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  • Anne

Le Figuier



Étymologie :

  • FIGUIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. Ca 1200 figuier (God. de Bouillon, 221 ds T.-L.). Dér. de figue*; suff. -ier*; a remplacé l'a. fr. fiier (1re moitié xiie s. Ps. Oxf. 104, 31 ds T.-L.) dér. de l'a. fr. fie (figue*), même suffixe.

  • FIGUE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1170 fige (Rois, éd. E. R. Curtius, I, XXV, 18, p. 50) ; 1181-90 figue [ms. 2e quart xiiie s.] (Chr. de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 3313) ; 2. 1210 faire la figue (Bible Guiot, éd. J. Orr, 207) ; 3. 1487 loc. moitié figue, moitié raisin (Lettre au roi sur la redd. de la ville de Coucy, Cabin-Girardot ds Gdf. Compl.). 1 empr. à l'a. prov. figa (xiie s. ds Rayn.), issu du lat. class. ficus fém. « figue, figuier », devenu fica* en lat. vulg. d'apr. de nombreux noms de fruits en -a, d'où l'a. fr. fie « figue » (ca 1170, B. de Ste-Maure, Chron., éd. C. Fahlin, 11240) ; 2 calque de l'ital. far la fica, attesté dep. mil. xiiie s. (Novellino ds Batt.), fica désignant en ital. la vulve de la femme, ce sens étant lui-même un calque du gr. σ υ ̃ κ ο ν « id. » (chez Aristophane, v. Bailly et DEI) ; 3 aurait pour orig. une fraude dont des marchands vénitiens, qui achetaient du raisin de Corinthe rare et cher, auraient été victimes (Bl.-W.5).


Lire aussi les définitions de figue et figuier pour amorcer la réflexion symbolique.


Autres noms : Ficus carita ; Fidzié ; Fièro ; Higué.

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Botanique :


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Histoires d'arbres :


La série documentaire d'Arte nous propose un épisode sur les arbres sacrés consacré à deux types de figuier : un figuier sycomore en Ethiopie et un figuier des banians en Inde.




Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée, Robert Laffont : 1982), de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Avec l'olivier, la vigne, le figuier est un des arbres qui symbolisent l'abondance. Mais, lui aussi, a son aspect négatif : desséché, il devient l'arbre mauvais et, dans la symbolique chrétienne, il représente la Synagogue qui, n'ayant pas reconnu le Messie de la Nouvelle Alliance, ne porte plus de fruits ; il représentera aussi bien telle Église particulière, dont l'hérésie aura desséché les rameaux.

Le figuier symbolise la science religieuse. Il possédait en Égypte un sens initiatique. Les ermites se nourrissent volontiers de figues. On retrouve ce symbole dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Dans la Genèse (3, 7), Adam et Ève se voyant nus cousent des feuilles de figuier pour s'en faire des ceintures. Dans les Rois (1, 4), les arbres demandent au figuier de régner sur eux.

Le figuier apparaît aussi dans le Nouveau Testament car Jésus le maudit (Matthieu, 21, Marc, 2, 12s.). Il convient d'observer que Jésus s'adresse au figuier, c'est-à-dire à la science qu'il représente. Jésus dira à Nathanaël : Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier (Jean, 1, 49) ; Nathanaël était un intellectuel.

Dans l'ésotérisme islamique, le figuier s'associe à l'olivier pour signifier les dualités de diverses natures. En Asie orientale, le rôle du figuier est d'une extrême importance. Encore s'agit-il d'une variété particulière, l'imposant figuier des pagodes ou banian, le ficus religiosa des botanistes. Le figuier perpétuel des Upanishad et de la Bhagavad Gîtâ, c'est l'arbre du monde qui joint la terre au ciel. Tel est son rôle aussi dans le Bouddhisme : le pippal au pied duquel le Bouddha obtint l'Illumination, l'Arbre de la Bodhi, s'identifie à l'axe du monde. Il symbolise en outre le Bouddha lui-même dans l'iconographie primitive, et le Bouddha s'intègre à l'axe sous les diverses formes.

Dans toute l'Asie du Sud-Est, le banian est peuplé de génies. C'est un symbole de puissance et de vie ; chez les Sré, de la procréation ; chez les Rongao et les Sédang, de la longévité.

Il symbolise aussi l'immortalité et la connaissance supérieure : il était l'arbre favori sous lequel le Bouddha aimait à se placer pour enseigner ses disciples. Le figuier, comme le saule, symbolise l'immortalité, et non pas la longue vie, car pour les Chinois l'immortalité ne peut se concevoir que par l'esprit et la connaissance.

