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Les Herbes de la Saint-Jean


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Origine :

Roger Vacher et Eugène-Humbert Guitard proposent des réponses à la "Question XLVI, (posée par le Dr J. Quebec). D'où vient l'expression : « Toutes les herbes de la Saint-Jean » ? ". (In : Revue d'histoire de la pharmacie, 43ᵉ année, n°144, 1955. p. 55 ) :


D'où vient l'expression : « Toutes les herbes de la Saint-Jean » ?


Première réponse. Je relève, dans le dernier bulletin de l'Ordre, un article du professeur Charonnat sur La vie des médicaments, où il est dit (p. 68) : . « Au XIXe siècle on cueillait encore en France, le soir du solstice d'été, les herbes médicinales dites de la Saint-Jean », ce qui aurait ajouté une action magique à leur vertu propre.

R. Vacher.


Deuxième réponse. Un texte du xvr1 siècle nous apporte une explication particulière. C'est le traité de Laurent Joubert, sur les erreurs populaires, dont j'ai entre les mains la 2e édition, imprimée à Bordeaux chez Millanges, en 1579. On y lit en effet au chapitre XI du livre II :

« Le vulgaire ignorant ha opinion que les fames ne sont stériles, sinon pour une occasion, qui est la froideur de leur matrice. Dont pour devenir grosses, elles se bagnent et rebagnent, souvant, de certaine décoccion de toutes herbes chaudes, qu'elles peuvent recouvrer : et sont pour la plupart, celles de la S. Jan, dont les bonnes fames se ceignent aussi les reins à ce jour-là, desdistes herbes, comme ayans propriété de les randre ou antretenir fécondes, mesme étant mises par-dessus la robbe. »

E.-H. Guitard.

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Symbolisme :


Marcel Coquillat dans un article intitulé "Les Herbes de la Saint-Jean.." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 15ᵉ année, n°7, septembre 1946, pp. 47-48) s'est efforcé de classer les herbes de la Saint-Jean :


M. Coquillat, Les Herbes de la St-Jean 1
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M. Coquillat 2
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Léopold Berner dans un article intitulé "A propos des herbes de la Saint-Jean." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 16ᵉ année,n°6, juin 1947. pp. 126-127) propose une hypothèse différente :


[...] Dans le Languedoc « Herbo de Sen Jan » désigne (peut-être par corruption ?) Senecio Jacobaea L., tandis qu'en Espagne, le nom le plus usité du Millepertuis est « Corazoncilla » et en Italie « Iperico ». Pline l'Ancien (Livre XXVII /20-1) le cite sous le vocable d'Ascyron ou d'Ascyroïdes — connu déjà de Théophraste vers 372-287 av. J.-C. — en vantant ses multiples vertus. Précisément M. Coquillat, entreprend l'énumération de toutes les herbes que réunit le terme en question. Celui-ci s'attribue même un sens figuré dans le langage courant selon la région.

Or, la christianisation de la Gaule ne fut effective qu'à la fin de l'Empire Romain. Aucun nom chrétien ne remonte en France au delà de l'an 400 ; c'est à l'époque Carolingienne que commence le culte des saints. Donc tous les souvenirs que le culte païen a laissés sont antérieurs à l'Empire Romain.

Il est notoire que la doctrine chrétienne révèle certaines traces du paganisme, si bien que quelques pratiques en usage avant sa généralisation demeurèrent en toute l'Europe ; telle le culte du soleil, représenté par le feu, allumé en cercle, au moment du solstice d'été. L’Église romaine n'eut qu'à substituer le nom de Saint Jean-Baptiste aux dieux antique pour la fête marquée par des feux de joie, la veille de la Saint Jean, autrefois comportant une cérémonie officielle d'apparat, en France. La pratique de jeter des poupées en paille dans le feu, laisse penser aux anciens sacrifices pour conjurer le mauvais sort ou les fléaux menaçant les animaux domestiques ou les récoltes, enfin pour exorciser par le feu les démons provoquant les maladies.

