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  • Anne

La Jacinthe


Étymologie :

  • JACINTHE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. Début xiie s. jacincte masc. (genre usuel du mot au Moy. Âge) minér. (St Brendan, éd. E.G.R. Waters, 1695) ; 2. début xive s. bot. (Ovide moralisé, éd. C. de Boer, X, 872 : Jacintus a nom la fleur bele) ; fin xve s. jacincte (Jard. de santé, I, 258 ds Gdf. Compl.). Empr. au lat. hyacinthus « plante à bulbe, glaïeul ; sorte d'améthyste » (v. aussi André Bot.), gr. υ ̔ α ́ κ ι ν θ ο ς avec j- initial d'apr. jagonce, jacunces (ca 1100 Roland, éd. J. Bédier, 638) « pierre précieuse », formes plus usitées au Moy. Âge, empr. au syrien jaqunta lui-même empr. au gr. υ ̔ α ́ κ ι ν θ ο ς (v. FEW t. 4, p. 521a).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Hyacinthoides non-scripta ; Endymion penchée ; Jacinthe sauvage ; Jacinthe des bois ; Muguet bleu ; Petite jacinthe ; Scille penchée.

Hyacinthus orientalis ; Grande jacinthe.




Botanique :

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme de la jacinthe :


JACINTHE -BIENVEILLANCE.

On a fait de la Jacinthe l'emblème de la bienveillance, sans doute à cause de sa douce odeur et de son aspect agréable.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Hyacinthe ; Muscari - Jeu.

Selon la mythologie, Apollon, jouant au palet avec le jeune Hyacinthe, le tua et le métamorphosa dans la plante qui porte son nom.


Jacinthe ; Passetout - Bienveillance.

Parce qu’elle fleurit aussi bien en hiver qu’au printemps.


Jacinthe d’Orient est le symbole du langage des fleurs en Orient. Les Turcs, qui font un grand usage de la langue des fleurs, n’en estiment aucune fleur à l’égal de la jacinthe.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


JACINTHE ÉTALÉE — JEU OU DÉLASSEMENT.

Quand l'heure de se lever du festin est arrivée, ne vous troublez pas, sortez même le premier pour rentrer dans votre maison et là livrez-vous aux divertissements et à la joie. Et repassez vos pensées sans péchés et sans orgueil. Et dans toutes ces choses bénissez le Seigneur qui vous a fait et qui vous a comblé de tous ses biens.

Ecclésiaste : XXI, 15 , 16.

La jacinthe étalée est une jolie plante vivace dont le lieu natal n'est pas connu, mais que l'on soupçonne être cependant le midi de la France. Les feuilles sont larges et longues, les fleurs sont d'un bleu tendre à divisions ouvertes en étoile. La fable nous raconte que dans un de ces jeux auxquels, dès ce temps, les maîtres de l'olympe se livraient sur la terre, un dieu lança à son jeune favori le disque fatal dont il le tua. Ce n'était pas son projet ; le dieu s'affligea, l'enfant devint une fleur, et le dieu n'y pensa plus. Au reste le jeune Hyacinthe fut bien dédommagé, car depuis le siècle où il vécut, il n'est pas d'année qu'il ne renaisse. Apollon, tous les ans, tourne sur lui, du char où il remonte, le premier de ses plus doux rayons et Hyacinthe ouvre sa fraîche corolle pour suppléer à son ancien sourire.

RÉFLEXION.

Les jeux de hasard et les spectacles sont une source de corruption pour les meurs. (CLÉMENT d'Alexandrie.)


JACINTHE ORIENTALE - BIENVEILLANCE.

La parole douce multiplie les amis et apaise les ennemis et la grâce abonde sur les lèvres de l'homme de bien.

Ecclésiaste, VI, 5.

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Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


JACINTHE - AMÉNITÉ.

La jacinthe est originaire de l'Orient. Sa beauté l'a fait rechercher dans tous les pays, et sous toutes les zones, en France, en Allemagne, en Flandre, en Angleterre, et surtout en Hollande. - Il y a plusieurs espèces de jacinthes : La jacinthe des bois : elle a pour racine une bulbe ou oignon. Cet oignon se multiplie par caïeux qui se détachent. On assure qu'un très bon microscope fait voir dans la bulbe d'une fleur, la plante entière qui doit s'y développer et en sortir. Sa tige est ronde et délicate ; ses feuilles vertes, lisses, allongées. Au sommet de chaque pétiole est une étoile blanche, sans calice, formée des six divisions presque totales de la corolle, sur les extrémités desquelles s'élèvent six étamines bleues.

La jacinthe double des jardins : La jacinthe doublée a tous les caractères d'un ouvrage de l'art. Épaisse et pesante, on la dirait quelquefois sculptée en marbre. On la range en plates-bandes, en représentation avec ses compagnes, comme les dames bien parées, dont l'ensemble fait le grand mérite, et l'on dresse une tente au-dessus d'elles pour les préserver du soleil.

La jacinthe des champs n'a ni la fraîcheur ni la grâce de celle des jardins. Sa tige est du même genre, ronde, glabre, et tachetée de rouge. Ses longues feuilles, roulées à la base, se détachent bientôt, comme des banderoles qui se jouent autour d'un mât.

Les poëtes ont consacré la jacinthe à la mémoire du jeune ami d'Apollon, que la jalousie de Zéphir fit mourir. *

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Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :

Hyacinthe ou Jacinthe - Jeux - Divertissements.

D'après la mythologie, Hyacinthe était un jeune homme également aimé d'Apollon et de Zéphire. Un jour qu'ils jouaient tous les trois au palet, Zéphire crut s'apercevoir que Hyacinthe favorisait Apollon. La jalousie s'empara de lui et il lança le palet à la tête d'Hyacinthe qui tomba mort. A cette douloureuse vue, les larmes d'Apollon coulèrent, et comme il ne voulait pas que le souvenir de son ami s'effaçât de la terre, il le changea en une fleur qui porte son nom.

Gentillette

Fleurette

Ornement des halliers,

Qui, gracieuse, éclos aux rayons printaniers ;

Hyacinthe embaumée,

Auprès de toi, le soir,

J'ai vu souvent s'asseoir

Le tendre amant près de sa bien-aimée .

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Édouard Grimard, auteur de L'esprit des plantes, silhouettes végétales. (Éditions Mame, 1875) propose sa propre vision des plantes :


La Jacinthe, qu'on appelle aussi Hyacinthe, quand on veut se souvenir de l'origine mythologique de cette fleur, est née, suivant les poëtes grecs, du sang du jeune Hyacinthe, ami d'Apollon, que ce dernier tua par mégarde, en jouant au disque avec lui. Mais c'est toute une histoire ; reprenons donc les choses de plus haut, dans l'hypothèse toute gratuite que vous l'auriez oubliée.

