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  • Anne

Le Pic



Étymologie :

  • PIC, subst. masc.

Étymol. et Hist. Fin du xive s. (Le Livre des secrez de nature, 322 d'apr. R. Arveiller ds Mél. J. Horrent, 1980, p.10). Du lat. pop. *piccus «id.» (que l'on suppose d'après les formes ibéro-romanes et gallo-rom. ; cf. p. ex. le piémontais, lomb., frioulan pik, le cat. picot, l'esp. pico ainsi que l'a. prov. pic (2e moitié du xiie s. ds Rayn.) ; issu, par redoublement expr. du c, du lat. class. picus, masc. de pica, v. pie.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


On dit que le Pic épeiche tambourine quand il va pleuvoir.




Symbolisme :


Lise Brind'Amour et Pierre Brind'Amour, auteurs d'un article intitulé “Le Dies Lustricus, Les Oiseaux De L'aurore Et L'amphidromie.” paru dans Latomus, vol. 34, n° 1, 1975, pp. 17–58. JSTOR, (www.jstor.org/stable/41529605. Accessed 18 Apr. 2020) précisent les modalités de la divination par les oiseaux ans le monde romain :

L'art augural romain distinguait deux groupes d'oiseaux : les aves oscines dont on guettait surtout le cri et les alites dont on surveillait surtout le vol. Ces derniers comprenaient le busard (buteo), l'orfraie (sanqualis, l'oiseau de Sancus), l'épervier (? inmusulus), l'aigle (aquila) et le vautour (uulturius). Les aves oscines comprenaient le corbeau (coruus), la corneille (cornix), la chouette (noctua), la mésange (parra) et le pic (picus). Or ces deux derniers oiseaux, la parra et le picus, nous dit Festus en se référant à l'autorité d'Appius Claudius, le savant augure, ami de Cicéron, occupent cette position unique dans le système en ce que leur vol aussi est consulté : ils appartiennent à la fois au groupe des alites et au groupe des oscines aues. Ce privilège en fait du coup les deux plus importants oiseaux de l'art augural romain, et cette dignité se reflète dans le fait que, conçus comme un couple d'oiseaux, ils symbolisent le couple primordial de l'histoire et de la religion romaine, Mars et Vesta.

Lorsque chez Plaute un esclave se met en devoir de consulter les auspices, il aperçoit arrivant à sa gauche le picus et la cornix, et arrivant à sa droite la parra et le coruus. Pour un augure romain, tourné vers le sud, les premiers arrivent de l'est et les seconds, de l'ouest. Cette position est la position favorable des oiseaux, et l'inverse la position défavorable.

[…]

Pourquoi consultait au dies lustricus le vol et le cri du picus et de la parra ? Parce que ce couple d'oiseau était le plus important de l'art augural romai et parce qu'il figurait ultimement le couple originel de la race, Mars et Vesta. Mais aussi, et c'est pourquoi Picumnus et Carmentis président aux naissances, parce que ces oiseaux sont de bon augure pour les mariages et parce qu'il sont des oiseaux nourriciers.

Picumnus, on l'a vu, est praeses auspiciis coniugalibus.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


A l'entrée mandragore : Le pic qui durcit son bec grâce à la mandragore, d'où son appellation d' "herbe du pic", peut faire découvrir la plante magique qui se trouve parfois dans son nid : « On peut aussi se la procurer en le guettant ; si on le voit frotter son bec à une certaine herbe, en insistant et en roucoulant comme la tourterelle, celle-ci est le précieux talisman. Gardez-vous bien de vous pencher pour la cueillir ou l'arracher. Lorsque le pic fait entendre son cri moqueur, c'est parce qu'il a aperçu des chercheurs de cette plante magique. Il rit parce que ces hommes vont mourir s'ils ne connaissent pas les règles. Mais si le chercheur connaît les règles, alors celui qui porte sur lui la grande mandragore possède une force herculéenne. Rien ne saurait lui résister. »

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


"Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Guerre ; Tonnerre ; Prophétie ; Tambourinage ; Rythme ; Strates cachées ; Non-conformisme.


En tant que gardien ou protecteur

Garde votre territoire ; Défend les modes de vie non-conformistes.


En tant que guérisseur

Soulage les problèmes du cou ; Favorise la guérison profonde de l'organisme.


En tant qu'oracle ou augure

Une tempête approche ; Utilisez votre tête.

