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  • Anne

Le Figuier



Étymologie :

  • FIGUIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1200 figuier (God. de Bouillon, 221 ds T.-L.). Dér. de figue*; suff. -ier*; a remplacé l'a. fr. fiier (1re moitié xiie s. Ps. Oxf. 104, 31 ds T.-L.) dér. de l'a. fr. fie (figue*), même suffixe.

  • FIGUE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1170 fige (Rois, éd. E. R. Curtius, I, XXV, 18, p. 50) ; 1181-90 figue [ms. 2e quart xiiie s.] (Chr. de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 3313) ; 2. 1210 faire la figue (Bible Guiot, éd. J. Orr, 207) ; 3. 1487 loc. moitié figue, moitié raisin (Lettre au roi sur la redd. de la ville de Coucy, Cabin-Girardot ds Gdf. Compl.). 1 empr. à l'a. prov. figa (xiie s. ds Rayn.), issu du lat. class. ficus fém. « figue, figuier », devenu fica* en lat. vulg. d'apr. de nombreux noms de fruits en -a, d'où l'a. fr. fie « figue » (ca 1170, B. de Ste-Maure, Chron., éd. C. Fahlin, 11240) ; 2 calque de l'ital. far la fica, attesté dep. mil. xiiie s. (Novellino ds Batt.), fica désignant en ital. la vulve de la femme, ce sens étant lui-même un calque du gr. σ υ ̃ κ ο ν « id. » (chez Aristophane, v. Bailly et DEI) ; 3 aurait pour orig. une fraude dont des marchands vénitiens, qui achetaient du raisin de Corinthe rare et cher, auraient été victimes (Bl.-W.5).


Lire aussi les définitions de figue et figuier pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Ficus carita ; Fidzié ; Fièro ; Higué.

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Botanique :


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Histoires d'arbres :


La série documentaire d'Arte nous propose un épisode sur les arbres sacrés consacré à deux types de figuier : un figuier sycomore en Ethiopie et un figuier des banians en Inde.




Usages traditionnels :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


En Dauphiné, à la fin du siècle dernier, on croyait, et Villars appuie cette tradition de toute son autorité, que le figuier engendre les poux, et que les autres fruits doux et sucrés, tels que la cerise, ont la même fâcheuse propriété, mais que le fait est moins constant que par l'usage des figues !




Symbolisme :


FIGUIER - SCANDALE.

Celui qui scandalise un petit enfant mériterait qu'on suspendit une meule de moulin à son cou et qu'on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales, car il est nécessaire qu'ils arrivent , cependant malheur à l'homme par qui le scandale arrive.

Mathieu. XVIII, 6, 7.

Le figuier est un arbre qui prend une belle forme et s'élève à la hauteur de 7 à 8 mètres dans les pays méridionaux . Les rameaux lisses et imprégnés d'un suc laiteux se garnissent de feuilles alternes, d'un vert foncé en dessus et plus pâles en dessous. Les fleurs sont réunies dans des réceptacles qui deviennent charnus et sucrés. - De tous temps le figuier a excité une si grande admiration, qu'il était de venu , chez les Grecs, une sorte de culte . Les Athéniens le regardaient comme un présent des dieux ; ils l'avaient consacré à Mercure ; les Cyrénéens couronnaient de figues fraiches les statues de Saturne : les Lacédémoniens pensaient que le premier figuier de leur territoire avait été planté par Bacchus. Il ne pouvait croitre dans ce beau climat, d'arbre plus propre à procurer l'ombre et la fraicheur si nécessaires sous un ciel enflammé, aucun n'offrait de fruits plus abondants , plus délicieux.

Les figuiers viennent bien dans toutes les terres, mais ils réussis sent mieux et donnent des fruits plus sapides dans un sol léger et de bonne qualité. On les plante près des murs , préférablement dans les angles entre le levant et le midi. Leur culture exige peu de soins, il suffit de donner quelques labours à la terre où ils végètent.


DU FIGUIER.

Le figuier est connu et cultivé depuis un si grand nombre de siècles qu'il est impossible de fixer l'époque de sa découverte ; il est très souvent cité dans les livres saints ainsi que par les poètes, les historiens et les agriculteurs. Au rapport de Pline il existait en Italie, bien avant la fondation de Rome, un figuier qu'on voyait à Rome de son temps, sur la place où se tenaient les assemblées du peuple ; il y était venu naturellement et on le cultivait, disait-on, en mémoire de celui sous lequel on avait trouvé Rémus et Romulus avec la louve qui les allaitait. Quand cet arbre mourait on le remplaçait par un autre de sa race. On conservait également un autre figuier venu par hasard à l'endroit où était le gouffre dans lequel Curtius sacrifia sa vie pour le salut de la république.

Le bois du figuier est tendre, d'un jaune clair, léger et spongieux. Comme il s'imbibe d'une certaine quantité d'huile et d'émeri, les armuriers et les serruriers l'emploient à polir leur ouvrage. On se sert du bois des vieux figuiers à cause de son élasticité pour faire des vis de pressoirs. Le suc laiteux et corrosif de l'écorce détruit les ver rues qui viennent sur la peau. Il a aussi la propriété de cailler le lait et de former une encre de sympathie. Les caractères tracés sur du papier avec ce suc ne s'aperçoivent qu'en les exposant au feu. Comme la gomme élastique, ou caoutchouc, est le produit d'un suc laiteux concentré à l'air, Trémolière a soupçonné que le suc du figuier pour rait bien en fournir. Il est résulté de ces expériences qu'on pouvait retirer de ce suc le dixième de son poids de gomme élastique.

La figue avant sa maturité, ainsi que toutes les parties tendres de l'arbre, renferme un suc blanc très âcre et corrosif. A mesure quelle mûrit elle éprouve un mouvement interne qui développe une grande quantité de sucre, échange son goût vireux en une saveur douce, extrêmement agréable, et convertit son parenchyme amer en une pulpe succulente d'un excellent goût. La figue était un des aliments les plus ordinaires des anciens peuples, c'est encore aujourd'hui la nourriture la plus ordinaire des habitants de la Grèce, de la Morée et de l'Archipel. Pline nous a conservé un procédé employé par les anciens pour fabriquer avec les figues une sorte de vin qu'ils nommaient sicyte. Il consistait à mettre dans l'eau une certaine quantité de ces fruits et à les y laisser jusqu'à ce que la fermentation vineuse y établie : alors on en exprimait la liqueur, qui par l'acidification fournissait aussi du vinaigre. Cet usage existe encore chez les habitants de l'Archipel. Enfin les figues étaient si estimées chez les anciens pour leur saveur sucrée, qu'on disait proverbialement de celui qui vivait dans la mollesse et qui aimait les mets délicats : il vit de figues.

C'est particulièrement dans le Languedoc , la Provence etc, que les figues sont un des fruits les plus agréables ; et comme elles ne mûrissent sur l'arbre que successivement, depuis le mois de juin jusque dans l'automne, elles sont pour tous les habitants de ces provinces une nourriture aussi abondante que salutaire. C'est un des plus beaux présents de la nature, quand, presque sans le secours de l'art, la figue a acquis sa parfaite maturité. Son suc élaboré, perfectionné, raffiné pendant douze heures, après qu'elle est cueillie, se convertit en un sirop délicieux. C'est à tort qu'on croit la figue indigeste : elle n'est nuisible que lorsqu'elle est cueillie avant son entière maturité. Pour qu'elle soit parfaitement mûre, il faut qu'elle commence à se faner. Si elle n'est pas bien mûre le suc laiteux de la pellicule corrode les lèvres et la langue et cause beaucoup d'incommodités. Outre l'immense consommation de figues qui a lieu pendant la récolte, on en fait encore dessécher une très grande quantité, qui devient l'objet d'un commerce important. Les figues sont émollientes : on en prépare des cataplasmes pour résoudre des tumeurs, on les emploie en gargarismes dans les maux de gorge : on les administre en tisane dans les maladies inflammatoires.

