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  • Anne

L'Armoise



Étymologie :

  • ARMOISE, ARTÉMISE, subst. fém.

ÉTYMOL. ET HIST. I.− xiie s. hermoiz (Gloss. Tours, 331 ds T.-L.) ; av. 1285 ermoize (Rutebeuf, Œuvres, éd. A. Jubinal, I, 257 ds T.-L. : Por la maladie des vers garir, a vos iex la veeiz, a vos piez la marchiez, la meilleur herbe qui soit elz quatre parties dou monde, ce est l'ermoize [ms. : iermoise]) ; 1372 armoise (Propriétés des choses, éd. G. Raynaud ds T.-L.). II.− xiie s. artemese (Gloss. Tours, 332, éd. Delisle ds T.-L.) ; xve s. arthemeise (Ms. namurois du XVes., 146, éd. J. Camus ds R. Lang. rom., t. 38, p. 155 : L'yawe de arthemeise souvent beute en jeun cuer, simple ou avecque vin collé, fait aux femmes ravoir leurs fleurs), attest. isolées ; 1826 artémise (Mozin-Biber). I du lat. artemisia (lui-même empr. au gr. α ̓ ρ τ ε μ ι σ ι ́ α) littéralement « herbe d'Artémis » [herbe que, dans certaines représentations plastiques, Artémis tient à la main en tant que déesse de la végétation, et plus gén. de la fécondité] « armoise commune » attesté dep. Pline, Nat., 25, 130 ds OLD ; v. André Bot. 42. II empr. au lat. artemisia.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Artemisia ; Armoise ; Artémise ; Ceinture de Saint-Jean ; Couronne de Saint-Jean ; Herbe à Saint-Jean ; Herbe aux cent goûts ; Herbe de feu ; Herbe royale ; Mère des herbes ; Remise ; Tabac de saint Pierre.

Artemisia vulgaris ; Absinthe sauvage ; Armoise citronnelle ; Armoise commune ; Artémise ; Barbotine ; Bretelle ; Ceinture de Saint-Jean ; Couronne de Saint-Jean ; Couronne de Jean-Baptiste ; Herbe aux cent goûts ; Herbe de feu ; Herbe de Saint-Pierre ; Sourcil de lune ; Tabac de Saint-Pierre.

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Botanique :

A savoir : Artemisia mutellina ou Artemisia umbelliformis est communément appelée "génépi blanc" ou "femelle". Elle est aussi connue sous le nom d' "absinthe des rochers" car cette plante poussant sur les pentes rocailleuses et éboulis de haute montagne entre dans la composition de liqueurs.













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Propriétés médicinales :


Jacques Brosse dans La Magie des plantes (Éditions Hachette, 1979) consacre dans sa "Flore magique" un article aux différentes armoises :

[...]

Si le secret des vertus très particulières des armoises ne s'est guère conservé qu'un fin fond des campagnes, en revanche, leur utilisation comme vermifuge, déjà bien connue des Grecs, demeure toujours actuelle. [...]

Le vermifuge par excellence dans la pharmacopée traditionnelle est une armoise qui croît dans les steppes salées situées entre la Caspienne et la mer d'Aral, le Semen contra (Artemisia cina), la "graine contre" (les vers) des apothicaires d'autrefois, lesquels ne le connaissaient d'ailleurs que sous la forme d'une poudre envoyée sèche du Levant et dont ils ignoraient la provenance. Mais ce remède étant fort dangereux - car il peut provoquer des spasmes, des vertiges et aussi des hallucinations allant jusqu'au délire - on ne l'utilise plus guère qu'à doses infinitésimales en homéopathie. [...]

On utilise parfois l'armoise commune dans l'alimentation. A l'époque où l'on ne connaissait pas encore l'usage du houblon, elle a servi à parfumer la bière en Angleterre ; de nos jours, on l'emploie encore en Allemagne pour accommoder les volailles et en particulier les oies. Mais c'est surtout une autre espèce, Artemisia dracunculus, qui joue dans la cuisine un rôle irremplaçable ; cette armoise n'est autre que l'estragon. Enfin, plusieurs Artemisia, toutes alpines, sont bien connues sous le nom commun de génépi. [...]

Si la médecine traditionnelle chinoise reconnaît aux armoises à peu près les mêmes qualités que la phytothérapie occidentale - elles sont employées comme vermifuge et, en fumigation, contre les insectes piqueurs -, elle tire également parti du duvet très abondant qui recouvre les feuilles de certaines espèces, dont elle fait une sorte d'amadou. Au moyen de ce dernier, on façonne de petits cônes que l'on allume à leur pointe et que l'on laisse se consumer lentement sur un certain point du corps du malade jusqu'à ce que la peau soit brûlée. Ces points sont d'ailleurs très soigneusement délimités et correspondent approximativement à ceux de l'acupuncture. Il s'agit donc d'une « ignipuncture » destinée à stimuler le nerf sensitif localisé, lequel transmet l'excitation reçue aux centres qui diffuseront cette énergie aux endroits appropriés.

L'usage de ces cônes d'armoise que l'on appelle en Europe des moxas, ce qui est la déformation du japonais mogusa « herbe à brûler », est, en Extrême-Orient, des plus anciens et toujours fort répandu. Si cette pratique, peu douloureuse mais très efficace, n'a attiré l'attention en Occident que fort récemment, elle avait été décrite avec la plus grande précision dès 1712 par l'Allemand Engelbert Kaempfer, qui fut le premier botaniste européen à inventorier la flore japonaise, à la suite du séjour qu'il fit au Japon en tant que médecin de l'ambassade hollandaise - la seule qui fut alors autorisée dans ce pays.

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D'après Marc Questin, auteur de La Médecine druidique (1990, nouvelle édition inchangée 1997),


"Les souches d'armoise étaient mises à sécher le jour de la Saint-Jean, à l'époque druidique [anachronisme !], afin de donner plus de force aux feux du même nom. L'armoise couronnait la tête des vierges et servait aux druides pour jeter un sort au bétail ou faire fuir les mauvais esprits. L'armoise, qui faisait partie des herbes de la Saint-Jean, devait se cueillir au point du jour et à reculons. Il convenait en outre d'être à jeun.

