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  • Anne

La Bruyère




Étymologie :

  • BRUYÈRE, subst. fém.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1174 « terre en friche où poussent des bruyères » (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, Paris, 1936, vers 6090) ; 2. ca 1180 bruyère « plante » (Lambert Le Tort, A. de Bernay, Alexandre, 442, 5 dans T.-L. : La lance que il porte ne fu pas de bruiere) ; 1835 terre de bruyère, coq de bruyère (Ac.). Dér. en -aria de brucus « bruyère » attesté, semble-t-il, une seule fois dans une glose du xes. (CGL t. 3, p. 587, 65, v. aussi Meyer-Lübke dans Wiener Studien, t. 25, 1903, p. 93) ; cf. brugaria, Placit., anno 891, t. 6, Gall. christ. inter Instr. col. 170 dans Du Cange. Brucus serait issu du gaul. *bruco, auquel correspondent l'a. irl. froech, le cymrique grug, le cornique grig, le bret. brug (Thurneysen, p. 94 ; Dottin, p. 238, 301), toutes formes remontant à un celt. *vroikos.


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


Lire la fiche extraite du site Tela Botanica pour connaître les caractéristiques de la plante.

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Fleurs de Bach :


D'après Les Douze "Guérisseurs" et autres remèdes (1ère édition 1941, traduction française Centre Bach 2011) du Dr Edward Bach :


La fleur de bruyère est préparée pour "Ceux qui recherchent constamment la compagnie de toute personne disponible, car ils trouvent nécessaire de parler de leurs affaires personnelles avec les autres, peu importe avec qui. Ils sont très malheureux s’ils doivent rester seuls un certain temps."

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Selon Mechthild Scheffer, auteure du coffret de cartes Les Fleurs du Dr Bach, le chemin de l'harmonie psychique (1997, traduction française : Médicis-Entrelacs, 2001), la bruyère est "la fleur de l'identité " qui nous guide dans le processus de transformation "de "l'enfant dépendant"... vers l'adulte indépendant."


Message de la carte :

Quelle est la vérité que je dois mieux comprendre ?

Aucun système ne saurait perdurer sous l'influence d'énergies extérieures. Il faut être prêt à s'ouvrir à sa propre source d'énergie. elle seule est intarissable puisque le Moi supérieur l'alimente avec l'énergie cosmique de la grande Unité. On contrevient aux lois du Moi supérieur tout comme à celles de l'Unité si l'on vit aux dépens de l'énergie des autres.


Quelle est la décision qui pourra me reconnecter avec mon Guide intérieur ?

Je décide de devenir adulte et de prendre moi-même la responsabilité de tous les aspects de ma vie. Je serai en premier lieu, exigeant avec moi-même. je me soumets à mon plan de vie et je fais confiance à mon Moi supérieur pour recevoir l'aide dont j'ai besoin.


Ces signes me permettent de voir que mon potentiel positif de Heather s'accroît :

Je suis moins centré sur moi-même et je peux mieux me rendre compte de la situation des autres.

État d'âme négatif : Égocentrisme : On ramène tout à soi, entièrement préoccupé par soi-même ; on a besoin d'un public ; "l'enfant dépendant".

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Selon le site http://lesouffledessimples.com/, la fleur de bruyère pourrait s'exprimer ainsi :


Je sais faire fleurir les déserts.

Je peux m'étendre sur les landes comme un océan rose.

Je ne cesse d'ouvrir et faire tinter le son de l'appel vers le silence parfumé de miel.

Ce tourbillon de beauté éloigne la sévérité bornée, obsédée par elle-même. Ce tourbillon est le mouvement enchanteur qui empêche de se fixer sur soi.

Autrefois la bruyère était utilisée comme combustible, comme chaume, comme fourrage. C'est une plante qui augmente la fertilité du sol.

Les feuilles et les fleurs servaient dans certaines régions à aromatiser les thés et les bières.


Par son élixir :

Notre silence intérieur redevient notre allié.

La bruyère ose nous enrichir du vide "perdu" lors d'un événement extérieur douloureux. Elle retisse en nous le filet de notre ego déchiré.