De nombreux indices existent pour prouver que le culte du soleil était déjà pratiqué dans les temps préhistoriques, au moment où la science médicale fut un apanage des « initiés » ; ceux-ci furent effectivement souvent d'habiles guérisseurs par la connaissance exacte de quelques remèdes efficaces, en s'entourant toutefois de mystères, accompagnés de cérémonies magiques. Ainsi des herbes cueillies à minuit, au clair de lune, etc., servaient à préparer des remèdes. Mais l'époque de la récolte était fixée empiriquement pour obtenir l'effet thérapeutique voulu, ce qui correspondait généralement avec la floraison. Cette date était forcément commune à plusieurs plantes, et non les mêmes évidemment, par suite des distributions géographique et altitudinale différentes. C'est donc une collectivité de végétaux qui est d'ordinaire visée par le terme «Herbes de la Saint Jean » et non la désignation d'une espèce unique, comme l'envisage aussi M. Coquillat -L'Herbe- « de » Saint Jean (avec suppression de l'article) est d'un emploi local. C'est parfois la drogue qu'on en prépare (Huile de Saint Jean, non officinale, par exemple) qui est plus communément comprise. Le vocable réunit le plus souvent des plantes médicinales diverses, mais réputées pour leurs propriétés ou leurs applications analogues, cueillies à peu près à la même époque selon la région ou la coutume.

En Provence, « Erbo de Sant-Jan » comprend (à peu près les mêmes floraisons) Hypericum perforatum L. (Erbo de l'oli rouje) ; Chélidonium majus L. (Erbo de santo Cléro) ; Artemisia vulgaris L. (Artemisio) et Salvia sclarea L. (Orvalo) donc chacun a une appellation particulière distinctive.

Nous concluons donc que les Herbes « de » ou « de la » Saint Jean sont plutôt un remède populaire qu'une définition botanique, contrairement aux noms vulgaires ou en patois ; leur notion se perd de plus en plus de nos jours. Par contre, « Millepertuis » est un des noms le plus usité avec caractère botanique (cf. les Manuels d'Herboristes).

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Pour Thomas K. Schippers, auteur de « Plaoura o plaoura pas ? » Savoirs et discours à propos de la pluie en Provence intérieure. (In : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, n°4/1985. Usages et images de l'eau. pp. 185-195) :


[...] Plus encore qu'à l'automne, l'eau (de pluie) joue un rôle important durant tout ce « cycle vert » dont les termes symboliques sont la bougie verte bénite à la Chandeleur (2 février) et l'herbe « de la Saint-Jean » (24 juin) qui associent tous deux le vert (corps de la bougie, tiges et feuilles de la plante) et le jaune (flamme de la bougie, fleurs de la plante).

[...]

Le début du cycle estival est fixé, nous l'avons vu, autour du feu de la Saint-Jean (24 juin) où les manifestations associent l'eau et le feu, le vert et le jaune, symboles du printemps et de l'été : aspersion des passants, feux de joie, collecte de la rosée, cueillette « d'herbes de la Saint-Jean » qui unissent en une seule plante le printemps (« herbe ») et l'été (« fleurs jaunes »), etc. Mais bien que l'eau soit encore présente dans ces manifestations comme élément bénéfique (« rosée »), la pluie de la Saint-Jean est maudite :


Plueio de San Jan La pluie de la Saint-Jean

Lèvo vin e pan. enlève vin et pain.


Si comme dans le reste de l'Europe les manifestations autour du solstice célèbrent « officiellement » le début de l'été, le « cycle jaune » a en revanche débuté bien avant en Provence, notamment dans les régions occidentales et méridionales. Les observations de terrain, confirmées par des dictons, désignent ainsi plutôt les jours de l'Ascension, de Pentecôte ou de la Trinité, pendant lesquels la pluie est de très mauvais augure, comme bornes du « cycle vert ».


Note : Les folkloristes et les botanistes ont relevé un certain nombre de plantes différentes désignées par la tradition locale comme "herbes de la Saint-Jean", mais elles possèdent toutes des fleurs jaunes et fleurissent autour du solstice d'été.

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Dans un article intitulé « Histoire savante et "pensée sauvage" dans les nomenclatures botaniques en Europe », paru dans la revue Civilisations (Vol. 36, No. 1/2, Ethnologies d'Europe et d'ailleurs (1986), pp. 349-363), Renaud Zeebroek précise ce que sont les herbes de Saint-Jean :


La fête de la Saint-Jean (24 juin) a toujours eu en Europe une grande importance rituelle ; fête solsticielle, elle partage l'année en deux, tout en ouvrant la période des grandes chaleurs estivales. Les jours qui précèdent cette date sont particulièrement dangereux car ils voient une recrudescence d'activité des sorciers et des esprits malfaisants.

