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  • Anne

Le Corbeau


Pour Armelle...



Étymologie :

  • CORBEAU, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. xiie s. ornith. corbiaus (Sept sages, éd. Misrahi, 4842) ; 2. ca 1230 archit. (Chartes de Douai, éd. Ch. Bonnier ds Z. rom. Philol., t. 14, 1890, p. 302) ; 3. 1567 milit. (techn.) anc. (J. Martin, Architecture, trad. de Vitruve, p. 151 ds IGLF) ; 4. [1838, Stendhal, Mém. d'un touriste, t. 2, p. 219 : quand ils [les paysans dauphinois] aperçoivent (...) un frère ignorantin, (...) ils imitent le cri du corbeau] ; 1845 « prêtre » (Besch.) ; 5. 1882 « personnage avide d'argent et sans scrupule » (Becque, loc. cit.). Dér. en -ellus de l'a. fr. corp, agn. corf (ca 1120 cors, plur., Psautier Oxford, éd. F. Michel, CXLVI, 10 ; mil. xiie s. corp, Psautier Cambridge, éd. F. Michel, CXLVI, 9 ; mil. xiiie s. [date du ms.] agn. corf, Lapid. anglon. ds T.-L.), corf étant (de même que l'ital. corvo, le cast. cuervo, le port. corvo) régulièrement issu du lat. corvus, corp étant (de même que l'a. prov. corp) issu d'une variante *corbu (Romania, t. 27, 1898, p. 237 ; Fouché, p. 798).

  • CORNEILLE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1174-87 corneille (Chr. de Troyes, Perceval, éd. W. Roach, 479). Du b. lat. *cornĭcŭla, lat. class. cornīcŭla, dér. de cornix « corneille ».


Lire aussi la définition des noms corbeau et corneille pour envisager les premières pistes symboliques.

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Zoologie :

Selon Frans de Waal, auteur de Sommes-nous trop "bêtes" pour comprendre l'intelligence des animaux (Édition originale 2016 ; traduction française : Éditions Les Liens qui Libèrent, 2016) :


On ne sait trop ce que les visages signifient pour les corbeaux. Dans leur vie naturelle, ils ont tant d'autres moyens de se reconnaître – les appels, les types de vol, la taille, etc... - que la face n'a peut-être guère d'importance. Mais les corbeaux ont une incroyable acuité visuelle, donc ils ont sûrement remarqué que les humains sont le plus aisément reconnaissables à leur visage. Lorenz a signalé que certaines personnes sont harcelées par les corbeaux, et il était tellement persuadé de leur aptitude à la rancune qu'il se déguisait chaque fois qu'il devait capturer et baguer ses choucas. (Les choucas et les corbeaux sont des corvidés, une famille d'oiseaux intelligents qui comprend aussi les geais, les pies et les corneilles.) John Marzluff, biologiste de la faune et de la flore à l'université du Washington, à Seattle, a capturé tant de corbeaux que ces derniers le maudissent chaque fois qu'il les approche – ils hurlent et lui foncent dessus, justifiant ainsi le mot anglais qui désigne une volée de corbeaux : murder [meurtre].

  • Nous ne savons pas comment ils parviennent à nous repérer dans une foule de quarante mille personnes lancées à toute allure comme des fourmis à deux pattes sur des chemins très empruntés. Mais ils y arrivent, et les corbeaux les plus proches s'enfuient en poussant des cris qui nous paraissent exprimer leur dégoût. En revanche, ils marchent tranquillement parmi nos étudiants et collègues qui ne les ont jamais capturés, mesurés, bagués ou humilié d'une autre façon" [John Marzluff et Tony Angell, 2005, p. 24].

Marzluff a décidé de vérifier cette reconnaissance à l'aide de masques de carnaval en plastique. Après tout, les corbeaux reconnaissent peut-être certaines personnes à leur corps, à leurs cheveux ou à leurs vêtements, mais les masques permettent de faire passer un "visage" humain d'un corps à un autre, et d'isoler ainsi son rôle spécifique. L'expérience de Marzluff sur les oiseaux furieux se déroulait ainsi : il capturait des corbeaux en portant un masque particulier, puis plusieurs de ses collègues déambulaient avec le même masque ou un masque neutre. Les corbeaux se souvenaient très bien du visage de celui qu avait capturé certains des leurs – et pas avec affection ! Détail amusant : le masque neutre, qui représentait le vice-président Dick Cheney, suscitait davantage de réactions négatives chez les étudiants du campus que chez les corbeaux. Non seulement des oiseaux qui n'avaient jamais été capturés reconnaissaient le masque du « prédateur », mais des années pus tard ils s'en prenaient toujours à ceux qui le portaient. Ils imitaient sûrement l'attitude négative de leurs congénères, et le résultat était une méfiance générale envers des humains bien précis. « Un faucon aimable avec les corbeaux serait un oiseau rare, explique Marzluff, mais pour les humains il est nécessaire de différencier les individus ? De toute évidence, ils en sont capables ».

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Croyances populaires :

Selon Ignace Mariétan, auteur d'un article intitulé "Légendes et erreurs se rapportant aux animaux" paru dans le Bulletin de la Murithienne, 1940, n°58, pp. 27-62 :


Le Grand Corbeau a joué un rôle important dans la mythologie du nord et dans les légendes du moyen âge.