Nous ressentons à nouveau notre petitesse et notre insignifiance, doux réconfort de l'existence. La béance disparue, un calme compréhensif s'installe. L'égocentrisme se tranquillise et se soigne.


Mots-clefs : Abandon – Compréhension – Clarté."

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Symbolisme :


Selon Ted Andrews, dans Le Monde enchanteur des Fées (1993, 2006),


"Les fées de cette plante sont très douées pour stimuler l'expression de soi. Elles sont particulièrement attirées par les enfants et les adultes timides et réservés avec lesquels elles se montrent très communicatives. Elles nous aident à nous exprimer et à exploiter nos talents. Il semble que plus d'un esprit veille sur cette plante et sur sa croissance. Peut-être est-ce parce qu'on la considère parfois comme un arbuste, bien que je n'y aie jamais vu un esprit des arbres mais uniquement des fées des fleurs."

Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Il fut une époque, notamment en Bretagne et en Saintonge, où les marchands, de retour de la foire, avaient sur eux de la bruyère pour se protéger des voleurs. On dit également que l'espèce commune des landes met à l'abri des fantômes et que ses feuilles séchées et réduites en poudra garantissent une bonne santé et la jeunesse. Manger deux racines de bruyère cuites sous de la cendre fait passer la migraine, mais risque d'attirer la pluie car selon une croyance commune à toute l'Europe, brûler de la bruyère fait pleuvoir.

Outre-Manche, la bruyère blanche porte chance car elle est dépourvue du sang des Pictes (ancien peuple écossais) qui furent massacrés. Son pouvoir est renforcé "si l'on place le bouquet dans un gobelet d'étain qui a servi à un ivrogne toute sa vie pour aller boire au cabaret". Aux environs de Liège, celle qui en trouve fera un mariage heureux tandis que dans toute la Wallonie, une branche de bruyère rose en fleur cueillie à minuit et mise sous un oreiller éloigne les cauchemars. Aux États-Unis, si une bruyère s'accroche à la robe d'une jeune fille, celle-ci va faire une rencontre sentimentale.

Lorsque la bruyère est très fleurie au début de l'automne, elle présage un hiver long ou très enneigé. Dans les Vosges, on croit que "si les fleurs couvrent seulement le haut et le bas des tiges, le début et la fin de l'hiver seront vigoureux".

Les Anciens pratiquaient une divination appelée botanomancie. Ils rendaient leurs oracles d'après l'état des feuilles ou des rameaux de bruyère sur lesquels étaient gravés les noms et demandes des consultants ou d'après la disposition des feuilles tombées au sol le lendemain d'un grand vent.

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Eric Pier Sperandio auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013) présente ainsi la Bruyère (Calluna) :


"Il s'agit d'une herbe commune en Écosse et en Angleterre, mais plutôt rare en Amérique du Nord. c'est un arbuste rabougri dont les branches peuvent atteindre un mètre de longueur ; ses fleurs sont d'un rose violet profond et ont la forme de clochettes.


Propriétés médicinales : Il s'agit d'un antiseptique pour usage externe. Sous forme d'infusion, c'est un diurétique puissant. On le recommande aussi pour augmenter la sudation en cas de fièvre. Son infusion stimule la production biliaire. Pour combattre l'insomnie, 5 mL (1 c. à thé) de racine de bruyère dans 125 mL (1/2 tasse d'eau) - ajoutez 5 mL (1 c. à thé) de miel pour adoucir le goût.​


Genre : Féminin.


Déités : Isis.


Propriétés magiques : Chance - Protection.


Applications : SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Cette herbe, sous sa forme d'encens, favorise la chance aux jeux de hasard et assure la protection du joueur.

  • Prendre son bain avec des fleurs de bruyère pendant un an, à la lueur d'une chandelle rose, tous les jours, assure selon la tradition une beauté durable.

  • Les fleurs de bruyère étaient réputées pour protéger les jeunes filles contre le viol. Celles-ci devaient, à la pleine lune, remplir un petit sac blanc de fleurs de bruyère qu'elles portaient par la suite sous leurs vêtements.

