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  • Anne

Le Muguet



Étymologie :

  • MUGUET, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 musguet bot. (Richard de Semilli, éd. G. Steffens, p. 355) ; 2. ca 1538 [éd.] adj. « élégant » (Moralité de la vendition de Joseph ds Myst. du V. Test., éd. J. de Rothschild, t. 2, p. 369, 1627) ; 1547 subst. « jeune élégant » (N. Du Fail, Propos rustiques ds Œuvres facétieuses, éd. J. Assézat, t. 1, p. 54) ; 3. 1769 méd. (Journal de méd., de chirurgie et de pharm. 31, 496 d'apr. FEW t. 19, p. 135a). Dér. de l'a. fr. mugue « musc » (fin du xie s., Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, 731a ; ca 1223, Gautier de Coinci, éd. V. F. Koenig, I Mir. 44, 838), en raison du parfum de cette fleur. Mugue est issu de musc* par un développement inexpliqué. Au sens 3, cf. musgue « maladie de la bouche » (fin du xie s., Raschi, Gl., t. 1, 731b).


Lire aussi la définition du nom pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :

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Symbolisme :


On trouve mention du muguet dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant à l'entrée "Lis des vallées" :


"Suivant une tradition mystique du IIe s., la vallée du Cantique des Cantiques signifie le monde, le lis désigne le Christ. Le lis des vallées est mis en rapport avec l'arbre de vie planté dans le Paradis (voir Origène, Homélie II sur le Cantique des Cantiques). C'est lui qui restitue la vie pure, promesse d'immortalité et de salut."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que :


Le muguet, ou "lys des vallées profondes", renforce la mémoire et les facultés intellectuelles. "Toute personne absorbée par un travail de créativité devrait avoir dans son bureau beaucoup de muguet frais ou, à défaut, brûler des bâtonnets parfumés au muguet".

Cette plante peut servir de charme amoureux : offrir à un homme et à une femme des fleurs de muguet placées au centre d'un bouquet de feuilles de mauves les rend amoureux l'un de l'autre (département de la Vienne).

Selon la célèbre coutume, donner ou recevoir du muguet le 1er mai porte bonheur : il faut savoir qu'en offrir avant cette date est maléfique.

La tisane de muguet a la réputation de "consolider les cœurs faibles". Pour faire disparaître des cors au pied, il faut mettre dans sa poche autant de racines de muguet que l'on a de cors.

Selon une tradition allemande, une dame blanche se tient près des pieds de muguet pour empêcher les gens de cueillir la plante.

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : Porte-Bonheur.


Savez-vous ? : Le muguet est une fleur très représentée dans les arts décoratifs de la Belle Epoque. Il figurait sur les cartes postales, les faire-part, les papiers à lettres, les foulards... Le muguet est le symbole de la fête du travail. C'est aussi la fleur emblème de la maison Dior. Le muguet est une plante toxique. Elle peut être mortelle en cas de consommation de son appareil végétatif.


Usages : La coutume veut que chaque Français puisse vendre cette fleur le Ier mai sans autorisation préfectorale.


Légendes : Il paraîtrait que le muguet, dans la tradition chrétienne, symbolise les larmes de la Vierge Marie, d'où son autre nom "les larmes de Notre Dame". Offrir treize brins de muguet à une personne serait, dans la tradition populaire, un gage de bonheur éternel.


Message : Bonheur nouveau."

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion, 2000) :


"Votre timidité ne me déplaît pas", "j'apprécie votre coquetterie discrète". Ainsi parle par euphémismes le muguet lorsqu'il dévoile les sentiments de celui ou celle qui l'offre. C'est la fleur du désir qui ne dit pas son nom et n'ose s'affirmer. Et c'est aussi ce que les spécialistes appellent une "fleur phallique". Il s'exprime avec précaution mais n'est pas mécontent de lui et déclare : "je vous rends coquet(te), rien ne vous pare mieux que moi". enfin, il conclut, catégorique : "je vous apporte le bonheur".

