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  • Anne

L'Oiseau





Étymologie :

  • OISEAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1100 oisel ornith. (Roland, éd. J.Bédier, 1616) ; ca 1165 oiseaus plur. (Benoît de Ste-Maure, Troie, 6752 ds T.-L.) ; b) 1771 à vol d'oiseau «en ligne droite» (Trév.) ; 2. a) α) fin du xive s. «individu» (Froissart, Chroniques, éd. L. Mirot, t. 12, p. 167, 20) ; β) 1665 rare oiseau (La Fontaine, Joconde, 136 ds Œuvres, éd. Ad. Régnier, t. 4 p. 75) ; 1829 oiseau rare (Béranger, Chans., t. 2, p. 156) ; γ) 1883 drôle d'oiseau (Delvau) ; 3. 1872 se donner des noms d'oiseaux (Larch., p. 184, avec citat. d'aut.). B. 1. 1358-59 maçonn. (Doc. ds Delaville-Le-Roux, Registre des comptes municipaux de la ville de Tours, RegistreI, p. 47, §244) ; 2. 1832 «sorte d'auge à l'usage des couvreurs, des ardoisiers» (Raymond). Du b. lat. aucellus «oiseau» (cf. TLL), forme syncopée de *avicellus, dimin. de avis "oiseau". Oiseau, terme de maçonn., a prob. subi l'infl. de auge* et ses dér. (cf. aubjoel «id.», 1290 ds Gdf. Compl. et augeot «id.», Boiste 1808, s.v. oiseau, v. aussi FEW t. 24, p. 380b).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Paléontologie :

Selon Ronan Allain, auteur d'une Histoire des Dinosaures (Perrin, 2012) dont il est spécialiste,


"Si on ne peut que se réjouir de l'engouement que suscite la disparition des dinosaures, on peut aussi s'étonner que beaucoup oublient que cette fin n'en est pas une et que les dinosaures sont encore parmi nous. Le botaniste et généticien des populations Pierre-Henri Gouyon se plaît souvent à rappeler que "les individus sont des artifices inventés par les gènes pour se reproduire". Dans le cas des dinosaures et des oiseaux, l'artifice peut paraître à la fois trompeur et habile, mais il n'en demeure pas moins qu'à travers les oiseaux c'est bien le patrimoine génétique des dinosaures qui est parvenu jusqu'à nous. (Pourquoi diable Spielberg a-t-il utilisé une grenouille pour cloner les dinosaures de Jurassik Park ? )

Le fait de reconnaître les oiseaux comme des dinosaures à part entière a un impact profond sur la vision qu'il faut avoir de la biodiversité actuelle et passée. [...] A l'image des mammifères, les oiseaux profitent largement de la crise K-T. Certains groupes d'oiseaux modernes semblent apparaître dès le Crétacé, mais c'est bien au début du Tertiaire qu'ils vont se diversifier, comme l'attestent les très nombreux oiseaux fossiles découverts dans les schiste bitumineux de extraordinaire gisement de Messel, en Allemagne. Au cours du Paléocène et d'une partie de l'Eocène, les dinosaures occupent toujours le plus haut niveau trophique. Le rôle de grand prédateur est en effet tenu à cette époque par des oiseaux géants de près de 2 mètres. Le plus célèbre d'entre eux, Gastornis, dont les premiers restes découverts à Meudon, en région parisienne, sont connus depuis 1855, était incapable de voler mais devait être un redoutable prédateur pour les petits vertébrés. Un squelette complet de Gastornis fut découvert en 1870 aux États-Unis par Edward Cope, le célèbre chasseur de dinosaures partisan de l'origine dinosaurienne des oiseaux, et reconstitué dès 1881. Dans la nature actuelle, les oiseaux sont représentés par environ 10 00 espèces alors qu'on compte seulement 3 500 espèces de mammifères. Dans ces conditions, difficile d'affirmer que nos écosystèmes sont dominés par les mammifères. Qui peut aujourd'hui prétendre que ces derniers survivront aux dinosaures ?

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Zoologie :

D'après la revue Science et Vie d'octobre 2014,


"Les oiseaux issus de croisements emprunte des voies de migration pile à mi-chemin entre celles de leur père et de leur mère. La migration est donc fortement contrôlée par la génétique... mais se révèle fatale quand ils survolent des régions hostiles. (V.G.)"

On apprend également que "Dans une nuée , les oiseaux sont guidés par la lumière. On pensait que les oiseaux volant en nuée de plusieurs centaines de milliers d'individus se dirigeaient uniquement en fonction des mouvements de leurs proches voisins. Mais, d'après Daniel Pearce, de l'université de Warwick (Angleterre), cela ne suffit pas à expliquer l'organisation de ces grands rassemblements. Ces nuées, malgré leurs formes diverses, ont toujours la même densité moyenne, a remarqué le physicien. Cela permet aux oiseaux d'êtres protégés des prédateurs (qui discernent mal leurs proies noyées dans la masse), tout en conservant une visibilité constante, sous différents angles, pour mieux repérer l'arrivée d'un danger. Les étourneaux maintiendraient cette densité grâce à un système visuel qui leur assure une vue en deux dimensions de l'état global de la nuée, sous la forme d'une alternance de zones claires (le ciel) et sombres (leurs congénères). Une hypothèse qui semble confirmée par un simple outil de simulation informatique élaboré par le chercheur : "Dans notre modèle, les oiseaux devaient à la fois suivre leur plus proche voisin et se diriger vers les zones les plus clairsemées", explique-t-il. Résultat : l'expérience a permis d'obtenir des nuées virtuelles comparables à celles que l'on observe dans la nature."

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Croyances populaires :

Selon Grażyna Mosio et Beata Skoczeń-Marchewka, auteurs de l'article "La symbolique des animaux dans la culture populaire polonaise, De l’étable à la forêt" (17 Mars 2009) :


"La symbolique des oiseaux dans la culture populaire polonaise est très diversifiée. Spécialement significatif était le fait qu’en volant ils pouvaient se libérer de l’ordre terrestre, parvenir jusqu’aux divinités et aux esprits célestes, mais aussi à ceux qui occupaient l’espace du royaume souterrain. Ils étaient par ce fait prédestinés au rôle de médiateurs. Certains d’eux disparaissaient de l’entourage humain à l’époque hivernale, ce qu’on liait également à leur séjour dans l’au-delà. On distinguait ceux qui étaient plus ou moins favorables à l’homme. Les oiseaux noirs menant une vie turne, les rapaces, se nourrissant de charogne, suscitaient le respect, ces attributs pouvant être un indice de leurs relations avec le monde souterrain. D’autres étaient traités en tant qu’émissaires du ciel : ils étaient entourés d’estime, on leur déposait des offrandes. Aux premières semailles du blé dans la région de Mazowsze on prononçait la formule: “Je jette d’abord pour Toi, mon Dieu, pour les oiseaux célestes, les insectes souterrains et pour moi. Fais germer, mon Dieu» (Dworakowski 1964 : 129-130). On croyait que tout comme les oiseaux, les différentes parties de leur corps avaient le pouvoir de protéger l’homme du mal. C’est pourquoi on trouve souvent des plumes comme éléments des costumes, surtout de ceux qui sont portés pendant les rites de passage, ou de ceux des personnes spécialement exposées aux dangers (par exemple les mineurs). En tant qu’êtres médiateurs, ils étaient volontiers utilisés pour prévoir l’avenir. Leur comportement servait à prédire le temps, les récoltes, à déchiffrer les plans matrimoniaux, etc. Très répandues étaient les croyances disant que sous la forme d’oiseaux se cachent des âmes ou des êtres démoniaques. Les âmes des personnes bienfaisantes – ce sont en général des oiseaux blancs, des personnes méchantes – des oiseaux noirs."

