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  • Anne

La Ciguë



Étymologie :

  • CIGUË, subst. fém.

Étymol. et Hist. Vers 1210 [ms. A 1re moitié xiiie s.] ceguë [: cornue] (Guillaume Le Clerc, Bestiaire, 1662) ; ca 1265 siguë (Brunet Latin, Trésor, 224 ds T.-L.) ; 1611 ciguë (Cotgr.). Réfection semi-savante d'apr. le lat., de l'a. fr. cëue (1180-90, Alexandre de Paris, Alexandre, Elliott Monographs, II, 97), issu du lat. class. cicuta « id. ».


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Conium maculatum ; Ciguë maculée ; Ciguë tachetée ; Grande Ciguë ; Herbe à Socrate ; Persil du diable.

Aethusa cynapium ; Petite ciguë ; Persil des chiens




Botanique :


Sur le site Dijon-santé.fr, Eric Françonnet écrit un article en date du 5 avril 2016 intitulé "Ces personnes célèbres victimes d’un empoisonnement" qui traite de la ciguë :

Il existe plusieurs plantes dans la famille des ciguës : la petite ciguë ou « faux persil », dont l’ingestion provoque des troubles digestifs, mais sans être mortelle ; la grande ciguë, dont la tige et les feuilles sont très toxiques et contiennent un alcaloïde puissant, la coniine ; la ciguë vireuse, aux racines toxiques. La ciguë était employée dès l’Antiquité pour donner la mort. L’exemple le plus notoire de cet empoisonnement en vogue durant une période où les Grecs dominaient la Méditerranée est celui de Socrate.En -399, dénoncé par trois personnages en vue, Socrate, âgé de 70 ans, fut jugé par l’Aréopage d’Athènes (un tribunal de 500 citoyens). On l’accusait de « corruption de la jeunesse » et de « négligence des dieux de la cité et pratique de nouveautés religieuses ». Il fut donc condamné à boire une coupe fatale de ciguë, ce à quoi il se résolut, en dépit d’une évasion possible qui aurait pu être orchestrée par certains de ses proches.

Dans Petit Grimoire : Plantes sorcières, Les Sortilèges (Éditions « Au bord des continents... », mars 2019, sélection de textes extraits de Secrets des plantes sorcières) Richard Ely présente ainsi les

deux ciguës :


La grande ciguë est une plante bisannuelle de la famille des Apiacées. L'ombellifère ne fleurit généralement que la seconde année, la première étant consacrée au développement de sa racine pivotante, une carotte d'où partira sa tige reconnaissable aux taches pourpres dans le bas. Elle développe de larges et longues feuilles composées très découpées. Les fleurs en amples ombelles inégales d'une quinzaine de centimètres sont blanches.

Elle pousse au bord des sentiers et des ruisseaux jusqu'à mesurer deux mètres de haut et apprécie la fraîcheur. la conine et les autres alcaloïdes qu'elle contient en font une redoutable empoisonneuse qui mit fin à l'existence de Socrate. Pour aider à la reconnaître, en froisser une feuille amplifie son odeur d'urine de souris.

La petite ciguë, Aethusa cynapium, ou persil des chiens, est une annuelle qui peut atteindre soixante centimètres. Elle se reconnaît à ses fleurs, chaque ombellule portant de longues bractéoles pendantes. Elle partage avec sa grande cousine les taches rouges au bas de sa tige, une odeur désagréable et une toxicité certaine. elle pousse aux mêmes endroits, mais n'hésite pas à s'inviter dans les jardins.

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Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante toxique qui empoisonnait d'une manière très officielle les condamnés à mort d'Athènes (dont Socrate), d'Espagne et même du Marseille antique, n'a pas bonne réputation puisqu'on attribue sa création au diable (en Bretagne surtout). Au Moyen Âge, les sorcières délaissaient parfois leur balai pour enfourcher une tige de ciguë et s'envoler ainsi dans les airs. La plante entrait également dans la composition de l'onguent qu'elles se passaient sur le corps avant de se rendre au sabbat. Dans la tradition anglo-saxonne, elle est aussi utilisée par les sorcières pour évoquer les esprits et opérer leurs méfaits. Les Anglais la surnomment "farine d'avoine du diable" et menacent les enfants qui y toucheraient de se faire emporter par le démon.

