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  • Anne

Le Cyclamen



Étymologie :

  • CYCLAMEN, subst. masc.

Étymol. et Hist. XVe s. ciclamen (ms. Bibl. nat. 1288, f°134 v°ds DG) orthographe encore ds Ac. 1798 ; 1579 cyclamen (A. Paré, Œuvres, éd. J.-F. Malgaigne, livre XV, chap. 65 bis). Empr. au lat. impérial cyclamīnos (transcription du gr. κ υ κ λ α ́ μ ι ν ο ς), b. lat. cyclamen v. aussi André Bot.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


D'après le philosophe grec Théophraste, mort vers 287 avant notre ère, cette plante à fleurs mauves ou blanches a non seulement la propriété de faciliter l'accouchement des femmes mais également de susciter l'amour et d'exciter la sensualité. Des siècles plus tard, le cyclamen restait associé à la fertilité : même si, selon une tradition anglo-saxonne du XVIe siècle, une future mère ne devait pas piétiner la plante au risque de faire une fausse couche, l'usage en Angleterre voulait qu'une femme en mal d'enfant se masse le ventre et les cuisses avec le tubercule de cyclamen.

La plante, réputée pour ses vertus aphrodisiaques, entre dans la composition de philtres d'amour et même de petits gâteaux censés rendre amoureux. La fumigation de sa racine broyée a le même effet, comme l'infusion de boutons de ses fleurs, censée rendre "les femmes amoureuses en leu donnant des fantasmes érotiques" - mais don seuls leurs maris seront l'objet.

Dormir dans une chambre où se trouvent des cyclamens c'est protéger son sommeil et se garantir des maléfices : "Même si l'on dort la fenêtre grande ouverte, aucun mauvais sort jeté sur les habitants de la maison ne peut atteindre son but".

Ses feuilles ayant la forme d'une oreille, on utilisa bien sûr le cyclamen pour les affections de cet organe. On dit aussi qu'en cas de chute des cheveux, il faut se mettre un peu de la plante dans les narines.

Chez les Arabes qui le surnomment "parfum de Marie" et chez les Perses qui l'appellent "main de Marie", la tradition veut que les cyclamen, ayant été touché par la Vierge, ait conservé l'empreinte de ses cinq doigts ; c'est aussi grâce à la mère de Jésus qu'il exhale un bon parfum. Les Français l'appellent également "gants de Notre Dame".

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Il est sur ses gardes, le cyclamen. Il apporte avec lui des messages flatteurs et se plaît à répéter "beauté, beauté". Il y attache visiblement beaucoup d'importance et remarque : "votre beauté me rend perplexe", et même, parfois : "votre beauté me désespère". Il affirme ses goûts sélectifs : "J'aime ce qui est rare et difficile à obtenir". A la réflexion, il ajoute "méfiance" et laisse tomber "jalousie". Bref, il a l’œil.

Du haut de la fleur veloutée du cyclamen, rose ou violette, ce sont une bonne trentaine de siècles qui nous contemplent. Dans la très ancienne civilisation perse, les rois et les puissants avaient le goût des jardins somptueux et le cyclamen y poussait en bonne place. Quant aux peintres flamands du XVIIe siècle qui composèrent les plus beaux bouquets et les plus étonnants paysages fleuris, ils le placent souvent dans l'herbe, prêt à se faire cueillir par un angelot ou par l'Enfant Jésus soi-même.

Le cyclamen se tient sur ses gardes au propre comme au figuré. Ainsi, il ne confie à personne d'autre que lui le soin de sa reproduction, à nul insecte, nul oiseau, ni à l'eau ni au vent.

Il prend les choses "en main" et, à l'aide de sa tige souple, enfouit lui-même sa graine dans le sol. On ne saurait être trop prudent."


Mot-clef : "Exigeant et jaloux".

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Selon Jean-Marie Jeudy, auteur de Les Mots pour dire la Savoie (2006),


Le cyclamen « est délicat et il agrémente le parterre des sous-bois. C'est une minuscule fleur très odorante, aux teintes d'un rose carmin, qui s'épanouit en été et que l'on peut découvrir dans les hêtraies de l'Albanais et dans les versants feuillus du défilé de Bange. En ces contrées, le cyclamen d'Europe a connu ses riches heures.

