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  • Anne

La Morelle douce-amère




Étymologie :

Étymol. et Hist. I. Bot. mil. du xiiie s. morele (Gloss. Glasgow, 157a ds T.-L.). II. Zool. 1. 1775 « variété de canard » (La Nouvelle maison rustique, 2, 535 d'apr. FEW t. 6, 1, p. 550a) ; 2. 1781 «foulque» (Valm. d'apr. FEW. loc. cit.). I du lat. médiév. maurella « id. » (cf. Blaise Lat. chrét. et CGL), dér. de Maurus, v. maure ; II dér. de more (var. de maure*), suff. -elle (v. aussi morillon).


Lire également la définition du nom morelle afin d'amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Solanum dulcamara ; Bois-mâchant ; Bonbon de crapaud ; Crève-chemin ; Crève-chien ; Diable en haie ; Douce amère ; Doucette ; Folle vigne ; Herbe à la carte ; Herbe à la fièvre ; Loque ; Mère-douce ; Morelle douce-amère ; Morelle grimpante ; Morelle rouge ; Réglisse de rivière ; Réglisse de saule ; Réglisse sauvage ; Vigne de Judée ;


Pour en savoir plus sur la Morelle furieuse, voir la fiche Belladone.

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Botanique :


Selon Elena Ciobanu, Cătălina Croitoru, Gheorghe Ostrofeţ, Ala David et al. auteurs d'un cours magistral intitulé Fondements de l'hygiène alimentaire (Chișinău • 2018) :


La morelle douce-amère est un arbuste à fleurs violettes et se rencontre partout: au bord des rivières, des lacs, des marais. Les fruits ont la forme de baies ovales, de couleur rouges. À savoir, ils causent des empoisonnements graves, en se manifestant par la dyspnée, la tachycardie, la diarrhée.

 









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Usages traditionnels :


Victoria Hammiche, Rachida Merad, et Mohamed Azzouz, auteurs de Plantes toxiques à usage médicinal du pourtour méditerranéen. (Paris : Springer, 2013) rapportent les usages suivants de la morelle douce-amère :


La plante reste utilisée au Maghreb. La tige feuillée était utilisée comme dépuratif au changement de saison, surtout, au printemps ; les baies sont employées comme aphrodisiaques, diurétiques, sudorifiques, laxatives, antirhumatismales. Des extraits de la plante ont la réputation d'être antitumoraux et antisyphilitiques.


Utilisations thérapeutiques : La tige, qui a figure à la pharmacopée française jusqu'en 1949, a été utilisée comme laxatif, diurétique, dépuratif et pour traiter certaines dermatoses comme Ie psoriasis et l'eczéma chronique. Un extrait alcoolique de S. dulcamara a montré des propriétés inhibitrices vis-à-vis du sarcome chez la souris ; ceci est attribue à la bêta-solamarine.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de la morelle douce-amère :


MORELLE DOUCE-AMÈRE - VÉRITÉ.

Les anciens pensaient que la Vérité était mère de la Vertu, fille du Temps et reine du monde. Nous disons, nous, que cette divinité se cache au fond d'un puits, qu'elle mêle toujours quelque amertume à ses bienfaits, et nous lui donnons pour emblème une plante inutile, qui, comme elle, aime l'ombre et reverdit sans cesse. La Morelle douce-amère est, je crois, la seule plante de nos climats qui perde et reproduise ses feuilles deux fois dans la même année.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Morelle douce-amère - Vérité.

Parce que la vérité est souvent, quoique toujours utile, dure à entendre.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


MORELLE DOUCE-AMÈRE — VÉRITÉ.

Soyez ennemis du mensonge : ne parlez jamais aux hommes que le langage de la vérité. Que la vérité soit la ceinture de vos reins.

Ephésiens : IV 25 - VI, 14.

La morelle douce-amère est un arbrisseau sarmenteux dont les fleurs violettes et disposées en cimes se succèdent pendant une partie de l'été, et produisent un effet très agréable par l'élégance de leurs bouquets au milieu des haies, des buissons et sur le bord des bois. Elle demande une terre un peu fraîche ; on la multiplie par ses nombreux rejetons.

RÉFLEXIONS.

