Le GenĂȘt
- Anne
- 4 mars 2017
- 22 min de lecture
DerniĂšre mise Ă jour : 21 janv.
Ătymologie :
GENET, subst. masc.
Ătymol. et Hist. 1374 genest « petit cheval de race espagnole » (doc. 28 avr. ds B. Prost, Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne, t. 1, n°2014). Empr. Ă l'a. esp. (cavallo) ginete « petit cheval rapide » (dep. 1348, Cortes de LeĂłn y Castilla d'apr. Cor., s.v. jinete), qui signifiait aussi « cavalier chevauchant avec les Ă©triers courts » (cavalleros ginetes, 2e quart xive s., CrĂłnica de Alfonso X, ibid. ; esp. mod. jinete « cavalier »), empr. Ă l'ar. vulg. zenĂȘtiÌ, ar. zanaÌtiÌ, nom d'une tribu berbĂšre cĂ©lĂšbre pour sa cavalerie lĂ©gĂšre (v. Cor. loc. cit. et FEW t. 19, p. 207).
Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.
Autres noms : Spartium junceum - Agnesto - Gaux genĂȘt d'Espagne - GenĂȘt d'Espagne - Gegenste - Gineste - Joncier - Spartier - Spartier Ă tiges de jonc - Spartier faux jonc - Spartion -
Sarothamnus scoparius et Cytisus scoparius - AlĂȘte - Bois-jon - Bouissou - Brane - Dzen'chou - Ăpine marante - Espinasse - GenĂȘt Ă balai - GenĂȘt commun - Genetier - GĂȘnett - Genuet - Giness gruass - GiniĂŽ - Glonda - Guerniette - Herbe Ă balai - Janaitou - Janik - Janette - Jaube - Joli-bois - Juniesse - LandiĂ© - Merlande - PĂȘne - Ramasse - Ramonette - Sabajol - Sarothamne Ă balai - Scouba -Spartier - Spartier Ă balai - Verau - Verge des mĂ©nagĂšres -
Genista tinctoria - Â Genestrolle - GenĂȘt des teinturiers - Hieppe di tindeu (Wallonie) - Spargelle -
*
*
Botanique :
D'aprĂšs Lionel Hignard et Alain Pontoppidan, auteurs de Les Plantes qui puent, qui pĂštent, qui piquent (Gulf Stream Ăditeur, 2008) :

"Le spartier n'a presque pas de feuilles, juste de longues tiges vertes, trÚs souples, qui portent des fleurs jaune d'or au printemps. Celles-ci se transforment en fines gousses qui brunissent en mûrissant.
Au plus fort de l'été, la chaleur aidant, les deux moitiés de la gousse se tire-bouchonnent comme des ressorts, et éclatent en produisant un petit claquement sec.
Pourquoi fait-il ça ? Les gousses sĂšches Ă©clatent pour projeter leurs graines au loin, comme de minuscules canons Ă semence. Elles peuvent les lancer jusqu'Ă trois mĂštres de distance, ce qui est un exploit pour un si petit canon ! Toutes les graines des genĂȘts sont dangereuses et peuvent nous empoisonner.
Ficelle de genĂȘt : Les longues tiges souples et rĂ©sistantes du genĂȘt peuvent servir Ă faire des fibres que l'on peut tresser, ou tisser. Dans les pays mĂ©diterranĂ©ens, on confectionnait des corbeilles, des cordes, de la toile et des filets pour la pĂȘche avec les fibres du spartier, les Romains en faisaient des voiles pour leurs navires.
Les chaussures vertes : Autrefois, les paysans nordiques fabriquaient des chaussures avec des rameaux de genĂȘts Ă©corcĂ©s."

Maria Luisa Pignoli, autrice d'une thĂšse intitulĂ©e Les dĂ©signations des plantes sauvages dans les variĂ©tĂ©s arbĂ«reshe (albanais d'Italie) : Ă©tude sĂ©mantique et motivationnelle. (Linguistique. COMUE UniversitĂ© CĂŽte d'Azur (2015 - 2019) ; UniversitĂ degli studi della Calabria, 2017. Français) consacre une courte section Ă la description du genĂȘt d'Espagne :
Nom scientifique : Le nom lat. SPARTUM, -ÄȘ est un emprunt au gr. srÂŁrton, srÂŁrtoj dont lâĂ©tymologie reste incertaine ; on a fait Ă©galement dâautres rapprochements avec le gr. speâčron « bande de toile », gr. speâčra « objet enroulĂ©, cordage », gr. spÂŁrganon « bande pour langer les bĂ©bĂ©s » (DELG : 1033) et on a aussi proposĂ© une dĂ©rivation de lâIE. *swerbh- « tourner » (GEW, III : 180) en raison de lâutilisation de cette plante en sparterie et corderie (AndrĂ©, 2010 : 244). Lâadjectif qui suit ce nom lat. IUNCEUS, -A, -UM en spĂ©cifie la morphologie en tant que « jonciforme » (OLD : 981).
Description botanique : Le spartier est un arbrisseau dressĂ©, Ă rameaux effilĂ©s, cylindriques, jonciformes et de couleur vert glauque. Il se prĂ©sente avec un petit nombre de feuilles, mais avec des grandes fleurs jaunes en grappes terminales et trĂšs odorantes dont le calice a la forme typique des lĂ©gumineuses: glabre et fendu jusquâĂ la base en une seule lĂšvre coupĂ©e obliquement. Les fruits se dĂ©veloppent Ă lâintĂ©rieur de gousses allongĂ©es et glabres et la pĂ©riode de la floraison va de mai Ă aoĂ»t.