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Symbolisme :

Plongez-vous dans l'Alphabet des oiseaux de Robert-Régor Mougeot.

Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :


"Le vol des oiseaux les prédispose, bien entendu, à servir de symboles aux relations entre le ciel et la terre. En grec, le mot même a pu être synonyme de présage et de message du ciel. C'est la signification des oiseaux dans le Taoïsme, où les Immortels prennent figure d'oiseaux pour signifier la légèreté, la libération de la pesanteur terrestre. Les sacrificateurs ou les danseuses rituelles sont souvent qualifiés par les Brâhmana d'oiseaux qui s'envolent au ciel. Dans la même perspective, l'oiseau est la figure de l'âme s'échappant du corps, ou seulement des fonctions intellectuelles (l'intelligence, dit le Rig-Veda, est le plus rapide des oiseaux). Certains dessins préhistoriques d'hommes-oiseaux ont pu être interprétés dans un sens analogue (Altamira, Lascaux) : envol de l'âme ou vol extatique du chaman.

L'oiseau s'oppose au serpent comme le symbole du monde céleste à celui du monde terrestre.

Plus généralement encore, les oiseaux symbolisent les états spirituels, les anges, les états supérieurs de l'être. Les nombreux oiseaux bleus (Maeterlinck) de la littérature chinoise des Han sont des fées, des immortelles, des messagères célestes. Les oiseaux, en Occident comme en Inde, se posent - hiérarchiquement - sur les branches de l'Arbre du monde. Dans les Upanishad, ils sont deux : l'un mange le fruit de l'arbre, l'autre regarde sans manger, symboles respectifs de l'âme individuelle (jîvâtmâ) active et de l'Esprit universel (Atmâ), qui est connaissance pure. En réalité, ils ne sont pas distincts, et c'est pourquoi on les représente parfois sous la forme d'un seul oiseau à deux têtes. Les oiseaux sont plus spécialement dans l'Islam, les symboles des anges. Le langage des oiseaux dont parle le Coran est celui des anges, la connaissance spirituelle. Po-yi, assistant de Yu-le-Grand dans son oeuvre d'organisation du monde, saisissait aussi le langage des oiseaux et il subjugua, peut-être de ce fait, les Barbares-oiseaux. Les oiseaux voyageurs - tels ceux de Fari-od-Din Attâr et du Récit de l'Oiseau d'Avicenne - sont des âmes engagées dans la quête initiatique. Guénon signale en outre le cas des auspices de Rome : la divination, d'après le vol et le chant des oiseaux, n'est-elle pas, d'une certaine manière, une saisie du langage des oiseaux, et donc du langage céleste ? Le poète Saint-John Perse a sans doute l'intuition d'une sorte de pureté primordiale dans ce langage, lorsqu'il écrit : Les Oiseaux gardent parmi nous quelque chose du chant de la création.


La légèreté de l'oiseau comporte pourtant, comme c'est souvent le cas, un aspect négatif : saint Jean de la Croix y voit le symbole des opérations de l'imagination, légères, mais surtout instables, voletant de-ci, de-là, sans méthode et sans suite ; ce que le Bouddhisme nommerait la distraction ou, pire, le divertissement.

C'est en ce sens peut-être que le Tao revêt les Barbares d'une forme d'oiseaux, pour désigner une spontanéité primordiale, violente et incontrôlée. Le Chaos est symbolisé en Chine par un oiseau jaune et rouge, comme une boule de feu, sans visage, mais doté de 6 pattes et de 4 ailes, capable de danser et de chanter, mais ni de manger, ni de respirer. Accessoirement, on notera ce signe relevé par les Chinois de l'Antiquité : l'oiseau détruit-il son nid ? C'est l'annonce du trouble et du désordre dans l'Empire.

Il faut mentionner en Orient le symbole hindou du Kinnara, mi-homme, mi-oiseau, jouant de la cithare, et qui paraît être surtout associé à des personnages de caractère solaire ou royal tels Vishnu, Sûrya ou le Bouddha.

Les documents les plus anciens, parmi les textes védiques, montrent que l'oiseau (en général, sans spécifications particulières) était tenu pour un symbole de l'amitié des dieux envers les hommes. C'est un oiseau qui va chercher le soma, c'est-à-dire l'ambroisie, sur une montagne inaccessible et le donne aux hommes. Ce sont les oiseaux qui, en attaquant les serpents, donnent la victoire aux Aryens sur les Barbares, qui s'opposent à leur avance. Plus tard, l'épopée célébrera la fidélité de l'oiseau Jatayu, qui se sacrifiera pour tenter d'empêcher le démon Râvana d'enlever Sîta. et l'interprétation mystique de cette histoire, professée par de nombreux hindous, voit l'amitié divine sous la forme d'un oiseau s'efforçant de préserver l'âme des entreprises démoniaques de l'esprit du mal. dans la mesure où mes Dieux sont tenus pour des êtres volants (comme les anges de la Bible), les oiseaux sont en quelque sorte des symboles vivants de la liberté divine, affranchie des contingences terrestres (pesanteur, face à la grâce que les dieux possèdent éminemment). Quant au nid des oiseaux, ce refuge quasi inaccessible, caché au plus haut des arbres, on le tient pour une représentation du Paradis, séjour suprême où l'âme n'accédera que dans la mesure où, se délivrant des pesanteurs humaines, elle parviendra à voler jusque là. D'où encore l'idée que l'âme elle-même est un oiseau, et les Upanishad précisent : un oiseau migrateur (en sanskrit Hamsa ; cf l'allemand Gans), par référence à la croyance en la migration de l'âme de corps en corps, jusqu'à l'envol final vers ce nid, où elle trouvera enfin refuge contre les périls de la transmigration. Ce dernier symbole est si fort que l'on raconte que Râmakrishna, il y a une centaine d'années, tomba un jour en extase en voyant un oiseau migrateur, tout blanc, sortir soudain d'un nuage noir. [...]

Dans le Coran, le mot oiseau est souvent pris comme synonyme de destin : Au cou de chaque homme, nous avons attaché son oiseau (Coran, 17,13 ; 27, 47 ; 36, 18-19).

Quand les Abyssins, sous la conduite d'Abraham, marchèrent sur La Mecque, Dieu envoya contre eux des oiseaux qualifiés d'Abâbîl qui leur jetèrent des pierres d'argile (Coran, 105, 3). Dans les traditions de l'Islam, le nom d'oiseau vert est donné à un certain nombre de saints et l'ange Gabriel a deux ailes vertes. Les âmes des martyrs voleront au Paradis sous forme d'oiseaux verts (Coran, 2, 262).

Il est de croyance commune que les oiseaux ont un langage. Le Coran (27, 16) indique que le roi Salomon connaissait ce langage. L'oeuvre célèbre de Fari-od-Din Attâr (XII-XIIIe siècles) Mantic ut-Tair, Le Langage des oiseaux, un classique de la littérature persane, utilise ce thème pour décrire les péripéties de l'itinéraires mystique en quête du divin (voir Anqâ et Sîmorgh).

L'oiseau est pris aussi comme symbole de l'immortalité des âmes dans le Coran (2, 262 ; 3, 43 ; 67, 19) et dans la poésie. L'âme est comparée au faucon que le tambourin du Maître appelle, à l'oiseau captif d'une cage d'argile, etc. Comme la plupart des autres traditions, la mystique musulmane compare souvent la naissance spirituelle à l'éclosion du corps spirituel brisant, comme l'oiseau sa coquille, sa gangue terrestre.