Tous les peuples ont aimé les figues. Les Grecs et les Romains, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les estimaient encore bien plus que nous. Hérodote, Théophraste, Pline, Plutarque en ont fait le plus bel éloge. On appelait Platon mangeur de figues. Démocrite les aimait aussi beaucoup. Un jour ayant mangé une figue qui avait le goût du miel, il demanda à sa servante où elle l'avait achetée ; elle lui nomma un certain verger où on l'avait cueillie. Le philosophe se levant aussi tôt de table, lui ordonna de le mener promptement dans ce verger. Sa servante, étonnée de cet empressement lui en demanda le sujet ; c'est, lui dit-il, qu'ayant vu ce lieu, je ferai en sorte de trouver, par ma science et par mes raisonnements, la cause de la douceur de cette figue. « Là, là, Monsieur, lui reprend la bonne femme en riant, demeurez ici en repos, il n'est pas nécessaire que vous alliez si loin, je vais moi-même vous apprendre pourquoi cette figue est si douce, c'est que je l'avais mise sans y penser dans un vase où il y avait du miel. - Ah ! que tu me fâches, lui répartit Démocrite, de me dire cela ! Cependant quoiqu'il en soit, je ne renonce pas à mon dessein, et je vais chercher la cause de cette douceur comme si elle venait de la figue même. »

Les Romains faisaient beaucoup de cas des figues de Carthage. Calon le savait bien. Un jour il apporta une figue hâtive d'Afrique, et la montrant aux sénateurs : « Répondez, leur dit-il, depuis quand cette figue vous parait-elle cueillie ? « Tous s'accordèrent à dire qu'elle était fraiche. « Eh bien ! reprit-il, sachez qu'il y a trois jours elle était encore sur l'arbre à Carthage : tant nous avons l'ennemi près de nos murs ! » A l'instant fut décrétée la troisième guerre punique. « Ainsi, dit Pline, ce que ne peuvent ni Trèbie, ni Trasimène, ni Cannes, le tombeau du nom Romain, ni le camp des Carthaginois retranchés à trois milles de nos murs, et Annibal lui-même poussant ses escadrons jusqu'à la porte Calline, une seule figue l'opère. Un fruit montré par Caton a prouvé que Carthage est trop près de Rome.

MAXIMES.

Mettons-nous en garde contre les scandales qu'on peut nous donner, mais ayons encore plus de soin nous-même de ne scandaliser personne.

(BOURDALOUE, Sermons.)

Si l'on se faisait une idée de l'Évangile sur la vie de la plupart des chrétiens, on le croirait plein de maximes directement contraires à celles que J. C. a établies.

(Mme DE LA SABLIÈRE.)

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Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982), de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Avec l'olivier, la vigne, le figuier est un des arbres qui symbolisent l'abondance. Mais, lui aussi, a son aspect négatif : desséché, il devient l'arbre mauvais et, dans la symbolique chrétienne, il représente la Synagogue qui, n'ayant pas reconnu le Messie de la Nouvelle Alliance, ne porte plus de fruits ; il représentera aussi bien telle Église particulière, dont l'hérésie aura desséché les rameaux.

Le figuier symbolise la science religieuse. Il possédait en Égypte un sens initiatique. Les ermites se nourrissent volontiers de figues. On retrouve ce symbole dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Dans la Genèse (3, 7), Adam et Ève se voyant nus cousent des feuilles de figuier pour s'en faire des ceintures. Dans les Rois (1, 4), les arbres demandent au figuier de régner sur eux.

Le figuier apparaît aussi dans le Nouveau Testament car Jésus le maudit (Matthieu, 21, Marc, 2, 12s.). Il convient d'observer que Jésus s'adresse au figuier, c'est-à-dire à la science qu'il représente. Jésus dira à Nathanaël : Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier (Jean, 1, 49) ; Nathanaël était un intellectuel.

Dans l'ésotérisme islamique, le figuier s'associe à l'olivier pour signifier les dualités de diverses natures. En Asie orientale, le rôle du figuier est d'une extrême importance. Encore s'agit-il d'une variété particulière, l'imposant figuier des pagodes ou banian, le ficus religiosa des botanistes. Le figuier perpétuel des Upanishad et de la Bhagavad Gîtâ, c'est l'arbre du monde qui joint la terre au ciel. Tel est son rôle aussi dans le Bouddhisme : le pippal au pied duquel le Bouddha obtint l'Illumination, l'Arbre de la Bodhi, s'identifie à l'axe du monde. Il symbolise en outre le Bouddha lui-même dans l'iconographie primitive, et le Bouddha s'intègre à l'axe sous les diverses formes.

Dans toute l'Asie du Sud-Est, le banian est peuplé de génies. C'est un symbole de puissance et de vie ; chez les Sré, de la procréation ; chez les Rongao et les Sédang, de la longévité.

Il symbolise aussi l'immortalité et la connaissance supérieure : il était l'arbre favori sous lequel le Bouddha aimait à se placer pour enseigner ses disciples. Le figuier, comme le saule, symbolise l'immortalité, et non pas la longue vie, car pour les Chinois l'immortalité ne peut se concevoir que par l'esprit et la connaissance.

Arbre sacré des traditions indo-méditerranéennes, le figuier est fréquemment associé à des rites de fécondation. Dans la pensée dravidienne, il doit son pouvoir fécondant à son latex, et parce que le latex est de même essence que rasa, partie de l'énergie universelle incluse dans l'élément Eau. Les Eaux Inférieures de la Genèse sont assimilables au Rasa. Le latex est également le suc vital Ojas, qui communique la vie à l'enfant in utero. D'innombrables rites de magie imitative attestent l'importance symbolique des arbres à latex ; ainsi l'usage dravidien, également rapporté par J. Boulnois, d'accrocher le placenta de la génisse, enveloppé dans de la paille, à la branche d'un banian, autre arbre à latex, pour que la vache ait du lait et de nouveaux petits. Dans toute l'Inde, le figuier des Pagodes est l'arbre de Vishnou et de Shiva. Son culte est associé à celui du serpent, l'association arbre-serpent étant créatrice de force fécondante par excellence.

La feuille de figuier, dans l'Inde actuelle, comme la feuille de vigne dans l'art gréco-latin antique, est un cache-sexe qui n'est peut-être pas dépourvu de toute signification symbolique. Selon la croyance romaine, Romulus et Rémus sont nés sous un figuier et longtemps on vénéra dans le Comitium les divins jumeaux sous un figuier détaché du premier par bouture (Pausanias, 7, 44 ; 8, 23 ; 4, 9, 22, 2). En Inde, la même croyance s'applique à Vishnou. En Grèce, le figuier est consacré à Dionysos.

La sacralisation éminente du figuier - ou d'autres arbres latex - caractéristique aussi bien des Dravidiens de l'Inde que des anciens Crétois, se retrouve en Afrique noire. J. P. Boulnois la signale chez les Kotoko du Tchad, pour lesquels émonder un figuier yagalé entraînerait la stérilité. La femme Kotoko, ajoute-dt-il, pour augmenter sa lactation pratique une entaille dans l'écorce de ce figuier et recueille sa lactation. Le figuier est également sacré chez de nombreux peuples bantous du Centre. En Grèce, dans certains cultes agraires primitifs, les sycophantes étaient chargés de révéler la figue (suké). Sans doute l'expression cache-t-elle symboliquement un rite d’initiation aux mystères de la fécondité. Plus tard, lorsque l'exportation des figues fut interdite hors de l'Attique, on appela sycophantes (révélateurs de la figue) par dérision les dénonciateurs des contrebandiers ; le mot en vint à désigner les délateurs et les maîtres chanteurs.