Les mages de la Mésopotamie se servaient de la ciguë pour "obtenir la protection des astres", les Cimmériens pour se délivrer d'une envoûtement sexuel. Selon une tradition iranienne, on purifie et renforce le pouvoir magique des couteaux rituels en les frottant du suc de ciguë.

Les Anciens du monde gréco-latin, qui ne semblent pas l'avoir appréciée, lui reconnaissaient toutefois des propriétés médicinales : anticancéreuse, elle agissait aussi dans les désordres du système nerveux et soignait de nombreuses maladies (tétanos, épilepsie, phtisie, fièvres). En outre, selon Pline, elle maintient la fermeté des seins. Outre-manche, on croit que mélangée à un blanc d'œuf et à du sel marin, elle soigne les maux d'yeux, à condition de l'appliquer sur l'œil gauche avec le bras droit et vive versa.

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Dans Petit Grimoire : Plantes sorcières, Les Sortilèges (Éditions « Au bord des continents... », mars 2019, sélection de textes extraits de Secrets des plantes sorcières) Richard Ely précise les propriétés magiques de la grande Ciguë :


Persil du Diable :

On raconte que c'est le diable lui-même qui donna naissance à la ciguë. C'est donc tout naturellement que les sorcières échangent quelquefois leur moyen de locomotion préféré, le balai, contre une des tiges de la plante pour se rendre auprès de leur maître.

Mais c'est à son caractère de poison que la ciguë doit sa sulfureuse réputation. L'herbe à Socrate porte ce nom uniquement car elle en signa la mort. Les antiques utilisaient la plante comme instrument de l’exécution de leurs sentences. Ainsi le philosophe périt, ressentant une lourdeur dans les jambes qui le fit s'allonger sur le dos. Puis, peu à peu, il perdit le sens de ses membres avant que le poison ne s'empare de son torse et le fasse arrêter de respirer. Nul ne sait exactement quelle boisson était préparée à l'époque pour assurer une mort si tranquille, car la ciguë seule provoque d'insoutenables spasmes et la mort qui en suit est bien plus douloureuse que celle qui emporta le philosophe grec. Quoi qu'il en soit, la ciguë est un poison qui entre dans bien des philtres mortels.

Le persil du diable, une fois broyé, laisse apparaître son jus avec lequel la sorcière pourra frotter ses lames afin de leur conférer la force de la plante et neutraliser toute autre influence. Utilisés dans les rituels, ces lames seront d'autant plus efficaces.

Au-delà de la naturelle dangerosité de la plante qui explique les mises en garde répétées des adultes aux enfants, il semblerait que ces dernières dissimulent la peur des sorcières. Du moins de celles qui, de superstitions en légendes, étaient désignées comme la cause des maladies emportant votre progéniture ou de leur simple et pure disparition. Là où se trouve la ciguë, la sorcière n'est pas loin. La mauvaise femme en fait une farine qu'elle souffle au visage de l'enfant pour le paralyser et permettre au diable d'apparaître et de l'emporter. Car qui de plus doux pour le Cornu que ces jeunes âmes pures qu'il cherche à emmener ! Ceci explique peut-être pourquoi le Malin a fait la ciguë si semblable au persil, provoquant de tout temps de malheureux accidents.

Les méchantes sorcières taillent des sifflets et petites flûtes dans la tige creuse de la ciguë pour les donner aux enfants....


Signature : Saturne.

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Symbolisme celte :


Selon Philip et Stephanie Carr Gomm dans L'Oracle druidique des plantes, Comment travailler avec la flore magique de la tradition celte (édition originale, 1994 ; traduction française 2006), la ciguë est associée à l'aconit et à la jusquiame. Les mots clefs correspondant à ces plantes cataloguées dans les "poisons" sont :


en "position droite : Pouvoir - Aide inattendue - Soulagement

en position inversée : Malveillance - Difficulté - Trahison.

