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Le Sureau


Étymologie :

  • SUREAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1360 suraut (Ordonn. des Rois de France, t. 3, p. 417) ; [1527 sureau (d'apr. Bl.-W.5, s. réf.)] 1530 sureau (Palsgr., p. 193b : alder tree sureau). Dér., au moyen du suff. -eau*, de l'a. fr. seür « sureau » (1174-78, Étienne de Fougères, Manières, éd. R. A. Lodge, 312), lui-même dér., au moyen d'une finale -r d'orig. obsc., de l'a. fr. seü « sureau » (1176, Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 4725), issu du lat. sabucus, var. de sambucus « sureau » (v. FEW t. 11, p. 8).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Sambucus nigra ;

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Toponymie :


D'après Gaston Deslandes, auteur de "Les orthographes cadastrales des lieux-dits (suite)." (In : Revue Internationale d'Onomastique, 8e année N°2, juin 1956. pp. 123-129) :


Le Saül (Laviolle, Ardèche). Aucun rapport avec le nom du premier roi des Hébreux. M. de Font-Réaulx, archiviste en chef, a justement conjecturé le Sahu = sureau. — Le Sahu.

Selon Jacques Chaurand, auteur de "Les noms du sureau dans l'est picard : polyphonie des études dialectales et toponymiques." (Nouvelle revue d'onomastique, 2000, vol. 35, n°1, pp. 33-40) :

  • Le Sureau Ofïoy, Romescamps (60) ; Garenne des sureaux, Tracy-le-Mont (60) ; Le buisson du sureau, Parpeville (02), cadastre de 1825.

[...]

Le recours à un repère végétal est des plus courants mais le choix du repère est très variable et en partie aléatoire. Le sureau se qualifie par ses vertus curatives mais, doué d'une fâcheuse tendance à proliférer, il était expulsé des jardins bien entretenus. En cas de besoin, on allait en chercher en bordure des chemins et à la lisière des champs, dans des endroits où il poussait en abondance et où il était naturel de le prendre pour repère. Les lieux-dits auxquels la plante a donné naissance ne sont pas aussi répandus que ceux qui se réfèrent à des essences telles que le frêne et le hêtre ; ils sont souvent, de plus, de petite taille et sont donc sujets à disparaître à l'occasion des remembrements. On aura donc toujours intérêt à remonter suffisamment haut pour éviter de n'avoir affaire qu'à des formes isolées obscurcissant le tracé des répartitions antérieures.

[...]

  • Le Suis Couvron, Renneval, Rozoy-sur-Serre (02) ; Le Suys Margival, Marie (02), Inaumont (08).

Les dérivés relevés dans le nord de la Champagne proviennent de suis : Le suison à Jandun (08), Les suizons à Fèrebrianges (51). Le plus courant est suzon avec réduction de ui à и : à Etrepigny, pt 26 et à Marcq, pt 35 de L'Atlas de la Champagne et de la Brie (ALCB) ; à la forme [suzo] relevée dans l'atlas (c. 772) correspond le lieu-dit Le suzon. Dans la Marne, où les formes sont multiples et très dispersées, on note la présence d'un autre suffixe suzain, dont le diminutif Suzenet lieu-dit à Ville-sur-Tourbe (51) est probablement dérivé.

[...]

  • Les suies Luzoir, Résigny (02) Beaumont-sur-Vesle (51).

|...] La sifflante finale, qui s'est effacée au XIIIe s., avait pu, avant de s'effacer, donner naissance à des féminins en -e : suis a donné ainsi suisse, mais aujourd'hui nous avons le suisse et non *la suisse, notamment dans les Ardennes : Fléville, Remon ville, Sommerance, Tailly. Là où le nom du sureau est le sui, nous pouvons avoir ce genre de phénomène, ex. Le Suisse à Brégy (60), à La Ferté-sous-Jouarre (77).

  • En suit Avant-les-Marcilly (10), Le suit Dohis, Grandrieux (02). Dans La suitière Masigny (08).

  • Le suyau Echelle (08), Le suyeau Rouvroy-sur-Audry (08). [...]

  • Le suin Tannières, Vauxcéré (02), La garenne aux soins Brienne-sur-Aisne (08), La vigne au souin Asfeld (08).

  • La souine, forme relevée à Tournes (08) [...]

  • La remise de schuy à Gournay-sur-Aronde (60).

  • Suivin Rumigny (08).

La toponymie des lieux habités, qui s'est constituée à des époques plus anciennes et offre un inventaire moins riche de noms de végétaux, ne peut pas être mise dans un rapport aussi constant avec les faits dialectaux. Sabucetum a donné Suzy (02) (cf. Longnon), et Suzoy (60), où le suffixe a été sauvegardé malgré le contact avec la palatale (cf. le français bourgeois). La formation attendue n'est pas absente de la microtoponymie puisque nous avons Suzi à Laval-sur-Tourbe (51) et Suzy à Bétheny (51), mais les noms du lexique sont souvent ignorés de la toponymie alors qu'ils apparaissent volontiers dans la microtoponymie. La francisation quand elle a lieu se marque plutôt par l'emprunt que par la substitution de traits : on remarque ici le peu de formes où s'est introduit le r qui caractérise le nom français ; les consonnes qui apparaissent sont plutôt s ou t. Le langage dialectal, réputé déliquescent, trouve dans la microtoponymie un lieu de conservation où ses survivances sont solidement implantées. Si, dans le discours ordinaire, séhu et sui sont menacés par le français sureau , les formes dialectales, bien amarrées parmi les noms de lieux, gardent dans ce contexte toute leur individualité et se prêtent admirablement à des études de phonétique historique et d'aréologie.

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Dans Les noms du patrimoine alpin : atlas toponymique II, Savoie, Vallée d'Aoste, Dauphiné, Provence. (Ellug, 2004) Hubert de Bessat et Claudette Germi, on découvre d'autres toponymes liés au sureau :


Bois du Saut ; Le Sault [à partir de sau = sureau]

Parmi les autres arbres et arbustes qui, dans l'arc alpin, ont connu une bonne fortune toponymique, citons |...] le sureau (Sau, Savu, Sambuy).