En Afrique du Nord, la figue est le symbole de la fécondité venue des morts . A ce niveau de comparaison, on ne dépasse guère l'allégorie et l'analogie. Jean Servier atteint l'interprétation symbolique en ajoutant : Pleines de graines innombrables, elles sont un symbole de fécondité et sont, à ce titre, l'offrande déposée sur les rochers, les thermes et les sanctuaires des génies gardiens et des Invisibles : offrande que peut partager le voyageur dans le besoin, parce qu'elle est le don de l'Invisible.". Son nom est devenu à ce point synonyme de testicules qu'il ne s'emploie pas dans la conversation courante et s'est trouvé remplacé par le nom de leur saison, le Khriff, l'automne.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Figuier (Ficus carita) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Jupiter

Élément : Feu

Divinité : Dionysos-Bacchus ; Héra-Junon ; Isis.

Pouvoirs : Divination ; Fécondité ; Envoûtements.


Utilisation rituelle : C'était la coutume des ascètes hindous de séjourner dans les forêts, au pied d'un arbre, pour se plonger dans la méditation. Après être resté sept jours sous l'arbre de la Science, Càkya Mouni (le Bouddha) demeura également sept jours auprès du Figuier Ajapala, le même temps au pied du Figuier Moucalinda et du Figuier Rajàyatana. Plus tard, entre Bénarès et Ourouvélà, il alla méditer dans une immense forêt de Figuiers où il resta sept années. Enfin, lorsqu'il sentit son heure arriver, il se retira au pays des Mallas, dans le bois des deux Callas, pour entrer dans le Nirvana complet et définitif.

Les Romains appelaient Figuier ruminal (de rumen : mamelle) un Figuier sauvage qui croissait au milieu du forum et sous lequel, suivant la tradition, Romulus et Rémus avaient été trouvés, tétant les mamelles d'une louve. Si le Figuier ruminal venait à mourir, c'était un présage funeste et l'on s'empressait de le remplacer par un autre.

Vénéré durant l'Antiquité comme un arbre phallique, générateur et nourricier, le Figuier devait devenir, dans le monde chrétien, l'arbre sous lequel Adam s'est caché après avoir mangé le fruit défendu, et aussi l'arbre où Judas est allé se pendre.


Utilisation magique : Dans les mythes et les légendes, il est fréquent que les animaux et les arbres phalliques deviennent avec le temps des animaux et des arbres sinistres, funéraires, démoniaques. Le Figuier n'a pas échappé à la règle. D'arbre de Bacchus et de Dionysos, il est devenu l'arbre d'Adam, puis s'est encore transformé en arbre de la croix, en arbre maudit, arbre de Judas. Nous voyons souvent dans les contes populaires le Figuier hanté avec prédilection par le Diable. Dans toute l’Europe, le Figuier, arbre phallique, et le noyer, arbre nuptial, sont devenus non seulement des arbres maudits, mais des instruments de malédiction.

Celui qui commet l'imprudence de se coucher à l'ombre d'un Figuier dans les heures chaudes de l'été verra paraître devant lui une femme habillée en moine qui, un couteau à la main, lui demandera s'il souhaite prendre ce couteau par la pointe ou par le manche ; s'il répond par la pointe, il sera tué tout de suite ; s'il dit par le manche, la femme-moine se contentera de le rouer de coups.

Un chant populaire kabyle dit : « Salut, ô Figue violette (ajenjar). Mon mari est vieux; ses genoux sont sales ; Dieu le fasse vite crever. Je pourrai alors m'amuser dans les bras du premier que je rencontrerai. »

En Italie méridionale, quand un sort avait été jeté sur des animaux domestiques, on devait leur faire traverser trois portes qui se suivent, en ayant soin d'étendre sur le seuil de chacune une veste tournée à l'envers. Pendant cette cérémonie, on frappait des grands coups sur le sol avec un bâton de Figuier, l'arbre maudit, en prononçant des paroles magiques que seuls les initiés connaissaient.

Quand deux Catalans s'étaient provoqués pour un duel à la navaja, celui qui passait sous l'ombre d'un Figuier était sûr d'être tué.

Un vestige des anciens rites de fécondité subsiste au Moyen-Orient, où les femmes qui désirent concevoir taillent dans du bois de Figuier des pénis artificiels qu'elles graissent avec une pommade à base de pulpe de concombre et de purée de dattes.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Les fruits de cet arbre généreux sont réputés rendre sage celui qui est fait pour l'être sans le savoir, ou fou celui qui se croit sage. Est-ce donc une feuille de vigne dont se sont ceints Adam et Ève après avoir commis leur faute ? Pas du tout. Relisez la Bible : "Alors se dessillèrent leurs yeux, à tous deux, et ils connurent qu'ils étaient nus ; et cousant des feuilles de figuier, il se firent des pagnes." (Genèse, 3, 7) De même si l'on en croit les auteurs de la Bible toujours, le fruit du péché, de l'arbre interdit, n'est pas la pomme mais la figue, et l'arbre du jardin d'Eden dont Adam et Ève ont goûté le fruit est bien le figuier. Mais d'où viennent cette puissance de vie régénératrice, cette force de l'intelligence fécondante que l'on attribue au figuier et à son fruit depuis toujours ? Selon les Upanishad, textes sacrés qui constituent les éléments essentiels du Védânta, le dernier volet des Védas - les plus anciens textes de la littérature indienne, antérieurs de la Bible et six fois plus longs que le livre des livres -, le figuier est l'arbre du monde qui relie la terre au ciel. D'ailleurs, où que l'on se tourne sur la Terre de nos ancêtres, le figuier est partout présent. En Inde, c'st l'arbre de Vishnu, en Grève celui de Dyonisos, en Égypte, l'arbre de l’initiation et de la connaissance, en Chine, l'arbre de Bouddha, à Rome, l'arbre sous lequel sont nés Rémus et Romulus.

Les femmes et les hommes de l'Antiquité se régalaient de figues sèches, confites ou marinées dans l'huile d'olive, d'un peu de pain d'orge et de fromage de chèvre. Ils connaissaient déjà la saveur de ce fruit, bien sûr, mais aussi sa richesse nutritive, aujourd'hui reconnue parce qu'évaluée précisément et scientifiquement : fer, manganèse, calcium, vitamines A, B, B2, PP et C, etc. C'est un fruit tonifiant, recommandé aux enfants, aux convalescents, aux vieillards aux sportifs et aux femmes enceintes.

Enfin, nous ne serions pas complets si, à propos de la figue, nous ne faisions pas allusion à la vulve du sexe féminin et au scrotum de l'homme, qu'elle représentait symboliquement dans l'esprit de nos ancêtres. Ainsi, en grec, le verbe signifiant cueillir des figues avait aussi un sens beaucoup plus obscène."