L'herbe est très employée pour régulariser le rythme ou modérer l'abondance des règles. Elle régularise aussi les menstruations difficiles et douloureuses. Certains auteurs l'ont vantée dans les affections nerveuses, contre l'hystérie, l'épilepsie, la danse de Saint-Guy, les vomissements nerveux.

"Qui portera armoise par le chemin ne se sentira jamais las", disait le vieux dicton.

L'armoise passait en effet pour être un talisman contre la fatigue. Pline est le premier à le signaler dans son Histoire naturelle en conseillant au voyageur d'en porter toujours un rameau sur lui.

Au Moyen Âge, nous dit Jean Palaiseul, elle entrait dans la composition des philtres propres à "dénouer l'aiguillette" et la tradition voulait qu'on en portât, soit une couronne sur la tête, soit une guirlande autour de la taille, pour danser devant le feu de la Saint-Jean, puis qu'on la jetât ensuite dans les flammes afin d'être immunisé contre la maladie pendant l'année à venir.

Une infusion d'armoise (10 g de plante pour un litre d'eau, deux tasses par jour) exerce une action antispasmodique et sédative qui la fait recommander dans les cas de diarrhée chronique, de vomissements nerveux, de névroses hystériques et épileptiques.

On peut prendre des bains d'armoise pour soigner la goutte et les rhumatismes : deux ou trois poignées de plante fraîche ; faire infuser dans deux litres d'eau que l'on verse dans l'eau du bain.

Contre les affections nerveuses : utiliser de 2 à 4 g de feuilles séchées d'armoise (en poudre) dans du vin chaud. on peut aussi mêler cette dose à du sucre en poudre ou à du miel."

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Usages traditionnels :


D'après Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Les autres moyens de détruire les puces employés dans nos campagnes, sont de mettre dans les draps la plante fraîche d'armoise, Artemisia vulgaris. Ce dernier est efficace et j'en ai souvent usé en parcourant les Alpes.

[...]

Les ménagères aisées et soigneuses mettent dans leur linge de l'armoise.




Spagyrie :


Voici la fiche proposée par Viviane Le Moullec dans Élixirs floraux de Viviane à faire soi-même (Éditions du Dauphin, 1997, 2020) :


Mot clef : Symbolise la jeune fille ou la jeune femme indépendante


Qui est l'Armoise ? L'Armoise (comme l'Absinthe et l'Estragon) est une "Artemisia", une plante dédiée à la déesse Artémis. L'Armoise représente la Lune en tant que jeune fille.


Avec quoi réaliser votre élixir ? Recueillez la partie aérienne de la plante, de préférence quand elle s'orne de ses odorantes fleurs du jaune intense d'un lever de soleil.


Utilisation traditionnelle : Les rameaux d'Armoise séchés, suspendus dans les armoires, font fuir les mites et autres indésirables. Elle s'associe bien à la traditionnelle Lavande. Les herboristes occidentaux emploient encore l'Armoise pour apaiser les douleurs liées aux règles. Les Chinois utilisent le bois d'Armoise pour faire de l'acupuncture sans aiguilles (moxas). On enflamme une baguette jusqu'à obtenir une pointe de braise. On l'approche de la partie douloureuse jusqu'à sentir une forte chaleur. La douleur s'en va, grâce à la chaleur, et aussi aux qualités propres de l'Armoise qui chasse les mauvaises pensées et les sources de douleur ou de tourment.


Aide alchimique : L'Armoise est favorable aux jeunes filles et aux femmes indépendantes, donc à celles qui doivent veiller seules à leur survie. Elle protège les femmes des pensées avilissantes. Son amertume constitue un tonique de choix et aide à ne pas s'apitoyer sur soi-même. Les vapeurs d'Armoise chassent les mauvaises pensées. Vous pouvez donc faire évaporer quelques gouttes d'élixir sur le charbon brûlant de votre brûle-parfum.

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Croyances populaires :


Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Au moyen âge on faisait en Picardie des ceintures avec de l'armoise récoltée à la Saint-Jean, et des couronnes qui suspendues dans les maisons les étables et les bergeries étaient conservées pendant une année.

[...] Dans la Gironde, les personnes qui veulent se garantir des Sorciers doivent porter un sachet renfermant de l'armoise, du millepertuis et du mille-feuilles, qui ont été bénits.

[...] Le nouement d'aiguillette, autrefois si redouté, était efficacement combattu par quelques plantes : Au XVIe siècle l'armoise ramassée à la même heure [ai soleil levant] le 24 juin, portée autour du cou avec du gui de chêne, la dénouait.

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : l'armoise (Artemisia vulgaris) est "la fleur d'Artémis".


Tout nu, le fusil passé au vinaigre ! L'armoise est une des principales plantes rattachées au rite de la Saint-Jean. Il n'est donc pas étonnant de la retrouver dans de nombreuses recettes pratiquées autour du solstice d'été. Selon les effets recherchés, on cueillait cette plante la veille, le jour ou la nuit de cette date. En plaçant des rameaux d'armoise récoltés la veille de la fête au-dessus des portes des habitations ou sur le plancher des chambres, les campagnards pensaient écarter les sortilèges et la foudre. Une guirlande de la plante portée sur soi à la même date préservait de nombreux malheurs comme l'apparition de spectres. Durant la nuit de la Saint-Jean, les chasseurs souvent bredouilles partaient tout nus dans les campagnes, à la recherche d'armoise et de verveine. Une fois rentrés chez eux, ils mettaient du vinaigre à bouillir pour y plonger les deux plantes. Au petit matin, les hommes lavaient soigneusement leur fusil avec cette décoction pour ne plus jamais manquer leur cible ! La cueillette effectuée à l'aube de la Saint-Jean devait être pratiquée à jeun. Cinq Pater et cinq Ave récités durant la récolte permettaient aux rameaux prélevés de garder toutes leurs vertus magiques, étrange réconciliation de la religion et de la magie. Les paysans souffrant régulièrement de maux de reins, dus à leurs pénibles tâches, façonnaient une ceinture d'armoise pour ne plus avoir à pâtir de ces désagréments. L'accessoire végétal avait en outre la faculté de repousser les mauvais sorts.