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Symbolisme celte :


Dans L'Oracle druidique des plantes, comment utiliser les plantes magiques de la tradition druidique (1994, traduction française 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, les mots clefs associés à cette plante sont :


en position droite : Chance - Célébration - Communauté

en position inversée : Éloignement - Désir d'appartenance.


La bruyère est un arbrisseau résistant, natif de la plupart de l'Europe et de l'Asie mineure, adapté aux zones humides et sèches, à la lande, aux terrains marécageux et aux flancs de montagne. Ne dépassant jamais les 50 centimètres, elle couvre et les collines et les montagnes à une altitude supérieure à celle occupée par les arbres, ainsi que les bruyères, zones auxquelles elle a conféré leur nom.


La carte montre une bruyère poussant à l'extérieur d'un hameau de maisons arrondies au toit de chaume. Les abeilles se régalent des fleurs à odeur sucrée avant de revenir à leurs ruches, faites elles aussi en chaume de bruyère.


Sens en position droite. Le miel de bruyère est si délicieux que certains apiculteurs transportent leurs ruches chaque été sur la lande pour que les abeilles puissent butiner ces fleurs. La bruyère, comme le trèfle, est tenue pour extrêmement propice. Une grande célébration est imminente ou le moment est venu pour vous de commencer la fête. La bruyère symbolise le pouvoir et la joie de la communauté - une bonne partie de nos plaisirs et de nos douleurs vient de la vie commune. Nous passons beaucoup de temps à réfléchir aux aspects difficiles des relations et de notre vie, en tentant de les comprendre. Essayez d'aborder votre vie d'une autre perspective. Penchez-vous sur les aspects positifs des gens que vous connaissez et avez connu. Faites ensuite pareil pour votre famille et votre communauté.

Le choix de cette carte signale par ailleurs que vous devenez plus conscient des communautés dans lesquelles vous vivez - au travail, à la maison, sur le plan spirituel. Vous avez envie de vous y impliquer plus activement ou peut-être envisagez-vous un changement dans les relations que vous entretenez avec elles.


Sens en position inversée. Même si vous essayez de sortir d'une situation, d'un engagement ou d'une relation, vous avez envie de trouver un sentiment plus profond d'appartenance. Le choix de cette carte signale que vous avez l'impression d'être un étranger dans votre famille, à votre travail ou dans votre relation. Ce sentiment, léger ou fort, peut cacher l'envie de faire partie d'une communauté ou d'une tribu, aussi bien que d'une relation amoureuse et d'une famille affectueuse, d'une manière que votre situation actuelle ne permet pas.

Plutôt d'essayer de vous débarrasser de ce sentiment en abandonnant une position et en vous précipitant sans réfléchir dans une autre, la bruyère de faire une pause et d'explorer mieux vos sentiments d'éloignement et de non-appartenance, de découvrir quel aspect de votre vie vous devez changer.

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Fortifiant des nerfs fatigués

Il y a 4000 ans, les Pictes utilisaient la bruyère pour préparer une boisson alcoolisée - comme l'ont constaté les archéologues sur l'île de Rhum, où ils ont découvert un tesson néolithique portant des traces d'une boisson fermentée à base de fleurs de bruyère. La bière de bruyère, fabriquée en Écosse pendant des siècles, était bue dans les Highlands dans des cornes. En 1994, sa production commerciale a été reprise. Jadis, la bière de bruyère était aussi populaire au Pays de Galles, où elle était consommée pour ses propriétés revigorantes. Au nord de l'Angleterre, on ajoutait le sommet des inflorescences à la bière ou aux boissons à base de plantes dans l'idée qu'elle purifiait le sang.

La bruyère est particulièrement associée à la chance. Les Gitans l'utilisaient et l'utilisent encore comme amulette propice. Il se peut que cette idée vienne de la forte connexion entre la bruyère et les abeilles, symboles de célébration et de communauté prospère, liées à la joie et au bonheur - association amplifiée de par le lien avec le soleil. De plus, l'odeur sucrée de la bruyère est presque grisante, spécialement quand elle est portée par la brise d'été après un hiver long et rude.