Il s'agit de plantes mortelles qui, si elles sont utilisées avec sagesse, offrent par ailleurs des bénéfices. Originaire de Grande-Bretagne, l'aconit (appelé aussi capuchon-de-moine) et la ciguë (à ne pas confondre avec le sapin-ciguë) pousse sur les terres humides et ombragées, tandis que la jusquiame aime le sol plus sec, sablonneux. La ciguë et la jusquiame ont une odeur fétide.

La carte montre l'aconit poussant sous l’éclat de la pleine lune. A droite, on voit la ciguë, à gauche, la jusquiame. Des flèches brisées sont jetées sur le sol.


Sens en position droite. La vie semble parfois presque insupportable. Si vous avez choisi cette carte, vous êtes soumis aux pressions et aux difficultés. Mais la vie est en essence mystérieuse, et quelque chose peut survenir tout d'un coup, qui agira comme catalyseur du changement. Nous sommes si habitués aux "histoires" des films et de la télévision que nous oublions l'immense pouvoir des choses infimes. La remarque d'un ami ou d'un étranger, une ligne dans un livre, une simple idée qui surgit peut induire une nouvelle direction dans votre vie ou un virage décisif dans vos affaires. Un tel don peut arriver d'une direction totalement inattendue, vous soulageant à un point que vous n'aurez jamais imaginé. Le consumérisme nous a habitués à chercher le plus grand, alors qu'on devrait chercher le meilleur.


Sens en position inversée. Chacun des poisons peut avoir un effet mortel. Si vous avez choisi cette carte inversée, vous devez être conscient des conséquences nuisibles de vos paroles ou de vos actions. Il se peut que vous ayez trahi quelqu'un ou une valeur qui vous tenait à cœur. Au lieu d'affronter ouvertement la personne ou le problème, vous avez œuvré dans l'obscurité des motifs inexplorés - en compagnie des sentiments de blessure et d'un désir de revanche que vous n'avez jamais osé s'exprimer. Au lieu d'éprouver maintenant du désespoir, il est important de réaliser que vos actions ont créé une difficulté susceptible de devenir un défi pour vous : montrer la force de caractère nécessaire pour régler un problème, réparer des torts ou avancer dans la vie avec sagesse et compassion. L'âme crée des expériences dont nous devons tirer les leçons.

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Baume vert et pointes de flèche en silex

En Grande-Bretagne, les plantes toxiques étaient appelées "banes", mot germanique et vieux norrois signifiant destruction et mort. Toute personne désirant travailler avec les plantes ou simplement se rapprocher de la nature doit connaître les plantes toxiques qui, malgré le danger qu'elles présentent, sont souvent précieuses. Par exemple, la pulicaire était brûlée pour débarrasser les maisons des puces - on sait maintenant que la plante contient un insecticide, le pyrèthre. L'aconit, qui content de l'acotinine, poison mortel, est très utilisé en homéopathie, la jusquiame et la ciguë ont été utilisées en dose infime pendant des siècles pour la guérison.

Les herboristes classiques connaissaient bien les propriétés toxiques de ces plantes et exploitaient leurs pouvoirs curatifs, tout comme l'ont fait par la suite leurs homologues saxons et les médecins de Myddfai.

La jusquiame, apparentée à la mandragore et à la belladone, est l'une des plus anciennes plantes toxiques à réputation magique connues. Les Égyptiens anciens l'utilisaient, tout comme la médecine populaire d'Europe, pour ses propriétés apaisant la douleur et induisant le sommeil. Au XVIIè siècle, au Sussex, les bébés se faisaient les dents sur un collier de jusquiame, de grand orpin et de racines de verveine macérées dans du vin rouge. Les graines de jusquiame étaient fumées pour alléger les symptômes de la névralgie, des maux de dent et du rhumatisme. Au XXè siècle, elle a servi de sérum de vérité lors des interrogatoires. La phytothérapie moderne s'en sert comme sédatif.

L'aconit est si toxique qu'il s'était acquis une réputation terrible. On raconte que les chasseurs celtes plongeaient la pointe de leurs flèches dans son jus. A l'époque médiévale il était associé au meurtre et à la sorcellerie. On pensait que les sorcières plongeaient des silex dans de l'aconit et les lançaient contre leurs victimes. Ces "têtes de flèche" en silex administraient les poisons simplement en égratignant la peau.