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Selon Irini-Despina Papaikonomou et Stéphanie Huysecom-Haxhi, auteur de l'article « Du placenta aux figues sèches : mobilier funéraire et votif à Thasos », Kernos, 22 | 2009, 133-158 :


Valeurs de la figue et du figuier dans l’antiquité : Dans l’aire méditerranéenne, le figuier était étroitement associé à l’idée de génération et de valeur nourricière par son fruit évoquant les testicules et par sa sève blanche, assimilée au lait maternel. En Grèce, la sève du figuier, ἡ συκῆ, arbre de genre féminin, a été aussi assimilée au lait maternel. La même idée existe en Égypte pour le sycomore, ἡ συκομορέα, figuré sous la forme d’Isis en train d’allaiter, par ses seins qui sont des figues, le roi Thoutmosis III. Cette image métaphorique de figue-mamelle associée à la sève de l’arbre se retrouve chez Galien qui n’hésite pas à affirmer que la figue est comme une mamelle qui dispense un lait nourricier, car elle constitue la meilleure des nourritures pour engraisser. Dans un sens analogue, mais plus direct, Athénée rapporte que, selon Hérodote le Lycien, la pulpe des figues était la nourriture la plus propice aux nouveau-nés. Dans cette métaphore, la sève de l’arbre est perçue comme l’équivalent de son sang par analogie à un être vivant. Comme le sang menstruel, qui nourrit le fœtus, se transforme en lait maternel, c’est-à-dire en sang blanchi, une fois l’enfant né, la sève blanche du figuier peut être aussi perçue comme le « lait » de l’arbre. Les auteurs médicaux utilisent aussi l’image de la sève du figuier pour expliquer le phénomène de la conception. Aristote décrit ainsi comment une goutte de sève de figuier permet de coaguler le lait dans la fabrication du fromage, comme le sperme, le sang des règles.

La figue, σῦκον, se prête encore à d’autres jeux de mots concernant la génération. Si en Égypte les figues étaient associées aux seins d’Isis et aux testicules d’Osiris, en Grèce, le fruit est associé au sexe de la femme « dont il constitue un substitut langagier ». Aristophane (Paix) fourmille d’allusions aux figues et aux fruits pour désigner les jeunes filles. La métaphore de Strattis est explicite : « J’ai vu en rêve la concubine d’Isocrate, Lagiska, et je cueillis sa figue ». P. Brulé résume de manière incomparable une partie essentielle de la philosophie d’Aristophane dans la phrase : « vivre heureux, sans souci, cueillir des figues ». Le terme ἰσχάς, qui désigne la figue sèche désigne, lui aussi, le sexe féminin par sa forme allongée et par son apparence fripée. Il apparaît comme tel chez Hipponax.

Un olivier, un pied de vigne et un figuier accompagnés d’une fontaine représentaient pour les anciens l’abondance, la paix, le bonheur, que cela soit dans le monde de la Bible, ou dans l’oikos et les hiera. Fruit précieux, sa valeur « dépassant » celle de l’or, la figue serait, selon le témoignage d’Athénée, l’expression de la vie civilisée et même de la vie « pure ». Sa valeur cathartique aide à éloigner les souillures. Des figues sont suspendues au cou des pharmakoi que l’on expulse de la cité aux Thargélies, et composent l’eiresiônè, offerte à Apollon lors des Pyanopsies afin d’assurer la maturation de la récolte en éloignant tout mal qui pourrait la contrarier. Considérée en Attique comme le premier composant de la nourriture civilisée, ἥμερος τροφή, elle est par conséquent l’ἥμερος καρπός par excellence, censé subir pendant la maturation une sorte de cuisson sous l’effet du soleil et de l’humidité, caractérisant la civilisation, à la différence des glands. Dans ce sens, elle constitue l’équivalent du fœtus qui cuit comme un fruit à l’intérieur de l’utérus. Les Hippocratiques utilisent l’exemple de la plante pour décrire le processus du développement du fœtus : « échauffée par le soleil, (elle) se met à bouillir aux extrémités et devient le fruit ».

Ainsi, depuis l’Antiquité, la figue était au monde végétal ce que le porc ou le sanglier étaient au monde animal : un puissant symbole de la génération et de la fécondité, qui, dans son cas, était accompagné par des vertus apotropaïques ou cathartiques signalant aussi le passage à un monde civilisé consommant de la nourriture « cuite ». Par sa forme associée avant tout au sexe de la femme, et parfois aux testicules et au sexe de l’homme, par sa valeur nourricière associée au lait maternel, par la métaphore lactique et la coction que la sève du figuier permet, par sa nature de fruit qui évoque la régénération de la nature et même la nature de l’enfant, la figue a tout pour évoquer la fécondité et la fertilité. Si l’on ajoute à ces facteurs le plaisir que sa dégustation procurait aux Grecs au point de la comparer au vin et à l’acte sexuel, nous comprenons facilement pourquoi elle valait plus que de l’or et pourquoi elle constituait un signe d’abondance et de prospérité pour l’oikos. Lors du rite des katachusmata on répandait des figues et des noix sur la tête des époux au moment où ils franchissaient le seuil de leur maison. L’association d’idées entre la récolte, les figues et la reproduction humaine se lit clairement dans le vœu exprimé par les vers d’Aristophane quand Trygée demande aux dieux « de (leur) accorder … de l’orge en quantité, du vin à foison et des figues à croquer, de rendre (leurs) femmes fécondes… ». La figue devient la métaphore explicite du sexe féminin à la fin de la même pièce : τῆς δ’ ἡδύ τὸ σῦκον 35. L’importance de ce fruit polysémique nous amène à proposer de voir dans ses représentations figurées une image du sexe féminin, voire du placenta, promesse d’une progéniture attendue ou d’enfant en éclosion.

[...]

Les différences de taille mises à part, les analogies formelles nous permettent de comprendre les associations mentales qui s’opèrent entre l’image du placenta suspendu par les membranes et le cordon, la figue, les testicules.


L’offrande du Thesmophorion : Figue-placenta, Mutterfrucht

Sous quelle forme schématique un artisan qui n’a pas eu l’occasion de voir un placenta pourrait-il le rendre ? Peut-être sous la forme d’un fruit, comme la figue, en superposant, par un jeu de métaphores, l’image du fruit employé pour désigner le sexe de la femme à celle du placenta, un ensemble réuni dans l’imaginaire grec. La figue du Thesmophorion le démontre : elle se termine en une excroissance ligneuse qui évoque un cordon ombilical. L’artisan utilise ainsi la figue comme fruit pour évoquer le sexe de la femme et son potentiel fécondant; la figue devient aussi le placenta sur lequel se place le cordon ombilical. C’est ce cordon qui introduit notre regard et conduit notre pensée sur la signification de l’offrande et son rôle dans ce sanctuaire précis de Thasos.

Ce fruit mûr est offert à Déméter. L’origine corinthienne de l’objet évoque les Thesmophories et l’importance du sanctuaire des flancs de l’Acrocorinthe. L’offrande a pu être présentée le troisième jour de la fête, la Kalligéneia, pour obtenir la promesse d’une belle progéniture et écarter toute possibilité de perdre l’enfant avant le terme. Offrir à une divinité un placenta réel aurait rencontré l’obstacle de l’interdit de la souillure.

 

D'après Sophie Ékoué, auteure de Sagesses africaines (Hachette, 2016), " le ficus symbolise la volonté de vaincre ; en poussant au pied d'un autre arbre, il finit par l'étouffer."

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Arnaud Riou dans L’Oracle du peuple végétal (Guy Trédaniel Editeur, 2020) classe les végétaux en huit familles : les Maîtres, les Guérisseurs, les Révélateurs, les Enseignants, les Nourricières, les Artistes, les Bâtisseurs et les Chamans.


Les Enseignants : le Cerisier, le Poirier, le Noyer, le Pêcher, l’Olivier, le Citronnier et le Figuier. Ils sont là pour nous apprendre, par leur posture et leur connaissance.

[…]

Le Monde ne manque pas de merveilles

Mais d’émerveillement.