Nous n'aborderons pas ici l'analyse de ce rite complexe, qui s'est transformé au cours du temps. Retenons seulement qu'il donne lieu à une cueillette rituelle (cf Delattre) dont le produit servira notamment à fabriquer des talismans censés écarter l'orage, la foudre et les mauvais esprits. La liste des simples récoltés à cette occasion varie, mais les plus importants d'entre eux portent le nom générique d' "herbes de la Saint-Jean". Une croyance générale en Europe veut que ces herbes perdent leurs propriétés médicinales si elles ne sont pas récoltées ce jour.

C'est le jour le plus long de l'année, celui où le soleil triomphe. Simultanément, à partir de cette date pivot, les nuits vont commencer à s'allonger, signe d'un renouveau lunaire. La cueillette rituelle se déroule donc sous une double influence et les plantes sont naturellement associées à l'un des deux luminaires célestes (cf Saintyves).

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend :


à l'entrée Saint-Jean : La Saint-Jean d'été (24 juin) était naguère fêtée dans toute l'Europe : au soir du 23 juin, on allumait des feux de joie, on dansait ou on chantait. Aujourd'hui encore, dans certaines régions (principalement dans les campagnes), la tradition, qui s'était éteinte pendant la dernière guerre, renaît. Pour certains, « la fête de la musique, en Europe, peu à peu se substitue à l'ancienne fête e la Saint-Jean, fête du solstice d'été ».

La fête de la Saint-Jean serait directement issue du culte solaire des païens et notamment des Gaulois : au solstice d'été, ils célébraient la lumière, qui, parvenue au faîte de sa puissance, allait décroître, ainsi que le renouveau de la nature. A Rome avaient lieu alors de grandes liesses, sortes de saturnales d'été, en l'honneur de la déesse Fortuna. Les anciens Grecs incendiaient aussi un bûcher et faisaient des offrandes de fruits ou d'animaux aux dieux. Les Orientaux, quant à eux, embrasaient des feux sacrés, minuit, au solstice d'été qui correspondait en outre au renouvellement de l'année.

Toutefois, la fête de la Saint-Jean ne coïncide pas avec le jour le plus long de l'année. Ce qui fait penser à l'ethnographe et folkloriste français Arnold Van Gennep qu'elle ne peut être solaire ou solsticiale. Par ailleurs, les Celtes des îles Britanniques et d'Irlande ignoraient la coutume des feux cérémoniels à cette époque de l'année (1). Tout comme les anciens Hébreux, « Il faut donc admettre, expose Arnold van Gennep, ou bien que le christianisme en rencontra lors de son expansion en Europe ; ou bien que l'on adapta à un moment donné, ou à des moments divers selon les peuples, l'idée et la technique du "feu de joie", à la Nativité de saint Jean ».

Pour supprimer le caractère païen des feux du solstice d'été, l’Église a eu recours « à des textes concernant saint Jean-Baptiste, ou interprétés comme tels, donc à une assimilation qui rendait les feux orthodoxes ». […]

Parallèlement, l’Église a tenté de supprimer divers éléments de la fête (comme la récolte d'herbes), jugés également trop païens. Déjà au VIIe siècle, saint Éloi s'était élevé contre de telles pratiques : « Que nul, à la fête de saint Jean ou à certaines solennités des saints, ne s'exerce à observer les solstices, les danses, les paroles et les chants diaboliques. »

Au XVIIe siècle, Bossuet, dans son Catéchisme de Meaux (ville dont il était évêque), présenté sous forme de questions et de réponses, était passé maître dans l'art de rendre certains rites de la Saint-Jean conformes à la religion, tout en en rejetant d'autres :

[…] D. Quelle raison-t-on de faire ce feu d'une manière ecclésiastique ?

R. Pour en bannir les superstitions qu'on pratique au feu de la Saint-Jean.

D. Quelles sont ces superstitions ?

R. Danser à l'entour du feu, jouer, faire des festins, chanter des chansons déshonnêtes, jeter des herbes par-dessus le feu, en cueillir avant midi ou à jeun, en porter sur soi, les conserver le long de l'année, garder des tisons ou des charbons du feu et autres semblables.