L'oiseau, symbole de l'âme, a un rôle d'intermédiaire entre la terre et le ciel. Le signe de l'outarde, symbole de l'union des âmes et de la fécondité, de la descente des âmes dans la matière... est commun à plusieurs tribus maraboutiques berbères. Les touaregs de l'Aïr, au Sud du Hoggar, portent sur leurs boucliers le signe des deux Shin opposés, les deux pattes de l'outarde. Ce symbole se retrouve aux Indes, dans le monde celtique crow's foot, sur le vêtement des chamans des traditions ouralo-altaïque et jusque dans la grotte de Lascaux.

Dans une toute autre aire, les Hopi attribuent aussi aux oiseaux le pouvoir magique de communiquer avec les dieux. Ils sont souvent représentés la tête entourée de nuages, symboles de la pluie qui est un bienfait des dieux fertilisant la terre, et nimbée d'un cercle brisé, qui représente la création, la vie, ainsi que l'ouverture et la porte, symbole de la communication.


A propos de l'ornithomancie, Ibn Haldûn déclare qu'il s'agit de la faculté de parler de l'inconnu qui s'éveille, chez certaines gens, à la vue d'un oiseau qui vole ou d'un animal qui passe, et de concentrer son esprit, après sa disparition. C'est une faculté de l'âme qui suscite une saisie prompte, par l'intelligence, des choses vues ou entendues, qui sont matière à présage. Elle suppose une imagination forte et puissante...

Les deux branches de l'ornithomancie arabe se fondent sur l'interprétation de la direction du vol des oiseaux observés et sur celle de leurs cris

Au Kurdistan, pour les Yezidis comme pour les Ahl-i Haqq (Fidèles de Vérité), le symbole de l'oiseau apparaît dès l'existence d'un monde spirituel. C'est ainsi que chez les Yezidis, Dieu, à l'époque où tout l'univers était recouvert par la mer, est figuré sous la forme d'un oiseau perché sur un arbre, dont les racines s'enfoncent dans les airs. Il en est de même dans la cosmogonie des Ahl-i-Haqq : Dieu est représenté sous l'apparence d'un oiseau aux ailes d'or, alors que n'existaient encore ni terre ni ciel. On se rappelle qu'au début de la Genèse (1, 1) l'esprit de Dieu plane, tel un oiseau, sur les eaux primordiales. (M. Mokri, Le Chasseur de Dieu et le mythe du Roi-Aigle, Dara-y Dâmyâri, Wiesbaden, 1967).


L'oiseau est une image très fréquente dans l'art africain, notamment sur les masques. L'oiseau symbolise la puissance et la vie ; il est souvent symbole de fécondité. Parfois, comme chez les Bambaras, c'est à l'oiseau, à la grue huppée par exemple, que se rattache le don de la parole. On voit souvent sur les vases le thème de la lutte de la Vie et de la Mort.

Les Yakoutes croient que, à la mort, les bons comme les mauvais montent au ciel, où leurs âmes prennent la forme d'oiseaux. Vraisemblablement, les âmes-oiseaux se posent sur les branches de l'Arbre du Monde, image mythique, quasi universelle.

De même, en Égypte, un oiseau à tête d'homme ou de femme symbolise l'âme d'un défunt ou celle d'un dieu visitant la terre. La conception de l'âme-oiseau et, partant, de l'identification de la mort avec un oiseau sont déjà attestés dans les religions du Proche-Orient archaïque. Le Livre des Morts décrit le mort comme un faucon qui s'envole et, en Mésopotamie, on se figure les trépassés sous la forme des oiseaux. Le mythe est vraisemblablement plus vieux encore : sur les monuments préhistoriques de l'Europe et de l'Asie, l'Arbre Cosmique est représenté avec deux oiseaux dans ses branches. Ces oiseaux, en dehors de leur valeur cosmogonique, semblent avoir symbolisé aussi l'âme-ancêtre. On se souvient en effet, que, dans les mythologies centre-asiatiques, sibériennes et indonésiennes, les oiseaux perchés sur les branches de L'arbre du Monde représentent les âmes des hommes. Les chamans, du fait qu'ils peuvent se transformer en oiseaux, c'est-à-dire du fait de leur condition d'Esprit, sont capables de voler jusqu'à l'Arbre du Monde pour en rapporter des âmes-oiseaux.

La plus ancienne attestation de la croyance aux âmes-oiseaux est sans doute contenue dans le mythe du Phénix, oiseau de feu, couleur de pourpre - c'est-à-dire composé de force vitale - et qui représentait l'âme chez les Égyptiens. Le phénix, doublet sublimé de l'aigle, qui est au sommet de l'arbre cosmique comme le serpent est à la base de celui-ci, représentait le couronnement de l'Œuvre dans le symbolisme alchimique

Les petits oiseaux, comme les papillons, figurent souvent, non seulement les âmes des morts, c'est-à-dire les âmes libérées, regagnant la patrie céleste où elles attendent leur réincarnation, mais aussi les âmes des enfants. C'est notamment le cas dans les croyances des peuples ouralo-altaïques d'Asie centrale. On dit chez les Gold qu'une femme enceinte peut voir en rêve un oiseau et que, si elle réussit à en discerner le sexe, elle saura si son enfant sera un garçon ou une fille.


Les oiseaux de nuit sont souvent assimilés aux revenants, aux âmes des morts qui viennent gémir la nuit près de leur ancienne demeure. Chez les Negritos Semang, leurs chants terrorisent les villages, les morts, selon la tradition Semang, revenant dans leurs familles pour tuer leurs parents, car ils n'aiment pas la solitude.

Les Bouriates de Sibérie croient que le grand-duc chasse les âmes des femmes mortes en couches, qui viennent persécuter les vivants. Pour garder leurs bêtes, les Yakoutes clouent une tête de grand-duc à la pote de l'étable. Dans l'Altaï, le costume de chaman, toujours ornithomorphe, est fréquemment orné de plumes de grand-duc. Selon Harva l'ensemble de leur costume, tel qu'il existait autrefois, devait représenter un grand-duc. Le grand-duc écarte tous les esprits, selon la croyance populaire de l'Altaï. Dans bien des endroits, quand les enfants sont malades, c'est l'habitude, aujourd'hui encore, de capturer un grand-duc et de le nourrir, dans l'idée que cet oiseau éloignera les mauvais esprits qui assaillent le berceau. Dans les fêtes de l'ours, chez les Yogoules, une personne déguisée en grand-duc est chargée de maintenir à distance l'âme de l'ours tué.