Botanique :


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Bienfaits du sureau :


Marcel Coquillat dans "Les Herbes de la Saint Jean (suite)." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 15ᵉ année, n°8, octobre 1946. pp. 54-56) dresse la liste des herbes de la Saint-Jean :


13. Sureau noir (Sambucus nigra L.). — Cet arbre, depuis Hippocrate, a une très grande renommée. On emploie les fleurs, les feuilles, la seconde écorce, les baies à de multiples usages domestiques ou médicaux sur lesquels nous passons tant ils sont bien connus. Beaucoup des propriétés qui ont été attribuées au Sureau sont très réelles. Quoi d'étonnant à ce qu'on ait ajouté à de tels titres de noblesse celui d'Herbe de la Saint-Jean ?

Le sureau _ Quand la tradition rencontre
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Utilisations :


Jean-François Charrol dans une chronique parue dans Lou Trepoun (n°37, décembre 2004) nous confie ses souvenirs :


Lorsqu’au début de la décennie 30 mes parents vinrent prendre la succession de l’épicerie de la veuve Lambert sur la « Planette », et pendant les années qui suivirent, la population jeune et enfantine était nombreuse à Séderon. Les jeux des garçons et des filles, généralement séparés, entretenaient, en dehors des horaires scolaires, une animation joyeuse et turbulente au grand dam, parfois, des adultes, gênés dans leurs propres travaux ou déplacements ; ils préféraient nous savoir à l’école et pestaient contre nous sans méchanceté : « Aqueles droles ! » Ah ! ces enfants !

[...]

Le plaisir de construire, la joie de produire des sons, voire de la musique si constant dans les préoccupations enfantines, de nos jours, comme hier, trouvaient à se manifester par d’autres voies. Après le saule, le sureau. C’est avec de jeunes branches de cet arbre que nous fabriquions le petit instrument tout à fait rudimentaire appelé mirliton dont l’usage a pratiquement disparu. Il fallait couper un morceau d’une dizaine de centimètres de longueur, environ, en expulser la moelle souple en la poussant avec une tige cylindrique rigide - un crayon par exemple. Sur le tube ainsi obtenu, on pratiquait deux encoches vers le milieu, on obturait chacune des deux extrémités avec une feuille de papier à cigarettes bien tendue et liée par un fil. Ce papier mince et fragile était utilisé par les fumeurs pour rouler le tabac gris et vendu dans toutes les épiceries sous deux marques principales « Job » et « Riz–Lacroix », en petits carnets (on disait plutôt « cahiers »). Avec ses deux membranes de papier, le mirliton fonctionnait à la manière d’une flûte : lorsque l’on soufflait en chantonnant par l’un des trous, l’autre étant alternativement fermé et ouvert par un doigt, les membranes vibraient et produisaient une mélopée dont la musicalité était largement fonction de l’art du souffleur. Le gros sureau qui s’élevait dans le jardin de Monsieur Rolland en bordure du chemin descendant vers la Méouge face à l’ancienne Poste, fournissait en abondance la matière première.

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Croyances populaires :


Jacques Collin de Plancy auteur de Le Dictionnaire infernal. Recherches et anecdotes. (1ère édition, 1825 ; Éditions Fetjaine, 2011) propose un court article concernant le sureau qu'il mentionne par ailleurs à d'autres endroits :


Sureau : Quand on a reçu quelque maléfice, de la part d'un sorcier qu'on ne connaît, qu'on pende son habit à une cheville, et qu'on frappe dessus, avec un bâton de sureau : tous les coups retomberont sur l'échine du sorcier coupable, qui sera forcé de venir en toute hâte ôter le maléfice.


Bâton du bon voyageur : Cueillez, le lendemain de la Toussaint, une forte branche de sureau que vous aurez soin de ferrer par le bas. Ôtez-en la moelle, mettez à la place les deux yeux d'un jeune loup, la langue et le cœur d'un chien, trois lézards verts et trois cœurs d'hirondelles, le tout réduit en poudre, par la chaleur du soleil, entre deux papiers saupoudrés de salpêtre ; placez par-dessus tout cela, dans le cœur du bâton, sept feuilles de verveine, cueillies la veille de la Saint-Jean-Baptiste, avec une pierre de diverses couleurs qui se trouve dans le nid de la huppe ; bouchez ensuite le bout du bâton, avec une pomme à votre fantaisie ; et soyez assuré que ce bâton vous garantira des brigands, des chiens enragés, des bêtes féroces, des animaux venimeux, des périls, et vous procurera la bienveillance de ceux chez qui vous logerez. [Le Petit Albert]

Le lecteur, qui est assez sage pour ne pas daigner s'arrêter un seul instant à de pareilles extravagances, gémira sans doute en songeant qu'elles ont eu autrefois un grand crédit, quoique personne n'ait jamais pu exécuter ces secrets qu'on admirait si sottement.

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Victor-Amédée Coremans auteur de Etudes sur les mythes. (Vol. 1. Éditions Berger, 1851) fait état des propriétés divinatoires du sureau :


En mettant pendant la nuit de Saint-David (car le peuple place toujours la fête de Saint-David au 30 décembre), des petites branches de sureau sous son oreiller, on rêve ce qui se passera au mois de juin, lorsque le sureau fleurira. De même, les branches de sureau, placées ce jour-là dans l'eau, indiqueront par le développement de leurs bourgeons, le temps qu'il fera en été. Si ces bourgeons se développent bien et s'ouvrent complètement, s'ils fleurissent même, l'été sera propice aux biens de la terre, et ajoute-t-on, aux amours des hommes ; si le contraire a lieu, il ne faut attendre rien de bon. Le sureau était l'arbre de Dame Bolla. Son nom teutonique : Holonder et Holunder se confond avec celui de la déesse. Les rêves sous le sureau sont prophétiques.