Un oreiller de bruyère est censé conférer un sommeil reposant. Jadis, les rameaux de bruyère servaient de literie, comparable au plus fin des duvets, tout en étant plus saine, car elle absorbait l'humidité et - comme le disait un écrivain du XVIe siècle - "fortifiait les nerfs fatigués, de sorte que les personnes faibles le soir se lèvent le matin vigoureuses". La bruyère servait par ailleurs de chaume en Écosse, alors que plus au sud on l'avait remplacé par des joncs, de la paille de blé, du lin, du genêt à balais et des roseaux. La nature flexible de la bruyère la rend idéale pour isoler des briques, fabriquer des cordes ou tisser des nattes. Elle était également mélangée à la boue pour ériger des murs en clayonnage, et, quand le bois manquait, servait de combustible. A ce jour, la poignée de la dague cérémonielle écossaise, le dirk, est sculpté dans une racine de bruyère.

Les druides modernes ajoutent les sommets des inflorescences de bruyère à de l'eau chaude pour préparer une tisane rafraîchissante, ou à l'eau du bain pour tonifier les muscles et atténuer les douleurs rhumatismales. Ils invoquent l'ogham de la bruyère, ur, pour faire entrer la chaleur et la joie de la communauté et de la tribu dans leur vie."

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Selon Pierre Dubois et René Hausman qui ont écrit et illustré L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (2013),


"La bruyère : ce n'est évidemment pas l'époque [le mois d'octobre] de ses plus fastueux flamboiements. Mais si sur les landes, les glens, les moors, la bruyère rouille et grisouille, c'est que les furtifs Siths, Sidhes, Brownies, Pixies, Léprechauns sont passés par là vendanger la fleur savoureuse et violine. Octobre est la joyeuse saison de récolte des sucs, et le moment sacré du brassage des bières, ales et stouts de bruyère... que les Bons Voisins dégusteront en hiver sous les collines, les raths et les tertres enchantés."

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Ogham :


Lire la fiche dédiée à l'Ogham Ur.

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Contes et légendes :

Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Bruyère raconte la sienne dans un conte venu de Grande-Bretagne et intitulé "Le conte d'un brin de bruyère" :


Une petite fée rose arriva en dansant devant le trône. Elle salua négligemment la reine avant de se mettre à jouer à colin-maillard avec un petit feu follet déluré.

"Qui es-tu ? demanda la reine en faisant les gros yeux à la petite insolente. - Moi ? Je suis moi ! répliqua la fillette avec impertinence, mais voyant que la Rose commençait à en avoir assez, elle se hâta d'ajouter docilement : "Je suis fée d'un brin de bruyère. Ne vous en fâchez pas, s'il vous plaît. Moi aussi, je vais vous narrer un beau conte. Écoutez donc."

Très loin d'ici, peut-être au bout du monde, se trouvait une petite masure vétuste. C'était la demeure d'une pauvre veuve qui vivait seule avec son petit garçon Jack, dans cette contrée désolée. Partout à la ronde s'étendaient des tapis de bruyère sans fin, ponctués de rochers nus et de traîtres marécages. La vie des hommes de ce pays était bien pénible ; en revanche, c'était le paradis des fées, des feux follets et d'autres êtres surnaturels. Le petit Jack connaissait d'innombrables légendes à leur sujet que sa mère lui avait contées et il aurait payé chez pour qu'une de ces petites fées s'égarât dans leur modeste logis pour joue avec lui. Sa solitude lui donnait envie de pleurer. A la nuit tombée, il s'asseyait près de la fenêtre pour regarder avec envie ne direction des marécages où surgissaient des feux follets inquiets, des flammèches aux mile couleurs et de curieux cercles lumineux. Jack savait parfaitement que c'étaient les jupes virevoltantes des fées et ne pouvait en détacher les yeux. Sa mère essayait en vain de l'envoyer au li. C’était comme si ce petit obstiné était devenu sourd !

"Si tu continues à me désobéir, les feux follets viendront te chercher pour t'attirer dans les marais, se fâcha un jour sa mère. Disparais vite sous ta couverture, galopin ! Là, tu seras à l'abri des fées et des feux follets."

