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  • Anne

Le Phoque




Étymologie :

  • PHOQUE, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1532 focque (Rec. des isles nouvellement trouvees, fo49 rods DG) ; 1573 fém. phoque (Garnier, Hippolyte, 420 ds Hug.) ; 1846 souffler comme un phoque (Balzac, Cous. Bette, p. 210) ; 2. 1932 «fourrure de cet animal utilisée en pelleterie» (Lar. 20e). Empr. au lat. phoca «phoque, veau marin», gr. φ ω ́ κ η «id.».

Lire également la définition pour débuter la réflexion sur le symbolisme de cet animal.




Zoologie :

Selon Matt Pagett, auteur de Le petit livre de merde (titre original What shat that ?, Quick Publishing, 2007 ; édition française Chiflet & Cie, 2008) : "Le phoque est un gros mammifère marin qui vit un peu dans l'eau et un peu sur terre. dans ce dernier cas, il est plus vulnérable car il est à la merci de prédateurs tels que l'homme. Les chasseurs le recherchent activement pour sa peau et sa viande, au grand dam des défenseurs de animaux. Pourtant l'existence des phoques est assez controversée parce que leurs excréments posent de sérieux problèmes.


Description : Les crottes de phoque ressemblent un peu à celles des chiens. On peut y voir, entre autres, des éclats d'os. Une fois sèches, elles deviennent dures comme du ciment, sauf si l'animal a ingurgité quelque chose de mou, elle sont alors plus molles. Leur odeur est très désagréable. Les phoques défèquent soit dans leurs sites de repos habituels, soit, et c'est le plus fréquent, dans l'eau.


Crottes fossilisées : La merde de phoque est un trésor d'investigation archéologique. Les crottes enterrées dans les sédiments marins de l'Antarctique contiennent des traces de poils de phoques qui permettent de recueillir des informations intéressantes sur les composés chimiques de l'environnement et facilitent certaines recherches archéologiques : on peut les dater, comme le mercure, le cuivre et le cadmium dont elles sont imprégnées.


Je t'aime, moi non plus : Comme les phoques sont une espèce protégée dans plusieurs pays, leur population y est de plus en plus élevée. Ceci n'arrange pas les pêcheurs qui redoutent la raréfaction des poissons qui sont mangés par l'animal ou empoisonnés par les parasites qui logent dans ses excréments. En Nouvelle-Ecosse, par exemple, la merde de phoque charrie les œufs d'un parasite qui va ensuite infecter toute la chaîne alimentaire marine. Les chasseurs sont persuadés que les massacres qu'ils organisent ont peu d'influence sur la faune aquatique. Pas si sûr...


Interdit aux chiens et aux phoques : Une colonie de phoques a élu domicile dans une piscine de San Diego. Vaste débat lors des réunions de copropriétaires, où certains trouvent ces animaux adorables alors que d'autres se plaignent de l'odeur insoutenable de leurs déjections."

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Symbolisme :

"Considéré comme un animal fuyant, huileux et insaisissable [dans le Dictionnaire des symboles (1969, édition revue et corrigée 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


[Le phoque] symbolise la virginité, qui ne serait pas due à une volonté supérieure, mais qui procéderait de la crainte, de la peur du don de soi, du manque d'amour. Ainsi les nymphes poursuivies par des dieux se transformaient en phoques, selon les légendes grecques. Poséidon, le dieu des mers, possédait des troupeaux de phoques, dont il avait confié la garde à Protée, un des dieux subalternes de la mer, qui avait la propriété de se changer en toutes les formes qu'il désirait. Le symbolisme du phoque se dégage aujourd'hui avec plus de précision : il symboliserait l’inconscient, ou du moins cette part de l'inconscient issue du refoulement, soigneusement tenu en laisse par Protée, mais capable comme son maître de toutes les métamorphoses. On raconte, par exemple, que des phoques femelles, se dépouillant de leur peau sur les rives, se promènent sur les plages comme des femmes ravissantes."

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Selon Clarissa Pinkola Estés, auteure de Femmes qui courent avec les loups, Histoires et Mythes de l'archétype de la Femme sauvage (1995 ; traduction française : Grasset, 1996),


"Le phoque est l'un des plus beaux symboles de l'âme sauvage. Comme la nature instinctuelle des femmes, c'est un animal particulier, qui a évolué et s'est adapté depuis des temps immémoriaux. Au même titre que la Femme Phoque [voir son histoire dans la rubrique Mythes et légendes], les vrais phoques ne viennent à terre que pour se reproduire et élever leurs petits. La mère phoque se consacre intensément à son petit durant deux mois environ. Elle veille sur lui, lui donne amour et soins et le nourrit exclusivement à partir de ses propres réserves corporelles. Au cours de cette période, le petit, qui pèse à l'origine une quinzaine de kilos, quadruple son poids. La mère alors retourne à la mer et le petit phoque, désormais viable, entame une vie indépendante.

Chez différentes ethnies du globe et tout particulièrement dans les régions circumpolaires et en Afrique de l'Ouest, on retrouve la croyance que l'être humain n'est pas véritablement animé avant que l'âme n'ait donné naissance à l'esprit, ne se soit occupée de lui, n'en ait pris soin pour qu'il prenne des forces. Plus tard, l'âme se retire en une demeure éloignée, tandis que l'esprit entame sa vie indépendante dans le monde.

