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L'Abeille (suite)


Suite de l'article posté en juillet 2015 et que vous pouvez lire ici.

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Symbolisme celte :


Dans le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on découvre que


"Les Celtes se réconfortaient avec du vin miellé et de l'hydromel. L'abeille, dont le miel servait à faire de l'hydromel ou liqueur d'immortalité, était l'objet, en Irlande, d'une étroite surveillance légale. Un texte juridique moyen-gallois dit que la noblesse des abeilles vient du paradis et c'est à cause du péché de l'homme qu'elles vinrent de là ; Dieu répandit sa grâce sur elles et c'est à cause de cela qu'on ne peut chanter la messe sans la cire. Même si ce texte est tardif et d'inspiration chrétienne, il confirme une tradition très ancienne dont le vocabulaire offre encore des traces (le gallois cwyraidd de cwyr "cire" signifie parfait, accompli et l'irlandais moderne céir-bheach, littéralement "cire d'abeille", désigne aussi la perfection.)

Le symbolisme de l'abeille évoque donc, chez les Celtes comme ailleurs, les notions de sagesse et d'immortalité de l'âme."

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Pour Philip et Stephanie Carr-Gomm, dans L'Oracle des Druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (édition originale 1994 ; traduction française Guy Trédaniel : 2006),


"La carte représente la reine des abeilles posée sur une pierre. A l'arrière-plan, nous voyons la maison du Cercle d'Hydromel, à Tara, comme elle devait être au temps de sa splendeur. Le soleil de midi brille intensément et la bruyère fleurit près du rocher où son nom, Ur, est gravé en ogham.

L'abeille vous invite à la fête, à célébrer les événements heureux, ou tout simplement l'existence mystérieuse et merveilleuse de la vie. Vous accepterez peut-être de partager un verre ou deux d'hydromel : s'il vient d'Écosse, il vous rappellera la bruyère et vous aidera à entre en communion avec l'esprit de la Haute-Écosse. La tradition druidique offre des occasions de fête tous les deux mois environ, car les êtres humains que nous sommes ont besoin de se réunir à certains moments pour apprécier la compagnie des autres. Aussi impossible que cela puisse paraître, l'abeille nous murmure qu'une vie harmonieuse en communauté existe. Nous devons, pour tendre vers elle, harmoniser nos relations avec la nature, rendre hommage au soleil et donner à l'esprit ou à la déesse la place primordiale qui leur revient.


Renversée, la carte signale peut-être que vous vous sentez isolé, incertain de votre rôle dans le monde. Le fonctionnement de la ruche est harmonieux car chaque abeille connaît la place et le rôle qu'elle doit y tenir. Ensemble, elles construisent une communauté qui est extrêmement productive et joue un rôle écologique majeur dan son environnement local. C'est ainsi qu'on qualifie de "ruche", un endroit où tout s'active dans un même but. Si vous n'êtes pas motivé ou si vous êtes isolé, vous avez peut-être besoin d'être soigné par l'abeille. Un guérisseur anglais utilise de nos jours les piqûres d'abeille pour soigner l'asthme et autres maladies ; si vous ne voulez pas vous laisser aiguillonner par les autres, il est peut-être temps de vous pousser tout seul à agir. Passez un moment à réfléchir sur votre rôle dans la vie, puis prenez les décisions qui s'imposent en fonction de vos buts et de vos priorités. Souvenez-vous que l'abeille sait s'organiser, rendre hommage au soleil et la déesse et travailler dur. Rappelez-vous aussi son invitation à fêter l'existence et comprendre intimement que nous faisons partie intégrante de la Création.


L'Abeille dans la Tradition

Demande à l'abeille les secrets des druides

Adage issu de l'ancien anglais.


Pour les Druides, l'abeille vient du monde paradisiaque du soleil et de l'esprit. En lien étroit avec la position du soleil dans le ciel, elle apporte au monde le don sacré de l'hydromel, cette boisson solaire.