Durant le Haut Moyen-Âge, le premier jour de mai, les jeunes gens, pour fêter l'éclosion des fleurs précoces, tressaient des guirlandes et posaient des couronnes sur la tête de la plus gentille des jeunes filles. Dans les tableaux de la Renaissance italienne, lorsque l'archange Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus, il lui tend souvent un brin de muguet. Peut-être parce que la Vierge chante, selon un hymne ancien : "Je suis le muguet, la fleur des humbles."

Cette fleur des humbles est devenue fleur des élégantes depuis que, dans les années 1950, Christian Dior, qui croyait aux signes du destin, en fait son fétiche et l'accroche à ses petits tailleurs, à ses chapeaux et à ses robes du soir.

Mais comment donc, chaque année, le muguet en serre fleurit-il ponctuellement le premier mai alors que, sauvage, il se fait attendre dans les sous-bois ? Par un coup de froid donné à point nommé. Il le réveille tout à coup et lui permet d'arriver à temps pour approvisionner les marchands de porte-bonheur et faire chanter le refrain de Francis Lemarque : "Il est revenu, le temps du muguet !"


Mot-clef : "J'apporte le bonheur".

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D'après Pierre Leutaghi, auteur d'un article intitulé "Aux frontières (culturelles) du comestible" (Éditions Presses Universitaires de France | « Ethnologie française », 2004/3, Vol. 34 | pages 485 à 494) :

[...]

Dans le même registre, c’est un glacier du Vaucluse en péril de célébrité. Il diffuse une glace « au muguet » parmi d’autres saveurs assurément peu communes. On suppose que l’arôme en question, comme la plupart de ses analogues de l’industrie alimentaire, doit tout aux synthèses de quelque laboratoire grassois, rien à la fleur, n’est que le gentil sosie du muguet en vrai, l’une de nos fleurs vénéneuses. Poison du cœur parmi les plus actifs, cardiotonique et diurétique aux doses médicinales, le muguet doit son activité à des hétérosides qui en font un complément de même valeur que la digitale dans le traitement des insuffisances cardiaques sévères. Fleur porte-bonheur s’il en est, diffusée par centaines de millions le 1er mai, le muguet est un toxique très généralement inconnu. On assure que des enfants sont morts d’avoir bu l’eau d’un vase de muguet ; le simple fait d’en mâchonner quelques brins pourrait entraîner des intoxications, tandis que partager une chambre mal aérée avec cette fleur aurait provoqué des malaises 10. Les baies rouges sont très dangereuses.


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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Muguet (Convallaria magalis) :


"Poison - Les muguets se développent par rhizomes et préfèrent les terrains ombragés et humides ; l'apparition de ces petites clochettes blanches entourées de longues feuilles vertes sont le signe de l'arrivée du printemps un peu partout en Occident.


Propriétés médicinales : Il est important de noter qu'en infusion, le muguet contient la même substance que la digitale et devrait être traité avec la même prudence. Comme cette plante active le rythme cardiaque, il faut prendre garde de ne pas donner une infusion de muguet à une personne qui soufre de problèmes cardiaques. Utilisé de façon externe, en onguent, le muguet aide à soulager les maux de tête et les migraines, ainsi que les douleurs causées par la goutte et les rhumatismes.

Genre : Masculin.


Déités : Apollon - Ashtart -Esculape - Lilith.


Propriétés magiques : accroissement des forces psychiques.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Le muguet est idéal pour étudier et augmenter son pouvoir de concentration.

BAIN POUR SURMONTER LES ÉPREUVES MORALES

Cette plante rend le cœur léger et permet d'oublier ses malheurs.


Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle verte très pâle

  • de l'encens de chèvrefeuille

  • quelques fleurs de muguet fraîches (ou de l'huile de muguet)

  • une liste des épreuves que vous traversez (que vous aurez déjà écrite)

Rituel :

Allumez votre chandelle et votre encens dans la salle de bain, puis faites couler un bain très chaud dans lequel vous verserez quelques fleurs fraîches (ou quelques gouttes d'huile essentielle de muguet). Prenez la liste sur laquelle vous avez énuméré les épreuves que vous traversez, faites-la brûler et jetez-la ensuite dans la cuvette de la toilette, puis tirez la chasse d'eau. Entrez dans votre bain en disant :


J'ai brûlé mes malheurs, ils ne sont plus

J'ai brûlé mes peines, elles ne sont plus

Le parfum du muguet chasse les idées noires

Je remplace mes peines et malheurs par l'espoir.


