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  • Anne

Le Lilas


Étymologie :

  • LILAS, subst. masc. et adj.

Étymol. et Hist. 1605 bot. lilac (O. de Serres, Théâtre d'agric., VI, 10 ds Hug.) ; 1651 lilas (N. de Bonnefons, Le Jardinier françois, p. 75 ds Mél. Dauzat (A.), p. 28) ; p. ext. 1757 adj. « de la couleur du lilas » (Inventaires mobiliers au xviiie s., éd. A. Bourgeois, p. 10 : un habit et culotte d'étoffe de soie fond lilas à petites fleurs). Empr. à l'ar. līlāk, lui-même issu du skr. nīlah par l'intermédiaire du persan līläǧ (v. FEW t. 19, p. 108 b).


Lire aussi la définition pour amorcer la réflexion symbolique.




Botanique :


Dans Les Langages secrets de la nature (Éditions Fayard, 1996), Jean-Marie Pelt évoque les différents modes de communication chez les animaux et chez les plantes :


A l'inverse des mécanismes chimiques qui attirent les insectes vers les plantes dont ils se nourrissent, il existe en effet des facteurs également chimiques qui dissuadent les insectes de s'alimenter à telle ou telle espèce ; ce sont les « phago-répulsants », équivalents dans le règne végétal de nos modernes « coupe-faim».

Le melia, ou lilas des Indes, très bel arbre du Moyen-Orient, en est le prototype. Ses inflorescences sont des thyrses, sortes de grappes dressées comme celles du vrai lilas et dont s'enorgueillissait Dionysos, qui les portait à la main. Le melia s'est fait la flatteuse réputation de n'être attaqué par aucun insecte parasite. Ses graines contiennent en effet une substance chimique qui se révèle être un très puissant dissuasif à l'égard des insectes ; son action se manifeste déjà à la dose extrêmement faible de 0, 1 partie par million, de sorte que la plante a été utilisée avec quelque succès comme insectifuge. (1)


Note : 1) Cette plante vient de s'illustrer dans le conflit qui oppose les écologistes à certaines firmes commerciales américaines. Les premiers plaident pour la biodiversité et le respecte des espèces naturelles que les seconds prétendent s'accaparer en les protégeant par un brevet d'exclusivité. Ainsi du melia, dont la substance active, l'azadirachtine, vient d'être brevetée par un laboratoire américain... Grosse émotion en Inde, où la plante est utilisée en médecine populaire depuis des millénaires et où il parait inconcevable de devoir payer des royalties pour pouvoir la récolter librement...

Affaire à suivre.

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Symbolisme :


Sheila Pickles écrit un ouvrage intitulé Le Langage des fleurs du temps jadis (Édition originale, 1990 ; (Éditions Solar, 1992 pour la traduction française) dans lequel elle présente ainsi le Lilas :

Mot clef : Premières émotions amoureuses


Et nous vivons ainsi que les premières lignes

J'y chanterai tes bras comme les cols des cygnes

J'y chanterai tes seins d'une déesse digne

Le lilas va fleurir Je chanterai tes yeux

Où danse tout un cœur d'angelots gracieux

Le lilas va fleurir ô printemps sérieux

Mon cœur flambe pour toi comme une cathédrale

Et de l'immense amour sonne la générale


Guillaume Apollinaire (1880-1918), "Poème à Lou".


Le nom botanique du genre vient du grec syrinx, flûte de berger fabriquée à partir des rameaux creux de l'arbuste. Le Lilas, dont le nom vient du persan, est probablement originaire des confins de l'Europe et de l'Asie. Importé très tôt de Constantinople, il était déjà apprécié dès le XVIe siècle. Ses grosses grappes, mauves ou blanches, sont très romantiques et expliquent qu'il fut à la mode au XIXe siècle. Les fleuristes forçaient les rameaux en boutons en début de saison pour décorer les maisons.

Le Lilas blanc est le symbole de l'innocence de la jeunesse, mais, comme de nombreuses fleurs immaculées, il est également souvent associé à la mort. Il est curieux de constater que le Lilas symbolise, dans le langage des fleurs, la fraîcheur et la pureté des sentiments, le premières amours, alors que, dans certaines contrées, un rameau fleuri de cet arbuste signifie la rupture d'un engagement.