L'hydromel est l'une des plus anciennes boissons alcoolisées du monde. Sa fabrication à partir de miel, d'eau, de malt et de levure, remonte au moins à six mille ans. On le consommait - et le consomme encore - lors des huit cérémonies druidiques annuelles, en le faisant passer autour du cercle des participants jusqu'à ce que la dernière goutte soit bue. On avait donc appelé la grande salle de réunion du palais royal de Tara Tech Midchuarta, c'est-à-dire la "Maison du Cercle d'Hydromel".

Le soleil, dans la tradition druidique, représente entre autre la manifestation de la déesse. Le mot gaélique désignant le soleil était à l'origine du genre féminin, et c'est encore le cas en Irlandais et en Écossais (Grian et Griene). Brighid est la déesse du soleil et du feu, autant que des sources et de l'eau. L'hydromel, cette eau de feu, est une boisson tout à fait appropriée pour la célébrer.


Les Dons faits par l'Abeille

L'abeille, outre le miel, nous amène aussi la cire servant à faire briller et sceller. Nous ne pouvons pas être certains que les Celtes connaissaient les qualités médicales du pollen et du propolis et même à l'heure actuelle, la science ne parvient pas à expliquer les qualités antiseptiques du propolis dont les abeilles enduisent leur ruche contre les infections.

On peut cependant avancer avec quasi certitude que les Celtes et les druides avaient étudié tous les aspects de la vie des abeilles et que rien ne leur avait échappé : Diodore de Sicile raconte que les Celtes buvaient l'eau qui avait servi à laver les rayons de miel, et qu'ils enduisaient la viande et le saumon d'un mélange de miel et de sel avant de les cuire.

Les Bardes racontent dans les Triades qu'on appelait la Grande-Bretagne l'"Île du miel". Ils célèbrent également les essaims d'abeilles d'Irlande et leur abondante production de miel. Un vieux texte irlandais compare le peuple du Munster aux abeilles et des linguistes ont avancé l'idée que le nom de la reine Medb du Connacht serait associé à l'enivrement causé par l'hydromel. Medb (Maeve ou Mab) étant aussi la reine des fées, on constate qu'il existe sans doute une association entre l'hydromel, bu à bon escient et la clairvoyance ou le voyage magique des druides.

Un barde irlandais écrivit au Xe siècle un panégyrique lyrique. The Hermit's Hut, sur les objets de son régal : "de la bière avec des herbes, quelques fraises, délicieuse abondance ; des baies d'aubépine et d'ifs, des noix et des noisettes. Une coupe de bon hydromel de noisetier, coulant à flots ; des glands, des brins d'églantiers et de bonnes mûres". Il décrit un monde qui n'avait pas encore séparé la spiritualité de la sensualité, ni l'âme du corps.


"Je suis la REINE DES RUCHES"

La Chanson d'Amergin

Pendant les après-midi d'été, le doux bourdonnement de l'abeille nous endort et nous conduit au pays des rêves, au paradis. En anglais, on appelle littéralement les abeilles et les bourdons : "abeille-tambourin" et "père-murmure". Dans la tradition galloise, la harpe a pour nom teillinn, qui vient de an t-seillean,, signifiant "abeille". L'abeille est aussi liée au monde magique dans la légende galloise de Henwen, truie représentant la déesse, qui mit bas un louveteau, un aigle, un chaton, un grain de blé et une abeille.

Nous savons maintenant que les danses des abeilles, formant des volutes extrêmement précises, sont un moyen de communiquer aux membres de la ruche les renseignements sur la direction et l'éloignement des "champs de pollen". Les druides y voyaient plutôt une danse sacrée rendant hommage au soleil ou aux divinités solaires. Ils dansaient sans doute en imitant la danse des abeilles, comme ils imitaient celle des grues, pour célébrer les pouvoirs vitaux associés au soleil.