Détendez-vous une trentaine de minutes dans votre bain en respirant l'odeur fraîche du muguet. Répétez ce rituel pendant sept jours consécutifs.

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Dans Vert, Histoire d'une couleur (Éditions du Seuil, 2013), Michel Pastoureau nous apprend que :


"Tout verger est construit comme un espace symbolique, et [que] chaque plante qui s'y trouve possède sa signification propre. Celle des fleurs varie beaucoup selon les époques et les régions et prend en compte plusieurs particularités : la couleur, le parfum, le nombre de pétales, l'aspect des feuilles, les dimensions des unes et des autres, l'époque de la floraison, etc. Quelques idées peuvent néanmoins être dégagées pour le Moyen Âge central : Le lis est symbole de pureté et de chasteté, [...] le muguet, de fraîcheur et de fragilité..."

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Mythologie :


Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" (Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016), cherche à déterminer les plantes associées par leur dénomination aux divinités antiques :


Le muguet est aussi un cas intéressant de bi-phytonymie. En effet, il est dédié à deux saints en fonction de sa génération. Premièrement à la Sainte Vierge, car le muguet serait né de ses larmes qu’elle aurait versées au pied de la croix (d’où son actuel nom de « larmes de Notre-Dame ») et deuxièmement à saint Léonard. En effet le muguet serait né du sang de saint Léonard lorsque celui-ci, conformément à la légende, aurait mené un combat avec un dragon.

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Croyances populaires :


D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : le muguet (Convallaria majalis) est un "porte-bonheur militant".


Origine du muguet : La mythologie grecque prête la création du muguet à Apollon qui tapissa le Mont Parnasse de ces fleurs afin que neuf muses aux pieds délicats puissent fouler sans heurt ce gazon au parfum agréable. De cette légende est né un des noms populaires du muguet : "le gazon de Parnasse". Également surnommé "les larmes de Sainte-Marie", le muguet serait, selon d'autres croyances, né des pleurs de la Vierge devant la Croix ou des gouttes de sang versées par Saint léonard combattant un dragon. Cette origine fabuleuse est sans doute la raison pour laquelle, selon le christianisme le muguet pousserait à l'entrée du paradis. Ses fleurs immaculées auraient la faculté de faire tinter ces clochettes lorsqu'une personne méritante franchit la porte.


Le muguet porte-bonheur : En cette fin d'avril, le printemps a enfin pointé le bout de son nez dans votre jardin où, depuis quelques jours, un beau parterre de muguet fleuri vous nargue effrontément ! Avouez que la tentation est forte de cueillir avant l'heure un brin ou deux pour l'offrir à un être cher. Mais il vous faudra refréner votre impatience coûte que coûte ! Car si un brin de muguet reçu le jour du 1er mai est de bon augure, procéder à la même offrande avant ou après cette date aurait des conséquences fâcheuses. Le muguet est décidément bien tatillon car seuls les brins pourvus de treize clochettes octroieraient le bonheur. Avis aux petits malins qui s'empresseraient d'ôter une fleur de trop, cette petite tricherie entraînerait des mésaventures pour les deux partis, donneur et destinataire....


Porte-bonheur empoisonné : Sous ses jolis dehors parfumés, le muguet cache un terrible défaut : toutes les parties de la plante renferment de nombreuses substances toxiques ! Croquer une baie, sucer un brin, manger les feuilles ou boire l'eau du vase comme cela est arrivé à certains étourdis, provoque des troubles digestifs voire des difficultés cardiovasculaires pouvant entraîner la mort en cas de forte ingestion. La simple présence de brins de muguet dan une pièce peut même indisposer certaines personnes en leur occasionnant céphalées et convulsions. En propageant la légende d'une Dame Blanche veillant à ce qu'aucun brin de muguet ne soit arraché dans les sous-bois, les Allemands espéraient certainement dissuader leurs enfants de cueillir et d'ingérer la plante parfumée. Si l'auteur américain Scott Cunningham reconnut la dangerosité de la plante, il se fit l'écho des Égyptiens en encourageant ses lecteurs à respirer fréquemment, mais sans en abuser, le parfum de la plante pour raviver la mémoire, l'intelligence et la créativité.