La veillée de la Saint-Jean constituait également une occasion de se mettre sous la protection de la plante. Porter une couronne ou une ceinture d'armoise permettait aux danseurs faisant la ronde autour du feu de bénéficier d'une excellente santé jusqu'au solstice d'été suivant. Ces objets passaient également pour porter bonheur, on leur prêtait en effet le pouvoir e refouler les cambrioleurs, les épreuves et les douleurs aussi variées soient-elles.

Dans la Meuse, les habitants de Cumières avaient coutume de placer deux personnes de part et d'autre du feu. L'un lançait des couronnes d'armoise par-dessus le brasier, l'autre les rattrapait. Une fois passés dans la fumée, ces cercles végétaux étaient coupés en morceaux et distribués dans l'assistance. Ces fragments étaient précieusement conservés dans chaque maison afin que le feu du ciel et le feu de la cheminée ne puissent causer de dommages à l'habitat.


Pour les hommes et les bêtes : En Égypte, les pharaons recouraient déjà à l'armoise pour écarter les mauvais esprits. Tout en reconnaissant cette faculté, les grimoires des siècles suivants firent également part de la faculté de la plante à contrer les mauvais sorts. Une tige feuillue d'armoise, emballée dans du papier transparent et placée dans un meuble, chasserait ainsi les émanations maléfiques. En Chine, on tirait des flèches d'armoise vers les quatre points cardinaux puis le ciel et la terre pour détourner la malchance.

A en croire Albert le Grand, les vertus protectrices de l'armoise sont bien plus riches que ne le laissent soupçonner les superstitions précédentes. Le port de cette plante préserverait en effet du feu, de l'eau, des esprits malfaisants et du poison tandis que sa présence dans une maisonnée détournerait le tonnerre et les miasmes contagieux ! On disait même que l'armoise protégeait aussi efficacement des piqûres et morsures de bêtes que des mauvais tours joués par les farfadets et autres lutins malfaisants. Rien de tel, en outre, qu'un rameau d'armoise pour faire fuir à toutes jambes une sorcière !

Utile pour les hommes, l'armoise s'est révélée tout autant vertueuse pour leur bétail. Les Allemands, craignant d'éventuels sortilèges sur leurs troupeaux de vaches, accrochaient des rameaux d'armoise dans leurs étables. Le lait des bêtes ne pouvait être de la sorte tari à distance par des sorciers.

En France, les paysans de Picardie disposaient la plante dans un tas de fourrage ou de blé pour écarter les rongeurs et tout accident malheureux. Les Siciliennes de la province d'Avola attendaient la veille de l'Ascension pour déposer des croix d'armoise sur les toits. Comme cette fête commémore l'élévation de Jésus au ciel, elles espéraient que le fils de Dieu bénirait leurs objets chrétiens au cours de sa remontée. Gardées toute une année, les croix étaient placées dans les étables afin d'écarter les maladies.

Allez hop, au charbon ! Selon une tradition de Picardie, un charbon aux vertus magiques se trouverait sous chaque pied d'armoise durant la nuit et e jour de la Saint-Jean. Toute personne trouvant cet élément sera préservée de la peste, du charbon, de la foudre et de bien d'autres malheurs.


Communication céleste : Pour invoquer les esprits du monde supérieur, les Asiatiques mêlaient de la poudre d'Armoise naturellement odorante à la graisse brûlée d'animaux sacrifiés.


Pour les femmes : La multitude des vertus attribuées à l'armoise explique pourquoi cette plante fut symboliquement rattachée au bonheur. Trouver un pied de la plante sur son chemin était en soi un signe de chance des plus réputés.

Au début des années 1800, chaque mariée de Saintonge ou de l'île de Ré sortant de la mairie se voyait offrir un rameau d'armoise porte-bonheur. Les propriétés de l'armoise à réguler le cycle menstruel et à en soulager les douleurs sont connues depuis fort longtemps. Voilà pourquoi le nom latin de cette plante fait référence à la déesse grecque Artémis, connue notamment pour assister les femmes dans leurs maux périodiques comme durant leur grossesse ou leur accouchement.


Pronostic vital : Les Italiens de Bologne plaçaient subrepticement quelques feuilles d'armoise sous l'oreiller d'un malade pour connaître ses chances de guérison. Après ça, s'il s'assoupissait, le verdict était favorable mais s'il restait éveillé, la mort ne tarderait pas à le faucher...


Madame soleil éclipsée : En plaçant leur outil divinatoire sur des feuilles d'armoise, les médiums pourraient augmenter leurs facultés. Ceci étant, pas besoin d'être voyant pour voir l'avenir. Il suffirait en effet de dormir sur un oreiller bourré de la plante fraîche pour réaliser des rêves prophétiques.


L'armoise, dans le langage des fleurs, est gage de fidélité."

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) nous livrent leur vision de cette plante sacrée :


Été - Juillet

ARMOISE - BONHEUR.


Armoise, herbe Saint-Jean, tu portes bonne encontre (Passerat).


Aimable fleur, je n'ai point oublié que tu protégeas mon enfance ; je n'ai point oublié ces temps heureux où ma bonne gouvernante venait, la veille de la Saint-Jean, parer, en secret, mes blonds cheveux d'une couronne d'armoise ; en m'embrassant elle me disait : Chère enfant, te voilà préservée, par mes soins, de tous malheur , de toutes souffrances, des malins esprits et de la méchanceté des hommes. Je répondais par de tendres caresses à ses soins empressés ; mon jeune cœur s'ouvrait à la confiance ; les esprits et les méchants étaient pour moi la même chose ; j'en avais peur sans y croire. Ah ! que ne puis-je encore, parée d'une guirlande de fleurs, opposer une innocente superstition aux douleurs de la vie ! Qu'on ne pense pas toutefois que l'armoise soit une plante sans réputation, sans vertu : je veux, pour son honneur, rapporter ici ce qu'en dit Pline dans la traduction naïve de notre vieil Antoine du Pinet :

« La gloire d'imposer les noms aux herbes n'a seulement appartenu aux hommes, ains aussi est venue jusqu'à enflammer le cerveau des femmes, qui en ont voulu avoir leur part ; car la royne Artemisia, femme du riche Mosolus, roi de Carie, fit tant par son industrie, qu'elle a baptisa de son nom l'armoise, qu'auparavant étoit appelée parthenis. Toutefois il y en a qui tiennent ce nom d'arthemisia avoir été imposé à l'armoise, à raison de la déesse Arthémis Ilythia (Diane), parce que cette herbe est particulièrement bonne aux femmes. » Effectivement , Hippocrate, Dioscoride, Galien, Zacutus Lusita nus, et de nos jours un savant professeur (Gilibert), ainsi que le célèbre Alibert, ont tour à tour préconisé les qualités de l'armoise.

