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  • Anne

La Glycine


Étymologie :

  • GLYCINE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1744 (Linné Syst. Nat.). Dér. savant du grec γ λ υ κ υ ́ ς « doux »; suff. -ine*.


Lire également la définition du nom "glycine" afin d'amorcer la réflexion symbolique.

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Symbolisme :


Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mots-clefs : La tendresse ; L'amitié.


Savez-vous ? : La glycine est apparue en France vers la moitié du XIXe siècle et devint un thème favori de l'Art Nouveau. C'est seulement vers les années 1900 qu'elle sera la fleur préférée de toutes les maisons de villégiature d'Europe. Il arrive que la glycine mette parfois plusieurs années à produire ses belles fleurs mauves en grappes. Elle n'embellit pas moins le seuil de la maison ou les portails.


Légende : Les Romains et les Grecs tenaient beaucoup à cette fleur. Ils en portaient en permanence sur eux quelques rameaux pour attirer et préserver l'amour conjugal.


Message : Vous êtes une douce amie."

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Littérature :


L’Églantine, l’Aubépine et la Glycine


Églantine, aubépine,

Rouge, rouge, rouge et blanc.

Glycine,

L’oiseau vole en chantant.

Églantine, aubépine,

Bouge, bouge, bouge et vlan !

Glycine,

L’oiseau vole en chantant.

Et vlan, vlan, vlan !


Robert Desnos, "L’Églantine, l’Aubépine et la Glycine" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Dans son roman policier Le Parme convient à Laviolette (Éditions Denoël, 2000), Pierre Magnan nous propose une description personnelle de la glycine, attachée à la nostalgie de son personnage principal en mal d'amour :


"Une amertume nouvelle plissa les commissures des lèvres chez Laviolette. Mais alors il leva les yeux. Il avait parcouru toute la hauteur de l'androne qui le jetait sur cette vision du passé : la glycine de Rogeraine. Elle venait de se dévoiler tout d'un coup au coin de la ruelle dans toute sa longueur, dans toute sa largeur.

Laviolette se trouva nez à nez avec cette cataracte bleue qui l'attendait depuis toujours. La saison déjà tirait à sa fin des floraisons estivales mais la glycine était si énorme, elle était si profondément enfoncée sous la fontaine qui la nourrissait qu'elle fleurissait jusqu'en septembre.

La glycine magnifique n'avait pas pris une ride. Elle était plus opulente encore que vingt-cinq ans auparavant. Elle s'était approprié, elle avait gargotté tout ce qui dépassait de la maison, depuis la toiture florentine jusqu'à cette terrasse où le docteur Gagnon et Rogeraine étaient morts d'amour et de haine, face à face, se contemplant jusqu'au bout, avec entre eux cette bouteille de Château-Latour qu'ils avaient bu jusqu'à la lie.

Laviolette ébloui contemplait cette inflorescence gigantesque, les enchevêtrements des branches retournant sur elles-mêmes, solidement s'étranglant, tentant de s'étouffer l'une l'autre dans leurs enlacements. Quelques abeilles qui s'étaient attardées autour des grappes bleues achevaient de périr sous l'effet du sereine qui leur plombait les ailes.

Laviolette mesura la hauteur de la maison, la hauteur de la glycine. Jadis, il n'avait pas hésité à s'agripper au tronc, puis aux branches, à escalader les douze mètres qui séparaient le pied de la glycine de la terrasse dont il avait franchi la balustrade pour se trouver en présence de ces deux cadavres rigides qui avaient emporté leur secret dans la tombe.

Il eut envie de récidiver, pour voir, et s'il lui prenait un malaise en route et qu'il lâchât prose eh bien tant mieux, ça ferait un couillon de moins. Mais s'il réussissait ? Que dirait-il à ceux qui là-haut prenaient paisiblement le frais et qui verraient surgir cet énergumène déguisé en vieillard avec son panama et son costume de nankin démodé ? Il renonça.

A grand regret, il dit adieu à cette vision de la glycine qu'il laissa derrière lui au coin de la maison. Il continua à gravir l'androne, accompagné en sourdine par une musique qui venait de naître et qu'il connaissait bien. Sisteron en ce juillet-là n'était qu'une symphonie, tous ses habitants étaient sous le charme, et ce que Laviolette commençait d'entendre c'était la Passion selon saint Matthieu qui descendait depuis cette terrasse que camouflait une glycine. [...]

Alors il s'effaça dans l'ombre de la fontaine où la glycine monstrueuse puisait sa force. Il était face à la terrasse de Rogeraine discrètement éclairée. Il pouvait à travers les trous de la frondaison contempler tout ce qui s'y passait et notamment une balancelle de jardin mollement agitée au vent coulis où respirait la glycine dans la fraîcheur de la nuit.

[...]

Comme chaque fois qu'il s'arrêtait d'agir depuis hier au soir, dans sa tête retentissait le pas léger de Lemda parcourant le long corridor de la maison à glycine, là-bas à Sisteron. C'était à chaque fois comme autant de clous qui s'enfonçaient dans ses os. Il voyait la terrasse, avec ses luxuriantes guirlandes de glycine en fête et par le pertuis de cette splendeur mauve la main de Lemda scellée sur celle de son amant.

[...]

Et là-dessus, ils touchent leur képi et ils font mine de s'en aller. Puis ils reviennent. Entre deux doigts y en avait un qui tenait une chose qui avait pas l'air vrai. Je fins par reconnaître une culotte de femme. C'était une culotte bleu nuit toute en fleurs de dentelle. On aurait dit une glycine. Alors là ils nous disent :

"On a l'impression que c'est de ça qu'il est mort, il la tenait dans une main en la serrant contre sa bouche. Ou bien il se mouchait dedans ou bien il l'embrassait.

- Mort d'enthousiasme..., répéta Laviolette."

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