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  • Anne

Le Ricin



Étymologie :

  • RICIN, subst. masc.

Étymol. et Hist. a) 1548 ricin bot. (E. Fayard, Galen sur la faculté dez simples medicamans, 7, 17 ds Mél. J. Horrent, p. 11) ; b) 1775 huile de ricin pharm. (Valm. t. 5). Empr. au lat. ricinus de même sens.


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Ricinus communis ; Cinq Doigts Notre-Dame ; Grande Épurge ; Herbe à l'huile américaine ; Herbe de castor ; Palma-Christi ; Paume-Christ ; Paume-Dieu ;

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Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt s'intéresse à la communication chez les animaux et chez les plantes, et en particulier à la toxicité des poisons qu'ils produisent :


Ceux-ci [les végétaux] forment un groupe si vaste qu'on se gardera de prétendre en dresser un inventaire complet. Citons au premier chef l'une des plus redoutables de leurs toxines : celle du ricin, cet arbuste décoratif tropical à feuilles de platane ou d'érable et aux graines magnifiquement tigrées et moirées. Il est aisé de s'en procurer et l'on dispose ainsi d'un des poisons les plus faciles à obtenir : cinq graines pour un enfant, vingt pour un adulte représentent la dose mortelle. Dieu merci, la nature, bonne mère, leur a conféré un goût assez désagréable pour décourager les petits d'y toucher. La toxine du ricin, l'une des plus dangereuses qui soient, a par ailleurs l'heureuse idée de ne pas passer dans l'huile lorsqu'on procède à son extraction à son extraction des graines ; elle se concentre dans le tourteau, dès lors toxique, allergisant et incomestible, tout au moins en l'état.

 

Victoria Hammiche, Rachida Merad, Mohamed Azzouz, et al. auteurs de Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Springer Paris, 2013) présentent ainsi le ricin :


Suivant les conditions climatiques, c'est un arbuste de 1 rn à 1,50 m ou un arbre ramifié pouvant atteindre 8 m, au Maghreb, et même plus, dans les régions tropicales. Ses tiges creuses et souples portent un feuillage persistant, d'un vert profond, brillant, constitué de grandes feuilles palmées pouvant dépasser 50 cm de large. Portées par de longs pétioles, elles sont profondément découpées en 5 à 12 lobes pointus et finement dentés. Certaines variétés ornementales ont les feuilles et les pétioles de couleur rouge. Dans la région méditerranéenne, Ie ricin fleurit en été et en automne. Les fleurs sont groupées en grappes particulières : les fleurs inferieures, semblables à de petits arbres jaunes, sont des fleurs mâles formées, chacune, d'environ mille étamines au pollen très allergisant ; les fleurs supérieures, sans pétales, portent un seul ovaire surmonté de longs filaments rouges. En décembre, Ie fruit arrive à maturité, c'est une capsule épineuse à trois loges renfermant chacune une graine qu'elle libère par dessiccation. Ricinus est Ie nom latin de la tique du chien car la graine ressemble tout à fait à ce parasite.

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Propriétés thérapeutiques :


Selon Benoît-Édouard Dutoit, auteur d'une thèse intitulée Histoire naturelle, médicale et pharmaceutique, de la famille des euphorbiacées. (Rignoux, imprimeur de la faculté de médecine de Paris, 1848) :


