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  • Anne

La Marjolaine



Étymologie :

  • MARJOLAINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1393 bot. sarriette et marjolaine (Ménagier, éd. Sté Bibliophile fr., II, 44). Altération de l'a. fr. majorane «id.» (Le Livre des simples medecines, éd. P. Dorveaux, 781, 782 et 783), empr. au lat. médiév. maiorana, ca 1250 ds Latham, d'orig. obsc. (peut-être déformation sous l'infl. de maior, v. majeur, de mezurana, v. Ern.-Meillet et TLL s.v. mezococtus, cf. ital. maiorana, maggiorana, esp. mayorana, mejorana, a. prov. majorana) et dont les rapports avec le lat. amaracus (gr. α ̓ μ α ̓ ρ α κ ο ν, α ̓ μ α ̓ ρ α κ ο ς) ne sont pas éclaircis.

  • ORIGAN, subst. masc.

Étymol. et Hist. xiiie s. (Livre des simples médecines, éd. P. Dorveaux, p. 145, aussi origanum, p. 144). Empr. au lat. origanum «id.», lui-même empr. au gr. ο ρ ι ́ γ α ν ο ν «id.», proprement «qui se plaît sur la montagne» (de ο ρ ο ς «montagne» et γ α ́ ν ο ς «éclat, aspect riant»).


Lire aussi les définitions des noms marjolaine et origan pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Origanum vulgare ; Aragan ; Auriganne ; Cache-puce ; Citron bâtard ; Fleur de Notre-Dame ; Fleur du tonnerre ; Grande marjolaine ; Herbe à la senteur ; Herbe de Notre-Dame ; Herbe du tonnerre ; Marjolaine bâtarde ; Marjolaine des champs ; Marjolaine sauvage ; Menthe bâtarde ; Organe ; Oringan ; Sentibon des prés ; Thym de berger ; Thym de bergère ; Thé rouge.

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Botanique :

Découvrir la fiche extraite du site collaboratif TelaBotanica pour connaître les caractéristiques essentielles de cette plante aromatique bien connue.

 

Selon les recherches de Suzanne Amigues, auteure de « L'odyssée des aromates », (La pensée de midi, vol. 13, no. 3, 2004, pp. 53-59) :


Mais l’aromate grec par excellence, c’est aujourd’hui encore l’origan – non pas l’espèce commune dans nos campagnes, à vrai dire peu odorante, mais sa congénère orientale à gros bouquets de fleurs blanches et feuilles délicieusement parfumées, utilisables en cuisine même plusieurs années après leur cueillette. Les effluves d’origan qui sortent des “tavernes” de Plaka, au pied de l’Acropole d’Athènes, restent pour de nombreux visiteurs le souvenir olfactif d’un voyage en Grèce.

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Usages traditionnels :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Les teintures végétales ne pouvant supporter la concurrence des teintures chimiques dont le prix est bien moindre, les plantes tinctoriales ont cessé d'être cultivées, et on en récolte plus guère celles qui croissent dans nos vallées et sur nos montagnes. Je me souviens d'avoir vu dans mon enfance arracher, pour la teinture, l'épine-vinette et l'Asperula cynanchica ; aujourd'hui personne n'y songe. L'énumération que je fais des plantes tinctoriales spontanées en Savoie n'a donc qu'un intérêt historique.

Teinture rouge : [...] suc de l'origan, Origanum vulgare ; [...].




Symbolisme :


Selon Pierre Zaccone, auteur de Nouveau langage des fleurs avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole et leur emploi pour l'expression des pensées (Éditeur L. Hachette, 1856) :


MARJOLAINE VULGAIRE - CONSOLATION.

On faisait autrefois un grand usage de cette plante en médecine. Elle passait pour être très efficace contre les maladies du cerveau.

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Baume - Guérison.

On donne le nom de baume à différentes espèces de menthes, à l'origan, ainsi qu'à quelques autres plantes de la famille des labiées. Ces plantes ont été employées depuis la plus haute antiquité pour la guérison de nombreuses maladies, soit en infusion, soit en les mettant macérer dans l'huile à laquelle elles communiquent leurs vertus.


L'autrice évoque également le symbolisme de cette plante dans le langage des fleurs traditionnel :


Marjolaine - Toujours heureux.