La tradition ésotérique a esquissé tout un jeu de correspondances entre les oiseaux, les couleurs, les pulsions psychiques. Les quatre couleurs principales seraient représentées par le corbeau, oiseau noir, symbole d'intelligence ; par le paon, vert et bleu, symbole des aspirations amoureuses ; par le cygne, blanc, symbole de la libido, qui engendre la vie corporelle et, par le logos, la vis spirituelle ; le phénix, rouge, symbole de la sublimité divine et de l'immortalité. De nombreuses variantes ont développé ces tableaux de correspondances. Par exemple, l'amour, du charnel au divin, sera représenté par la colombe, l'oiseau d'Aphrodite, par le pigeon, le canard ; la sublimation de l'âme, par la colombe encore, par l'aigle, par le sîmorgh ; l'intercession entre le divin et l'humain, par le corbeau, le cygne, qui jouent le rôle de guide et de message (étrange et significatif rapprochement du noir et du blanc) ; le vautour et le phénix seront les oiseaux psychopompes ; l'aigle, le faucon, l'ara signifieront les valeurs solaires et ouraniennes, les triomphes de la guerre, de la chasse et des moissons ; les oiseaux de nuit représenteront les valeurs lunaires et chtoniennes

Dans les rêves, l'oiseau est un des symboles de la personnalité du rêveur. Un gros oiseau jaune apparut un jour à un personnage Truman Capote. Dans De sang-froid, le romancier américain analyse le cas d'un jeune homme qui a tué plusieurs personnes sans mobile apparent : Tout au long de sa vie - enfant pauvre et maltraité, adolescent sans attaches, homme emprisonné - un immense oiseau jaune à la tête de perroquet avait plané dans les rêves de Perry, ange vengeur qui attaquait à grands coups de bec et de serres ses ennemis ou, comme maintenant, le secourait lorsqu'il courait un danger mortel : il m'a enlevé dans les airs, j'étais aussi léger qu'une souris ; on a pris de l'altitude et je pouvais voir le square en bas, des hommes qui ciraient et couraient, le shérif qui nous tirait dessus : ils étaient tous furieux parce que j'étais libre, que je volais, que je volais mieux que n'importe lequel d'entre eux. Ainsi le rapace s'est-il transformé dans le rêve en oiseau-tutélaire. Cette image ambivalente correspond bien aux traits de la personnalité de Perry retracés par le psychiatre Dr Jones : ... une rage constante et difficilement maîtrisée, facilement déclenchée par tout sentiment d'être dupé, humilié ou considéré inférieur par les autres. La plupart du temps, dans le passé, ses emportements ont été dirigés contre les représentants de l'autorité : père, frère, adjudant... et ont abouti à un comportement violemment agressif à plusieurs reprises... ses rages montent en lui... la puissance démesurée de sa colère et son impuissance à la maîtriser ou à la canaliser reflètent une faiblesse essentielle dans la structure de sa personnalité... (voir L'Express n° 792), p. 54). Ce dualisme de la personnalité non intégrée se reflétait dans l'image onirique de l'oiseau tour à tour cruel et protecteur."

Dans son courriel du 9 mai 2018, Amina B. a tenu a exprimé ces quelques rectifications quant au contenu de cet article :


"Par exemple, dans le Coran il n'est pas dit "Au cou de chaque homme, nous avons attaché son oiseau" mais "son oeuvre". (Coran 17, v. 13). (Cette sourate est intéressante car les versets 13 et 14 font penser à plusieurs témoignages de NDE / EMI).

Ensuite vous citez "quand les Abyssins sous la conduite de Abraham..." : Il ne s'agit pas de Abraham, mais de Abrahah, ce qui n'a rien à voir avec l'illustre Prophète de la religion universelle de l'Unique. (pour la connaissance et compréhension de la religion musulmane, un bon livre à lire : "Muhammad" de Martin Lings)

Ensuite il est écrit : "Les âmes des martyrs voleront au Paradis sous forme d'oiseaux verts (Coran, 2, 262)." Vous pouvez vérifier par vous-même en lisant le verset 262 de la sourate 2 : il n'a absolument rien à voir avec ça. Ensuite il n'y a aucune référence en islam qui dit que Gabriel aurait 2 ailes vertes. (le message envoyé sur Muhammad n'est pas une copie des anciennes religions, c'est une réelle révélation, il suffit de se plonger un peu sincèrement et avec l'aide Divine dans la recherche de la compréhension du contenu de ce message pour comprendre que ça n'est pas de la copie, et qu'il n'avait aucun autre moyen d'obtenir ce qu'il a su que de manière Divine)."

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Lise Brind'Amour et Pierre Brind'Amour, auteurs d'un article intitulé “Le Dies Lustricus, Les Oiseaux De L'aurore Et L'amphidromie.” paru dans Latomus, vol. 34, n° 1, 1975, pp. 17–58. JSTOR, (www.jstor.org/stable/41529605. Accessed 18 Apr. 2020) précisent les modalités de la divination par les oiseaux ans le monde romain :


L'art augural romain distinguait deux groupes d'oiseaux : les aves oscines dont on guettait surtout le cri et les alites dont on surveillait surtout le vol. Ces derniers comprenaient le busard (buteo), l'orfraie (sanqualis, l'oiseau de Sancus), l'épervier (? inmusulus), l'aigle (aquila) et le vautour (uulturius). Les aves oscines comprenaient le corbeau (coruus), la corneille (cornix), la chouette (noctua), la mésange (parra) et le pic (picus). Or ces deux derniers oiseaux, la parra et le picus, nous dit Festus en se référant à l'autorité d'Appius Claudius, le savant augure, ami de Cicéron, occupent cette position unique dans le système en ce que leur vol aussi est consulté : ils appartiennent à la fois au groupe des alites et au groupe des oscines aues. Ce privilège en fait du coup les deux plus importants oiseaux de l'art augural romain, et cette dignité se reflète dans le fait que, conçus comme un couple d'oiseaux, ils symbolisent le couple primordial de l'histoire et de la religion romaine, Mars et Vesta.

Lorsque chez Plaute un esclave se met en devoir de consulter les auspices, il aperçoit arrivant à sa gauche le picus et la cornix, et arrivant à sa droite la parra et le coruus. Pour un augure romain, tourné vers le sud, les premiers arrivent de l'est et les seconds, de l'ouest. Cette position est la position favorable des oiseaux, et l'inverse la position défavorable.

[…]

En comparaison de ce système [osco-ombrien], le système romain est d'une symétrie et d'une cohérence parfaite. il implique naturellement que la consultation d'un oiseau entraîne celle de l'oiseau associé.

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Dans l'Encyclopédie des symboles (1989, éd française 1996) établie sous la direction de Michel Cazenave, on apprend que :


"On peut affirmer d'une manière générale que les oiseaux représentent le plus souvent un pouvoir de liaison avec les divinités dont ils sont parfois les messagers ou les attributs ; de même ils symbolisent les états supérieurs de l'être se rapprochant des sphères spirituelles, ou les facultés principielles de l'homme que Dieu lui a données. C'est ainsi qu'Allah, dans le Coran, demande à Abraham le sacrifice de quatre oiseaux "Prends quatre oiseaux, lui ordonne-t-il, rassemble-les vers toi, puis place une part de chacun d'eux sur chaque montagne. Appelle-les ensuite, et ils viendront à toi promptement. Sache qu'Allah est tout-puissant et très sage". Ces quatre oiseaux étaient, selon la tradition, un coq, un paon, un corbeau et une colombe, et le fidèle d'amour Ruzbehan Baqli (1128-1209) les interprète comme l'intellect, le cœur, l'âme et l'esprit de l'Homme universel qui doivent être immolés par une forme particulière de l'amour divin afin d'être réanimés ensuite par la puissance du Verbe divin. Dans le Livre de l'arbre et des quatre oiseaux, le mystique soufi Ibn' Arabi fait de l'arbre le symbole de l'homme dans sa rencontre avec l'Absolu, cependant que la colombe est l'âme universelle, issue de l'aigle, qui est lui-même l'intellect premier. Fille de l'aigle et de la colombe, le anqa, que l'on assimile au Phénix et parfois au Simorgh, l'oiseau imaginal de la mystique iranienne, est la materia prima, la poussière primordiale, le reflet en tant que tel de l'infinité divine. Fils de la anqa, enfin, le corbeau est le corps universel qui marque par sa noirceur le développement ultime de la manifestation. Selon la leçon même du Coran, le "langage des oiseaux" est donc celui-là même de la Connaissance spirituelle qui se réalise, cependant que le Simorgh qui habite sur la montagne de Qâf où accèdent les visionnaires de la Perse (Sohrawardi, Qazi Qa'id Qomni, etc.), représente l'âme réalisée sous la puissance du divin dans le monde du Malakut (Faridoddin Attar, 1150-1220, Le Langage des oiseaux).