Ricinus communis, Linn. Ce végétal, remarquable par la grandeur et la beauté de son feuillage, est originaire de l'Inde et des contrées septentrionales d'Afrique où il forme un arbre dont le tronc s'élève à 30 et 40 pieds, tandis que dans nos climats, où il est fréquemment cultivé, il devient annuel et ne s'élève guère qu'à 6 et 9 pieds ; ce pendant, placé dans une position convenable, il devient arborescent ; c'est ainsi qu'il a été vu par Monard en Andalousie, et aux environs de Villefranche par M. A. Richard. Il est probable que le prétendu ricinus africanus W. n'est rien autre que le communis, puisque Poiret, qui a semé dans nos climats des graines de ricin d'Afrique, a vu naitre le ricin en herbe ; par contre, Desfontaines a vu celui-ci de venir arborescent dans nos serres chaudes. La racine du ricin est, d'après Brown, purgative et diurétique. Les nègres du Sénégal se servent des feuilles fraîches qu'ils appliquent sur la tête pour se guérir de la migraine, ainsi que sur les parties du corps où il y a inflammation (Adanson). On s'en sert aussi, d'après Thunberg, aụ Cap pour cet usage, mais en employant les feuilles sèches. Mathiole administrait aux hydropiques 180 grammes de ces feuilles infusées dans le petit-lait. A la Chine, on emploie les pousses vertes de cette plante, ainsi que les capsules non mûres comme purgatives. La partie de ce végétal qu'il nous importe le plus de connaître est la graine, puisqu'elle nous sert à l'extraction de l'huile dont l'usage est si répandu. Elle est de la grosseur d'un petit haricot, ovale, obtuse aux deux extrémités, comprimée, bombée supérieurement, un peu plus aplatie inférieurement et formant un angle saillant ; la surface de la semence est lisse, irrégulièrement marbrée de gris et de brun ; l'amande est recouverte d'un tegument mince, dure et cassant, et d'une pellicule. Elle est formée d'un gros endosperme blanc, oléagineuse, et d'un embryon à cotylédons foliacés. L'ombilic est surmonté d'un appendice charnu assez volumineux nommé caroncule ; au-dessus de lui, sur la face supérieure, se trouve un espace comprimé qui simule un écusson. Cette graine est inodore, d'une saveur douce d'abord, puis légèrement âcre.

On trouve dans le commerce deux sortes de ricins, ceux d'Amérique et de France. Les ricins d'Amérique sont plus gros, d'une couleur plus foncée, d'une âcreté très marquée ; la pellicule qui recouvre l'amande est argentée, et exsude quelquefois une matière spongieuse et brillante, qui remplit tout l'intervalle entre elle et la robe. Longueur de la semence, 6 lignes ; largeur, 4 lignes ; épaisseur, 3 lignes . Les ricins de France sont petits, plus pâles, sans âcreté ; longueur, 4 à 6 lignes ; largeur, 3 à 4 lignes ; épaisseur, 2 à 3 lignes. Ces semences rancissent en vieillissant, alors elles ne peuvent pas servir à l'extraction de l'huile , car celle-ci serait âcre et très irritante. On a longtemps attribué à l'embryon du ricin les propriétés actives de cette graine, et cette opinion a été partagée par Sérapion, Jean Bauhin, Hermann, Geoffroy, de Jussieu et Deyeux. MM. Boutron et Henry fils, dans un mémoire publié en 1824, ont voulu prouver que le périsperme est la partie qui contient le principe actif, et que l'embryon ne renferme qu'une huile douce et agréable. Ces idées avaient déjà été émises par M. Mérat dès 1820. M. Guibourt examinant de nouveau ce sujet, a tiré de ses recherches les conclusions suivantes :

1° l'enveloppe des ricins ne contient aucun principe acre, elle ne peut que colorer l'huile sans lui communiquer aucune mauvaise qualité.

2° L'embryon n'a qu'une saveur un peu plus âcre que celle du périsperme, et n'est pas le siège du principe âcre.

3° Le périsperme contient simultanément le principe âcre et le principe huileux.

4° Ce principe âcre est volatil, l’eau en ébullition l'enlève à l'huile, et il est possible d'obtenir par ce moyen une huile tout à fait douce et peu colorée.

5° Dans le cas d'une chaleur trop forte ou trop longtemps continuée, l'huile elle-même s'altère et acquiert une couleur plus ou moins foncée, et une âcreté qui doit en faire proscrire l'usage.

6° La facilité avec laquelle on peut dépasser le point de chaleur convenable, et le peu d'âcreté des ricins cultivés en France, doivent nous déterminer à ne les soumettre qu'à l'expression à froid pour l'extraction de l'huile destinée à l'usage médical (Journ. de chimie méd., 1825). M. Soubeiran considère la matière résineuse comme la cause de l'âcreté de l'huile de ricin et de ses propriétés purgatives ; il a reconnu depuis que ce produit était complexe) ; mais il y existe aussi une petite quantité d'un acide gras qui se trouve même dans les ricins les plus récents, et qui augmente à mesure que l'huile vieillit.