*
*
Vertus médicinales :
Henri Ferdinand Van Heurck et Victor Guibert, auteurs d'une Flore mĂ©dicale belge. (Fonteyn, 1864) nous apprennent les propriĂ©tĂ©s thĂ©rapeutiques du GenĂȘt Ă balai :
Propriétés Physiques et Chimiques. Toutes les parties de cette plante ont une odeur désagréable, un peu urineuse ; la saveur de la racine est insipide ; celle des autres parties est amÚre et nauséabonde ; les tiges surtout ont une saveur trÚs amÚre qui détermine la salivation. En évaporant au dixiÚme une décoction des fleurs, M. Stenhouse a obtenu dans le résidu gélatineux des cristaux étoilés d'une substance qu'il a nommée Scoparine et qui constitue le principe diurétique de la plante ; il a trouvé dans les eaux-mÚres un autre alcali volatil, la Spartéine, doué d'une saveur amÚre et qui paraßt jouir de propriétés narcotiques .
Usages MĂ©dicaux. - Les propriĂ©tĂ©s diurĂ©tiques du genĂȘt sont connues depuis les temps anciens (Dioscoride, Pline). Il est aussi purgatif ou Ă©mĂ©to-cathartique (Dodoens). Le principal usage que l'on en a fait a Ă©tĂ© dans l'hydropisie, l'anasarque et l'albuminurie (Arnaud, Cardan, Cullen, Mead, Rayer, Bouchardat). On l'a aussi employĂ© contre les scrofules, le rhumatisme chronique, la goutte, les maladies du foie et les affections cutanĂ©es. Le vin prĂ©parĂ© avec les cendres de genĂȘt est aussi un excellent diurĂ©tique (Cazin) ; on peut l'administrer dans l'hydropisie, la gravelle, la nĂ©phrite albumineuse chronique, les engorgements viscĂ©raux.
A l'extĂ©rieur, les branches tendres, les fleurs et les gousses peuvent ĂȘtre appliquĂ©es comme rĂ©solutives en dĂ©coction ou en cataplasme, sur les abcĂšs froids, l'ĆdĂšme, les tumeurs scrofuleuses.
M. Stenhouse a constatĂ© que la scoparine est bien le principe diurĂ©tique du genĂȘt ; il a vu son action se manifester en doublant la quantitĂ© d'urine. Quant Ă la spartĂ©ine qui est un liquide huileux, une seule goutte a produit chez un lapin des phĂ©nomĂšnes de narcotisme, et chez un autre une dose de 20 centigrammes dĂ©termina des mouvements convulsifs, de la torpeur, puis la mort.
Formes et doses. Décoction de l'herbe, des sommités, des fleurs, 30 à 60 grammes par kilogramme d'eau. · Poudre des semences, 4 grammes dans 200 de vin blanc. Suc des feuilles, 15 à 30 grammes. - Vin diurétique, 30 à 60 grammes de cendre en infusion à froid dans le vin blanc. - Sirop des fleurs, 50 à 60 grammes - Scoparine, 25 à 30 centigrammes.
Genista tinctoria : Propriétés Physiques et Usages Médicaux. Les sommités fleuries que l'on recueille au mois de mai fournissent à la teinture une belle couleur jaune vif. Toutes les parties de la plante sont purgatives ou éméto-cathartiques ; Ettmuller a constaté que les fleurs en poudre sont vomitives et purgatives en décoction ; Peyrilhe a trouvé le suc des fleurs purgatif à la dose de 15 à 30 grammes. Leur décoction est regardée comme un bon remÚde contre l'hydropisie. Les semences sont éméto-cathartiques. Elles ont aussi été vantées dans cette derniÚre maladie à la dose de 4 grammes dans 200 de vin blanc ; une heure aprÚs l'administration de ce remÚde, on prescrit 60 grammes d'huile d'olive. En 1820, un médecin russe, Marochetti, a préconisé cette plante contre la rage ; des essais tentés en France n'ont pas donné de résultats favorables.
Le Genista sagitalis, L. , GenĂȘt Ă tige ailĂ©e, a Ă©tĂ© employĂ© aux mĂȘmes usages.
*
*
Usages traditionnels :
Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :
Les teintures vĂ©gĂ©tales ne pouvant supporter la concurrence des teintures chimiques dont le prix est bien moindre, les plantes tinctoriales ont cessĂ© d'ĂȘtre cultivĂ©es, et on en rĂ©colte plus guĂšre celles qui croissent dans nos vallĂ©es et sur nos montagnes. Je me souviens d'avoir vu dans mon enfance arracher, pour la teinture, l'Ă©pine-vinette et l'Asperula cynanchica ; aujourd'hui personne n'y songe. L'Ă©numĂ©ration que je fais des plantes tinctoriales spontanĂ©es en Savoie n'a donc qu'un intĂ©rĂȘt historique.
Teinture jaune : genĂȘt des teinturiers, Genista tinctoria [...]