Hyacinthe, prince jeune et beau, aurait pu, s'il eût été superstitieux, se préoccuper de la fatalité qui pesait sur sa vie. L'étymologie de son nom, en effet, faisait allusion à sa fin malheureuse ; il est formé, en grec, d'une syllabe qui signifie hélas, et d'un mot qui veut dire fleur, quelque chose donc comme fleur de malheur. Mais, je vous le demande, s'occupe-t-on d'étymologie à vingt ans ? Notre jeune prince, à coup sûr, ne s'en inquiétait guère, pas plus que de la rivalité qui, à cause de son amitié fort enviée, paraît-il, divisait Apollon et Borée, ou Zéphire, selon d'autres. Quoi qu'il en soit, Hyacinthe devint le compagnon favori d'Apollon. Borée ou Zéphire jura de se venger ; l'occasion ne se fit pas attendre, et un jour que les deux amis jouaient ensemble sur les rives de l'Eurotas, Borée ou Zéphire, - on n'a jamais su lequel, – détourna perfidement de sa direction le disque lancé par Apollon et le fit tomber sur la tête du pauvre Hyacinthe, qui, gravement blessé, pencha la tête, s'affaissa et mourut sur le lieu même de l'accident. Apollon, désespéré, voulut que son mal heureux ami devînt fleur, et cette fleur, colorée encore du sang du jeune prince, fut la Hyacinthe, plus généralement appelée Jacinthe.

La Jacinthe, comme la Tulipe, a été une fleur à la mode, et elle l'est encore dans une certaine mesure. Bien que la mode se trompe souvent, — je dirais presque toujours, si je l'osais, —je dois avouer ici que son choix a été justifié. La Jacinthe est une admirable fleur ; ses riches et longues grappes d'une odeur si suave, et colorées des plus ravissantes couleurs, depuis le bleu clair jusqu'au bleu noir, et depuis le rose le plus pâle jusqu'au rose le plus vif, peuvent soutenir la comparaison avec les plus magnifiques Liliacées.

C'est en Hollande, comme pour la Tulipe, que la culture de la Jacinthe a été poussée jusqu'à ses dernières limites. On en a fait des milliers d'espèces, et l'engouement des amateurs pour elles n'a reculé devant aucune extravagance. Quand il s'agissait, pour faire jaunir de jalousie un rival moins heureux, d'acheter l'oignon de Saturne, ou de Pompée, ou du Trône des lions de Salomon, vous comprenez qu'il fallait y mettre le prix ; et on l'y mettait, je vous l'assure. On cite tels caïeux, c'est- à-dire des fragments d'oignons, qui ont été vendus plus de deux mille francs chacun.

Ce n'est que depuis une époque relativement peu éloignée que l'on s'applique à former des Jacinthes à fleurs doubles. Du temps des grands amateurs, des amateurs classiques, toutes les Jacinthes étaient simples, et les horticulteurs hollandais poussaient même le scrupule jusqu'à faire détruire celles qui poussaient doubles dans leurs semis. Mais l'un d'eux étant un jour tombé malade, une de ses Jacinthes doubla, plut à un amateur, et fut achetée à un tel prix par ce dernier, que l'amour du lucre fit abandonner les principes austères. Ce fut dès lors une lutte entre concurrents alléchés. On doubla, on tripla ces modestes Jacinthes, qui, troublées par l'ambition sans doute, se prêtèrent à ces manœuvres intéressées, et sont devenues ces petits paquets de pétales frisottés et chiffonnés, qui, pour n'être pas absolument sans charmes, n'en sont pas moins fort déchus de leur première et touchante simplicité.

N'importe, les Jacinthes sont magnifiques en Hollande. Dans les environs de Harlem, des jardins en tiers en sont couverts ; aussi, lorsque arrive l'époque de la floraison, c'est une réjouissance publique, et les promeneurs, par centaines, viennent contempler les éblouissantes plates-bandes, où papillons, zéphyrs et rayons de soleil célèbrent eux aussi la plus belle des fêtes.

Ce n'est pas seulement au jardin que les Jacinthes sont charmantes, c'est aussi dans les appartements, sur la cheminée, dans ces jolis vases transparents remplis d'eau, où l'on voit descendre d'énormes faisceaux de racines. Cette faculté qu'ont les Jacinthes d'être forcées, selon l'expression des horticulteurs, c'est-à-dire de croître et de fleurir par leur simple contact avec l'eau, rend tout à fait intime et familière la beauté de notre aimable Liliacée. Elle croît chez nous, sous nos yeux, pour nous ; sachons-lui donc gré de s'accommoder à domicile d'un mode de végétation dont tant d'autres plantes ne voudraient ou ne pourraient se contenter.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), la Jacinthe (Hyacinthus orientalis) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Amour ; Réussite ; Bonheur.


Utilisation magique : La Jacinthe procure l'amitié et la protection des grandes dames.

Le suc de son oignon empêche la pousse du poil et retarde la puberté.

La poudre provenant de bulbes séchés de Jacinthe rose, répandue dans le lit ou mise dans un sachet que porte la femme, soulage dei douleurs de l'accouchement.

Les fleurs de toutes les Jacinthes, séchées et réduites en paillettes, entrent dans les mélanges destinés au succès, à la réussite sociale.

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi la Jacinthe des bois :


Mot clef : Constance.

La mer sera sans poissons,

Le rossignol sans chansons,

Et les lauriers sans verdure,

L'été n'aura point de grains,

L'hiver sera sans froidure

Et l'automne sans raisins,


Le printemps sera sans fleurs,

Les tulipes sans couleurs

Et les roses dans épines,

Les sphères sans mouvement,

Quand, pour vos beautés divines,

Je serai sans sentiment.


Pierre Berthelot (?-1615), « Assurance d'amour ».


Les clochettes bleues, pendantes, de la Jacinthe des bois forment de somptueux tapis dans les forêts et les clairières, pour peu qu'il y ait de la fraicheur et de l'humidité. Elles s'épanouissent au mois de mai, en exhalant un délicat parfum.

L'autre nom de la Jacinthe des bois, Endymion, fait référence à un jeune berger grec d'une fascinante beauté, dont Séléné, déesse de la Lune, était passionnément éprise. Chaque nuit, la déesse contemplait l'objet de son amour. C'est sans doute pour cette raison que le langage des fleurs en a fait l'emblème de la constance amoureuse.


Elle consacre également un article à la Grande Jacinthe :


Mot clef : Peine

Depuis mon changement tout l'univers remarque

Que d'un triste et muet discours

Je me plains que mes plus beaux jours

J'ai ressenti la rigueur de la Parque ;

Mais je cesse de murmurer,

Car l'extrême plaisir que j'ai de te parer,

Efface maintenant la plainte

Que mes feuilles portaient empreinte.

