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  • Anne

Le Narcisse


Étymologie :

  • NARCISSE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) 1363 narciz ynde désigne une couleur, prob. jaune (Inventaire de la Ste Chapelle ds Du Cange, s.v. narcissus [traduisant le lat. Narcissus Yndus, cf. aussi Narcissus Albus dès 1335, ibid.], v. aussi Gdf. Compl.) ; b) 1538 bot. (Est., s.v. narcissus) ; 2. a) 1552 p. allus. au mythe de Narcisse (Ronsard, Amours, éd. P. Laumonier, t. 4, p. 121 : Un vray Narcisse en misere je suis) ; b) av. 1648 «beau garçon» (Voiture, Poésies, éd. M. A. Ubicini, t. 2, p. 292) ; c) 1668 «homme amoureux de lui-même» (La Fontaine, Fables, livre I, 11, éd. Régnier, t. 1, p. 92). De Narcisse (lat. Narcissus, gr. Ν α ́ ρ κ ι σ σ ο ς ) héros de la mythologie dont la légende est rapportée de façon différente suivant les auteurs ; la version la plus connue est celle d'Ovide selon laquelle Narcisse ayant vu son visage alors qu'il se désaltérait à une source, tomba amoureux de lui-même et, n'ayant plus d'intérêt au monde, se laissa mourir en contemplant son image. À l'endroit où il mourut poussa la fleur qui prit son nom (v. Dict. myth. gr. et romaine).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :

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Symbolisme :


D'après Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"L'étymologie (narkè), d'où vient narcose, aide à comprendre le rapport de cette fleur avec les cultes infernaux, avec les cérémonies d'initiation, selon le culte de Déméter à Éleusis. On plante des narcisses sur les tombeaux. Ils symbolisent l'engourdissement de la mort, mais d'une mort qui n'est peut-être qu'un sommeil. On offrait des guirlandes de narcisses aux Furies, censées engourdir les scélérats.. La fleur pousse au printemps, dans des endroits humides : ce qui la rattache à la symbolique des eaux et des rythmes saisonniers et, en conséquence, de la fécondité. Ce qui signifie son ambivalence : mort-sommeil-renaissance.

En Asie, le narcisse est un symbole du bonheur et sert à exprimer les souhaits de nouvel an.

Dans la Bible, le narcisse, comme le lis, caractérise le printemps et l'ère eschatologique (Cantique des Cantiques, 2, 1).

Cette fleur rappelle aussi - mais à un degré inférieur de symbolisation - la chute de Narcisse dans les eaux où il se mire avec complaisance : de là vient qu'on en ait fait, dans les interprétations moralisantes, l'emblème de la vanité, de l'égocentrisme, de l'amour et de la satisfaction de soi-même.

Les philosophes (L. Lavelle, G. Bachelard), les poètes (Paul Valéry) ont longuement étudié ce mythe, interprété généralement de façon un peu simple. L'eau sert de miroir, mais un miroir ouvert sur les profondeurs du moi : le reflet du moi qu'on y regarde trahit une tendance à l'idéalisation. Devant l'eau qui réfléchit son image, Narcisse sent que sa beauté continue, qu'elle n'est pas achevée, qu'il faut l'achever. Les miroirs de verre, dans la vive lumière de la chambre, donnent une image trop stable. Ils deviendront vivants et naturels quand on pourra les comparer à une eau vivante et naturelle, quand l'imagination renaturalisée pourra recevoir la participation des spectacles de la source et de la rivière.

Gaston Bachelard insiste sur le rôle de ce narcisse idéalisant. Cela nous semble d'autant plus nécessaire, écrit-il, que la psychanalyse classique paraît sous-estimer le rôle de cette idéalisation. En effet, le narcissisme n'est pas toujours névrosant. Il jour aussi un rôle positif dans l'œuvre esthétique (notamment)... La sublimation n'est pas toujours la négation d'un désir ; elle ne se présente pas toujours comme une sublimation contre les instincts. Elle peut être une sublimation pour un idéal. Cette idéalisation se lie à une espérance, d'une telle fragilité qu'elle s'efface au plus léger souffle :

Le moindre soupir

Que j'exhalerais

Me viendrait ravir

Ce que j'adorais

Sur l'eau bleue et blonde

Et cieux et forêts

Et rose de l'onde.

