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  • Anne

Le Prunier



Étymologie :

  • PRUNIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. a) Ca 1200 pruner (Otinel, éd. F. Guessard et H. Michelant, 1054) ; ca 1256 pronnier (Aldebrandin de Sienne, Le Régime du Corps, éd. L. Landouzy et R. Pépin, 54, 19) ; ca 1393 prunier (Ménagier, II, 51 ds T.-L.) ; b) 1874 secouer (qqn) comme un prunier (Gobineau, Pléiades, p. 96). Dér. de prune*; suff. -ier*. Le choix de prunier, plutôt que de tout arbre fruitier dont on peut faire tomber des fruits en le secouant, s'explique sans doute par le sens de « coup, blessure » qu'a pris prune* au xive s. (Rey-Chantr. Expr. 1979).

  • PRUNE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. a) Fin xiie s. « fruit du prunier » (Audigier, éd. O. Jodogne, 51) ; 1846 prune à l'eau-de-vie (Balzac, Cous. Bette, p. 337) ; 1877 une prune « un verre d'eau-de-vie faite avec des prunes » (Zola, loc. cit.) ; 1904 eau de vie de prunes (Nouv. Lar. ill.) ; b) 1733 couleur prune (Inventaire après décès du Chevalier Roze, éd. Arnaud d'Agnel, p. 9) ; c) loc. 2e moit. xiie s. ne preisier une prune « n'avoir aucune estime pour » (Sermons Oyez, 1295 ds Möhren Négation, p. 207) ; ca 1202 ne pas doner une prune « n'attribuer aucune valeur » (Renart, éd. M. Roques, 16318) ; 1er quart xiiie s. ne valoir une prune « ne rien valoir » (Reclus de Molliens, Miserere ds Möhren, loc. cit.) ; 1507-08 pour des prunes « pour peu de choses ; pour un maigre bénéfice » (Eloy d'Amerval, Le Livre de la Deablerie, éd. Ch. Fr. Ward, 123a) ; 1730-65 viennent les prunes « l'été prochain » (Caylus, Œuvres badines, t. 10, p. 529) ; 1848 aux prunes (Th. Gautier, Hist. art dram., V, p. 270 ds Quem. DDL t. 2) ; 2. a) 1er tiers xive s. [date du ms.] « coup » (Renart Contrefait, éd. G. Raynaud et H. Lemaître, II, p. 243, var. ms. A) ; 1364 « coup de poing » (Miracles N.D., XXII, 1635, éd. G. Paris et U. Robert, t. 3, p. 366) ; b) 1650 « balle de fusil, d'arme à feu » (d'apr. Esn.). Du lat. pruna, plur. neutre de prunum « prune, prunelle », empl. comme subst. fém. en lat. pop. ; cf. a. fr. beloce « prune sauvage » (xiiie s. ds T.-L. et Gdf. Compl.), issu du lat. de basse époque bulluca, d'orig. celt., qui survit dans certains parlers du Nord et de l'Est de la France (v. FEW t. 1, p. 624a et t. 9, p. 496b).


Lire aussi les définitions de la prune et du prunier pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de la Prune :


Lorsqu'un prunellier (Prunus spinosa), si abondant dans nos haies, s'hybride spontanément avec un prunier myrobolan (Prunus cerasifera), autre arbuste épineux d'Europe centrale et d'Asie, que pensez-vous qu'il advienne ? Un prunier domestique (Prunus domestica). C'est tout au moins l'idée que l'on se fait de son origine botanique. En fait, les choses sont sans doute moins simples. Il existe des espèces de pruniers provenant des trois grands continents, Amérique du Nord, Asie et Europe, possédant chacun originellement leurs prunes locales ; d'ù une grande diversité de formes et de couleurs. Les prunes sont vertes, jaunes, rouges, violettes ou noires ; elles sont longues, ovales ou sphériques ; leur chair est moelleuse ou ferme, plus ou moins adhérente au noyau.

Le prunier est très proche des cerisiers dont il ne diffère que par la brièveté de ses pédoncules floraux. De fait, on parle de queues de cerise, jamais de queues de prune.