Montaussier (1610-1690), "L'Hyacinthe".


La mythologie grecque évoque un beau jeune homme de Sparte appelle Hyacinthe. C'était l'ami très cher du grand Apollon, qui descendait sur terre, dans son char doré, pour jouer avec lui. Un jour, les deux compagnons se livraient à une compétition amicale au lancer du disque. Or Zéphyr, qui était amoureux du Lacédémonien, par dépit souffla un vent d'ouest pour détourner le disque d'Apollon. Hyacinthe, touché à la tempe, fut tué. De son sang fraîchement répandu sur la terre, Apollon, fou de douleur, fit naître une fleur, la belle Jacinthe, aux clochettes mauves, pour perpétuer sa mémoire. Tous les ans, au mois d'Hécatombéon, Sparte célébrait la mémoire du héros au cours des Hyacinthies, des fêtes qui diraient trois jours.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante, qui dans le langage des fleurs signifie "bienveillance", attire l'amitié et protège notamment les "grandes dames". Ses fleurs séchées entrent dans la composition d'amulettes devant assurer la réussite et le succès.

Les bulbes de jacinthe rose séchés, réduits en poudre et placés dans le lit ou portés par une femme en train d'accoucher sont censés calmer les douleurs. Par ailleurs, le suc de l'oignon de la plante arrête la pousse des poils et "retarde la puberté".

En Grèce, une fleur de la même espèce, appelée Hyakinthos (d'où vient le nom de "hyacinthe", synonyme de jacinthe), doit, selon la légende, sa couleur rouge au sang d'un dénommé Hyakinthos, fils de la muse Clio, tué par le disque que lui lança Apollon et que dévia, par jalousie, Zéphyr, personnification du vent d'ouest. Apollon "fit naître du sang de Hyakinthos une fleur rouge dont les pétales, recourbés, dessinent la première lettre de son nom".

Selon une autre version, la jacinthe est née du sang d'Ajax, compagnon d'Achille, à la suite des circonstances suivantes : mécontent que l'armure d'Achille revint à sa mort à Ulysse, il voulut attaquer ses alliés. Athéna l'en empêcha : "Elle embruma l'esprit du pauvre Ajax qui se lança à l'assaut... d'un troupeau de moutons. Au matin, revenu à lui, constatant sa méprise, dépité de son ridicule comportement, Ajax ne put survivre à l'affront. Il planta son épée dans le sol et, comme Achille, s'en transperça. C'est de son sang que naquit la jacinthe. On peut lire, comme dans la légende précédente on lisait le H de Hyakinthos, dans la forme des pétales les lettres A et I, premières lettres d'Ajax. Ai signifiant aussi "Hélas !"

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : La Peine ; La Fidélité.


Savez-vous ? : La Jacinthe est arrivée de Turquie en Europe au XVIe siècle. En Orient, elle a été représentée sur les miniatures persanes, sur la faïence, ainsi que sur les tissus turcs.


Usages : Saint Hyacinthe est le patron des femmes enceinte. Il est fêté le 5 octobre.


Légendes : Dans la mythologie grecque, Hyacinthe était le dieu de la végétation. Il était aussi à l'origine des hommes. Toujours d'après la mythologie grecque, Apollon tua, avec son disque, l'amoureux de Hyacinthe. Une fleur naquit en souvenir de ce tragique événement.


Message : Mon ardeur vous est acquise pour toujours."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Dressée toute droite et drapée dans son parfum étourdissant, la jacinthe ne ménage pas ses mots et assène : "douleur". Dans l'univers sentimental du langage des fleurs, il s'agit sans nul doute d'une douleur d'amour. D'autant plus qu'elle tempère aussitôt, mystérieuses : "l'amour est un jeu, il y faut de la délicatesse et de la bienveillance". La jacinthe a sa tactique, elle "glisse l'amour au cœur de l'amitié" puis demande carrément : "une chaumière et votre cœur". Elle exprime enfin l'amour dans sa forme grave, authentique et durable.

La fleur aux petites conques en grappes et aux feuilles brillantes et épaisses doit son nom au bel Hyacinthe, jeune favori d'Apollon que Zéphyr, jaloux, fit mettre à mort. Sous ce nom, Baudelaire la distingue dans l'Invitation au voyage :

"Les soleils couchants

Revêtent les champs

Les canaux, la ville entière

D'hyacinthe et d'or ;

Le monde s'endort

Dans une chaude lumière".


La jacinthe d'eau, à la fleur unique et non plus en grappes, pourrait, quant à elle, symboliser la force vitale irrésistible. D'un seul pied naissent soixante mille plants en une saison, comme en ont fait l'expérience les habitants de la Nouvelle-Orléans. En 1884, le stand japonais de leur Exposition du Coton s'ornait d'un bassin. Il fut aimablement fleuri par la jacinthe d'eau, cadeau de l’Empereur. Elle se multiplia et s'échappa bientôt, envahit les bayous et les rivières de la région, asphyxia canards et poissons, résista à l'arsenic, au dynamitage et au lance-flammes et ne débarrassa les lieux que dan les années 1960. Méfiez-vous des jacinthes d'eau.


Mot-clef : "Une chaumière et votre cœur"

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Jacinthe (Hyacinthus orientalis) : " Cette plante à bulbe printanière est bien connue de tous les jardiniers pour la beauté de ses grappes de fleurs ainsi que pour son parfum exceptionnel.


Propriétés médicinales : Pour ce qui est de ses propriétés médicinales, il faut se rappeler la médecine chinoise car l'herboristerie occidentale ne se sert de cette plante que pour les pots-pourris et pour embaumer l'air. Par contre, son bulbe séché et pulvérisé est largement utilisé en médecine chinoise traditionnelle pour contrer la tuberculose, car elle est associée au méridien des poumons et fait partie des herbes qui régularisent le sang. Elle est indiquée dans les cas de vomissements de sang ou lorsque quelqu'un crache du sang, ou encore contre les saignements de nez et les ulcères.


Genre : Féminin.


Déités : Apollon - Artémis.


Propriétés magiques : Amour- Bonheur.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Faire pousser ces bulbes en pot dans sa chambre à coucher est excellent pour aider à la conception d'un enfant et pour assurer une grossesse sans problème.

  • On peut aussi utiliser ses fleurs séchées en sachet afin de soulager les douleurs de l'enfantement.

  • On dit que respirer le parfum de ces fleurs est suffisant pour briser un sort de fascination.

RITUEL POUR CONSERVER SON AMOUR

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle rose ;

  • des fleurs de jacinthe séchées ou fraîches- de l'encens de rose ou de jacinthe ;

  • un petit quartz rose ;

  • un petit sac de soie rose ;

  • un ruban rose pour fermer le sac.