Le défilé de Bange est la cassure par laquelle le Chéran s'extirpe du massif des Bauges pour s'en aller vers l'Avant-pays. Les falaises se dressent de part et d'autre de ce défilé. Le torrent s'y enfonce dans une profonde gorge. En rive droite et en position isolée, en émergence au-dessus d'un bois, un bastion rocheux semble avoir été oublié par les caprices de la nature. Ce sont les tours Saint-Jacques, qui tiendraient leur nom de l'ancienne chapelle d'un prieuré fondé à proximité de ces lieux par les Templiers. C'était au XIIe siècle.

Le village d'Allèves a trouvé sa place dans ce paysage. A la limite des deux départements et à la porte des Bauges, ses maisons d'un style assez trapu répondent aux parois calcaires qui encadrent leur environnement. Lorsque revient l'été, les jardinières, les fenêtres et les bordures des chemins fleurissent. Il y a partout des fleurs.

Jadis, on vivait tant bien que mal à l'aplomb de ces falaises, ni mieux ni moins bien que dans les paroisses voisines. Mais les habitants avaient trouvé un moyen pour arrondir leurs maigres revenus agricoles. C'était à l'époque de la grande splendeur de la cité thermale d'Aix-les-Bains.

Sur les deux versants boisés du défilé, en contrebas des roches, les habitants allaient récolter les fragiles corolles du cyclamen. Dès l'aurore, les enfants partaient dans les forêts et n'en revenaient qu'au soir. Toute la journée, ils cueillaient. Puis les bouquets étaient confectionnés à la maison. Ils étaient rassemblés et rangés à l'intérieur de cagettes garnies de fougères. Et ils étaient collectés par un commerçant grossiste venu d'Aix-les-Bains.

Dans celle qu'on surnommait « la reine des villes d'eau », la fleur mauve faisait fureur. C'était le cadeau raffiné que les messieurs offraient aux dames et aux jeunes filles de bonne famille. Et peut-être aux autres... Les meilleures ventes avaient lieu aux alentours du 15 août, lorsque se déroulait la fête des Fleurs. A cette occasion, chaque famille pouvait confectionner jusqu'à deux mille cinq cents bouquets.

Puis le cyclamen gagna la France entière. Dans les années trente, on le voyait à la devanture des fleuristes, à la boutonnière des messieurs, sur les tables et dans les chambres d'hôtel. La cueillette fut pratiquée durant près de cinquante ans. Longtemps, des cagettes furent expédiées vers la capitale. La dernière fut vendue à Aix-les-Bains dans le début des années 1980.

Une habitante d'Allèves raconte ce négoce dans un livre justement intitulé La Vallée des cyclamens. Dans cet ouvrage simple et sincère, Yvonne Dubois a rapporté sa vie de paysanne montagnarde. Quant à Dieu qui descendit visiter la terre pour constater le résultat de son œuvre, il avait décidé d'entrer dans les Bauges en passant par l'Albanais. Lorsqu'il s'engagea dans le défilé de Bange, il lorgna vers l'intérieur du massif, puis jugea inutile de s'aventurer plus loin. Celui qui m'a confié cette histoire... était un Bauju. »

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Selon le site http://langage-de-fleurs.com/fleur/, consulté le 23 février 2017,


"Dans le langage des fleurs, le cyclamen symbolise le charme, la grâce mais aussi la jalousie. Le cyclamen délivre ses messages différents, comme les autres fleurs, en fonction de sa couleur. Si le cyclamen blanc signifie "Merci pour votre infinie tendresse", le cyclamen rouge affirme avec tristesse et désespoir : "Votre beauté me désespère" Le cyclamen rose dit " Votre présence seule me met en émoi" Malgré ces expressions d'amour et de tendresse, le cyclamen peut s'offrir en toute occasion, cette fleur est idéale pour orner les chambres de malades ou les maternités."

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Littérature :


Cyclamens


Emportant le regret De l'Alpe blanche et verte, L'onde court à sa perte Au bord de la forêt. C'est là que naît au jour, Parmi l'ombre et la mousse, La fleur humide et douce Comme un aveu d'amour. O cyclamens craintifs, Mélancoliques flammes, En vous veillent les âmes Des vastes monts pensifs !


Georges Riguet

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Le Cyclamen


Le cyclamen de Clamecy,

Qui regrette tant la Savoie,

Clame par-ci, clame par-là

De toute sa voix.

Mais il est sur la bonne voie,

Le cyclamen reverra la Savoie.


Robert Desnos, "Le Cyclamen" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.



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