S'il vole et surtout s'il se pose sur les maisons d'une localité c'est un signe de mort pour un habitant. On va même jusqu'à prétendre que ces oiseaux ne font cortège qu'aux âmes si réprouvées. On lui donne le nom de « Croc » et on le distingue bien des Corneilles noires. (Forclaz).

A Mase il est bien connu et s'il traverse le village c'est un signe de mort, même pour d'autres oiseaux, si ce sont des grands, et qu'ils se posent en hiver sur les toits ou sur le bord des fenêtres. A Nendaz leur présence est un mauvais présage, Mce Loye m'a cité un exemple : vers 1820-1830 il y eut un éboulement entre Tortin et Cleuson. Au matin le premier vacher avait dit à ses aides de conduire le troupeau à l'endroit où eut lieu l'éboulement, mais il vit passer trois grands Corbeaux dans cette direction. Il fit alors conduire le troupeau ailleurs et il fut ainsi sauvé, tandis que le troupeau de Cleuson qui était venu en cet endroit fut massacré. C'est au sang et aux chairs broyées à cette occasion qu'on attribue la présence des Sangsues à Cleuson.

A Hérémence les « Crocs » sont un mauvais présage quand ils survolent un troupeau de Vaches au pâturage : il y aura la perte accidentelle d'une vache, car ils sentent déjà avant l'accident, l'odeur de la viande fraîche dont ils se nourriront.

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Selon Jean Baucomont, auteur d'un article intitulé "Les formulettes d'incantation enfantine", paru dans la revue Arts et traditions populaires, 13e Année, No. 3/4 (Juillet-Décembre 1965), pp. 243-255 :


La tradition orale se perpétue dans le folklore de la vie enfantine. […] Une des catégories les plus curieuses de ces formulettes est celle des formulettes d'incantation.

L'incantation, nous disent les dictionnaires, signifie étymologiquement : un enchantement produit par l'emploi de paroles magiques pour opérer un charme, un sortilège. Le recours à l'incantation postule une attitude mentale inspirée par l'antique croyance au pouvoir du verbe, proféré dans certaines circonstances.

[…]

« L'incantation, dit Bergson, participe à la fois du commandement et de la prière. » On constate effectivement, que la plupart des formulettes d'incantation comportent à la fois une invocation propitiatoire : promesse d'offrande en cas de succès et une menace de sacrifice expiatoire, d'immolation en cas d'échec. Ce qui est proprement le caractère de l'opération magique traditionnelle.

[…]

Coâ, coâ, coâ

Ta maison brûle

Tes petits sont dedans

J'ai la clef dans ma poche.

(Doubs)

Corbeau, va-t-en à ton mas

Car ta mère est morte

Elle t'a laissé un morceau de pain

Sous la porte.

Cours vite car le chien l'emporte.

(Hérault)

Corbi corbeau

La mort t'embrasse

Car dans ton nid

Tes petits sont péris.

(Savoie)

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Symbolisme :

Dans le Dictionnaire des symboles (1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, on apprend que :


Il semble ressortir d'une étude comparée des coutumes et croyances de nombreux peuples que le symbolisme du corbeau n'ait été reçu dans son aspect purement négatif que récemment, et quasi exclusivement en Europe. On le considère en effet, dans les rêves, comme une figure de mauvais augure, liée à la crainte d'un malheur. C'est l'oiseau noir des romantiques, planant au-dessus des champs de bataille pour se repaître de la chair des cadavres. Cette acception, répétons-le, paraît récente et très localisée. Elle se retrouve en Inde, où le Mahâbhârata compare à des corbeaux les messagers de la mort ; peut-être au Laos, où l'eau souillée par les corbeaux est impropre aux aspersions rituelles. mais presque partout, cependant, en Orient comme en Occident, ce sont les vertus positives du corbeau sur lesquelles se construit son symbolisme.

Ainsi en Chine et au Japon il est symbole de gratitude filiale, le fait qu'il nourrisse père et mère étant considéré par les Han comme le signe d'un prodigieux rétablissement de l'ordre social. Au Japon encore, il exprime l'amour familial. Les enfants japonais chantent dans les écoles primaires :

Pourquoi le corbeau chante-t-il ?

Parce que dans la montagne

Il a un enfant chéri de sept ans.

Le corbeau chante

Mon chéri ! Mon chéri !

Mon chéri ! Mon chéri !


(le croassement du corbeau se dit au Japon Kâ kâ, et chéri kawaii).


Toujours au Japon, il est simultanément un messager divin et il fut pour les Tcheou l'oiseau de bon augure, annonciateur de leurs triomphes et signe de leur vertu. C'était, il est vrai, un corbeau rouge, couleur du soleil. Le corbeau est en Chine un oiseau solaire. Ce sont dix corbeaux qui s'envolèrent du mûrier du Levant pour apporter la lumière au monde, symbole qui semble avoir passé dans le Shintô. Mais Yi-le Bon Archer en abattit neuf à coups de flèches : sans quoi le monde eût été brûlé.