Rituel : Allumez votre chandelle et faites brûler l'encens. Placez ensuite les fleurs de jacinthe dans le sac avec le quartz rose, puis nouez-le avec votre ruban en disant :


Apollon, toi qui règnes sur les jacinthes en fleurs, Fais qu'elles représentent mon bien-aimé Et qu'à l'instar de ce sac noué Je garde en moi son amour sans peur

Qu'il ne me soit volé.

Gardez ce sac précieusement dans un endroit secret.

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Doreen Virtue et Robert Reeves proposent dans leur ouvrage intitulé Thérapie par les fleurs (Hay / House / Inc., 2013 ; Éditions Exergue, 2014) une approche résolument spirituelle de la Jacinthe :

Nom botanique : Hyacinthus orientalis.


Propriétés énergétiques : Élimine les interruptions et tout ce qui peut détourner votre attention, combat l'énergie de procrastination, apporte concentration et clarté d'esprit et donne du temps.

Archanges correspondants : Samuel et Raphaël.


Chakras correspondants : chakra racine ; chakra sacré.


Propriétés curatives : Servez-vous de la jacinthe lorsque vous avez l'impression d'être constamment interrompu. En effet, il peut être frustrant de ne pas réussir à terminer un travail important qui pourrait vous permettre de réaliser votre objectif de vie. Il est donc essentiel que vous disposiez du temps et de l'espace nécessaires pour travailler avec calme, tranquillité et concentration. La jacinthe forme un bouclier d'énergie qui enveloppe votre aura et vous protège de tout ce qui pourrait détourner votre attention de votre travail. C'est une fleur très efficace pour combattre la procrastination, énergie négative qui vous empêche de donner le meilleur de vous-même. Arrêtez de rejeter ce que vous êtes. Utilisez la jacinthe pour abandonner définitivement votre habitude de remettre à plus tard !


Message de la Jacinthe : « Je vous aide dans les moments où vous avez beaucoup à gérer. Lorsque vous êtes interrompu ou distrait, ou lorsque vous perdez la motivation d'avancer, vous pouvez compter sur moi ; je vous apporterai la concentration et la clarté d'esprit dont vous avez besoin. Grâce à moi, vous aurez le temps d'accomplir votre travail dans le calme. Ne vous sentez pas bousculé ou accablé, parce que rien ne vous limite et que vous pouvez tout accomplir. Respirez profondément en me contemplant (moi ou ma photographie). Permettez-moi de vous aider. Sentez mon énergie vous envelopper. Je forme une barrière énergétique entre vous et tout ce qui détourne votre attention de votre objectif. Les anges ont de grands projets pour vous. Je sais que certaines tâches ne vous semblent pas reliées à votre objectif de vie, mais elles doivent être accomplies. Les plus significatives vous seront présentées ensuite. »


Autre notice de la même auteure qui concerne la Jacinthe sauvage :


Nom botanique : Hyacinthoides non-scripta.


Propriétés énergétiques : Plaisir ; amusement ; joie ; guérison environnementale ; renforcement de votre lien avec la nature et les fées.

Archanges correspondants : Ariel.


Chakras correspondants : chakra sacré ; chakra du plexus solaire.


Propriétés curatives : Les jacinthes des bois protègent la nature et peuvent aider à soigner toutes les blessures de l'environnement, car elles ont un lien fort avec Mère Nature et une affinité particulière avec les fées. A l'image des fées, les jacinthes des bois ont deux facettes : une plus légère et joyeuse, et l'autre plus sérieuse. Plus vous travaillez avec cette fleur, plus vous remarquerez dans votre vie des occasions de rire et d'être heureux, car vous ressentirez au fond de vous une grande légèreté. Vos émotions et vos pensées atteindront de nouveaux sommets de joie. Parce qu'elles savent que beaucoup de gens ont peu de temps pour s'amuser, les fées ont à cœur de vous faciliter l'accès à ces moments de plaisir.


Message de la Jacinthe des bois : « Amusez-vous ! J'apporte du bonheur et de la légèreté à votre esprit. J'entretiens un lien étroit avec les fées ; je contribue à leur travail et leur apporte mon aide. Souvent, je suis un refuge pour ces merveilleux esprits de la nature. Imaginez à quel point je me sens privilégiée lorsqu'une fée m(autorise à l'abriter pour la nuit. Si vous travaillez avec moi, vous sentirez l'énergie exaltante que les fées vous envoient. Vous pourrez également constater que vous êtes plus sensible aux sujets qui concernent l'environnement et vous découvrir une nouvelle passion pour Mère Nature. Faites-vous plaisir si vous ressentez le besoin de passer plus de temps à l'extérieur. Je vous récompenserai avec de l'amour et du bonheur. »

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Mythologie :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


HYACINTHE. — L’hyacinthe, consacré à la déesse chtonienne Déméter, était considéré chez les Grecs comme une fleur funéraire. Dans les fêtes en l’honneur de la déesse chtonienne, d’après Pausanias, on couronnait des enfants avec une fleur appelée, Kosmosandale, dans laquelle Pausanias croyait pouvoir reconnaître l’hyacinthe. Dierbach reconnaît dans cette fleur le gladiolus byzantinus, et, peut-être le gladiolus edulis de Burchell. Les anciens lui attribuaient une double origine mythologique. D’après les uns, on y voit encore écrit deux fois, le cri sinistre ár, ár, attribué au héros suicide de Salamine, Aïax, d’où le vers d’Ausone :


Et tragico scriptus gemitu Salamimus Aiax.


D’après d’autres anciens mythologues, Oebalos, un enfant aimé par Apollon, aurait été changé en hyacinthe. Ovide voit dans Hyacinthe un fils d’Oebalos et de la Muse Klio. Apollon jouait jadis avec son enfant bien-aimé aux dés. Zéphire jaloux détourna l’une des jetées du Dieu, qui alla frapper mortellement le bel Hyacinthe ; Apollon eut pitié de lui et le changea en cette fleur qui porte son nom. Ovide (Métamorphoses X, 210) nous représente ainsi cette transformation.


Ecce cruor, qui fusus humi signaverat herbam,

Desinit esse cruor ; Tyrioque nitentior ostro

Flos oritur ; formamque capit quam lilia, si non

Purpureus color huic, argenteus esset in illis.

Non satis hoc Phoebo est (is enim fuit auctor honoris) ;

Ipse suos gemitus foliis inscribit et ai ai

Flos habet inscriptum, funestaque litera ducta est.