Le symbole du phoque comme représentation de l'âme est d'autant plus irrésistible qu'il y a chez ces animaux une "docilité", une facilité de contact bien connue de tous ceux qui vivent auprès d'eux. Ils ont un petit côté "chien", naturellement affectueux, et il émane d'eux une sorte de pureté. Mais ils sont aussi très prompts à réagir, à battre en retraite ou à contre-attaquer si on les menace. Il en va de même pour l'âme.

Parfois, néanmoins, les phoques qui ne sont pas habitués à l'homme et se trouvent dans une sorte de béatitude, comme cela leur arrive de temps en temps, ne prévoient pas le comportement des humains. Telle la femme phoque du conte et telle l'âme des femmes jeunes et/ou inexpérimentées, ils n'ont pas conscience des intentions des autres et du mal qu'ils peuvent faire. C'est toujours à ce moment-là que la peau de phoque est dérobée.

Après des années passées à utiliser le thème de la "capture" et du "trésor dérobé" dans les contes et à analyser nombre d'hommes et de femmes, j'en suis venue à penser qu'au cours du processus d'individuation, il se produit au moins un larcin significatif. Certains le définissent comme le vol de la "grande occasion" de leur vie, d'autres comme le larcin de l'amour ou celui de leur esprit, un affaiblissement du sens de soi. D'autres encore le décrivent comme une distraction, une coupure, une interférence ou comme l'interruption de quelque chose de vital pour eux : art, amour, rêves, espoirs, croyance en la bonté, développement, honneur , lutte."

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Imagination ; Joie ; Jeu ; Créativité ; Sociabilité ; Courant ; Curiosité.


En tant que gardien ou protecteur

Protège pendant le changement ; Protège des rumeurs malfaisantes.


En tant que guérisseur

Soigne par le jeu ; Soigne par la respiration profonde.

En tant qu'oracle ou augure

Séparez-vous des personnes négatives ; Levez les limitations auto-imposées.


Mythes et contes

Les contes écossais parlent de selkies, esprits marins qui enlèvent chaque neuvième nuit leur peau de phoque et dansent sur la plage comme des êtres humains.


Si le phoque est votre animal de pouvoir

Vous avez une nature joyeuse et aimez passer la journée à la plage. Vous pouvez passer de la colère au calme absolu sans en garder des traces. En cas de dispute, vous n'en tenez pas rigueur à l'adversaire. Vous savez comment aller avec le courant des réalités en constant changement de la vie. Vous profitez du moment, en sachant qu'en dernière analyse, il n'y a rien d'autre. Sociable et grégaire, vous aimez inviter des amis à déjeuner. Votre imagination active vous aide à manifester vos désirs - un nouvel habit ou un emploi bien payé. Cet extérieur joyeux cache une personne profondément spirituelle qui sait écouter sa voix intérieure, source de sagesse, créativité et approche équilibrée de la vie.


Demandez au phoque de vous aider

  • à utiliser votre imagination dans tous les domaines de votre vie ;

  • à accepter ce que la vie propose.

Accéder au pouvoir du phoque en

  • invitant des amis à une partie de cartes ;

  • observant les phoques jouer dans l'eau.

Le phoque est capable de maintenir sa chaleur dans l'eau glacée. Si vous sentez un manque de chaleur dans votre vie, générez la vôtre en vous préparant une boisson chaude apaisante et en la buvant devant une belle flambée.


Élément Eau."

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Pour David Carson, auteur de Communiquer avec les animaux totems, puisez dans les qualités animales une aide et une inspiration au quotidien (Watkins Publishing, 2011 ; traduction française Éditions Véga, 2011), le phoque appartient à la famille de la Sagesse intérieure, au même titre que l'hippopotame, le chien, l'aigle, l'ours polaire, le cheval, le coyote, le papillon, la chouette, la salamandre, le saumon, le paon, la grue, le lièvre, le tigre, le bœuf et la pieuvre.


"Sagesse intérieure

Invoquer un esprit animal, c'est éveiller de nouvelles perceptions. Tout phénomène naturel, y compris l'animal, est intrinsèquement mystérieux. L'indicible que recèle toute forme de vie nous ramène aux questions fondamentales sur l'existence. Comment et pourquoi s'est formé le cosmos ? Pourquoi les choses existent-elles plutôt que le néant (comme s'interrogent souvent les philosophes) ? La méditation peut nous apporter une conscience silencieuse des vérités qui se cachent derrière ces énigmes. Lorsque nous plongeons nos yeux dans ceux d'une autre créature, nous sommes confrontés à de profonds mystères, dont l'animal est l"incarnation vivante.

Ce chapitre présente les animaux susceptibles de nous guider vers de nouveaux indices et une acuité nouvelle. Si nous sommes prêts à nous ouvrir et à écouter, nous pouvons gagner en maturité spirituelle et avancer dans notre voyage intérieur.

[...]