Dans la tradition chrétienne, l'oiseau est beaucoup moins valorisé, à l'exception notable de la colombe qui représente l'Esprit-Saint, et de l'aigle qui symbolise l'existence de l'ange (chez Denys l'Aréopagite), et qui est l'attribut de l'apôtre Jean. Pour sa part, sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179) écrivait à propos des oiseaux dans son Histoire naturelle (Liber subtilitatum) : "Les oiseaux sont plus froids que les animaux qui vient sur terre parce qu'ils ne sont pas engendrés par une aussi grande chaleur de désir. Leur chair est plus pure que celle des animaux terrestres parce qu'ils ne sortent pas nus de la mère, mais recouverts d'une coquille. Certains vivent d'air ardent, c'est pourquoi ils s'élancent toujours vers le haut comme le feu? Ceux qui aiment voler haut, contiennent plus d'air igné que ceux qui volent à ras de terre". Et aussi : "Les oiseaux symbolisent la force qui aide l'homme à s'exprimer avec circonspection et le laisse réfléchir à l'avance à toutes les choses avant qu'elles ne se muent en en actions resplendissantes. De même que les oiseaux s'élèvent grâce à leurs plumes et séjournent partout dans l'air, de même l'âme physique s'élève grâce à la pensée et se répand en tous lieux."

En symbolique et dans la mythologie, les oiseaux sont généralement affectés d'une connotation positive. Dans la mythologie grecque, les oiseaux du lac Symphale, qui se nourrissent de chair humaine, et qu'Héraclès chasse avec une crécelle en bronze, représentent une exception, tout comme les Harpies qui attrapent les voleurs pour les remettre aux Erinnyes qui les châtieront, œuvrant ainsi dans le sens de la loi morale, tout en étant considérées comme des personnages effrayants. Les êtres qui, grâce à leurs ailes, se rapprochent du ciel, personnifient souvent le désir que l'homme nourrit de se soustraire physiquement la pesanteur terrestre pour atteindre, à l'instar des anges, les sphères supérieures. La légende d'Icare qui se rapprocha trop près du soleil et s'abîma dans la mer, symbolise cependant une mise en garde vigoureuse devant l'orgueil et le mépris des limites imposées à l'être humain (hybris). L'âme humaine désincarnée est souvent représentée sous la forme d'un oiseau avec une tête humaine (l'âme "Ba" du monde égyptien) ou, comme sur les fresques rupestres préhistoriques, sous celle d'un homme à tête d'oiseau

A suivre

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Karsten Massei nous explique dans son essai intitulé Les Offrandes des Abeilles (Édition originale, 2015 ; traduction française : Éditions de l’Émeraude, 2017) que les animaux et les hommes sont unis par des liens spirituels étroits :


Les oiseaux naissent perpétuellement de la lumière et de l’air. Ils sont à tout moment enfants de ces deux éléments. Ils meurent en s’enfonçant dans la lumière et dans l’air et naissent en en sortant, aussi longtemps qu’ils existent, volent et chantent. Leur comportement, leur être tout entier, sont l’expression de ces deux instants : à leur mort ils pénètrent ces forces élémentaires, à leur naissance ils en sortent. Ils côtoient sans cesse la mort, elle les entoure, ils la portent sur eux. Ils volent jusque dans la mort et lui échappent sans cesse. C’est leur destin. Les oiseaux sont de vrais animaux du seuil, qui à chaque instant menacent de disparaître, le font effectivement, donc meurent, mais renaissent tellement vite que leur disparition passe inaperçue. On observe qu’à chaque instant de leur existence, les oiseaux se retirent derrière le voile tissé entre le monde sensible et le monde spirituel et qu’à l’instant suivant, ils en ressortent. C’est ce qui fait d’eux des messagers pour les hommes. Et ils parlent effectivement aux hommes, d’une voix douce, imperceptible mais non sans effet. Les oiseaux chuchotent, pourrait-on dire, leur chant n’est autre qu’un murmure. Leurs messages viennent du royaume que l’homme quitte en s’éveillant. Leurs chants sont des fils d’or qu’ils tissent afin que le royaume de l’invisible ne puisse se distinguer de celui du visible. Ils relient la terre visible à sa sœur invisible, la terre spirituelle. Les oiseaux ont acquis ce droit car ils vivent sur le seuil de la mort. C’est pourquoi ils portent toujours deux visages, l’un spirituel, l’autre sensible. Leur chant, leur vol, leur présence nourrissent la terre et ses créatures. Un tapis de lumière émane d’eux, se répand sur la terre et enveloppe ce qui risquerait de rester nu et de perdre le lien avec son propre fil, vital et spirituel. Ils tissent des fils de vie grâce auxquels tous les êtres qui menacent de tomber retrouvent leurs sources spirituelles. Ce qui émane des oiseaux descend sur terre pour que ceux qui ont chuté retrouvent leur chemin vers la lumière. Ils sont messagers de la lumière vitale.

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Philippe Walter nous explique, dans Ma Mère l'Oie, Mythologie et folklore dans les contes de fées (Éditions Imago 2017), que :


"Si l'oie cacarde, le jars jargonne. En ancien français déjà, ce verbe signifiait "jaser, bavarder, gazouiller" : il livrait les échos d'un langage humanisé. Les Évangiles des quenouilles rapportent que, lorsque des agaches (pies) "jargonnent" sur une maison, c'est signe de très mauvaises nouvelles". Par contre, si des moineaux y "jargonnent" en faisant leur nid, c'est de bon augure. Ce jargon serait-il oraculaire ? L'ancien mot désignant la pie (agace dès le XIe siècle, puis agache, agasse, ageasse jusque dans les dialectes) semble dérivé de l'ancien haut allemand aga, mais la racine est trop proche du latin auca ayant produit le mot oie pour que l'on ne soupçonne pas une caractéristique commune à l'ensemble des oiseaux : la valeur augurale de leur "jargon". L'auspice (du latin avis "oiseau" et spicere "examiner") était le présage que l'on tirait du vol de ces créatures, et de leurs mouvements aériens, de leur appétit, et, évidemment, de leur chant. En latin, l'oie ne tire pas par hasard son nom du mot générique désignant tout oiseau. Elle est l'oiseau devin par excellence ; les signes qu'elle délivre sont toujours inspirés. [...]

Le plus souvent, les oiseaux parlent en leur jargon. Les héros de contes comprennent naturellement le langage des animaux et surtout celui des oiseaux. Dans les versions du conte type n°671 (Les Trois Langages), le héros apprend des vérités secrètes de trois sortes d'animaux qui lui adressent la parole (des chiens, des grenouilles et des oiseaux). Il met à profit ce savoir prophétique pour s'élever socialement et devenir pape. C'est la science des oiseaux qui lui vaut la consécration finale. Dans plusieurs versions de Cendrillon, la mère décède mais continue de parler à sa fille sous la forme d'un oiseau. Comme pour signaler l'altérité de cette parole magique, c'est la forme versifiée qui s'introduit dans le récit à la fois pour Cendrillon et pour ses interlocuteurs animaux, preuve que le jeune fille est initiée à ce langage divin de l'oie ou de l'oiseau." (p. 197-198)

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Symbolisme celte :


Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, nous apprennent dans le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée 1982) que :


"Dans le monde celtique, l'oiseau est, en général, le messager ou l'auxiliaire des dieux et de l'Autre Monde, que ce soit le cygne en Irlande, la grue ou le héron en Gaule, l'oie en Grande-Bretagne, le corbeau, le roitelet ou la poule. Les Ulates chassaient les oiseaux en char et, d'après quelques indications éparses dans les textes, on mangeait du canard. Mais cela ne semble pas avoir été fréquent et le monde celtique dans son ensemble a eu l'oiseau en très grande vénération. La déesse galloise Rhiannon (grande reine) est dite, par un court passage du Mabinogi de Pwyll, avoir des oiseaux qui réveillent les morts et endorment (ou font mourir) les vivants par la suavité de leur musique. La Gaule connaît également dans la plastique d'époque romaine, une divinité aux oiseaux. Des monuments lui sont dédiés à Alésia (Côte-d'Or), à Compiègne (Oise), à Martigny et Avenches (Suisse). On peut évoquer ici les oiseaux d'Odhinn et de Wotan dans le domaine germanique."