Ces semences ont été employées il y a longtemps à l'intérieur. Dioscoride dit que trois de ses graines mondées de leur enveloppe et pilées purgent la bile, la pituite et la sérosité par les selles, et excitent le vomissement. Mésué en donnait de 5 à 15, et il a reconnu leur utilité dans la goutte, la sciatique, les hydropisies ; il les administrait dans du petit-lait ou du lait de chèvre. D'après Pison, les habitants du Brésil croient qu'il y a du danger à en donner plus de 7 à la fois. Geoffroy dit dans sa matière médicale qu'on les prescrit le plus souvent depuis 0,50 à 4 grammes en émulsion dans 180 grammes d'eau, et il ajoute que cette graine est un purgatif violent et très dangereux qui cause l'inflammation de la gorge. Guillaume Pison avait proposé de préparer avec ses semences et l'alcool une teinture dont l'effet purgatif, disait-il, était plus certain. M. le Dr Parola vient de proposer le même moyen sans se douter probablement que cela avait été fait avant lui. Dans ces derniers temps, M. Mialhe a appelé de nouveau l'attention des praticiens sur l'emploi de cette graine à l'intérieur ; voici d'après ce médecin les résultats thérapeutiques qu'il a obtenus. 10 grammes de semences dépouillées de leurs enveloppes donnèrent lieu à un effet éméto-cathartique très énergique ; une émulsion préparée avec une dose moitié moindre, c'est-à-dire avec 5 grammes, détermina 28 vomissements et 18 évacuations alvines. Enfin, une troisième émulsion contenant seulement 1 gramme de semences de ricin produisit un effet éméto-cathartique très marqué ; il en fut de même avec une préparation ne renfermant que 0,20 de semences. M. Mialhe conclut de ses faits : 1° Que le principe oléo-résineux trouvé par M. Soubeiran dans la semence n'existe qu'en proportion très faible dans l'huile, tandis qu'il se trouve en totalité dans l'émulsion ; 2° Que les ricins de France renferment une grande proportion d'un principe éméto-cathartique ; qui est propre à un grand nombre de plantes de la famille des euphorbiacées ; 3° Que l'émulsion de semences de ricin, préparée avec 30, 25, 20 centigrammes de ces semences, constitue peut-être le purgatif le plus agréable au goût, mais que par malheur, même à cette faible dose, cette médication, outre son effet purgatif, détermine assez fréquemment le vomissement ; ce qui doit la faire bannir de la pratique médicale toutes les fois que les vomitifs sont contre-indiqués. On peut préparer avec ses semences un sirop qui est d'un goût agréable. Voici la formule qu'en a donnée M. Mouchon, de Lyon ; semences de ricin dépouillées, 500 grammes ; eau, 1500 ; eau de menthe, 500 ; sucre, 2,500. F. s. a.., 60 grammes de ce sirop procurent aux sujets robustes 8 à 10 selles copieuses sans production de coliques ni de la moindre nausée, il fait vomir les sujets délicats.

Huile de ricin, huile de palma-Christi, huile de Kerva, castor-oil des Anglais :