Si l'on en croit le peuple inuit, le phoque, connu sous le nom de "seau de nourriture antique du Nord", peuple les eaux de Sedna, mère des océans. Cette déesse offre ses faveurs aux phoques ; ils furent autrefois ses doigts, avant qu'ils ne soient coupés par son père maléfique poursuivi par son mari, oiseau de mer géant. Elle se cramponnait au kayak de ce dernier lorsque ses doigts furent sectionnés par le couteau lâche de son père, la précipitant dans les profondeurs. Tandis que la belle jeune femme s'abîmait parmi les vagues, elle fut transformée en déesse de l'océan glacé et devint Sedna, mère nourricière de toute vie. Ses doigts devinrent phoques et autres diverses formes de vie marine - nourriture pour le peuple. Voici une simple prière adressée à la déesse : "Mère marine sacrée, faites qu'il y ait toujours à manger sur ma table."

Pour le peuple celtique, la mer est enchantée, peuplée de sirènes et d'autres créatures mystérieuses. Depuis le rivage brumeux, on aperçoit ces êtres mythiques, dont les têtes surgissent de l'eau. D'après plusieurs légendes celtiques, les "selkies", qui signifient "phoques" dans le dialecte des îles écossaises Orkney, peuvent se dépouiller de leur peau et devenir humains, avant de réintégrer leur enveloppe et redevenir phoques. Les contes selkies sont généralement des histoires tristes d'amants infidèles et d'amour unilatéral. Durant leur séjour sur terre, les membres du peuple Selkie se languissent de leur maison marine et finissent tôt ou tard par y retourner. Les pauvres humains abandonnés, inconsolables de cet amour perdu, dépérissent tout le reste de leur vie (généralement courte).

Un vieux proverbe dit qu'une goutte d'eau contient l'océan. On nous apprend que nous sommes des individus, mais nous ne sommes pas la goutte, nous sommes l'océan. Le phoque le sait, comme il sait que toute vie vient de l'eau. L'eau a toujours été utilisée dans les rites initiatiques, et elle nous apprend que notre réalité personnelle est à jamais changeante. L'énergie du phoque nous transmet le pouvoir de la fluidité. Si cet animal est votre totem, il vous faudra peut-être être plus ouvert et vous laisser porter par le courant du changement.


Mot-clé : Vie limpide.

Le Morse

Comme les phoques, les morses appartiennent à l'ordre scientifique des pinnipèdes. Ils vivent dans les régions arctiques. Le morse est un animal imposant et maladroit, de forme étrange, à tête ronde avec gueule saillante. Sa lèvre supérieure est recouverte de poils drus et il possède deux longues canines en ivoire, qui s'apparentent plutôt aux défenses d'un éléphant. Sa peau est brune et ridée et i présente des nageoires plates sur les pattes avant et arrière. Les morses vivent en groupe et sont capables de charger un ennemis pour protéger petits et vieux du troupeau. Contrairement au phoque pacifiste, le morse est féroce. S'ils constitue votre animal spirituel, vous êtes gardien du savoir ésotérique et êtes attiré par les groupes secrets.

Excepté pour les défenses, le morse ressemble à l'homme de cirque corpulent qui porte une trop grande combinaison de plongée et d'encombrantes palmes. Il a pourtant accès aux secrets de la mer, à l'austérité du nord glacé et possède la rudesse nécessaire pour résister aux forces hostiles.


Comment appréhender l'énergie du phoque

Nagez en eau sauvage : Les piscines sont des environnements clos. Pour entrer réellement en contact avec la liberté fluide du phoque, essayez de nager dans les rivières et lacs, et bien sûr dans l'océan.


Méditez dans votre bain : Faites corps avec l'élément eau en pratiquant la méditation dans votre bain. Allumez des bougies autour de la baignoire, éteignez toute lumière électrique et immergez-vous doucement dans l'eau.


Respirez profondément : Sous l'eau, les phoques peuvent retenir leur souffle pendant presque deux heures, prouesse extraordinaire. Apprenez du phoque - mammifère qui a fait de l'océan sa maison. nous pouvons, nous aussi, changer et nous adapter à notre environnement. Apprenez à être chez vous dans la fluidité."

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Phoque est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le Phoque symbolise la créativité, l'inspiration, la sensibilité et la protection. Le phoque, qui naturellement, n'a pas d'autre défense que de pouvoir mordre, vit en grands groupes, car il dispose ainsi d'un maximum de protection contre les prédateurs éventuels. Il a une épaisse couche de graisse sous la peau, ce qui maintient la chaleur de son corps dans l'eau froide de l'océan, et sa fourrure glissante lui facilite la nage. Il peut vivre des mois dans l'océan, et même dormir sous l'eau. Le phoque va sur la terre ferme pour s'accoupler, mettre bas, perdre sa fourrure chaque année, ou bien pour échapper aux prédateurs marins. Cela veut dire que vous vous sentez souvent attiré par les grandes étendues d'eau, que vous êtes capable d'opérer une transformation complète de votre apparence si vous le désirez, et que vous êtes créatif dans votre façon de trouver des solutions aux situations.

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Talents : Artiste ; Personnalité colorée ; Créativité ; Esprit de décision ; Rêveur ; Endurance ; Fidélité ; Chance ; Bonheur ; Imagination ; Curiosité ; Intelligence ; Intuition ; Joie ; Écoute de sa voix intérieure ; Amour ; Organisation ; Spiritualité ; Succès ; Transformation.