Un corbeau à trois pattes figure au sein du soleil, d'après des pierres sculptées du temps des Han. Il serait le principe animateur du soleil et peut-être une représentation du yang, impair. Ces trois pattes, emblème des empereurs de Chine, correspondent comme le trépied à un symbolisme solaire : lever, zénith, crépuscule.

Symbole de perspicacité, dans la Genèse (8, 7), c'est lui qui va vérifier si la terre commence, après le déluge, à reparaître au-dessus des eaux : Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre qu'il avait faite à l'arche et il lâcha le corbeau, qui alla et vint jusqu'à ce que les eaux aient séché sur la terre.

Toujours solaire est, en Grèce, le corbeau consacré à Apollon. Ce sont des corbeaux qui déterminèrent l'emplacement de l'omphalos de Delphes, selon Strabon ; des aigles, selon Pindare ; des cygnes, selon Plutarque. Ces trois oiseaux ont au moins ceci de commun qu'ils jouent le rôle de messager des Dieux et remplissent des fonctions prophétiques. Les corbeaux étaient également des attributs de Mithra. Ils passaient pour doués du pouvoir de conjurer les mauvais sorts.

[...] La mythologie germanique en faisait les oiseaux et les compagnons de Wotan.

Dans la mythologie scandinave, deux corbeaux sont perchés sur le siège d'Odin, l'un est Hugin, l'esprit, l'autre Munnin, la mémoire ; deux loups se trouvent aussi près du dieu : les deux corbeaux représenteraient le principe de cration, les deux loups le principe de destruction.

Chez les Indiens Tlingit (côte Nord-Ouest du Pacifique), la figure divine centrale est le Corbeau, héros et démiurge primordial, qui fait le monde, ou plus précisément l'organise, répand partout la civilisation et la culture, crée et libère le soleil, etc. Il lui ajoute l'élément dynamique et organisateur.

Dans l'Amérique du Nord, l'Être suprême céleste tend en général à fusionner avec la personnification mythique du tonnerre et du vent, représenté comme un grand oiseau (le corbeau, etc.) : d'un battement d'aile il fait surgir le vent, sa langue est l'éclair.

Lors de la fête du printemps des Mandan, le premier homme, héraut du renouveau, commémorant le retrait des eaux, est nu, peint de blanc, une cape faite de quatre peaux de loup blanc sur les épaules, et deux dépouilles de corbeau sur la tête.

Le corbeau messager du dieu du tonnerre et de la foudre se retrouve chez les Maya (Popol-Vuh).

Le rôle de guide et d'esprit protecteur est, lui, attesté en Afrique Noire. Les Likouba et les Likouala du Congo considèrent le corbeau comme un oiseau qui prévient les hommes des dangers qui les menacent.

Il serait aussi un symbole de la solitude, ou plutôt de l'isolement volontaire de celui qui a décidé de vivre à un plan supérieur. Il serait également un attribut de l'espérance, le corbeau répétant toujours, selon le mot de Suétone : cras, cras, c'est-à-dire "demain, demain".


Ainsi dans la plupart des croyances à son sujet, le corbeau apparaît comme un héros solaire, souvent démiurge ou messager divin, guide en tout cas, et même guide des âmes en leur dernier voyage puisque, psychopompe, il perce sans se dérouter le secret des ténèbres. Il semblerait que son aspect positif soit lié aux croyances des peuples nomades, chasseurs et pêcheurs, tandis qu'il deviendrait négatif avec la sédentarisation et le développement de l'agriculture."

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Dans les Cartes medecine, Découvrir son animal-totem (1999, traduction française 2010) de Jamie Sams et David Carson, on apprend que :


"Tout au cours de l’histoire, et cela se vérifie dans plusieurs cultures à travers la planète, le Corbeau est porteur de la médecine de la magie. En effet, dans les traditions de la médecine, une coutume sacrée veut que l’on rende hommage au Corbeau comme à celui qui détient les pouvoirs magiques. Si ces pouvoirs s’avèrent maléfiques, la peur, plutôt que le respect, nous inspirera cet hommage. Notre crainte du Corbeau s’explique souvent ainsi : nous avons pataugé dans des domaines où nous ne connaissions pas grand-chose et un sort nous a alors été jeté. Il est inutile de perdre du temps à analyser le côté noir de la magie ; constatons plutôt que la crainte du Corbeau surgira seulement si nous avons besoin d’apprendre à connaître nos peurs intimes, besoin de prendre conscience des démons que nous avons créés.