Dans sa thĂšse intitulĂ©e Les dĂ©signations des plantes sauvages dans les variĂ©tĂ©s arbĂ«reshe (albanais dâItalie) : Ă©tude sĂ©mantique et motivationnelle. (Linguistique. UniversitĂ© CĂŽte dâAzur ; UniversitĂ degli studi della Calabria, 2017) Maria Luisa Pignoli rapporte les utilisations suivantes du GenĂȘt d'Espagne :
PropriĂ©tĂ©s et utilisation : Cette plante Ă©tait dĂ©jĂ utilisĂ©e dans la GrĂšce antique pour la fabrication des liens, des cĂąbles des navires, des fils de pĂȘche ou pour coudre les voiles des bateaux (HN, 24, 65) ; en mĂ©decine populaire, les graines de genĂȘt purgeaient trĂšs bien, tandis que les branches macĂ©rĂ©es dans du vinaigre soulageaient la sciatique et les genoux douloureux (HN, 24, 65). Dans les communautĂ©s albanophones de la Calabre et du Pollino le spartier Ă©tait trĂšs souvent utilisĂ© comme plante textile: aprĂšs un long travail soignĂ© de ses tiges, on obtenait du fil de spartier qui Ă©tait employĂ© pour la rĂ©alisation de tissus grossiers au mĂ©tier Ă tisser. Les recherches en ethnopharmacologie, menĂ©es par Pieroni et ses collaborateurs en Vulture, ont rĂ©vĂ©lĂ© que la sĂšve des tiges de spartier est particuliĂšrement indiquĂ©e pour le traitement des verrues (Quave & Pieroni, 2007 : 215 ; Pieroni & Quave, 2005 : 265 ; Pieroni et al., 2004 : 378). Tout comme dans la GrĂšce antique, Guarrera (2006 : 199) illustre aussi les propriĂ©tĂ©s laxatives, digestives, purgatives et diurĂ©tiques duspartier; cet auteur en ajoute Ă©galement dâautres concernant les effets galactagogues, cardiotoniques, vulnĂ©raires et antiparasitaires. Dâailleurs, lâemploi le plus commun que lâon fait du spartier concerne la vannerie, un domaine artisanal dans lequel les parties aĂ©riennes de cette espĂšce sont utilisĂ©es pour la fabrication dâobjets tressĂ©s avec ses fibres vĂ©gĂ©tales et ses tiges, tels que corbeilles, paniers, vannerie, et petits rĂ©cipients pour le transport de la ricotta et des fromages en gĂ©nĂ©ral (Guarrera, 2006 : 199). Maciotti (1995 : 73) classe le spartier parmi les « plantes de la magie » directement liĂ©es Ă Mars, dieu grec de la guerre, en raison du fait que la plante peut agir de maniĂšre bĂ©nĂ©fique sur la personne en Ă©liminant la dĂ©pression, et peut induire aussi un sentiment de protection. Le spartier revĂȘt aussi des fonctions magiques en Sardaigne oĂč, tout comme les autres plantes mĂ©dicinales, il faut le cueillir pendant la nuit de la veille de la fĂȘte de la Saint-Jean afin quâil soit plus efficace et plus actif dans la pratique de la magie (Atzei, 2003 : 265). Toujours en Sardaigne, au cours de la veille et de la nuit mĂȘme, on avait lâhabitude de brĂ»ler, devant la porte dâentrĂ©e des maisons, quelques arbrisseaux particuliers, parmi lesquels il y avait la martigusa (le spartier ou lâune de ses variĂ©tĂ©s), parce quâon croyait que la fumĂ©e qui entrait dans les habitations aurait fait fuir les souris, les fourmis, la martre et nâimporte quel type dâanimal nuisible prĂ©sent dans la maison (Atzei, 2003 : 265).
Analyse lexico-sémantique des désignations :
[spËart] spartĂ« est le nom que cette espĂšce prend dans la plupart des parlers arbĂ«reshĂ« ; les dictionnaires Ă©tymologiques indiquent comme source du phytonyme les mots gr. spÂŁrton « corde, cordage, cĂąble » et gr. spÂŁrtoj dĂ©signant quelques espĂšces de plantes utilisĂ©es pour tresser des cordes et des corbeilles, telles que le joncier ou le Spartium junceum L. (DELG : 1033), tout comme lâavait indiquĂ© Pline dans son ouvrage (HN, 24, 65), mais on ne sait pas sâil sâagit dâun nom de plante attribuĂ© Ă un substrat prĂ©-grec ou sâil a une origine autochtone (EDG : 1377 ; DELG : 1033). Outre Ă ce phytonyme, le grec ancien prĂ©sente aussi le toponyme SpÂŁrth « Sparte » capitale de la Laconie, duquel dĂ©rive le nom de ses habitants SpartiÂŁthj « Spartiate » ; mais tout comme pour la plupart des toponymes, lâĂ©tymologie reste obscure (DELG : 1033). Cependant, on propose aussi un lien de parentĂ© entre le phytonyme en question et un petit groupe de mots formellement proches de celui-ci: spÂŁrgana « langes, bandes dans lesquelles on enveloppe les enfants » (DELG : 1033) ; speâčra « rempli, spirale » dâun filet, dâun serpent, etc., nom de diffĂ©rents objets tordus ou arrondis, corde, courroie, moulure (DELG : 1034); speâŠrw « semer » (DELG : 1035) ; spurâŠj « panier tressĂ©, couffin » < *sper- « tresser » ( > speâčra et spÂŁrton) (DELG : 1041). La voie pour arriver Ă lâĂ©tymon restant obscure, nous proposons dâopter pour lâhypothĂšse du substrat qui semble ouvrir des parcours de rĂ©flexions plausibles.