Défis : Rêvasse ; Facilement influencé ; Têtu ; Manque de sens pratique ; Irréaliste.


Élément : Terre ; Eau.


Couleurs primaires : Brun ; Gris.


Apparitions : Lorsque le Phoque apparaît, cela veut dire que, bien que vous soyez quelqu'un d'agréable et d’amical la plupart du temps, vos paroles peuvent avoir du mordant si vous attaquez. Du fait de votre sensibilité intérieure, vous pouvez souvent regretter toutes les choses négatives que vous dites et être amené à faire le premier pas pour les régler avec l'autre. Vous avez une proposition à protéger ceux dont vous vous sentez proche, les enfants, les animaux, et ceux que vous pensez lésés d'une façon ou d'une autre. Si le phoque apparaît, c'est l'indication qu'il est bon de vous immerger dans votre talent créatif. Avez-vous envie d'écrire une chanson, un livre, ou de créer de magnifiques bijoux ? Peut-être de peindre ? Votre capacité à créer avec la couleur est une façon de trouver le calme après une journée très active. Vous pouvez même choisir de suivre une carrière qui utilise vos talents artistiques. Le phoque va apparaître lorsque vous oubliez d'apprécier les choses et d'être joyeux. il va vous montrer comment trouver et exprimer le bonheur qui est en vous.


Aide : Vous avez besoin de vivacité dans des changements qui vous demandent de l'adaptabilité. Le phoque sait quand changer d'environnement pour des raisons de sécurité ou d'ordre pratique. En écoutant le message du phoque, vous saurez d'instinct quand vous devrez faire des changements pour vous assurez une transition facile. Le phoque vous aide lorsque vous faites des rêves que vous avez du mal à interpréter. Il peut vous aider à voir leur signification symbolique et comment l'appliquer à votre vie quotidienne. Le phoque peut aussi stimuler votre créativité en vous donnant de l'inspiration. Aborder les situations sous un autre éclairage peut vous donner des aperçus intéressants et vous permettre de trouver des façons intelligentes de mettre en place ce que vous cherchez à réaliser. Si vous vous sentez mal à l'aise dans un groupe, le phoque peut vous aider à vous y adapter et à vous y sentir bien. Il vous aide à voir votre beauté intérieure tout autant qu'extérieure.


Fréquence : L'énergie du phoque est rebondissante, semblable à un culbuto, et ludique. Elle est douce et chaleureuse comme un câlin. Elle fait le son d'un aboiement vif, de l'eau qui éclabousse, ou d'un rugissement sonore. Son énergie circule parfois rapidement et parfois lentement, ce qui vous indique s'il vous faut accélérer ou ralentir.

Imaginez...

Vous frissonnez en entrant dans l'enclos du phoque pour aller le nourrir avec les deux grands seaux de poissons que vous portez. Le phoque sort de l'eau et se tortille en venant vers vous. Vous portez des gants pour ne pas transmettre de germes à la nourriture et vous lui donnez un à un les poissons, tout en lui faisant signe entre-temps de ne pas s'impatienter pour manger. Puis vous lui caressez la tête en lui lançant le dernier poisson et en lui indiquant qu'il n'y a plus rien, que le repas est fini. L'estomac plein, le phoque se glisse dans l'eau pour nager, et il agite ses nageoires vers vous en disparaissant de la surface de l'eau.

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Dans l'édition revue et augmentée de Les Animaux totems dans la tradition amérindienne (Éditions Le Dauphin blanc, 2019) Aigle bleu nous transmet la médecine du Phoque :


Le mot-clé pour la médecine du Phoque est joueur. Le Phoque fait partie de ces animaux qui vivent sur terre, mais qui sont beaucoup plus à l'aise dans l'eau Il est un mammifère marin plutôt balourd et peu mobile sur la terre, mai dans l'eau il est très gracieux, rapide et excellent pêcheur.

Le Phoque est un animal grégaire qui aime les autres, il est très joueur et très intelligent. Il est bien partout où il y a de l'océan et du poisson. Il sait emmagasiner l'énergie du soleil. Il sait aussi s'entourer de graisse, ce qui lui permet de se trouver bien sous tous les climats et même de dormir sur la glace lorsqu'il lui en prend l'envie.

C'est un excellent communicateur. Grâce à cette médecine, ceux qui ont ce totem sont d'excellents animateurs, à l'aise dans tous les environnements. Ils ont la capacité d'amuser et de rendre les gens joyeux tout en ayant une profondeur provenant d'une grande expérience des diverses couches de l'être. Ils sont capables de ramener à la conscience les trésors de l'inconscient et de le traduire d'une manière accessible aux autres. C'est une médecine rare et précieuse qui fait que les gens du Phoque sont souvent les interprètes et les conteurs de régions invisibles de nos psychés.

Les gens du Phoque sont souvent des voyageurs. Ils préfèrent être en mouvement plutôt que devoir rester longtemps au même endroit, mais lorsqu'ils ont trouvé un endroit qu'ils aiment, ils peuvent y demeurer au repos pendant très longtemps.