Les médecins grecs et arabes utilisaient la ciguë contre les tumeurs, tout comme les Écossais du XIIè siècle. L'un de ses noms populaires écossais est "mort de mère", car on disait aux enfants que leur mère allait trépasser s'ils osaient ramasser cette plante.

La ciguë, l'aconit et la jusquiame font tous partie des ingrédients des recettes de "baumes d'envol" hallucinogènes ou de "baumes verts" utilisés par les sorcières. Certains experts pensent que ces recettes, notées pour la première fois au XVè siècle, témoignent d'une tradition magique ou chamanique des plantes en Grande-Bretagne et en Europe occidentale remontant à l’époque des druides anciens. D'autres experts s'interrogent sur la validité des informations données par la chasse aux sorcières des XVIè et XVIIè siècles, et soulignent que la sensibilité d'un individu à la toxicité et aux taux de substances chimiques significatives d'une plante varie tellement que cette pratique semble peu probable."

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Dans les Leçons d'elficologie, Géographie, Histoire, Leçons de choses (2006) de Pierre Dubois, Claudine et Roland Sabatier, on peut lire la notice suivante :


"La ciguë tachée ou grande ciguë (Conium maculatum) : elle orne les talus, les fossés et les rives de Féerie de ses larges ombelles blanches et fait croire aux beaux jours, mais son léger feuillage vert sombre finement dentelé est éclaboussé par le sang de ses crimes. C'est la liqueur perfide préférée des grandes magiciennes aux ténébreux desseins."

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Littérature :


Jean Giono raconte dans un des romans de la Trilogie de Pan, Regain (Éditions Grasset, 1930) le malheur qui survient à un de ses personnages :


- Alors, une fois, c’était à l’époque des olives, on a entendu dans la bas du vallon comme une voix du temps des loups. Et ça nous a tous séchés de peur sur nos échelles. C’était en bas, près du ruisseau. On est descendu à travers les vergers, tous muets, à ne pas savoir. Nos femmes étaient restées, toutes serrées en tas. Et ça hurlait toujours, en bas, à déchirer le ventre !

« Elle était comme une bête. Elle était couchée sur son petit comme une bête. On a cru qu'elle était devenue folle. L'Onésime Bus met sa main sur elle pour la lever de là-dessus, et elle se retourne et, ) plaine bouche, elle lui mord la main.

« A la fin, on a pu l'emporter. Son petit était dans l'herbe, tout noir déjà, et tout froid, l’œil gros comme un poing et, dans la bouche, une bave épaisse comme du miel. Il était mort depuis longtemps. On a su, parce qu'il en avait encore des brins dans sa petite main, qu'il avait mangé de la ciguë. Il en avait trouvé une touffe encore toute verte. Il s'en état amusé pas très loin de sa mère qui chantait. »

- Pauvre Dieu ! geint Mademoiselle Delphine.

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Dans Ceux qui vont mourir te saluent (Éditions Viviane Hamy, 1994) Fred Vargas évoque les pouvoirs mortels de la ciguë :


- Votre frère Henri Valhubert est décédé hier soi à onze heures et demie. On lui a fait boire une dose énorme de ciguë. Il est tombé en quelque secondes. Des témoins ont vu la chute. Mais personne n'a vu la main qui lui avait tendu le verre.

- De la ciguë ?

- La grande ciguë, oui. C'était une décoction très artisanale des fruits.

- Artisanale mais efficace. La grande ciguë, le poison des anciens Grecs, des condamnés athéniens. C'est la mort de Socrate, douce et rapide.

- La police n'aime pas le choix de ce poison. Ça a quelque chose de théâtral. L'hypothèse du suicide est complètement écartée. La ciguë a été mélangée à un cocktail très fort, et offerte à votre frère au cours d'une grande fête devant le palais Farnèse, qui comptait au moins deux mille personnes. La police a aussitôt placé en état d'arrestation provisoire votre neveu Claude Valhubert, que deux de ses amis essayaient d'emmener rapidement hors de la place avant l'arrivée de la police. [...] Le rapport précise qu'on les connaît mieux sous les noms de Tibère et de Néon.

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