Arbre sacré des traditions indo-méditerranéennes, le figuier est fréquemment associé à des rites de fécondation. Dans la pensée dravidienne, il doit son pouvoir fécondant à son latex, et parce que le latex est de même essence que rasa, partie de l'énergie universelle incluse dans l'élément Eau. Les Eaux Inférieures de la Genèse sont assimilables au Rasa. Le latex est également le suc vital Ojas, qui communique la vie à l'enfant in utero. D'innombrables rites de magie imitative attestent l'importance symbolique des arbres à latex ; ainsi l'usage dravidien, également rapporté par J. Boulnois, d'accrocher le placenta de la génisse, enveloppé dans de la paille, à la branche d'un banian, autre arbre à latex, pour que la vache ait du lait et de nouveaux petits. Dans toute l'Inde, le figuier des Pagodes est l'arbre de Vishnou et de Shiva. Son culte est associé à celui du serpent, l'association arbre-serpent étant créatrice de force fécondante par excellence.

La feuille de figuier, dans l'Inde actuelle, comme la feuille de vigne dans l'art gréco-latin antique, est un cache-sexe qui n'est peut-être pas dépourvu de toute signification symbolique. Selon la croyance romaine, Romulus et Rémus sont nés sous un figuier et longtemps on vénéra dans le Comitium les divins jumeaux sous un figuier détaché du premier par bouture (Pausanias, 7, 44 ; 8, 23 ; 4, 9, 22, 2). En Inde, la même croyance s'applique à Vishnou. En Grèce, le figuier est consacré à Dionysos.

La sacralisation éminente du figuier - ou d'autres arbres latex - caractéristique aussi bien des Dravidiens de l'Inde que des anciens Crétois, se retrouve en Afrique noire. J. P. Boulnois la signale chez les Kotoko du Tchad, pour lesquels émonder un figuier yagalé entraînerait la stérilité. La femme Kotoko, ajoute-dt-il, pour augmenter sa lactation pratique une entaille dans l'écorce de ce figuier et recueille sa lactation. Le figuier est également sacré chez de nombreux peuples bantous du Centre. En Grèce, dans certains cultes agraires primitifs, les sycophantes étaient chargés de révéler la figue (suké). Sans doute l'expression cache-t-elle symboliquement un rite d’initiation aux mystères de la fécondité. Plus tard, lorsque l'exportation des figues fut interdite hors de l'Attique, on appela sycophantes (révélateurs de la figue) par dérision les dénonciateurs des contrebandiers ; le mot en vint à désigner les délateurs et les maîtres chanteurs.

En Afrique du Nord, la figue est le symbole de la fécondité venue des morts . A ce niveau de comparaison, on ne dépasse guère l'allégorie et l'analogie. Jean Servier atteint l'interprétation symbolique en ajoutant : Pleines de graines innombrables, elles sont un symbole de fécondité et sont, à ce titre, l'offrande déposée sur les rochers, les thermes et les sanctuaires des génies gardiens et des Invisibles : offrande que peut partager le voyageur dans le besoin, parce qu'elle est le don de l'Invisible.". Son nom est devenu à ce point synonyme de testicules qu'il ne s'emploie pas dans la conversation courante et s'est trouvé remplacé par le nom de leur saison, le Khriff, l'automne.

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Figuier (Ficus carita) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Masculin

Planète : Jupiter

Élément : Feu

Divinité : Dionysos-Bacchus ; Héra-Junon ; Isis.

Pouvoirs : Divination ; Fécondité ; Envoûtements.

Utilisation rituelle : C'était la coutume des ascètes hindous de séjourner dans les forêts, au pied d'un arbre, pour se plonger dans la méditation. Après être resté sept jours sous l'arbre de la Science, Càkya Mouni (le Bouddha) demeura également sept jours auprès du Figuier Ajapala, le même temps au pied du Figuier Moucalinda et du Figuier Rajàyatana. Plus tard, entre Bénarès et Ourouvélà, il alla méditer dans une immense forêt de Figuiers où il resta sept années. Enfin, lorsqu'il sentit son heure arriver, il se retira au pays des Mallas, dans le bois des deux Callas, pour entrer dans le Nirvana complet et définitif.

Les Romains appelaient Figuier ruminal (de rumen : mamelle) un Figuier sauvage qui croissait au milieu du forum et sous lequel, suivant la tradition, Romulus et Rémus avaient été trouvés, tétant les mamelles d'une louve. Si le Figuier ruminal venait à mourir, c'était un présage funeste et l'on s'empressait de le remplacer par un autre.