Dans les Ćuvres des Ă©crivains grecs classiques, en particulier HomĂšre, on dĂ©crit et cĂ©lĂšbre dĂ©jĂ les gestes dâun peuple de navigateurs et de guerriers experts, qui Ă©taient capables de fabriquer leurs embarcations et leurs armes de maniĂšre indĂ©pendante. Lâexpansion coloniale que les Grecs ont promue dans les territoires situĂ©s sur la mer MĂ©diterranĂ©e les a amenĂ©s Ă coloniser, en les grĂ©cisant, toute lâItalie du sud (connue aussi comme Magna Graecia) et les cĂŽtes mĂ©diterranĂ©ennes de la France et de lâEspagne ainsi que quelques centres commerciaux sur les cĂŽtes septentrionales de lâAfrique. Mais les Grecs nâĂ©taient pas les seuls navigateurs experts opĂ©rant dans le bassin de la MĂ©diterranĂ©e ; les CrĂ©tois, les PhĂ©niciens et les Ăgyptiens avaient dĂ©veloppĂ© avant eux une grande tradition nautique qui sâappuyait sur une industrie navale solide qui produisait des bateaux de guerre et pour le transport commercial. Les PhĂ©niciens et les Ăgyptiens pouvaient compter en particulier sur la prĂ©sence, sur leurs territoires, des matiĂšres premiĂšres utilisĂ©es pour la fabrication des bateaux : le bois de cĂšdre du Liban et les troncs Ă©pais et rĂ©sistants de papyrus (Moscati, 2002). Il est en effet intĂ©ressant dâobserver quâil existe un mot en Ă©gyptien dĂ©signant les « cordes pour construire les bateaux »: eg. sp < *sip- « corde » documentĂ© en Ăgypte Ă partire du RĂšgne Ancien (2850-2052 av. J.C.) (HS : 477). La civilisation Ă©gyptienne a toujours dĂ» se mesurer Ă la puissance dĂ©vastatrice des inondations pĂ©riodiques du fleuve Nil, dont les eaux submergeaient les terres pendant de nombreux mois de lâannĂ©e ce qui rendait les dĂ©placements des Ă©gyptiens trĂšs difficiles Ă pieds nus dans les marais de boue qui en rĂ©sultaient. Câest pour cette raison que ce peuple a dĂ» fabriquer des espĂšces de chalands avec les troncs de papyrus liĂ©s ensembles moyennant des cordes obtenues en tressant des fibres vĂ©gĂ©tales, notamment des jonciers ou les feuilles mĂȘmes des plantes de papyrus (Mayde, 1876). Les liens Ă©taient donc les composants les plus importants pour la rĂ©ussite de la construction des bateaux et seules des mains expertes pouvaient les rĂ©aliser comme il fallait : des bandes de fibres vĂ©gĂ©tales Ă©taient dâabord enroulĂ©es en une seule tresse, puis chaque tresse Ă©tait enroulĂ©e avec les autres et, enfin, les tresses obtenues Ă©taient enroulĂ©es encore entre elles pour obtenir des cordes qui pouvaient atteindre 8 cm de diamĂštre (Mayde, 1876). Ce travail dĂ©licat de fabrication des tresses est tĂ©moignĂ© par le verbe eg. spy « lier (un bateau) » (<*sVp- « tresser, coudre ») se rĂ©fĂ©rant Ă lâaction de lier ensemble les troncs de papyrus pour la fabrication des bateaux Ă©gyptiens (HS : 487). Il est donc fort possible que la technique Ă©gyptienne de fabrication des liens et des cĂąbles des navires soit arrivĂ©e aux Grecs Ă travers les contacts que la population africaine a eu avec les habitants de CrĂšte dâabord, et avec les mycĂ©niens ensuite (Moscati, 2002) Ă cause des relations commerciales existantes entre ces peuples mĂ©diterranĂ©ens. Or, le territoire grec, montueux et sec, nâest pas lâhabitat idĂ©al pour le papyrus, tandis que le spartier y pousse de façon trĂšs rĂ©pandue ; en outre, il y a une certaine ressemblance entre le port des deux plantes (Ă faisceaux de tiges) et la rĂ©sistance qui caractĂ©rise les fibres de leurs rameaux en les rendant, ainsi, particuliĂšrement indiquĂ©s pour ĂȘtre utilisĂ©s comme liens ou cordes. Le nom spartĂ« dĂ©signe donc la plante qui sert Ă fabriquer les liens et les cordes.
*

*
Croyances populaires :
Adolphe de Chesnel, auteur d'un Dictionnaire des superstitions, erreurs, prĂ©jugĂ©s, et traditions populaires... (J.-P. Migne Ăditeur, 1856) propose la notice suivante :
GENET. Autrefois, dans les environs de Brest, les jeunes filles qui souhaitaient le retour de leurs fiancĂ©s naviguant sur des mers lointaines, allaient, les cheveux Ă©pars et couronnĂ©es de roses, balayer avec des faisceaux de genĂȘts fleuris la poussiĂšre des chapelles rĂ©vĂ©rĂ©es des matelots, et chantaient alors en chĆur des couplets qui avaient pour refrain :
Goëlands, goëlanas,
Ramenez-nous nos amants.
Les nĂ©cromanciens de la Neustrie, formaient leurs couronnes de fleurs de genĂȘt. Dans la montagne Noire, dĂ©partement du Tarn, les habitants se persuadent qu'on peut se guĂ©rir du gonflement de la rate, au moyen de l'application, sur la poitrine, d'une lige de genĂȘt qu'on a contournĂ©e.
Paul SĂ©billot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Ăditeur Lafolye, janv. 1892) relĂšve des croyances liĂ©es aux cycles de la vie et de la nature :
La fleur de genĂȘt, fumĂ©e et appliquĂ©e bien chaude, guĂ©rit les coliques des chevaux.