A cause de cette lettre funéraire ai, qu’on interpréta peut-être par le mot grec aei, qui signifie toujours, on représenta aussi l’hyacinthe sur les tombeaux. Mais la même fleur est loin d’avoir une signification sinistre, lorsque nous la voyons sur la tête d’Apollon et des Muses.

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Françoise Frontisi-Ducroux,, auteure de Arbres filles et Garçons fleurs, Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs, La Tortue et la lyre. Dans l'atelier du mythe antique (Éditions du Seuil, février 2017) nous raconte que :


"Apollon aime aussi les garçons. Pour chanter cet amour malheureux, Ovide laisse la parole à Orphée (Métamorphoses, dit le poète, n'était sa couleur pourpre, et dont les pétales, marqués de l'inscription AIAI, rappellent éternellement la douleur d'Apollon et sa plainte. (Note : Id, V, 223 s. : "Sur ses pétales sa plainte reste inscrite." John Scheid et Jesper Svenbra, Fastes, X, 162 s.). Ce chantre est réputé avoir introduit la pédérastie parmi les humains. Pour cette invention, il fut mis à mort par les femmes thraces. Apollon aime tant le bel Hyacinthe qu'il en délaisse sa lyre et son arc. L'accompagnant à la chasse, il porte ses filets et retient ses chiens. L'amour l'a rendu esclave du jeune Spartiate. Ensemble ils s'exercent aussi à la palestre et au lancer du disque. Apollon y montre sa force, envoyant très haut le disque à travers les nuages. Il lance comme un dieu. Lorsque l'objet retombe, Hyacinthe se précipite étourdiment pour le ramasser, avide de jouer à son tour. Mais le disque rebondit et le frappe au visage. Hyacinthe s'effondre. Apollon le reçoit, tente vainement de le ranimer. Rien n'y fait. Comme une fleur, déjà, dit Ovide, le garçon se flétrit et meurt. Apollon s'accuse et dit son désespoir. Mais est-ce une faute d'aimer ? Et puisque le sort ne permet pas au dieu de mourir avec son amant, il lui promet une immortalité... florale. Sur l'herbe imprégnée par le sang du mourant naît aussitôt une fleur, qui aurait l'air d'un lis, Paris, CNRS Editions, 2014) développent la valeur scripturale mémorielle et funéraire de ces lettres - ce que je laisse provisoirement de côté. Ils rappellent également les aspects historiques de l'évolution du mythe et le statut cultuel du héros à Sparte. Leur ouvrage est fondamental pour la compréhension du mythe et tout particulièrement pour la notion de "mythologie générative").

Ce mythe lui aussi a une valeur étiologique. il relate les circonstances de l'apparition d'une fleur, l'hyakinthos, et de ses particularités. L'identification exacte de la plante reste problématique. On y reviendra, ainsi que sur les représentations multiples qui l'accompagnent. Disons cependant qu'il s'agit avant tout de l'hyacinthe ou jacinthe. (Note : C'est la même espèce malgré les distinctions des jardineries contemporaines et les commentaires qui font venir la jacinthe d'Orient en même temps que la tulipe. Selon Suzanne Amigues, éditrice de Théophraste, la jacinthe est venue très tôt et s'est acclimatée et métissée par pollinisation). Le nom d'Hyacinthe semble préférable à celui de jacinthe, trop définitivement féminin ; car l'élision de l'article permet de douter du genre grammatical de la fleur, de fait ambigu, les deux genres étant attestés en grec, tandis que le prénom Hyacinthe est bien masculin.

Ovide place l'aventure tragique d'Hyacinthe juste après celle de Ganymède. Celui-ci, aimé par Zeus, est transporté dans l'Olympe où il sert d'échanson aux dieux. Destin exceptionnel : le jouvenceau devient immortel, jouissant d'une jeunesse éternelle, à jamais fixé, pour le plaisir de Zeus, à l'âge prépubère, celui de l'éromène, l'objet de l'amour dit pédérastique. (Note : Eromenos, participe passif du verbe eran, "aimer", est opposé au substantif à suffixe actif eraste, qui désigne l'amant plus âgé).

Apollon n'a pas pu faire profiter d'un sort semblable son aimé, prématurément emporté par la mort. L'aventure d'Hyacinthe incarne le danger d'une proximité excessive entre les hommes et les dieux. La force d'Apollon, surhumaine, a détruit le mortel. Et a, en retour, causé la souffrance du dieu. Cette liaison n'était pas raisonnable, lui dira Hermès, dans les Dialogues des dieux, 14 de Lucien : "Tu savais bien que l'objet de ta tendresse était mortel. Cesse donc de te chagriner de sa mort."

Mais cette union imprudente n'en est pas moins exemplaire de l'homoérotisme masculin et de ses pratiques, communément acceptées dans le monde grec.

Le palestre et la chasse sont le cadre habituel de ce compagnonnage amoureux, qui se fonde, en principe, sur l'éducation d'un jeune garçon par un aîné. Le caractère pédagogique de la liaison entre Apollon et Hyacinthe est particulièrement affirmé par Philostrate le Jeune, dans la description d'un tableau censé représenter le couple des amants (Philostrate le Jeune, 14). Le sophiste énumère les promesses énoncées par le dieu afin d'obtenir les faveurs d'Hyacinthe. Il lui enseignera la musique, la divination, la palestre, et lui permettra même de conduire son attelage de cygnes. C'est là l'amplification irrésistible des bienfaits que devrait espérer de son soupirant un adolescent courtisé.

Le tableau décrit par Philostrate dépeint Hyacinthe, à côté d'Apollon, dans la posture conventionnelle de l'éromène, yeux pudiquement baissés au sol, corps délicat à demi dénudé, membres encore sveltes, chevelure descendant du front pour rejoindre un duvet naissant. Hyacinthe est un pais, un meirakion, c'est-à-dire un tendron.