On a retrouvé des noyaux de prunes dans des vestiges d'habitation lacustre datant de l'âge de pierre, et des pruneaux dans la tombe de Kha, l'architecte de Thèbes, en Égypte. Grecs et Romains connaissaient les pruniers, apparus à Rome au premier siècle avant notre ère. Au Moyen Âge, on en dénombrait déjà sept variétés. L'une d'entre elles fut rapportée par les croisés après leur échec de 1148 devant Damas, ville où poussaient de nombreux pruniers. Cette expédition, qui n'avait pas atteint son but, eut néanmoins un résultat : l'introduction des prunes violettes de Damas en Europe. Partis délivrer le tombeau du Christ, les croisés s'en revinrent donc avec de nouveaux arbres fruitiers : on ne manqua pas de souligner qu'ils s'étaient battus « pour des prunes... », d'où l'expression populaire si courante.

Puis les variétés se multiplièrent et trois d'entre elles portent des noms historiques. La reine Claude, épouse de François 1er, la « fleur et perle des dames de son siècle, un miroir de bonté, sans aucune tache, et qui fut moult regrettées », donna son nom à la prune rapportée d'Orient par le botaniste voyageur Pierre Belon. Une autre variété, violette, est dédiée à Gaston d'Orléans, frère de Louis XIV, plus connu sous le nom de Monsieur : elle devint donc la prune de Monsieur. Enfin, Rolland-Michel Barrin, marquis de La Galissonnière, de retour d'un voyage au Canada visant à délimiter les possessions françaises et anglaises du Nouveau Monde sous le règne de Louis XV, donna son nom à la Galissonnière, prune qu'il rapporta de ce séjour outre-Atlantique.

Quand le duc de Guise, à la veille de Noël 1588, se rendit chez Henri III, il pria le secrétaire du roi de li offrir de ces prunes de Brignoles confites que le souverain gardait en permanence à portée de main. Après en avoir goûté quelques-unes, il pénétra dans la pièce où les hommes de main du roi l'attendaient et quitta ce monde après avoir rendu un ultime hommage aux célèbres prunes confites d'Henri III.

Aujourd'hui, les quatre cents variétés de prunes dénombrées sont classées en trois grandes catégories : les petites prunes rondes et jaunes, de type mirabelle, inséparables des paysages lorrains ; les grosses prunes rondes du type reine-claude ; et les prunes oblongues et violettes du type quetsche ou pruneau d'Agen. Les prunes de Damas, devenues successivement prunes de Tours, puis prunes de Brignoles, sont de nos jours appelées prunes d'Agen et servent à la fabrication des pruneaux. Quant à la mirabelle, elle doit son nom, semble-t-il, au mot italien myrobolane, désignant la robuste fécondité des pruniers couverts de fruits dorés. Parmi les mirabelles, les Lorrains auront grand soin de distinguer celles de Metz, plus petites mais plus sucrées que celles de Nancy, de taille un peu supérieure et plus colorées.

Les prunes firent l'objet d'une célèbre controverse entre Dioscoride et Galien : le premier prétendait qu'elles constipaient ; le second affirmait au contraire qu'elles avaient une action laxative. Galien aurait pu invoquer à sa rescousse le témoignage de Martial qui écrivit bien avant lui : « Prends des prunes qu'ont ridées la vieillesse et les lointains voyages ; elles soulagent de son fardeau le ventre dur. » C'est également comme laxatif que la prune figure dans les pharmacopées arabes. Au Moyen Âge, tout le monde s'accordait à prôner l'effet laxatif des prunes, donnant ainsi raison à Galien contre Dioscoride. Mais la controverse rebondit à la Renaissance : les uns, comme Brassavole, tenant pour Dioscoride et pour l'astringence de la prune ; les autres, comme Matthiole, défendant la thèse opposée. En fait, ce dernier donna raison à l'un et à l'autre, en tranchant la question de manière tout à fait conciliante : « Il est tout notoire que les prunes de Damas laschent commodément le ventre quand on en mange : mais, néanmoins, par après, elles le tiennent clos et resserré. » Ce fut en définitive Galien qui l'emporta, et les prunes devinrent le plu simple et le plus efficace des médicaments contre la constipation Quelques pruneaux d'Agen dans de l'eau, consommés avec leur jus, suffisent, comme chacun sait, pour venir à bout des rétentions les plus opiniâtres.

Les prunes contiennent des vitamines A, B et C, cette dernière en faible proportion. Les pruneaux, concentrés par la dessiccation, sont évidemment plus riches en nutriments, encore que la vitamine C ait disparu au cours du séchage. En revanche, avec 70g de sucre pour 100g au lieu de 10g pour les prunes fraîches, les pruneaux sont un excellent aliment glucidique, contenant aussi des teneurs non négligeables en phosphore et en magnésium, ce qui en fait un régénérateur des cellules nerveuses.