Les anciennes lois druidiques d'Irlande, connues sous le nom de Brehon Laws, protégeaient les abeilles et les ruches. Sur l'île de Man, voler des abeilles était puni de la peine capitale. La ruche, symbole, de l'organisation parfaite de la communauté, servit de modèle à la construction de tombes et salles d'initiation : Newsgrange et Dowth en Irlande, ainsi qu'en Espagne et au Portugal.

L'abeille et la ruche, centrées autour de la reine, symbolisaient donc la société idéale : rôles sociaux bien définis et répartis, productivité et efficacité remarquables, place essentielle de la déesse, danses sacrées en hommage au soleil et production de la divine substance ambrée tirée des fleurs des bois et des champs, qui nourrit et enivre."


Mots-clefs : Communauté ; Fête ; Organisation.

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Dans Animaux totems celtes, Un voyage chamanique à la rencontre de votre animal allié (2002, traduction française : Éditions Vega, 2015), John Matthews nous propose la fiche suivante :


"Abeille = irlandais : bech ; gallois : gwenymen ; gaélique : beach ; langue de Cornouailles : gwenwenen ; breton : gwenanenn.


Bien qu'il ne reste pratiquement aucune histoire faisant figurer de manière significative des abeilles, le patrimoine folklorique celte leur attribue d'être porteuses de sagesse. Aussi bien en Irlande qu'au Pays de Galles, la croyance dit qu'elles descendent des cieux, colportant de ce fait la sagesse des mondes d'en haut. La loi irlandaise Brehon considère comme délit capital de voler des abeilles, et prévoit des dispositions pour les protéger.

Il est dit que l'abeille produit un bourdonnement similaire à une harpe désaccordée - détail qui souligne la considération dont jouissait l'abeille auprès d'un peuple pour qui la harpe était un instrument magique, autant que musical.

C'est une alliée particulièrement précieuse pour les voyages vers les mondes célestes. La conservation des abeilles pour leur miel - constituant autrefois la seule source de douceur - était si importante, qu'il existait déjà des livres sur ce sujet.


Préceptes du totem :

Éclaireur : La distance ne fait pas obstacle à la vérité.

Protecteur : Avancer avec précaution réduit les risques.

Challenger : Quel chemin suis-tu réellement ?

Aide : La douceur est au cœur de ta vie.

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Pour Gilles Wurtz auteur de Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres, (Éditions Véga, 2014),


"La population des abeilles est en chute libre depuis plus d'une dizaine d'années et rares sont les zones de notre planète où elles ne sont pas touchées. Cette diminution vertigineuse de leur nombre est due en grande partie aux pesticides. Selon les endroits, on recense entre 50% et 90% de disparition. Toute la vie et le développement de l'abeille sont structurées de façon à assurer le fonctionnement collectif de la ruche. Livrée à elle-même, une abeille ne peut pas survivre.

Les premiers jours de sa vie, l'abeille est nourrice, puis elle devient bâtisseuse et ensuite butineuse (de la troisième à la cinquième ou sixième semaine de sa vie). ensuite, chargée de ravitailler la ruche, elle sort survoler la nature environnante pour collecter les substances vitales : nectar, miellat, pollen, propolis et eau. Elle meurt d'épuisement, au travail ou dans son sommeil. D'autres ouvrières naissent au début de l'automne. Comme elles ont pour mission de protéger la reine et de générer une température suffisante pour que l'essaim puisse passer l'hiver, ces ouvrières-ci ont une durée de vie de cinq à six mois. La reine quant à elle se consacre exclusivement à la ponte (jusqu'à 2 000 œufs par jour...) : toutes les abeilles de la ruche sont nées d'elle. C'est en dansant que l'abeille éclaireuse indique l'emplacement de nectar aux autres abeilles. De retour à la ruche, elle communique les informations (direction, position, quantité et qualité des fleurs) aux butineuses par une gestuelle élaborée et bien précise.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Pour les Celtes, les abeilles symbolisaient la structure et l’organisation du clan, du village, de la communauté. Elles montraient l'exemple à suivre. La ruche est un habitat très structuré, rien n'y est superflu et tout y agencé d'une manière optimale. Les Celtes consultaient souvent les abeilles pour connaître la meilleure structure à donner à une habitation, un village, une ferme, un camp provisoire lors des grands déplacements. Les abeilles montraient également l'importance capitale pour une communauté de placer des personnes expérimentées à tous les postes clés et d'assurer la retransmission de ces capacités à la jeunesse, afin d'asseoir le relais qui garantira la survie du groupe dans des conditions optimales.

