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Le Sureau


Étymologie :

  • SUREAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1360 suraut (Ordonn. des Rois de France, t. 3, p. 417) ; [1527 sureau (d'apr. Bl.-W.5, s. réf.)] 1530 sureau (Palsgr., p. 193b : alder tree sureau). Dér., au moyen du suff. -eau*, de l'a. fr. seür « sureau » (1174-78, Étienne de Fougères, Manières, éd. R. A. Lodge, 312), lui-même dér., au moyen d'une finale -r d'orig. obsc., de l'a. fr. seü « sureau » (1176, Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 4725), issu du lat. sabucus, var. de sambucus « sureau » (v. FEW t. 11, p. 8).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Sambucus nigra ; Arbre à flûte ; Arbre aux fées (île de Man) ; Arbre gardien ; Baie de sureau ; Demoiselle sureau ; Ellhorn (Allemagne).

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Toponymie :


D'après Gaston Deslandes, auteur de "Les orthographes cadastrales des lieux-dits (suite)." (In : Revue Internationale d'Onomastique, 8e année N°2, juin 1956. pp. 123-129) :


Le Saül (Laviolle, Ardèche). Aucun rapport avec le nom du premier roi des Hébreux. M. de Font-Réaulx, archiviste en chef, a justement conjecturé le Sahu = sureau. — Le Sahu.

Selon Jacques Chaurand, auteur de "Les noms du sureau dans l'est picard : polyphonie des études dialectales et toponymiques." (Nouvelle revue d'onomastique, 2000, vol. 35, n°1, pp. 33-40) :

  • Le Sureau Ofïoy, Romescamps (60) ; Garenne des sureaux, Tracy-le-Mont (60) ; Le buisson du sureau, Parpeville (02), cadastre de 1825.

[...]

Le recours à un repère végétal est des plus courants mais le choix du repère est très variable et en partie aléatoire. Le sureau se qualifie par ses vertus curatives mais, doué d'une fâcheuse tendance à proliférer, il était expulsé des jardins bien entretenus. En cas de besoin, on allait en chercher en bordure des chemins et à la lisière des champs, dans des endroits où il poussait en abondance et où il était naturel de le prendre pour repère. Les lieux-dits auxquels la plante a donné naissance ne sont pas aussi répandus que ceux qui se réfèrent à des essences telles que le frêne et le hêtre ; ils sont souvent, de plus, de petite taille et sont donc sujets à disparaître à l'occasion des remembrements. On aura donc toujours intérêt à remonter suffisamment haut pour éviter de n'avoir affaire qu'à des formes isolées obscurcissant le tracé des répartitions antérieures.

[...]

  • Le Suis Couvron, Renneval, Rozoy-sur-Serre (02) ; Le Suys Margival, Marie (02), Inaumont (08).

Les dérivés relevés dans le nord de la Champagne proviennent de suis : Le suison à Jandun (08), Les suizons à Fèrebrianges (51). Le plus courant est suzon avec réduction de ui à и : à Etrepigny, pt 26 et à Marcq, pt 35 de L'Atlas de la Champagne et de la Brie (ALCB) ; à la forme [suzo] relevée dans l'atlas (c. 772) correspond le lieu-dit Le suzon. Dans la Marne, où les formes sont multiples et très dispersées, on note la présence d'un autre suffixe suzain, dont le diminutif Suzenet lieu-dit à Ville-sur-Tourbe (51) est probablement dérivé.

[...]

  • Les suies Luzoir, Résigny (02) Beaumont-sur-Vesle (51).

[...] La sifflante finale, qui s'est effacée au XIIIe s., avait pu, avant de s'effacer, donner naissance à des féminins en -e : suis a donné ainsi suisse, mais aujourd'hui nous avons le suisse et non *la suisse, notamment dans les Ardennes : Fléville, Remon ville, Sommerance, Tailly. Là où le nom du sureau est le sui, nous pouvons avoir ce genre de phénomène, ex. Le Suisse à Brégy (60), à La Ferté-sous-Jouarre (77).

  • En suit Avant-les-Marcilly (10), Le suit Dohis, Grandrieux (02). Dans La suitière Masigny (08).

  • Le suyau Echelle (08), Le suyeau Rouvroy-sur-Audry (08). [...]

  • Le suin Tannières, Vauxcéré (02), La garenne aux soins Brienne-sur-Aisne (08), La vigne au souin Asfeld (08).

  • La souine, forme relevée à Tournes (08) [...]

  • La remise de schuy à Gournay-sur-Aronde (60).

