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  • Anne

La Guimauve







Étymologie :


Étymol. et Hist. 1. xiie s. bot. wid malve (Gloss. Tours, 327 ds T.-L.) ; vimauve (ibid., 321, ibid.) ; xiiie s. [ms. xive s.] guimauve (Antidotaire Nicolas, éd. P. Dorveaux, p. 15) ; 2. 1811 pâte de guimauve (Chateaubr., Itinéraire... 1re part., p. 182 ds Rob.). Composé du lat. imp. hibiscum « guimauve », parfois hibiscus fém., (peut-être d'orig. celt.) soumis prob. après aphérèse (d'où *viscu) à l'infl. du germ. *wīhsila (cf. gui) d'où le passage de v- à gu-, et du lat. class. malva « mauve » cf. dans les gl. evis malva ds TLL s.v., VI, 3, 2691, 19 et mis malva [à lire vis malva ?] ds le Capitulaire de Villis utilisé pour éviter la confusion (cf. aussi ital. et esp. malvavisco, à partir de *malva viscu).


Lire également la définition de la guimauve afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Althaea officinalis L ; Guimauve officinale ; Guimauve sauvage ; Mauve blanche.


Dans le calendrier républicain français, le 16e jour du mois de Thermidor est dénommé jour de la Guimauve.

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Botanique :




Propriétés :


Selon Henri Lamendin auteur d'un article intitulé "Phytothérapie de Fauchard." et paru dans les Actes. Société française d'histoire de l'art dentaire, 2011, 16, la guimauve est l'une des plantes les plus utilisées par Pierre Fauchard. Elle sert notamment à :


Poussée des dents chez les enfants : - Parties égales d’eau de mauve et d’eau de guimauve, mêlées avec un peu de miel de Narbonne (I, 52)

- Décoction avec de l’orge mondé, les raisins de Damas, les figues grasses et la racine de guimauve (I, 52-53)

Pour nettoyer les dents : - Jus de citron deux onces ; de l’alun de roche calciné et du sel commun (I, 80) 

- Racines d’althæa ou de guimauve, infusées dans du vin rouge... d’autres y ajoutent des pruneaux (I, 81-82)

- Pour préparer les racines de guimauve, huile d’amande douce ou de la meilleure huile d’olive, quatre livres, orcanette (henné employé comme teinture) demi-livre... sassafras râpé, girofle, cannelle, iris de Florence, souchet, coriandre, calamus aromaticus et du santal citrin de chacun une once... mettre ensuite les racines de guimauve dans cette composition... (I, 83-84) [...]


Pour faire mûrir et percer un abcès : - morceaux de racine de guimauve et deux ou trois figues grasses... de l’orge et de l’aigremoine... et le safran (I, 427) 

- deux figues grasses, une racine de guimauve coupée par morceaux... une petite poignée de feuilles de mauve et une cuillerée d’orge... et le safran (I, 453) 

- Demi poignée d’orge, une poignée d’aigremoine ou de feuilles de mauve, deux figues grasses et une racine de guimauve coupée par morceaux (I, 456)

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


La guimauve, qui signifie, dans le langage des plantes, la bienfaisance, est une plante protectrice qui attire, dit-on, les esprits bénéfiques : on recommande de suspendre un plant de guimauve (racines comprises), tête en bas, dans une maison ou une étable ou encore d'en éparpiller sur le sol.

La plante bénéficiant d'une réputation de "catalyseur des pouvoirs psychiques", sa racine fraîche doit être brûlée sur un réchaud en terre, "pour exalter les pouvoirs psychiques, pour se mettre en état réceptif pour effectuer un voyage hors du corps".

Un collier de guimauve passé autour du cou des enfants leur épargne le mal de dents. On dit encore qu'un onguent composé de graines de guimauve pulvérisées empêche les guêpes de piquer.

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Littérature :


Dans Cérémonial bas-normand (Éditions Fata margana, 1982) Jean Follain se remémore des souvenirs d'enfance :


A d'autres heures du jour, trois personnages funambulesques, disparus après la première guerre mondiale, pouvaient aussi se trouver sur notre chemin : c'étaient la marchande de sang, la navette et le marchand de guimauve. [...]

Le marchand de guimauve affectait, déambulant toujours au milieu de la rue, une noble démarche, habillé qu'il se montrait d'un costume et d'un béret à losanges roses et blancs. Ainsi vêtu, il semblait sortir de la plus authentique comédie italienne et vendait ces bâtons de guimauve torsadés de différentes couleurs aux parfums divers. Il modulait d'une voix ferme, héroïque, son refrain :

A la gui gui, à la guimauve

C'est toujours un sou le bâton

La faridondaine la faridondon.


