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  • Anne

Le Cactus




Étymologie :

  • CACTUS, subst. masc.

ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1627 cactus « sorte de chardon » (P.-A. Matthiolus, Commentaires Dioscoride, p. 270), attest. isolée dans ce sens ; 2. [1781 d'apr. Bl.-W.5] 1788 cactus « plante grasse de la famille des cactacées » (Ch. Linné, Philos. bot., trad. du lat. par F.-A. Quesné, Paris, Cailleau, p. 31). I empr. au lat. cactos, cactus « cardon » (Pline dans TLL, s.v. cactus, 10, 30), lui-même empr. au gr. κ α ́ κ τ ο ς « carde, cardon » (Epicharme dans Liddell-Scott).


Lire aussi la définition du cactus pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

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Symbolisme :


Selon Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani :


Grâce à leurs épines, toutes les plantes de la famille des cactées repoussent le mal et l'infortune. Elles mettent également à l'abri de voleurs. Quatre cactus protègent une maison ou un appartement à condition qu'ils soient d'espèces différentes et placés aux quatre points cardinaux.

Les épines des grands cactus sont utilisées dans des opérations magiques, notamment pour "graver des symboles, des vœux, sur des racines, de préférence déterrées dans un cimetière, ou sur des chandelles colorées, bénies pendant la fête des Morts". On dit également que lorsqu'on met onze dans une bouteille de pulque (boisson mexicaine à base d'agave), les épines se querellent : "Ce sont les anges et les démons qui s'affrontent".

Le suc des cactées dissipe l'appétir sexuel : c'est pourquoi les mères mexicaines en donnent à leurs filles avant qu'elles sortent le soir.

Dans la médecine populaire arabe, on traite un "engorgement de la rate" en piquant de grains d'orge une feuille de figuier de Barbarie (plante grasse de l'ordre des cactées). Lorsque la feuille est entièrement desséchée, le malade est guéri. Selon une croyance juive, Jésus ne fut pas crucifié sur une croix mais sur un figuier de Barbarie. Dieu maudit alors cette plante et fit en sorte que'elle se couvrît d'épines.

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; le Cactus appelé Reine de la Nuit raconte la sienne dans un conte venu du Mexique et intitulé tout naturellement "La Reine de la Nuit" :


"Il n'était pas loin de minuit. La pâle lueur des étoiles tombait en flocons du firmament, et des essaims de lucioles se posaient sur les fleurs virevoltantes. Soudain, le silence se fit. Silence mystérieux, merveilleux. Un rayon de lune vint éclairer un cactus maussade, dissimulé dans le coin le plus obscur. Comme par enchantement, un bouton poussa sur son corps épineux, disgracieux, pour s'épanouir en une fleur somptueuse d'un blanc argenté, posée dans un calice d'or. Une jeune fille rayonnante de beauté sortit de la fleur. "Sois la bienvenue, petite sœur !" dit la reine Rose. "Sois la bienvenue, Reine de la Nuit ! Viens-tu avec un conte ?" La jeune beauté acquiesça en silence et se mit à raconter d'une voix douce :


Loin, très loin, au-delà des montagnes et des mers, se trouve un pas merveilleux. Au cœur de ce pays s'étend un désert sans fin. Autrefois, il y a bien longtemps de cela, un palais bâti d'obscurité se dressait au milieu de ce désert. Tous les autres soirs, il s'éclairait d'innombrables étoiles et la lune s'allumait avec faste au sommet de sa plus haute tour. Cependant, il s'effaçait tous les jours comme une ombre nocturne avec les premiers rayons de soleil. Ce palais appartenait à la bienveillante Reine de la Nuit. Elle était jeune et belle. Dès que la lune faisait singe ua crépuscule, la Reine s'installait sur son trône d'or pour peigner sa chevelure de jais et la répandre sur tout le pays. Ensuite, elle appelait ses deux sœurs, la Princesse des beaux rêves et la Princesse des cauchemars. "Envolez-vous, mes chères sœurs, vers le vaste monde et agissez selon votre destinée. Je vous confie les demeures des hommes. Posez-vous sur la tête des dormeur pour leur lire dans vos clés des songes antiques les contes merveilleux de la Reine de la Nuit. A toi, Princesse des beaux rêves, je demande de te poser délicatement sur la tête du beau jeune homme qui dort dans la palmeraie et de lui raconter sur moi ton rêve le plus doux. Maintes fois, j'ai fermé ses paupières avec la clé d'argent du sommeil, en dissimulant son visage dans ma chevelure noire. Il me plaît. Je voudrais qu'il devienne mon époux."