Les Enseignants : Chaque pépin, chaque noyau planté dans le sol a le potentiel de donner naissance à un arbre. Chaque arbre donnera des milliers de fruits. Chaque fruit nous nourrira, car le pouvoir des arbres fruitiers est infini. Abricotier, Pommier, Cerisier, Figuier, les arbres fruitiers donnent en abondance, parce que c’est leur nature. Un Enseignant transmet par son exemple. A le regarder vivre, il est inspirant. L’Enseignant est généreux de ce qu’il offre, c’est pourquoi on retrouve tant d’arbres fruitiers dans cette famille. L’arbre ne se préoccupe pas que nous cueillions ses fruits pour en faire des tartes, de la confiture ou des salades. L’Enseignant enseigne parce que c’est sa nature. Il offre car il aime offrir. Il nous apprend ainsi la nature de la générosité : offrir sans rien attendre en retour, enseigner non pas pour se faire valoir, mais enseigner pour mieux comprendre soi-même et transmettre généreusement, offrir en se préparant à recevoir davantage, offrir parce que c’est notre nature.

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C'est ton regard qui rend les fruits,

les arbres, les villes,

les hommes et les femmes,

beaux élégants et rares.

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Originaire des pays chauds, le Figuier a besoin de soleil et de chaleur pour offrir ses fruits. Il se plaît particulièrement dans les contrées méridionales, sur le bassin méditerranéen, dans le midi de la France, mais aussi en Espagne, au Portugal, en Italie, en Grèce. Pour autant, comme il a beaucoup voyagé lui-même, cet arbre - qui peut vivre jusqu'à trois siècles - est parvenu jusque dans les contrées plus fraîches et se sent prêt à y être accueilli si nous prenons le temps de le connaître. Si le figuier a besoin du soleil et se plaît dans les pays chauds, certaines espèces ont un caractère plus facile et s'acclimateront plus au nord. C'es le cas de l'Angélique et de la Figue dorée, qui peuvent s'installer dans des environnements affichant - 15°C l'hiver. L'emplacement du figuier gagnera à être chois avec soin. Craignant le froid et les vents du nord, le Figuier se sentira plus à l'abri contre un mur exposé au sud. Le Figuier, qui sera planté plutôt de la fin de l'automne à la fin de l'hiver, s'adapte autant à un sol léger et bien drainé qu'à un sol argileux et lourd, car ses racines puisent l'eau et les sels minéraux autant en profondeur qu'en superficie.


Mots-clés : La chaleur - Le raffinement - L'élégance - Le choix - La sélection - La culture - L'intelligence - L'adaptation - Le libre arbitre - Les déménagements - La fidélité - Le mythe - L'élite - La vertu - la fécondité - La transformation - Le sacrifice - L'érotisme - La sexualité.


Lorsque le Figuier vous apparaît dans le tirage : le figuier fait partie des Enseignants. Il enseigne l'élite et vous apprend à accéder à votre propre élite. Car le Figuier est un arbre aux qualités rares. A force d'évolution et de transformation, il s'est imposé comme l'arbre de toutes les civilisations. Il incarne l'Afrique, s'est imposé en Grèce, était le dessert préféré des Romains et symbolise la Provence. Pour cela, il s'est transformé, il a voyagé. Il s'est adapté aux températures élevées du désert comme au froid des pays du Nord. Le Figuier sera un protecteur au moment de vos voyages, de vos déménagements et de toutes les expéditions. Son tronc s'est tordu et noué pour s'adapter aux caprices du temps et des civilisations. Il s'est imprégné de tous types de sol, argileux, calcaire, pierreux. Il a appris de la rocaille, du sable, de la silice, de la glaise. Partout où il a planté ses racines, le Figuier a appris de ses expériences et partout il s'est enrichi, nourri. C'est ce qui en fait aujourd'hui un arbre qui disparaîtra bien après les humains. Le Figuier est un Enseignant tantrique. Son enseignement touche l'érotisme, la sensualité et l'amour. Il vous apprend que la voie tantrique est une vois d'extase qui vous permet d'accéder à votre plus haut potentiel, non pas par l'art de la guerre, mais par l'art de l'amour. En cela, le Figuier saura vous aider à équilibrer vos énergies féminine et masculine, yin et yang. Lorsque le Figuier vous apparaît, c'est aussi pour vous interroger sur la trace que vous laisserez sur la terre. Quelle empreinte ? Il s'agit de l'œuvre de votre vie. Que laisserez-vous sur cette terre ? Il ne s'agit pas uniquement de laisser un livre, une sculpture, mais quelle trace laisserez-vous dans le cœur de celles et ceux que vous avez rencontrés ? C'est cette question primordiale que vous pose aujourd'hui le Figuier.


Signification renversée : Dans sa position renversée, la Figue vous interroge sur une sensation de gâchis, d'un potentiel qui serait laissé à l'abandon, d'un trésor inexploré ou inexploité qui serait flétri, fané. Lorsque nous avons des talents ou des dons, ils se perdent s'ils ne sont pas utilisés. Le manque de confiance, le manque d'estime de soi provoquent des fuites d'énergie qui vous font perdre le suc et l'essence même de votre être et que le monde attend. Le Figuier dans sa position renversée vous interroge aussi sur votre suradaptation. N'avez-vous pas tendance, pour plaire ou être compris, à vous suradapter et à accepter un consensus qui vous coupe de votre authenticité ? Être vrai, généreux, diplomate tout en restant authentique, c'est le défi auquel vous invite le Figuier.


Le Message du Figuier : Je suis le Figuier. je viens pour connaître tes origines; Sais-tu d'où tu tiens les traits de ta personnalité ? De qui as-tu hérité tes qualités tes compétences, les traits de ton visage , De qui tiens-tu ta santé ? T'es-tu vraiment posé la question ? As-tu médité sur l'hérédité ? Tout circule en nous et à travers nous, es poisons et les trésors. Tant qu'ils ne sont pas identifiés, toutes les informations circulent sur la terre par la capillarité des rivières, des fleuves et des océans et, dans notre corps, à travers nos veines, nos vaisseaux. Dès lors qu'ils sont identifiés, nous n'avons plus besoin de transmettre à notre entourage, à nos enfants, à nos amis que l'amour, la foi et la conscience. Es-tu prêt à plonger dans ton histoire, celle de ta famille, de tes ancêtres et de ta lignée ? Es-tu prêt surtout à te sentir profondément en paix avec toutes ces facettes de toi, c'est déjà comprendre que tu fais partie du tout et pacifier ce tout.


Le Rituel du Figuier : Procurez-vous un petit miroir, l'une de ces petites glaces utilisées pour le maquillage ou la toilette. Vous aurez besoin d'un petit marteau et de ciment colle pour mosaïque et d'une sphère qui peut être une balle de tennis. Tenez le miroir dans vos mains. Regardez-le, et prenez confiance de l'image que vous renvoyez. Est-ce facile, agréable pour vous de vous mirer ? Puis, cassez ce miroir en une multitude de petits fragments que vous collerez sur la balle de tennis. On dit que Dieu est comme un miroir et que nous pouvons voir en chacun notre propre reflet. Parce qu'il ne voulait pas être idolâtré, il a cassé ce miroir en mille morceaux pour que nous comprenions à quel point nous sommes chacun une facette de ce miroir. Faire la paix avec chaque facette du miroir, c'est contribuer à la paix sur la Terre.