Aimable plante, lorsque, pleine de confiance en tes vertus surnaturelles, je me croyais préservée, par toi, de toute espèce de maux, j'ignorais qu'une grande reine avait autrefois disputé à une déesse la gloire de te faire porter son nom. J'ignorais que les savants de l'antiquité, et les doctes de nos jours se fussent occupés de tes vertus salutaires ; mais cette vaine érudition n'a rien ajouté à ma reconnaissance. Si parfois, égarée dans la campagne, je te rencontre, mon coeur bat, mes yeux se mouillent de larmes ; je songe aussitôt à mon heureuse enfance, aux feux de la Saint-Jean, à ma pauvre bonne, aux chaînes de fleurs auxquelles elle suspendait mes jeunes destinées. Doux souvenirs, vous embellirez toujours ma vie. Salut, charmante armoise, je te dois encore un instant de bonheur !

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Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Armoise - Bonheur.

Dans certains pays les mères couronnent leurs jeunes enfants de cette plante pour les préserver de toute influence malfaisante.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


ARMOISE - BONHEUR.

Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. Heureux l'homme qui espère en lui. Craignez le Seigneur vous qui êtes ses saints, parce que rien ne manque ceux qui le révèrent ; les riches ont souffert l'indigence et la faim, mais ceux qui cherchent le Seigneur auront tous les biens en abondance.

Psaumes. XXXIII, 8-10.

L'armoise commune vulgairement appelée Herbe de saint Jean ou encore Mère des herbes croit dans les lieux incultes et sur les bords des chemins . Elle jouit depuis longtemps d'une grande réputation surtout comme tonique et fébrifuge. Ses propriétés ont été même exaltées à un tel point qu'il en est résulté des superstitions ridicules. Cueillie la veille de la saint Jean et placée au-dessus de la porte des maisons ou au plancher d'une chambre, elle en écarte les enchantements et la foudre, ou portée en guirlande à la même époque elle garantit de toutes sortes de malheur, particulièrement de l'apparition des spectres.


RÉFLEXIONS.

Rien ne sert tant au bonheur de la vie que de connaître les choses comme elles sont. Cette connaissance s'acquiert par de fréquentes réflexions sur tout ce qui passe dans le monde et fort peu par les livres.

(Mme de LA SABLIÈRE.)

C'est jouir du bonheur que de voir sans envie le bonheur des autres et avec satisfaction le bonheur commun. (Bonnet.)

Le bonheur de soulager les infortunes est le plus grand que l'on puisse goûter dans la vie. (Mme de Genlis.)

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Armoise - Santé.

L'odeur balsamique de cette plante qui croît dans les lieux incultes, est tellement bienfaisante qu'à la campagne les mères couronnent de ses feuilles leurs jeunes enfants afin d'éloigner d'eux tout air malsain.

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D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


ARMOISE (Artemisia vulgaris). — Cette plante, qui joue un rôle essentiel parmi les herbes de la Saint-Jean, tire évidemment son nom de la déesse lunaire, Artémis, qui est censée l'avoir découverte. D'autres supposent que ce nom lui vient de la reine Artemisia ; Pline écrit : « Sunt qui Artemisiam ab Artemide Ilithya cognominatamputent, quoniam privatim medeatur foeminarum malis. » Des prêtres égyptiens adonnés au culte de la déesse Isis (Isiaci) portaient, d'après Pline, en procession une branche d'armoise maritime (mais spécialement, dit Pline, absinthium marinum, quod quidam seriphium vocant). Macer Floridus, dans son traité De Viribus herbarum, qui semble remonter au neuvième siècle, la proclame herbarum matrem, lui attribue la propriété de hâter les mois des femmes, d'aider les accouchements, d'empêcher les fausses couches, de délivrer du mal de la pierre et de détruire l'action de n'importe quel poison. Wallefridus Strabo, dans son IIortulus, la désigne aussi sous le nom de mère de toutes les herbes, en indiquant sa ressemblance avec l'absinthe. Apulée, De Virtutibus herbarum, prétend que, si on porte avec soi, chemin faisant, de l'armoise, on ne sent point la fatigue du voyage, et que l'armoise chasse les diables cachés et neutralise le mauvais œil des hommes. « Tres artemisias, ecrit-il encore, Diana dicitur invenisse et virtutes earum et medicinam Chironi centauro tradidisse, qui primus de liis herbis medicinam instituit. »

Mme Coronedi-Berti m'apprend qu'à Bologne, la superstition populaire consulte l'armoise sur l'issue des maladies. On glisse sous l'oreiller, sans que le malade s'en aperçoive, des feuilles d'armoise ; celui-ci s'endort-il aussitôt ? la guérison est proche; s'il ne parvient pas à s'endormir, il mourra.

M. Pitré nous fait connaître un curieux usage sicilien : la veille de l'Ascension, les femmes d'Avola (province de Syracuse) avec de petites branches de l'Erba bianca (Artemisia arborescens Linn.) forment des croix et les placent sur les toits des maisons, croyant que dans la nuit Jésus-Christ, en remontant au ciel, les bénira. On garde ces croix d'armoise pendant une année ; placées dans les étables, on leur attribue le pouvoir de calmer les bêtes indomptables.