Les abeilles inspiraient cette organisation sans faille aux peuples celtiques, dont l'efficacité dans ce domaine impressionnait les étrangers.

C'est grâce aux abeilles aussi que les Celtes produisaient leur hydromel, breuvage fermenté à base de miel, dont ils étaient friands. L'hydromel était considéré comme une boisson d'immortalité et, à ce titre, il était souvent utilisé comme boisson sacrée lors de cérémonies et de rituels.


Applications chamaniques celtiques de nos jours

De nos jours, le sens aigu de la structure et de l'organisation de l'abeille n'a rien perdu de sa valeur d'exemple pour les différents groupes ou collectivités dans lesquelles nous évoluons.

Couple, famille, école, milieu professionnel... tout groupe, aussi restreint ou nombreux soit-il, peur aujourd'hui encore tirer de grands bénéfices d'un travail avec l'esprit de l'abeille pour assurer sa meilleure organisation interne, par et pour chacun des membres qui le compose.


Mots-clefs : La structure ; L'organisation."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Éditions Albin Michel, 1995),


En abordant l'étude du symbolisme de l'abeille, nous étions dans la disposition de recevoir des images lumineuses. Les abeilles d'or du manteau impérial, celles du blason des premiers rois de France et la résonance des mythes s'amalgamaient dans notre souvenir à quelques scènes oniriques d'insectes butinant joyeusement dans une lumière dorée.

L'observation approfondie de nombreux scénarios dans lesquels apparaît le symbole entraîne pourtant la révision de l'image vers une tonalité plus prosaïque. Il faudra beaucoup de persévérance pour dissiper partiellement le mystère dont s'enveloppe l'abeille imaginée. Les corrélations fourniront une aide précieuse mais il sera difficile de rassembler leurs éclairages dans une synthèse satisfaisante.

En dépit de notre intention d'éviter le plus possible la référence aux mythes, des correspondances subtiles entre ces lointaines racines culturelles et des images oniriques associées à l'abeille sont d'un intérêt trop évident pour que l'on se sente autorisé à les taire.

La mythologie occidentale attribue deux origines différentes aux abeilles. Hésiode rapporte la légende selon laquelle naît des feuilles des arbres. Un autre mythe veut que les abeilles sortent du cadavre d'un animal en putréfaction. Curieusement, ces deux versions, qui reposent sur le concept de la génération spontanée, trouvent des échos flagrants dans l'imagerie du rêve contemporain.

Gaspard et Rosine proposent des images qui associent l'abeille et des paires de feuilles. Gaspard commence un scénario par ces mots : "Je vois un trèfle à quatre feuilles, avec un grand pistil jaune, avec une abeille au corps jaune et noir, qui vient butiner, avec ses petites ailes transparentes... elle a deux petites mains... deux des feuilles de trèfle s'agrandissent et se mettent à tourner comme les hélices d'un avion... ça fait aussi penser aux oreilles d'un lapin..." Rosine, elle, voit une plante croître sous son regard : "... elle e des petites feuilles : quatre ! Deux de chaque côté de la tige, deux vers le haut, deux plus bas... j'ai l'impression qu'à la jonction des deux feuilles du haut il y a une sorte d'insecte... comme une abeille qui butine... comme si les deux feuilles du bas faisaient une deuxième paire d'ailes..."