Sur cette peinture, ainsi que sur une autre, décrite par le Premier Philostrate, l'Ancien, (note : La Galerie des tableaux, I, 24. Plusieurs sophistes, apparentés, du IIIe siècle de notre ère portent le nom de Philostrate : l'Ancien, ou Philostrate de Lemnos, est le grand-père de Philostrate le Jeune, qui poursuit l'oeuvre de son aïeul en décrivant lui aussi des peintures, réelles ou fictives) représentant la mot d'Hyacinthe et le désespoir d'Apollon, un autre personnage est figuré : le dieu Zéphyr, tempes ailées et couronné de fleurs, "auxquelles il ajoutera bientôt l'hyacinthe". Il semble rire en contemplant la scène. Une tradition attribue, en effet, à ce vent, à la fois doux et méchant, l'issue catastrophique du lancer d'Apollon. Il aurait, d'un souffle, fait dévier la course du disque, l'orientant sur Hyacinthe. Cette version, qui disculpe Apollon, introduit un élément fréquent dans les histoires d'amour homosexuelles : la jalousie d'un rival. Les beaux garçons font l'objet de convoitises multiples de la part de leurs aînés. Ils peuvent avoir le choix, mais chez les mortels aussi cela ne va pas sans drame. Auprès d'Hyacinthe, Apollon l'Olympien a dû l'emporter aisément sur Zéphyr. Mais celui-ci lui garde rancune et le pouvoir d'un Vent peut être redoutable. Zéphyr est connu pour aimer les garçons. Sur les peintures de vases, on le voit, génie ailé tel Éros, enlever un adolescent qu'il serre étroitement contre lui. Son comportement, s'il est conforme à l'érotique grecque, reproduit aussi, sur le plan du mythe, le modèle maternel. Car sa mère, la déesse Aurore, est également friande de chair fraîche masculine. Et ses représentations figurées alternent avec celles de son fils Zéphyr. Tous deux sont des ravisseurs. Leur comportement correspond à la face violente de la conquête amoureuses, telle que la pensent les grecs, en opposition avec la séduction par persuasion, stratégie placée sous le patronage de la déesse Peitho. Cette stratégie utilise le doux langage... et les présents. Les peintures décorant les vases du banquet mettent en scène ces deux aspects. Tantôt c'est la méthode forte, qui prend la forme d'une poursuite, par une divinité, d'un garçon ou d'une fille en passe d'être forcés, tel un gibier poursuivi par le chasseur.

Apollon et Hyacinthe font font figure de couple modèle, et Hyacinthe devient le paradigme de l'éromène, objet du désir masculin. Dans son Histoire vraie (II, 17-19), Lucien, en visite à l'île des Bienheureux, aperçoit, entre autres grands hommes défunts, Socrate banquetant, entouré de jolis garçons ; il semble très amoureux d'Hyacinthe. Rhadamante, dit-on, s'en offusque et menace de chasser de l'île cet insupportable bavard.

Sur le plan religieux, Apollon et Hyacinthe faisaient ensemble l'objet d'un culte. en Laconie, à Amyclée, les Spartiates célébraient chaque année, au début de l'été, le héros Hyakinthos, en un grand festival, les Hyakinthia, qui durait trois jours. Le premier jour, la mort d'Hyacinthe était pleurée ; le deuxième sa renaissance était fêtée. Et Apollon était célébré par des chants, de la musique et des sacrifices. Cette fête nationale était si importante que les Spartiates n'hésitaient pas, lorsqu'ils étaient en guerre, à quitter les combats pour rentrer chez eux.

Le thème est tout aussi porteur sur le plan figuratif. Ainsi, à l'époque romaine, une très belle gemme montre un athlète en position de discobole : une inscription le nomme explicitement Hyakinthos. Mais dès l'époque archaïque et jusqu'à l'âge hellénistique de nombreuses figurations, peintures de vases, terres cuites, pierres gravées, représentent un jeune homme chevauchant un cygne ou monté sur un char attelé de cygnes : ce personnage peut être interprété, avec vraisemblance, comme le jeune amant d'Apollon. D'autres, on l'a dit, qui figurent un dieu ailé, poursuivant un garçon, ou l'enlevant, serré contre lui, dans les airs, font penser, avec de fortes probabilités, à Zéphyr, ravisseur de beaux garçons et parmi eux d'Hyacinthe. On a déjà évoqué les peintures décrites par les deux Philostrate. L'une figurant le couple d'amants avant l'instant fatal, l'autre la mort du héros et la douleur du dieu. C'est un topos que toute galerie de tableaux, même imaginaire, se doit d'illustrer. De fait Pline mentionne, parmi les œuvres du peintre Nikias, l'existence d'"un Hyacinthe, qui aurait tellement plu à Auguste qu'il l'emporta avec lui après la prise d'Alexandrie. Et que Tibère ensuite consacra dans son temple" (Pline, Histoire naturelle, XXXV, 131).

Le succès pictural d'Hyacinthe ne cesse pas avec l'Antiquité. La mort du beau garçon inspire les peintres européens, quelques que soient leurs inclinations personnelles. Dans son Dictionnaire amoureux de l'Italie Dominique Fernandez loue Tiepolo d'avoir su, malgré sa philogynie incontestable, "glorifier avec autant de force et d'originalité l'éros homosexuel". La Mort d'Hyacinthe, de Tiepolo, datée de 1752, actuellement au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, répondrait à la commande d'un prince allemand, le comte Wilhelm Friedrich Schaumburg-Lippe, dont l'amant, un jeune musicien espagnol, venait de mourir. (Note : Selon d'autres sources, le comte aurait vécu en même temps avec la maîtresse du musicien, une cantatrice, ramenée à Vienne. Ce grand personnage, par ailleurs spécialiste en stratégie militaire défensive, aurait ainsi trouvé d'un coup sa Daphné et son Yacinthe).

Sur le tableau de Tiepolo, le disque est remplacé par des raquettes, une balle et un filet, accessoires d'un sport ancêtre de notre tennis, déjà très à la mode, dont le comte et son ami étaient des adeptes passionnés. Ce jeu n'était pas sans danger et plusieurs accidents sont connus, causés par l'extrême dureté des balles de cuir, très serré (c'est ainsi, dit-on, que Caravage aurait tué en 1606 son adversaire à Rome avant de prendre la fuite).

Cependant Tiepolo n'est pas l'inventeur de cet anachronisme. Car, dans une traduction italienne des Métamorphoses, datée de 1561 et très répandue, l'auteur, Giovanni Andrea dell' Anguillara, emballé par son sujet, rajoute au lancer du disque une partie de tennis acharnée qu'il décrit longuement. Dès lors, les artistes qui traitaient le sujet avaient le choix, selon la traduction d'Ovide à leur portée, entre le disque et le tennis. L'œuvre de Tiepolo, belle et troublante, contient bien d'autres détails énigmatiques et allusifs. La statue de Pan qui observe le corps d'Hyacinthe en ricanant pourrait faire écho à Philostrate et à sa description de Zéphyr, riant de la douleur de son rival Apollon. Le spectateur de gauche, en longue robe rayée, serait-il le père d'Hyacinthe, un roi de Sparte, figuré à l'orientale par le Vénitien Tiepolo ? Quant à l'étoffe sur laquelle gît le mourant, mêlant le rouge au jaune , elle correspond à la couleur "hyacinthe", selon la codification classique. Il n'est pas nécessaire que le bien-aimé se soit réellement nommé Jacinto. Le modèle de l'amour grec restait prégnant et ne demandait qu'à être réactivé.

Lorsque Mozart compose son premier opéra, Apollo et Hyacinthus, il n'a que onze ans. Le commanditaire est le collège des Bénédictins de Salzbourg, et le librettiste, Rufinus Widl, ajoute prudemment un personnage féminin à l'intrigue.