(Paul Valéry, Narcisse)


A partir de ces vers et de l'étude de Joaquim Gasquet, Gaston Bachelard découvre également un narcissisme cosmique : c'est la forêt, le ciel qui se mirent dans l'eau avec Narcisse. Il n'est plus seul, l'univers se reflète avec lui et l'enveloppe en retour, il s'anime de l'âme même de Narcisse. Et comme le dit J. Gasquet : Le monde est un immense Narcisse en train de se penser. Où se penserait-il mieux que dans ses images ? demande G. Bachelard. Dans le cristal des fontaines, un geste trouble les images, un repos les restitue. Le monde reflété est la conquête du calme.

C'est le parfum du narcisse qui envoûta Perpéphone, quand Hadès, séduit par sa beauté, voulut ravir la jeune fille et l'emmener avec lui aux Enfers : La fleur brillait d'un éclat merveilleux, et frappa d'étonnement tous ceux qui la virent alors, Dieux immortels ainsi qu'hommes mortels. Il était poussé de sa racine une tige à cent têtes et, au parfum de cette boule de fleurs, tout le vaste Ciel d'en haut sourit, et toute la terre, et l'âcre gonflement de la vague marine. Étonnée, l'enfant étendit à la fois ses deux bras pour saisir le beau jouet : mais la terre aux vastes chemins s'ouvrit dans sa plaine nysienne, et il en surfit, avec ses chevaux immortels, le Seigneur de tant d'hôtes, le Cronide invoqué sous tant de noms. Il l'enleva et, malgré sa résistance, l'entraîna tout en pleurs sur son char d'or (Hymne à Déméter, v. 4-20).

Pour les poètes arabes, le narcisse symbolise, en raison de sa hampe droite, l'homme debout, le serviteur assidu, le dévot qui veut se consacrer au service de Dieu. Le mythe grec reste ici étranger à l'interprétation, qui déroule en de nombreux poèmes toutes les métaphores évoquées par l'apparence gracieuse et le parfum pénétrant."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), les Les Narcisses ont les caractéristiques suivantes :


On a pris l'habitude de les diviser en deux groupes :

a) Les Narcisses à hampes uniflores, comportant les :

  • Narcisses simples à trompette (Narcissus pseudo-narciccus) ; Narcisse trompette ; Narcisse des prés ; Coucou ; Jeanette ; Pâquette ; Aïault ; Poiron ; Bonhomme.

  • Narcisses à petites coupes (Narcissus incomparabilis), Narcisse à cornet ; Narcisse odorant ; Grande Jonquille ; Campernelle ; Jonquille simple.

  • Narcisses des poètes (Narcissus poeticus) ; Jeannette blanche ; Rose de la Vierge ; Œillet de mai ; Moulin à vent ; Claudinette ; Cou de chameau.

b) Les Narcisses à hampes multiflores, comportant les :

  • Narcisses jonquille (Narcissus Jonquilla) ; Jonquille.

  • Narcisses à bouquets (Narcissus tazetta) ; Narcisse des maisons ; Narcisse total ; Narcisse géranium ; Petite Rose de Constantinople ; Tazette ; Petite Tazette.

Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Amour ; Fécondité.


Le mythe du jeune Narcisse est sans doute funéraire ; pour s'être trop admiré dans l'eau d'une source, il fut changé en fleur. Par la suite, les nombreuses fables du cerf à la fontaine semblent avoir ce mythe pour origine : l'animal, fasciné, se mire avec complaisance dans la source limpide et ne voit pas approcher le chasseur. Antoine de La Sale, dans son Petit Jehan de Saintré, parle des « belles branches » de la fleur de Narcisse, exactement comme s'il parlait du cerf au bord de la fontaine, admirant les belles branches qui ont poussé sur sa tête.


Utilisation rituelle : Les Narcisses servirent, dans toute la Grèce antique, à couronner la tête des morts, des Furies, des Parques, de Pluton.


Utilisation magique : Un oignon de cette fleur entre fréquemment dans les charmes d'amour-attachement. Le « cornet » central, très développé chez les Narcisses trompette, est fécondateur pour les femmes qui ont des difficultés à concevoir ; on en fait des potions, des sirops, parfois des liqueurs.