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Usages traditionnels :


Selon Alfred Chabert, auteur de Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897, Réédition Curandera, 1986) :


Les fruits des pruniers sauvages, Prunus insititia, etc., ne sont plus employées comme autrefois pour fabriquer des boissons fermentées ou de l'eau de vie. On en consomme peu et le reste est abandonné aux porcs.




Historique des empoisonnements relatifs à l'acide cyabhydrique :


Nicolas Simon, dans une thèse intitulée Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les végétaux et soutenue à la faculté de pharmacie de Nancy, (Sciences pharmaceutiques. 2003. ffhal-01732872f) nous rappelle la dangerosité de plantes que l'on juge souvent inoffensives :


Les plantes contenant le plus d'acide cyanhydrique appartiennent à la famille des Rosaceae qui regroupe des plantes plus que familières telles que le pêcher, le cerisier, le pommier, l'abricotier, le prunier ou l'amandier. Ces plantes, nous les connaissons bien et nous croyons tous qu'elles ne peuvent pas nous faire de mal. Et pourtant les noyaux de leurs fruits contiennent en quantité non négligeable un des poisons les plus toxiques et les plus foudroyants que l'Homme ait jamais découvert: le cyanure.

Les funestes effets de l'acide cyanhydrique étaient connus depuis l'Antiquité: ce sont eux que les prêtres égyptiens utilisaient, après avoir extrait l'acide de la pêche, pour punir les initiés qui avaient trahi les secrets de l'art sacré, et selon la coutume juive et égyptienne, les « eaux amères », prédécesseurs de l'eau de laurier-cerise, de l'essence d'amandes amères et même du kirsch, servaient au châtiment des femmes adultères sans laisser la moindre trace dans son cadavre. Nous avons vu précédemment que Britannicus aurait visiblement succombé sous l'effet du cyanure.

C'est en 1709 que le philosophe allemand Conrad Dissel, se piquant d'alchimie, prépara le bleu de Prusse. Puis, en 1782, partant de ce produit, le suédois Charles Guillaume Scheele, l'un des fondateurs de la chimie organique, en isola un acide qui reçut le nom d'acide prussique. Il garda ce nom jusqu'en 1814 après que Louis Gay-Lussac ait obtenu la molécule d'acide cyanhydrique à l'état pur et son précurseur, le cyanogène.

On dit que le scientifique suédois fut la première victime de sa trouvaille puisqu'il mourut subitement dans son laboratoire en 1786. Un chimiste autrichien, Schlaringen, serait mort d'avoir laissé trop longtemps de l'acide prussique au contact de son bras nu.

Ce poison si toxique, nous pouvons le trouver tous les jours à portée de main: écrasez un noyau de cerise ou un pépin de pomme et vous sentirez une odeur d'essence d'amande amère caractéristique de l'acide cyanhydrique que vous venez de produire par hydrolyse. Mais pour ressentir le moindre début d'intoxication, il faudrait ingurgiter une quantité considérable de noyaux. En revanche, le danger peut rapidement venir de l'amande ; il existe deux types d'amandier, l'un produisant les amandes douces (Prunus amygdalus var. dulcis) et l'autre, les amandes amères (Prunus amygdalus var. amara). L'amertume des amandes de cette deuxième variété est due à la présence d'un hétéroside cyanogénétique (c'est-à-dire qui produit du cyanure) : l'amygdaloside. Une centaine de grammes d'amandes amères constituerait une dose létale pour l'homme et cinq à six amandes suffiraient à provoquer la mort d'un enfant. Et il faut savoir qu'il n'est pas rare de trouver quelques amandes amères dans un lot d'amandes douces, d'où un nombre important d'intoxications parfois fatales.

[...] De par sa rapidité d'action, c'était autrefois le moyen favori de suicide des photographes, chimistes, médecins (qui en disposaient toujours dans leurs laboratoires), mais aussi des espions, tombés aux mains de l'ennemi, qui se supprimaient grâce à une capsule de cyanure cachée dans une dent creuse.