  • Suivin Rumigny (08).

La toponymie des lieux habités, qui s'est constituée à des époques plus anciennes et offre un inventaire moins riche de noms de végétaux, ne peut pas être mise dans un rapport aussi constant avec les faits dialectaux. Sabucetum a donné Suzy (02) (cf. Longnon), et Suzoy (60), où le suffixe a été sauvegardé malgré le contact avec la palatale (cf. le français bourgeois). La formation attendue n'est pas absente de la microtoponymie puisque nous avons Suzi à Laval-sur-Tourbe (51) et Suzy à Bétheny (51), mais les noms du lexique sont souvent ignorés de la toponymie alors qu'ils apparaissent volontiers dans la microtoponymie. La francisation quand elle a lieu se marque plutôt par l'emprunt que par la substitution de traits : on remarque ici le peu de formes où s'est introduit le r qui caractérise le nom français ; les consonnes qui apparaissent sont plutôt s ou t. Le langage dialectal, réputé déliquescent, trouve dans la microtoponymie un lieu de conservation où ses survivances sont solidement implantées. Si, dans le discours ordinaire, séhu et sui sont menacés par le français sureau , les formes dialectales, bien amarrées parmi les noms de lieux, gardent dans ce contexte toute leur individualité et se prêtent admirablement à des études de phonétique historique et d'aréologie.

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Dans Les noms du patrimoine alpin : atlas toponymique II, Savoie, Vallée d'Aoste, Dauphiné, Provence. (Ellug, 2004) Hubert de Bessat et Claudette Germi, on découvre d'autres toponymes liés au sureau :


Bois du Saut ; Le Sault [à partir de sau = sureau]

Parmi les autres arbres et arbustes qui, dans l'arc alpin, ont connu une bonne fortune toponymique, citons |...] le sureau (Sau, Savu, Sambuy).




Botanique :


Dans Les Plantes des Druides, Symbolisme, pouvoirs magiques et recettes de la tradition celtique (Éditions Rustica, 2017) Florence Laporte nous décrit le Sureau :


Risques de confusion : En Europe, il existe principalement trois espèces de sureau. On peut confondre le sureau noir avec l'yèble et le sureau rouge (appelé également le sureau à grappes). L'yèble et le sureau noir se ressemblent beaucoup, mais il y a toutefois de grosses différences. Il est important de les connaître car les fruits de l'yèble sont toxiques.

Pour ne pas les confondre, on doit se rappeler que le sureau est un petit arbre, contrairement à l'yèble qui est une grande herbe. Le sureau a des branches, du bois, une écorce ; l'yèble a simplement une grande tige toute droite qui disparaît tous les ans. L'yèble fleurit plus tardivement que le sureau, vers le mois de juillet. Ses fruits sont tournés vers le haut alors que les baies du sureau noir sont pendantes, tournées vers le sol.

Le sureau rouge, Sambucus racemosa, est appelé également sureau de montagne. Il est présent dans presque toute la France, sauf en Bretagne, où l'on peut toutefois le trouver dans des jardins d'agrément. Les baies du sureau rouge sont comestibles à condition de les faire cuire. Les graines du fruit du sureau rouge seraient toxiques ; il est conseiller de les manger cuites et de les passer pour en faire de la gelée. Le sureau noir fleurit bien après la sortie de ses feuilles, alors que les feuilles du sureau rouge apparaissent après la floraison. Les fleurs du sureau rouge ne sont presque pas odorantes, contrairement à celles du sureau noir. Les baies mûres du sureau rouge sont de couleur rouge, celle du sureau noir, sont de couleur noire.


Précautions à prendre : Les baies crues ne doivent pas être consommées en grande quantité car elles sont indigestes et purgatives. Elles peuvent provoquer des nausées et de la diarrhée. Les mammifères et les perroquets y sont sensibles. La cuisson détruit la toxicité. On évitera également de consommer les parties vertes de l'arbuste ainsi que son écorce.


Description : C'est un arbuste rustique, à la croissance rapide, qui s'accommode de tous types de sol. Il peut mesurer jusqu'à 10 mètres et devenir un petit arbre. On le trouve dans les bois, les décombres et à proximité des maisons. Il aime les endroits plutôt humides et mi-ombragés. Les feuilles sont opposées, avec cinq à sept folioles, dentées, ovales, avec un long pétiole. Quand on les froisse l'odeur est désagréable. Elles apparaissent très tôt au printemps. Les fleurs sont très petites, d'un blanc jaunâtre ; elles ont cinq pétales et sont regroupées en ombelles d'environ 10 à 15 cm de diamètre. Le sureau noir fleurit en principe au mois de mai. Les fleurs sont très odorantes. Son bois renferme une moelle tendre que l'on peut facilement creuser et ainsi fabriquer des flûtes ou des buffadous (sortes de soufflets pour attiser le feu). Les fruits sont de petites baies de 6 à 8 mm de diamètre. D'abord vertes, puis rouges, elles deviennent de plus en plus noires et brillantes en mûrissant.