En Allemagne, on emploie l'Artemisia contre plusieurs maladies des femmes et contre l'épilepsie. (Cf. Abrotaniim). Rogovic' (Opit slovarya narodnih nazoaniijugozcipadnii Rassii, Kiev, 1874), au mot Artemisia vulgaris, relate un conte mythologique intéressant du district de Starodubsk : « Le jour de l'Exaltation de la Croix, une jeune fille va chercher des champignons dans la forêt, et voit un grand nombre de serpents entortillés ; elle essaye de rentrer chez elle, mais elle descend dans un trou très profond qui est la demeure des serpents. Le trou est obscur, mais au fond se trouve une pierre luisante ; les serpents ont faim ; la reine des serpents aux cornes d'or les guide jusqu'à la pierre luisante ; les serpents la lèchent et s'en rassasient ; la jeune fille en fait autant et reste dans le trou jusqu'au printemps. A l'arrivée du printemps, les serpents s'entrelacèrent de façon à former un escalier, sur lequel la jeune fille monta pour sortir du trou. Mais en prenant congé de la reine des serpents, elle reçut en don la faculté de comprendre le langage des herbes, et d'en connaitre les propriétés médicinales, à la condition de ne jamais nommer l'armoise, ou cornobil (celui qui était noir) ; si elle prononce ce mot, elle oubliera tout ce qu'elle vient d'apprendre. La jeune fille comprenait, en effet, tous les propos que les herbes tenaient entr'elles ; elle fut cependant attrapée par un homme qui lui demanda, par surprise : « Quelle est l'herbe qui pousse parmi les champs sur les petits sentiers ? » C'ornobil, s'écria-t-elle, et à l'instant même elle oublia tout ce qu'elle savait; depuis ce temps, dit-on, on nomma aussi l'armoise Zabutlw, c'est-à-dire herbe de l'oubli. »

Dans la Petite-Russie on donne encore à l'armoise le nom de Bech, et on débite, à ce. propos, un conte étymologique, d'ailleurs assez embrouillé : Le diable avait un jour offensé son frère, le cosaque Sabba, qui le prit et le lia, en lui disant qu'il resterait son prisonnier jusqu'au jour où il lui rendrait un grand service. Une troupe de Polonais arriva bientôt dans le voisinage et se livra à la joie d'un festin, en laissant paître les chevaux. Le cosaque Sabba désira s'emparer des chevaux, et promit la liberté au diable, s'il lui en fournissait le moyen. Le diable envoya sur l'endroit où les chevaux paissaient d'autres diables qui y firent pousser l'armoise; pendant que les chevaux s'en allaient, l'herbe gémissait : bech, bech ; et maintenant encore, lorsqu'un cheval monte sur cette herbe, en pensant aux chevaux des Polonais, elle gémit toujours : bech, bech, d'où le nom qui lui est resté en Ukraine. (Cf. Ciguë.)

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Le Dictionnaire Larousse en 2 volumes (1922) propose des pistes pour comprendre le langage emblématique des fleurs :

Nom Signification Couleur Langage emblématique

Armoise Fidélité conjugale Jaune Rien ne me détournera de mes devoirs

 

Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Armoise (Artemisia vulgaris) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Terre

Divinité : Diane ; Artémis

Pouvoirs : Tous, ou presque


Utilisation magique : Cette plante, qui joue un rôle essentiel parmi les herbes de la Saint-Jean, tire son nom de la déesse Artémis (Diane chez les Romains) qui l'aurait découverte. Connue et utilisée dans l'Antiquité, l'Armoise, au moins autant que l'angélique, est le type même de la plante miracle. À une époque ou à une autre, il n'est guère de pouvoirs qu'on ne lui ait attribués.

Pour se donner des « ailes aux talons », les coureurs de marathon enduisaient leurs sandales de suc d'Armoise. La plante devait être cueillie la veille, au coucher du soleil, selon un rituel bien précis qui comprenait, outre les prières à la déesse, des strophes entières de vers que l'on chantait à la plante.

Le suc sert également à nettoyer les boules de cristal et les miroirs magiques. Le médium qui pose ses supports (cartes, tarots, marc de café, boule de cristal, etc.) sur une couche de feuilles d'Armoise accroît ses pouvoirs psychiques.

Nous retrouvons, naturellement, les traditions communes à la plupart des herbes du solstice : rêves intuitifs ou prophétiques si l'on dort sur un oreiller bourré d'Armoise fraîche ; protection contre les bêtes sauvages, les morsures et piqûres, les chiens enragés, vipères, farfadets, gnomes, sylphides ; guérison ; chance. On porte de l'Armoise sur soi, ou l'on accroche des pieds dans la maison.

La plante est associée aux accouchements et aux maladies des femmes, rejoignant en cela les autres herbes patronnées par Diane-Artémis.

Elle est aphrodisiaque, évidemment : en infusion, en décoction, avec ou sans miel, parfois poivrée ou mélangée avec de la cannelle.

Les Aïnos du Japon empilent de l'Armoise coupée dans la chambre d'un malade : ils exorcisent ainsi les esprits de la maladie qui exècrent l'odeur de cette herbe.

En Chine, on suspend les tiges au-dessus de la porte pour attirer sur la maison la faveur de l'Esprit des Vents.

La veille de l'Ascension, les femmes d'Avola, province de Syracuse, assemblaient des rameaux de cette plante en forme de croix qu'elles plaçaient sur les toits, croyant que durant la nuit Jésus-Christ les bénirait en remontant au ciel. On gardait ces croix d'Armoise pendant une année. Placées dans les étables, elles garantissaient le cheptel contre la maladie. On leur attribuait aussi le pouvoir d'apaiser instantanément un cheval emballé.


De plus, le même auteur propose une fiche sur le Semen-contra. On désigne par ce nom les capitules de certaines plantes du genre armoise ou absinthe (Artemisia). La variété la plus recherchée, dite Semen-contra d'Alep ou du Levant, provient de l'Artemisia maritima. Ce sont des grains, verdâtres, qui rappellent en beaucoup plus petit la baie d'eucalyptus. Il s'en dégage une forte odeur aromatique et camphrée.


Genre : Masculin

Planète : Mercure

Elément : Air

Pouvoirs : Protection ; Désir sexuel.


Utilisation magique : En Grèce, le Semen-contra entre dans les charmes d'amour. Sur les rives de l'Adriatique, dans beaucoup de localités d'Épire, du Montenegro, on mettait de ces grains dans le matelas des époux pour les stimuler. La fumée du Semen-contra éloigne les démons et les serpents.