D'autres séquences du même type confirment une association de forme, rendue évidente par le rapprochement de ces rêves et qui explique l'origine du mythe de l'abeille née des feuilles. Le jeu des corrélations formelles est resté identique à travers le temps. Il a inspiré les créateurs de mythes de la même manière qu'il suggère les images du rêveur contemporain.

La légende de l'abeille née du cadavre d'un animal mérite aussi l'attention car les productions imaginaires dans lesquelles le patient explicite clairement son hésitation entre l'image de la mouche et celle de l'abeille sont nombreuses. Entre le mythe et le rêve, le poète, en la circonstance Victor Hugo exilé, lance ces vers imprécateurs à l'adresse de Napoléon :

"Sur son manteau il faut qu'on mette,

Non les abeilles de l'Hymette

Mais l'essaim noire de Montfaucon...

... Acharnez-vous sur lui, farouches,

Et qu'il soit chassée par les mouches

Puisque les hommes en ont peur..."


Qu'en est-il exactement de cet insecte que les Grecs nommaient mélissa ? Pourquoi tant d'évocations de mouches, de cadavres, de squelettes, autour d'une image qui, ailleurs, attire celle du soleil, du rayon de soleil ? Comme tous les insectes, mélissa induit l'idée de la métamorphose, de la transformation magique, ce qui, en termes de dynamique thérapeutique, se traduit par une espérance de guérison exonérée de l'approfondissement analytique. Ceci est une constante du symbolisme des insectes et l'abeille n'échappe pas à la règle.

Les corrélations, regroupées autour de la toile d'araignée, de la fourmi, de la chouette, de la grenouille et de la chauve-souris, disent assez clairement que l'abeille n'est pas étrangère au monde obscur des enlisements névrotiques dans la ténèbre maternelle. Mélissa est-elle l'une des expressions les plus convaincantes de la transcendance, de la purification, ou dénonce-t-elle plus simplement un réflexe de refuge dans la sublimation ? Elle semble si proche à la fois de la putréfaction et de la glorieuse lumière solaire ! Bien de productions imaginaires laissent entrevoir que l'insecte d'or pourrait renvoyer au moment de l'enfance où s'est réalisée une inversion de l’œdipe. Mais tant de scènes différentes se jouent à proximité du symbole qu'il serait abusif de proposer sur ce point des conclusions plus précises.

L'association entre l'abeille et la chauve-souris confirme que mélissa est bien un agent de liaison entre l'obscurité chtonienne et la lumière du ciel, entre la chute et l'envol. Une séquence du vingt-sixième rêve de Vincent illustrera les thèmes précédemment évoqués et assurera la transition vers ce qui constitue la caractéristique majeure du symbole : "... j'ai vu une araignée d'albâtre, toute blanche, qui se déplace sur un sol tout noir... là, j'aperçois soudain un crâne sur le sol... je donne un coup de pied dedans... dans cette tête de squelette... je rencontre d'autres crânes, moins polis, plus rudimentaires, d'une blancheur éclatante... je les enfile et j'accroche cette longue traîne à ma taille. Je suis une chauve-souris, là... les images viennent comme des éclairs... de chaque côté du chemin, des chauves-souris sont pendues à un fil à linge, calmes... il y en a tout du long... y en a une qui se pose sur mon épaule... des chauves-souris sortent de mes crânes... c'est une génération spontanée de chauves-souris... soudain, je suis face à face avec une énorme chauve-souris... je vois bien là ce qu'est une chauve-souris : le côté gros rat avec des ailes... je la touche, elle criaille... je vois bien qu'elle n'est pas libre de ses mouvements... elle est empêtrée par sa taille... elle me semble aussi impuissante qu'une reine des abeilles... là, elle me fait signe de boire dans un bol en bois qui se trouve là... le breuvage m'est complètement inconnu... c'est à la fois bon et amer... ça a sûrement un effet, mais lequel ? Que va-t-il m'arriver ? Eh, bien, je grandis... j'atteins une taille beaucoup plus grande que la pièce... et je grandis encore... ça brise le plafond... je grandis au-dehors... la chauve-souris géante est toute petite maintenant, à mes pieds... je la prends, délicatement... et maintenant je retrouve ma taille habituelle...."