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Bienfaits du sureau :


Marcel Coquillat dans "Les Herbes de la Saint Jean (suite)." (In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 15ᵉ année, n°8, octobre 1946. pp. 54-56) dresse la liste des herbes de la Saint-Jean :


13. Sureau noir (Sambucus nigra L.). — Cet arbre, depuis Hippocrate, a une très grande renommée. On emploie les fleurs, les feuilles, la seconde écorce, les baies à de multiples usages domestiques ou médicaux sur lesquels nous passons tant ils sont bien connus. Beaucoup des propriétés qui ont été attribuées au Sureau sont très réelles. Quoi d'étonnant à ce qu'on ait ajouté à de tels titres de noblesse celui d'Herbe de la Saint-Jean ?

Le sureau _ Quand la tradition rencontre
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Utilisations :


Jean-François Charrol dans une chronique parue dans Lou Trepoun (n°37, décembre 2004) nous confie ses souvenirs :


Lorsqu’au début de la décennie 30 mes parents vinrent prendre la succession de l’épicerie de la veuve Lambert sur la « Planette », et pendant les années qui suivirent, la population jeune et enfantine était nombreuse à Séderon. Les jeux des garçons et des filles, généralement séparés, entretenaient, en dehors des horaires scolaires, une animation joyeuse et turbulente au grand dam, parfois, des adultes, gênés dans leurs propres travaux ou déplacements ; ils préféraient nous savoir à l’école et pestaient contre nous sans méchanceté : « Aqueles droles ! » Ah ! ces enfants !

[...]

Le plaisir de construire, la joie de produire des sons, voire de la musique si constant dans les préoccupations enfantines, de nos jours, comme hier, trouvaient à se manifester par d’autres voies. Après le saule, le sureau. C’est avec de jeunes branches de cet arbre que nous fabriquions le petit instrument tout à fait rudimentaire appelé mirliton dont l’usage a pratiquement disparu. Il fallait couper un morceau d’une dizaine de centimètres de longueur, environ, en expulser la moelle souple en la poussant avec une tige cylindrique rigide - un crayon par exemple. Sur le tube ainsi obtenu, on pratiquait deux encoches vers le milieu, on obturait chacune des deux extrémités avec une feuille de papier à cigarettes bien tendue et liée par un fil. Ce papier mince et fragile était utilisé par les fumeurs pour rouler le tabac gris et vendu dans toutes les épiceries sous deux marques principales « Job » et « Riz–Lacroix », en petits carnets (on disait plutôt « cahiers »). Avec ses deux membranes de papier, le mirliton fonctionnait à la manière d’une flûte : lorsque l’on soufflait en chantonnant par l’un des trous, l’autre étant alternativement fermé et ouvert par un doigt, les membranes vibraient et produisaient une mélopée dont la musicalité était largement fonction de l’art du souffleur. Le gros sureau qui s’élevait dans le jardin de Monsieur Rolland en bordure du chemin descendant vers la Méouge face à l’ancienne Poste, fournissait en abondance la matière première.

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Croyances populaires :


Jacques Collin de Plancy auteur de Le Dictionnaire infernal. Recherches et anecdotes. (1ère édition, 1825 ; Éditions Fetjaine, 2011) propose un court article concernant le sureau qu'il mentionne par ailleurs à d'autres endroits :


Sureau : Quand on a reçu quelque maléfice, de la part d'un sorcier qu'on ne connaît, qu'on pende son habit à une cheville, et qu'on frappe dessus, avec un bâton de sureau : tous les coups retomberont sur l'échine du sorcier coupable, qui sera forcé de venir en toute hâte ôter le maléfice.