Le bonheur est dans les bois : Au cours de la première guerre mondiale, seul le muguet des bois était considéré comme un véritable porte-bonheur. Comme en témoigne un article paru le 1er mai 1915, la plante vendue en pot n'avait pas bonne presse : "... il faut se méfier du muguet en pied, qui peut être de provenance germanique ; le muguet français, le seul qui porte bonheur, est coupé. Mais, même sûr de son origine, le public témoigne de l'aversion pour cette fleur, dont les clochettes lui rappellent le casque à pointe de l'ennemi."


Traditions du mois de mai :


Il faut, ce jour-(là, avoir envoyé du muguet,

comme il faut en avoir reçu.

On en envoie à qui l'on aime,

on en reçoit de qui vous aime...

Rémy de Gourmont, 1925.


L'offrande coutumière d'un brin de muguet le 1er mai daterait de 1560. Cette année-là, le 1er mai exactement, le chevalier Louis de Girard fit don au roi Charles IX, alors âgé de dix ans, d'un bouquet de clochettes parfumées en guise de porte-bonheur. L'année suivante, le roi, ou le chevalier selon les versions, entreprit à la même date d'offrir du muguet aux dames de la Cour pour leur porter chance. Mais cette charmante coutume ne perdura guère dans le temps et il fallut attendre plusieurs siècles pour que cette tradition française soit remise au goût du jour par le biais de deux corporations.


Un cadeau pas si royal que ça : Charles IX désireux de soulager ses sujets par les temps de disette sévissant durant les guerres de religion, entreprit de leur offrir à chacun un brin de muguet porte-bonheur. Les malheureux, pensant là recevoir une sorte de salade, mangèrent la plante et périrent empoisonnés par leur roi....


Muguet présidentiel : dans les années 1890, la délégation des Forts (manutentionnaires des anciennes halles de Paris) offrait chaque 1er mai du muguet au président de la République. Réalisé bien avant que les moissons ne soient effectuées dans les champs, ce geste témoignait des souhaits de prospérité agricole pour la nation. Aujourd'hui, le chef de l’état et son épouse se voient remettre, le même jour, une corbeille de muguet offerte par une commission du marché international de Rungis.


Une histoire de haute couture : Le 1er mai 1900, les grands couturiers d'Île-de-France organisèrent une grande fête dans les bois de Chaville et remirent du muguet porte-bonheur à leurs clientes comme à leurs ouvrières. Certaines riches acheteuses furent vexées de se voir offrir un cadeau aussi simple et identique à celui des modestes employées. mais ces dernières, flattées de l'attention de leurs supérieurs hiérarchiques, piquèrent alors leur corsage d'un brin parfumé chaque 1er mai avant d'ne offrir à leur tour. Un effet de mode s'en suivit bientôt à Paris et en province, la tradition du muguet était définitivement lancée.

Dior : Le muguet était la fleur préférée de Christian Dior et feint naturellement l'emblème de sa Maison de couture. Renouant avec la tradition, il offrait chaque 1er mai à ses clientes et se "petites mains", quelques brins de clochettes parfumées. Le couturier dédia à sa plante fétiche une collection en 1954 puis un parfum en 1956 et enfin une robe de mai en 1957. Superstitieux, il ajoutait un brin de muguet dans un ourlet de ses modèles avant tout défilé. Après sa mort, Yves Saint-Laurent, en charge de lui succéder, épingla en la mémoire du défunt trois brins de muguet à son costume noir, lors de la présentation de sa toute première collection, le 30 juillet 1958. Faut-il s'en étonner ? Son succès fut énorme.