Excédée, la veuve tendait déjà la main pour prendre une baguette souple, si bien que Jack se lova au fond de son lit sans demander son reste. Croyez-vous qu'il craignait les feux follets ? Loin de là !

Dès que sa mère se fut endormie, le petit garçon se leva pour s'approcher à pas de loup de la cheminée. Il prit un tisonnier, gratta les braises, puis ajouta des brindilles de bruyère sèches pour raviver le feu. Une petite flamme brilla, crépita, se multiplia et se mit à danser. La cheminée gronda d'une façon étrange. Soudain, le feu s'éteignit et un drôle de petit personnage sauta dans la pièce. Cheveux roses étincelants, yeux roses brillants, une jupe de flammèches roses. Mais oui ! C'était une vraie fée ! Plus petite qu'un pouce, plus frêle que le petit doigt, elle était belle à vous couper le souffle.

"Qui es-tu ? s'étonna Jack.

- Je suis moi, répondit la fée en faisant ne révérence. Et toi, qui es-tu ? - Moi aussi, je suis moi, riposta Jack, car il avait l'impression que ce petit spectre en jupe était en train de se moquer de lui.

- Quel beau nom rit la fée d'un rire de petite fille. Viens, je vais te montrer quelque chose, proposa-t-elle au petit garçon. Penchée au-dessus de la cheminée, elle souffla dans les braises. Aussitôt, des flammèches en jaillirent et abracadabra ! elles se transformèrent en oiseaux, en scarabées, en petites animaux, en fleurs et en arbres de feu. Des papillons ardents dansaient au-dessus d'une prairie embrasée. Des cygnes de feu sillonnaient des lacs de flammes et des chasseurs crépitants arpentaient une forêt flamboyante. Puis, les flammes s'éteignirent et tout disparut. La fée souffla une seconde fois dans les braises et les flammèches dansèrent à nouveau, dociles. Cette fois, elles se transformèrent en palais de feu, plein de princes et de princesses, de dames et de chevaliers embrasés. Ils tournoyaient sur un parquet de charbons ardents, au son d'un orchestre flamboyant.

Puis, tout disparut à nouveau. jack applaudit avec enthousiasme.

"Encore, encore !" cria-t-il, mais la fée ne voulut pas souffler une troisième fois. Alors le petit garçon se pencha et souffla lui-même sur les braises. Misère ! Une flamme jaillit, cracha une étincelle qui tomba tout droit sur le soulier de satin de la petite fée.

"Ouïe, ouïe, ouïe ! " gémit celle-ci, mais ce n'étaient pas des lamentations de petite fille. Elle grondait comme une tornade, tonnait comme un orage, hurlait comme une meute de fauves. Jack eut l'impression que tous les monstres du monde s'étaient donné rendez-vous pour pénétrer dans la masure. Terrorisé, il se boucha les oreilles, mais les hurlements continuaient.

"Où pourrais-je bien me cacher pour échapper à cette horrible fée ? J'y suis : dans mon lit ! Les fées et les feux follets ne viendront pas me chercher sous la couverture, se dit le petit garçon, mettant tout de suite son plan à exécution. Il eut à peine le temps d'entendre la voix sévère de la mère des fées qui résonnait dans la cheminée :

- Qui se plaint de la sorte ? cria-t-elle d'une voix qui fit voler la suie dans la pièce.

- Moi, gémit la fée. Mon soulier est brûlé.

- Qui a fait cela ? se fâcha la mère des fées.

- C'est moi, rapporta la petite fée.

Jack tremblait de peur sous son édredon. Heureusement, la mère des fées s'en prit à la malheureuse :

- Alors pourquoi m'appelles-tu à ton secours, idiote ? Si tu as fait une bêtise, tu dois la réparer toi-même. Attends, tu vas voir ! Du coin de l’œil, Jack vit une main de feu jaillit de la cheminée. La main attrapa la fée par une oreille et l'entraîna avec elle. Seigneur ! Un concert de sanglots et de lamentations se déchaîna au-dessus de la maison. Jack se hâta de disparaître à nouveau sous la couverture pour ne rien entendre, s'y sachant à l'abri des fées et des feux follets. Depuis ce jour, sa mère n'eut plus besoin de l'envoyer au lit, le petit garçon n'avait plus du tout envie de jouer avec des fées. Imaginez le désastre s'il confiait imprudemment à l'une d'entre elles s'il s'appelait Jack, et s'il brûlait encore son soulier de satin ! Je préfère ne pas y songer !