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Pour Sabine Heinz, auteure de Les Symboles des Celtes, (édition originale 1997, traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 1998),


"Jusqu'au début de ce siècle, rien ne fut plus impossible à l'homme que de voler, même s'il le souhaitait ardemment. la capacité de voler ou de nager librement, de voir des mondes lointains, inaccessibles, forme la base principale des croyances mythologiques en rapport avec les oiseaux, l'admiration qu'on leur porte ainsi que la peur qu'ils inspirent. Il est probable que la réaction fut la même en entendant chanter le rossignol, en voyant la force et la hardiesse des rapaces et les oiseaux aquatiques. Certains oiseaux (l'hirondelle, la grue et d'autres) passent l'hiver dans d'autres pays qui doivent donc appartenir à un Autre Monde. On en voit d'autres, comme les corneilles, apparaître surtout pendant la saison froide, quand la nature est apparemment morte. On les met donc en rapport avec la mort. Parallèlement, le vol d'un oiseau est un pont entre les mondes que sont le ciel, la terre, l'au et l'au-delà. Les oiseaux semblaient avoir des connaissances secrètes ; on leur attribuait donc aussi le don de prophétie, une faculté que l’Église leur refusa par la suite.

Étant donné leurs différents comportements sexuels, qui restent, aujourd'hui encore, en partie inexpliqués, la symbolique des oiseaux est très vaste. On connaissait aussi bien des oiseaux qui apportaient harmonie, vitalité et guérison qu des oiseaux destructeurs et démoniaques, certains réunissant à la fois le bien et le mal. Les oiseaux sont d'excellents messagers, dans le sens large du terme ; les hirondelles annoncent un événement, les colombes et l'étourneau de Branwen dans le Mabinogi apportent une nouvelle. Les qualités propres aux oiseaux ont toujours été enviées par les hommes ; elles jouent donc un rôle essentiel dans la métamorphose qui permet d'acquérir des facultés nouvelles ou différentes. En tant que représentants de l'Autre Monde, les oiseaux se transforment souvent en êtres humains qui attirent les habitants de cette terre dans l'Autre Monde. Pour accomplir certaines tâches, les héros peuvent se transformer en oiseaux ce qui leur permet d'observer le monde des hauteurs où ils sont en sécurité. Une métamorphose en oiseau, "imposée" à certains, peut être une punition.

Les oiseaux ayant la possibilité de voir très loin et d'accumuler les expériences, on les croit dotés de sagesse, de sorte qu'ils sont des sages et des conseillers, voire même des rois (l'aigle par exemple). Etant donné leur importance, on rencontre souvent des oiseaux dès les débuts de la littérature, des oiseaux aquatiques, des rapaces et quelques oiseaux chanteurs.

Dans Kulhwch ac Olwen, on nomme à la fois la chouette (de Cum Cumlwyd), l'aigle (de Gernabwy) et le merle (de Celli Gadarn). Dans les Trioedd Ynis Prydein, les trois animaux sont dits être les plus vieux animaux du monde.

Les oiseaux sont particulièrement proches des druides et des poètes qui se parent de plumes (il est malheureusement impossible de dater cette cérémonie), ce qui fait immédiatement penser aux cérémonies des Indiens d'Amérique. La faculté de comprendre le langage des oiseaux et de leur parler représente le plus grand art que puise atteindre un poète. Myrddin (Merlin) accède à cette faculté après avoir perdu la raison et s'être retiré quelque temps dans la forêt.

Le nombre des espèces d'oiseaux évoquées augmenta au fur et à mesure de la christianisation. Ils deviennent d'une part des messagers du Christ et d'autre part les âmes de ceux que l'on a conduits au Ciel ou en Enfer. Par la suite, ils deviennent des anges ou, plus rarement, la voix du nouveau-né. Chez Maildun, la multitude des aventures vécues avec des oiseaux et des îles recouvertes d'oiseaux est frappante. Il est probable que l'augmentation du nombre des espèces nommées est également liée au développement de l’héraldique."

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Mythologie :


Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), les Oiseaux du lac Stymphale sont définis par les caractéristiques suivantes :


Traits : Les oiseaux du lac Stymphale ont des plumes métalliques pointues, un bec d'airain et leurs fientes sont empoisonnées. Ils ont à peu près la taille d'un ibis, mais leur bec est droit. Dans la mythologie grecque, on croyait qu'ils mangeaient les humains en lançant leurs plumes, comme des flèches, sur leurs victimes. Arès, le dieu de la Guerre, en avait fait ses animaux familiers. C'est en échappant à une meute de loups que les oiseaux du lac Stymphale arrivèrent en Arcadie, où ils se sont rapidement reproduits. Ils détruisaient les récoltes, les arbres et les citadins. Cet oiseau symbolise la destruction et le renouveau.


Talents : Créativité ; Fertilité ; Renouveau ; Travail d'équipe.


Défis : Agression ; Destruction.


Élément : Air.


Couleurs primaires : Or.


Apparitions : Lorsque l'Oiseau du lac Stymphale apparaît, cela signifie que vous devez réfléchir aux façons qui n'appartiennent qu'à vous de parvenir à vos buts. Son bec d'airain pouvait transpercer l'armure de fer ou de bronze la plus épaisse. Pour pouvoir triompher de l'oiseau du lac Stymphale, les hommes ont créé une armure couvrante tissée en liège épais : lorsqu'un oiseau attaquait avec son bec, il se trouvait piégé dans le liège. En étant créatifs, les villageois ont pu éviter d'être blessés. Quand vous appliquez cette créativité en pensant à votre vie, vous pouvez concrétiser des choses que d'autres pensent impossibles, en laissant de côté la négativité. Vous servir de votre don de visualisation créative avec votre originalité vous soutiendra aussi pendant la phase de concrétisation. Dans le sixième des travaux d'hercule pour Eurysthée, il devait amener le groupe d'oiseaux loin du lac Stymphale, où ils faisaient des ravages. Quand Hercule arriva, il découvrit que la forêt était trop dense et sombre pour y voir quoi que ce soit et que le marais ne supporterait pas son poids. La déesse Athéna est venue et lui a donné un krotala (sorte d'instrument ressemblant à des claquettes métalliques) fabriqué par Héphaïstos, le dieu de la Forge. Hercule est monté sur une montagne voisine et il a fait claquer le krotala, ce qui a effrayé les oiseaux, qui se sont envolés des arbres. Hercule les a alors abattus en vol, en tirant sur eux avec un arc et des flèches ainsi qu'un lance-pierre. Ceux qui en ont réchappé ne sont jamais retournés en Grèce. Cette légende signifie qu'il y a des moments où vous devez accepter l'aide des autres, même s'il vous est demandé de mener à bien une tâche par vous-même. Votre succès final peut simplement dépendre de l'aide inattendue d'un ami ou même de quelqu'un que vous n'avez jamais rencontré auparavant. Si vous vous trouvez dans une situation où quelqu'un offre de vous aider, considérez positivement cette offre - et sans négativité (en pensant par exemple à ce que la personne pourrait vouloir en retour) pour vous assurer de réussir.