[...]

A propos de l'hyacinthe, Pline se contente d'évoquer, sans commentaire, les deux "fables" associées à l'inscription portée par la fleur : le deuil d'Apollon et la mort d'Ajax.

[...] Les choses se compliquent avec l'hyacinthe, la fleur la plus fréquente en poésie. Suzanne Amigues qualifie de "monstruosité botanique" celle qu'Ovide fait naître de la mort d'Hyacinthe ("Hyakinthos, fleur mythique et plantes réelles", in Etudes de botanique antique, Paris, De Boccard, 2002, p. 397 s). Pourtant cette fleur pourpre, aux pétales inscrits, et ressemblant aux lis n'est pas une invention d'Ovide. Avant lui, Théocrite fait chanter par un paysan sentimental la sombre beauté de son aimée, "semblable à la noire violette, et à l'hyacinthe inscrite que l'on choisit en premier pour faire les couronnes". Le qualificatif grapta, "inscrite" ,qu'il emploie indique que le nom de la fleur est ici féminin, comme chez Théocrite, soit dit en passant (Théocrite, Idylles, X, 29 ; Théophraste, Recherches sur les plantes, VI, 8, 2 et 3.) Théophraste ne signale aucune inscription , mais compare à la fleur de l'hyacinthe celle du pothos, le "regret",qu'un texte de Pausanias permettait d’identifier avec le cosmosandalon, ou "sandale décorée". Car, dit Pausanias, lors d'une fête de Déméter Chthonia, rappelant le deuil de la déesse, "les adolescents portent des couronnes de cosmosandalon qui en taille et en couleur semble être l'hyacinthe, et porte les lettres de la lamentation" ( (Pausanias, Description de la Grèce, II, 35, 5). Pourpre et inscrite : trois fleurs déjà répondraient à ces caractéristiques, à moins qu'il ne s'agisse de la même.

[...]

Le bulbe apparaît comme un élément essentiel de l'hyacinthe et de ses cousins. Il fait l'objet d'une remarque fort intéressante, toujours de Pline : "La racine bulbeuse de l'hyacinthe est bien connue des marchands d'esclaves : appliquée avec du vin doux, elle arrête la puberté et n'en permet pas le développement." L'indication est sans doute empruntée au médecin grec Dioscoride : "Cette plante possède une racine semblable à un bulbe qui, préparée avec du vin blanc et appliquée aux jeunes garçons, est censée les garder dans un état prépubertaire." (Pline, Histoire naturelle, XXI, 170 ; Dioscoride, De materia medica, IV, 62). Traitement dont l'efficacité, probablement temporaire, était moins radicale que la méthode qui plus tard conservera la voix si précieuse des castrats.

Cette brève remarque fait entrer l'hyacinthe, fleur à couronne et plante à bulbe, dans une catégorie supplémentaire, celle des végétaux considérés comme dotés de propriétés pharmaceutiques, catégorie hétéroclite, qui réunit inventaires et recettes, connaissances thérapeutiques et spéculations magiques, et dont le succès et la durée s'étendent bien au-delà de l'Antiquité."

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la Jacinthe raconte la sienne dans un conte venu d'Iran et intitulé "Les fleurs d'or" :


Mon ancienne patrie est le pays des contes des Mille et Une Nuits, dt le prince Jacinthe, faisant tinter les clochettes de ses fleurs en une gracieuse révérence. C'est moi que le noble poète Hafiz chantait, lorsqu'au cours des nuits merveilleuses, la lune se lovait dans les boucles des jeunes filles. Aujourd'hui, cependant, je suis connu dans le monde entier. Lors de mes pérégrinations, j'ai entendu mainte belle légende. Je vais vous en conter une et serais comblé si elle vous plaisait ! Écoutez plutôt :

Il était une fois des époux qui n'avaient qu'un fils. Depuis sa plus tendre enfance, le garçon montrait beaucoup de vivacité et de sagesse, si bien que son père ne fut pas surpris le jour où il lui demanda : "Père, je suis assez grand maintenant pour vous aider en gagnant ma vie. Laissez-moi apprendre le métier d'orfèvre. je voudrais créer en or les plus belles fleurs." Un jour, un nomade bédouin entra dans l'atelier, un panier rempli de magnifiques jacinthes rouges à la main. Le vieil homme ne se fit pas prier. Il conduisit son fils dans l'atelier de son ami orfèvre et le confia aux bons soins de celui-ci. Vif et habile, l'élève dépassa bientôt son maître, réalisant les plus beaux bijoux et parures. Les plus remarquables étaient, cependant, ses fleurs d'or qui parvenaient à étonner jusqu'au souverain de ce pays. Le maître orfèvre ne tarissait pas d'éloges au sujet de son apprenti. "Je ne connais pas ces fleurs étranges. Elles sont merveilleuses ! soupira le jeune homme, enchanté. Permets-moi de m'en inspirer pour réaliser un joyau d'or pur."

Le Bédouin sourit : "C'est inutile, mon fils ! Jette ces fleurs vivantes dans le feu et tu verras ce que nul n'a encore jamais vu avant toi." Le jeune homme biaisa, réticent à l'idée de détruire cette splendeur, mais l'étranger tint bon. A sa grande surprise, les jacinthes se transformèrent dans les flammes en fleurs éclatantes de l'or rouge le plus rare. Le jeune homme n'en crut pas ses yeux.

"Révèle-moi ton secret, honorable vieillard. D'où te vient ce bouquet enchanté ? supplia-t-il.

- Cela, tu ne le devinerais jamais, mon garçon, répondit le Bédouin. Mais puisque c'est toi, je te dirai toute la vérité. Au milieu d'un désert sans fin, se dresse vers le ciel une très haute montagne. A son sommet, s'étend un vaste jardin plein de fleurs merveilleuses. Les anciens prétendent que ce jardin appartient aux filles du roi des djinns. A l'ombre de la végétation fleurie se dresse, dit-on, un palais de rosée et d'arc-en-ciel. Hélas ! Aucun mortel ne peut pénétrer plus loin que les premiers parterres de jacinthes. SI tu le souhaites, je te conduirai vers cette montagne. Seul, tu n'en trouverais jamais le chemin."

Le jeune homme accepta avec joie la proposition du Bédouin. Le lendemain matin, il enfourcha son âne et suivit son guide dans le désert. Ils durent marcher longtemps. Le jeune homme commençait à croire que le vieux Bédouin s'était égaré et regrettait de s'être laissé entraîner dans cette entreprise aventureuse. Soudain, une montagne escarpée s'éleva devant eux. Les parois étaient lisses comme du verre, des aigles blancs planaient en cercles tout autour.