Mythes et contes

Les Romains associaient le pic à Mars., dieu de la guerre, alors que les Grecs l'associaient à Zeus, dieu du tonnerre. Pour les Amérindiens, le pic attirait le tonnerre par son tambourinage.

Si le pic est votre animal de pouvoir

Vous aimiez monter aux arbres dans votre enfance et maintenant vous appréciez la marche et l'escalade. Souple et agile, les autres ont du mal à tenir le pas avec vous. Vous avez une manière personnelle de voguer dans le monde, manifestement à votre propre allure. Vous validez vos rythmes, visibles dans votre mode de vie non-conformiste. De par votre indépendance, vous référez contrôler votre espace et vos possessions. Vous êtes adorable, si bien que vos amis et votre famille sont disposés à faire des efforts à ce sujet. Ils admirent votre persévérance das a poursuite de vos rêves et votre capacité à creuser une question ou un problème jusqu'à découvrir la vérité.


Demandez au pic de vous aider

- à forger votre propre voie

- à être plus flexible et moins contrôlant.


Accéder au pouvoir du pic en :

- portant des vêtements noirs et blancs, avec un chapeau ou un bonnet rouge

- adhérant à une association de tambours.


Le majestueux pic à bec d'ivoire, qu'on a cru longtemps éteint, a été récemment revu dans un parc naturel de l'Arkansas. Quelle partie de vous croyez-vous disparue ? Avez-vous perdu votre enjouement enfantin ou votre sens de l'aventure ?


Élément : Air."

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Symbolisme celte :


Pour Gilles Wurtz, dans Chamanisme celtique, Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga, 2014),


"Le pic noir dont le plumage noir et la calotte rouge du mâle sont si caractéristiques, est le plus grand pic européen, il peut atteindre une bonne cinquantaine de centimètres. Il loge dans des arbres sains où il creuse, parfois jusqu'à plus de 50 centimètres de profondeur, pour aménager son nid.

Le pic noir peut frapper 20 fois par seconde. Ses martèlement constituent son mode de communication : ils sont de trois types, plus ou moins cadencés, en fonction du contenu du message.

Le cerveau du pic est protégé par un agencement ingénieux de ligaments et de muscles. De plus, son crâne est constitué d'os épais et denses, surtout à l'arrière, là où se concentrent les impacts. Il n'y a qu'un espace réduit entre ces os et le cerveau : ce dispositif maintient le cerveau bien en place. Une séparation cartilagineuse entre le crâne et le bec joue un rôle d'amortisseur.

Autre singularité : le pic noir a une langue rétractile. Au repos, elle sort de la bouche par la narine droite, puis elle se sépare en deux et passe entre les yeux. Les deux parties enveloppent le dessus du crâne jusqu'à l'occiput, puis reviennent sous le bec. En la contractant, il peut la faire s'allonger et la projeter de dix centimètres à l'extérieur de son bec. A son extrémité, cette langue est pourvue de minuscules grappins, qui harponnent littéralement ses proies.

Ses yeux sont protégés par les paupières qui se ferment avant chaque impact, les mettant à l'abri des éclats.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Le pic noir, avec son cri très particulier qui ressemble parfois à un hululement mystérieux, était un oiseau très apprécié chez les Celtes. Il était directement lié à l'arc-en-ciel, le pont de couleur nommé bifrost dans la mythologie scandinave. Le cri du pic noir après la pluie et l'apparition d'un arc-en-ciel étaient des signes venus tout droit de la Source, d'heureux présages - des cadeaux du ciel. Les Celtes interrogeaient alors l'esprit du pic noir pour en savoir plus sur cette bonne nouvelle : il pouvait donner des détails et des explications sur l'origine du bienfait à venir. Pour les Celtes, l'arc-en-ciel était le pont, le lien entre la terre et la Source, teinté des couleurs principales qui donnent forme à toutes les couleurs connues. Ces couleurs se trouvant également en chaque individu : "l'arc-en-ciel humain" ou "l'arc-en-ciel intérieur", appelé aujourd'hui plus couramment les "chakras". Le pic noir était donc considéré comme un porte-parle favorable qui annonçait la répercussion bénéfique du'n' bonne action.

C’était un signe concret de la Source pour montrer que l'on récolte ce que l'on sème, ainsi qu'un encouragement à multiplier les bonnes actions en conscience.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Détail intéressant : en dialecte alsacien, le pic noir est appelé der Ragavogel, '"l'oiseau de pluie".