Citons l'histoire d'Alan M. Turing (1912-1954), qui fut l'un des plus grands génies du 20ème siècle. Premier théoricien de l'informatique, il formalise les notions qui vont permettre à celle-ci et à J'intelligence artificielle de se développer (machine de Turing, test de Turing ... ). Au service de l'armée britannique pendant la seconde guerre mondiale, il vient à bout du cryptage des messages nazis en perçant les secrets de la machine Enigma, procurant un avantage stratégique inestimable aux Alliés. Mais pendant la guerre froide, il fut persécuté par l' administration britannique pour son homosexualité et il fut condamné à la castration chimique. Il mit fin à ses jours le 7 juin 1954, en croquant dans une pomme qu'il avait imprégnée de cyanure. Plusieurs années plus tard, trois jeunes américains fondent une société d'informatique promise à un grand avenir, qu'ils baptisent Apple et prennent pour logo une petite pomme entamée, aux couleurs de l'arc-en-ciel. Beaucoup, dans le milieu étroit de l'informatique naissante des années 70, y reconnaîtront un hommage au destin tragique du père fondateur de l'informatique.


Des années sombres : L'acide cyanhydrique connut une de ses heures de gloire lors de la première guerre mondiale, en effet, l'acide prussique fut l'un des nombreux gaz de combat utilisés sur les champs de bataille pendant cette guerre, souvent associé au phosgène. Les spécialistes français, qui croyaient beaucoup aux vertus militaires de l'acide cyanhydrique, l'utilisèrent de façon massive dans des projectiles d'artillerie à partir de 1917. Mais cet acide a aussi connu une période plus trouble, plus dévastatrice et surtout plus honteuse dans l'Histoire : c'est lui qui était le composant principal du Zyklon B. Les nazis s' aperçurent que ce gaz, initialement utilisé comme insecticide, était d'une toxicité sans égale et pouvait se révéler l'outil idéal dans leur immense projet de purification ethnique. Les premières chambres à gaz à Zyklon B furent installées en 1941 à Auschwitz. Au début, elles pouvaient permettre de gazer près de neuf cent personnes entassées à plus de dix par mètres carrés en une seule opération.

Le témoignage suivant nous est rapporté par R. Vrba et F. Wetzler, rescapés d'Auschwitz :


« Pour persuader les malheureux qu'on les conduit vraiment au bain, deux hommes vêtus de blanc leur remettent à chacun un linge de toilette et un morceau de savon. Puis on les pousse dans la chambre des gaz C. Deux mille personnes peuvent y rentrer, mais chacun ne dispose strictement que de la place pour tenir debout. Pour parvenir à parquer cette masse dans la salle, on tire des coups de feu répétés afin d'obliger les gens qui y ont déjà pénétré à se serrer. Quand tout le monde est à l'intérieur, on verrouille la lourde porte. On attend quelques minutes, probablement pour que la température dans la chambre puisse atteindre un certain degré, puis des SS revêtus de masques à gaz montent sur le toit, ouvrent les fenêtres et lancent à l'intérieur le contenu de quelques boîtes de fer blanc : une préparation en forme de poudre. Les boîtes portent l'inscription "Cyklon" (insecticide), elles sont fabriquées à Hambourg. Il s'agit probablement d'un composé de cyanure, qui devient gazeux à une certaine température. En trois minutes, tous les occupants de la salle sont tués. »

Le poison fut responsable, dans les camps de la mort, d'un nombre incalculable mais sûrement gigantesque de victimes innocentes. La «solution finale» des nazis a permis au poison de prendre subitement une autre dimension: il était auparavant l'outil d'un homme qui voulait supprimer un autre homme; avec les camps de la honte il devient un outil de mort industriel, un outil d'extermination de masse. C'est cette facette du poison qui perdurera jusqu'à nos jours et qui continuera encore longtemps après nous. Et ne l'oublions pas, ce sont d'innocentes plantes qui ont servi de base à cette industrie de mort.

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Croyances populaires :


Selon Micheline Lebarbier, auteure d'un article intitulé "Des plantes adjuvants du Destin, entre amour et rivalité, dans deux villages du Nord de la Roumanie" (Huitième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen du Musée départemental ethnologique de Haute-Provence, Jeudi 22 et vendredi 23 octobre 2009) :


Les arbres fruitiers médiateurs : En dehors des veillées, les jeunes filles pouvaient aussi, pour amener à elles les garçons, secouer un arbuste ou un arbre comme elles souhaitaient secouer le garçon désiré en lui intimant l’ordre de venir. Elles lui adressaient le même type de menaces que ci-dessus.

À Breb, le prunier À Breb, l’arbre choisi était le prunier, et l’incantation est tout aussi impérative. Le jeune homme est assimilé au prunier et secoué de même. De plus, il est qualifié de fou et les souffrances qu’il encourt sont les mêmes que dans l’incantation précédente :


Nu scutur prunu Je ne secoue pas le prunier

ci scutur nebunu mais je secoue le fou

Sæ vie Ion, Petru, Væsælie, Que viennent Jean, Pierre, Basile,

sæ n-aivæ stare într’un loc qu’il n’ait de place nulle part [...]