Ce sont des gens qui savent toujours trouver ce dont ils ont besoin et avent aussi le partager avec les autres. Ils font de très bons amis. Ils sont d'excellents atouts dans toute l'organisation, et le rôle d'artiste leur convient particulièrement.

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Symbolisme celte :


Dans L'Oracle des Druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (édition originale 1994 ; traduction française Guy Trédaniel Éditeur, 2006) de Philip et Stephanie Carr-Gomm, on peut lire que le phoque (ron) est associé à trois mots-clefs :


L'Amour ; La Nostalgie ; Le Dilemme.

La carte représente un phoque gris sur le rivage d'Iona, l'île sacrée connue autrefois sous le nom de l'île des Druides, Isla Na Druidneach... Un pâle arc-en-ciel brille sur l'Atlantique et nous apercevons à l'horizon la silhouette de l'île inhabitée de Dutchman Cap.

A l'endroit, la carte est un appel que nous lance depuis la mer le peuple des phoques. Les sons humains du Dan nan Ron, chant des phoques, bouleversent et effraient celui qui les entend au plus profond de son cœur. C'est l'appel de la mer, des profondeurs, de l'inconscient. Il monte des eaux de la naissance, de nos premiers instants sur terre, de nos frères et sœurs de la mer, plus proches de nous que nous n'osons l'imaginer. Nous craignons cet appel car nous craignons de nous noyer dans les remous de nos sentiments. Mais ne laissez pas vos idées emprisonner votre cœur comme l'époux retient prisonnière son épouse selkie, la femme-phoque. Acceptez de suivre votre inconscient, votre féminité, vos rêves et vos désirs. Ils transformeront votre vie, l'apaiseront et la rempliront d'amour.


Renversée, cette carte suggère peut-être que vous avez atteint un point de votre vie où vous vous trouvez confronté à un dilemme. Quoi que vous décidiez, vous courez le risque de perdre quelque chose et pourtant vous savez qu'il vous faut choisir. Le phoque parle des désirs du cœur, du véritable amour, du sentiment d'humanité et de bonté qui devront être, au moment ultime, les seuls facteurs déterminants de votre choix. Le phoque représente la solitude et la séparation, mais n'oubliez pas que viendra le moment où la selkie, la femme-phoque, retenue prisonnière à terre, s'échappera pour devenir le guide et le compagnon conduisant à l'Autre Monde à travers le monde fluide des émotions.

Le Phoque dans la Tradition

Regarde au loin vers le nord-est, sur l'océan splendide,

où vivent les phoques jouant à marée haute

Poème irlandais du XIVe siècle


Les phoques entretiennent des liens privilégiés avec la race humaine. Comme nous l'avons dit, certaines familles celtiques étaient supposées descendre de l'union du phoque et de l'homme, et leurs noms témoignent encore de cette croyance. On disait qu'il était possible de voir si un homme avait dans les veines du sang de phoque en observant le rocher sur lequel il s'était assis : "car même au plus chaud de l'été et s'il porte des vêtements secs, il laisse sur le rocher en se levant une trace d'humidité et la vapeur en s'élevant révèle des cristaux de sel marin brillant au soleil." (extrait de The People of the sea de David Thomson).

Dans les Orcades, les îles Shetland ou sur la côte ouest de l'Irlande, là où les phoques sont nombreux, on raconte beaucoup de légendes sur ces créatures qui fournissaient autrefois la viande, l'huile des lampes, des remèdes et dont la peau servait à fabriquer des bottes et des vêtements. Les communautés locales pratiquaient la chasse au phoque, mais leur culture traditionnelle n'en comportait pas moins des avertissements concernant les grands malheurs qui s'abattaient sur ceux qui tuaient cet animal.

Il existe de très nombreuses histoires dans lesquelles des phoques aident les humains, les transportent sur leur dos, leur offrent du poisson ou les sauvent du naufrage et de la noyade. Celui qui aide les phoques est récompensé par le sort alors que la malchance s'acharne sur celui qui leur fait du mal.

On pensait autrefois, et peut-être aujourd'hui encore, que les phoques peuvent prendre forme humaine. Dans les îles Feroë, on disait que leur transformation avait lieu durant l'hiver. Dans les Orcades, la mue se produisait "au septième flot", septième jour d'une série de neuf jours de très fortes marées, au mois de mars et d'août, à Lughnasadh. Les phoques se transformaient aussi au milieu de l'été, période connue dans le druidisme sous le nom d'Alban Heruin, la Lumière du rivage.

A ces moments-là, des femelles appelées selkies venaient vivre au milieu des humains pour un temps. Elles franchissaient la ligne d'écume, cette frontière magique qui se déplace constamment au gré des courants et représente la séparation entre notre réalité et l'Autre Monde comme l'affirment les croyances druidiques et celtiques.