Y a-t-il une jeune fille qui l'ignore depuis Christiania jusqu'à Trieste ?

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Paul Sébillot dans ses Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne. (Éditions Lafolye, 1892) nous révèle que :

[...]

212. La fleur de haut-bois (sureau) ramassée le jour Saint-Jean guérit du mal de tête. On enveloppe la partie malade avec un linge imbibé dans l'eau où la fleur a été bouillie.

213. La fleur de sureau ramassée le jour Saint-Jean a la propriété de guérir les maladies des yeux. On la fait infuser dans de l'eau bouillante et on les lave avec.

Charles Lejeune dans "Superstitions." (In : Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série. Tome 8, 1907. pp. 417-437) rapporte que :


Dans la Dordogne on évite de brûler du bois de sureau encore vert, car on prétend que cela fait pondre aux poules des œufs sans coquille.

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Selon Micheline Lebarbier, auteure d'un article intitulé "Des plantes adjuvants du Destin, entre amour et rivalité, dans deux villages du Nord de la Roumanie" (Huitième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen du Musée départemental ethnologique de Haute-Provence, Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2009) :


Les arbres fruitiers médiateurs En dehors des veillées, les jeunes filles pouvaient aussi, pour amener à elles les garçons, secouer un arbuste ou un arbre comme elles souhaitaient secouer le garçon désiré en lui intimant l’ordre de venir. Elles lui adressaient le même type de menaces que ci-dessus.

[...]

À Budesti, le sureau

En revanche, à Budesti, les jeunes filles s’adressaient au sureau. Cet arbuste est le support de nombreuses opérations magiques, le plus souvent considérées comme illicites. Elles secouaient le sureau comme à Breb elles secouaient le prunier et là, l’arbuste mais aussi le diable étaient invoqués (peut-être pour simplement sacrifier à la rime ?). Cependant, l’évocation du diable confirmerait la connotation sulfureuse du sureau dans les opérations magiques :


Ieu nu scutur socu Je ne secoue pas le sureau (1)

ieu scutur pe nacu je secoue le nac

nacu scutur pe dracu le nac secoue le diable

(descîntau cu dracu) (elles faisaient des incantations avec le diable)

dracu scutur pe feciori le diable secoue les garçons

sæ ne vie în Sezætori qu’ils nous viennent à la veillée

des la oi sæ vie pe furcoi Nombreux du troupeau qu’ils viennent sur la faux

des în temni†æ sæ vie pe meli†æ Nombreux de la prison qu’ils viennent sur la teilleuse

des acasæ sæ vie pe leasæ Nombreux de la maison qu’ils viennent dans la grange

sæ n-aivæ stare nici alinare qu’ils n’aient ni paix ni apaisement

de a pleca sæ stæie S’ils s’en vont qu’ils

a crepa în patru ca macu explosent en quatre comme le coquelicot

ieu sæ le fiu leacu que je lui sois remède

to†i sæ vie Petru, Ion si Væsælie Qu’ils viennent tous, Pierre, Jean, Basile


De cette dernière invocation : « Que je lui sois remède », il apparaît clairement que plus le supplice (souhaité) du garçon sera terrible, plus le soulagement apporté par la jeune fille et son amour devraient être appréciés.

[...]

Le sureau, entre magie d’amour et magie noire

La mandragore n’est pas la seule plante aux vertus contradictoires, médiatrice voire réalisatrice des désirs informulables. Le sureau, que nous avons vu associé au diable et secoué par les jeunes filles de Budesti pour faire venir les soupirants, est l’arbuste duquel partent nombre de magies, bénéfiques comme maléfiques. Comme pour la mandragore, les incantations recueillies et adressées au sureau soit le flattent « doux sureau » socule abroc, « sureau, joli sureau » soc vasoc, soit l’insultent « sureau impur » soc necurat.

Nous avons vu que les fées du destin attribuaient son futur conjoint au nouveau-né, entre autres fatalités. Or, il arrive qu’un homme épouse trop vite une femme autre que celle qui lui était destinée (car les erreurs concernent toujours les femmes dans les témoignages recueillis). Et celle dont le destin a été « volé » se retrouve seule avec la magie comme unique recours, afin de découvrir et conquérir l’homme dont elle devait partager la vie et faire disparaître celle qui se trouve à la place qui devait être la sienne. Le rêve, induit par le rituel, lui révélera l’identité de ce mari que le destin lui avait attribué et que les déviations de la vie lui ont dérobé.

Maria, une autre habitante de Breb, à présent décédée, disait avoir été victime d’une agression de la part d’une voisine à l’issue d’une magie amoureuse. Celle-ci alla au sureau le mardi soir (jour des opérations magiques), avec le rouet et par neuf fois récita l’incantation où il est notamment dit :

[…] […]

Mie îmi catæ de noroc Je cherche ma chance

Du-te în lume, peste lume Pars dans le monde, de par le monde

Sæ-l visez la noapte nume Que je rêve de lui cette nuit

Pe el si pe a lui nume Et de lui et de son nom

Eu-l chem de însurat Je l’appelle pour l’épouser

De aici, din altæ sat D’ici ou d’un autre village

De-e însurat sæ-i moaræ femeia S’il est marié que meure sa femme

Eu-l chem sæ vie sæ mæ ia Je l’appelle qu’il vienne et me prenne

În vis sæ-l visez En rêve que je le voie

Cu el sæ græiesc Avec lui que je parle

No ! Na !


puis elle fit tournoyer ce rouet en ayant soin de ne pas le faire tomber, et après avoir récité l’incantation, elle jeta de l’avoine sur le sureau. Ensuite, elle devait tuer tout être vivant qu’elle rencontrerait sur le chemin du retour. Elle rencontra une grenouille et ses deux jeunes (Maria a eu deux filles qui, alors, étaient en bas âge, la magie d’assimilation est ici évidente), mais elle ne les tua pas. Alors ni Maria ni ses enfants ne moururent mais elle fut torturée par les assauts magiques de l’attaquante.