Cette huile est blanche ou légèrement jaunâtre, épaisse, visqueuse, d'une densité plus grande que les autres huiles, d'une odeur faible, d'une saveur d'abord fade, puis légèrement âcre. Elle doit toujours être employée récente, car , en vieillissant, elle rancit et peut devenir dangereuse. Elle est soluble en toutes proportions dans l'alcool à 40° ; l'alcool à 36° en dissout les trois cinquièmes de son poids. D'après MM. Bussy et Le Canu, elle donne à la distillation : 1° une matière solide, représentant les deux tiers du poids de l'huile, et qui constitue le résidu ; 2° une huile volatile incolore très homogène, cristallisant par le refroidissement ; elle donne à la saponification trois acides gras, les acides récinique, élaïodique et margaritique ; les deux premiers sont d'une extrême âcreté ; tous deux sont solubles dans l'alcool et dans l'éther. On ne sait pas encore si l'huile de ricin est purgative par elle-même ou par quelques matières qui s'y trouvent dissoutes. M. Soubeiran pensait, comme je l'ai déjà dit, que c'était une huile résineuse molle, mais il a reconnu depuis que ce produit était complexe ; les acides élaïodique et ricinique, quand ils s'y dissolvent, y déterminent de l'âcreté. Le procédé actuellement suivi en France pour l'extraction de cette huile est le suivant : on prend les semences de l'année, sèches et bien saines, on les monde des corps étrangers qui peuvent y être mêlés, on les réduit en pâte au moyen d'un moulin, ou dans un mortier, on la renferme dans des toiles de coutil et on la soumet à presse, en ayant la précaution d'exprimer avec lenteur à cause de le viscosité de l'huile qui s'écoule lentement, et qu'en voulant aller vite on crèverait les toiles ; on filtre au papier et à la chaleur de l'étuve l'huile que l'on obtient, car elle n'est pas transparente. On peut priver les ricins de leurs enveloppes, alors on obtient une huile très blanche. Autrefois on employait plusieurs autres procédés pour l'extraction de cette huile : ainsi, en Amérique, on faisait torréfier légèrement les semences qu’on pilait, la pâte qui en résultait était soumise à l'ébullition avec de l'eau, on recueillait l'huile qui surnageait, on la lavait de nouveau avec de l'eau, on décantait, et pour la priver de l'eau qu'elle pouvait contenir, en faisait évaporer celle-ci par l'ébullition de l'huile. On a longtemps reçu en France l'huile de ricin préparée par ce procédé, et qui nous venait d'Amérique, elle était d'une couleur ambrée, d'une saveur âcre. On pense que cette âcreté était due au mode de préparation, et probablement aussi au mélange des ricins d'Amérique avec les semences du jatropha curcas et peut-être du croton tiglium. 10,000 grammes de semences donnent à peu près 3,250 grammes d'huile ; le procédé de Charlard de diffère de celui-ci que par la non- torréfaction des graines. Un autre procédé a été proposé par M. Faguer : il consiste à mêler à la pâte de ricins un quart de son poids d'alcool et à l'exprimer. On retire une partie de l'alcool par la distillation ; le résidu de la distillation est lavé à grande eau ; l'huile, séparée de l'alcool, est portée sur un feu doux pour en évaporer toute l'humidité, on la retire et on la filtre dans une étuve chauffée à 30° 1,000 grammes de semences ont donné par ce procédé 625 grammes d'huile.

M. Audibert a vu mourir quatre-vingts moutons qui avaient mangé des tourteaux de ricin ; il faut attribuer la mort de ces animaux à la grande quantité de résine qui y restait, et que l'huile n'avait pas en trainée. Hufeland propose de préparer une huile de ricin artificielle en mêlant 30 grammes d'huile d'œillette avec une goutte d'huile de croton.

Cette huile ne fut bien connue eu Europe que vers 1778, époque à laquelle Odier de Genève publia dans l'ancien Journal de médecine les bons résultats qu'il en avait obtenus. Depuis cette époque, elle est fréquemment employée comme un purgatif très doux, lorsqu'on redoute les effets d'une substance irritante, comme dans les constipations, la hernie étranglée, la dysenterie. Elle convient surtout aux personnes délicates, irritables, nerveuses. On s'en est servi comme anthelminthique. Gartner la conseille dans la fièvre puerpérale et la suppression des lochies, par cuillerée avec le calomel.

L'huile de ricin s'administre aux enfants à la dose de 8 grammes, à celle de 16 à 32 gr. aux adultes. On la prend délayée dans du bouillon dégraissé et très chaud ; dans du bouillon aux herbes, on l'émulsionne avec un jaune d’œuf. On la donne aussi en lavement à à la dose de 64 grammes.

On a aussi employé cette huile à l'extérieur. Le père Labat dit qu'aux Antilles on s'en sert en frictions contre les douleurs locales. Au Malabar on applique l'huile ou son marc sur les reins dans les douleurs de cette partie. Les Indiens l'emploient contre les maladies de la peau (Ainslie).

On se servait anciennement de cette huile pour l'éclairage. Hérodote dit qu'on la préparait soit en faisant chauffer les semences, soit en les pilant à froid ; il fait observer que cette huile a de l'odeur en brûlant ; on s'en oignait la peau pour se préserver de la piqûre des moustiques (Hérodote, 1, 367). D'après Rumphius, on se sert à Java et aux Moluques d'un mélange de chaux vive et d'huile de ricin pour calfater les vaisseaux.

Le ricin est fréquemment cultivé en France pour l'extraction de son huile. Dans les jardins du midi de la France on le trouve mêlé aux plantes potagères, par suite de la croyance qu'il éloigne les taupes. On multiplie cette plante par semis qu'on recommande de faire sur couche, sous le climat de Paris.