Cæ de n-ar veni S’il ne vient pas

sæ-l mænince pæduchi que les poux le mangent [...]


Le rêve et le prunier : L’arbre fruitier (ou l’arbuste), ne servait pas qu’à amener le bien-aimé. Il permettait aussi de rêver de lui si l’on ne connaissait pas encore son identité. Comme nous l’avons vu avec le basilic et le gaillet, les jeunes filles avaient recours aux plantes afin de deviner qui serait leur futur époux. Ce fut ainsi que Marika de Breb le découvrit en rêve à l’issue d’un rituel où le prunier, était secoué comme décrit plus haut. Un mardi soir, elle avait secoué le prunier en récitant l’incantation suivante, légèrement différente de la précédente, mais où l’on retrouve encore le diable, cette fois en rime avec l’arc :


Eu nu scutur prunu Je ne secoue pas le prunier

scutur arcu mais le secoue l’arc

arcu scuturæ pe dracu l’arc secoue le diable

dracu scuturæ pe drægu†u meu, le diable secoue mon joli

care ar fi de unde o fi qui que ce soit et où qu’il soit

sæ vinæ la mine acuma, qu’il vienne à moi maintenant

iute ca gîndu vif comme la pensée

repede ca vîntu rapide comme le vent

dacæ n-ar veni astæ saræ s’il ne vient pas ce soir

sæ-l mænîncæ pæduchi de la închisoare que les poux de la prison te mangent

(cæ sînt pæduchi la închisoare) (car il y a des poux en prison)

sæ-l mænînce porci din 99 de porcærii que les porcs de 99 porcheries le mangent

Si furnici pin opinci din 99 et dans ses sandales les fourmis de 99

de furnicarii fourmilières

(cæ furnici te mænîncæ) (car les fourmis te mangent)

[suivent d’autres menaces]


Marika avait ramassé les prunes tombées du prunier, et les avait placées sous son oreiller. Et la nuit, elle rêva que celle qui devint sa belle-mère lui offrait des bonbons. Elle ne pensait pas à ce garçon-là, mais bon, puisque le rêve l’avait désigné... Ce qui est savoureux dans le témoignage de Marika, c’est que le garçon en question était mineur et travaillait au loin. Il a subitement demandé au responsable de la mine une permission exceptionnelle pour, a-t-il dit, aller se marier ; mais lui non plus ne pensait pas à Marika. C’est en la voyant à la danse du dimanche qu’il a su que c’était elle qu’il épouserait. Et plus tard, lorsqu’ils se querellaient, il lui reprochait d’avoir secoué le prunier, véritable instigateur à ses yeux de leur mariage.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du prunier sauvage :


PRUNIER SAUVAGE - INDÉPENDANCE.

Le Prunier sauvage est le moins docile de nos indigènes : il ne souffre pas la taille, et ne veut pas être transplanté ; c'est pourquoi on greffe le prunier domestique sur abricotier.


PRUNIER - TENEZ VOS PROMESSES.

Tous les ans, les Pruniers se couvrent d'une multitude de fleurs ; mais si la main d'un habile jardinier ne retranche une partie de ce luxe inutile, ces arbres ne rapportent guère qu'une fois en trois ans.

 

Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


PRUNIER - PROMESSE.

Si vous avez fait un vœu devant Dieu, ne tardez pas à l'accomplir, car la promesse infidèle et téméraire lui déplait. Il vaut beaucoup mieux ne pas s'engager que de ne pas accomplir sa promesse après un vœu.

- Ecclésiastes : V, 3.

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Dans le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on peut lire que :


"Le prunier, dont le thème est fréquemment utilisé dans la peinture d'Extrême-Orient, est d'abord un symbole du printemps. Il l'est parfois de l'hiver car, fleurissant à la fin de l'hiver, il indique le renouvellement, la jeunesse qui sont sur le point de se manifester. Symbole aussi de la pureté, les fleurs apparaissant sans feuilles. Un moine de l'époque Song, Tchong-jen, a composé tout un ouvrage sur le prunier en fleurs, dont il fait un symbole de l'univers.

Il est vrai que la fleur du prunier est aussi en rapport avec l'immortalité, que les Immortels s'en nourrissent et qu'elle constitue en somme le blason de Lao-tseu, car celui-ci, né sous un prunier, déclara aussitôt en faire son nom d'origine.