Fêtes du muguet : En mai 1906, le maire de Rambouillet organisa la première "petite fête du muguet". Relayé par l'ancien périodique "Le Petit Journal" et présidé par la duchesse d'Uzès, l'événement prit une forte envergure dès l'année suivante. Près de cent cinquante jeunes enfants, habillés de toilettes fleuries pour l'occasion, défilèrent dans les rues afin de remporter le "muguet d'or", récompense suprême. En certains endroits de France, la fleur aux clochettes blanches donne cours à des réjouissances festives marquées par l'élection dune reine du muguet, des défilés de chats fleuris et d'un bal propre aux rapprochements amoureux...


Fête du travail : Voilà un tout autre registre de fête auquel le muguet est souvent associé. Pourtant, les clochettes blanches ne sont en reine impliquées dans l'origine de ce rassemblement. Les manifestants arboraient initialement l'églantine rouge et ce n'est qu'en 1907 que le muguet fit son apparition sur quelques vêtements. Tut changea en 1941 lorsque sous l'égide du maréchal Pétain, le muguet remplaça définitivement la fleur vermillon, symbole considéré alors comme trop gauchiste pour "la fête du Travail et de la Concorde sociale".


Vente : Désormais indissociable du 1er mai, le muguet contribue au bonheur des particuliers souhaitant arrondir leur fin de mois. Ils sont libres de vendre du muguet le 1er mai sans avoir à payer de redevance sous plusieurs conditions : rester debout, n'avoir ni chaise ni table, proposer à la vente des muguets cueillis dans la nature ou cultivés dans son jardin, ne pas agrémenter les brins avec d'autres végétaux ou artifices (tels que paniers ou emballage), ne pas haranguer les passants et se poster à plus de quarante mètres d'un pont de vente professionnel, voire au-delà en fonction des arrêtés municipaux de certaines communes.


Au service de l'amour : Une croyance du XIXe siècle ayant cours dans la Vienne évoquait le parfum ensorcelant de la plante : offrir à deux personnes de sexe opposé un bouquet de feuilles de mauves et de muguet fleuri, conduisait les deux individus à éprouver infailliblement des sentiments l'un pour l'autre."

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; le Muguet raconte la sienne dans un conte venu de Bohême intitulé "Comment le Gardien des abeilles faillit devenir roi" :


"A moi, à moi maintenant ! " réclama une gentille demoiselle toute blanche, coiffée d'un bonnet aux clochettes parfumées. La reine Rose la caressa affectueusement. " Raconte-donc, princesse Muguet. Mais je te préviens, je ne veux pas entendre une histoire triste ! "


Au-delà d'un ruisseau bleu, au-delà d'un bosquet vert, se trouve un petit village, joli comme un cœur. Non loin de là se blottit une vétuste masure au toit de chaume. Le toit n'arrête pas le soleil qui brûle la maison de ses rayons, la pluie qui la mouille et encore moins le vent qui y siffle du matin au soir, faisant danser les souris. Autrefois, un pauvre orphelin qui gardait les cochons habitait cette masure. Comme il portait toujours sur l'oreille son chapeau orné d'un ruban élégant, d'une plume de geai et d'une marguerite, les voisins le surnommèrent Galurin. Bien entendu, les alouettes ne lui tombaient pas du ciel toutes rôties et, quant à ses cochons, il lui arrivait tout au plus d'en tâter quelques soies, le jour où on en tuait un, mais Galurin ne se plaignait pas.

"Si Dieu le veut, demain ça ira mieux", se consolait-il lorsque les paysans avares lui refusaient même un morceau de pain sec pour le récompenser de son labeur. Il attrapait un rameau de saule et s'en allait rejoindre ses cochons en sifflotant gaiement.

Un beau matin, Galurin s'installa confortablement au bord du ruisseau. Le soleil chauffait agréablement, et une douce somnolence commença à le gagner... Saperlipopette ! Galurin bondit comme si une guêpe l'avait piqué. Méchants cochons ! Et pas le moins du monde embarrassés ! Profitant de son inattention, ils s'étaient réfugiés dans le champ de maïs du maire. Ravis de cette chance, ils se mirent à le labourer et à se gaver à qui mieux mieux, grognant de contentement. Le maire, voyant cela, entra dans une grande colère.