On pourrait imaginer de réapprendre aux enfants comme aux adultes à faire attention aux répercussions inévitables de nos actes. cela pourrait considérablement changer les comportements et diminuer les actes de violence, l'agressivité, les colères, les paroles qui blessent, les tensions, le stress... Mais aussi prendre conscience que lors'un bienfait se produit, iol a très certainement été engendré par une action positive préalable.

Aller contacter le pic noir pour recevoir ses enseignements sur le principe universel d'action est très édifiant, et de nos jours essentiel. dans tous les contextes, individuels ou collectifs : couple, famille, école, entreprise...


Mot-clef : L'annonciateur de bonnes nouvelles."

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Mythologie :


Dans ses Métamorphoses (Traduction (légèrement adaptée) de G.T. Villenave, Paris, 1806, disponible sur le site de référence https://remacle.org), Ovide raconte celle du pic :


Picus et Canente (XIV, 320-440)

"Picus, fils de Saturne, régna dans l'Ausonie. Il aimait les coursiers et leur ardeur belliqueuse. Sa beauté était celle que tu vois dans cette image, et que l'art a su rendre fidèle. Son esprit égalait sa beauté. Il n'avait pu, depuis sa naissance, voir quatre fois les jeux qu'on célébrait dans l'Élide, et déjà il avait attiré les regards des Dryades nées sur les montagnes du Latium. Déjà il avait enflammé les Naïades des fontaines, et celles de l'Albula et du Numicius, et celles qui se jouent dans les ondes de l'Anio ; de l'Almo, qui achève si vite son cours; du Nar, si rapide dans le sien, du Farfarus, qui coule sous d'épais ombrages ; celles enfin qui habitent l'étang placé dans le bois consacré à Diane et les lacs d'alentour. Il dédaigna toutes ces Nymphes; une seule avait su lui plaire : fille de Janus au double front et de Vénilia, on la disait née sur le mont Palatin.

"Quand l'âge eut mûri sa beauté nubile, elle préféra Picus à tous les Latins, et devint sa compagne. Elle avait une beauté rare, mais sa voix était plus rare encore, et le charme de ses chants la fit appeler Canente. Sa voix agitait les arbres, attendrissait les rochers, rendait les tigres caressants, arrêtait le cours des fleuves, et le vol des oiseaux dans les airs.

[341] "Un jour qu'elle modulait des sons ravissants, Picus était sorti de son palais ; il poursuivait le sanglier dans les bois, pressait les flancs d'un coursier rapide, tenait en main deux javelots, et portait une chlamyde de pourpre attachée par une agrafe d'or. La fille du Soleil était venue dans les mêmes forêts : voulant cueillir des herbes nouvelles sur les fertiles collines des Laurentins, elle avait quitté les campagnes qui portent son nom.

"Cachée dans un taillis, elle voit le jeune prince et demeure interdite : les herbes qu'elle avait cueillies s'échappent de son sein. Un feu violent s'allume dans ses veines. Dès qu'elle a pu se reconnaître dans les soudains transports qui l'agitent, elle se décide à faire éclater ses désirs. Mais la vitesse du coursier de Picus et la garde qui l'environne l'empêchent d'approcher : "Et cependant, s'écrie-t-elle, quand tu serais emporté par les vents, tu ne m'échapperas pas, si je me connais bien moi-même, si toute la vertu des plantes n'est pas évanouie, et si je ne suis trompée par mes enchantements."

[358] "Elle dit, et, formant l'image sans corps d'un sanglier fantastique, elle lui commande de courir devant le roi, de paraître se retirer dans l'épaisse forêt où les arbres trop rapprochés n'offrent au cavalier aucun passage. Soudain, Picus trompé court après l'ombre d'une proie. Il s'élance au dos fumant de son coursier, et, poursuivant une espérance vaine, erre d'un pied rapide dans la haute forêt. Alors la fille du Soleil commence ses charmes magiques. Elle dit des mots funestes, elle invoque des dieux inconnus, dans des chants plus inconnus encore, avec lesquels elle a coutume de troubler le visage argenté de la Lune et d'envelopper d'épais nuages la tête de son père. À ses accents formidables, le ciel se couvre de ténèbres, et de noires vapeurs s'exhalent de la terre. Les compagnons de Picus errent au hasard dans cette nuit soudaine, et les gardes sont dispersés.

"Saisissant l'occasion et le moment : "Ô le plus beau. des mortels, s'écrie l'enchanteresse, je te conjure par ces yeux qui ont les miens, par cette beauté qui force une déesse à te supplier, réponds à mes feux, reçois pour beau-père le Soleil, qui voit tout, et, trop insensible, ne méprise pas la Titanide Circé."