*
*
Dans le Dictionnaire de la France mystĂ©rieuse - Croyances populaires, superstitions, sorcellerie, rites magiques (Editions Omnibus, 2016) Marie-Charlotte Delmas consacre un article au genĂȘt :
GenĂȘt : Le genĂȘt se distingue surtout par son pouvoir protecteur et guĂ©risseur. Dans le Limousin, on en met quelques brins dans le bouquet des herbes ramassĂ©es Ă la Saint-Jean que lâon suspend dans la maison, afin dâĂ©carter la foudre. Il prĂ©serve aussi des malĂ©fices. Pour que les sorciers ne puissent pas ensorceler le beurre, on utilise un « ribot » (pilon qui sert Ă battre le beurre) dont le manche est en genĂȘt (Ille-et-Vilaine). En ArdĂšche, on empĂȘche le tarissement du lait des vaches en plaçant deux branches de genĂȘt en croix entre les cornes de lâanimal et deux branches de buis sur sa queue. En revanche, on dit dans le FinistĂšre que si lâon frappe une vache avec du genĂȘt, elle ne donne plus de lait.
Lâusage du genĂȘt est assez frĂ©quent en mĂ©decine magique. Dans le Tarn, on guĂ©rit le gonflement de la rate « au moyen de lâapplication, sur la poitrine, dâune tige de genĂȘt quâon a contournĂ©e [tordue] » (A. de Chesnel, 1856). En Bretagne, on se sert de la deuxiĂšme Ă©corce de la plante pour soigner les plaies, notamment les coupures (FinistĂšre). Parfois, elle doit ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©e dans le second tiers de la hauteur de lâarbuste (Ille-et-Vilaine). Dans le Maine-et-Loire, câest la sĂšve que lâon emploie pour soigner les brĂ»lures. Il est nĂ©cessaire de la recueillir Ă lâextrĂ©mitĂ© des branches vertes et de lâappliquer pendant neuf jours consĂ©cutifs. On guĂ©rit les coliques des chevaux en plaçant sur leur ventre des fleurs de genĂȘts, prĂ©alablement chauffĂ©es (Haute-Bretagne).
Le genĂȘt est souvent utilisĂ© selon le procĂ©dĂ© courant du transfert du mal. Dans la Mayenne, on suspend une branche de genĂȘt dans la chambre du malade et, au fur et Ă mesure quâelle sĂšche, la maladie sâĂ©loigne. A DĂ©sertines (Mayenne), câest dans une chapelle que lâon porte le bouquet destinĂ© Ă faire cesser la fiĂšvre. Câest aussi par transfert du mal que lâon se dĂ©barrasse des verrues. Au XVIIe siĂšcle, lâabbĂ© Thiers rapporte une vieille recette qui consiste Ă les frotter avec du genĂȘt que lâon noue ensuite au plus prĂšs possible de la terre. Au XIXe siĂšcle, cette recette fait lâobjet de variantes : aprĂšs avoir frottĂ© la verrue, il faut jeter le genĂȘt derriĂšre soi, sur un chemin (ArdĂšche), ou tordre un genĂȘt le matin Ă jeun et attendre quâil sĂšche pour que la verrue disparaisse (Touraine).
Selon un autre procĂ©dĂ©, le genĂȘt sur lequel on frotte la verrue doit ĂȘtre sur pied et lâopĂ©ration avoir lieu le deuxiĂšme ou le troisiĂšme jour de la nouvelle lune. Il faut rĂ©citer, en fixant le croissant, trois Pater et trois Ave, puis tordre la plante (Maine-et-Loire). Dans le Mentonnais, câest la mĂȘme mĂ©thode qui est employĂ©e pour les verrues et les cors aux pieds. On noue quelques jeunes genĂȘts ensemble. DĂšs quâils meurent, les verrues disparaissent.
*
*
Symbolisme :
Madame Goyet, autrice d'un ouvrage intitulĂ© Le bouquet du sentiment, ou, AllĂ©gorie des plantes et des couleurs. (Chez F.B. Goyet, 1816) prĂ©sente ainsi le message du GenĂȘt :
GENĂT d'Espagne. - Je sais apprĂ©cier vos talents.
Le genĂȘt d'Espagne que l'on cultive dans nos jardins, fleurit depuis le mois de juillet jusqu'en septembre ; ses rameaux fournissent des fils dont on peut faire de la toile.
Louise Cortambert et Louis-AimĂ©. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (SociĂ©tĂ© belge de librairie, 1842) Ă©voquent rapidement le symbolisme du genĂȘt :
GENĂT COMMUN - ARDEUR.
Les spadix de ces plantes, dont on compte plus de cinquante espÚces, acquiÚrent une si vive chaleur qu'il est impossible de les toucher avec la main. Ce fait surprenant a été vérifié par plusieurs naturalistes, entre autres par Bory de Saint-Vincent et par Hubert.
GENĂT - PROPRETĂ.
Il y a dans le genre des genĂȘts plusieurs espĂšces utiles. Quelques-unes sont employĂ©es en mĂ©decine, d'autres servent Ă faire des balais, d'autres fournissent des teintures, toutes croissent naturellement. Le GenĂȘt d'Espagne est le seul cultivĂ© pour la beautĂ© et le parfum de ses fleurs.
Dans Les Fleurs naturelles : traiteÌ sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soireÌes suivi du langage des fleurs (Auto-Ă©dition, Paris, 1847) Jules Lachaume Ă©tablit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :
GenĂȘt - PropretĂ©.
Le genĂȘt sert Ă faire des balais, et il est respectĂ© des insectes.
Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (ThĂ©odore LefĂšvre Ăditeur, 1860) s'inspire de ses prĂ©dĂ©cesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle Ă©tudie :
GenĂȘt - PropretĂ©.