Ce végétal est connu depuis très longtemps, il en est fait mention dans la Bible, dans les ouvrages d'Hérodote, d'Hippocrate, de Galien, de Dioscoride, de Mésué, etc. Pline indique le procédé d'extraction de l'huile par l'ébullition dans l'eau suivi alors sur les côtes d'Espagne . Ses graines ont été trouvées par M. Caillaud dans des sarcophages égyptiens.

Le nom latin ricinus donné à cette plante lui vient de la ressemblance des fruits hérissés de plusieurs de ses espèces avec les tiques des chiens, en latin ricinus. Palma-Christi : ce nom est donné à la plante lui vient de la forme palmée de ses feuilles.

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D'après les travaux de Victoria Hammiche, Rachida Merad, Mohamed Azzouz, et al. consignés dans Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Springer Paris, 2013) :

Usages traditionnels : Toutes les parties du ricin ainsi que l'huile sont largement utilisées par voie interne ou externe. Les applications relevées en Algérie sont multiples et donnent, régulièrement, lieu à des intoxications.

  • La décoction de racine ou de feuilles imbibe des compresses que l'on applique pour soulager les douleurs de type rhumatismal. Par voie orale, elle est recommandée pour l'ictère, Ie diabète et les troubles des reins et de la vessie, la stérilité masculine, les aménorrhées et les parasites intestinaux.

  • Avec la feuille fraîche hachée, on réalise un cataplasme que l'on maintient sur la partie à traiter : tête pour les céphalées, torse pour tarir la sécrétion lactée, abdomen comme emménagogue, ou en friction sur les articulations douloureuses ou la sciatique. Furoncles, plaies, abcès du sein relèvent aussi de cette pratique.

  • La décoction de graines est employée, en usage externe, pour Ie trachome, les aphtes, la chute des cheveux ainsi que pour la gale du dromadaire et, per os, pour les troubles nerveux et l'épilepsie.

  • L'huile en friction a des usages similaires en rhumatologie et dermatologie.

  • La graine, débarrassée de sa partie externe, pilée, mélangée à du miel ou de la confiture est recommandée pour ses propriétés purgatives.

La plupart de ces emplois sont retrouves au Maroc et en Tunisie.

La graine reste largement utilisée dans des pratiques magiques, ce que rappelle un de ses noms vernaculaires : « sakta oua meskouta » (silencieuse et rendue muette). [...]


Utilisations : L'huile, obtenue par pression à froid des graines broyées, doit ses propriétés laxatives et purgatives à l'acide ricinoléique. Longtemps employée comme purgatif, à la dose de 20 à 50 g, elle est aujourd'hui déconseillée en raison de sa toxicité. En effet, la dose journalière admissible (DJA) chez l'homme ne doit pas excéder 3 g.

Utilisée depuis 6 000 ans en Egypte et 4 000 ans en Inde pour l'éclairage, c'est dans l'industrie qu'elle a, de nos jours, de nombreuses utilisations. En pharmacie, c'est un excipient des formes orales et un solvant pour préparations injectables, aujourd'hui de moins en moins utilisé car il est responsable de réactions allergiques graves. EIle a aussi une énorme importance dans diverses branches industrielles, en cosmétologie, en parfumerie et comme lubrifiant de moteurs d'avions. Elle entre comme matière première dans l'industrie des polymères (Rilsan), des matières plastiques pour carrosseries automobiles et pièces de haute précision, des peintures et vernis, etc.

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Dangerosité du ricin :


Nicolas Simon, dans une thèse intitulée Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les végétaux et soutenue à la faculté de pharmacie de Nancy, (Sciences pharmaceutiques. 2003. ffhal-01732872f) nous rappelle la dangerosité du ricin :


Le ricin (Ricinus communis L.) appartient à la famille des Euphorbiaceae. Il est très polymorphe, herbe, arbuste ou arbre suivant les conditions climatiques. Annuel en Europe, il devient vivace dans les pays tropicaux. Sa tige, rameuse, porte de grandes feuilles 62 palmatilobées, souvent chargées de colorant rouge, qui ont valu à la plante son autre nom de Palma-Christi.