"Nous sommes arrivés, fit le vieillard. Lorsque tu sera parvenu au sommet, déterre une brassée de jacinthes magiques et jette-la en bas. Nous partagerons plus tard notre butin. Il te faudra te dépêcher pour que les filles du roi des djinns ne te surprennent pas."

Le jeune homme devint triste.

"Hélas, grand-père ! Je ne parviendrai jamais jusqu'au sommet. La roche est glissante comme si elle était de glace.

Mais le Bédouin le rassura :

- Ne crains rien, mon garçon. J'ai pris la précaution d'apporter une peau de chameau. Je vais te coudre à l'intérieur et les aigles blancs t'emporteront au-dessus des nuages."

Il arriva ce que le vieillard avait dit. Lorsque les aigles se posèrent avec leur proie au sommet de la montagne, le jeune homme fendit la peau de chameau d'un coup de couteau, et les rapaces, effrayés, s'envolèrent. Des milliers de fleurs brillaient autour de lui. Le jeune orfèvre, cependant, ne perdit pas de temps à les contempler. Il déterra prestement une brassée de jacinthes rouges et les jeta en bas, aux pieds du vieillard.

"Comment vais-je faire pour descendre ? appela-t-il, pris d'angoisse. Un rire diabolique lui parvint en guise de réponse.

- Pauvre fou ! ricana le vieillard. Nul n'est jamais revenu du sommet de cette montagne. Je te remercie pour les fleurs magiques, stupide garçon, et te souhaite une mort rapide."

Sur ces paroles, le traître Bédouin entreprit le voyage du retour. Le jeune homme frissonna de terreur. Il venait seulement de remarquer que des crânes et des ossements humains, blanchis par le soleil, jonchaient le sol parmi les parterres fleuris. En sanglotant, il se mit à courir sans but précis, voulant à tout prix quitter cet endroit effrayant. Soudain, une voix plaintive l'arrêta dans sa fuite éperdue. "Viens à mon secours, si tu as bon cœur ! " appela un aiglon blanc dont l'aile était prise dans les branches épineuses.

Le jeune orfèvre accourut aussitôt pour le délivrer. Soudain, deux énormes oiseaux blancs s'abattirent sur lui pour l'emporter dans leurs serres au-dessus des nuages. Le malheureux s'évanouit de peur et de désespoir. Lorsque enfin il revint à lui, il crut rêver. Il se trouvait dans un magnifique palais d'arc-en-ciel, allongé sur des coussins parfumés.

Sept jeunes beautés dansaient autour de lui en lui souriant.

"Qui êtes-vous ? Où suis-je ? fit le jeune homme dans un soupir.

- Nous sommes les filles du roi des djinns, répondit la plus belle d'entre elles. Et tu te trouves dans notre palais enchanté où jamais un mortel n'a pu pénétrer. Nos fidèles aigles blancs t'ont déposé ici parce que tu as délivré leur petit. Reconnaissants, ils t'ont sauvé la vie."

Puis, les jeunes filles se mirent toutes à parler en même temps, à l'interroger pour savoir ce qu'il faisait dans leur jardin magique. Sans rien leur dissimuler, l'orfèvre leur raconta comment le rusé vieillard s'était joué de lui.

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Littérature :


La jacinthe


Toutes les lampes sont éteintes.

Comment voulez-vous que je voie

Combien vous me montrez de doigts ?

Dans la nuit fleurit la jacinthe,

Il fait froid, Les lampes sont éteintes,

Prenez la jacinthe.


Robert Desnos, "La Jacinthe" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque les Jacinthes des bois :

8 mai

(Fontaine-la-Verte)


La clairière ouvre un second ciel entre les racines des arbres : elle est bleue d'endymions. Différents préromantiques et romantiques anglais s'agenouillent avec moi parmi les plantes. Young et Keats composent des vers.

La modestie apparente de la jacinthe des bois (inflorescence en crosse, fleurs prosternées) rend plus précieuse encore l'harmonie de ses teintes : les outremers et les azurs s'y mêlent aux violets ; des reflets roses courent sur les pétales comme des coulées de métaux non terrestres. Le sommet des tiges se pigmente d'améthyste. Les clochettes florales, dont les dents rebiquent, laissent voir aux insectes qui riment leurs coups d'ailes en anglais des trésors d'étamines d'or pâle.

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Régine Detambel consacre un ouvrage à Colette. Comme une flore, comme un zoo (Éditions Stock, 1997) dans lequel elle s'intéresse aux métaphores botaniques et zoologiques :


Celle-qui-ressemble-à-une-Jacinthe-rose-pâle

« Du côté de Marly, dans la forêt, on m'assure que sous les feuilles mortes les cornes des jacinthes sauvages sont déjà longues d'un doigt. » Pour un herbier


Colette appréciait beaucoup les peintres qui s'étaient spécialisés dans les portraits de fleurs. Ainsi, elle aima le célèbre Redouté : « Les fleurs paysannes elles-mêmes, sous son pinceau, se soucient de leur tenue, et la tulipe est léchée. Adorablement véridique dans sa structure et ses caractères botaniques, la fleur de Redouté se croit en négligé quand elle admet une coccinelle sur sa joue, un papillon dans son cœur et un pleur de rosée – sphérique, lumineux et liquide trompe-l’œil – suspendu à un pétale bombé comme un sein. » Ainsi elle aima l’autrichien Nigg : « [Il] semble avoir peint sans relâche, de 1800 à 1848, des bouquets composés. [...] Parmi les fleurs auxquelles il est fidèle, je recense la jacinthe, le pavot, l'oreille-d'ours, le gypsophile, la belle-de-jour... » Elle connaissait par cœur leurs livres d’images et les tics des uns et des autres. « Pour Nigg, nous voyons bien que toujours l'oreille-d'ours eut son feston grenat autour d'un feston jaune, et la double renoncule son déchiquetage d'essuie-plume, son opium inoffensif. La jacinthe qui lui servit de modèle en 1802 était sereinement pareille à celle de 1815, et pourquoi non ? S'il fallait qu'une jacinthe ait périclité chaque fois qu'un empire chancela... »

Colette adorait les jacinthes sauvages. Celles que l’on cultivait la dégoûtaient : « Leur grosse tige congestionnée d'eau bave à sa section comme un escargot, et porte des clochettes lourdes, opaques, d'un blanc de berlingot à la menthe. »

La jacinthe servait aussi aux spectateurs des Folies. Les femmes nues, sur la scène, ils les renommaient : « Nous leur donnons, dans la salle, des noms dignes de la poésie japonaise : Celle-qui-ressemble-à-une-jacinthe-rose-pâle, Celle-qui-a-de-si-beaux-seins... »

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