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Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982)


"L'armoise était - et demeure - considérée, en Extrême-Orient, comme dotée de vertus purificatrices. Il est de fait qu'en Chine, comme en Europe, on a utilisé ses propriétés emménagogues et anti-helminthiques, les unes et les autres en rapport avec des formes d’impureté.

Le bouillon d'armoise était consommé rituellement à la fête du 5e jour du 5e mois. Des figurines d'armoise (hommes ou tigres) étaient suspendues aux portes (cette pratique ne semble pas totalement abandonnée) en vue de purifier les maisons des influences pernicieuses et de les protéger contre la pénétration de celles-ci. des flèches d'armoise étaient tirées contre le ciel, la terre, et les quatre orients pour éliminer les influences néfastes.

Plante odoriférante, l'armoise était en outre mêlée à la graisse des victimes sacrificielles, car l'élévation des vapeurs parfumées est un moyen de communication avec le ciel."

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Dans un article intitulé « Histoire savante et "pensée sauvage" dans les nomenclatures botaniques en Europe », paru dans la revue Civilisations (Vol. 36, No. 1/2, Ethnologies d'Europe et d'ailleurs (1986), pp. 349-363), Renaud Zeebroek précise quelles sont les herbes de Saint-Jean :


[...] L'armoise, qui tire son nom d'Artémis, déesse de la lune, est célèbre depuis l'Antiquité comme remède apte à soigner les "maux des femmes" (les menstruations étant associées au cycle lunaire, comme l'indique d'ailleurs l'étymologie). La morphologie de la plante confirme ses propriétés thérapeutiques : le dessous de ses feuilles est d'un blanc cotonneux qui rappelle la lumière lunaire. Appelée "Mater herbarum" dans les officines au Moyen Âge (Dodoens, p. 12), ce simple est la plante lunaire par excellence.

La logique symbolique étant universelle, on ne sera pas surpris d'apprendre qu'en "Amérique septentrionale comme dans l'ancien monde, les armoises sont des plantes à connotation féminine, lunaire et nocturne, principalement utilisées pour le traitement de la dysménorrhée et des accouchements difficiles" (Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, p. 64). Dans le Nouveau Monde, elles sont rituellement associées à des plantes à fleurs jaunes, utilisées pour traiter les affections urinaires. [...]

Ainsi Chomel nous propose une autre explication du nom donné à notre chasse-diable : "on le donne intérieurement... pour abattre les vapeurs hypocondriaques et soulager les prétendus possédés ou maniaques, d'où vient son nom de "Fuga daemonum" (p. 505 sq.). Et nous trouvons comme pour maintenir le parallélisme, une indication similaire concernant l'armoise : "la racine est employée en poudre contre l'épilepsie et la chorée" (Cazin). Indication positiviste, qui trouve d'ailleurs son écho positiviste : "on trouve sous la racine de l'Armoise un charbon qu'il faut chercher le jour de la Saint-Jean. Ce charbon est un souverain remède contre l'épilepsie" (Rolland, t. VII, p. 61-65).

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont, 1995 et 2019), Éloïse Mozzani nous propose la notice suivante :


L'armoise, qui doit son nom savant d'Artemisia vulgaris à Artémis, déesse lunaire des Grecs et sœur jumelle d'Apollon, patronne des maux féminins, favorise la venue des règles, empêche les fausses couches et soulage les douleurs de l'accouchement. Pline en faisait également une herbe érotique qui, placée sous un matelas, favorisait les relations sexuelles.

La plante fut utilisée dès l'époque de l’Égypte pharaonique pour chasser les mauvais esprits.Les ouvrages de magie n'ont cessé au cours des siècles de réaffirme ce pouvoir. Aaron Blockquel, dans La Magie rouge, publiée en 1843, propose, par exemple, la recette suivante pour "détruire l'effet des sortilèges : Prenez des tiges de la plante d'armoise dans le moment où elle est en fleur, coupez-les près de terre, faites-les ensuite tremper pendant trois jours dans l'urine d'une fille vierge de dix-huit à vingt ans. Lorsque vous porterez une ceinture dans laquelle vous aurez renfermé ces tiges ainsi préparées, aucun maléfice ne pourra vous nuire".

Aujourd'hui encore, on soutient qu'une branche d'armoise avec ses feuilles, enveloppée dans du papier transparent et rangée dans un meuble, éloigne les fluides négatifs. Les Chinois, qui reconnaissent également son pouvoir purificateur, en fabriquaient à cet effet des figurines pour les portes des maisons et, le premier jours de l'année, lançaient des flèches d'armoise vers le ciel, la terre et les quatre points cardinaux, pour éloigner les mauvaises influences. Une décoction compose le cinquième jour du cinquième mois de l'année désensorcelle un fusil de chasse.

Selon Albert le Grand, qui porte sur lui de l'armoise n'a rien à craindre de l'eau, du feu, du poison et "rien ne peut lui nuire. De plus, si on en tient dans sa maison, le tonnerre ne tombera point dessus, ni aucun air venimeux ne l'infectera pourvu qu'on la mette à l'entrée".

Cette plante bénéfique, qui effraie et fait fuir le diable, joue un rôle essentiel parmi les herbes de la Saint-Jean. "Elle fleurit d'ailleurs en juin et est associée au signe astrologique du Cancer, premier décan). Autrefois, on en cueillait à jeun pendant cette nuit consacrée à saint Jean-Baptiste, pour en extraire un charbon supposé souverain contre l'épilepsie, la peste, les vers et la goutte. (Mais ses feuilles simplement pilées guérissent également l'épilepsie". Contre les coliques, il faut se frotter le ventre avec la plante tout juste cueillie pendant cette nuit magique et dire trois Pater et trois Ave. De plus, l'armoise récoltée au lever du soleil le 24 juin et portée autour du cou permet de "dénouer l'aiguillette".