Bâton du bon voyageur : Cueillez, le lendemain de la Toussaint, une forte branche de sureau que vous aurez soin de ferrer par le bas. Ôtez-en la moelle, mettez à la place les deux yeux d'un jeune loup, la langue et le cœur d'un chien, trois lézards verts et trois cœurs d'hirondelles, le tout réduit en poudre, par la chaleur du soleil, entre deux papiers saupoudrés de salpêtre ; placez par-dessus tout cela, dans le cœur du bâton, sept feuilles de verveine, cueillies la veille de la Saint-Jean-Baptiste, avec une pierre de diverses couleurs qui se trouve dans le nid de la huppe ; bouchez ensuite le bout du bâton, avec une pomme à votre fantaisie ; et soyez assuré que ce bâton vous garantira des brigands, des chiens enragés, des bêtes féroces, des animaux venimeux, des périls, et vous procurera la bienveillance de ceux chez qui vous logerez. [Le Petit Albert]

Le lecteur, qui est assez sage pour ne pas daigner s'arrêter un seul instant à de pareilles extravagances, gémira sans doute en songeant qu'elles ont eu autrefois un grand crédit, quoique personne n'ait jamais pu exécuter ces secrets qu'on admirait si sottement.

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Victor-Amédée Coremans auteur de Etudes sur les mythes. (Vol. 1. Éditions Berger, 1851) fait état des propriétés divinatoires du sureau :


En mettant pendant la nuit de Saint-David (car le peuple place toujours la fête de Saint-David au 30 décembre), des petites branches de sureau sous son oreiller, on rêve ce qui se passera au mois de juin, lorsque le sureau fleurira. De même, les branches de sureau, placées ce jour-là dans l'eau, indiqueront par le développement de leurs bourgeons, le temps qu'il fera en été. Si ces bourgeons se développent bien et s'ouvrent complètement, s'ils fleurissent même, l'été sera propice aux biens de la terre, et ajoute-t-on, aux amours des hommes ; si le contraire a lieu, il ne faut attendre rien de bon. Le sureau était l'arbre de Dame Bolla. Son nom teutonique : Holonder et Holunder se confond avec celui de la déesse. Les rêves sous le sureau sont prophétiques.

Y a-t-il une jeune fille qui l'ignore depuis Christiania jusqu'à Trieste ?

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Paul Sébillot dans ses Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne. (Éditions Lafolye, 1892) nous révèle que :

[...]

212. La fleur de haut-bois (sureau) ramassée le jour Saint-Jean guérit du mal de tête. On enveloppe la partie malade avec un linge imbibé dans l'eau où la fleur a été bouillie.

213. La fleur de sureau ramassée le jour Saint-Jean a la propriété de guérir les maladies des yeux. On la fait infuser dans de l'eau bouillante et on les lave avec.

Charles Lejeune dans "Superstitions." (In : Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série. Tome 8, 1907. pp. 417-437) rapporte que :


Dans la Dordogne on évite de brûler du bois de sureau encore vert, car on prétend que cela fait pondre aux poules des œufs sans coquille.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Sureau (Sambucus nigra) a les caractéristiques suivantes :

Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Divinités : Hestia-Vesta ; les Euménides ; la nymphe Cardea

Pouvoirs : Protection ; Exorcisme ; Contre-envoûtement ; Guérison ; Prospérité.


Utilisation rituelle : Le Sureau fait partie des arbustes les plus anciens que l'humanité ait connus ; des fouilles, en Italie et en Suisse, ont mis à jour ses traces dans des sites datant de l'époque madgalénienne. Nous ne savons évidemment rien de son utilisation en ces temps préhistoriques. On a la certitude, en revanche, que des rameaux de Sureau chargés de baies jouaient un rôle dans les cérémonies funéraires que célébraient les Celtes sur leurs tumulus.

Vraisemblablement à cause de sa multitude de petites fleurs blanches, disposées en gracieuses ombelles, cet arbrisseau a été associé à de nombreuses divinités maternelles et protectrices. Celles-ci étaient supposées vivre à l'intérieur de son bois ; c'est pourquoi sa sève jaillit rouge quand on le coupe : les sylphides « saignent » et, en prêtant l'oreille, on les entend gémir...

Avant d'abattre un Sureau, les créoles des Antilles et de Louisiane chantaient :


« Dame Sambuc, dame Sambuc

Toi mourri 'nocent

Pour mé ton bois donné.

Dame Sambuc, dame Sambuc

Mé bois à toi donné, promé

Quand arbre deviendré.

Eh ! Eh ! Sambuc !

Au Ciel té attends mé. »


Ils chantaient en se balançant devant l'arbre avant de lui porter le premier coup, afin de laisser aux fées le temps de s'échapper.

Un mai de Sureau indique symboliquement que la jeune fille a les bras creux, c'est-à-dire qu'elle est paresseuse et ne sera pas une bonne ménagère.