L'espĂšce de genĂȘt dite Ă balais est trĂšs commune en Europe. Chaque pied forme un buisson de un Ă trois mĂštres ; c'est une plante extrĂȘmement utile et dont toutes les parties sont employĂ©es. De ses tiges, souples quoique rĂ©sistantes, on fabrique des nattes, des balais et des paniers ; brĂ»lĂ©es, on rĂ©colte de leurs cendres une excellente potasse. Les fibres servent Ă faire des cordes ou des toiles grossiĂšres. En Belgique et en Allemagne, on confit au vinaigre les boutons du genĂȘt et on les mange en guise de cĂąpres. Les sommitĂ©s fleuries de cet arbrisseau sont employĂ©es avec succĂšs en Espagne comme un remĂšde contre la rage ; on les prend sous forme d'infusion, en ayant soin de percer chaque jour, avec une aiguille, les lĂ©gĂšres pustules qui apparaissent sous la langue.
*
*
D'aprĂšs Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les lĂ©gendes du rĂšgne vĂ©gĂ©tal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Ăditeur, Paris, 1882),
GENET (Genista). â DâaprĂšs une lĂ©gende sicilienne, le genĂȘt aurait Ă©tĂ© maudit pour avoir fait du bruit dans le jardin de GethsĂ©mane pendant que le Christ y priait, de maniĂšre que ses persĂ©cuteurs parvinssent Ă le surprendre ; le Christ aurait alors jetĂ© au traĂźtre genĂȘt cette malĂ©diction « Puisses-tu toujours faire beaucoup de bruit lorsquâon te brĂ»lera. » Une lĂ©gende analogue se rapporte aussi aux pois chiches et au genĂ©vrier (cf.). Cependant, en Toscane, on fait souvent, lâinfiorata (jonchĂ©e de fleurs), le jour de la FĂȘte-Dieu, avec des fleurs de genĂȘt. DâaprĂšs une tradition française, le roi saint Louis aurait fondĂ© un ordre spĂ©cial des chevaliers du genĂȘt.
[...]
SAROS, â dâaprĂšs Pollux, serait en grec le nom du balai ; câest ainsi que lâon peut sâexpliquer (cf. Gyraldi Pythagorea Symbola, BasileĂŠ 1551), le proverbe grec : ..., (ne pas passer par dessus le balai). Parmi les usages nuptiaux italiens, jâai remarquĂ© celui-ci : la belle-mĂšre met le balai en travers de la porte de la maison ; si la jeune mariĂ©e, en entrant, le relĂšve et se met Ă balayer, câest signe quâelle rĂ©glera bien le mĂ©nage ; si elle passe par-dessus, on craint quâelle ne soit dĂ©sordonnĂ©e. (Cf. mon livre : Storia comparata degli usi Nuziali.) Dans la campagne toscane, jâai remarquĂ© un autre usage superstitieux. Pour dĂ©couvrir une sorciĂšre, on met un balai en travers de la porte de lâĂ©glise : si la femme est soupçonnĂ©e Ă tort, elle jette de cĂŽtĂ© le balai, ou passe outre ; si elle est une vĂ©ritable sorciĂšre, elle se met Ă cheval sur le balai et y reste. Le balai est le cheval des sorciĂšres ; câest Ă cheval sur un balai, dit-on, quâelles accourent faire leur sabbat autour du noyer de Benevento.
Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant dans le Dictionnaire des symboles (1Úre édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),
Le genĂȘt est "symbole, en certaines rĂ©gions, du Nord (points cardinaux) et de la fonction royale. La fleur de genĂȘt ou d'ajonc pourrait avoir Ă©tĂ©, dit-on, Ă l'origine de la fleur de lis hĂ©raldique, ou du rameau d'or (voir gui). Il va sans dire qu'une telle origine botanique ne suffirait pas Ă en expliquer le symbolisme. Les branches fleuries de genĂȘt Ă©taient utilisĂ©es dans les funĂ©railles ; on en couvrait le cors des dĂ©funts."
*
*
Pour Scott Cunningham, auteur de L'EncyclopĂ©die des herbes magiques (1Ăšre Ă©dition, 1985 ; adaptation de l'amĂ©ricain par Michel Echelberger, Ăditions Sand, 1987), le GenĂȘt Ă balai (Sarothamnus scoparius et Cytisus scoparius) a les caractĂ©ristiques suivantes :
Genre : Masculin
PlanĂšte : Mars
ĂlĂ©ment : Air
Pouvoirs : Purification - Protection - Divination..
Parties toxiques : Les sommités fleuries.
D'aprĂšs une tradition, le roi Saint Louis aurait fondĂ© un ordre spĂ©cial de chevalerie sous le nom d'Ordre du Genest. « Les chevaliers du Cenest, Ă©crit ChĂ©ruel, portaient un manteau de damas blanc avec un chaperon violet ; leur collier consistait en une chaĂźne ornĂ©e d'une fleur de GenĂȘt avec ses mots :
: Exaltat humilies. Cent de ces chevaliers furent attachés à la garde personnelle du roi. ». Cent de ces chevaliers furent attachés à la garde personnelle du roi. »
Utilisation magique : Les divers GenĂȘts - et plus particuliĂšrement le GenĂȘt Ă balai, trĂšs utilisĂ© autrefois dans les foyers ruraux - sont employĂ©s depuis fort longtemps Ă des fins de purification et de protection. En Angleterre, en Bretagne, en Hollande et dans toute l'Allemagne du Nord, on suspendait leurs faisceaux aussi bien Ă l'intĂ©rieur des maisons que dans les Ă©tables. A NiebĂŒll, dans le Schleswig-Holstein, les femmes mariĂ©es qui craignaient de succomber devant les assiduitĂ©s d'un galant chassaient la tentation en s'asseyant, Ă mĂȘme la peau, sur leur balai de GenĂȘt, tout en mĂąchant deux ou trois fleurs jaunes fraĂźchement cueillies sur un pied de la mĂȘme plante. Lorsqu'elles Ă©taient malades - ce qui Ă©tait gĂ©nĂ©ralement le cas (coliques, diarrhĂ©e, vertiges, palpitations...), elles disaient que le GenĂȘt expulsait de leur corps l'envie de pĂ©cher. La mĂȘme croyance, avec une variante, se retrouvait dans plusieurs comtĂ©s anglais : on faisait boire aux femmes volages, en prĂ©sence des autoritĂ©s laĂŻques et ecclĂ©siastiques, une tisane de GenĂȘt; celles qui Ă©taient malades Ă©taient considĂ©rĂ©es comme rĂ©cupĂ©rables et s'en tiraient avec une semonce; celles qui buvaient l'infusion comme du petit lait pouvaient s'attendre Ă des lendemains difficiles. Ou bien elles Ă©taient sorciĂšres. Ou alors elles avaient Ă©tĂ© contactĂ©es par une sorciĂšre qui avait commencĂ© Ă leur enseigner l'« obĂ©issance Ă Satan ». Dans un cas comme dans l'autre, les malheureuses avaient un avenir trĂšs sombre devant elles.