Malheur à celui qui me frappe,

car je suis une noble jeune fille

venue d'un Autre monde

Extrait d'une chanson de John MacCodrum


D'après un conte irlandais, le pêcheur Declan s'endormit un matin sur le rivage après avoir ramassé au petit jour des crabes et des coques. Il se réveilla au son d'une musique étrange et envoûtante, et aperçut à sa grande surprise un cercle formé de douze personnes qui se balançaient et chantaient en se tenant par la main. Un vieil homme était debout au milieu du cercle. Ils cessèrent de chanter, puis enlevèrent leurs capes argentées qu'ils déposèrent sur une pierre. Deux par deux, ils se dispersèrent ensuite sur la plage pour s'y accoupler. Declan se précipita vers la pierre où étaient posées les magnifiques capes et se saisit de l'une d'elles. Un peu plus tard, les couples revinrent et retrouvèrent leurs capes, sauf bien sûr la femme dont Declan avait volé la cape. Inquiète, elle regarda autour d'elle jusqu'à ce qu'elle aperçoive Declan à l'ombre d'un rocher. Sans paraître effrayé, elle lui tendit alors sa main palmée, lui expliquant qu'elle faisait partie du peuple des phoques, les derniers des Ron, et qu'une fois tous les cent ans ils venaient concevoir des enfants sur terre pour qu'ils puissent, comme eux, passer d'un monde à l'autre. Elle lui demanda de lui rendre sa cape sans laquelle elle ne pouvait retourner dans la mer. Declan sortit son couteau, bien décidé à abuser d'elle, mais un vieux mâle arriva pour la défendre. Il le frappa et le mordit si fort qu'il le laissa inconscient sur le sable. L'été suivant, en pêchant le crabe à marée basse, Declan s'éloigna trop loin du rivage, tomba d'un rocher et se noya.

La Selkie

L'autre histoire que l'on raconte est celle des femmes-phoques dont les époux humains cachent la peau. Elles donnent naissance à des enfants humains qu'elles élèvent, jusqu'au jour où, retrouvant leur peau dans un coffre ou au milieu d'une meule de foin, elles sont confrontées à un horrible dilemme : rejoindre leur famille dans la mer - des enfants-phoques les y attendent souvent - ou rester sur terre. Mais l'appel de la mer est le plus fort. Alors elles enfilent leur peau et s'enfuient vers l'océan. Souvent cependant, elles promettent à leurs enfants humains avant de partir de les aider à se procurer du poisson et tous les soirs elles leur en laissent suffisamment sur un rocher voisin. Dans certaines variantes, c'est le mari qui appartient au peuple des phoques et parfois les enfants eux-mêmes s'enfuient vers le mer en se transformant. ne ballade des Orcades intitulée The Grey Selchie of Sule Skerrie commence par ces vers : "Je suis homme sur terre et selkie dans la mer."

Certains prétendent que les selkies sont les enfants enchantés du roi de Lohlann. On raconte en Irlande qu'un homme nommé Kane fut un jour obligé par le dieu Balor de s'unir à neuf cent-une filles avant de pouvoir reprendre possession d'une vache précieuse. De tous les enfants nés de ses unions, il ne devait en garder qu'un pour l'aider dans sa tâche. Il jeta donc tous les autres la mer et c'est ainsi que naquirent les premiers phoques."

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Mythes et légendes :

Selon Clarissa Pinkola Estés, auteure de Femmes qui courent avec les loups, Histoires et Mythes de l'archétype de la Femme sauvage (1995 ; traduction française : Grasset, 1996),


"L'histoire qu suit peut être considérée comme un commentaire de l'un des cycles les plus importants pour les femmes, le retour chez soi, le retour au chez-soi sauvage, à la maison de l'âme. On raconte dans le monde entier des histoires d'animaux qui ont une parenté mystérieuse avec les humains, car ils représentent un archétype, un élément universel de connaissance de l'âme. Parfois, les contes de fées, les contes populaires naissent de l'esprit d'un lieu. Celui-ci est répandu dans les froides régions nordiques, dans tous les pays où la mer ou l'océan sont gelés. Il en existe des versions chez les Celtes, les Écossais, parmi les tribus du Nord-Ouest américain, en Islande et en Sibérie. On l'appelle généralement La Jeune Fille Phoque ou Selkie-o, Pamrauk, Petit Phoque ; Eyalirtaq, Chair de Phoque. Cette version est celle dont je me sers en analyse et que je raconte en public. Je l'ai intitulée Peau de Phoque,, Peau d'Âme. C'est une histoire qui nous dit d'où nous venons vraiment, de quoi nous sommes faites ; elle nous enseigne que nous devons toutes, régulièrement, nous servir de notre instinct et retrouver le chemin qui mène chez soi.

Peau de Phoque, Peau d'Âme

En un temps qui fut, est maintenant à jamais disparu et bientôt sera de retour, les jours de ciel blanc, les jours de neige blanche se succèdent... et les petits points noirs qu'on aperçoit au loin sont des êtres humains, des ours ou des chiens.

Ici, rien ne pousse pour rien. Le vent souffle avec une telle violence que les gens ont fini par mettre exprès de biais leurs parkas et leurs mamleks, leurs bottes. Ici, les paroles gèlent en l'air et l'on doit casser des phrases entières à la sortie des lèvres de celui qui parle et les faire fondre auprès du eu pour savoir ce qu'il a dit. Ici, les gens vivent dans l'abondante chevelure de grand-mère Annuluk, la vieille sorcière qui est la Terre en personne. Et c'est là, sur ce sol, que vivait un homme... un homme si seul qu'au fil des ans, les larmes avaient creusé deux abîmes sur ses joues.