On croi , en Orient, que l'odeur balsamique de cette fleur préserve de toutes les maladies ; la superstition dit encore que la personne qui porte toujours sur elle une branche de marjolaine n'éprouvera jamais aucun malheur.

Dans l’Énéide, lorsque Vénus, voulant embraser le cœur de Didon pour Énée, substitue l'Amour au jeune Ascagne, « elle verse un doux sommeil dans les membres de l'enfant (Ascagne), puis l'emporte sur son sein et le dépose endormi dans les bosquets d'Idalie, où la tendre marjolaine l'enveloppe de son ombre et de son parfum. »

La marjolaine est une espèce d'origan ; ses fleurs sont disposées sur quatre rangs.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), l'Origan (Origanum vulgare) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Mercure

Élément : Air

Divinité : Aphrodite-Vénus

Pouvoirs : Esprits voleurs.


Utilisation magique : Les « esprits voleurs» sont toujours en cause, mais l'Origan ne remplit pas le même office en Afrique du Nord et en Sicile qu'en Italie.

Au bout de la plaine de la Mitidja, non loin d'Alger, se dresse le Kabr er Roumiyya = tombeau de la Chrétienne, ainsi nommé par les Algériens parce que, près du monument, on a retrouvé une pierre sur laquelle est gravée une sorte de croix. Le tombeau lui-même est une pyramide en ruines que l'on suppose être la sépulture de la famille royale de Numidie, peut-être même celle de Juba II. La légende raconte qu'il recèle des trésors immenses, dont un chrétien s'emparera après avoir fait alliance avec les esprits voleurs des Origans qui poussent en abondance alentour.

Il arrive parfois que des enfants viennent au monde la tête couverte d'une membrane, appelée « voile » dans les campagnes. Les mères siciliennes la conservent pieusement car elle porte bonheur ; seulement l'Origan en est excessivement friand et le seul moyen de protéger la membrane est de la faire sécher en la frottant avec un mélange de marjolaine et de santoline, car cette combinaison empêche l'Origan d'y toucher. Alors le voile précieux est inattaquable, et la mère en drape souvent une photographie de l'enfant.

Un sachet contenant un mélange de violettes et d'Origan, porté sur soi l'hiver, empêche d'attraper froid.

Ces plantes, au jardin ou à la maison, sont protectrices dans tout le monde anglo-saxon. On emploie l'Origan dans les charmes amoureux, ou bien on en sert, mêlé aux aliments, à la personne que l'on souhaite s'attacher.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Cette plante, consacrée à Osiris en Égypte, à Shiva et Vishnu en Inde, symbolisait l'honneur et l'amour dans le monde gréco-latin, où on en couronnait les jeunes époux. Selon la légende, un dénommé Amaracus, au service du roi de Chypre, fit un jour tomber un vase contenant des parfumes :"Il s'en effraya tellement qu'il demeura sans connaissance et fut changé en une herbe odorante, appelée amarakos, la marjolaine des Grecs. Ce mythe est peut-être à rapprocher de l'ancien usage que ces derniers avaient de planter de la marjolaine sur les tombes, dans la croyance qu'elle procurait la paix aux mors.

Les fleurs d'origan, bénies lors de la procession du 15 août, protègent des maladies et, jetées au feu, de l'orage. D'où les noms donnés à l'origan : "Fleur de Notre-Dame" ou "Herbe de tonnerre". Selon une tradition anglo-saxonne, l'origan qui pousse dans son jardin ou que l'on a chez soi a un grand pouvoir protecteur. La plante est également utilisée dans les charmes amoureux : on en mêle aux aliments de la personne dont on eut être aimé.

La marjolaine est connue pour être un remède souverain contre les poisons et venins ; Albert le Grand en donne pour preuve que la tortue, lorsqu'elle s'empoisonne, "se guérit en mangeant de la marjolaine bâtarde". Les fourmis, elles, fuient à l'approche de cette plante, fût-elle réduite en poudre. Certains hommes profiteront de ses bienfaits puisqu'on dit que marcher sur de la marjolaine donne de l'esprit aux simples ; d'autres l'éviteront car elle éloigne les séducteurs.

"Regarder de l'origan", expression qu'on trouve dans Aristophane, s'appliquait aux âmes énergiques. Disocoride prescrivait la plante "à ceux qui [avaient] perdu l'appétit, qui [avaient] l'estomac débile et [faisaient] des rots acides et fascheux'". Selon sainte Hildegarde, mystique allemande du XIIe siècle, l'origan, emblème par ailleurs de la guérison, donnait la lèpre à qui en mangeait ou en touchait mais guérissait ceux qui étaient atteints de ce mal.