Vénéré durant l'Antiquité comme un arbre phallique, générateur et nourricier, le Figuier devait devenir, dans le monde chrétien, l'arbre sous lequel Adam s'est caché après avoir mangé le fruit défendu, et aussi l'arbre où Judas est allé se pendre.


Utilisation magique : Dans les mythes et les légendes, il est fréquent que les animaux et les arbres phalliques deviennent avec le temps des animaux et des arbres sinistres, funéraires, démoniaques. Le Figuier n'a pas échappé à la règle. D'arbre de Bacchus et de Dionysos, il est devenu l'arbre d'Adam, puis s'est encore transformé en arbre de la croix, en arbre maudit, arbre de Judas. Nous voyons souvent dans les contes populaires le Figuier hanté avec prédilection par le Diable. Dans toute l’Europe, le Figuier, arbre phallique, et le noyer, arbre nuptial, sont devenus non seulement des arbres maudits, mais des instruments de malédiction.

Celui qui commet l'imprudence de se coucher à l'ombre d'un Figuier dans les heures chaudes de l'été verra paraître devant lui une femme habillée en moine qui, un couteau à la main, lui demandera s'il souhaite prendre ce couteau par la pointe ou par le manche ; s'il répond par la pointe, il sera tué tout de suite ; s'il dit par le manche, la femme-moine se contentera de le rouer de coups.

Un chant populaire kabyle dit : « Salut, ô Figue violette (ajenjar). Mon mari est vieux; ses genoux sont sales ; Dieu le fasse vite crever. Je pourrai alors m'amuser dans les bras du premier que je rencontrerai. »

En Italie méridionale, quand un sort avait été jeté sur des animaux domestiques, on devait leur faire traverser trois portes qui se suivent, en ayant soin d'étendre sur le seuil de chacune une veste tournée à l'envers. Pendant cette cérémonie, on frappait des grands coups sur le sol avec un bâton de Figuier, l'arbre maudit, en prononçant des paroles magiques que seuls les initiés connaissaient.

Quand deux Catalans s'étaient provoqués pour un duel à la navaja, celui qui passait sous l'ombre d'un Figuier était sûr d'être tué.

Un vestige des anciens rites de fécondité subsiste au Moyen-Orient, où les femmes qui désirent concevoir taillent dans du bois de Figuier des pénis artificiels qu'elles graissent avec une pommade à base de pulpe de concombre et de purée de dattes.

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Les fruits de cet arbre généreux sont réputés rendre sage celui qui est fait pour l'être sans le savoir, ou fou celui qui se croit sage.Est-ce donc une feuille de vigne dont se sont ceints Adam et Ève après avoir commis leur faute ? Pas du tout. Relisez la Bible : "Alors se dessillèrent leurs yeux, à tous deux, et ils connurent qu'ils étaient nus ; et cousant des feuilles de figuier, il se firent des pagnes." (Genèse, 3, 7) De même si l'on en croit les auteurs de la Bible toujours, le fruit du péché, de l'arbre interdit, n'est pas la pomme mais la figue, et l'arbre du jardin d'Eden dont Adam et Ève ont goûté le fruit est bien le figuier. Mais d'où viennent cette puissance de vie régénératrice, cette force de l'intelligence fécondante que l'on attribue au figuier et à son fruit depuis toujours ? Selon les Upanishad, textes sacrés qui constituent les éléments essentiels du Védânta, le dernier volet des Védas - les plus anciens textes de la littérature indienne, antérieurs de la Bible et six fois plus longs que le livre des livres -, le figuier est l'arbre du monde qui relie la terre au ciel. D'ailleurs, où que l'on se tourne sur la Terre de nos ancêtres, le figuier est partout présent. En Inde, c'st l'arbre de Vishnu, en Grève celui de Dyonisos, en Égypte, l'arbre de l’initiation et de la connaissance, en Chine, l'arbre de Bouddha, à Rome, l'arbre sous lequel sont nés Rémus et Romulus.

Les femmes et les hommes de l'Antiquité se régalaient de figues sèches, confites ou marinées dans l'huile d'olive, d'un peu de pain d'orge et de fromage de chèvre. Ils connaissaient déjà la saveur de ce fruit, bien sûr, mais aussi sa richesse nutritive, aujourd'hui reconnue parce qu'évaluée précisément et scientifiquement : fer, manganèse, calcium, vitamines A, B, B2, PP et C, etc. C'est un fruit tonifiant, recommandé aux enfants, aux convalescents, aux vieillards aux sportifs et aux femmes enceintes.

Enfin, nous ne serions pas complets si, à propos de la figue, nous ne faisions pas allusion à la vulve du sexe féminin et au scrotum de l'homme, qu'elle représentait symboliquement dans l'esprit de nos ancêtres. Ainsi, en grec, le verbe signifiant cueillir des figues avait aussi un sens beaucoup plus obscène."