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :



Mythologie :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


CAPRIFIGUIER (cf. Figuier). — Cette plante joue un rôle assez important dans la légende de Tyrtée ; le poète boiteux des Spartiates, dans l’un de ses fragments, où il est question des Héraclides, dit qu’il avait quitté Érinée avec eux, Érinée que les vents dominent, et trouvé la vaste île de Pélops (le Péloponnèse). Le mot Érinée signifie, à la fois, l’endroit d’où Tirtée était arrivé avec Héraclides, et le caprifiguier ou figuier sauvage, ce qui donna lieu, par un jeu de mots, à la légende que les Spartiates avaient remporté leur victoire définitive sur les Messéniens, à cause d’un caprifiguier que le fleuve Neda arrosait. — D’après Pline, on dompte les taureaux à l’aide du caprifiguier. Il paraît que le même usage superstitieux existait chez les Égyptiens, puisqu’ils représentaient, dans leur symbolique, un homme malheureux par un taureau lié à un caprifiguier.

[...]

FIGUIER. — Le figuier a été vénéré par l’antiquité comme un arbre authropogonique, générateur et nourricier par excellence. La célèbre ficus ruminalis de Rome rappelle, à plusieurs égards, l’açvattha cosmogonique indien. Pline166 nous donne sur ce figuier les renseignements suivants : « Colitur ficus arbor in foro ipso ac comitio Romae nata, sacra fulguribus ibi conditis. Magisque ob memoriam ejus quae nutrix fuit Romuli ac Remi conditoris appellata, quoniam sub ea inventa est lupa infantibus praebens rumen (ita enim vocabant mammam), miraculo ex aere juxta dicato, tamquam in comitium sponte transisset. » Tite Live aussi fait mention de ce figuier, et il ajoute qu’on l’appelait encore du nom de Romulus : « Romularem vocatam ferunt » Tacite aussi, dans ses Annales, tenait encore compte du figuier, qui « Remi Romulique infantiam texerat. » De la ruma ou du rumen, la mamelle, tiraient, dit-on, leur nom le Jupiter Ruminus et la Diva Rumina. La figue, dans le monde végétal, ainsi que le cochon, dans le monde animal, est un symbole de la génération et de la fécondité, et elle préside tout naturellement à la fondation d’une grande ville et d’un grand peuple. On façonnait aussi souvent les statues du dieu Priape avec le bois du figuier. A Athènes, dans les fêtes Thargéliennes, les profanes étaient chassés avec des branches de figuier. « C’est surtout le figuier, dit M. Lenormant (dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et latines, au mot Bacchus), qui occupe un rang important dans la symbolique dionysiaque comme dans celle du culte de Déméter. Il y avait, à Sparte, un Dionysos Sykitès. En Attique, les figues étaient au nombre des offrandes indispensables des Dionysies rustiques. C’est en bois de figuier que l’on fabriquait le phallus porté processionnellement dans les Dionysies, et l’on rattachait l’emploi rituel de ce bois à une circonstance de la légende de Prosymnus (Clem. Alex. Pro rept. III, 29). On lui attribuait, d’ailleurs, une vertu de purification toute spéciale ; c’était sur un bûcher en bois de figuier que l’on brûlait les monstres (Macrob. Sat., II, 16) et les livres impies (Lucien Alex., 47). Parmi les objets renfermés dans la cyste mystique, il avait des verges de figuier. La figue passait pour le premier fruit cultivé qu’eussent mangé les hommes. » C’est sous un figuier qu’Adam se cache après avoir mangé le fruit défendu ; la figue et la pomme d’Adam cachent le même fruit mythologique, c’est-à-dire le phallus. Dans les contes populaires, le paysan joue son tour au diable et se délivre de la mort sur un figuier. Dans ceux du Piémontais, au lieu du paysan, on voit sur le figuier le petit héros, le nain, Piccolino, qui trompe le loup (le monstre de la nuit) arrivé pour le dévorer. Grâce au figuier, le jeune héros se sauve.

La figue est l’aliment par excellence et, par extension, le premier nourricier, le premier générateur. Les proverbes populaires ont fait du figuier le symbole de la richesse. Celui qui a des figues est riche ; par conséquent, le proverbe espagnol : « Quando el villano està rico, ni tiene pariente, ni amigo » est l’équivalent du proverbe italien « Quando il villano è solo sopra il fico, non ha parente alcun nè buon amico », parce qu’il mange à lui seul toutes les figues. Dans le langage populaire, la figue est aux fruits ce que la rose est aux fleurs. Le proverbe allemand dit que les figues ne poussent ni sur les ronces, ni sur les chardons. D’après Galien, la figue était la meilleure nourriture pour engraisser. Il est possible que cette notion médicale ne soit autre chose que le résultat d’une équivoque. Si la figue et le phallus ont été identifiés chez les Grecs, rien d’étonnant qu’on ait attribué à la figue la même propriété nourricière et génératrice qu’au phallus.

Nous avons eu déjà plusieurs fois l’occasion de noter que les animaux et les arbres phalliques sont devenus des arbres sinistres, funéraires, diaboliques ; nous avons tâché même de prouver comment l’arbre d’Adam a pu se transformer en arbre de la croix, en arbre maudit, en arbre de Judas. Nous voyons très souvent, dans les contes populaires, l’arbre phallique, le figuier, hanté avec prédilection par le diable, qui veut goûter l’ambroisie, le fruit doux, la volupté, par laquelle l’ancien dieu se sacrifie et un nouveau dieu repousse. En Sicile, le figuier, arbre phallique, et le noyer, arbre nuptial, sont devenus non seulement des arbres maudits, mais encore des instruments de malédiction. De même que les missionnaires catholiques italiens ont donné le nom de albero del diavolo (arbre du diable) à l’açvattha ou pippala ou arbre aux figues douces, de l’Inde, en Sicile on voit un diable dans chaque feuille de figuier et on dit :

Spiritu di ficu, e diavulu di nuci

Tanti pampini siti, tanti diavuli vi ficiti.


En Sicile, on croit aussi que le figuier ne fleurit plus depuis que Judas est allé s’y pendre. A Avola, écrit M. Bianca, existe cette superstition : on y pense qu’il n’est point prudent de se coucher à l’ombre du figuier dans les heures chaudes de l’été ; celui qui veut courir cette chance, verra paraître devant lui une femme habillée en moine, qui, un couteau à la main, l’engagera à dire s’il veut le prendre par la pointe ou par le manche ; s’il répond par la pointe, il sera tué de suite ; s’il dit par le manche, il aura toute sorte de bonnes fortunes. M. Bianca rappelle, ici les fauni ficarii, espèce de démons ou spectres sauvages, mentionnés par Jérémie (LV, 6, 9). D’après M. Pitré, à Caltavuturo, dans la province de Palerme, on suspend au figuier des couronnes faites avec des branches de figuier sauvage, pour que les fruits puissent mûrir : similia similibus ; on emploie le figuier sauvage pour empêcher que le figuier qui porte des fruits lui ressemble.