Aide : Vous avez besoin d'en finir intentionnellement avec quelque chose pour que de nouvelles occasions et de nouvelles personnes entrent dans votre vie. L'Oiseau du lac Stymphale était l'ultime machine de destruction (car il était fait de métal). Il faisait un carnage de tout ce qu'il touchait. Si vous avez l'impression que votre existence est sens dessus dessous et que rien ne va dans tout ce que vous abordez, alors il est possible que l'oiseau vous donne le message de mieux regarder autour de vous. Pour qu'un renouveau puisse se produire, il est nécessaire qu'il y ait d'abord quelque chose qui se termine, qu'il s'agisse de détruire toute négativité qui vous tire en arrière, ou bien de lâcher prise sur ce qui ne vous sert plus. L'oiseau du lac Stymphale est avec vous pour vous aider à en finir, afin que vous puissiez vous engager dans un renouveau, en rencontrant de nouvelles personnes et en expérimentant de nouvelles possibilités.


Fréquence : L'énergie de l'Oiseau du lac Stymphale circule de façon houleuse, avec des hauts et des bas. Elle est dure, pointue et aiguisée. Elle donne la sensation de rabattre un morceau de métal dans son bras. Elle est très chaude et fait le bruit du métal qui racle sur du métal.


Imaginez...

Vous êtes en train de regarder par la fenêtre, lorsque vous entendez un bruit étrange. Le scintillement d'un énorme nuage d'oiseaux métalliques est en vue. Le soleil miroite sur le métal, ce qui rend difficile de les regarder. Vous n'avez jamais vu quelque chose comme ça auparavant, aussi vous sortez pour mieux observer. Les oiseaux se posent sur un gros arbre de votre jardin. Leurs mouvements bruissants ressemblent à de la musique. Vous vous mettez à fredonner en chœur avec eux. Soudain, ils arrêtent de bouger et vous arrêtez de fredonner. Vous vous rendez compte qu'il y a des centaines d'yeux braqués sur vous. Cela vous rend un peu nerveux, alors vous vous mettez à fredonner à nouveau votre petit air. Ils prennent leur envol, tournent en cercle autour de vous trois fois, puis disparaissent dans le ciel.

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Contes et légendes :

Légende sur les oiseaux, citée par Swâmi Vivekananda, au siècle dernier (1863-1902), lue sur le site http://top.apdcanari.com : Sur le même arbre se trouvent deux oiseaux, l’un perché tout en haut, l’autre en bas dans les branches. Celui qui est en haut est calme et silencieux, resplendissant d’un merveilleux plumage aux reflets d’or. Celui d’en bas mange tour à tour les fruits aux brillantes couleurs, soit amers, soit sucrés. Il saute de branche en branche, tantôt heureux, tantôt malheureux. Lorsqu’il goûte un fruit particulièrement amer, il est très déçu et inconsciemment son regard s’élève vers le faîte de l’arbre où l’éblouissant oiseau ne bouge ni ne mange. L’oiseau du bas envie cette paix, mais se remet à manger des fruits et oublie l’oiseau du sommet, jusqu’au jour où un fruit vraiment trop amer le fait sombrer dans le désespoir. Alors de nouveau il lève les yeux, et dans un effort il parvient tout près de l’oiseau magnifique. Les reflets dorés de son plumage l’enveloppe lui-même dans un flot de lumière, le pénètrent et le dissolvent en une brume diaphane. Il se sent fondre et disparaître… Il n’y a toujours eu qu’un seul oiseau, celui du bas n’était que le reflet, le rêve de celui du haut. Les fruits doux et amers qu’il mangeait, ces joies et ces peines qu’il a vécues tour à tour, n’étaient que vaines chimères. Le seul oiseau véritable est toujours là, au faite de l’arbre de la Vie, calme et silencieux. Il est l’Âme humaine au-delà des bonheurs et des peines.

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Selon Henri Brunel, dans Nouveaux contes zen (Librio, 2004),


"En Chine, la longue route qui mène à l'illumination, la "voie de l’Éveil", est appelée dans les textes anciens le "chemin des oiseaux". L'image est belle, et porteuse de sens. En effet, connaître l’Éveil, c'est, par des chemins inusuels, qui ne laissent pas plus de trace au ciel qu'un vol d'hirondelle, accéder à notre nature originelle, retrouver le nid.

Le Chemin des Oiseaux


Voici l'histoire véridique de Nan-Ta-Kuang-Yun, maître du Tch'an, qui vécut au pays de Chine de 850 à 938.

Le jeune Nan-Ta fut ordonné moine par le sage Yang-Shan, son maître. Ensuite, il résolut d'aller suivre l'enseignement du célèbre Lin-Tsi. Il resta absent de longues années, mendiant sur les routes, priant, méditant. Un jour, il revint. Son maître voulut savoir s'il avait connu l’Éveil, s'il avait passé la "porte sans porte", s'il était libéré des formes, s'il savait ne sachant rien "toutes les réponses à toutes les questions"... Il l'interrogea ainsi :

"Pourquoi viens-tu ?

- Je viens pour vous saluer, et vous présenter mes respects, maître !

- Me vois-tu ?

- Je n'ai pas perdu mes yeux pendant ces années, je vous vois maître !

- Alors, dis-moi, trouves-tu que je ressemble à un âne ?

- Je trouve que vous ne ressemblez pas au Bouddha !

- Et pourquoi ne ressemblé-je pas au Bouddha ?

- Si vous ressembliez au Bouddha, quelle différence y aurait-il avec un âne ?"

En entendant cette réponse, le vieux maître ouvrit les bras à son disciple. Nan-Ta avait accédé à la Réalité profonde, où toutes les formes sont "unes" ; il était passé au-delà des apparences. Il vivait désormais dans la paix que rien ne trouble, le bonheur qui ne passe pas. Il avait connu l’Éveil. En mendiant ici et là sur les routes, il avait suivi le chemin des oiseaux.

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Littérature :

L'oiseau bleu


Mon oiseau bleu a le ventre tout bleu

Sa tête est d'un vert mordoré

Il a une tache noire sous la gorge

Ses ailes sont bleues avec des touffes de petites plumes jaune doré

Au bout de la queue il y a des traces de vermillon

Son dos est zébré de noir et de vert

Il a le bec noir les pattes incarnat et deux petits yeux de jais

Il adore faire trempette se nourrit de bananes et pousse un cri qui ressemble au sifflement d'un tout petit jet de [vapeur

On le nomme le septicolore


Blaise Cendrars, "L'oiseau bleu", II. Sao-Paulo, Feuilles de route, 1924.

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XIII


Oiseaux, lances levées à toutes frontières de l'homme !…


L'aile puissante et calme, et l'œil lavé de sécrétions très pures, ils vont et nous devancent aux franchises d'outre-mer, comme aux Échelles et Comptoirs d'un éternel Levant. Ils sont pèlerins de longue pérégrination, Croisés d'un éternel An Mille. Et aussi bien furent-ils « croisés » sur la croix de leurs ailes... Nulle mer portant bateaux a-t-elle jamais connu pareil concert de voiles et d'ailes sur l'étendue heureuse ?