Il essayait de sourire, d'être heureux. Il chassait, posait des pièges et son sommeil était bon. Mais il éprouvait le besoin d'une compagnie humaine. Parfois, quand un phoque approchait de son kayak, il se rappelait ces histoires qui disaient qu'autrefois les phoques étaient des êtres humains et que leurs yeux, seul souvenir de cette époque, étaient encore capables de reproduire ces regards-là, ces regards sauvages, sages et aimants. Alors, il lui arrivait de ressentir sa solitude de façon si poignante que les larmes ruisselaient au long des crevasses de son visage.

Un soir, il chassa après la tombée de la nuit, mais il était toujours bredouille. La lune montait dans le ciel et illuminait la banquise lorsqu'il arriva en vue d'un rocher qui se dressait sur la mer. Son œil exercé put y distinguer un mouvement des plus gracieux.

Elles étaient si belles que l'homme resta cloué de stupeur dans on bateau, tandis que l'eau venait battre la coque et le rapprochait du rocher. Il entendait les rires de ces femmes superbes... du moins lui semblait-il qu'elles riaient, à moins que ce ne fût le rire de l'eau contre la paroi du rocher ? L'homme, ébloui, ne savait que penser Mais la solitude qui pesait sur sa poitrine comme un dépouille humide disparut soudain et, presque sans savoir ce qu'il faisait, il bondit sur le rocher et déroba l'une des peaux de phoque qui se trouvait là. Il se dissimula derrière un affleurement et la fourra dans sa qutnguq, sa parka.

Bientôt, il entendit l'une des femmes crier quelque chose d'une voix qui était la plus belle qu'il eût jamais entendue... un peu comme le chant des baleines au lever du jour... ou plutôt non, c'était comme les louveteaux qui jouent au printemps... ou plutôt non, c'était mieux que ça, mais cela n'avait pas d'importance, parce que... ah, maintenant, que faisaient les femmes ?

Eh bien, elles revêtaient leurs peaux de phoque et, une par une, les femmes phoques se glissaient dans la mer avec de petits cris de joie. Toutes, sauf une, la plus grande, qui cherchait partout sa peau de phoque. En vain. Quelque chose - il ne savait quoi - encouragea l'homme. Il quitta l'abri du rocher et lança :

- Femme, sois mon épouse. Je suis un homme seul, si seul.

- Je ne peux être une épouse, répondit-elle, car je suis de celles qui vivent temeqvanek, en dessous.

L'homme insista :

- Sois mon épouse, répéta-t-il. Dans sept étés, je te rendrai ta peau de phoque et là, tu pourras partir ou rester, comme tu voudras.

La jeune fille phoque lui lança un long regard qui avait tout d'humain. Elle dit, à regret :

- Je viens avec toi et dans sept étés, il en sera décidé.

Ils eurent un enfant, qu'ils appelèrent Ooruk. C’était un enfant souple et grassouillet. En hiver, sa mère lui racontait des histoires sur les créatures qui vivent sous la mer, tandis qu'avec son long couteau, son père découpait un ours ou un loup en petits morceaux. Quand sa mère potait l'enfant pour le mettre au lit, elle lui montrait les nuages qu'on apercevait par le conduit de fumée. Elle lui décrivait les formes qu'ils prenaient, sauf qu'au lieu de les comparer au corbeau, à l'ours et au loup, elle lui parlait des morses, des baleines, des phoques et des saumons, car elle ne connaissait pas d'autres animaux.

Mais, le temps passant, sa peau vint à se dessécher, desquama, puis se craquela. Ses paupières pelèrent, ses cheveux commencèrent tomber. Elle devint nahuaq, d'une pâleur mortelle. Elle perdit de ses rondeurs et tenta de dissimuler qu'elle boitait. Chaque jour, sans qu'elle le veuille, son regard devenait de plus en plus terne. Elle se mit à tendre les mains devant elle pour trouver son chemin, car sa vue s'obscurcissait.

Il en alla ainsi jusqu'à ce qu'un soir, l'enfant Ooruk fût réveillé par des cris et se dressât sur sa couche de peaux de bêtes. IL entendit un rugissement d'ours. C'était son père qui réprimandait sa mère. Il entendit des pleurs semblables à un tintement d'argent sur de la pierre. C'était sa mère.

- Tu as caché ma peau de phoque il y a sept longues années et maintenant le huitième hiver arrive. Je veux qu'on me rende ce dont je suis faite, gémissait la femme phoque.

- Et toi femme, si je te la rends, tu me quitterais ! grondait son mari.

- Je ne sais ce que je ferai. Tout ce que je sais, c'est que je dois avoir ce à quoi j'appartiens.

- Tu me laisseras alors sans épouse et l'enfant sera sans mère. Tu es mauvaise !

Sur ces mots, l'époux rejeta brutalement de coté la portière de cuir et disparut dans la nuit.

L’enfant aimait énormément sa mère. Il eut peur de la perdre et pleura longuement. Il finit par s'endormir avant d'être réveillé par le vent. Un vent étrange, qui semblait l'appeler : Ooruk, Oooruuuuk !