L’acte magique avait révélé Maria comme étant l’épouse à éliminer. La magicienne, avait lancé l’avoine (le sort) sans savoir où il tomberait, ni sur qui, ce qui sous-entend qu’elle n’avait pas de desseins meurtriers envers une personne définie. C’est le destin et la magie, par l’intermédiaire des médiateurs végétaux (le sureau et l’avoine) qui auraient désigné Maria. Dans cet exemple précis, l’acte magique dégageait l’attaquante d’une quelconque responsabilité puisqu’elle ignorait au départ l’identité de la destinataire. C’est le destin enfin dévoilé qui imposait cette agression afin de rétablir le cours qu’il aurait dû suivre. C’est la pratique magique qui, grâce au sureau et à l’avoine, désigna la victime, mais une fois désignée, la magie mortifère aurait dû implacablement faire son office… s’il n’y avait pas eu contre-magie…


Note :

1) : On remarquera que le dire magique en l’occurrence nie l’acte qui est accompli en lui donnant une autre portée. Il est clair alors que si la plante (ou l’arbre) est le support de l’acte, elle est explicitement chargée de transmettre l’intention.

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012), le sureau noir (Sambucus nigra) représente véritablement "la baie du bonheur".


Les morts sont de la noce : La sève rouge du sureau qui jaillit quand la hache porte atteinte à son tronc fit penser que l'arbre aux jolies fleurs blanches devait être habité par des nymphes des bois. Pour ne pas provoquer le courroux de ces dames, mieux vaut acquérir leur permission avant d'abattre l'arbuste. Vous pouvez aussi chantonner devant le sureau, comme le faisaient les Créoles antillais, afin de permettre aux fées de quitter leur demeure à temps.

Témoigner du respect à l'arbuste en déposant des offrandes à son pied ou en ôtant son chapeau pour le saluer, à l'instar des Tyroliens, pouvait engendre la bienveillance de la dame logeant dans l'arbuste. Particulièrement sensible au bonheur des amoureux, le sureau serait un allié de choix auquel les mariés de Castille faisaient appel le jour de leurs noces. La mère de l'époux et le père de l'épouse jetaient des baies de sureau vers les quatre points cardinaux tout en énonçant les noms de leurs aïeux défunts. Ils prenaient ensuite un peu de cendres de sureau avant de les jeter sur les mariés en guise de porte-bonheur.


Bois protecteur : En considérant toutes les superstitions qui placent le sureau parmi les meilleurs défenseurs végétaux, on ne peut que respecter sa haute renommée. Il préserverait en effet des agressions humaines, animales, surnaturelles et météorologique, rien que ça ! Un sureau s'élevant dan un un jardin serait ainsi un paratonnerre naturel, mais sa présence écarterait aussi les maléfices jetés sur les propriétaires. Toute personne munie d'un morceau de cet arbuste ne pourrait, par ailleurs, être touchée par un acte de sorcellerie.

De la même manière, une maison dont les trous des serrures sont bouchés avec de fines branches de sureau ou dont les ouvertures sont surmontées de ses rameaux chargés de baies, ne peut être l'objet de sortilèges. Un autre stratagème fort utile consiste à ne jamais cheminer par monts et par vaux dans avoir un morceau de cet arbuste dans sa poche. Les Siciliens assurent que cette protection permet de ne pas subir d'attaques de serpents. En d'autres pays, tout voyageur qui aura la sagesse d'utiliser un bâton de randonnée taillé dans du bois de sureau n'aura rien à craindre des bêtes dangereuses ni même des voleurs. La question s'impose : un voleur peut-il voler un bâton de sureau ?

Un berceau en bois de sureau dispenserait au pauvre nouveau-né placé à l'intérieur, un mauvais somme voire des chutes.


Un feu diabolique : C'est à la branche d'un sureau que Judas choisit de se pendre et c'est de son bois que fut faite la croix de Jésus supplicié selon certaines croyances. Il n'en fallait pas plus pour que l'arbuste soit accusé de nombreux méfaits. En France, les paysans tarnais évitaient de brûler du sureau de peur que leurs poules ne pondent plus. Les Anglais se risquant au même acte, avaient bien plus à y perdre : soit le diable entrait dans leur logis, soit un membre de leur famille décédait inopinément !"

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Symbolisme :


Selon Pierre Leutaghi, auteur d'un article intitulé "Aux frontières (culturelles) du comestible" (Éditions Presses Universitaires de France | « Ethnologie française », 2004/3, Vol. 34 | pages 485 à 494) :

[...]

Quelques arbrisseaux et arbustes à fruits charnus de vaste répartition en Europe sont d’excellents témoins de la variabilité de perception du couple comestibilité/toxicité. Sans revenir en détail sur le cas exemplaire du sureau [Lieutaghi, 1998 : 231-244], on rappellera seulement que cet arbuste des plus familiers, en relation avec nos sociétés dans l’ordre symbolique aussi bien qu’à de nombreux niveaux d’usage où toutes ses parties sont concernées (bois, moelle, jeunes pousses et feuilles, écorce, fleurs, fruits), a un statut très polysémique où la notion de poison interfère avec celle d’aliment et de remède. Considérées au même titre que les mûres dans certaines régions (en particulier dans les pays germanophones et contrées limitrophes de l’Europe centrale), les baies de sureau sont regardées comme vénéneuses ailleurs, ainsi dans une grande partie de la France. Dans notre pays, cette perception s’est transformée ici et là sous l’influence des occupants allemands durant la guerre de 1939-1945.

[...]

Aliment ou condiment ici, poison ailleurs... C’est seulement de nos jours qu’on décèle, sous l’influence des « nouveaux habitants » des campagnes, une certaine chute de méfiance à l’égard des fruits longtemps frappés d’interdit. Sans que la suspicion disparaisse partout, loin s’en faut : la plupart des sureaux français ne nourrissent que les merles ?