Un bouquet de ces mêmes Narcisses trompettes dans la chambre à coucher aide aussi les femmes à devenir enceintes. Artémidore assure que des Narcisses vus en songe annoncent un prochain malheur

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Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi le Narcisse :

Mot clef : Amour de soi

Ô frères ! tristes lys, je languis de beauté

Pour m'être désiré dans votre nudité,

Et vers vous, Nymphe, Nymphe, ô Nymphe des fontaines,

Je viens au pur silence offrir mes larmes vaines.


Un grand calme m'écoute, où j'écoute l'espoir.

La voix des sources change et me parle du soir ;

J'entends l'herbe d'argent grandir dans l'ombre sainte,

Et la lune perfide élève son miroir

Jusque dans les secrets de la fontaine éteinte.


Et moi ! De tout mon cœur dans ces roseaux jeté,

Je languis, ô saphir, par ma triste beauté !

Je ne sais plus aimer que l'eau magicienne

Où j'oubliai le rire et la rose ancienne.

Paul Valéry (1871-1945), "Narcisse parle".


Dans la mythologie grecque, le jeune berger appelé Narcisse, fils du fleuve Céphise, était célèbre pour sa beauté. Toutes les nymphes des bois l'aimaient, mais l'une d'elles lui avait donné son cœur, sa cousine Écho. Celle-ci était incapable de lui avouer son amour ardent, car elle se trouvait condamnée à répéter les dernières paroles qu'il avait prononcées.

Narcisse n'imaginait pas l'adoration, non partagée, qu'elle lui portait, et ne devinait pas qu'il était la cause de son malheur. En le suivant an les bois, al belle nymphe devint aussi pâle et éthérée qu'un être diaphane ; elle finit par s'en aller errer dan les montagnes, et dépérit jusqu'à n'être plus qu'une simple voix se lamentant.

Vénus, déesse de l'Amour, entendit la plainte sans espoir d'Écho, et décida de punir le cruel berger. Alors que Narcisse chassait dans la forêt, elle fit en sorte que Cupidon lui envoie un charme magique. Arrivé devant une fontaine, Narcisse voulut y étancher sa soif ; en se penchant au-dessus de l'eau, il vit un bouleversant visage s'approcher de lui et, pour la première fois de sa vie, il tomba amoureux. Il plongea ses bras dans l'onde pour saisir la tremblante image, qui disparut aussitôt. Il se répandit alors en lamentations pour appeler la merveilleuse créature, mais seul lui répondait l'écho, triste et désespéré, venant de la montagne.

Le pauvre Narcisse commença alors à languir, sans se douter que l'immobile miroir des eaux reflétait sa propre image, et qu'il était amoureux de lui-même. Jour après jour, il demeurait près de la fontaine, ne pouvant s'arracher à la fascinante contemplation de ce visage, troublant l'eau de ses larmes amères et dépérissant de la même manière que la malheureuse Écho à cause de et impossible amour. Finalement, les dieux eurent pitié de lui : ils le changèrent en cette délicate fleur du bord des eaux, qui symbolise la beauté triomphante et cruelle de la jeunesse.

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Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


La mythologie a accordé une grande place à Narcisse, le fleur du même nom étant la métamorphose, décidée par les dieux, du fils du fleuve Képhistos et de la nymphe Liriope, captivé par le reflet de son visage que lui renvoyait un ruisseau au fond duquel il se précipita. De plus, Gaia, mère des Titans et des Cyclopes, envoûta Perséphone pour la conduire auprès d'Hadès, roi des enfers, grâce au parfum enivrant d'un champ de narcisses.

L'influence des mythes a fait du narcisse, qui couronnait la tête des morts, des Furies, des Parques, de Pluton, une fleur funèbre symbole de l'engourdissement et de la mort. Narkissos viendrait d'ailleurs de narkaô (assoupi), qui est à l'origine du mot "narcotique".

Dans le midi de la France, le narcisse est placé dans le cercueil des enfants et les Marseillais le considèrent comme plutôt maléfique. Il est admis d'ailleurs qu'en rêver n'est pas de bon augure.

De plus, son parfum entêtant et soporifique en a fait la plante idéale pour les philtres magiques. La prudence est de mise car une femme qui reçoit de son fiancé une telle fleur risque de ne plus penser à lui tant elle s'adorera elle-même.