La magie de la médecine du Corbeau est puissante et elle peut nous fournir le courage de pénétrer dans la grande noirceur du vide, là où réside tout ce qui n’a pas de forme. Le vide, c’est le Grand Mystère qui existait avant que toute chose ne commence. Le Grand Esprit est issu de ce Grand Mystère. Le Corbeau, c’est le messager du vide. Si le Corbeau est apparu dans votre tirage, vous êtes sur le point de vivre un changement de conscience. Cela peut vouloir dire que vous cheminerez au sein du Grand Mystère dans une autre voie, en marge du temps. Cette carte, présage du grand oiseau noir, annonce : « Vous avez mérité de voir et de vivre un peu plus de la magie de la vie. » Le Corbeau a la couleur du vide, ce grand trou noir de l’espace qui détient toute l’énergie de la force créatrice. Dans les enseignements autochtones, le noir représente bien des choses, mais non le mal. Le noir peut exprimer la quête de réponses, le vide ou la voie du spirituel, du non-physique. Le bleu-noir du Corbeau, son iridescence, évoquent la magie de la noirceur qui, en opérant une transformation des formes et des contours, engendre l’éveil. Le Corbeau est le gardien des rituels de magie ainsi que de la guérison in absentia. Dans tout cercle de guérison, le Corbeau est présent. Ce grand oiseau noir guide la magie de la guérison ; il dirige le changement de conscience qui amènera une nouvelle réalité et qui fera disparaître le « mal-aise » ou la maladie. Il va cueillir, dans le vide du Grand Mystère et dans la corne d’abondance, un nouvel état de santé. Le Corbeau est le messager qui apporte tous les courants d’énergie nécessaires pour que les rituels atteignent les résultats voulus. Ainsi, si on organise une cérémonie pour envoyer courage et force vers une région sinistrée, le Corbeau transportera ce courant d’énergie. Il s’assurera que les gens de cette région dévastée ressentent l’intérêt et l’appui de ceux qui ont participé à la cérémonie. Si vous avez choisi le Corbeau, il y a de la magie dans l’air. N’essayez pas de comprendre ; vous n’y arriverez pas ! La puissance de l’inconnu est à l’oeuvre et quelque chose de spécial va se produire. Toutefois, le mystère le plus profond réside dans le secret de votre être, dans votre façon de répondre à la synchronicité étincelante de cet instant alchimique. Reconnaîtrez-vous ce moment de grâce ? L’utiliserez-vous pour favoriser votre croissance ? Pourrez-vous l’accepter comme un don du Grand Esprit ? Ou mettrez-vous un frein à la puissance du Grand Mystère en tentant de tout expliquer ? Il est peut-être temps de demander au Corbeau de jouer son rôle d’émissaire pour qu’il apporte une intention, quelque énergie guérisseuse, une pensée ou un message. Le Corbeau, c’est le maître des signaux de fumée ou des messages que l’Esprit transmet par la fumée. Alors, si vous voulez adresser un message au Chemin bleu de l’Esprit, en vue d’entrer en contact avec les Anciens, faites appel au Corbeau. D’ailleurs, qui sait, les Anciens tentent peut-être, eux aussi, de vous joindre. Pensez-y bien : ce moment magique vient du grand vide des ténèbres ; le défi, c’est d’y voir clair. Si vous réussissez à éclaircir ce mystère, vous aurez fait honneur au magicien qui est là au sein de vous.

A l’envers : Le Corbeau à l’envers doit être pris au sérieux ! C’est peut-être bien le boomerang qui revient. Si vous avez souhaité du mal à quelqu’un d’autre, prenez garde – c’est comme si vous vous l’étiez souhaité à vous même afin de vous attirer une leçon qui vous apprendra comment on se sent devant une telle situation. Si vous n’avez pas émis de tels souhaits, le Corbeau en sens contraire tente peut-être de vous avertir qu’avant de pouvoir faire le saut vers un autre plan de conscience, vous devez d’abord maîtriser celui où vous vous trouvez actuellement. D’autre part, le Corbeau vous indique peut-être que vous avez oublié la magie de la vie, en vous installant confortablement dans la routine quotidienne. Si cette routine semble vous convenir et que vous faites fi de l’extraordinaire magie dans votre vie, demandez au Corbeau de voler à travers vos rêves pour que vous expérimentiez sa médecine. Après cette expérience, vous ne serez peut-être plus jamais pareil.

Le Corbeau en sens contraire peut aussi laisser pressentir un temps de messages fumeux et confus que vous ne pouvez ni voir ni entendre parce que votre « intellect » insiste sur le fait que la magie, ça ne fait pas partie de la réalité. Si vous ne croyez ni à la magie ni aux miracles, vous ne pourrez rien imaginer ni rien visualiser, et la guérison ne pourra avoir lieu. Le Corbeau peut bien becqueter à la porte de votre conscience mais, pour recevoir le message, il vous faut dissiper la fumée et partir en quête des domaines de l’imagination et de la conscience, là où la magie existe.

Pour remettre le Corbeau à l’endroit, vous devrez peut-être aller voir un chaman qui nettoiera le champ d’énergie que vous avez créé. Vous devrez peut-être bien bloquer l’énergie négative qui provient d’une autre personne ou annuler le mal que vous aviez souhaité à quelqu’un d’autre. Trêve d’inconvenance et de jalousie. Nettoyez tout ça ! Voilà le message qui transparaît à travers l’ombre enfumée. Cherchez à guérir, à clarifier vos intentions ; puis, accrochez-vous aux étoiles, célébrez la Terre-Mère et tout ce qui vit. Goûtez à plein la magie de la vie et demandez au Corbeau de vous enseigner la façon appropriée de faire rayonner cette énergie. Sachez vous brancher sur cette énergie afin que la magie puisse se manifester. Agissez avec amour et simplicité. Le Corbeau vous révélera cette vérité magique : n’allez pas au-delà de ce pour quoi vous êtes prêt et formé. La vie est bonne, alors utilisez la magie pour aider tous les êtres de la Terre."


Mot clef : magie.