[…]

Il était de tradition, la veille ou la nuit de la Saint-Jean, de couper des rameaux verts pour les déposer, parfois en forme de croix, sur la porte des maisons, et de récolter des plantes magiques, appelées communément « herbes de la Saint-Jean », auxquelles on prêtait un puissant pouvoir à cette date (contre les sorts, les maladies, etc.). Elles étaient parfois passées dans le feu. Même les plantes vénéneuses, ou nuisibles, voyaient leur pouvoir malfaisant renforcé : le 24 juin, les sorcières russes parcouraient nues la campagne à leur recherche.

On prétend en outre que les fleurs cueillies à la Saint-Jean ne se flétrissent jamais (Normandie).

A minuit, la fougère fleurit miraculeusement. Une tradition veut également que si, dans la nuit de la Saint-Jean, on s'allonge avec une bougie dans la main dans les fougères, on peut parler aux saints et aux anges : il suffit de les appeler par leur nom et ils répondent. Au cours de la nuit, les chênes produisent également une fleur qui se fane avant l'aube. Selon un usage relevé encore ces dernières années dans le nord de l'Italie, certains, le matin venu, vont recueillir la sève des chênes qu'il surnomment « l'huile-qui-guérit-toutes-les-blessures »


1) Toutefois, l'ordre moderne des druides se réunit à l'ensemble de mégalithes de Stonehenge (sud de l'Angleterre) où il conduit, à l'aube de la Saint-Jean, une cérémonie de culte solaire.

à l'entrée plantes : […] Les "herbes de la Saint-Jean, qui faisaient fuir les démons, protégeaient des sorts et des maladies, devaient leur pouvoir au fait que la Saint-Jean (24 juin) était un jour magique par excellence. Le dicton "employer toutes les herbes de la Saint-Jean" signifiait que l'on avait utilisé tous les soins possibles pour guérir une personne ou fait tous les efforts nécessaires pour la réussite d'une entreprise. Selon une croyance de XVe siècle, celle qui donnait à son mari une soupe d'herbes cueillies à cette date était assurée qu'il ne la quitterait pas.

Les sorciers n'ont que vingt-quatre heures pour faire leur récolte d'herbes magiques : de l'Angélus de midi du 23 juin au lendemain même heure. Les plus puissantes sont celles qui ont été cueillies dans la nuit de la Saint-Jean, à minuit.

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Jean-Louis Olive évoque, dans un article intitulé "Parfums magiques et rites de fumigations en Catalogne, de l’ethnobotanique à la hantise de l’environnement" (in Joël Thomas, Jean-Yves Laurichesse & Paul Carmignani (éd.), Saveurs, senteurs : le goût de la méditerranée (Actes du 1er Colloque du VECT, nov. 1997), Presses universitaires de Perpignan : 145-195) le bouquet de la Saint-Jean :

[...]

Si l’on prend pour seul exemple le bouquet de la saint Jean (pom de sant Joan), cela malgré la forme standardisée qu’on lui connaît aujourd’hui, on observe que la composition en est extrêmement variable, dans la mesure où elle représente une multitude de micro-terroirs et d’identités culturales et culturelles, une mosaïque relativisante de productions végétales et de pays. Aujourd’hui mis en vente par les organisateurs des Feux de la Saint-Jean, et distribué pendant la vigile, au mépris des rites qui président à sa cueillette (de minuit à l’aurore, en tout cas pendant la nuit et avant le lever du soleil), le bouquet que l’on voit fleurir à Perpignan, entouré d’un ruban aux couleurs du drapeau catalan, n’est que le produit d’une néo-tradition à haute définition nationaliste. Sa composition nous renvoie néanmoins à une forme localisée, celle du bouquet spécifique de la zone des Aspres, ici constitué de quatre plantes en fleurs : millepertuis doré (flor de Sant Joan, trescamp, trescamàs, pericó), immortelle (sempreviva, perpetuïna), orpin (mort-i-viu, maimori), et chatons de châtaigner (castanyer) dont les feuilles, enroulées en forme de croix, enveloppent le bouquet. Et nous verrons que l’on emploie aussi à cet usage les feuilles du noyer (noguer), dans les zones de moyenne montagne.