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Selon Irini-Despina Papaikonomou et Stéphanie Huysecom-Haxhi, auteur de l'article « Du placenta aux figues sèches : mobilier funéraire et votif à Thasos », Kernos, 22 | 2009, 133-158 :


Valeurs de la figue et du figuier dans l’antiquité : Dans l’aire méditerranéenne, le figuier était étroitement associé à l’idée de génération et de valeur nourricière par son fruit évoquant les testicules et par sa sève blanche, assimilée au lait maternel. En Grèce, la sève du figuier, ἡ συκῆ, arbre de genre féminin, a été aussi assimilée au lait maternel. La même idée existe en Égypte pour le sycomore, ἡ συκομορέα, figuré sous la forme d’Isis en train d’allaiter, par ses seins qui sont des figues, le roi Thoutmosis III. Cette image métaphorique de figue-mamelle associée à la sève de l’arbre se retrouve chez Galien qui n’hésite pas à affirmer que la figue est comme une mamelle qui dispense un lait nourricier, car elle constitue la meilleure des nourritures pour engraisser. Dans un sens analogue, mais plus direct, Athénée rapporte que, selon Hérodote le Lycien, la pulpe des figues était la nourriture la plus propice aux nouveau-nés. Dans cette métaphore, la sève de l’arbre est perçue comme l’équivalent de son sang par analogie à un être vivant. Comme le sang menstruel, qui nourrit le fœtus, se transforme en lait maternel, c’est-à-dire en sang blanchi, une fois l’enfant né, la sève blanche du figuier peut être aussi perçue comme le « lait » de l’arbre. Les auteurs médicaux utilisent aussi l’image de la sève du figuier pour expliquer le phénomène de la conception. Aristote décrit ainsi comment une goutte de sève de figuier permet de coaguler le lait dans la fabrication du fromage, comme le sperme, le sang des règles.

La figue, σῦκον, se prête encore à d’autres jeux de mots concernant la génération. Si en Égypte les figues étaient associées aux seins d’Isis et aux testicules d’Osiris, en Grèce, le fruit est associé au sexe de la femme « dont il constitue un substitut langagier ». Aristophane (Paix) fourmille d’allusions aux figues et aux fruits pour désigner les jeunes filles. La métaphore de Strattis est explicite : « J’ai vu en rêve la concubine d’Isocrate, Lagiska, et je cueillis sa figue ». P. Brulé résume de manière incomparable une partie essentielle de la philosophie d’Aristophane dans la phrase : « vivre heureux, sans souci, cueillir des figues ». Le terme ἰσχάς, qui désigne la figue sèche désigne, lui aussi, le sexe féminin par sa forme allongée et par son apparence fripée. Il apparaît comme tel chez Hipponax.

Un olivier, un pied de vigne et un figuier accompagnés d’une fontaine représentaient pour les anciens l’abondance, la paix, le bonheur, que cela soit dans le monde de la Bible, ou dans l’oikos et les hiera. Fruit précieux, sa valeur « dépassant » celle de l’or, la figue serait, selon le témoignage d’Athénée, l’expression de la vie civilisée et même de la vie « pure ». Sa valeur cathartique aide à éloigner les souillures. Des figues sont suspendues au cou des pharmakoi que l’on expulse de la cité aux Thargélies, et composent l’eiresiônè, offerte à Apollon lors des Pyanopsies afin d’assurer la maturation de la récolte en éloignant tout mal qui pourrait la contrarier. Considérée en Attique comme le premier composant de la nourriture civilisée, ἥμερος τροφή, elle est par conséquent l’ἥμερος καρπός par excellence, censé subir pendant la maturation une sorte de cuisson sous l’effet du soleil et de l’humidité, caractérisant la civilisation, à la différence des glands. Dans ce sens, elle constitue l’équivalent du fœtus qui cuit comme un fruit à l’intérieur de l’utérus. Les Hippocratiques utilisent l’exemple de la plante pour décrire le processus du développement du fœtus : « échauffée par le soleil, (elle) se met à bouillir aux extrémités et devient le fruit ».