La toxicité de cette plante réside essentiellement dans ses graines, que l'on peut trouver très facilement dans les graineteries: ce qui en fait l'un des toxiques les plus faciles à obtenir. Et c'est aussi l'un des plus redoutables: cinq à six graines pour un enfant, vingt pour un adulte représentent une dose mortelle.

Les graines du ricin contiennent une substance, la ricine, que beaucoup considèrent comme la toxine la plus dangereuse du règne végétal. La ricine est, en fait, une toxalbumine formée de deux chaînes protéiques A et B (seule la chaîne A est porteuse de la toxicité).

On retrouve la ricine dans le tourteau résiduel lors de la fabrication de la célèbre huile de ricin. Si cette huile purgative est parfaitement inoffensive quand elle est fabriquée correctement, le tourteau, lui, n'est pas à laisser entre toutes les mains. En effet celui-ci contient de la ricine en très grande quantité et le bétail auquel on l'a parfois donné comme nourriture fut décimé par cette toxine mortelle. En Provence, au milieu du 19ème siècle, 80 moutons sont morts d'un coup après avoir ingéré des tourteaux déposés dans une cour pour servir d'engrais ultérieurement.

Le ricin est connu comme plante oléagineuse depuis quatre millénaires au moins: on en a trouvé des graines dans les tombeaux égyptiens. D'anciens papyrus nous apprennent que l'huile extraite des graines servait de purgatif et de liniment pour faire pousser les cheveux. Dans nos contrées, on prenait autrefois les tourteaux pour en faire de la mort aux rats.

Mais l'entrée de la ricine dans le monde peu recommandable des poisons criminels ne date que de quelques décennies. L'exemple le plus connu est la mésaventure survenue à l'exilé bulgare à Londres, Georgi Markov :


« Le 7 septembre 1978, M. Georgi Markov - un reporter bulgare - ressent une piqûre derrière sa cuisse droite alors qu'il attend un bus près de Waterloo Bridge en compagnie de son épouse. Lorsqu'il se retourne il voit un homme qui a fait tomber son parapluie, ce dernier s'excuse, puis aussitôt après monte dans un taxi. Quelques heures après, alors qu'il est chez lui, M. Markov se sent très fatigué et présente une fièvre élevée. Madame Markov remarque une tâche de sang sur le pantalon de son mari et voit qu'il présente derrière la cuisse droite une trace de piqûre. L'état de santé de M. Markov se détériore rapidement, il est hospitalisé et décèdera trois jours après l'apparition des premiers symptômes. A l'autopsie on retrouvera sous la peau de la cuisse droite une petite sphère de 1,52 mm de diamètre, composée d'un alliage métallique (90% de platine et 10% d'iridium), et percée de part en part de deux trous minuscules de 0,35 mm de diamètre. A l'intérieur de la sphère un volume d'environ 0,28 mm' est disponible pour une éventuelle substance toxique, que l'analyse chimique identifiera comme étant la ricine. »


L'enquête montrera que M. Markova en fait été exécuté par un agent des services secrets d'un pays du bloc de l'Est, en raison de ses activités politiques dans son pays d'origine. La petite sphère contenant le poison a manifestement été inoculée à la victime à l'aide d'un parapluie muni d'un dispositif spécial à son extrémité. L'assassin n'a semble-t-il jamais été identifié. Cette petite histoire, auquel on donna le nom de «coup du parapluie bulgare », illustre parfaitement la toxicité redoutable de la ricine par voie injectable, même à des doses infimes, sans commune mesure avec sa toxicité par voie orale.

Ce poison végétal n'était pas inconnu des services de Scotland Yard, ni de l'armée britannique qui avait déjà fait des essais avec la ricine comme gaz de combat, mais en avait détruit ensuite tous les stocks en raison du danger qu'elle constituait.

Mais la ricine entre aujourd'hui, peut-être, dans une nouvelle ère, celle du bioterrorisme. En effet, quoi de plus inespéré pour un terroriste que cette substance on ne peut plus toxique, qu'il peut se procurer en quantité illimitée dans n'importe quelle graineterie et à un prix plus que modique, et dont on ne connaît à ce jour aucun antidote. La ricine va peut-être bientôt connaître un avenir "brillant" dans le monde obscur du fanatisme aveugle et ce sombre dessein a peut-être déjà commencé.