Les Ăcossais ne font rien comme tout le monde, c'est connu. Ils buvaient autrefois des infusions de GenĂȘt pour accroĂźtre leurs pouvoirs psychiques, et personne lĂ -bas n'a signalĂ© d'effets nĂ©gatifs. Il faut croire que les estomacs des descendants de Bonnie Prince Charlie sont particuliĂšrement blindĂ©s car, si cette plante n'est jamais mortelle, ses tiges, au moment de la floraison, sont bel et bien toxiques. Elles renferment une substance dangereuse, la spartĂ©ine, qui vous « ramone » littĂ©ralement l'intĂ©rieur et peut occasionner des troubles sĂ©rieux sur un organisme non Ă©cossais. Une grande prudence est donc de rigueur lorsque, en mai-juin, l'on utilise Ă des fins magiques les magnifiques inflorescences jaune d'or. Le restant de l'annĂ©e, Il n'y a rien Ă craindre de la plante, Ă moins d'en manger de grandes quantitĂ©s, ce qui est tout de mĂȘme assez rare.
Pour que le vent se lĂšve, les sorciers anglais montent au sommet d'une colline et, de lĂ -haut, ils lancent des rameaux de GenĂȘt aux quatre points cardinaux en invoquant les esprits de l'air. Un rite inverse est aussi prĂ©vu pour apaiser la tempĂȘte : dans ce cas, on brĂ»le du GenĂȘt, et l'on enterre les cendres au fond d'un vallon.
Dans l'Orne, les sorciers ne peuvent ensorceler le beurre quand le pilon de la baratte est en GenĂȘt.
*
*
Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et lĂ©gendes (Ăditions Robert Laffont, 1995 et 2019), ĂloĂŻse Mozzani nous propose la notice suivante :
Selon une légende sicilienne, cet arbrisseau à fleurs jaunes,
Littérature :
Le GenĂȘt ou la fleur du VĂ©suve
Sur les flancs calcinĂ©s de ce mont formidable, Sombre exterminateur de lâhomme et des citĂ©s, Nulle plante ne croĂźt au souffle des Ă©tĂ©s ; Toi seul, sur le versant du gouffre inabordable, Tu fleuris et souris et parfumes les airs, Solitaire genĂȘt, qui te plais aux dĂ©serts. Tel je tâai vu jadis, noble et charmant arbuste, Prodiguant ta verdure et tes rameaux Ă©pars, Embellir de tes fleurs la solitude auguste OĂč repose la Rome Ă©teinte des CĂ©sars ; Tel ici je te vois, sur ces plages brĂ»lĂ©es OĂč la lave a durci ses fumantes coulĂ©es, Lieu triste et dĂ©vastĂ© que rĂ©jouit ta fleur Aux ruines fidĂšle et fidĂšle au malheur!... Dans ces champs recouverts de cendres infĂ©condes, OĂč la lave rĂ©sonne au pas du voyageur, Ont mugi les troupeaux, mĂ»ri les moissons blondes ; Aujourdâhui le serpent au gĂźte caverneux, Se tordant au soleil, y dĂ©roule ses nĆuds. LĂ furent des vergers, des campagnes riantes, Des vignes sous le poids de leurs grappes pliantes, Des villas, frais Edens consacrĂ©s aux plaisirs, Refuges des puissants aux fastueux loisirs ; LĂ furent des palais et des citĂ©s cĂ©lĂšbres, Que le mont fulgurant aux flamboĂźments funĂšbres, Engloutit pĂȘle-mĂȘle, hommes, temples et dieux, Sous les torrents vomis par ses gueules de feux. Et tout a disparu ! â De la plage aux collines La dĂ©solation plane sur des ruines !
[...]
Giacomo Leopardi, "Le GenĂȘt ou la Fleur du VĂ©suve" in Chants, 1836, traduction par A. Lacaussade.
*
*
Le GenĂȘt
Je nâai rien dans mes poches,
Pas dâanguille sous roches,
Je nâai, je nâai que des fleurs de genĂȘt,
De genĂȘt de Bretagne,
DâEspagne ou de Cocagne,
Je nâai, je nâai que des fleurs de genĂȘt,
Jeunet.
Robert Desnos, "Le GenĂȘt" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.