Avec toutes choses errantes par le monde et qui sont choses au fil de l'heure, ils vont où vont tous les oiseaux du monde, à leur destin d'êtres créés... Où va le mouvement même des choses, sur sa houle, où va le cours même du ciel, sur sa roue -à cette immensité de vivre et de créer dont s'est émue la plus grande nuit de mai, ils vont, et doublant plus de caps que n'en lèvent nos songes, ils passent, nous laissant à l'Océan des choses libres et non libres...


Ignorants de leur ombre, et ne sachant de mort que ce qui s'en consume d'immortel au bruit lointain des grandes eaux, ils passent, nous laissant, et nous ne sommes plus les mêmes. Ils sont l'espace traversé d'une seule pensée.


Laconisme de l'aile ! ô mutisme des forts... Muets sont-ils, et de haut vol, dans la grande nuit de l'homme. Mais à l'aube, étrangers, ils descendent vers nous : vêtus de ces couleurs de l'aube - entre bitume et givre - qui sont les couleurs mêmes du fond de l'homme... Et de cette aube de fraîcheur, comme d'un ondoiement très pur, ils gardent parmi nous quelque chose du songe de la création.


Washington, mars 1962.

Saint-John Perse, Oiseaux, XIII, 1962.

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Dans le roman policier Dans les Bois éternels (Éditions Viviane Hamy, 2006), Fred Vargas place le commissaire Adamsberg en face de son rival Veyrenc, sorti tout droit d'une des vallées de son enfance :


"Le lieutenant Veyrenc était assigné à cette mission depuis trois semaines, calé dans un placard d'un mètre carré pour assurer la protection d'une jeune femme qu'il voyait passer sur le palier dix fois par jour. Et cette jeune femme le touchait, et cette émotion le contrariait. Il se déplaça sur sa chaise, cherchant une autre position.

Il n'avait pas à s'en faire, ce n'était qu'un grain de sable dans les rouages, une écharde dans le pied, un oiseau dans le moteur. Le mythe selon lequel un seul petit oiseau, si ravissant soit-il, pouvait à lui seul faire exploser la turbine d'un avion était une pure foutaise, comme les hommes savent tant s'en inventer pour se faire peur. Comme s'ils n'avaient pas assez de soucis comme cela. Veyrenc chassa l'oiseau d'un revers de pensée, dévissa son stylo et s'occupa à en nettoyer la plume avec soin. Il n'avait que cela à foutre, de toute façon. L'immeuble était plongé dans le silence."

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Sophie Ékoué, auteure de Sagesses africaines (Hachette, 2016), nous rapporte "La parabole des oiseaux blancs et des oiseaux noirs enseignée par Maître Bokar" et racontée par Amadou Hampâté Bâ dans Le Sage de Bandiagara :


- La bonne action, la plus profitable est celle qui consiste à prier pour ses ennemis.

- Comment ! m'étonnai-je. Généralement, les gens ont tendance à maudire leurs ennemis plutôt qu'à les bénir. Est-ce que cela ne nous ferait pas paraître un peu stupides que de prier pour nos ennemis ?

- Peut-être, répondit Tierno, mai seulement aux yeux de ceux qui n'ont pas compris. Les hommes ont certes, le droit de maudire leurs ennemis, mais il se font beaucoup plus de tort à eux-mêmes en les maudissant qu'en les bénissant.

- Je ne comprends pas, repris-je. Si un homme maudit son ennemi et si sa malédiction porte, elle peut détruire son ennemi. Cela ne devrait-il pas plutôt le mettre à l'aise ?

- En apparence, peut-être, répondit Tierno, mais ce n'est alors qu'une satisfaction de l'âme égoïste donc une satisfaction d'un niveau inférieur, matériel. Du point de vue occulte, c'est le fait de bénir son ennemi qui est le plus profitable. Même si l'on passe pour un imbécile aux yeux des ignorants on montre par là, en réalité, sa maturité spirituelle et le degré de sa sagesse.

- Pourquoi ? lui demandai-je ?

C'est alors que Tierno pour m'aider à comprendre, parla des oiseaux blancs et des oiseaux noirs.


- Les hommes, dit-il, sont les uns par rapport aux autres, comparables à des murs situés face à face. Chaque mur est percé d'une multitude de petits trous où nichent des oiseaux blancs et des oiseaux noirs. Les oiseaux noirs, ce sont les mauvaises pensées et les mauvaises paroles. Les oiseaux blancs, en raison de leur forme, ne peuvent entrer que dans des trous d'oiseaux blancs et il en va de même pour les oiseaux noirs qui ne peuvent nicher que dans des trous d'oiseaux noirs.

Maintenant, imaginons deux hommes qui se croient ennemis l'un de l'autre. Appelons-les Youssouf et Ali.

Un jour, Youssouf, persuadé que Ali lui veut du mal, se sent empli de colère à son égard et lui envoie une très mauvaise pensée. Ce faisant, il lâche un oiseau noir et du même coup, libère un trou correspondant. Son oiseau noir s'envole vers Ali et cherche pour y nicher, un trou vide adapté à sa forme. Si, de son côté, Ali n'a pas envoyé d'oiseau noir vers Youssouf, c'est-à-dire s'il n'a émis aucune mauviase pensée, aucun de ses trous noirs ne sera vide.

Ne trouvant pas où se loger, l'oiseau noir de Youssouf sera obligé de revenir vers son nid d'origine, ramenant avec lui le mal dont il était chargé, mal qui finira par ronger et détruire Youssouf lui-même.

Mais imaginons qu'Ali a, lui aussi, émis une mauvaise pensée. Ce faisant, il a libéré un trou où l'oiseau noir de Youssouf pourra entrer afin d'y déposer une partie de son mal et y accomplir sa mission de destruction. Pendant ce temps, l'oiseau noir d'Ali volera vers Youssouf et viendra loger dans le trou libéré par l'oiseau noir de ce dernier. Ainsi, les deux oiseaux noirs auront atteint leur but et travailleront à détruire l'homme auquel ils étaient destinés.

Mais une fois leur tâche accomplie, ils reviendront chacun à son nid d'origine car est-il dit : toute chose retourne à sa source. Le mal dont ils étaient chargés n'étant pas épuisé, ce mal se retournera contre leurs auteurs et achèvera de les détruire.

L'auteur d'une mauvaise pensée, d'un mauvais souhait, d'une malédiction est donc atteint à la fois par l'oiseau noir de son ennemi et par son propre oiseau noir lorsque celui-ci revient vers lui. La même chose se produit avec les oiseaux blancs. Si nous n'émettons que de bonnes pensées envers notre ennemi alors que celui-ci ne nous adresse que de mauvaises pensées, ses oiseaux noirs ne trouveront pas de place où loger chez nous et retourneront leur expéditeur.

Quant aux oiseaux blancs porteurs de bonnes pensées que nous lui aurons envoyés, s'ils ne trouvent aucune place libre chez notre ennemi, ils nous reviendront chargés de toute l'énergie bénéfique dont ils étaient porteurs. Ainsi, si nous n'émettons que de bonnes pensées, aucun mal, aucune malédiction ne pourront jamais nous atteindre dans notre être.

C'est pourquoi il faut toujours bénir et ses amis et ses ennemis. Non seulement la bénédiction va vers son objectif pour y accomplir sa mission d'apaisement mais encore elle revient vers nous, un jour ou l'autre, avec tout le bien dont elle était chargée."

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Arts visuels :


Signés par Niuk, adhérente de l'association Luminessens (2018) :















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Street Art à Grenoble, rue Expilly :