Sa forme en croisette (creu de plantes) nous renvoie à une représentation chargée de religieux, bien que d’autres formes lui aient déjà coexisté, en couronne, en forme de main (palma), d’épi (espiga), de patte de coq (pota de gall) - selon le signe même des sorcières11. Pour Adrienne Cazeilles, cette composition de fleurs jaunes est un symbole solaire, et c’est à la maîtresse de maison (mestressa de casa) qu’il revenait de se lever à l’aurore, ou de veiller. Cueillies avant le lever du soleil et tressées, ces plantes formaient le bouquet de la « Bonne aventure » (Bonaventura), que les paysannes accrochaient à leur porte d’entrée, à la place du bouquet séché de l’année écoulée. Ce dernier ne devait pas être jeté, mais brûlé, et elles s’en servaient pour allumer le feu nouveau (foc nou) dans la cheminée: ainsi transformé en fumée, il rejoignait les cieux et le soleil. Cette « tradition païenne », attachée au solstice, se prolonge de nos jours à l’ermitage de Montoriol (Sant Amanç de la Ribera), et c’est de là, de la région spécifique des Aspres, qu’elle a influencé la forme et le contenu des néo-rites qui se sont développés à Perpignan dans les années 1980, et qui ont cours aujourd’hui.

Le bouquet peut être plus prolixe et l’on cite parfois des poignées ou brassées (punyat, manat) de neuf herbes : « orpin, millepertuis, verveine, jasmin, camomille, citronnelle, thym, romarin et œillet, entourées de feuilles de châtaigner ». En plaine du Roussillon, on trouve aussi les fleurs de jasmin (jessamí, lleçamí) et camomille (camamilla, espernellat), associées à la Vierge, et signalées par Mossèn Alcover, avec l’origan ou la marjolaine (orenga), et la scabieuse ou veuve (escabiosa, vídua), dont le nom indique qu’elle guérit de la gale et des éruptions cutanées. En Conflent, on bénit toujours le bouquet de la Saint-Jean à l’ermitage de Sant Joan de Dosserons, où l’on vient de Codalet, Prades, Ria et Sirach. Les herbes sont cueillies à six heures du matin, sur le chemin et dans les prés, puis bénies à la chapelle et ramenées à demeure. La composition est de camomille (camamilla), aigremoine (serverola), millepertuis (trescamp) et feuilles de noyer (noguer). Mais ces plantes se raréfient, ainsi que l’arbre, jadis commun : on dit qu’il protège les maisons de la foudre, et on le plante à la naissance d’un enfant. Le bouquet de l’année précédente est toujours brûlé dans l’âtre.




Symbolisme celte :


Selon Maximin Deloche, auteur de "La procession de la Lunade et les feux de la Saint-Jean à Tulle. La fête du solstice d'été et le commencement de la période diurne chez les Gaulois." (In : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 32ᵉ année, N. 3, 1888. pp. 187-189) :


"Depuis un temps immémorial, on fait autour de la ville de Tulle, le 23 juin, veille du solstice d'été et de la Nativité de saint Jean -Baptiste, une procession où l'on porte en grande pompe une vieille statue du Précurseur, en même temps que de nombreux bûchers sont allumés sur les places et carrefours. D'après la tradition, cette cérémonie, dont la plus ancienne mention se rencontre en ι^ο,ο, aurait été instituée au milieu du XIVe siècle dans le but d'obtenir par l'intercession de saint Jean la fin de terribles fléaux qui affligeaient alors le pays. Aucun titre sérieux ne confirmant cette tradition, la question d'origine reste ouverte."

M. Deloche rappelle que la fête du dieu-soleil se célébrait en Gaule au solstice d'été, qui tombe le 24 juin ; elle resta en usage longtemps après l'établissement du christianisme , car, au VIIe siècle , saint Éloi, dans un des sermons qu'on lui a attribués, interdisait « la célébration des solstices à la fête de saint Jean ou dans d'autres solennités ». Les feux qu'on allumait alors et qu'on allume encore dans diverses localités sont , de l'avis unanime des historiens , une des pratiques survivantes de la fête païenne. Dans le transport de la statue du saint à la procession de la Lunade, on retrouve la coutume des Gaulois de porter dans les champs les simulacra, représentations matérielles de leurs divinités, coutume qui persistait au IXe siècle, étant comprise dans une liste des superstitions condamnées par l'Église et par l'autorité royale.