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Selon Ted Andrews, auteur de Le Langage secret des animaux, Pouvoirs magiques et spirituels des créatures des plus petites aux plus grandes (Édition originale, 1993 ; traduction française, Éditions Dervy, 2017), la colombe répond aux caractéristiques suivantes :

Points clés : Magie, métamorphose et création.

Cycle de puissance : Solstice d'hiver.


Une formidable quantité de traditions et de mythes concerne le corbeau et ceux-ci sont souvent contradictoires. Par exemple, il est à la fois un oiseau de mort et de naissance. Et c'est un symbole de mysticisme et de magie.

Au Proche-Orient, le corbeau était jugé impur, parce qu'il est un charognard. Il fait partie des aliments listés comme interdits dans la Bible. Le corbeau est un des oiseaux que Noé lâche après le Déluge pour savoir si l'eau a baissé quelque part. Mais il ne revient pas à l'Arche. Dans la tradition biblique, on rencontre aussi l'histoire de corbeaux ayant nourri le prophète Elie alors qu'il se terrait loin du roi Achab.

En Scandinavie, le corbeau jouait un rôle particulièrement significatif. Le dieu nordique Odin avait une paire de corbeaux pour messagers. Leurs noms étaient Hugin (Conscience) et Munin (Mémoire). Odin lui-même était connu pour se métamorphoser à l'occasion en corbeau. Cette tradition traduit l'idée selon laquelle le corbeau est un messager du monde spirituel le plus élevé.

Cet oiseau noir est depuis très longtemps considéré comme un signe ou un présage. Au cours du Moyen-Âge, on pensait que le croassement du corbeau annonçait un décès ou l'issue d'une bataille. Au sein des communautés chrétiennes, on racontait même au peuple que les mauvais prêtres devenaient des corbeaux à leur mort. Aujourd'hui encore, des anciens racontent que l'on peut s'attendre à un temps chaud quand on voit passer un corbeau devant un soleil voilé.

Le corbeau fait partie de la famille des corvidés, à laquelle appartiennent les corneilles, les pies et d'autres oiseaux du même ordre. En vérité, la seule différence réellement significative entre le corbeau et la corneille est leur taille. Le corbeau est beaucoup plus grand que la corneille. Il sera donc bénéfique d'étudier aussi la corneille si le corbeau est votre totem. Un grand nombre des informations s'appliquant à l'un sera aussi valable pour l'autre. Les nuances ne seront qu'une question de degré. Alors au lieu de reprendre tout ce qui va être dans l'entrée suivante, sur la corneille, je vais me contenter de fournir ici des informations qui ne sont généralement pas associées à cette dernière.

Une grande quantité de mythes et de traditions concernent le corbeau. De bien des manières, ils sont comparables aux récits sur les coyotes des Indiens des plaines, à ceux des Bochimans sur les mantes religieuses et d'autres encore dans de nombreuses sociétés humaines où un animal joue un rôle à la fois significatif et néanmoins déroutant. Le coyote, par exemple, était aussi bien une créature sage que trompeuse - à la fois bienfaisante donc, mais aussi malfaisante à l'occasion. Et on peut dire autant de la mante des Bochimans du Kalahari.

Sur la côte pacifique nord-ouest de l'Amérique, le corbeau a cette même aura. Là, il apportait la vie et l'ordre. Mais il vola aussi la lumière solaire à un être qui voulait maintenir le monde dans les ténèbres. Rien en pouvait exister sans lui. Il est honoré dans l'art et sur les totems, où s'expriment les récits et le mysticisme qui se sont développés à son propos.

Avec le corbeau, l'esprit humain et l'esprit animal s'entremêlent pour ne plus faire qu'un. Ce phénomène se reflète dans sa belle et intense couleur d'un noir brillant. Dans le noir, tout se mêle et se confond avant d'être amené à la lumière. Pour cette raison, le corbeau peut vous aider à métamorphoser votre vie ou votre être. Le corbeau possède la connaissance de la transformation en d'autres animaux et de l'apprentissage de leur langage.

Les corbeaux sont aussi des experts en matière de vocalisation. On peut même leur apprendre à parler. Ils intègrent et imitent les cris d'autres espèces. dans l'Amérique du Nord-Ouest, des contes rapportent que les Indiens kwakiutl (ou kwakwaka'wakw) offraient le placenta des nouveau-nés mâles au dieu Corbeau pour que, en grandissant, ils puissent comprendre leurs cris. Le corbeau peut vous apprendre à comprendre le langage des animaux.

Les corbeaux sont espiègles et ce sont d'excellents utilisateurs... d'outils. Ils se servent de pierres et de bien d'autres choses disponibles pour casser des noix et autres fruits à coques. Ils ne sont pas intimidés par les autres oiseaux et sont aussi rapides que méfiants. De ce fait, ils ne sont pas des proies faciles pour d'autres prédateurs. Cela implique qu'ils pourront également vous apprendre à activer sans crainte la magie de la vie. Ils sont aussi connus pour leur comportement amoureux, reflétant la force vitale créatrice puissante à laquelle il sont accès.