" Espèce de malpropre, fainéant, prince des cochons ! hurlait-il en tressautant. Je ne veux plus jamais te voir dans mon village. Allez ! Dehors ! "

Pauvre Galurin ! Que pouvait-il faire ? Il rassembla ses effets et s'en alla, là où ses jambes voulaient bien le porter.

Il marchait depuis quelques temps quand, tout d'un coup, une tornade se déchaîna et il entendit un bruit assourdissant. Seigneur ! C'était un ogre !

" Où vas-tu comme cela, nabot ? ricana l'ogre. Tu ne t'es pas regardé ? "

" Taratata ! " Le gardien de cochons tenait bon. " Tu es bien plus nabot que moi. " Ils continuèrent à deviser ainsi pendant un bon moment pour savoir qui était le plus nabot des deux et, lorsqu'ils eurent assez, l'ogre proposa :

"Je vois que tu es courageux. Entre à mon service. Que sais-tu faire ? "

"A ton avis, que saurais-je bien faire ?, riposta Galurin. Je suis gardien de cochons. Je sais garder les bêtes. "

"C'est exactement ce qu'il me faut, se félicita l'ogre. Suis-moi à la clairière, tu y garderas les ombres. " Et il conduisit Galurin à une clairière. " Mais je te préviens, s'il en manque une seule, tu auras affaire à moi ! "

Le soleil brillait de tout son éclat et les ombres pullulaient. C'étaient des ombres de bouleaux, de sapins, de pins et autres arbres. Galurin coupa une branche et s'installa confortablement sous un sapin pour garder les ombres de l'ogre. En effet, que pouvait-il faire d'autre ? Il était inutile de vouloir se disputer avec ce stupide et grand escogriffe. Hélas ! Un petit nuage apparut dans le ciel et cacha la soleil. Toutes les ombres disparurent comme par enchantement. L'ogre ne tarda pas à revenir.

"Où sont passées mes ombres, " gronda-t-il. " Où veux-tu qu'elles soient ? " riposta celui-ci sans perdre son sang-froid. Je les ai envoyées dans la forêt se désaltérer à la fontaine. Elles m'obéissent au doigt et à l’œil. Quand elles auront fini de boire, je les rappellerai ", ajouta-t-il, tout en surveillant le soleil qui commençait justement à montrer le bout de son nez. Sans attendre davantage, Galurin siffla sur ses doigts, le soleil apparut et les ombres se mirent à danser sur la clairière. A l'approche de la nuit, Galurin décida :

" J'en ai assez de tes ombres. Je veux être rétribué et continuer ma route. "

L'ogre le récompensa généreusement pour sa journée et Galurin s'en alla. Il marcha toute la nuit et le lendemain tout la journée, puis une autre nuit et une autre journée, jusqu'à ce qu'il fût arrivé dans un bosquet de bouleaux. Tout d'un coup, un gnome se mit en travers de son chemin. Sa grande barbe retombait jusqu'à ses pieds.

" Où vas-tu comme cela, grand échalas ? " entreprit Galurin. " Échalas toi-même ! " répliqua celui-ci. Ils continuèrent ainsi à deviser pendant un moment pour savoir qui des deux était le plus grand échalas et, lorsqu'ils en eurent assez, le lutin conclut :

" Je vois que tu ne redoutes personne. Veux-tu entrer à mon service ? Que sais-tu faire ? "

" Je suis gardien de cochons, alors je sais garder les bêtes ", avoua le jeune homme. Le lutin hocha la tête, satisfait.

" C'est exactement ce qu'il me faut. Tu garderas mes abeilles? Mais je te préviens, si tu en perds une seule, tu me serviras gratuitement jusqu'à la fin de tes jours." Galurin accepta et il fit bien. Son travail n'était pas épuisant. Le matin, après que la rosée eut séché sur les fleurs, il tapait doucement sur la ruche et, aussitôt, des essaims d'abeilles s'envolaient pour aller butiner les fleurs dans les environs. Au coucher du soleil, elles revenaient sagement d'elles-mêmes, sans qu'une seule manquât. Le lutin était satisfait. Un soir, un parfum enivrant se répandit dans tout le bosquet de bouleaux." Qu'est-ce qui peut sentir aussi bon ? " s'étonna Galurin.