L’invention du figuier est attribuée d’abord au dieu Bacchus, que l’on voit, parfois, couronné de feuilles de figuier. En Laconie, on adorait même un Dionysos Sykitès (du mot grec ó™êïò, la figue) ; les premières figues étaient offertes au dieu. Les canéphores portaient aussi autour du cou des colliers de figues séchées. Pausanias (I) cite même une inscription qui aurait été gravée sur le tombeau de Phytale, et qui faisait mention de cet événement. Un troisième mythe rapporte que Syceus, poursuivi par Zeus, fut changé en figuier par Rhéa ; un quatrième fait naître le figuier des amours d’Oxyle avec une hamadryade ; un cinquième, le mythe de la ville de Cyrène, attribue au dieu Kronos l’invention du figuier. C’est pourquoi les habitants de Cyrène décoraient la statue du dieu avec des couronnes de figues. Le figuier était aussi consacré à Hermès, sans doute dans sa forme érotique, et à Junon, sans doute la Junon protectrice des mariages. En effet, dans les fêtes nuptiales, on portait des figues (symbole du phallus) dans une coupe mystique. Mais l’instrument de la vie est, en même temps, sujet à la mort ; la figue et le phallus se multiplient et, cependant, ils sont eux-mêmes destinés à périr. Dans les fragments d’Hésiode, dès que le devin Mopsus, neveu de Tirésias, parvient à compter les figues sur le figuier qui se trouve devant Calchas, Calchas se meurt ; quiconque mange une figue sur le figuier acquiert une nouvelle force phallique, une nouvelle vie ; il devient semblable aux immortels ; mais le figuier lui-même est condamné à périr, et Calchas cesse de vivre aussitôt qu’un devin a mesuré par le nombre des figues de son arbre, les jours de sa propre vie. Dans un livre qui décrit les songes170, je lis ce qui suit : « Ficus circa proprium tempus bonae sunt, et ex his albae nigris jucundiores. Verum extra tempus opportunum apparentes, culuminias et detractiones praedicunt ; .... enim, quasi dicas ficare, veteres Graeci calumniari dicebant. Solis vero his qui sub dio operantur, albae serenitatem, nigrae tempestatem et imbrem significant, quandoquidem per has aliud nihil denuntiatur animae, quam qualis constitutio animae sit futura. »

D’après les croyances superstitieuses de la province de Lecce, si l’on voit en songe une grappe de raisin, on pleurera ; si l’on voit un serpent, on médira de vous ; si l’on voit des figues, on recevra des coups de bâton. Dans certains contes populaires, on voit parfois un pommier, parfois un figuier anthropogonique, dans lequel le jeune héros ou la jeune héroïne fut transformé par sorcellerie, frappant avec ses branches la sorcière chaque fois qu’elle s’approche pour cueillir les pommes et les figues. Nous lisons dans Pausanias (IV) que, d’après un oracle, le dieu devait abandonner les Messéniens dans leur lutte contre les Spartiates, aussitôt qu’un bouc (tragos) aurait bu l’eau de la Néda. Alors les Messéniens éloignèrent de leur pays tous les boucs. Or, dans le pays des Messéniens, pousse le figuier sauvage qu’on appelle tragos. L’un de ces figuiers ayant poussé au bord de la Néda, ses branches plongèrent dans l’eau de ce fleuve ; l’oracle était accompli : le tragos avait bu l’eau de la Néda, et les Messéniens furent battus. Voilà donc un exemple de plus de figuier, vu en songe, qui frappe. Nous avons déjà dit que les Romains entouraient d’une espèce de culte le figuier ruminal ; mais, si on ne tient pas compte de ce culte spécial, le figuier était pour les Romains un arbre sinistre et impur. C’est ce que nous apprenons par les actes des Arvales, qui faisaient de grandes expiations lorsque le figuier, l’arbre impur, l’arbre phallique, poussait, par hasard, sur le toit du temple de la déesse Dia ; alors on arrachait l’arbre, on détruisait le temple devenu impur : « Operis inchoandi causa, quod in fastigio aedis deae Diae ficus innata esset, eruendum et aedem reficiendam ; operis perfecti causa, quod arboris eruendae et aedis refectae. » Henzen pense, d’après Pline et autres, que la cause de cette destruction était que l’on craignait que le toit pût tomber ; de même que l’on ne tue pas un malade de peur qu’il puisse mourir, il faut qu’il y ait eu une raison plus sérieuse et plus grave, pour amener la démolition de tout le temple sur le toit duquel le figuier avait poussé (1). Il faut donc voir, dans l’apparition du figuier sur le temple que les Vestales desservaient, la présence d’un être impur au milieu de la pureté même. Le figuier, dans sa signification d’arbre phallique, d’arbre fécondateur, venait, sans doute, jeter le trouble dans le foyer de l’innocence. On devait donc absolument en éviter le contact. Telle, du moins, me semble avoir été la cause de ces premières expiations. Ensuite, certainement, on devint beaucoup plus sceptique, et on chercha à se rendre compte de la superstition ou à la justifier comme une pratique raisonnable, devenue nécessaire, ou cause de sûreté publique, lorsqu’on ne préféra point s’en moquer plaisamment, ainsi qu’il arriva, d’après Quintilien, à Auguste : « On raconte qu’un jour une ambassade solennelle des habitants de Tarragone vint lui annoncer qu’il avait fait un miracle ; un figuier était né sur son autel. Il se contente de répondre : « On voit bien que vous n’y brûlez guère d’encens (2). » Mais tout le monde n’a pas l’esprit et le bon sens d’Auguste, et le peuple sicilien continue encore à craindre le figuier comme l’arbre infâme, comme l’arbre de Judas. A Modica, du moins, on connaît le moyen de s’en défendre. Car, si on pense, là aussi, que l’ombre du figuier est fatale à tous ceux qui s’endorment sous cet arbre, on sait de quelle manière on peut détruire les mauvais effets de cette imprudence ; il suffit, pour en chasser le diable, de faire une petite coupure dans l’arbre et d’en avaler trois feuilles. Il y a aussi un moyen singulier de se délivrer des coliques par les figues ; on n’a qu’à placer une figue sur un morceau de pain, en disant ces mots : « Veni u cani e si mancia lu pani. » Un chant populaire barbare et ignoble de la Kabylie, recueilli par Hanoteau, rend la figue complice de l’infidélité meurtrière de la femme : « Salut, o figue violette (ajenjar) ; mon mari est vieux ; ses genoux sont sales ; Dieu le fasse périr sous la hache. Je pourrai jouer alors avec le premier que je rencontrerai. » Ainsi nous retrouvons, même chez les Kabyles, au figuier sa première, et, on peut dire, universelle signification phallique.


Notes : 1) On ne saurait, en effet, deviner la cause de cette exception odieuse faite contre le seul figuier, tandis que les plantes grimpantes, le lierre, par exemple, auraient pu causer au temple un dommage beaucoup plus grand. Il devait, d’ailleurs, être très facile, aussitôt découvert, d’enlever le figuier sans qu’il fût nécessaire d’en venir de suite à une mesure aussi radicale que la démolition de tout le temple.

2) Boissier, La Religion romaine, d’Auguste aux Antonins, I, 148.

[...]

UDUMBARA (Ficus glomerata). — Parmi ses noms sanscrits, on peut encore citer ceux de yagniya « sacrifical » et pavitraka « purificateur ». « Dans la Vie de Wong Puh, écrit M. Sénart (Essai sur la légende de Buddha, p. 295), nous voyons qu’une fleur d’udumbara apparaît chaque fois que naît un Tchakravartin ; quant à son apparition lors de la naissance de Buddha, d’après la même autorité, elle semble inspirée tant par une confusion avec le lotus, que par la comparaison qui se retrouve dans le Lalita Vistara. » Lorsque le Buddha vit le jour, on vit fleurir l’udumbara. (Cf. Beal, A Catena of Buddhist Scriptures from the Chinese.) Le bâton des guerriers, d’après le rite brahmanique, était en bois d’udumbara. Lorsque la femme mariée entre dans le quatrième mois de sa grossesse, pour fortifier le germe, on doit, d’après le Grihyasûtra d’Açvalàyana, la frotter avec des fruits d’udumbara. Selon le rite des noces védiques, la jeune mariée indienne remettait sa chemise ensanglantée au procureur (généralement le beau-père ou le prêtre), en prononçant cette formule : « Nous secouons sur le procureur tout ce qu’il y aura eu de mauvais ou d’impur, pendant la noce ou pendant l’enlèvement de la jeune mariée. » Le procureur recevait la chemise sur un bâton d’udumbara, et allait la suspendre à un arbre de la forêt, pour la purifier.