En cas de fièvre, on recommandait dans le Gers de s'agenouiller, avant le lever du jour, devant un pied d'origan (mandras en patois), de lui offrir du vin, du poivre et du sel (les déposer au pied de la plante) et de dire : "Adieu, M. Mandras, Moi, j'ai la fièvre, tu ne l(as pas. Ici, du poivre, vin et sel. Prends la fièvre, je m'en vais".

Avoir sur soi l'hiver un sachet contenant un mélange de violettes et d'origan empêche de prendre froid.

Albert le Grand propose la recette suivante, "pour faire danser une fille en chemise", composée à partir de cette plante :

Prenez de la marjolaine sauvage, de la franche marjolaine, du thym sauvage, de la verveine, des feuilles de myrte, avec trois feuilles de noyer et trois petites souches de fenouil ; tout cela sera cueilli la veille de la Saint-Jean, avant le soleil levé. Il faut les faire sécher à l'ombre, les mettre en poudre et les passer au fin tamis de soie et quand on veut exécuter de joli badinage, il faut souffler de cette poudre en l'air dans l'endroit où est la file, en sorte qu'elle puisse la respirer, ou lui en faire prendre en guise de tabac, et l'effet suivra de près. Un fameux auteur ajoute que l'effet sera encore plus infaillible si cette expérience gaillarde se fait dans un lieu où il y ait des lampes allumées avec de la graisse de lièvre et de jeune bouc.

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Selon Pierre Dubois et René Hausman qui ont écrit et illustré L'Elféméride, Le grand légendaire des saisons - Automne-Hiver (2013),


"En septembre, elle est toujours là sur les coteaux herbus et en lisière des bois. Surmonté de ses profusions mousseuses de fleurettes rouges et roses, l'Origanus vulgare est une plante fort appréciée des Elfes. C'est Fleur de Dame qui l'a semée pour éloigner l'orage des collines, les Tomtes des régions septentrionales la fume et en parfume leur bière.

Parfum qui embaume aussi toutes les fêtes et rondes fées de l'été, car les danseurs du Petit Peuple ne manquent jamais de s'en frotter les jambes afin de garder "vigueur et légèreté".

Les anciens plantaient la marjolaine sauvage sur les tombes selon la croyance qu'elle offrait aux défunts un heureux et serein repos.

Elle est utilisée dans les charmes amoureux et annihile les mortels effets des venins et poisons. Tonique, antispasmodique, antitussif, expectorant, antiseptique, elle donne de l'appétit, combat l'aérophagie, les fermentations intestinales, la toux, et rend l'appétit au mélancolique. Le guérisseur des campagnes calmait par ses compresses le torticolis et les douleurs rhumatismales."

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi la Marjolaine (Origanum majorana) : "C'est une herbe très odoriférante ; elle est vivace dans la région de la Méditerranée et en Asie, alors qu'on doit la cultiver et la traiter en plante annuelle en Amérique et dans le Nord de l'Europe.


Propriétés médicinales : Ses propriétés médicinales sont multiples ; cette plante est un antispasmodique, un calmant ainsi qu'un expectorant. On s'en servait en infusion pour soulager la toux et même le coqueluche, ainsi que tous les problèmes pulmonaires. En tisane, elle est aussi recommandée pour régulariser la digestion et soulager les symptômes d'indigestion et les coliques. Son effet calmant est aussi efficace pour les maux de têtes et les désordres nerveux ; elle possède également un effet calmant sur les crampes menstruelles et elle régularise le cycle menstruel lorsqu'on la prend pendant trois jours avant le début des règles. Une infusion des fleurs agit comme antispasmodique pour l'estomac et soulage des nausées.


Genre : Masculin.


Déités : Aphrodite - Vénus.


Propriétés magiques : Protection - Amour - Bonheur - santé.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS :

  • On utilise la marjolaine dans les sachets et les talismans pour attirer l'amour, car cette herbe renforce les propriétés des autres herbes ; on s'en sert aussi pour épicer certains mets, ce qui rend plus forts les liens amoureux.

  • Pour protéger sa demeure, il est conseillé de placer un petit bouquet de marjolaine dans chacune des pièces de la maison ; on se protège ainsi de toute intrusion psychique négative.