Autrefois, on dansait devant le feu de la Saint-Jean avec de l'armoise, soit portée en couronne sur la tête soit en guirlande autour de la taille, puis on la jetait dans les flammes afin de s'assurer une bonne santé tout au long de l'année. La "couronne de Saint-Jean" ou "ceinture de Saint-Jean" protège aussi du malheur, des souffrances, de la méchanceté des hommes et des voleurs. Si le lendemain de la Saint-Jean ou 25 juin correspond à la pleine lune, l'armoise cueillie ce jour-là et attachée à un bâton de chêne qui sera planté dans un champ lui promet fertilité.

En Sicile, c'est la veille de l'Ascension que l'on plaçait sur les toits de l'armoise en forme de croix afin que celles-ci fussent bénies par Jésus remontant au ciel. Les croix d'armoise, conservées précieusement une année, mettaient les animaux à l'abri des maladies ; elles avaient en outre la vertu de calmer sur-le-champ un cheval emballé.

L'armoise peut être un véritable talisman contre la fatigue. Déjà, Apulée et Pline conseillaient au voyageur d'en porter toujours et un dicton français signale : "Qui portera armoise par le chemin ne se sentira jamais las." On peut en mettre simplement dans la chaussure (Beifuss, ou armoise en allemand, évoque cette tradition, fuss désignant les pieds) ou suivre la recette d'Albert le Grand, c'est-à-dire s'en faire une ceinture en marchant, "ensuite qu'on fasse cuire cette herbe, et qu'on s'en lave les pieds, on ne se lassera jamais". A moins de se laisser tenter par le "secret de la jarretière des voyageurs", du même Albert le Grand : "Vous cueillerez de l'herbe appelée armoise quand le soleil entre dans le premier signe du Capricorne ; vous la laissez sécher à l'ombre, et vous en ferez des jarretières avec la peau d'un jeune lièvre, c'est-à-dire qu'ayant coupé la peau d'un jeune lièvre en courroies de la largeur de deux pouces vous en ferez un double dans lequel vous coudrez ladite herbe, et les porterez aux jambes. Il n'y a point de cheval qui puisse suivre longtemps un homme de pied qui est muni de ces jarretières". Ce qui n'est pas sans rappeler un usage de l'Antiquité. "Pour se donner des "ailes aux talons", les coureurs de marathon enduisaient leurs sandales de suc d'armoise".

Il est bon de savoir également que trouver de l'armoise sur son chemin porte bonheur. tout cela explique le dicton des campagnes : "Si tu connaissais les vertus de l'artémise, tu la porterais dedans ta chemise" ; et sa variante, relevée encore il y a une dizaine d'années dans les Alpes-de-Haute-Provence : "Toutes les femmes devraient porter de l'artémise sous leur chemise."

L'armoise, dont le suc sert à nettoyer les boules de cristal et les miroirs magiques et dont les feuilles sur lesquelles le "voyant" a posé ses cartes de tarots ou autres supports renforcent les pouvoirs, est associée à la divination ; dormir sur la plante favorise les rêves prémonitoires.

A Bologne, en Italie, on en faisait un autre usage : pour connaître l'évolution d'une maladie, on glissait des feuilles d'armoise sous l'oreiller du malade, sans l'en avertir. S'il s'endormait aussitôt, la guérison ne tarderait pas, mais la mort était à craindre s'il restait éveillé.

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Roger Tanguy-Derrien, auteur de Rudolph Steiner et Edward Bach sur les traces du savoir druidique... (L'Alpha L'Oméga Éditions, 1998) s'inspire du savoir ancestral pour "récapituler de la manière la plus musclée les informations sur les élixirs" :


Vous désirez améliorer votre quotient intellectuel. Vous avez un problème de féminité, de stérilité au niveau de votre corps, de votre sensibilité, de votre imagination, de votre intuition. Vous croyez que tout l'univers vous est hostile et vous ressentez une certaine frustration. Vous ne vous souvenez jamais de vos rêves.

L'élixir d'Armoise peut régler ces petits problèmes de manière magistrale. Cette plante qui fleurit dans la deuxième partie de l'été nécessite beaucoup de chaleur, chaleur qui n'est pas spécialement la meilleure si on se réfère aux remarques de Sainte Hildegarde de Bingen. En effet, elle prétend que dans cette chaleur entrent beaucoup d'odeurs pestilentielles surtout quand notre planète est largement polluée. Comme disent les Chinois, cette plante est très yin et nécessite beaucoup de yang. Ce yang qu'elle emmagasine si bien est utilisé par les spécialistes de médecine chinoise pour réchauffer les méridiens et certaines zones du corps humain.

Une autre marque de sa signature lunaire est la face inférieure de sa feuille qui est de couleur blanchâtre (couleur de la Lune) et feutrée. Les Grecs l'appelaient Artémis car elle détenait des dispositions identiques à la déesse du même nom : elle était la référence de la féminité, de la fécondité quand une femme avait des problèmes de règles difficiles ou douloureuses, quand une grossesse présentait des troubles digestifs et des vomissements ; quand un accouchement ne se présentait pas sous des bons auspices. Son odeur qui rappelle un peu celle de l'absinthe avait pour effet d'éloigner les Furies, ces esprits pervers qui aimaient, disait-on, vivre dans le proche environnement des femmes en couche.

Cette plante lunaire est de plus influencée par l'élément « air » : ses feuilles sont découpées en lobes aigus, pennées un peu comme les feuilles de carottes (un peu plus larges cependant). Elles éclatent en une multitude toute aérienne de petits capitules d'un jaune grisâtre. Ces petites grappes qui s'offrent à l'œil rappellent les grappes de neurones du cerveau (la matière grise). L'élixir d'Armoise peut diriger l'énergie vers des portions lésées du cerveau (de préférence côté gauche, le coté lunaire). En outre, il aide à entrer en alpha, développe la télépathie, l'intuition et toute autre activité qui dépend de la sphère sublunaire (apparentée à l'inconscient collectif).