Cependant, dans la mesure où il pousse au printemps et dans des endroits humides, le narcisse est rattaché "à la symbolique des eaux et des rythmes saisonniers et, en conséquence de la fécondité. Ce qui signifie son ambivalence : mort-sommeil-renaissance". Le narcisse, dont on fait des potions et des sirops, a un très grand pouvoir pour favoriser la fécondité des femmes qui ont quelques difficultés dans ce domaine. Dormir dans une chambre où on en a placé un bouquet facilite également la conception.

Le narcisse, qui en Asie symbolise le bonheur, représente dans le langage des fleurs la sociabilité, la courtoisie et l'amitié qu'on peut attirer en portant, suspendue au cou, un bout de sa racine séchée. Conserver sur soi un narcisse des prés cueilli fin mars favorise l'amour.

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : L’Égoïsme ; L’Égocentrisme.


Savez-vous ? Le narcisse est l'emblème de la Chine ; dans ce pays, il se nomme "shui-hsien :", ce qui signifie "la fleur immortelle de l'eau." En psychanalyse, le mot narcissisme vient directement de la légende grecque concernant Narcisse.

Usages : Les extraits d'essence du narcisse sont considérés comme un narcotique puissant. Quelques gouttes suffisent pour éloigner la plus tenace des insomnies.


Légendes : Dans la mythologie grecque, une nymphe du nom d’Écho tomba follement amoureuse de son beau et froid cousin Narcisse. Ne pouvant avouer son amour, Écho s'en alla errer et crier dans la montagne. Pour venger, Écho, Vénus, déesse de l'amour, fit boire à Narcisse dans la source d'Hélicon où il vit son reflet ; il ne peut s'en détacher, devint à jamais l'esclave de son image et fut transformé en fleur.


Message : Vous n'avez pas de cœur."

D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Le narcisse ne saut pas au cou. Il laisse tomber : "froideur" puis"égoïsme" et même "égocentrisme". Son attitude a donné le mot "narcissisme". Mais la petite coupe blanche au bord crénelé relevé d'une pointe de jaune a des qualités : le don d'une éternelle jeunesse, de la poésie ,de la comédie, voire de la divination : il lui arrive de lire les pensées secrètes de l'aimé(e). Pas étonnant qu'il inspire la médisance, la jalousie et suscite des rivalités. Bref, le narcisse n'est pas une fleurette innocente et tranquille. Cependant, aujourd'hui, on pose un regard neuf sur ce petit cousin de la sympathique jonquille. Offert au cœur de l'hiver, auréolé de son parfum agréable, il représente surtout un signe d'espoir et de renouveau.

Cette fleur très ancienne est aussi très considérée. La Bible qui ne cite que trois fleurs en tout et pour tout l'a placée aux côtés du lis et du lilas. Il figure en bonne place sur les fresques de Pompéi et Virgile la chante.

Au fait, d'où lui vient sa persistante réputation d'égoïsme ? Pour comprendre, remontons le temps et asseyons-nous au milieu des dieux de la mythologie antique, autrement dit dans un univers fantastique où tout peut arriver. Narcisse, berger grec d'une grande beauté, délaisse souvent ses moutons pour s'allonger au bord d'un lac. Il ne se lasse pas de contempler son visage dans l'eau. Jusqu'au jour où il tente d'embrasser son reflet. Perd l'équilibre. Tombe. Et se noie. Comme cela se fait chez les dieux, son corps est brûlé sur un bûcher. Parmi les cendres encore chaudes pousse alors une fleur nouvelle. On la nomme, bien sûr, le narcisse.


Mots-clefs : "Froideur, peut-être... espoir, sûrement"

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Doreen Virtue et Robert Reeves proposent dans leur ouvrage intitulé Thérapie par les fleurs (Hay / House / Inc., 2013 ; Éditions Exergue, 2014) une approche résolument spirituelle du Narcisse :


Nom botanique : Narcissus spp.

Propriétés énergétiques : Ouvre les canaux de communication ; améliore les capacités d'écriture et d'élocution et permet l'accomplissement des projets.

Archanges correspondants : Gabriel, Michael et Raphaël.


Chakras correspondants : chakra de la gorge ; chakra du cœur ; chakra du troisième œil.