Qu'est-ce que connaître la vérité ? Homme, c'est d'abord te connaitre toi-même, t'appliquer à être ce que tu dois être et à corriger ce qui en toi a besoin d'être réformé ; ensuite c'est connaitre et aimer ton créateur : car par là seulement tu peux arriver au bonheur qui est ta destination.

(SAINT AUGUSTIN, Man.)

La vérité est une reine qui a dans le ciel son trône éternel, et le siège de son empire dans le sein de Dieu ... Elle nous découvre tout ce qui est beau, et elle est elle-même le plus beau de tous les objets qu'elle nous découvre.

(BOSSUET, Méditations.)

Quoi qu'il n'y ait rien de si naturel à l'homme que d'aimer et de connaitre la vérité, il n'y a rien qu'il aime moins et qu'il cherche moins à connaitre.

(FLÉCHIER, Oraisons funèbres.)

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Morelle, Douce- Amère - Vérité.

Les feuilles de la morelle sont douces et amères en même temps ; il en est ainsi de la vérité qui est pénible à entendre, mais qui nous rend meilleurs.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Morelle douce-amère (Solanum dulcamara) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Mercure

Élément : Air

Pouvoirs : Protection ; Guérison.


Un bouquet de douce-amère mis extérieurement à la fenêtre d'une fille indique symboliquement que son prétendu est un douceâtre, un mou pas bien malin.


Utilisation magique : Autrefois, on ligotait certains malades avec les sarments grimpants de douce-amère, puis on sommait le mal d'abandonner ce corps. Si le malade était trop atteint, il en mourait. Mais dans la plupart des cas.

Une recommandation toutefois : n'attendez pas un pouvoir transcendant des graines achetées chez le grainetier; elles sont parfaites pour vos canaris qui s'en régaleront, mais un stockage souvent assez long et généralement en contact avec d'autres produits leur a fait perdre en grande partie les émanations subtiles que, précisément, nous utilisons en magie. Recherchez les sommités fleuries quand elles montent en graines et récoltez-les fraîches. Cette herbe est très commune en France : lieux frais et humides, prairies, jardins, bords des chemins, etc.

Alors pourquoi mauvais œil ? Parce que, en filant ainsi le parfait amour sous la protection du Mouron, vous ferez de nombreux envieux ; et il n'est malheureusement pas impossible que l'un d'eux en pleine crise de jalousie fielleuse, tente de vous jeter un sort. Si cette fâcheuse éventualité, devait se produire, pratiquez immédiatement un contre-envoûtement au chardon béni ou au chardon Marie.

 

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Un rameau de morelle douce-amère suspendu au cou prévient les insolations, et les feuilles de la plante, placées dans un oreiller, dissipent un chagrin d'amour et aident à retrouver le sommeil.

Une ancienne tradition voulait qu'on attache un malade avec des sarments de douce-amère en ordonnant au mal de s'en aller : "Si le malade était trop atteint, il en mourait. Mais dans la plupart des cas, croyait-on, le mal était bel et bien expulsé, parfois avec pertes et fracas, et il ne restait plus qu'à donner un cordial au patient pour le voir se lever en réclamant une bonne soupe au lard".

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


SOLANUM. — Il donne un sommeil irrésistible. « Cum Sueno Norvegorum rex (Johnston, Thaumatographia Naturalis, Amstelodami, 1670, p. 227) Duncanum regem Scotiae in oppido Bettha obsideret, evocato hic Maccabaeo consobrino, clanculum de deditione agere coepit, commeatu promisso. Hector Boet. 22. Scot. Hist. : Receperunt conditionem Dani, et una commeatum ; quem cum dégustassent, tum alto oppressi sunt sopore (solano enim vinum et cerevisia infecta erant), ut a Maccabeo opprimerentur. Decem, dona hostium suspecta habentes, sobrii fuere ; qui etiam regem Suenonem veluti exanimem, piscaria scapha, ad Thai detulere ostia, inde domum. »




Littérature :


Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque ainsi la douce-amère :

21 juin

(Fontaine-la-Verte)

Douce-amère : légende hawaïenne

Vols de colibris violet et jaune

Figés en grappes de corail de feu

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