  • Plantée dans le jardin, la marjolaine offre sa protection contre toutes les forces du mal.

SACHET POUR PRÉVENIR LES RHUMES ET LES GRIPPES :

Portée durant l'hiver, cette amulette prévient les rhumes et vous garde des virus.

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle jaune

  • de l'encens de pin ou d'eucalyptus

  • un petit sac de flanelle jaune

  • quelques feuilles d'eucalyptus

  • de la marjolaine (fraîche ou séchée)

  • une petite pierre d'onyx

Rituel : Allumez votre chandelle et faites brûler l'encens. Dans un mortier, réduisez les feuilles d'eucalyptus en poudre et versez-la dans le sac ; réduisez ensuite les feuilles de marjolaine en poudre en disant :


Marjolaine, marjolaine, éloigne le mal de moi

Éloigne la grippe et les rhumes de mon corps

Afin que je puisse profiter de l'hiver encore

Sans craindre les intempéries et le froid

Marjolaine, marjolaine, garde-moi.


Versez la poudre dans le sac, placez-y la pierre d'onyx et refermez. Portez cette amulette sur cous tout au cours de la saison froide.

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Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


MARJOLAINE (Origanum majorana L. ; l’amarakos des Grecs). — Les Grecs racontaient qu’autrefois Amaracus était un garçon au service du roi de Chypre ; en apportant un vase qui contenait des parfums il le laissa tomber ; il s’en effraya tellement, qu’il demeura sans connaissance et fut changé en une herbe odorante, nommée d’abord sampsuchon et puis amarakos ou amarakon. Les Grecs et les Latins couronnaient de marjolaine les jeunes époux. « O Hyménée », s’écrie, le poète Catulle,

Cinge tempora floribus

Suaveolentis amaraci.


Virgile nous montre Vénus transportant Ascanius dans les bois Idaliens,


ubi mollis amaracus illum

Floribus et dulci aspirans complecutur umbra.


D’après une note d’Elpis Melaina (Mme Schwarz) à un chant de noces crétois, la marjolaine est le symbole de « l’honneur ». D’après les Hieroglyphica selecta Hori Apollinis (1599, p. 158), la marjolaine éloigne les fourmis : « Formicarum absentiam ac discessum volentes significare, origanum inter sacras sculpturas pingunt. Hoc, si quidem eo in loco conditum unde formicae prodeunt, eas fugat. » C’est sans doute à titre d’herbe de l’honneur, que la marjolaine paraît encore douée du pouvoir d’éloigner les séducteurs. Le docteur Pitré nous a fait connaître un conte populaire de Marsala, où il s’agit d’un compère qui veut séduire, en l’absence du mari, sa commère et lui envoie un melon. La commère ouvre le melon et y trouve la tête de saint Jean, protecteur des compères et des commères, entourée de l’herbe cajulidda, dont les feuilles et l’odeur rappellent parfaitement la marjolaine. La commère s’en effraie, et lorsque le compère se présente dans l’espoir d’obtenir ses faveurs, elle lui répond simplement : « San Giuvanni è chinu (plein) di cajulidda » ; cela est passé en proverbe chez les commères, qui par ce mot se délivrent des importunités des compères.

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Dans Le Folk-Lore de la France, tome troisième, la Faune et la Flore (E. Guilmoto Éditeur, 1906) Paul Sébillot recense nombre de légendes populaires :


Les paysans se servent de locutions proverbiales qui semblent attribuer aux plantes une sorte d'animisme. D'anciens traités de culture emploient des formules qui rentrent dans cet ordre d'idées : Marjolaine veult plus grasse terre que violettes.

[...] Plusieurs plantes sont associées à des opérations magiques destinées à faire périr les gens ou à leur causer de notables dommages. Autrefois, dans le Genevois, on faisait frire sur le feu avec de l'alun, de l'herbe appelée provence, en disant : « Que le Diable sèche ainsi ceux qui ont volé ces objets jusqu'à ce qu'ils les aient rendus ! »

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Littérature :


La Marjolaine et le Verveine


La marjolaine et la verveine

La marjoveine et la verlaine

La verjolaine et la marveine

Chez Catherine ma marraine

On fait son lit de marjolaine

Et de verveine.


Robert Desnos, "La marjolaine et la Verveine" in Chantefables et chantefleurs, 1952.

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