Il détaillait d'ailleurs toute la gamme des parfums :

Au citron pour les vieux garçons

A la vanille pour les filles

A la menthe pour les tantes

Au chocolat pour les vieux papas.

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Cinéma :


Selon Guillemette Bolens, auteur d'un article intitulé "Les styles kinésiques. De Quintilien à Proust en passant par Tati" paru In : Jenny, L. Le Style en acte. Vers une pragmatique du style. Genève : MétisPresses, 2011. p. 59-85 :

[…]

Commençons, comme Quintilien, par distinguer les actions elles-mêmes : Démétrius faisait gonfler sa toge au vent en entrant sur scène, Stratoclès arrivait en courant. Je vais commencer par me demander ce que font respectivement Keaton et Tati avec un morceau de guimauve.

Dans le court métrage de Keaton My Wife's Relations (1922), Buster travaille dans une confiserie et prépare de la guimauve, ce qui signifie qu'il malaxe à grands gestes un large morceau de guimauve flexible et molle. Il emploie tant d'énergie à le faire que deux enfants captivés par cette préparation finissent par s'esquiver, peu rassurés. Les gestes de Buster s'amplifient au point de le faire bondir pardessus la friandise étirée en corde à sauter, jusqu'à ce qu'un postier arrive soudainement et reçoive un grand pan de guimauve dans le visage.

Cette scène focalise notre attention sur l'énergie de Buster. Elle est représentative du déploiement d'énergie qui dans les films de Keaton crée une distance par le contact. Le slapstick keatonien est un choc réciproque et perpétuel qui ne parvient jamais à réduire la distance intersubjective. Keaton est un génie comique fondamentalement tragique pour cette raison que l'impact des corps entre eux signale paradoxalement l'impossibilité de se rejoindre. S'il y a intersubjectivité – et il y en a –, elle conduit à un espacement interpersonnel : soit littéral, par la distance physique, soit par l'expression d'une incompréhension fondamentale des motivations réelles de l'autre. Le jeu de Buster consiste alors à montrer qu'il fait comme si il comprenait les motivations d'autrui et qu'elles étaient justifiées, alors qu'elles sont généralement opaques ou aberrantes.

[…]

L'humour chez Keaton montre un effort constant visant à gagner un contrôle à la fois douloureux et comique sur ce qui menace de nous submerger, soulignant d'autant la menace permanente que constitue un flot ininterrompu d'impulsions sensorimotrices, dues à la présence des éléments, d'autres corps et d'autres consciences. Cataclysme perpétuel d'une forme toujours surprenante. Les artistes burlesques, à travers des styles variables, montrent que l'humain fait ce qu'il peut avec ce qu'il a et que le résultat, contre toutes attentes, est parfois grandiose en raison de la force de résistance et de vitalité qui s'exprime à travers la liberté de certains gestes.

L'influence considérable de Keaton sur Tati se traduit en un burlesque évidemment modifié par le temps et l'espace: on était aux USA dans les années 1920, on passe dans la France des années 1950. Mais par-delà le contexte culturel et historique, évidemment déterminant, c'est la kinesthésie qui est mise en jeu différemment chez Keaton et chez Tati. Chez Tati, la guimauve a changé d'allure. Keaton malaxe avec une énergie extrême et dit le fossé intersubjectif ; Hulot se tient à distance de la guimauve mais se montre subtilement touché par son mouvement. La sensorimotricité alors ne tient pas à une action directe sur la matière triturée et à un impact corporel sur la face d'autrui, concrétisant à terme la distance intersubjective ; elle s'exprime par un acte perceptif à distance et une résonance motrice exprimée kinésiquement. La scène nous montre, en effet, Hulot regardant avec grande attention un morceau de guimauve qui coule lentement vers le sol, et réagissant à cette perception par de légers mouvements qui suggèrent une empathie kinesthésique, c'est-àdire que Hulot simule sensoriellement les mouvements de la guimauve dont il adopte la perspective gravitationnelle. Plus tard, Tati réitère l'information et nous revoyons Hulot réagir si bien à la guimauve qu'il manque d'en tomber par terre.

[…]

Ainsi, la performance d'acteur, l'actio de Tati, exploite les possibles de sa ratio singulière pour donner une visibilité à un style kinésique qui relève de l'œuvre tatiesque, à travers la force expressive du style kinésique de M. Hulot. Et ce style kinésique de l'œuvre est organisé de manière à rendre visible le caractère central de la ratiodans l'actiod'un humain. Ce que le film manifeste à travers Hulot est la force expressive considérable de la ratiod'une personne, force si considérable qu'elle justifie un film entier.

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