Il quitta son lit si vite qu'il mit sa parka à l'envers et enfila à moitié ses mukhuks. Il entendait toujours son nom. Il se précipita comme un fou dans la nuit semée d'étoiles.

- Oooruuuuk !

L'enfant courut jusqu'à la falaise qui surplombait la mer et là, loin sur la mer agitée, il y avait un énorme phoque argenté, avec une grosse tête, des moustaches qui tombaient sur sa poitrine et des yeux d'un jaune profond.

- Oooruuuuk !

L'enfant dégringola la falaise et buta tout en bas sur une pierre - non, sur un ballot - qui avait roulé d'une faille dans le rocher. Les cheveux du petit garçon fouettaient son visage comme des milliers de lanières de glace.

- Oooruuuuk !

L'enfant déroula le ballot et le secoua : c'était la peau de phoque de sa mère. Il pouvait sentir son odeur.Iil porta la peau à son visage et respira son odeur. Et pendant qu'il faisait cela, l'âme de sa mère le traversa comme un vent d'été soudain.

Il poussa un "Ohh" de douleur et de joie à la fois et porta de nouveau la peau à son visage. Et de nouveau l'âme de sa mère le traversa.

- Ohh, cria-t-il encore, car l'amour infini de sa mère le remplissait.

Là-bas, le vieux phoque d'argent s'enfonçait lentement sous la surface. Le petit garçon escalada la falaise et rentra chez lui en courant, la peau de phoque volant derrière lui. Il se laissa tomber au sol. Sa mère les releva, lui et la peau de phoque, fermant les yeux de gratitude, car l'un et l'autre étaient saufs.

Elle enfila sa peau de phoque : "Oh, non maman !", s'écria l'enfant.

Elle prit l'enfant, le mit sous son bras et mi-courant, mi-trébuchant, elle se précipita vers la mer rugissante.

- Maman, non, ne me laisse pas ! cria Ooruk.

Et il était visible qu'elle voulait rester avec son enfant, oui, elle le voulait, mais quelque chose de plus ancien que lui, de plus ancien qu'elle, de plus ancien que le temps l'appelait.

- Non, non, non, maman ! suppliait le petit garçon. Elle se tourna vers lui et ses yeux étaient emplis d'un amour terrible. Elle prit le visage de l'enfant entre ses mains et lui insuffla sa douce respiration dans les poumons, une fois, deux fois, trois fois. Puis, en le retenant comme un précieux ballot sous son bras, elle plongea sous la mer, et s'y enfonça de plus en plus profondément. Et la femme phoque et son enfant respiraient parfaitement sous l'eau.

Ils nagèrent ainsi jusqu'à ce qu'ils parviennent au havre sous-marin des phoques, où dînaient et chantaient, dansaient et parlaient toutes sortes d'animaux. Là, le grand phoque qui avait appelé Ooruk depuis la mer, dans la nuit, étreignit l'enfant et l'appela son petit-fils.

- Comment vont les choses là-haut, ma fille ? demanda le majestueux phoque d'argent.

La femme phoque détourna les yeux.

- J'ai blessé un humain, père, un homme qui a tout donné pour m'avoir. Mais je ne peux retourner auprès de lui, car j'y serais prisonnière.

- Et le petit garçon, mon petit-fils ? interrogea le vieux phoque d'une voix tremblante de fierté.

- Il doit partir, père. il ne peut rester, car son temps parmi nous n'est pas encore venu.

Ainsi les jours et les nuits passèrent, sept pour être exact, au cours desquels la femme retrouva son lustre, sa belle couleur sombre. Elle eut de nouveau une bonne vue et redevint bien en chair. Elle nageait sans être handicapée. Et vint le temps de ramener l'enfant à terre. Cette nuit-là, son vieux grand-père phoque et sa mère magnifique le prirent entre eux et nagèrent vers le monde du dessus. Là, ils déposèrent doucement Ooruk sur les rochers du rivage, dans la clarté de la lune.

Sa mère promit : "Je serai toujours avec toi. Il te suffira de toucher ce que j'ai touché, le petit bois pour allumer le feu, mon ulu - mon couteau - mes sculptures de phoque et do'taries en pierre et je soufflerai dans tes poumons un vent pour que tu chantes tes chants."

Après avoir maintes fois embrassé l'enfant, le vieux phoque et sa fille s'arrachèrent à lui et se laissèrent glisser dans la mer, puis, après un dernier regard, ils plongèrent sous la surface. Et parce que son temps n'était pas encore venu, Ooruk resta.

Le temps passa. Il grandit et devint un superbe joueur de tambour, un merveilleux chanteur et conteur. On racontait qu'il en était ainsi parce qu'enfant, il avait été emmené dans la mer par les grands esprits des phoques et qu'il avait survécu.Maintenant, on peut encore le voir dans les brumes grises du matin. Après avoir attaché son kayak, il s'agenouille sur un certain rocher sur la mer et semble parler à un certain phoque, une femelle qui vient souvent près du rivage. Beaucoup ont essayé de s'en emparer, mais ils n'ont jamais réussi. On la connaît sous le nom de Tanqigcaq, la brillante, la sacrée, et l'on dit qu'elle a beau être un phoque, ses yeux sont capables de reproduire ces regards humains, ces regards sauvages, sages et aimants."

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