

Permets-moi de marcher à tes côtés d'un pas lent

Afin que mes troubles et mes peines me quittent

Qu'ils restent derrière moi et me libèrent de leur poids

Que je puisse goûter le renouveau de la vie

Perséphone, aide-moi.


Détendez-vous en imaginant que vous sortez de la noirceur après un long hiver et que le printemps fleurit partout autour de vous."

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013), Michel Pastoureau nous apprend que :


"Tout verger est construit comme un espace symbolique, et [que] chaque plante qui s'y trouve possède sa signification propre. Celle des fleurs varie beaucoup selon les époques et les régions et prend en compte plusieurs particularités : la couleur, le parfum, le nombre de pétales, l'aspect des feuilles, les dimensions des unes et des autres, l'époque de la floraison, etc. Quelques idées peuvent néanmoins être dégagées pour le Moyen Âge central : Le lis est symbole de pureté et de chasteté, [...] De même, les arbres sont toujours signifiants. [...] Le tilleul - probablement l'arbre préféré des populations médiévales, comme il l'était déjà des Romains et des Germains - est l'arbre de l'amour, de la santé et de la musique ; [...]"


Retracer l'histoire de la perception visuelle, sociale, culturelle de cette couleur en Occident, de l'Antiquité au XIXe siècle est aussi l'occasion d'évoquer d'autres éléments et leur symbolique particulière. Ainsi en est-il du tilleul :

"La robe verte de Frau Minne n'est cependant pas le seul attribut de cette couleur que les artistes mettent en scène pour exprimer la relation amoureuse. Un arbre et un animal jouent un rôle voisin : le tilleul et le perroquet.

[...]

Quant au tilleul, c'est l'arbre préféré des hommes et de femmes du Moyen Âge, spécialement dans les pays de langue allemande. Les poètes le parent de toutes les vertus. et la richesse des produits que l'on peut en tirer. Le tilleul est l'arbre vedette de la pharmacopée médiévale, au point qu'en allemand le nom du tilleul (Linde) a donné naissance à un verbe signifiant soigner ou soulager (lindern). Le tilleul est aussi un arbre musical (la plupart des instruments de l'époque médiévale sont taillés dans son bois) et, plus encore, l'arbre de l'amour. Il doit cette dimension symbolique à sa beauté, à son parfum, à sa musique, mais plu encore à la forme de ses feuilles : elles sont semblables à un cœur. Sous un tilleul se rejoignent les amoureux ; les feuilles de l'arbre - de dimensions parfois exagérées dans les images - sont à l'unisson des cœurs de jeunes gens. L'enluminure des XIIIe et XIVe siècles et la tapisserie du XVe nous en ont laissé de nombreux témoignages.Les auteurs ne lui trouvent que des qualités : jamais, cas unique à ma connaissance, il n'est pris en mauvaise part. On admire en premier lieu sa majesté, son opulence, sa longévité, mais, plus encore, son parfum, sa musique ((il résonne du chant des abeilles qui butinent ses fleurs).


Sous un tilleul, les jeunes gens se retrouvent, s'embrassent, échangent des serments. Sous un tilleul également, comme sur cette célèbre peinture du Codex Manesse, on se repose, on se restaure, on badine avec les dames et les demoiselles."

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Symbolisme celte :


Selon Sabine Heinz, auteur des Symboles des Celtes (1997 ; traduction française Guy Trédaniel Éditeur : 1998),


"Outre les propriétés générales des arbres que nous avons déjà mentionnées plus haut [voir article sur l'arbre], le tilleul a un côté pratique ; en effet, les Gaulois utilisaient la sève qu'on en tire comme teinture. Diodore indique que les Gaulois, blonds de nature, se lavaient souvent les cheveux avec une décoction de tilleul pour les éclaircir et les rendre plus épais, de sorte que parfois, ils se dressaient comme des poils drus.

En Allemagne, on connaît bien le tilleul qui est est entre autres l'emblème de Berlin.


Les tilleuls

Treize tilleuls serrés les uns contre les autres Étroitement serrés sur un talus sec

Tendent leur tête vers le bleu du ciel

J'étais encore jeune

Ils étaient déjà grands

treize tilleuls au même endroit

Un bosquet d'un vert noirâtre

Large, géant,

A l'horizon.

Ces tilleuls, ils ne me regardent pas

Pourtant, j'ai aussi le droit

De les couper

Ils suivent la sève de ma terre

Avec leurs si longues racines. Mais je ne le fais pas.

Ils me manqueraient

Car ils sont une facette de ce tableau vivant

Qui entoure mon moi comme un cadre

Ce serait une perte pour moi.

Ils sont ma musique,

Ils sont ma chanson,

Quand le vent joue dans leurs branches

Mille sons différents. Quand la corneille croasse

Dans leur branchage nu en hiver

Quand de leurs faîtes noirs

Chante le merle au bec jaune,

Et quand des plus hautes cimes

Perlent les sons cristallins

Du rossignol.

Angela Duval.

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Mythes et légendes :


Dans Arbres filles et garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs (Éditions du Seuil, février 2017, de Françoise Frontisi-Ducroux, on peut lire que :


"Phylira devint tilleul, à sa demande, horrifiée d'avoir, violée par Saturne, mis au monde le centaure Chiron. Elle le trouva monstrueux ; il devint pourtant le sage éducateur de quelques héros, Achille et Pelée en particulier (Hygin, Fables, 138 ; Apollonios de Rhodes, Argonautiques, II, 1230).

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