Blog

  • Anne

Les Herbes de la Saint-Jean


*



Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend :


à l'entrée Saint-Jean : La Saint-Jean d'été (24 juin) était naguère fêtée dans toute l'Europe : au soir du 23 juin, on allumait des feux de joie, on dansait ou on chantait. Aujourd'hui encore, dans certaines régions (principalement dans les campagnes), la tradition, qui s'était éteinte pendant la dernière guerre, renaît. Pour certains, « la fête de la musique, en Europe, peu à peu se substitue à l'ancienne fête e la Saint-Jean, fête du solstice d'été ».

La fête de la Saint-Jean serait directement issue du culte solaire des païens et notamment des gaulois : au solstice d'été, ils célébraient la lumière, qui, parvenue au faîte de sa puissance, allait décroître, ainsi que le renouveau de la nature. A Rome avaient lieu alors de grandes liesses, sortes de saturnales d'été, en l'honneur de la déesse Fortuna. Les anciens Grecs incendiaient aussi un bûcher et faisaient des offrandes de fruits ou d'animaux aux dieux. Les Orientaux, quant à eux, embrasaient des feux sacrés, minuit, au solstice d'été qui correspondait en outre au renouvellement de l'année.

Toutefois, la fête de la Saint-Jean ne coïncide pas avec le jour le plus long de l'année. Ce qui fait penser à l'ethnographe et folkloriste français Arnold Van Gennep qu'elle ne peut être solaire ou solsticiale. Par ailleurs, les Celtes des îles Britanniques et d'Irlande ignoraient la coutume des feux cérémoniels à cette époque de l'année (1). Tout comme les anciens Hébreux, « Il faut donc admettre, expose Arnold van Gennep, ou bien que le christianisme en rencontra lors de son expansion en Europe ; ou bien que l'on adapta à un moment donné, ou à des moments divers selon les peuples, l'idée et la technique du "feu de joie", à la Nativité de saint Jean ».

Pour supprimer le caractère païen des feux du solstice d'été, l'Eglise a eu recours « à des textes concernant saint Jean-Baptiste, ou interprétés comme tels, donc à une assimilation qui rendait les feux orthodoxes ». […]

Parallèlement, l'Eglise a tenté de supprimer divers éléments de la fête (comme la récolte d'herbes), jugés également trop païens. Déjà au VIIe siècle, saint Eloi s'était élevé contre de telles pratiques : « Que nul, à la fête de saint Jean ou à certaines solennités des saints, ne s'exerce à observer les solstices, les danses, les paroles et les chants diaboliques. »

Au XVIIe siècle, Bossuet, dans son Catéchisme de Meaux (ville dont il était évêque), présenté sous forme de questions et de réponses, était passé maître dans l'art de rendre certains rites de la Saint-Jean conformes à la religion, tout en en rejetant d'autres :

[…] D. Quelle raison -t-on de faire ce feu d'une manière ecclésiastique ?

R. Pour en bannir les superstitions qu'on pratique au feu de la Saint-Jean.

D. Quelles sont ces superstitions ?

R. Danser à l'entour du feu, jouer, faire des festins, chanter des chansons déshonnêtes, jeter des herbes par-dessus le feu, en cueillir avant midi ou à jeun, en porter sur soi, les conserver le long de l'année, garder des tisons ou des charbons du feu et autres semblables.

[…]

Il était de tradition, la veille ou la nuit de la Saint-Jean, de couper des rameaux verts pour les déposer, parfois en forme de croix, sur la porte des maisons, et de récolter des plantes magiques, appelées communément « herbes de la Saint-Jean », auxquelles on prêtait un puissant pouvoir à cette date (contre ls sorts, les maladies, etc.). Elles étaient parfois passées dans le feu. Même les plantes vénéneuses, ou nuisibles, voyaient leur pouvoir malfaisant renforcé : le 24 juin, les sorcières russes parcouraient nues la campagne à leur recherche.

On prétend en outre que ls fleurs cueillies à la Saint-Jean ne se flétrissent jamais (Normandie).

A minuit, la fougère fleurit miraculeusement. Une tradition veut également que si, dans la nuit de la Saint-Jean, on s'allonge avec une bougie dans la main dans les fougères, on peut parler aux saints et aux anges : il suffit de les appeler par leur nom et ils répondent. Au cours de la nuit, les chênes produisent également une fleur qui se fane avant l'aube. Selon un usage relevé encore ces dernières années dans le nord de l'Italie, certains, le matin venu, vont recueillir la sève des chênes qu'il surnomment « l'huile-qui-guérit-toutes-les-blessures »


1) Toutefois, l'ordre moderne des druides se réunit à l'ensemble de mégalithes de Stonehenge (sud de l'Angleterre) où il conduit, à l'aube de la Saint-Jean, une cérémonie de culte solaire.

à l'entrée plantes : […] Les "herbes de la Saint-Jean, qui faisaient fuir les démons, protégeaient des sorts et des maladies, devaient leur pouvoir au fait que la Saint-Jean (24 juin) était un jour magique par excellence. Le dicton "employer toutes les herbes de la Saint-Jean" signifiait que l'on avait utilisé tous les soins possibles pour guérir une personne ou fait tous les efforts nécessaires pour la réussite d'une entreprise. Selon une croyance de XVe siècle, celle qui donnait à son mari une soupe d'herbes cueillies à cette date était assurée qu'il ne la quitterait pas.

Les sorciers n'ont que vingt-quatre heures pour faire leur récolte d'herbes magiques : de l'Angélus de midi du 23 juin au lendemain même heure. Les plus puissantes sont celles qui ont été cueillies dans la nuit de la Saint-Jean, à minuit.

*

*


0 vue