Ainsi, depuis l’Antiquité, la figue était au monde végétal ce que le porc ou le sanglier étaient au monde animal : un puissant symbole de la génération et de la fécondité, qui, dans son cas, était accompagné par des vertus apotropaïques ou cathartiques signalant aussi le passage à un monde civilisé consommant de la nourriture « cuite ». Par sa forme associée avant tout au sexe de la femme, et parfois aux testicules et au sexe de l’homme, par sa valeur nourricière associée au lait maternel, par la métaphore lactique et la coction que la sève du figuier permet, par sa nature de fruit qui évoque la régénération de la nature et même la nature de l’enfant, la figue a tout pour évoquer la fécondité et la fertilité. Si l’on ajoute à ces facteurs le plaisir que sa dégustation procurait aux Grecs au point de la comparer au vin et à l’acte sexuel, nous comprenons facilement pourquoi elle valait plus que de l’or et pourquoi elle constituait un signe d’abondance et de prospérité pour l’oikos. Lors du rite des katachusmata on répandait des figues et des noix sur la tête des époux au moment où ils franchissaient le seuil de leur maison. L’association d’idées entre la récolte, les figues et la reproduction humaine se lit clairement dans le vœu exprimé par les vers d’Aristophane quand Trygée demande aux dieux « de (leur) accorder … de l’orge en quantité, du vin à foison et des figues à croquer, de rendre (leurs) femmes fécondes… ». La figue devient la métaphore explicite du sexe féminin à la fin de la même pièce : τῆς δ’ ἡδύ τὸ σῦκον 35. L’importance de ce fruit polysémique nous amène à proposer de voir dans ses représentations figurées une image du sexe féminin, voire du placenta, promesse d’une progéniture attendue ou d’enfant en éclosion.

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Les différences de taille mises à part, les analogies formelles nous permettent de comprendre les associations mentales qui s’opèrent entre l’image du placenta suspendu par les membranes et le cordon, la figue, les testicules.


L’offrande du Thesmophorion : Figue-placenta, Mutterfrucht

Sous quelle forme schématique un artisan qui n’a pas eu l’occasion de voir un placenta pourrait-il le rendre ? Peut-être sous la forme d’un fruit, comme la figue, en superposant, par un jeu de métaphores, l’image du fruit employé pour désigner le sexe de la femme à celle du placenta, un ensemble réuni dans l’imaginaire grec. La figue du Thesmophorion le démontre : elle se termine en une excroissance ligneuse qui évoque un cordon ombilical. L’artisan utilise ainsi la figue comme fruit pour évoquer le sexe de la femme et son potentiel fécondant; la figue devient aussi le placenta sur lequel se place le cordon ombilical. C’est ce cordon qui introduit notre regard et conduit notre pensée sur la signification de l’offrande et son rôle dans ce sanctuaire précis de Thasos.

Ce fruit mûr est offert à Déméter. L’origine corinthienne de l’objet évoque les Thesmophories et l’importance du sanctuaire des flancs de l’Acrocorinthe. L’offrande a pu être présentée le troisième jour de la fête, la Kalligéneia, pour obtenir la promesse d’une belle progéniture et écarter toute possibilité de perdre l’enfant avant le terme. Offrir à une divinité un placenta réel aurait rencontré l’obstacle de l’interdit de la souillure.

D'après Sophie Ékoué, auteure de Sagesses africaines (Hachette, 2016), " le ficus symbolise la volonté de vaincre ; en poussant au pied d'un autre arbre, il finit par l'étouffer."

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :



Mythologie :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


CAPRIFIGUIER (cf. Figuier). — Cette plante joue un rôle assez important dans la légende de Tyrtée ; le poète boiteux des Spartiates, dans l’un de ses fragments, où il est question des Héraclides, dit qu’il avait quitté Érinée avec eux, Érinée que les vents dominent, et trouvé la vaste île de Pélops (le Péloponnèse). Le mot Érinée signifie, à la fois, l’endroit d’où Tirtée était arrivé avec Héraclides, et le caprifiguier ou figuier sauvage, ce qui donna lieu, par un jeu de mots, à la légende que les Spartiates avaient remporté leur victoire définitive sur les Messéniens, à cause d’un caprifiguier que le fleuve Neda arrosait. — D’après Pline, on dompte les taureaux à l’aide du caprifiguier. Il paraît que le même usage superstitieux existait chez les Égyptiens, puisqu’ils représentaient, dans leur symbolique, un homme malheureux par un taureau lié à un caprifiguier.

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FIGUIER. — Le figuier a été vénéré par l’antiquité comme un arbre authropogonique, générateur et nourricier par excellence. La célèbre ficus ruminalis de Rome rappelle, à plusieurs égards, l’açvattha cosmogonique indien. Pline166 nous donne sur ce figuier les renseignements suivants : « Colitur ficus arbor in foro ipso ac comitio Romae nata, sacra fulguribus ibi conditis. Magisque ob memoriam ejus quae nutrix fuit Romuli ac Remi conditoris appella