Cette force vitale créatrice peut être utilisée pour mettre en œuvre la magie de lois spirituelles dans le plan physique. On peut s'en servir pour plonger dans le vide primordial et réveiller les énergies dont nous avons le plus besoin. tout cela - et plus encore -, c'est ce que le corbeau peut vous enseigner. S'il entre dans votre vie, attendez-vous à ce que la magie en fasse autant. Quelque part dans votre existence, elle sera à l'œuvre. Le corbeau active les énergies de la magie en connectant celle-ci à votre volonté et à vos desseins.

Le corbeau parle de l'opportunité de devenir le magicien et / ou l'enchanteur de votre vie. Chacun de nous a un magicien en lui et c'est le corbeau qui peut nous montrer comment faire sortir cette partie de nous-mêmes des ténèbres pour l'amener à la lumière. Le corbeau rapporte des messages du monde des esprits qui peuvent métamorphoser spectaculairement votre vie. Il nous enseigne comment prendre l'informe pour lui donner la forme que l'on désire.

Le solstice d'hiver, et la saison hivernale en général, est l'époque de manifestation du plus grand pouvoir pour ceux qui ont le corbeau comme totem. Ce solstice est le jour le plus court de l'année. Le soleil brille le moins longtemps, donc c'est la journée la plus sombre. A partir de ce moment-là, la lumière ne va cesser de resplendir un peu plus chaque jour. C'est très symbolique de l'influence du corbeau. Il vous apprend comment aller dans les ténèbres pour en rapporter la lumière. A chaque voyage dans cette obscurité intérieure, on rapporte un peu plus de lumière au dehors. C'est la création.

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D'après Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


" A l'instar du moineau il fait partie de l'espèce des passereaux. Comme lui, il est pourvu de pattes à quatre doigts, dont l'une est dirigée vers l'arrière, ce qui lui permet de s'agripper aux branches des arbres aisément, et il a un cou très court. Toutefois, les similitudes s'arrêtent là car, pouvant atteindre jusqu'à 1 mètre d'envergure, le corbeau est plus gros que le moineau et, bien sûr, son plumage est entièrement noir. Le corbeau est réputé pour posséder des facultés psychiques remarquables, qui le rendraient apte à comprendre certains mots humains, comme c'est aussi le cas du perroquet, du chien et de l'éléphant. Oiseau utile et nuisible à la fois, il se nourrit de charognes d'autres oiseaux ou de petits mammifères, mais apprécie aussi beaucoup les céréales.

Le "maître corbeau sur un arbre perché" de la fable de Jean de La fontaine n'eut pas toujours la mauvaise réputation que l'on a fini par lui faire. En effet, n'oublions pas que, selon la légende biblique, avant de lâcher la colombe, c'est lui que Noé envoya en émissaire au bout des 40 jours du Déluge et qui, le premier, découvrit les terres émergées (Genèse, 8, 6-7). Il fut donc un symbole de renouveau. Par ailleurs, en Grèce, il était l'attribut d'Apollon. Il avait donc des dons prophétiques.

Ainsi, le corbeau fut d'abord un symbole de clairvoyance dans l'Antiquité et devint souvent le compagnon des devins et voyants. Cependant, ceux-ci n'ayant pas toujours fait que d'heureuses prédictions, on ne vit pas en cet animal qu'un oiseau de bon augure, surtout au Moyen Age. Enfin, étant aussi un charognard, il fut même parfois considéré comme un annonciateur de malheur ou de mort."

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Selon Nicki Scully, auteure de Méditations de l'animal pouvoir, Voyages chamaniques avec les alliés esprits (éditions originales 1991, 2001 ; traduction française : Guy Trédaniel Éditeur 2002),


"Les histoires du Corbeau prédominent dans la mythologie des Indiens du Nord-Ouest, et elles sont également importantes chez les Celtes, les Chinois et les Japonais. Le Corbeau est un "Filou" qui se montre le plus malin, par ses calculs ; il est très manipulateur et parleur, et se sert des autres pour qu'ils fassent son travail à sa place. Il est souvent montré comme un glouton avec une tendance à s'empiffrer jusqu'à en tomber malade. Dans de nombreuses histoires indiennes, le Corbeau est, comme le Coyote, souvent la victime de ses propres plaisanteries. Les Corbeaux sont d'excellents pickpockets ; ils sont attirés par les choses brillantes, et l'on trouve ces objets sertis dans leurs nids.

Dans de nombreuses traditions, le Corbeau est un symbole de sorcellerie et de magie. Le sorcier européen prenant la forme d'un corbeau, et au Japon, souvent le magicien se transformait aussi en cet oiseau. Il représente les puissances sombres de la nuit, l'ombre de l'oiseau noir aux ailes déployées. Le Corbeau est un messager du côté noir. Il peut voler dans le vide et en revenir, portant des messages de guérison entre les mondes. Le voir peut être un présage de changement imminent.

Le Corbeau avertit aussi du danger. Il éveille la forêt à la moindre intrusion, alertant tous les animaux de l'approche d'intrus, particulièrement des hommes. Les Indiens du Nord-Ouest imitaient les appels du Corbeau pour avertir de l'approche des ennemis.

En tant qu'allié, le Corbeau est particulièrement bénéfique pour ceux qui ont eu une enfance difficile, car il est capable d'aller dans les lieux obscurs où la peur et la tension se cachent, de les briser, et d'aider à s'en débarrasser. Il peut trouver les endroits cachés des sévices physiques et émotionnels, et éclairer les choses pour préparer la voie de la guérison. le Corbeau aide les gens à revendiquer la joie qui fut leur, et qu'ils ont perdue.