Olga Velickina-Kane et Corinne Hewlett dans l'article intitulé "L'instrument de musique et le corps humain : le cas de la musique villageoise russe." (In : Cahiers slaves, n°9, 2008. Le corps dans la culture russe et au-delà. pp. 227-243) présentent le rapport entre la flûte et la main :


[...] La flûte de Pan russe, dite kugikly ou kuvikly, se compose de deux, trois ou cinq tuyaux produisant chacun une seule note. La flûte à sons harmoniques, généralement appelée travjanaja dudka ou « flûte d'herbe », n'a pas de trous mais peut produire plusieurs sons en même temps : les sons sont issus de deux séries d'harmoniques, qui alternent grâce au mouvement d'index ouvrant ou fermant l'orifice à l'extrémité inférieure de la flûte. Ces deux flûtes sont fabriquées à partir de plantes à tige creuse (roseaux ou ombellifères, en général), qui se trouvent en abondance dans les prairies humides.

La colonne d'air, source du son, est déjà « donnée » dans ce type de plante et la transformation de celle-ci en instrument ne nécessite que quelques gestes. Selon Anatolij Ivanov, la flûte à sons harmoniques « ne fait que mettre en évidence, dévoiler la construction déjà présente dans la nature. Elle sert d'amplificateur aux sons construits naturellement, qui sont déjà inclus dans la tige de la plante [...].

La fabrication des flûtes de Pan dans la région de Brjansk révèle aussi cette continuité entre l'instrument et la nature. Dans cette tradition, l'instrument est « emprunté » à la nature puis jeté, rendu à la nature, tout de suite après avoir servi. Lev Kulakovskij décrit ainsi la fabrication des flûtes de Pan en 1940, dans le village de Doroževo : « Une femme casse une grosse et une petite tige de dudnik, plante qui pousse dans les champs ou dans la forêt. Se servant "de ses dents et de ses griffes", selon l'expression très caractéristique des habitantes de Doroževo, elle casse ou ronge l'extrémité des tiges et égalise les irrégularités en les frottant d'un mouvement vif sur le col ou la manche de sa chemise en toile. » (Note : Dans le village même de Doroževo, qui a fait l'objet de l'étude de Kulakovskij, les flûtes de Pan pour jouer en hiver étaient fabriquées avec des branches de sureau.)

Le modèle de la main et du bras

Dans la tradition de la région de Kursk, les tuyaux de la flûte de Pan sont pensés comme les doigts de la main. Ils ne sont jamais plus de cinq et leurs noms rappellent ceux des doigts. À la différence des autres traditions de flûtes de Pan, les tuyaux ne sont pas liés entre eux ; l'interprète les tient serrés entre le pouce et l'index d'une main et les enveloppe de l'autre, jusqu'à les cacher.

Pour ce qui est de la fabrication, la musicienne prendra pour modèle une flûte ancienne si elle en possède. Dans le cas contraire, elle détermine la longueur des tuyaux de la façon suivante : la taille du premier des cinq tuyaux de la flûte qui joue la partie principale est égale à l'écart maximum entre le pouce et le majeur ; chaque tuyau est ensuite raccourci de la largeur d'une phalange d'index par rapport au précédent. Ainsi la gamme de l'ensemble de flûte de Pan est définie par les proportions de la main. Les femmes jugeront que les tuyaux sont bien coupés si ces dimensions sont respectées, plutôt qu'au son produit qui reste secondaire. La gamme ainsi définie est variable mais son étendue ne dépasse pas la quinte. [...]

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Symbolisme celte :


Selon L'Oracle des druides, Comment utiliser les plantes magiques de la tradition druidique (édition originale 1994 ; traduction française 2006) de Stephanie et Philip Carr-Gomm, le sureau fait partie de la carte des Gardiens au même titre que l'aubépine et le bouleau. Pour ces trois arbres, les mots clefs sont :


en "position droite : Immunité - Force - Longévité

en position inversée : Lenteur - Combinaison - Synergie.


Les gardiens sont trois arbres qui, ensemble, préservent la santé humaine et prolongent même la vie en fortifiant le système immunitaire, le cœur, le système circulatoire, le foie et les reins. Tous font partie de l'ogham de 18 arbres et 7 plantes formant le mystérieux alphabet des arbres, appelé parfois la "langue des druides".

La carte montre un bouleau poussant entre un sureau et une aubépine. Les trois arbres sont les gardiens du bassin sacré, dans lequel pousse la véronique cressonnée, appelée aussi pimprenelle aquatique. Selon Pline, elle pourrait être le mystérieux samolus révéré par les druides.


Sens en position droite. Si vous avez chois cette carte une situation ou une relation apparemment en difficulté peut être préservée et fortifiée en agissant. Parfois, s'il n'y a aucune chance de "remède rapide", un problème peut être lentement réglé au fil d'une période de temps par une série d'ajustements infimes. Les trois gardiens fortifient progressivement les principaux organes du corps. De même, si vous tentez de renforcer des aspects spécifiques d'une relation, avec le temps ce la affectera toutes ses facettes. Au lieu de vous concentrer sur les zones de faiblesse du couple, identifiez les bonnes connexions et fondez-vous sur elles. Les relations durables ont besoin d'un "système immunitaire" sain, capable de gérer les stress inévitables apparaissant entre deux individus.


Sens en position inversée. Les plantes agissent parfois mieux quand elles sont administrées en tant que remède et parfois en association avec leurs semblables. Si vous avez choisi cette carte, on fait appel à vous pour travailler dans un groupe. Votre indépendance est menacée, mais il se peut que la synergie générée en équipe soit plus efficace que le travail solitaire.