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Selon Des Mots et des fleurs, Secrets du langage des fleurs de Zeineb Bauer (Éditions Flammarion, 2000) :


"Mot-clef : L'innocence.

Savez-vous ? : Originaire de Perse, , le lilas fut offert par Soliman le Magnifique à la cour d'Italie. Sous le règne de la reine Victoria, les villageois anglais accrochaient des branches de lilas pour annoncer que les fiançailles de leurs filles étaient officiellement rompues. Dans les anciens empires germaniques, les jardiniers avaient ordre de planter un lilas à la naissance de chaque nouveau prince. L'olivier, le forsythia et le frêne font partie de la même famille que les lilas.


Usages : L'huile de lilas est utilisée dans certains pays de l'Europe de l'Est pour soigner les rhumatismes.


Légende : Pan, dieu de la nature, préféra sa flûte en bois de lilas à son premier amour. Cela lui valut de se noyer poussé dans l'eau par la nymphe.


Message : Vous êtes mon premier amour."

Dans Le Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes (Éditions Robert Laffont S.A.S., 1995, 2019) proposé par Éloïse Mozzani, on apprend que : 


Lorsqu'un homme offre à une jeune fille du lilas blanc, il déclare son amour et montre qu'il respecte sa virginité du lilas mauve équivaut  à une demande en mariage. Ce cadeau s'appelle "Lettres persanes" car le lilas provient de Perse et doit, dans ce cas, porter bonheur au futur couple.

Des branches de lilas fleuries mises dans des vases mettent à l'abri des influences négatives. En Nouvelle-Angleterre (États-Unis), seuls les lilas plantés dans un jardin ont ce pouvoir. Le lilas mauve assainit les maisons hantées. En Grande-Bretagne, c'est un bossu qui doit les lancer dans le lieu malsain ou une femme qui a connu deux veuvages.

Dans la tradition anglaise, le lilas dont e parfum entêtant peut conduire au sommeil n'est pas de bon augure. Blanc, il est associé à la mort : il ne faut donc jamais en offrir à un malade, en orner sa maison ou son appartement. Le lilas rouge ou mauve, quoique moins craint, attire néanmoins l'infortune. Seules exceptions pour ces fleurs maléfiques, liées au mois de mai : quand elles ont cinq pétales et quelle que soit dans ce cas leur couleur. On dit également que es buissons de lilas poussant le long de la frontière galloise pleurent lorsqu'on abat un des leurs et qu'ils ne donnent pas de fleurs l'année suivante.

En Russie, le fleuron de lilas blanc ayant plus de quatre pétales constitue une amulette protectrice alors que celui à trois pétales seulement porte malheur.

Une branche de lilas mise dans l'eau à minuit le soir de Noël bourgeonnera à la Chandeleur.

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D'après Nicole Parrot, auteure de Le Langage des fleurs (Éditions Flammarion 2000) :


"Dans toutes ses suaves couleurs, le lilas commence par conseiller l'espérance. Jaune, il manifeste une certaine inquiétude. Rosé, il exprime quelque vanité. Blanc, il invite sans détour : "aimons-nous", et félicite la personne qui le reçoit pour sa jeunesse d'esprit. Cérémonieux, il ajoute : "à quand nos fiançailles ?" Mauve, il confirme : "je crois en vous et je vous aime". Et constate : "qu'il est doux d'être aimé". enfin, lorsque l'amour s'est enfui, il chante l'amitié. C'est un sage. Alors on l'aime et on le chante :


"Dans le jardin d'mon père

Les lilas sont fleuris

tous les oiseaux du monde

Viennent y faire leur nid."


Son nom provient du persan lilag car la fleur en grappes a beaucoup voyagé au cours des siècles. Avec la tulipe, le lilas fait partie des cadeaux de Soliman II de Constantinople aux ambassadeurs européens. Dès son arrivée sous nos cieux, encore sauvage, il connaît un grand succès. Son arôme musqué très particulier entre dans la composition de nombreux parfums.

Il embaume, disaient les Romantiques, comme le souffle d’Éros. Tout un programme. Il accompagne de ses effluves les émois de la Belle Époque et, sous l'édredon, les bourgeoises de Labiche tandis que leurs amants s'aspergent de Cuir de Russie. Dans les guinguettes de Robinson, aujourd'hui encore, les couples s'enlacent et tournoient sur l'étourdissante Valse des Lilas d'Eddy Marnay.