Les deux sœurs s'envolaient alors vers le vaste monde, pareilles à une brise nocturne. Sur le passage de la Princesse des cauchemars, les demeures des hommes retentissaient de plaintes angoissées. Les enfants se réveillaient au milieu de la nuit en sanglotant. Le visage de la Princesse était laid et ses histoires suscitaient la terreur. Heureusement, la bienveillante Princesse des beaux rêves venait apaiser de ses paroles aimables les dormeurs effrayés. Souvent, elle grondait sa méchante sœur pour ses méfaits, mais celle-ci répliquait brutalement : " Ce n'est pas ma faute, sœur, su je n'ai hérité que de la laideur et de la méchanceté. Ce n'est pas ma faute si du fond de mon cœur, je jalouse la beauté de la Reine de la Nuit. Mais mon heure viendra et je me vengerai." " Pauvre petite sœur, s'apitoyait la Princesse des beaux rêves, quelle affreuse destinée que celle de vivre le cœur débordant de haine ! "

Une nuit, enfin, la Princesses de beaux rêves aperçut, au cours de ses pérégrinations, une pauvre masure au milieu d'une palmeraie. Elle descendit tout doucement du firmament étoilé pour se poser sur la tête du beau jeune homme. Elle voila son visage de sa chevelure et commença son récit. Cette nuit-là, le jeune homme rêva d'une belle reine qui vivait dans un curieux palais plein d'étoiles, au milieu du désert.

" Celui des fils des hommes qui embrassera la Reine de la Nuit au premier rayon du soleil, deviendra son époux pour l'éternité", murmura la Princesse des beaux rêves, et le jeune homme sourit de bonheur dans son sommeil. Mais soudain, le visage hideux de la Princesse des cauchemars apparut sur sa tête.

" Ton beau rêve ne se réalisera pas, croassa l'affreux spectre. L'heure viendra où moi, Princesse des cauchemars, je vaincrai la Reine de la Nuit et toi, tu m'aideras dans cette tâche. Je la transformerai en une hideuse plante au corps disgracieux, hérissé d'épines ardentes. Tout homme qui la verra, détournera son visage avec dégoût."

L'aurore fit pâlir le ciel et le premier rayon de soleil chassa les ténèbres.Le jeune homme se réveilla les larmes aux yeux, mais l'aube souriante lui fit vite oublier son cauchemar. Dès lors, l'image de la Reine de la Nuit ne quitta plus son esprit. Un beau jour, il dit à ses parents :

" Quelque part dans le désert, ma fiancée m'attend dans un palais tissé de ténèbres. Je m'en vais à sa recherche."

Son père le mit en garde : " Le désert est infini, mon fils. Celui qui s'y égare, meurt." Mais sa mère sourit tendrement et le bénit. " Va, mon fils, l'incita-t-elle, l'amour est plus puissant que la mort, et la mort est plus douce qu'un désert éternel dans le cœur."

Ainsi, le courageux jeune homme partit dans le désert chercher son bonheur. Plus mort que vif, il erra vainement des jours et des jours durant dans le désert ardent Le soleil implacable lui brûlait les yeux et il but ses propres larmes, pour ne pas mourir de soif. Un soir, à bout de forces, il fit un petit feu avec des brindilles sèches de cactus. Il se recroquevilla sur lui-même et se mit à pleurer de désespoir.

Soudain, une petite phalène tournoya au-dessus du foyer et, attirée irrésistiblement, plongea, impuissante, dans les flammes. Le jeune homme eut tout juste le temps de l'attraper dans sa main. Il souffla délicatement sur ses ailes brûlées.

" Merci, mon sauveur, dit le papillon de nuit d'une voix de jeune fille. Je connais le but de ton voyage, mais sans mon aide, tu ne trouveras jamais le palais de la Reine de la Nuit. Ecoute-moi bien. Lorsque le feu qui m'a brûlé les ailes s'éteindra, avale la dernière braise. Tu te transformeras alors en phalène et sentiras aussitôt le parfum des fleurs lointaines. Suis le plus sensuel d'entre eux, la senteur enivrante de vanille de la Reine de la Nuit. Une fois arrivé au palais étoilé de la Reine, pose-toi délicatement à ses pieds. Mais je te préviens, n'essaie pas de l'embrasser avant que le premier rayon de soleil n'apparaisse dans le ciel." Sur ces paroles, le papillon s'envola.

Le jeune homme n'hésita pas une seconde. Lorsque les flammes s'éteignirent, il avala le dernier petit charbon ardent. Il se brûla cruellement mais à sa grande joie, il se transforma en une petite phalène. Aussitôt, il sentit tous les parfumes des fleurs lointaines et choisit le plus capiteux d'entre eux. Il vola de toute la force de ses ailes jusqu'au somptueux palais qui resplendissait d'une myriade d'étoiles irisées. la lune flamboyait sur la plus haute de ses tours. Enfin, il avait atteint le but de son voyage !