[377] "Elle dit, et Picus repousse froidement la déesse et ses vœux : "Qui que tu sois, répond-il, je ne puis être à toi. Une autre me possède, et je désire qu'elle me possède toujours. Je n'offenserai point les droits sacrés de l'hymen par des amours étrangères, tant que les destins me conserveront la fille de Janus !"

"Ayant longtemps encore, mais en vain, essayé la prière, Circé s'écrie enfin : "Tes dédains ne resteront pas impunis : tu ne reverras plus Canente. Tu connaîtras ce que peut une femme, une amante outragée, quand cette amante, quand cette femme est Circé."

"Alors elle se tourne deux fois vers l'Orient, deux fois vers l'Occident. Elle touche trois fois Picus de sa baguette, et fait entendre des mots magiques, trois fois répétés. Picus fuit : il s'étonnait de la rapidité de sa course; il voit que son corps a des ailes. Nouvel oiseau, il s'élance indigné dans les forêts du Latium, perce d'un bec dur les chênes noueux, et, dans sa rage, blesse leurs rameaux. Ses ailes ont conservé la pourpre de la chlamyde qu'il portait, et, dont l'agrafe nuance d'or son col et son plumage. Picus, dans sa nouvelle forme, n'a conservé de l'ancienne que son nom.

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Contes et légendes :


Lise Brind'Amour et Pierre Brind'Amour, auteurs d'un article intitulé “Le Dies Lustricus, Les Oiseaux De L'aurore Et L'amphidromie.” paru dans Latomus, vol. 34, n° 1, 1975, pp. 17–58. JSTOR, (www.jstor.org/stable/41529605. Accessed 18 Apr. 2020) relatent des légendes relatives à l'oiseau qui nous intéresse ici :


Le pic est le "mangeur de miel" : lituanien meletà. En Italie, il est le lupo di api, ce qui a donné lieu aux termes germaniques Immenwolf, Bienenwolf et au vieil anglais Beowulf. Pline rapporte qu'en Italie encore les apiculteurs portaient en amulette un bec de pic pour éviter d'être piqués par les abeilles (Histoire naturelle, XXIX, 92 et XXX, 147).

Trois légendes grecques mettent le pic en relation avec le miel. La première est celle de Polyphontè (Anton. Lib. XXI) et concerne le pic-vert.

La seconde légende (Anton. Lib. XIX) met en scène Céléos "Le Pic", non pas le roi d'Eleusis et l'hôte de Déméter, mais un brigand crétois qui s'introduisit avec trois compagnons dans la grotte de l'Ida où Zeus avait été nourri, pour y voler du miel des abeilles sacrées. Sur intervention de Thémis nos larrons furent épargnés de la colère de Zeus et transformés en oiseaux de bon augure.

La troisième légende est celle du héros de Colophon Polytechnos (Anton. Lib, XI). Polytechnos était menuisier ; sa femme Aedôn "La Chantante" était tisseuse. Un jour il s'éprit de Chélidonè "L'Hirondelle" sa belle-soeur et la viola ; pour voiler son acte il lui coupa la langue et les cheveux, et la vêtit en esclave et la ramena chez lui. Les deux soeurs finirent bien par se reconnaître et pour se venger servirent à Polytechnos son fils Itys "Le Rossignol". S'étant aperçu du forfait, Polytechnos prit sa hache et se mit à la poursuite des jeunes femmes pour les tuer, mais leurs parents s'emparèrent de lui, le lièrent, l'enduisirent de miel et l'exposèrent dans la prairie pour qu'il soit dévoré par les mouches et les abeilles. Aedôn prise de pitié, voulut chasser les insectes loin de son mari, mais elle allait aussi être saisie par ses parents lorsque tout le monde fut transformé en oiseaux par les dieux : Polytechnos fut changé en pic parce qu'Héphaïstos lui avait un jour donné une hache à double tranchant, l'outil par excellence des menuisiers. Cette légende fait donc aussi état d'une relation entre le pic et le miel.

Tout ceci prouve sans équivoque que le pic était considéré en Europe comme un amateur de miel et un compagnon de l'ours. Si Picus dans la légende latine pourvoit à l'alimentation de Rémus et Romulus enfants, c'est en tant que pourvoyeur de miel , c'est lui qui à Rome tient lieu des abeilles de l'Ida. La présence d'un Picumnus nourricier est par le fait même toute naturelle à la naissance d'un enfant. 

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