Mot-clef : "Fiançailles en vue ! "

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Éditions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Lilas (Syringa vulgaris) : "Cet arbre est surtout connu pour ses fleurs qui vont du blanc au violet foncé et qui embaument chaque printemps.


Propriétés médicinales : Une infusion de lilas peut calmer les nerfs ; on utilise également ses fleurs dans les pots-pourris afin de calmer les conditions nerveuses.


Genre : Féminin.


Déités : Minerve - Perséphone.


Propriétés magiques : Exorcisme - Protection - Vies antérieures.


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • Traditionnellement, on plantait du lilas pour éloigner les esprits malins et conjurer le mal. Les colons de la Nouvelle-Angleterre plantèrent d'ailleurs une multitude de lilas pour empêcher le mal de les atteindre dans ce Nouveau Monde.

  • La tradition veut que des bouquets de lilas soient placés dans une maison hantée pour la débarrasser des esprits et des fantômes.

  • Les fleurs violettes de lilas servent à purifier les demeures ; mêmes séchées, elles gardent leurs propriétés de purification et de protection ; pour purifier votre demeure, placez un bouquet de lilas dans chacune des pièces de votre maison.

RITUEL POUR VOUS RAPPELER VOS VIES ANTÉRIEURES

Ce dont vous avez besoin :

  • une chandelle mauve pâle

  • de l'encens de chèvrefeuille

  • du lilas frais ou séché (le frais est plus efficace, mais vous pouvez faire sécher les fleurs et jouir de ce rituel toute l'année).

  • un petit sac de soie ou de coton mauve

  • un petit quartz améthyste

Rituel :

Allumez la chandelle et faites brûler l'encens, puis placez les fleurs dans le sachet en disant :


Perséphone, toi qui descends en Hadès,

Conduis-moi sur le chemin du passé

Afin que je découvre qui j'étais

Et que je revienne avec ce souvenir.

Placez votre pierre dans le sac et refermez-le soigneusement. Touchez votre front avec le sac et respirez l'odeur des fleurs de lilas. Éteignez la chandelle avant de méditer ou de vous endormir.

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Doreen Virtue et Robert Reeves proposent dans leur ouvrage intitulé Thérapie par les fleurs (Hay / House / Inc., 2013 ; Éditions Exergue, 2014) une approche résolument spirituelle du Lilas :


Nom botanique : Syringa vulgaris.


Propriétés énergétiques : Soulage de la dépression, procure un sentiment de paix et de calme, et libère des angoisses et des peurs.


Archanges correspondants : Michael.


Chakras correspondants : chakra du plexus solaire.


Propriétés curatives : Le lilas est merveilleux pour apaiser et pour combattre le chaos de nos vies quotidiennes. Il convient parfaitement aux personnes qui souffrent d'anxiété ou de dépression? Lorsque votre humeur est mauvaise, votre niveau d'énergie est plus fiable, et chaque journée nécessite de déployer n effort important. Mais en présence du lilas, vous pourrez profiter de chaque instant. Vous apprécierez les nouvelles expériences que vous serez alors en mesure de partager avec les autres.


Message du Lilas : « J'agis comme un ami dont l'étreinte chaleureuse vous procure calme et réconfort, lorsque vous en avez besoin. Apaisez votre esprit l'espace d'un instant. Je peux vous libérer des pensées irritantes et déprimantes qui ne vous quittent jamais et les remplacer par un état d'esprit positif. Vous avez la capacité d'y arriver, et je suis ici pour vous aider à profiter de nouveau du moment présent. Par le passé, il vus est arrivé de vous sentir déprimé et malheureux, mais les choses sont en train de changer. Vous allez mener l'existence que vous désirez et que vous méritez profondément. Vous ne méritez pas, ni ne mériterez jamais, d'être malheureux ou déprimé. Les anges souhaitent vous vor profiter de chaque journée qui passe. Laissez-moi vous soulager de votre fardeau, et vous pourrez apprécier les joies de la vie. »

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Contes et légendes :


Paul Berret, dans Sous le signe des Dauphins, Contes et légendes du Dauphiné (Éditions des Régionalismes, 2008/2010), raconte une histoire intitulée "Des lilas et des roses" qui fait la part belle à ces deux fleurs :


"Au-dessus de moi c'était partout des grappes de lilas. Mauves, violettes ou pourpres, elles se pressaient, balancées à l'extrémité des tiges, fraîches, odorantes, avec cet air de majesté que prennent les fleurs placées sur les autels auprès des statues de saints ou de vierges.