La ricine est un agent biologique recensé dans le plan Biotox, dispositif de lutte contre les menaces biologiques mis en place après le Il septembre 2001 et renforcé récemment par les autorités françaises. Une liste de 23 produits chimiques, biologiques et radioactifs, susceptibles d'être utilisés par les terroristes, a été dressé.

La police britannique a interpellé plusieurs personnes les 5 et 7 janvier 2003 après la découverte de traces de ricine dans un mini laboratoire situé dans un appartement de Wood Green, un quartier du nord de Londres, non loin de la mosquée de Finsbury Park. Mais le poison n'était déjà plus là, la police ignore en quelle quantité il a été produit et, surtout, ce qu'il est devenu.

Deux mois plus tard, cet extrait d'un article du Monde décrit la découverte qui a été faite dans une consigne de la gare de Lyon, à Paris :


« Des traces de ricine, un poison violent, ont été relevées, lundi 17 mars, dans deux flacons découverts dans une consigne de la gare de Lyon, à Paris. Ces flacons contenaient également de l'éthanol et de l'acétone, a précisé Nicolas Sarkozy, le ministre de l'intérieur, vendredi 21 avril sur Europe 1. Dans ce casier ont également été trouvés deux bocaux contenant de la poudre blanche, pour l'heure non identifiée, mais qui n'est pas de l'anthrax, selon les premiers éléments de l'enquête. Les analyses ont permis de déterminer que la concentration de ricine n'était ''pas létale pour l'homme", laissant supposer que la préparation était de piètre qualité et artisanale, ajoutent les enquêteurs. (... ] Le ministère précise que "les analyses effectuées ont permis de constater que les deux derniers flacons contenaient des traces de ricine dans un mélange qui s'est révélé être un poison très toxique". Les agents biologiques susceptibles d'être utilisés comme des armes - variole, charbon, tularémie, peste pulmonaire, toxine botulinique, ricine... - sont devenus une préoccupation majeure pour les gouvernements occidentaux. L'obtention et la manipulation de produits hautement toxiques ne réclament pas de grandes structures et des connaissances savantes. La ricine est la toxine végétale la plus toxique. Elle est soluble dans l'eau, dans des aliments ou dans des boissons embouteillées sans en modifier le goût, faisant craindre la contamination de réseaux d'eau potable. »

Quel est l'objectif exact des terroristes ? Provoquer un mouvement de panique ou se constituer véritablement des réserves de ricine en vue d'attentats ?

Quelques semaines après ces révélations, l'information fut démentie: les fioles ne contenaient vraisemblablement pas de ricine. Mais le mal était fait, la psychose de la ricine est désormais présente dans notre inconscient à tous et c'est cette peur que recherchent les terroristes pour asseoir encore un peu plus leur pouvoir de pression sur les gouvernements et les populations qu'ils tentent de contrôler.

Les experts sont d'accord pour dire qu'il faudrait des quantités phénoménales de ricine, sûrement plusieurs tonnes, mélangées à l'eau courante ou disséminées dans l'atmosphère, pour provoquer un nombre non négligeable de victimes. Mais, après tout, pourquoi pas? Les terroristes ont les moyens (ils l'ont déjà démontré) et surtout le temps pour eux. L'avenir nous dira peut-être si la ricine va véritablement devenir le poison végétal majeur du 21ème siècle.

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Symbolisme :


Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


RICIN - MÉDECINE.

Le Très-Haut a fait sortir de la terre tout ce qui guérit et l'homme sage ne dédaignera pas ce secours... La vertu des plantes est faite pour être connue des hommes et le Très-Haut leur a donné la science afin d'être honoré dans ses merveilles. Par là il apaise leur douleur ; par là se préparent des breuvages délicieux, des potions salutaires qui changent suivant les maladies.

Ecclésiastes : XXXVIII, 4, 7.