Le Corbeau est aussi très spontané et a la faculté enfantine d'aller directement vers ce qu'il veut, de façon très directe, que ce soit un bijou brillant ou une épingle de sûreté. Les "fais ça" et "ne fais pas ça" ne font pas partie de don conditionnement. Il aide à reprendre possession de cette mentalité enfantine particulière. Pour ceux qui sont parvenus à conserver les qualités positives de l'enfance, ce voyage est une occasion de célébrer. Entrez dans la nature espiègle du Corbeau, et amusez-vous avec lui !

[Le voyage du Corbeau fait partie, au même titre que ceux des Castor, Tortue, Mulot, Paon et Bisonne blanche fait partie des] Voyages pour célébrer et honorer. Il y a tant de choses à notre sujet que l'on peut apprendre à partir du règne animal, car les animaux déploient pour nous des qualités que nous oublions parfois. Nous avons beaucoup de choses à célébrer et honorer avec ces parents concernant la richesse, la beauté, et la pure joie de vivre.


Préparation au Voyage

Ce voyage est quelque peu complexe, mais il vaut l'effort. La préparation est nécessaire. Visualisez quatre aspects de votre enfance, qui ont été importants pour vous. Que vous ayez eu ou non ces choses importe peu ; ce qui compte, c'est que vous les ayez désirées. Choisissez soigneusement celles qui ont le plus de valeur.

Transformez chacun de ces aspects en quatre babioles ou jouets, objets qui symbolisent l'attachement que vous avez pour eux. Par exemple, si vous vouliez de la chance, vous pouvez prendre une patte de lapin pour symboliser cette qualité. Ou bien, si vous vouliez exceller dans les compétitions athlétiques, vous pouvez choisir un ruban bleu ou un trophée. Peut-être vouliez-vous être le premier de la classe. Un bulletin scolaire avec des 20 sur 20 serait pour cela un bon symbole.

Ensuite, prenez les quatre babioles et placez-les au premier rang de votre vie, là où vous voudriez qu'elles soient. Vous pouvez accrocher le ruban bleu au mur et la patte de lapin sur votre table de nuit. Vous pouvez faire cela en partie avec votre imagination, dans votre propre méditation, ou physiquement, si cela semble approprié.

Déterminez à l'avance où vous cacherez le butin.


Voyage du Corbeau

[Quand tout est en place dans votre esprit - ou physiquement, si vous choisissez cette façon - faites l'alchimie du Chaudron...]

Thoth vous fera passer par une porte dans le sombre royaume du Corbeau. Quand vous entrez, vos bras deviennent des ailes et vous vous sentez sombre, noir et nerveux. Vous êtes d'une humeur étrangement mutine, et extrêmement espiègle - si espiègle que vous dansez sans cesse quand vous ne volez pas. Vous ne pouvez rester en place.

Volez là où les symboles de vos réalisations sont exposés. Sentez-vous devenir de plus en plus agité, quand vous observez ces trésors bien en vue, pour que tout le monde puisse les voir. Vous les voulez tous pour vous, cachés là où personne ne peut les trouver. Il sont si précieux que vous ne voulez même pas que quiconque sache que vous êtes sur le point de les récupérer. Attendez, jusqu'à ce que vous soyez sur que personne ne regarde... [Pause]

Maintenant, foncez, prenez l'une de ces précieuses babioles, et dès que vous l'avez, filez au plus secret des lieux dans la réalité contemporaine, la cachette que vous avez choisie, et cachez l'objet...

Ne quittez pas votre cachette jusqu'à ce que vous soyez sûr que personne ne vous voit. Maintenant, allez chercher les trois autres babioles, une à la fois, jusqu'à ce ce que toutes les représentations soient cachées, dans votre lieu secret... [Longue pause]

Quand vous avez apporté les quatre bibelots chéris à votre lieu secret, exposez-le de façon ornementale, dansez et chantez avec joie. Cette danse est votre remerciement pour le voyage. Vous pouvez danser vraiment, ou vous pouvez vous imaginer en train de danser...

Dansez jusqu'à ce que vous soyez fatigué, puis envolez-vous en direction de Thoth...

[Thoth vous aidera à rentrer... ]

Mot-clef : Revendiquer l'enfance."

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D'après Madonna Gauding, auteure de Animaux de pouvoir, Guides, protecteurs et guérisseurs (Octopus Publishing Group 2006 ; traduction française : Éditions Véga, 2006) :


Guide d'interprétation

En tant que symbole onirique

Magicien ; Mysticisme ; Renaissance ; Mort ; Transformation ; Éveil ; Intelligence.


En tant que gardien ou protecteur

Protège en assaillant les ennemis ; Garde la maison ou l'entreprise.


En tant que guérisseur

Extrait l'énergie négative ; Facilite la guérison à distance.


En tant qu'oracle ou augure

Mort psychologique ou réelle ; La transformation est à portée de main.


Mythes et contes

Dans une légende galloise, le héros Owein, combat le roi Arthur avec son armée de 300 corbeaux.