La remarque de Vincent concernant "le côté gros rat avec des ailes" renvoie sans ambiguïté à l'ambivalence terre/ciel qui provoque l'association mouche/abeille. Le noir et le blanc accentuent la tonalité d'angoisse existentielle qui accompagne ces images.

Il est intéressant de relever aussi le fait qu'une superposition de la chauve-souris et de l'abeille suffit à déclencher l'expression de "génération spontanée". Qu'est-ce qu'une génération spontanée si ce n'est un fantasme de naissance sans la mère ?

Mais l'intérêt principal de cette séquence est d'attirer l'attention sur le phénomène le plus courant observé autour de l'abeille imaginée : le rapport de tailles. Dans 93% des rêves pris en référence pour cette étude, à proximité de l'abeille, s'accumulent les images qui placent le rêveur ou la rêveuse en position de géant ou - plus souvent encore - le réduisent à une dimension minuscule.

Dans l'article consacré à la fourmi, nous développons les particularités de ce qu'on pourrait appeler un complexe de Gulliver et qui place le rêveur dans un rapport inhabituel de taille à son environnement. Agrandissement, réduction de taille, souvent plusieurs fois alternés dans le même rêve, font écho à l'aventure d'Alice au Pays des Merveilles. Le lecteur se rapportera utilement à cet article dans lequel figurent bien des éléments qui, repris au sujet de l'abeille, seraient opportuns mais sans doute jugés redondants.

L'abeille du rêve s'apparente à la fourmi par son aptitude à permettre la représentation d'une petite personne. De nombreux rêveurs insistent sur les petites mains de l'abeille que leur imaginaire met en scène. Mais la fourmi est terrestre, elle exprime un flux qui s'écoule au long du sol. L'abeille, par ses ailes transparentes, a par ailleurs des affinités avec la libellule. Autour de mélissa, flotte l'image vaporeuse de la fée-libellule. Le huitième scénario d'Anne n'est que l'un des exemples qui s'offrent pour la démonstration : « … là, c'est un hangar, pleine de toiles d'araignées... je vois une chouette et, tout à coup, dehors, je vois une princesse qui descend d'un carrosse, en robe bleu et blanc... je n'aime pas cette princesse... ah ! Elle est tombée dans un trou... je la vois tomber, longtemps, dans ce trou... elle devient de plus en plus petite... maintenant, elle réapparaît sous une forme éthérée... c'est une fée... oui ! C'est une fée, avec de grandes ailes transparentes, de grands yeux, de grands cils... je ne sais pas si c'est une fée ou une libellule ! Maintenant, c'est comme si elle était au centre d'une fleur et que la lumière jaillissait tout autour de la corolle... je la vois danser au cœur de la fleur... tantôt liseron, tantôt marguerite... un cœur jaune d'or... je vois une abeille qui vient s'approcher d'elle... la fée lui caresse la tête... c'est doux !... Proportionnellement, l'abeille est plus grosse que la fée... elles se regardent... tout à coup, la fleur s'envole, avec la fée et l'abeille dessus... on se retrouve devant la maison de ma grand-mère... la fleur a maintenant un visage de femme... très lumineux... et, maintenant, c'est une petite fille, habillée en marron, c'est Cosette !... C'est le jardin où habitait ma grand-mère maternelle... et la petite fille c'est moi ! »

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Ainsi l'abeille renvoie fréquemment la rêveuse - les deux tiers des images d'abeille sont produits par les femmes - à un moment de l'enfance où, placée dans une situation intolérable, la personne a fait appel à un processus de sublimation qui s'est intégré durablement au système de défense.

L'abeille est l'une des possibles représentations de l'âme, de l'anima.

Dans son rapport à la fleur nourricière, mélissa figure souvent la rêveuse - ou le rêveur - dans la relation à l'image m