" Pas loin d'ici se trouve le Royaume du Muguet, expliqua le lutin. Son roi, qui est déjà vieux, a une file unique. Elle est très belle, mais capricieuse comme une giboulée de mars. Les prétendants se bousculent, mais s'ils ne s'acquittent pas de la tâche que leur impose la princesse, elle leur fait couper la tête, sans autre forme de procès."

" Moi je passerai bien outre ses caprices ", se dit Galurin. Le parfum du muguet lui donna une idée.

" J'irai garder tes abeilles dans le royaume du Muguet, annonça-t-il au lutin. Tu verras le bon miel qu'elles te donneront."

Comme le lutin n'y voyait pas d'inconvénient, le soir même, Galurin chargea la ruche avec les abeilles endormies sur son dos et prit le chemin du Royaume du Muguet. Le lendemain, il fut sur place. Il mit de guingois son chapeau préféré et frappa vaillamment à la porte dorée du château.

" Je suis Galurin, gardien de cochons. Je viens pour me marier avec la princesse ", cria-t-il.

" Encore un malheureux, soupira le vieux roi. Il peut dire adieu à sa tête." Malgré tout, il donna l'ordre qu'on conduisit Galurin dans la chambre de la princesse. Celui-ci fut pris de vertige devant tant de splendeur. Ses pieds s'enfonçaient dans un tapis moelleux entièrement tissé en clochettes de muguet. La princesses capricieuse s'étirait sur des coussins d'or, bâillait à se décrocher la mâchoire et jouait avec un bouquet de muguet en or blanc qui ressemblait, clochette par clochette, aux fleurs vivantes.

" Alors, il paraît que tu veux m'épouser, pauvre gueux ? sourit-elle, apitoyée. A ta guise. Si tu t'acquittes de la tâche que je vais te confier, je deviendrai ta femme. Tu recevras en sus la moitié du royaume et la moitié du gâteau de mariage. Sinon je te livrerai au bourreau."

Sur ce, elle ordonna à Galurin de se tourner. Elle prit son bouquet d'or blanc et le planta au hasard dans le tapis blanc, parmi les vraies fleurs de muguet.

" Tu peux commencer à chercher ! déclara-t-elle. Si d'ici ce soir tu n'as pas trouvé mon bouquet d'or parmi tout ce muguet, je te ferai couper la tête."

Galurin se retourna. Misère ! Des clochettes de muguet s'étendaient à perte de vue. Le tapis blanc agrémenté de feuilles vertes débordait du palais dans le jardin, du jardin dans les champs et des champs jusqu'aux montagnes.

"Même si je devais vivre mille ans, je ne trouverais jamais le bouquet de la princesse dans cette avalanche de fleurs ", se dit-il avec désespoir.

Très affligé, il pensa tout d'un coup à ses abeilles.

"Pauvres petites, j'ai oublié de vous lâcher. Levez-vous, mes chéries, le soleil est déjà haut dans le ciel ! " dit-il en tapant sur la ruche. Les abeilles s'égaillèrent dans les fleurs odorantes et Galurin les regarda butiner avec tristesse.

"De quoi aurai-je l'air sans ma tête ? se lamentait-il. Comment ferai-je désormais pour poser mon chapeau de guingois ? " Les abeilles ne savaient point lui répondre. Elles volaient de fleur en fleur pour les butiner en toute tranquillité, évitant soigneusement un endroit précis du tapis blanc. Tout d'un coup, Galurin se donna une tape sur le front : "Ça y est, j' suis ! s'écria-t-il joyeusement, et il courut à toutes jambes vers l'endroit que les abeilles esquivaient. Il arracha avec fébrilité un petit bouquet du tapis blanc. Ô joie ! Il brandit triomphalement les fleurs de la princesse. Avisées, les abeilles ne s'étaient pas laissées abuser par des clochettes d'or, aidant ainsi le jeune porcher à s'acquitter de sa tâche impossible. Quand la princesses vit arriver Galurin, le bouquet de muguet à la main, elle n'en crut pas ses yeux. Le vieux roi l'installa tout de suite sur le trône et lui dit :

" Enlève ton chapeau, Galurin, pour que je puisse te couronner. Désormais, tu seras roi.