Le prunier figure, au Japon, parmi les plantes de bon augure.

Il est parfois considéré chez nous comme un emblème de la sottise, ce qu'on ne s'explique pas aisément.

Pour les Indiens Pawnee (Amérique du Nord, le prunier sauvage, particulièrement prolifique, est un symbole de fécondité.

Son fruit est parfois, dans les rêves, de signification érotique et trahit un désir de jouissance sexuelle."

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Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente d'initier les Occidentaux à la subtilité de l'art des fleurs :


Au Japon, "Chaque fête populaire est en même temps une fête de fleur. Au nouvel an c'est le pin et le prunier qui sont à l'honneur. [...]

Dans toutes les écoles de fleurs il est d'usage de commencer les études par le prunier. Pourtant pour un profane, ses arrangements présentent de grandes difficultés. Surtout un étranger ignore les affinités et les habitudes du prunier, il ne sait pas les sentiments qu'évoque cet arbre pour tout Nippon.

Près de Kioto la rivière Tukigase "Rivière du clair de lune" est célèbre par ses pruniers. Leurs fleurs s'en vont au fil de l'eau, tellement nombreuses que dans la brume bleuâtre du matin on dirait un chemin qui marche. Une quantité de rossignols nichent dans les branches, et les Nippons vont se griser des nuits entières de cette musique et de ce spectacle.

Le rossignol d'ailleurs est l'oiseau qui se plaît le plus dans les pruniers. Un arrangement classique très ancien a pour titre " Le prunier aux rossignols". C'est un des plus difficiles avec "Le prunier sous les eaux".

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des arbres :

Nous venons du cœur de Dieu. Nous n'avons rien

à apprendre et beaucoup à offrir. Nous avons été ensemencés

sur la Terre pour le bien du règne humain et animal, incluant

les oiseaux et les insectes, et pour nourrir la planète elle-même,

physiquement, émotionnellement et spirituellement. Nous

diffusons l'amour et la guérison pour vous.


Les arbres fruitiers : Cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers et autres

Ces jolis arbres qui fleurissent apportent amour joie et pureté. Qui n'est pas tombé en admiration devant une allée bordée de cerisiers à fleurs roses ou un verger de pommiers en fleur ? Notre cœur en est exalté. Ils apportent aussi l'abondance et déclenchent la gratitude en nous. Et, à notre tour, notre gratitude attire plus d'abondance de l'univers.


VISUALISATION POUR AIDER LES ARBRES

  1. Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.

  2. Faites appel à l'archange Purlimiek, l'ange de la nature, et sentez sa belle énergie vert-bleu.

  3. Permettez à n'importe quel arbre d'apparaître dans votre esprit.

  4. Bénissez-le et remerciez-le d'être venu vers vous.

  5. Demandez au rayon doré du Christ de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  6. Demandez au feu lilas de la Source de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  7. Demandez à l'énergie protectrice bleu foncé de l'archange Michaël de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  8. Demandez à la lumière aigue-marine de la sagesse féminine divine de l'ange Marie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  9. Demandez à la lumière argentée de l'archange Sandalphon de l'équilibre et de l'harmonie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  10. Prenez un moment pour invoquer toutes les énergies qui vous attirent et voyez-les se déverser dans l'arbre.

  11. Imaginez les couleurs qui s'écoulent d'une racine à l'autre en connectant le réseau d'arbres et en dynamisant les lignes ley.

  12. Ouvrez les yeux ensachant que vous avez aidé les arbres.

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :




Littérature :


C’EST JUSTE POUR DIRE


J’ai mangé

les prunes

qui étaient dans

le bac du frigo


et que

probablement

tu gardais

pour ton petit-déjeuner


Pardonne-moi

elles étaient délicieuses

si douces

et si fraîches


William Carlos WILLIAMS, 1934, dans The Collected Poems : volume I, 1909-1939, New Directions Publishing Corporation, 1938, traduction par Monia Courchet et Bernard Bretonnière, inédite.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque le Prunier :

1er février

(La Bastide)


Les fleurs de prunier sont des estampes japonaises directement imprimées sur l'azur. La couronne de leurs sépales est un temple zen. Leurs pétales sont une neige au mont Fuji. Le volcan de leurs étamines est poudré d'or comme un Bouddha obèse.

Fleurs de prunier : sur mes semelles de bois, voici trois siècles, je marche vers Kyoto.

*

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Voir aussi : Straif ; Myrobolan ;


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