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Jean Poirier et Marie-Joseph Dubois proposent dans un article intitulé "Les mythes de Maré" (paru dans le Journal de la Société des océanistes, tome 4, 1948. pp. 5-47 ; doi : https://doi.org/10.3406/jso.1948.1590) une transcription du mythe d'origine de GUHMENEWE I TONGAWA :


GUHMENEWE I TONGAWA

Un jour, une vieille femme aborda à la nage à Pakada, petite plage non loin de la Roche : c'était Guhmenewe i Tongawa, le petit bout de femme de Tongawa. Elle venait de Toka. De Pakada, la vieille se rendit à Terole, terrain fertile dans l'intérieur, où sont les meilleures plantations des gens de la Roche. Là, elle construisit une toute petite case et vécut ainsi quelque temps toute seule. Or, une nuit, pendant son sommeil, elle sentit quelque chose de frojd lui ramper sur la poitrine ; y ayant porté la main précipitamment, elle trouva un gros lézard qu'elle rejeta loin d'elle. Le même fait s'étant reproduit plusieurs fois, au bout de quelque temps, la vieille femme se trouva enceinte et devint mère d'un grand nombre d'enfants tous mâles. Après quelques années, ses enfants se trouvant à l'étroit à Terole, leur mère en conduisit une partie dans l'Est du côté de Penelo et se fixa elle-même du côté de Pewaete. Un jour, que ses fils restés à Terole étaient en fête et faisaient un superbe pilou, un génie à forme humaine, qui vivait dans les bois non loin de là, mais dont l'origine n'est pas connue, vint voir quelle pouvait être la cause du grand bruit qu'il entendait. Il trouva à sa grande surprise une foule d'hommes en train de faire une grande danse, et l'étonnement de ces derniers ne fut pas moindre. Le génie ayant appris d'eux qu'ils avaient une mère qui était allée se fixer dans l'Est, il se fit conduire à elle et désira la prendre pour femme. Mais la vieille qui ne partageait pas sa flamme opposa un refus persistant à toutes ses instances; lui, de son côté, ne cessa de la poursuivre partout et un jour qu'il la pressait de plus en plus, impatientée, elle lui jeta à la figure une poignée d'herbes qu'elle était en train d'arracher dans ses plantations. Le génie fut aussitôt et sur place transformé en un figuier — uakane — qui, quelque temps après, sécha, et, sur son tronc, poussèrent bientôt des champignonspiritru — . Quelques mois après, la vieille femme visita ses plantations, vit l'arbre sec; elle cueillit les champignons piritru et arracha le tronc pour le feu de sa case. Rentrée chez elle, elle mit en effet l'arbre au feu et étala ses champignons dans un panier pour les faire sécher. Mais bientôt dans le panier se fit entendre une sorte de cri guttural, semblable à celui d'un homme qu'on étoufferait, et une forme humaine apparut soudain : c'était le génie qui, aussitôt, la pressa d'être sa femme. Cette fois, la femme, vaincue par ce prodige, y consentit enfin et ils eurent un grand nombre d'enfants, et surtout des filles qui épousèrent les premiers fils de l'étrangère, et ainsi l'île fut peuplée.

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely, auteurs de Les Plantes des fées (Éditions Plume de carotte, 2014),


"Le deux-fois né est un des dieux les plus anciens, issu des croyances préhelléniques. Il est l'idole des comédiens, de la vigne, du vin mais surtout des excès incontrôlés. Dans des transes sauvages se perdait son cortège de ménades couronnées de lierre, de satyres mi-hommes, mi-boucs et son vieux compagnon de boisson, Silène. Un gout pour les envolées furieuses, les facéties et les bonnes caves qui se retrouve bien sûr chez nos lutins.

[...] Les noms des dieux antiques s'accompagnaient d'épithètes indicatrices de l'ancienne divinité qu'ils ont supplantée ou de l'élément naturel auquel ils étaient liés. Parmi ceux de Dionysos, citons : "Denditres "de l'arbre", Phloios "de l'écorce", Suhitès "du figuier"."

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Tony Goupil, dans un article intitulé "Croyances phytoreligieuses et phytomythologiques : plantes des dieux et herbes mythologiques" (Revue électronique annuelle de la Société botanique du Centre-Ouest - Evaxiana n°3 - 2016), cherche à déterminer les plantes associées par leur dénomination aux divinités antiques :

La deuxième conclusion est que les plantes seraient issues de la métamorphose d’un mortel ou semi-mortel. On peut citer bien entendu l’exemple du géant Sycea transformé en figuier (donnant ainsi des mots dérivés comme « sycomancie » ou divination par les feuilles de figuier et « sycophante » ou celui qui dénonce les vols de figues).

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Littérature :


Chante à présent, la figue, Simiane,

Parce que ses amours sont cachées.


Je chante la figue, dit-elle,

Dont les belles amours sont cachées.

Sa floraison est repliée.

Chambre close où se célèbrent des noces ;

Aucun parfum ne les conte en dehors.

Comme rien ne s'en évapore,

Tout le parfum devient succulence et saveur.

Fleur sans beauté ; fruit de délices ;

Fruit qui n'est que sa fleur mûrie.


J'ai chanté la figue, dit-elle,

Chante à présent toutes les fleurs.


André Gide, extrait de Les Nourritures terrestres, 1897.

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Jean Giono, dans le troisième roman de La Trilogie de pan, à savoir Regain (Éditions Bernard Grasset, 1930) évoque brièvement le Figuier :


C'est presque au milieu d'un tas de décombres que Gédémus a découvert une grangette encore tiède. C'est là qu'on passe la première nuit; Il faut enjamber des débris de murs et écarter les branches des figuiers fous et, ces branches, maintenant nues et tordues, et fraîches de nuit, quand on les touche, on dirait des serpents.

La grangette est au milieu de ce nid de figuiers.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque le Figuier :

2 janvier

(Beaulieu-sur-Mer)

Arqués vers le sol

Dards de scorpions

Bourgeons de figuier [...]

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Dans le roman policier Le Parme convient à Laviolette (Éditions Denoël, 2000) de Pierre Magnan, on peut lire la description d'un magnifique figuier :


"Lui, il n'aimait rien tant qu'aller s'offrir une longue méridienne sur une chaise longue vétuste, installée non loin d'un figuier goutte d'or dont il avait encouragé la paresse en lui construisant une solide tonnelle pour qu'il puisse s'étendre....

Le figuier est un arbre qui sait vivre. Sitôt que celui-ci s'était aperçu qu'il pouvait étayer ses branches cassantes sur un portique en fer, il s'était mis à s'allonger démesurément, à dérouler en volutes ses nœuds voluptueux aux volumes indécents, son feuillage rêche, à l'odeur amère de lait végétal et que le vent dominant faisait trembler parfois, dévoilant ses fruits énigmatiques, flapis et pourtant évocateurs, où pendait sous leur ventre vert pâle une grosse goutte translucide de miel qui ne tombait jamais et où s'irisait, en transparence, le monde alentour.

Il arrivait au bon vivant de s'arc-bouter parois sur sa chaise longue afin de se rapprocher, au bout d'une branche ployante, d'une figue volumineuse adornée de sa goutte translucide, de parvenir à se contempler dans ce minuscule miroir et de s'y trouver beau.

Sous la mi-ombre mi-soleil de ce figuier prodigieux, trois ruches pour le plaisir et non pour le profit étaient équilibrées sur des briques rouges, et le vacarme à l'unisson des ouvrières au travail vibrait à travers l'air comme un tympanon en sourdine."

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