La Reine de la Nuit était assise sur son trône d'or, les cheveux défaits, les étoiles se reflétant dans ses yeux profonds. Lorsque le papillon se posa doucement, tout doucement, à ses pieds, retrouvant son apparence initiale, la Reine sourit aimablement et murmura :

" Est-ce toi, mon amour ? " Ne pouvant y résister, le jeune homme étreignit passionnément la Reine et l'embrassa. A cet instant, le tonnerre gronda sous la voûte du palais, les étoiles s'éteignirent et le rire odieux de la Princesse des cauchemars retentit dans la salle. " Pauvre imbécile, criait-elle, tu n'as pas su attendre le lever du soleil. Par ton baiser, tu as livré la Reine de la Nuit à mon pouvoir. Malheur à toi, sœur ! malheur à toi, arrogante reine ! Je te transformerai en un affreux cactus hérissé d'épines qui n'inspirera que du dégoût aux hommes. tel est mon bon plaisir. " Et il en fut ainsi.

Soudain, la Princesse de beaux rêves surgit au milieu de la salle, sa longue robe brûlée. " Pourquoi m'as-tu désobéi ? demanda-t-elle tristement au jeune homme. Je n'ai pas e pouvoir de contrecarrer la malédiction de ma sœur, mais je peux l'atténuer. dans un an, jour pour jour, une magnifique fleur s'épanouira sur le corps disgracieux de la Reine de la Nuit pour attirer, dans l'immense désert, le papillon de nuit par son doux parfum. Elle fleurira une seule nuit. Si son bien-aimé ne vient pas à temps, elle se fanera au premier rayon du soleil."

A ce moment, le soleil pointa à l'horizon et le palais d'étoiles fondit comme par enchantement. Le malheureux jeune homme se réveilla dans sa masure, le visage baigné de larmes.

" N'était-ce qu'un rêve ? " se demanda-t-il. Ses yeux se posèrent sur la paume de ses mains où de longues épines, dernier souvenir de l'étreinte de la Reine de la Nuit, restaient fichées. Les jours passèrent, sans atténuer pour autant la douleur du jeune homme. Un soir, cependant, le sommeil vint soulager sa peine. La Princesse des beaux rêves se posa délicatement sur sa tête.

" Si tu te sens le courage de partir à la recherche de ton amour perdu, murmura-t-elle, avale une épine de la Reine de la Nuit. Tu te transformeras en phalène qui sent tous les parfums des fleurs lointaines. Suis le plus grand sensuel d'entre eux, la senteur enivrante de la vanille, qui est celui de la Reine. Malheur à toi, cependant, si tu ne la trouves pas ! Tu seras condamné à garder pour toujours l'apparence de la phalène du désert." Le jeune homme se réveilla en sursaut. sans hésiter, il suivit le conseil du beau rêve. Aussitôt, il se transforma en papillon de nuit et se mit à suivre amoureusement le plus sensuel des parfums. Hélas ! La jalouse Princesse des cauchemars veillait. Ayant surpris les paroles de sa sœur, elle se hâta de répandre partout des grains de sable du désert. A peine touchèrent-ils le sol qu'ils germèrent et se transformèrent en cactus au corps disgracieux, hérissé d'épines. Ils poussèrent par milliers, chacun portant une fleur merveilleuse qui dégageait le doux et enivrant parfum de la chevelure noire de la Reine. Le malheureux papillon eut beau voler d'une fleur à l'autre, il ne parvint pas à trouver la vraie Reine de la Nuit. Peut-être continue-t-il encore à chercher inlassablement son amour perdu.

Désormais, chaque année, des myriades de fleurs merveilleuses fleurissent dans ce pays. Elles attirent par leur délicat parfum les cigales et les papillons de nuit. Lasses d'attendre leur bien-aimé, elles meurent au premier rayon de soleil. Chaque année, des Reines de la Nuit fleurissent, mais une seule d'entre elles est la vraie.

La Reine de la Nuit se tut. Le ciel pâlissait, rosissant timidement au-dessus de l'horizon.

" Mon papillon ne vient pas, se dit-elle avec un triste sourire. Mon heure va sonner. Je mourrai au premier rayon de soleil."

A ce moment, une petite phalène tournoya au-dessus de sa tête et se posa tout doucement à ses pieds. Elle se transforma en un charmant jeune homme qui embrassa la Reine de la Nuit avec passion. Les musiciens se mirent à jouer en sourdine, et le couple s'étreignit pour danser. Ils dansèrent tendrement enlacés jusqu'à disparaître au premier rayon de soleil."

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Littérature :


Le cactus délicat


Le cactus délicat

est un sacré gaillard

est un fameux dépendeur d’andouilles

est un grand flandrin

est un va-nu-pied

est un pistolet

est un drôle de lascar

est un drôle

est un rigolo

comme de juste puisque c’est un pistolet

est un drôle de corps

un coquin

un amiral des forêts

un général de peau de porc

La terreur des sables fins

Le ténor pour sourd et muet

mais ça n’arrange pas ses petites affaires

ni sa santé.


Robert Desnos, "Le cactus délicat" in Destinée arbitraire, 1975 (posthume).

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