Dans la fleur d'Armoise se cache tout un ensemble de processus (inuline, tanin, essence du nom de cinéol, résine, amer) qui travaille pour un bon équilibre de Psyché, l'âme humaine. On sait déjà que : les amers stimulent les glandes à sécrétions internes, donnent du tonus pour ne pas se laisser envahir par l'élément eau-aqueux. Le tanin cicatrise toutes les plaies visibles (ulcère, irritation des muqueuses de l'estomac et de tout le tube digestif) et invisibles. L'inuline est un enzyme qui soulage beaucoup le travail du pancréas, l'un des principaux satellites du Moi. L'inuline est en quelque sorte un merveilleux agent du service d'ordre d Moi lequel doit rester le seul maître à l'intérieur d'un corps sain. L'inuline associée au cinéol est l'ennemi juré des vers et autres parasites intestinaux du genre oxyures, ascaris. Avec moins de parasites, le sang stocke moins de toxines et automatiquement moins d'acidité.

Donc le corps qui s'épure grâce à l'élixir d'Armoise écarte de plus en plus la probabilité d'éventuels rhumatismes, de goutte, d'ovaires malades, de problèmes de peau, de troubles nerveux, et peut-être (cela mérite d'être testé) de crises d'épilepsie.


Mots-clés : Artémis comme la déesse de la fécondité qui éloigne les parasites des entrailles (les intestins) de ses enfants (les Terriens). Armoise comme arme qui lutte contre les moisissures et autres micro-organismes indésirables. Nos aïeux mettaient bien des branches de cette plante dans les armoires pour protéger victuailles et vêtements !

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Tony Goupil, dans un article intitulé "La Lune et ses relations avec les premiers botanistes" (LEJEUNIA, Revue de Botanique, Nouvelle série N° 191, Avril 2014) nous rappelle le lien de l'Armoise avec la Lune :


Parmi d'autres plantes, on peut notamment citer l'armoise qui porte comme nom populaire « Sourcil de lune ». On la disait tirer ses vertus de la lune. L'armoise tient son nom latin artemisia, de la déesse du panthéon gréco-romain Artémis, qui était assimilée à la lune. On prescrivait beaucoup l'armoise pour les maladies des femmes, dont les menstrues passaient pour être dans la dépendance des phases de la lune. L'un des autres noms de l'armoise, « hoemantropon » (sang humain) marque son rapport avec ce fluide. L'armoise possède d'ailleurs souvent des fleurs rougeâtres qui peuvent expliquer cette dénomination, mais c'est surtout son action sur les règles, les « fleurs » des femmes, qui en est la cause.

 

Eliot Cowan, auteur de Soigner avec l'Esprit des Plantes, Une voie de guérison spirituelle (Édition originale ; traduction française Éditions Guy Trédaniel, 2019) raconte plusieurs histoires de guérison dont il a fait l'expérience et explicite les vertus des plantes en fonction de l'Esprit qui les habite :


"Une autre catégorie de remèdes basés sur l'esprit des plantes est constituée de ceux qui apportent quelque chose à l'esprit, sans avoir une correspondance précise avec tel ou tel élément. Il existe une variété d'effets de ces remèdes. Je vais mentionner certains de mes préférés.

L'idéogramme chinois pour "acupuncture" est formé de deux caractères : le premier décrit une aiguille perçant la peau, et le second les feuilles duveteuses sèches de l'armoise commune, Artemisia vulgaris. L'armoise est indispensable dans l'art de l'acupuncture. De petits cônes d'armoise séchée sont utilisés pour chauffer les points d'acupuncture sur le corps du patient afin de stimuler sa vitalité.

L'armoise est très appréciée partout où on la trouve. Chez certains Amérindiens de Californie, c'est une plante sacrée de divination et de guérison spirituelle. Elle tient une place importante dans la médecine traditionnelle méso-américaine. Dans certaines traditions européennes, des brins de cette plante sont placés sous l'oreiller pour provoquer des rêves impressionnants, et la plante a été reliée à la pratique de la magie en Angleterre depuis la période anglo-saxonne.

Dans les soins avec l'esprit des plantes, l'armoise occupe également une place de choix, car c'est le plus important remède pour effectuer des transferts d'énergie dans le système des méridiens. Ces transferts sont nécessaires dans de nombreux cas. par exemple, l'énergie peut parfois être bloquée dans le passage d'un méridien au suivant. Il peut aussi arriver que 'énergie d'un côté du corps soit nettement moins forte que de l'autre côté, ce qui cause un fonctionnement asymétrique. Ces deux problèmes peuvent être décelés par une lecture subtile des pouls chinois, et les deux peuvent êtres soignés avec l'esprit de l'armoise."

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Maïa Toll, auteure de L'Herbier du chaman, 36 cartes divinatoires, A la rencontre de la magie des plantes (Édition originale 2020 ; Édition française : Larousse, 2021) nous révèle les pouvoirs de l'Armoise commune (Artemisia vulgaris) :


Mot-clef : Entrez dans vos rêves


L'Armoise habite l'espace situé entre le repos profond et l'état de la veille. Elle est la fille du clair de lune et protège ceux qui voyagent dans le temps des rêves. Elle s'enroule autour de votre esprit, transformant les rêves qu'elle vous chuchote en mots et en images que vous pouvez vous approprier en gravissant les niveaux de conscience qui mènent au réveil. Bien que la vigilance constante de l'armoise la rende un peu grincheuse et amère, elle connaît tous ces mondes qui se superposent et peut vous guider à travers les chemins sinueux de l'inconscient collectif. Convoquez-la pour vous accompagner à travers les rêves ou le travail intérieur. Si elle vient à vous, elle vous invitera à plonger dans ces royaumes subtils.


Rituel : Se souvenir des rêves

Avant de dormir, asseyez-vous au bord de votre lit. Ancrez vos pieds au sol. Dos droit, grandissez-vous en imaginez la lumière des étoiles toucher votre crâne. Affirmez votre intention de vous souvenir de vos rêves et demandez à l'armoise de vous aider. Si possible, glissez une petite branche d'armoise fraîche ou séchée (dans une pochette ou enveloppée dans un mouchoir ou du tissu) sous votre oreiller.

Posez un journal intime près de votre lit, ouvert à une nouvelle page. Si vous vous réveillez la nuit, griffonnez-y tout ce que vous vous rappelez sans allumer la lumière (votre écriture sera brouillonne, mais vous risquez de perdre votre rêve plus vite si vous quittez l’obscurité).