Utilisation magique : Porté sur soi, ce bois protège contre les agressions de toutes sortes, humaines ou surnaturelles. Suspendus au-dessus de la porte d'entrée et des fenêtres, les rameaux chargés de baies empêchent le « Mal » d'entrer.

Le bois de Sureau, utilisé il est vrai d'une façon un peu particulière, contraint un magicien mal intentionné à vous délivrer des malédictions lancées contre vous. Voici comment il faut procéder dans ce cas : quand on a reçu quelque maléfice de la part d'un sorcier qu'on ne connaît pas, qu'on pende son habit du dimanche à une cheville et, pendant que les cloches sonnent la fin de la grand-messe, qu'on tape dessus avec un fort bâton de Sureau, tous les coups tomberont sur l'échine du sorcier coupable qui sera forcé de venir en toute hâte ôter le maléfice.

Lorsqu'un de ces arbustes pousse dans le jardin, il protège le foyer, non seulement contre toute « œuvre de sorcellerie », mais aussi contre la foudre.

Dans les étables qu'on vient de nettoyer, on place des branches de Sureau en croix pour finir de chasser le « mauvais air » (Guernesey).

Pour bénir la maison où vont vivre les jeunes mariés, le père de la mariée et la mère du marié, en Castille, lancent des baies de Sureau aux quatre vents en appelant par leurs noms les ancêtres défunts des deux familles ; après quoi les rameaux sont brûlés sur un feu de joie et on jette une poignée de cendres chaudes sur chacun des époux.

Dans le Gévaudan, autour de Saint-Alban-sur-Limagnole, quand on avait mal aux dents il fallait mâcher de la moelle de Sureau; on recrachait ensuite la boulette mastiquée à l'intérieur du bâton de Sureau, d'où la moelle avait été extraite, et on allait cacher le tout dans les pierres d'un vieux mur.

Pour passer une attaque de rhumatismes ou d'arthrite, on nouait sur un jeune scion souple de Sureau autant de nœuds qu'on avait d'articulations douloureuses; puis on accrochait cette couronne à la tête de son lit.

On élimine les verrues en les frottant avec de la moelle verte qu'on jette ensuite au fumier pour qu'elle y pourri se. Beaucoup de gens pensent qu'il est malsain de brûler ce bois parce qu'on risque de réveiller des forces qu'il est infiniment préférable de laisser au repos ; les Gitans, entre autres, ne s'en servent jamais.

En revanche, les baguettes magiques en Sureau sont réputées.

Les baies de cet arbrisseau étaient autrefois excellentes, mais depuis que Judas s'y est pendu elles sont devenues immangeables.

La ville de Quimper repose sur trois colonnes de Sureau ; quand celles-ci deviendront vieilles et tomberont en poussière, la ville disparaîtra sous les flots.

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Selon Micheline Lebarbier, auteure d'un article intitulé "Des plantes adjuvants du Destin, entre amour et rivalité, dans deux villages du Nord de la Roumanie" (Huitième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen du Musée départemental ethnologique de Haute-Provence, Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2009) :


Les arbres fruitiers médiateurs En dehors des veillées, les jeunes filles pouvaient aussi, pour amener à elles les garçons, secouer un arbuste ou un arbre comme elles souhaitaient secouer le garçon désiré en lui intimant l’ordre de venir. Elles lui adressaient le même type de menaces que ci-dessus.

[...]

À Budesti, le sureau

En revanche, à Budesti, les jeunes filles s’adressaient au sureau. Cet arbuste est le support de nombreuses opérations magiques, le plus souvent considérées comme illicites. Elles secouaient le sureau comme à Breb elles secouaient le prunier et là, l’arbuste mais aussi le diable étaient invoqués (peut-être pour simplement sacrifier à la rime ?). Cependant, l’évocation du diable confirmerait la connotation sulfureuse du sureau dans les opérations magiques :


Ieu nu scutur socu Je ne secoue pas le sureau (1)

ieu scutur pe nacu je secoue le nac

nacu scutur pe dracu le nac secoue le diable

(descîntau cu dracu) (elles faisaient des incantations avec le diable)

dracu scutur pe feciori le diable secoue les garçons

sæ ne vie în Sezætori qu’ils nous viennent à la veillée

des la oi sæ vie pe furcoi Nombreux du troupeau qu’ils viennent sur la faux

des în temni†æ sæ vie pe meli†æ Nombreux de la prison qu’ils viennent sur la teilleuse

des acasæ sæ vie pe leasæ Nombreux de la maison qu’ils viennent dans la grange