- Qui a jamais vu un gardien de cochons sans chapeau ? se défendit celui-ci.

- Qui a jamais vu un roi sans couronne ? " tint bon le roi.

Mais Galurin s'entêta. Il repoussa fièrement son chapeau en arrière, et tira la langue à la princesse.

"Puisqu'il en est ainsi, je ne tiens pas dut tout à être roi, et encore moins l'époux de votre fille, Majesté." Et comme les abeilles avaient entre-temps regagné leur ruche, il chargea cette dernière sur son dos, et retourna chez le lutin sans même faire ses adieux. Le lutin l'attendait avec impatience. Qui sait, galurin garde peut-être encore aujourd'hui ses abeilles dans le bosquet de bouleaux ? Ou peut-être s'est-il marié avec une fée des bois ? Demandez donc à une abeille égarée, elle vous le dira.

"Tout de même, soupira à la fin la princesse Muguet, il avait fière allure avec son chapeau de guingois, orné d'un ruban, d'une plume de geai et d'une marguerite ! "

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Littérature :


Le Muguet


Un bouquet de muguet,

Deux bouquets de muguet,

Au guet ! Au guet !

Mes amis, il m’en souviendrait,

Chaque printemps au premier Mai.

Trois bouquets de muguet,

Gai ! Gai !

Au premier Mai,

Franc bouquet de muguet.


Robert Desnos, "Le Muguet" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Une évocation toute en subtilité de Christian Bobin dans Le Plâtrier siffleur (revue Canopée n°10, février 2012, Nature et Découvertes, Actes Sud ; Éditions Poésis, 2018) :


Emily Dickinson pourrait être une des figures exemplaires d'une manière d'habiter poétiquement le monde. Son espace était très étroit, c'était le jardin de son père, la maison de son père et, à la fin de sa vie, ça n'a plus été que sa chambre où elle ne recevait pas. Même le médecin restait sur le seuil, et donnait son avis de loin en voyant la malade allongée sur son lit. Elle habitait dans un espace qui s'est resserré de plus en plus. En même temps, la charge de ses poèmes était de plus en plus grande, leur densité solaire de plus en plus haute. On peut dire aussi que, spirituellement, c'est une jeune femme qui a passé sa vie à l'intérieur d'une clochette de muguet. L'infime, le minuscule, le passage muet et très fragile de la vie, c'était ce qu'elle habitait par la contemplation. Je crois qu'habiter poétiquement le monde, c'est l'habiter aussi et d'abord en contemplatif.

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Christian Bobin consacre quelques lignes de son ouvrage intitulé La Grande Vie (Éditions Gallimard, 2014) au muguet ; c'est l'occasion d'évoquer son père :


Premier jour du mois de mai. En ville, des pauvres vendent du muguet. Même s'ils ne sont pas pauvres, ils le deviennent par ce geste. Le commerce des brins de muguet est une forme divine de la mendicité.


Le parfum du muguet laisse un sillage riche et soûlant de grande dame. C'est un parfum pour orphelins, la promesse qu'un jour quelqu'un viendra les rechercher, les fera appeler par leur nom.


J'ai acheté cinq brins. Je les ai portés sur la tombe de mon père. Il pleuvait. Je ne maudis jamais la pluie, cette petite sœur déshéritée du soleil. J'ai entrevu assez du paradis pour comprendre qu'il peut être partout.


Sur la vitre, une goutte d'eau. Je suis sur la barque lente des mots qui avancent vers vous. Je me dirige avec une perche de silence plongée de temps en temps dans l'eau du langage. Et je suis en même temps dans la cité de cristal de la petite goutte d'eau, à l'intérieur de laquelle se trouve aussi le cimetière où j'étais ce matin, avec les anges tournant sans bruit autour des gisants dans leur drap de marbre.

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