Maurice Genevoix, dans un article intitulĂ© "images pour un jardin sans murs" (In : Revue Des Deux Mondes (1829-1971), 1956, pp. 203â23) Ă©voque la beautĂ© des genĂȘts :
Aux lisiĂšres, les touffes des genĂȘts semblent se courber sous des ailes, une migration de papillons d'or qui ne peuvent plus s'envoler. AmĂšre et chaude, l'odeur des fleurs ondule sur la genĂȘtiĂšre comme un souffle de pĂąmoison. C'est la torpeur de l'Ă©tĂ©. Les fleurs choient au brĂ»lant soleil. Par un midi torride, le promeneur solitaire entendra, seul bruit dans toute la forĂȘt, le pĂ©tillis pressĂ© des gousses qui Ă©clatent par centaines et qui lancent Ă la volĂ©e leurs chapelets de menues graines rondes.
*

*
Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulĂ© L'Odeur du soleil dans l'herbe (Ăditions Robert Laffont S. A., 1992) Ă©voque ainsi le GenĂȘt :
27 octobre
(Mont Leuze)
Les genĂȘts d'Espagne allument leurs flammĂšches dans la garrigue, prĂ©lude au grand incendie dorĂ© du printemps triomphants. [...]
16 août
(Fontaine-la-Verte)
Tac !
Tac ! Tac !
Tac ! Tac ! Tac !
L'Ă©tĂ© pĂ©tarade, les fruits du genĂȘt dĂ©tonent. L'une aprĂšs l'autre, les gousses mĂ»res se dĂ©grafent en explosant. Leurs valves grises se tordent comme des ressorts et envoient es graines coloniser le monde. Fertile mitraille...
Pelotons de création.
*
*
Dans l'incipit du roman Un Grison d'Arcadie (Ăditions DenoĂ«l, 1999) de Pierre Magnan, le narrateur de 15 ans part Ă la recherche d'escargots qui nichent sur les genĂȘts pour amĂ©liorer son quotidien :
" - Les grisets, m'avait dit mon grand-pÚre il y avait bien longtemps, ça bannÚje sur les ginestes dÚs quatre heures du matin en juin. A cinq heures, il est déjà trop tard.
Je me hùtais. Pour atteindre les fonds de Sainte-Roustagne, Il fallait vingt minutes environ et c'étaient les jours alcyoniens, les plus longs autour du solstice.
Dix francs du kilo ! Au creux de Sainte-Roustagne, lĂ oĂč les vergers d'oliviers ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s au sauvage par les bras extĂ©nuĂ©s des hommes anciens, d'Ă©normes genĂȘts - que nous appelons ginestes - ont submergĂ© les arbres, les ont Ă©touffĂ©s, mis en sommeil pour des jours meilleurs. C'est un bois creusĂ© de tunnels de verdure agrandis par les chasseurs, les flibustiers de nature qui guettent Ă l'orĂ©e les fruits mĂ»ris dans les vergers contigus, les maigres troupeaux qui fouissent la sĂ©cheresse endĂ©mique, extirpant l'herbe jusqu'aux racines et, par surcroĂźt, les amants aussi qui ont besoin d'entendre, au-dessus de leurs Ă©bats, le murmure du vent. [...]
Sur ces voĂ»tes de verdure, les ronces avaient lancĂ© leurs tentacules, s'Ă©taient resserrĂ©s, de sorte que, en symbiose avec les ginestes, elles formaient dans l'aube morne des tunnels aux parois dĂ©penaillĂ©es de brumes oĂč bruissaient en foule les grisets avides de rosĂ©e.
[...]
D'abord un Ă©tĂ© furieusement flamboyant alluma ses incendies autour de Manosque sur les ginestes qui ressemblaient Ă des torchĂšres longtemps dĂ©jĂ avant d'ĂȘtre en flammes striĂ©es de noir qui s'Ă©levaient Ă dix mĂštres de hauteur comme si quelque femme folle courait Ă©chevelĂ©e au-dessus d'elles. Elles crĂ©pitaient avec une fureur sans retenue. Les pompiers se bouchaient les oreilles tant la stridence de ces embrasements subits les mettait au bord de la panique. Ils passaient d'un sinistre Ă l'autre armĂ©s de balais dĂ©risoires pour les Ă©teindre car il n'y avait plus d'eau dans les bassins. "
Dans Le Parme convient Ă Laviolette (Ăditions DenoĂ«l, 2000), roman policier Ă©crit par Pierre Magnan, on peut lire cette description du genĂȘt :
"L'homme et la quatre chevaux, cahin-caha, cheminĂšrent sous la canicule, jusqu'Ă cet embranchement, Ă l'entrĂ©e de Puimoisson, oĂč il y avait indiquĂ© Pas de Laval sur une pancarte sale. Le chemin nĂ©anmoins Ă©tait propre. On voyait qu'il Ă©tait souvent empruntĂ© par de grosses voitures. Celui qui menait chez le FĂ©raud des Iscles, en revanche, Ă©tait sablonneux, malaisĂ©, Ă peine tracĂ©. Trois gros genĂȘts dĂ©fleuris en masquaient l'entrĂ©e. Ăa ne ressemble plus qu'Ă un balai malĂ©fique, un genĂȘt dĂ©fleuri sous la canicule, et si par hasard on y met le feu ça jette Ă dix mĂštres de hauteur des flammes noires qui craquent comme foyer d'enfer. Ceux-ci paraissaient vouloir dissuader quiconque d'emprunter cet itinĂ©raire. Ils griffĂšrent au passage la branlante voiture qui n'en fut ni plus sale ni plus rayĂ©e.
C'était le bonheur en réalité que masquait cette entrée rébarbative. AprÚs ce n'étaient que vignes, cyprÚs haut dressés vergers aux fruits à profusion quoique pourrissants sur les branches car la capacité familiale de consommation avait été largement surestimée, surtout depuis que les enfants étaient partis ailleurs, vivre leur vie."
*
*