La carte suggère par ailleurs que vous devez avoir confiance dans vos capacités et vus fier à la vie afin de ralentir et de ne pas accepter n'importe quelle offre. Nous nous précipitons souvent à travers la vie, anxieux à l'idée que si nous nous arrêtons nul ne voudra de nous. C'est généralement faux. En ralentissant ou en faisant une pause, nous donnons à la vie une chance de nous indiquer de nouvelles directions.

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Toniques et fortifiants

Les trois gardiens agissent d'une certaine façon comme la famille archétypale, avec le sureau comme mère, l'aubépine comme père et le bouleau comme le jeune enfant apportant fraîcheur et renouvellement. Chaque arbre offre des dons extraordinaires.

Le sureau pousse en Grande-Bretagne depuis des millions d'années. Vers 400 av. J. C., Hippocrate dit qu'il est son "remède pour la poitrine". Il est associé à la vieille femme et jadis il était autant révéré que craint. Lié à la mort et l à la sorcellerie malfaisante, mais également avec la protection contre l'éclair et les sorcières, ces associations contradictoires se font l'écho de la nature de l'arbre, dont l'écorce et les feuilles sont toxiques, mais dont les fleurs et les baies ont de puissantes propriétés curatives et fortifiantes. Les baies et les inflorescences du sureau servent à la préparation d'un excellent tonique et vin. Ses capitules sont utilisés en encens. Boire régulièrement du jus de baies de sureau stimule le système immunitaire, atténue le stress, aide à maintenir une circulation saine, entretient la santé cardiaque et prévient le durcissement des artères.

L'aubépine, qui fleurit en mai, à Beltaine, chargeant les haies de fleurs, est aussi appelée noble-épine. Ses baies rouge sang sont si bonnes pour le cœur et le système circulatoire que l'arbre a parfois été appelée "le père du cœur". Le druidisme et la tradition populaire associent l'aubépine au monde des fées et de la sexualité. Elle est devenu l'un des arbres les plus importants pour la phytothérapie. Les feuilles, les fleurs et les baies contiennent des antioxydants qui protègent les tissus cardiaques. Les préparations à base d'aubépine fortifient par ailleurs les pulsations du cœur et abaissent la pression sanguine. Prises quotidiennement en tisane elles protégeront le cœur et la circulation.

Le bouleau a été l'un des premiers arbres à coloniser la Grande-Bretagne lors de la fonte des glaces. Il est associé au druidisme pour la purification, la naissance et les nouveaux commencements. Les badines en bouleau étaient utilisées sur les mécréants - et dans les saunas scandinaves - pour éliminer les impuretés. Les berceaux étaient traditionnellement façonnés en bouleau. L'effet purifiant de cet arbre attirant est également physiologique. Les feuilles, la sève et l'huile extraite de son écorce ont des utilisations médicales. La sève, en plus de faire un bon vin, est un tonique au printemps et en automne - améliorant surtout le métabolisme des protéines et l'élimination des déchets hépatiques et rénaux. Les herboriste anciens prescrivaient du bouleau pour les rhumatismes et les calculs rénaux. On a découvert actuellement que les composantes du bouleau sont efficaces pour le traitement du cancer et du VIH. Prises régulièrement en tisane, les feuilles et l'écore prolongent apparemment la vie."

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


Le Jus et le sirop de Baies de Sureau

Les Baies de Sureau

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Mythes et légendes :


Dans Souvenirs d'une cosaque (Éditions A. Lacroix, 1874), Robert Franz rapporte une légende qui est peut-être l'aboutissement folklorique du mythe irlandais des trois airs de musique magiques :

[...]

Je mettais le récit des superstitions locales bien au-dessus des contes de fée qu'on m'offrait parfois pour me garder à la maison, et que je refusais avec dédain. Je passais des heures entières à me faire conter des légendes. La steppe se peuplait alors de fantômes d'un glorieux passé ; la mémoire du vieux Zaporogue faisait défiler à mes yeux éblouis ces expéditions d'armées cosaques avec leurs tentes de campagne doublées de brocart, leurs selles brodées d'or, leurs sabres couvertes de perles et de pierreries. D'autres fois, c'étaient de touchantes histoires d'amour, sous une forme naïve et d'une morbidesse inexprimable ou bien « le grand mystère national », l'amour de la patrie, se révélant sous une ondée des plus charmantes images :

« L'étranger assassine un fier jeune berger. Celui-ci demande à être enterré au pré de ses brebis, pour être toujours avec elles, et derrière la bergerie, pour entendre encore la voix de ses chiens. Puis il demande à sa petite flûte de hêtre qui joue si doucement, à sa petite flute en os qui joue si tristement, à sa petite flûte de sureau qui joue avec flamme, de ne point parler d'assassinat aux brebis qui s'assembleront et le pleureront avec des larmes de sang, mais de leur dire simplement qu'il s'est marié à une fière reine, la reine du monde (la liberté) ; qu'à sa noce, une étoile à filé, le soleil et la lune ont tenu sa couronne, qu'il a eu pour témoins les pins et les chênes, pour prêtres les grandes montagnes, pour musiciens les oiseaux, des milliers d'oiseaux, et pour flambeaux les étoiles. »

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014), le sureau (sambucus nigra) est l'arbre des "déclarations orales".


Permission accordée : de l'entaille d'une branche de sureau s'échappent quelques gouttes de sève rouge pouvant rappeler le sang. Il n'en fallait pas plus pour que l'imagination populaire fasse de cet arbrisseau l'habitat de fées ou de sorcières. Mais le plus célèbre personnage vivant à l'intérieur de cette plante reste sans conteste la Vieille Mère du sureau. La croyance en cet être est née au Danemark mais a rapidement conquis plusieurs pays tels que l'Allemagne, la Suède ou l'Angleterre. Voir cette petite femme est un rare privilège qui ne se produit qu'au printemps et à l'automne. Les couleurs de sa tenue vestimentaire sont similaires à l'arbre : un tablier foncé comme les baies et un châle blanc comme les fleurs. Comme sa démarche est claudicante, la créature âgée, également appelée Vieille Dame, se déplace en s'appuyant sur une branche.