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des Fées et des autres esprits de la nature (Éditions Plume de Carotte, 2014) : les bruyères sont des repaires de lutins.


"Indices de présence : Dans les landes où fleurissent les bruyères, les êtres de féerie foisonnent. Une fois que la lune a chassé le soleil, ils sortent de leur cachette pour se promener sur ces terres incultes, danser autour des menhirs à moins qu'ils ne préfèrent déstabiliser les passants qui se sont attardés...

Les Bretons qui connaissaient bien les landes de Pinieuc évitaient de les traverser lorsque la nuit était tombée. Car des follets émergeaient par milliers des bruyères tandis que des cris résonnaient ici et là. Si les promeneurs égarés n'avaient pas pu atteindre les calvaires postés au bord des chemins, les lutins précités n'avaient de cesse de les égarer encore et encore, jusqu'au petit matin...

En Grande-Bretagne, le lutin Puck si cher à Shakespeare avait lui aussi coutume de perdre les promeneurs au milieu des bruyères. L'auteur raconte comment, une nuit, il tourmenta de jeunes gens s'en revenant de faire la fête avec leurs compagnes. Prenant la forme d'un feu follet, il incita les retardataires à le suivre dans les méandres végétaux jusqu'au petit matin où il les délivra de sa présence.

La bruyère poussant dans les bois et clairières du Limousin attire plutôt les Forestiers, de petits esprits de la terre qui ont coutume de danser pieds nus sur un tapis d'aiguilles de pin ou de bruyère éclairé par la lune. La musique jouée par ces êtres est extraordinaire et nul n'est insensible à sa beauté. La description de leurs instruments à corde réalisés avec des glands de chêne creusés et des fils de la Vierge laisse d'ailleurs rêveur. Mais il est un homme qui, une nuit, fut plus fasciné pas les sabots laissés de côté par ces êtres qui avaient souhaité danser à leur aise. Il vola une paire pour acquérir lui aussi le don d'invisibilité en les portant mais connut bien des déboires.... Alors, si par une nuit de pleine lune, vos pas vous mènent jusqu'à des bruyères où dansent des Forestiers, laissez-vous emporter par la magie de l'instant et oubliez leurs minuscules chaussures.


Secrets perdus : Grands amateurs de bière, les Leprechauns récoltent à l'automne les fleurs de bruyère pour concocter une bière dont ils ont le secret. Ils ont accepté, voilà fort longtemps, de transmettre aux Irlandais la recette permettant de fabriquer la fameuse boisson. Mais les siècles passant, la méthode a été oubliée... Les Leprechauns ne se séparent jamais de leur pichet rempli à ras bord même lorsqu'ils exercent leur activité de cordonnier. Les mauvaises langues vous diront que c'est pour cette raison qu'ils ne réparent qu'une chaussure à la fois. En vérité, ces êtres supportent très bien leur alcool de bruyère et n'agissent ainsi que pour disposer d'une éventuelle monnaie d'échange si leur travail n'est pas récompensé par un cadeau.


Chimère : La Groach, vieille sorcière de Bretagne, se distingue par sa barbe de bruyère et ses cheveux emmêlés où trônent ici et là des épines de prunellier. Inutile de vous préciser que ce n'est guère un atout pour séduire les hommes. Voilà pourquoi elle prend parfois l'apparence d'une belle jeune fille. Hélas pour elle, vient toujours le moment fatidique où un de ses défauts physiques révèle son identité au grand jour...


Rien de tel qu'une branche de bruyère pour mettre en déroute les nombreux êtres qui hantent les landes. Mais dans l'Aubrac, il faut ménager les Dracs qui dorment en journée, confortablement nichés au milieu des fleurs de bruyère."

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