Un trait encore plus caractéristique de l'origine de la solennité limousine, c'est qu'elle commençait la veille du solstice, au lever de la lune. Le culte de la lune, adorée en Gaule à l'égal du soleil, était encore en vigueur au VIIe siècle: « Que nul, s'écrie saint Éloi , n'appelle seigneurs (dieux) le soleil ou la lune, et ne jure par eux ! » En ouvrant la procession aux premières lueurs de la lune, on préludait par l'adoration de la déesse de la nuit à celle du dieu du jour. Suivant la doctrine druidique, la mort engendrait la vie, et la nuit, image de la mort, précédait le jour, image de la vie. Jules César nous apprend que chez les Gaulois, à la différence du système romain, la période diurne commençait à la nuit et finissait avec le jour. Au XVIIe siècle, pour dire aujourd'hui, on disait souvent, à Paris, anuict (à la nuit) ; de même, en patois limousin, onè, qui a la même signification, et dans les patois du Maine et de Normandie des termes analogues. La fête du solstice commençait donc en Gaule avec la nuit qui précédait le 24 juin, c'est-à-dire le 23 au soir, comme cela a lieu pour la procession de la Lunade et pour les feux de la Saint-Jean.

Tout se réunit donc pour démontrer l'origine païenne de cette solennité.

On peut d'ailleurs concilier cette conclusion avec la tradition, en admettant qu'un religieux de l'abbaye de Tulle ait profité de l'épouvante causée par de cruelles calamités pour déterminer les habitants à changer la fête du solstice en une procession en l'honneur de saint Jean, réglée suivant un rite aussi approchant que possible de celui qui était en usage de toute antiquité. L’Église, dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, sanctifia une cérémonie païenne dont elle n'avait pu obtenir l'abandon.

Mémoire de Maximin Deloche
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Pour lire le mémoire entier :


Maximin Deloche, "Mémoire sur la procession dite de la Lunade et les feux de la Saint-Jean à Tulle (bas Limousin)." (In : Mémoires de l'Institut national de France, tome 32, 2ᵉ partie, 1891. pp. 143-200).

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Selon Jacques Poisson, auteur de "Aperçu sur la pharmacopée gauloise." (In : Revue d'histoire de la pharmacie, 92ᵉ année, n°343, 2004. pp. 383-390) :


Celles que l'on a appelées plus tard les « herbes de la Saint- Jean» étaient récoltées au solstice d'été selon un cérémonial ancestral païen déjà pratiqué par les Ligures et les Celtes, et passé sous le contrôle des druides. Elles avaient une action plus magique que pharmacologique, encore que certaines soient encore en faveur aujourd'hui : orpin (Sedum telephium L.), millepertuis, lierre terrestre, salep, camomille, armoise, bardane, séséli, fenouil, sauge. Parmi des simples tout autant magiques figurent : la verveine, panacée aussi vénérée que le gui, elle aussi d'origine celtique (*ferfaen), le buis (bouxenous), le selago attribué à Lycopodium selago L. mais qui pourrait être aussi le millepertuis, le cytise dont le détail du rite d'administration a été décrit.

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Préparations :


Dans leur ouvrage intitulé Alchimie végétale, Initiation à la sagesse des plantes; rituels & préparations (Éditions Gallimard, collection Hoëbeke, 2019) Séverine Perron & Laura Wencker nous propose la recette de :


L’Élixir des Druidesses

S’harmoniser avec le divin.


Contenants :

  • Bonbonne de 3 litres ;

  • Flacon codigouttes ou flacon spray de 10 ou 30 ml.

Ingrédients :

Préparation :

  • Récolter les plantes, feuilles et fleurs à parts égales, le jour de la Saint-Jean, la tradition préfère pieds nus et le soir du solstice ou avant le lever du soleil.

  • Ajouter les fleurs et plantes dans la bonbonne.

  • Laisser macérer la préparation durant une année en terre.

  • La sortie de terre doit se faire le jour du solstice suivant. L'élixir est alors à maturité.

  • Filtrer, puis laisser dans un endroit frais.

  • Mettre en flacon codigouttes ou en flacon spray votre élixir pour l'utiliser.

Procédés alchimiques : Macération alcoolisée à froid et en terre.


Médecines : Les femmes étaient gardiennes de la magie du solstice d'été, celui de la cueillette des plantes sacrées, plantes aux vertus médicinales et alchimiques. Toutes les herbes de la Saint-Jean ont des vertus de purification et de guérison. Cette nuit-là, plus courte, les plantes reçoivent une force toute particulière, venue des énergies célestes. Leur sève "chante" d'une puissance inégalée durant le reste de l'année. Cueillir les plantes au crépuscule ou à l'aube a toute son importance. Cet élixir va amener la lumière qui réconcilie avec soi-même et harmonise avec le divin.

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