Le Bois de sureau est réputé pour la confection de flûtes et de baguettes magiques mais il peut être dangereux de s'en servir pour d'autres usages. Les propriétaires d'une maison maintenue avec des poutres de cet arbre ne connaîtront ainsi jamais la prospérité. Les petits Danois couchés dans un berceau fait de ce bois ne pourront se développer normalement ni goûter à un sommeil réparateur. la Vieille Mère tiraille en effet les jambes des pauvres nourrissons quand elle ne les étouffe pas....

Si vous n'avez pas d'autre choix que d'utiliser du sureau, demandez la permission à son habitante. Cela vous évitera son courroux et les malheurs qu'elle ne manquera pas d'occasionner tout au long de votre vie. La méthode est simple. Afin de permettre à la Vieille Mère du sureau de quitter l'arbuste avant qu'il ne tombe à terre, prononcez la formule suivante : "Vieille Dame, donne-moi un peu de ton bois et quand je serai un arbre, je te donnerai du mien." A l'instar des Créoles de Louisiane et des Antilles, vous pouvez aussi chanter en vous balançant devant Dame Sambuc, tel est le nom de la gardienne du sureau en ces lieux.


Un souffle évocateur : Pour trouver le temps moins long, les bergers d'autrefois confectionnaient souvent des flûtes, pipeaux et autres instruments à vent en sureau. Il faut dire que l'arbrisseau se prête à merveille à l'exercice car ses tiges sont creuses et sa moelle facile à enlever. Or jouer d'un tel objet peut parfois amener des surprises. Une légende bretonne raconte ainsi la particularité du roi Guivarc'h pour le moins étrange puisqu'il avait des oreilles de cheval. Ce seigneur dissimulait sa tare sous un bonnet et seules les barbiers ayant la tâche de le raser et de lui couper les cheveux découvraient son secret. Mais à en croire une ancienne version de ce conte, chaque professionnel était mis à mort dès sa tâche effectuée pour que l'inavouable ne sot jamais divulgué...

Un sureau noir poussa sur la sépulture d'un de ces pauvres gens. Un matin, un joueur de biniou coupa un rameau pour en faire une anche et s'en alla à une noce. Quand il en souffla dans son instrument, ce n'est pas un son musical qui en sortit mais une voix chantant à tue-tête : "Le roi Guivarc'h a des oreilles de cheval ! L'assistance accueillit la nouvelle dans un grand silence, d'autant plus que le sire en question était présent dans la salle. Ce dernier somma ses gardes de lui amener le musicien pour le tuer de ses propres mains. L'homme se défendit en arguant qu'il n'était pour rien dans l'étrange phénomène et invita le roi à souffler à son tour dans l'anche. Et, à sa grande stupeur, la même phrase retentit dans l'air... L'histoire ne dit pas quelle suite fut donnée à cet incident et c'est bien dommage.

Toujours est-il que, de mémoire de Celtes jamais un tel phénomène ne s'est produit quand les druides soufflaient dans les flûtes en sureau. Ils se livraient à cette pratique pour communiquer avec le monde des esprits, des fées et des morts. Sachez enfin que jouer d'une flûte en sureau protégerait des sortilèges.

Selon une tradition de la Haute-Bretagne, chaque petite fleur de sureau abriterait une fée ayant fui la persécution des chrétiens. Les Tyroliens quittent leur chapeau devant un sureau pour saluer la dame de l'arbre et les Suédoises enceintes lui envoient des baisers.


Visions nocturnes : Selon une croyance danoise, la nuit de la Saint-Jean offre une occasion unique de voir défiler le roi des fées et sa suite. Il suffit de se placer sous un sureau quand sonnent les douze coups de minuit. Les heures sombres du 30 avril glissant au 1er mai sont plus propices à voir les êtres de l'autre monde. Encore faut-il porter à cette occasion sur la tête une guirlande confectionnée avec des rameaux de sureau.


Délices féeriques : Par une chaude journée de juillet, quand le parfum des fleurs de sureau noir embaume l'air ambiant, cueillez six ombelles de cette plante et faites-les macérer durant deux jours dans 20 cl de vin blanc sec ou doux. Retirez les fleurs et filtrez le tout avec un linge fin à trois reprises. Versez le liquide dans une bouteille en verre, ajoutez 150 g de sucre et 20 cl d'alcool de fruits. Mélangez bien le tout et laissez reposer deux semaines avant de goûter votre délicieux breuvage au doux nom de "vin des fées". Pour enchanter les plus jeunes, nous vous recommandons de reproduire l'artifice inventé par les Tziganes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu'ils installaient leur camp près de sureaux, les parents envoyaient leurs petits pour aller chercher du bois sec. Le temps de leur absence, les mères penchaient les branches de l'arbre de façon à tremper les ombelles dans de la pâte à beignet. A leur retour, les enfants émerveillés regardaient les cadeaux préparés par la fée des sureaux.


Bienvenue chez moi ! Si l'on en croit les Russes, on a tout à gagner à planter un sureau devant sa maison : L'arbuste protège des esprits malveillants et promet une longue vie à son propriétaire. Par contre, la précaution la plus élémentaire vous fera renoncer à entourer votre chez-vous avec des barrières réalisées avec son bois. Il est dit que les fées ne sont dès lors plus libres de circuler comme bon leur semble. Qui sait si ces bonnes dames n'en prendraient pas ombrage !


Ambivalence : Alors que le sureau passait pour protéger des mauvais esprits et des sortilèges, les Anglais d'Oxfordshire et des Midlands pensaient que les plus vieux arbres de cette espèce étaient, en réalité, des sorcières métamorphosées. On dit que par ailleurs que ces personnages maléfiques coupent une branche de sureau pour confectionner leur bâton magique avec lesquels ils frappent les vaches pour tarir le lait."