" Voilà le miracle, me dit le vieux bûcheron.

- Oui, repris-je, tous ces lilas qui se sont propagés en cercle viennent sans doute d'un pied planté jadis à l'entrée du caveau par la main pieuse d'une Chartreusine.

- Qui sait ?"

J'étendis la main pour saisir une de ces belles fleurs d'outre-tombe.

"N'y touchez pas. Ce serait un sacrilège : ces fleurs, qu'elles viennent des anges ou du diable, ce n'est pas pour nous. Il ne faut pas voler les mortes : elles se vengeraient".

Je respectai le scrupule du vieillard.

"Oui ? qui sait si la racine de ces lilas ne plonge pas dans le caveau ténébreux ? De quels sucs sont-elles nourries ? Sait-on si de l'âme de ces vierges, mortes en odeur de sainteté, n'émane pas l'effluve invisible du parfum d'encens de ces fleurs ?

La nature a ses mystères ; et ce n'est pas seulement dans la forêt des Écouges qu'elle s'est plu à parer de la grâce des floraisons la demeure dernière des Chartreusines."

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Littérature :


Le Lilas


Mon premier lilas blanc

Que Lili cueille en branche,

Mon deuxième lilas quoi que vous en pensiez,

Mon troisième lilas dont la tige se penche,

Mon dernier lilas bien qui lilas le dernier.


Robert Desnos, "Le Lilas" in Chantefables et Chantefleurs, 1952.

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Les Lilas

Je rêve et je me réveille

Dans un odeur de lilas

De quel côté du sommeil

T'ai-je ici laissée ou là

Je dormais dans ta mémoire

Et tu m'oubliais tout bas

Ou c’était l'inverse histoire

Étais-je où tu n'étais pas

je me rendors pour t'atteindre

Au pays que tu songeas

Rien n'y fait que fuir et feindre

Toi tu l'as quitté déjà

Dans la vie ou dans le songe

Tout a cet étrange éclat

Du parfum qui se prolonge

Et du chant qui s'envola

Ô claire nuit jour obscur

Mon absente entre mes bras

Et rien d'autre en moi ne dure

Que ce que tu murmuras

Louis Aragon, "les Lilas" in Le Fou d'Elsa, 1963.

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Régine Detambel consacre un ouvrage à Colette. Comme une flore, comme un zoo (Éditions Stock, 1997) dans lequel elle s'intéresse aux métaphores botaniques et zoologiques :


Lilas

« Elle offrait à la curiosité aiguë d'Alicia sa fraîche figure, à laquelle le cerne lilas des paupières, la fièvre de la bouche ajoutaient une sorte de maquillage. » Gigi


Tout arbre possède un cerne entourant son aubier. L'aubier est la partie tendre et blanche qui se forme chaque année entre l'écorce et le bois déjà dur. Le lilas à fleurs mauves est la plante des cernes humains, qu'ils soient de fatigue, d'hiver ou de peur. Un cerne lilas agrandit les yeux d'une accouchée, le visage d'une femme qui a froid « a tourné au lilas un peu verdâtre des prunes qui commencent à mûrir. » Même le désir des hommes a les traits lilas : « Dans le vestibule, Julie vit à Coco Vatard la figure même du désir, stupide, un lilas d'ecchymose sous les yeux. Elle dut l'écarter d'elle, lui dire à mi-voix : “Attends, attends”, avec l'indulgence que lui inspirait un homme sain et simple, embarrassé de son impatience. »

Les mamelons des adolescents sont lilas : « Un gamin qui n'a pas dix-huit ans... Une manière de petit Borgia délicat... C'est entendu, il est beau. Mais pfff... tu sais pourtant, à moins que tu ne l'aies oublié, ce que je pense de ces beautés genre statuette italienne... Il doit avoir le bout des tétons lilas, et un petit sexe triste... »

Autres bêtes livre un portrait glorieux et enthousiaste : « ... un groin lilas, des petites mains roses, un ventre en poire, des yeux que suppliciait la lumière du jour – une taupe, enfin, une taupe toute entière et bien vivante... »

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