 

D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882) :


RICIN, en sanscrit Eranda. — L'ample feuille de cette belle plante a été comparée dans l'Inde au large sein (peut-être pendant) d'une paysanne. « Der eranda hier, dessen Blâtter, durch die Ritzen des Zaunes gedrungen sind, zeigt den junuen Burschen gleichsam an : « hier im Hause wohnt « eine Bauersfrau, mit so vollem Busen. » (Weber, Saptaçataha von litila, 260.) Le professeur Weber ajoute ce qui suit : « Eranda, Ricinus communis, etc. Das tertium für den Vergleich des Verses liegt wohl darin, dass der Busen der im Hause wohnenden Frau ebenso alle Bande sprenge, wie die Bliitter des eranda sich durch jede Ritze hindurchzwângen ? » Dans Govardhana, 203, l'halikavadhû ou paysanne, gît et s'agite sur une feuille d'eranda.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) :


"Le ricin représente l'aspect inintelligible de l'existence. Jonas, après avoir prêché à Ninive sur l'ordre de Dieu, devient triste et inquiet car il s'étonne de l'attitude de Dieu ; il a l'impression de vivre dans un monde privé de lois et de ce fait chaotique. Dieu fait croître un ricin, afin de donner de l'ombre à la tête de Jonas. La vue de ce ricin donne à Jonas une très grande joie. Dès le lendemain, à l'aurore, Dieu fait venir un ver ; celui-ci pique le ricin qui sèche aussitôt. Quand le soleil se lève, Dieu fait souffler d'orient un vent brûlant, Jonas tombe en défaillance. Puis Jonas s'irrite et déclare que la mort est préférable à la vie. D'où le dialogue entre Dieu et Jonas. Les réactions de Dieu sont imprévisibles. Ce dynamisme de Dieu qui comporte des alternances apparentes de décisions, de contrordres et de changements, se trouve encore exprimé dans Jérémie (18, 6-10). Ainsi tout est imprévisible, et l'homme souffre de cette insécurité, de cette absence de logique ou plutôt d'une logique dont il ne découvre pas les secrets. La poussée et la mort soudaines du pied de ricin en sont le symbole. L'incohérence des choses, l'absurdité des événements échappent à la logique humaine, mais peuvent relever d'une autre logique. L'aventure du pied de ricin invite l'homme à ne pas se fier à sa seule dialectique : il en existe une qui lui est supérieure."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Ricin (Ricinus communis) a les caractéristiques suivantes :

Pouvoir : Protection.

Partie toxique : les graines.


Utilisation magique : Ce sont précisément ces « fèves » du Ricin qui sont, dans beaucoup de régions, protectrices ; on les laisse sécher dans des soucoupes, des coupelles, que l'on prend soin de percher en haut des armoires, hors de portée des enfants. Il n'y a rien à craindre pour les animaux domestiques, qui n'y touchent pas. Ces jolies semences, de la grosseur d'un petit haricot, renferment en effet une toxalbumine hautement vénéneuse : la ricine. Lorsqu'on extrait l'huile par pression à froid des graines, cette toxine, insoluble, reste intégralement dans le tourteau ; c'est pourquoi l'huile de Ricin n'a pas besoin de subir un traitement spécial pour en être débarrassée.

En Afrique du Nord, l'huile de Ricin sert de base à diverses pommades magiques. Dans plusieurs pays islamiques, on en fait boire de force, à l'entonnoir, aux gens qui ont consommé de l'alcool.


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Littérature :


Nicolas Simon, dans une thèse intitulée Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les végétaux et soutenue à la faculté de pharmacie de Nancy, (Sciences pharmaceutiques. 2003. ffhal-01732872f) analyse l'emploi des poisons dans l'œuvre d'Agatha Christie :


La célèbre romancière britannique, ayant été infirmière pendant la première guerre mondiale, était une experte dans la connaissance des substances pouvant s'avérer extrêmement délétères pour l'homme.

[...] Une histoire fort intéressante est celle parue dans Le crime est notre affaire, où quatre personnes semblent avoir été empoisonnées par des sandwiches aux figues, deux sont décédées et les deux autres sont gravement malades. Le docteur Burton en apprend un peu plus aux deux enquêteurs :


« ... j'aurais pu mettre ces morts sur le compte d'une intoxication alimentaire, mais une intoxication d'une virulence exceptionnelle, avec inflammation intestinale et hémorragie.

- Vous pensez à un empoisonnement à l'arsenic ?

- Non. Ce poison, si c'est bien un poison, est à la fois plus puissant et plus rapide. Plus proche d'une toxine végétale. »


L'assassin s'est en quelque sorte mithridatisé, ou plus précisément vacciné, contre le ricin et l'hypothèse est tout à fait plausible car on sait que l'on peut détecter dans le plasma des anticorps spécifiquement dirigés contre la ricine.

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