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Littérature :


Rabelais termine le chapitre 62 du Quart Livre (1552) par une petite fable à décrypter qui concerne les flûtes en sureau :


[...] Attendu pareillement que le Suzeau croist plus canore & plus apte au ieu des flustes en pays on quel le chant des Coqs ne seront ouy : ainsi qu’ont escript les anciens sages, scelon le rapport de Theophraste, comme si le chant des Coqs hebetast, amolist & estonnast la matière & le boys du Suzeau : au quel chant pareillement ouy le Lion animant de si grande force & constance devient tout estonné, & consterné. Ie sçay que aultres ont ceste sentence entendu du Suzeau saulvaige, provenent en lieux tant esloignez de villes & villages, que le chant des Coqs n’y pourroit estre ouy. Icelluy sans doubte doibt pour flustes & aultres instrumens de Musicque estre esleu, & preferé au domesticque, lequel provient au tour des chevaulx & masures. Aultres l’ont entendu plus haultement non scelon la letre, mais allegoricquement scelon l’usaige des Pithagoriens. Comme quand il a esté dict que la statue de Mercure ne doibt estre faicte de tous boys indiferentement, ilz l’exposent que Dieu ne doibt estre adoré en façon vulgaire, mais en façon esleue & religieuse : pareillement en ceste sentence nous enseignent que les gens saiges & studieux ne se doibvent adonner à la Musique triviale & vulguaire, mais à la celeste, divine, angelique, plus absconse & de plus loing apportée : sçavoir est d’une region en laquelle n’est ouy des Coqs le chant. Car voulans denoter quelque lieu à l’escart & peu frequenté ainsi disons nous, en icelluy n’avoir esté ouy Coq chantant.


Mireille Huchon dans « Rabelais allégoriste », (Revue d'histoire littéraire de la France, vol. vol. 112, no°2, 2012, pp. 277-290) nous propose une explication de cet extrait :


Le dernier exemple [de l'emploi du terme allégorie], à la fin de l’épisode de messere Gaster, relève de l’interprétation des sentences pythagoriciennes. Les anciens sages selon Théophraste ont écrit que le sureau serait de meilleure qualité pour les flûtes dans le pays où le chant du coq ne serait pas entendu, comme si le chant du coq amollissait le bois ; pour d’autres, il s’agirait de sureau sauvage (variété à préférer pour les flûtes) provenant de lieux si éloignés des villes et des villages que le chant des coqs ne pouvait pas y être ouï. Après ces explications littérales, le narrateur ajoute : « Aultres l’ont entendu plus haultement non scelon la letre, mais allegoricquement scelon l’usaige des Pithagoriens » (LXIII, p. 687). Il prend une sentence pythagoricienne pour comparaison. Pour les pythagoriciens, la sentence selon laquelle la statue de Mercure ne doit être faite de tous bois indifféremment est à interpréter par le fait que Dieu ne doit pas être adoré de façon vulgaire, mais de façon élue et religieuse. De même manière, dans l’exemple fourni par Rabelais, les gens sages et studieux sont invités à ne pas s’« adonner à la Musique triviale et vulgaire, mais à la celeste, divine, angelique, plus absconse et de plus loing apportée : sçavoir est d’une region en laquelle n’est ouy des Coqs le chant. Car voulans denoter quelque lieu à l’escart et peu frequenté, ainsi disons nous, en icelluy n’avoir oncques esté ouy Coq chantant » (LXII, p. 687). En fin de geste, on retrouve donc les symboles pythagoriques et les lectures parallèles, laissées à la discrétion du lecteur.

Comme le montrent les variantes qui introduisent le terme d’allégorie, Rabelais a accordé un soin particulier à ces passages, manifestes de sa conception de la littérature allégorique. La lecture autre est appelée par des marqueurs polysémiques qui entraînent des lectures parallèles à valider selon les préceptes melanchthoniens.

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Andersen, La Fée du sureau
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Hans Christian Andersen, propose un conte intitulé "La fée du sureau", paru pour la première fois en 1844.


Selon la présentation de Caroline Ouazana et Mary Simon sur le site de France Inter :


Le récit original opère à trois niveaux correspondant chacun à des perceptions différentes du temps. Un petit garçon a un rhume. Sa mère lui fait boire une infusion de sureau tandis qu'un vieil homme amusant, qui habite en haut de leur maison, lui raconte des histoires... et l'enfant finit par s'endormir. A l'intérieur de la première histoire, le récit bascule dans un tout autre temps, entraînant l'auditeur dans l'atmosphère merveilleuse du conte... Faisant écho aux interrogations d'Andersen sur son travail d'écrivain, La fée du sureau évoque la limite entre le genre du conte et celui de l'histoire.

Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque brièvement le sureau :

30 mai

(Fontaine-la-Verte)


Le parfum des sureaux en fleur rend fou. Quiconque s'endort à l'ombre de ces arbustes à cent plateaux d'ombelles blanches quitte les contrées organisées de la raison pour les espaces confus du rêve.

Les bourdons et les cétoines, toxicomanes connus des services de la police, viennent compulsivement alimenter leur cauchemar sur ces fleurs pentamères, qui exhalent des molécules de délire.

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Ogham :


Voir la fiche dédiée à l'Ogham Ruis.

Il est intéressant de noter d'ailleurs que le sureau peut être utilisé comme encre pour l'écriture comme le prouve Nathalie Colin, artiste peintre calligraphe enlumineresse, en nous offrant sa recette :


"Tout d'abord il vous faut quelques grappes de sureau, disons 5 à 6 belles grappes.

Mettre vos baies cueillies fraichement dans une vieille casserole les écraser avec un pilon afin de faire ressortir leur jus . Laisser macérer cette préparation pendant une semaine. Couvrir hermétiquement la préparation.

Le temps venu , faites bouillir le jus avec les baies afin de faire réduire la préparation. Ajouter 8 gr d'alun en poudre puis 8 gr de gomme arabique hors du feu... Laisser refroidir puis filtrer le tout. Ajouter quelques clous de girofles pour la conservation.

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