Si le corbeau est votre animal de pouvoir

Pour une quelconque raison, vous comprenez bien la mort. Vous avez beaucoup pensé à votre trépas, mais ne le craignez pas, car vous savez qu'il y a une vie après la mort. Vous avez connu plusieurs éveils spirituels et accumulé une grande sagesse. Découvrir qu'il y a nombre de dimensions en vous-même et dans l'univers vous a stimulé. Maître es découverte des démons intérieurs, vous aidez et guidez ceux ayant besoin de guérison psychologique et spirituelle. Vous êtes un excellent compagnon pour ceux sondant les profondeurs de leur inconscient. En assistant les gens dans l'exploration de leurs émotions obscures - cupidité, haine et jalousie - vous les aidez à transformer leur négativité en sagesse. Pour les étrangers, vous êtes un véritable prince de l'obscurité, mais tous ces habits sombres il y a du charme, de l'enjouement et de l'espièglerie.


Demandez au corbeau de vous aider

  • à exorciser vos démons intérieurs ;

  • à accepter la mort comme partie de la vie.

Accéder au pouvoir du corbeau en

  • ramassant des objets brillants dans l'herbe ;

  • étudiant le Jour des morts mexicain.

Le poème "Le Corbeau" d'Edgar Allan Poe, écrit en 1845, parle de la mort de son épouse. Le corbeau pénètre dans la maison du poète et dit à répétition "jamais plus". Prenez ces mots comme un message enjoignant de profiter pleinement de la vie dans le moment présent.

Élément Air."

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Dans Rencontre avec votre animal totem (édition originale 2010, traduction française 2015), Phillip Kansa et Elke Kirchner nous proposent la fiche suivante sur le corbeau :

"Caractéristiques positives

Transmission de la magie ; Compagnon protecteur dans les voyages oniriques ; Fidélité à la vérité.


En quoi cet animal m'aide

Invoque le corbeau lorsque tu as besoin de tes forces magiques et thérapeutiques, et que tu souhaites les révéler. Demande-lui de t'accompagner lorsque tu voyages dans d'autres dimensions (voyages chamaniques). Demande-lui d'être ton escorte protectrice. Si des choses te préoccupent depuis longtemps sans que tu parviennes à les exprimer, relie-toi à la force du corbeau. Elle te donne le courage de dire tout ce que tu as sur le cœur.


Comment le corbeau me protège

Le corbeau te promet des moments magiques. Il est capable d'agir en même temps dans différentes dimensions, et il te protège et t'accompagne dans les rituels magiques et les voyages dans d'autres dimensions. Cet animal t'aide à exprimer ta vérité intérieure - même si tu dois t'attendre à ce que d'autres personnes aient un avis différent.


Exercice pour me relier à cet animal

Concentre-toi sur ton troisième œil, placé entre tes sourcils. Détends-toi et invoque le corbeau. Demande-lui de t'envoyer un signe. Imagine que tu touches délicatement son plumage et que tu plonges ton regard dans ses yeux noirs. T'offre-t-il une plume ? Sa force se répand en toi et te protège dans l'ici et maintenant ainsi que dans tous tes voyages dans d'autres dimensions."

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Selon Annie Pazzogna, auteure de Totem, Animaux, arbres et pierres, mes frères, Enseignement des Indiens des Plaines, (Le Mercure Dauphinois, 2008, 2012, 2015), dans le cercle des animaux, le Corbeau (Kangi) fait partie, au même titre que l'Hirondelle, la Libellule, l'Araignée, le Cheval, le Serpent et le Chien, des Animaux Tonnerre qui se situent à l'Ouest de l'Ouest.

Mots-clés (en négatif ) : agressif - prédateur


"Il est mis au nombre des oiseaux sinistres parce qu'éboueur de la nature tout comme Loup. Pourtant, par ses facultés psychiques, Corbeau est évolué et débrouillard. Il lui arrive de casser des coquillages contre une pierre pour son déjeuner et il se livre parfois à des acrobaties aériennes pour son seul plaisir. Corbeau vit en couple uni pour la vie.

Animal guerrier, Kangi est la prévention, la protection et le courage. Parce que noir, il est la sagesse primordiale.

Messager, guide sur le chemin de la régénération et du renouveau, Corbeau est l'animal-médecin du mal à dire car il voyage dans le monde des profondeurs afin de procurer des visions conseillères qui pourront aboutir à une guérison.

Son plumage obscur reflète l'arc-en-ciel. Il voit dans l'obscurité et avertit les forces lumineuses de toute attaque.

Autrefois, les guerriers Kangi Yhua portaient la dépouille de Corbeau autour de leur cou. Ils observaient la déambulation de Bison et choisissaient les bons emplacements pour les camps d'hiver.

Lorsque la Terre était jeune, Corbeau était blanc. Ami de Bison, il le prévenait de l'arrivée des chasseurs en se perchant sur une de ses cornes recourbées. Las et affamés, les hommes le capturèrent un jour et décidèrent de le supprimer en le brûlant. A moitié calciné et après moult difficultés et stratagèmes, Kangi s'échappa du feu pour jurer de ne plus prévenir quiconque. Nul doute que c'est pour cette raison que tant de bisons furent tués. Mais depuis lors, le plumage de Corbeau est bien foncé.

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Dans son jeu de carte L'Oracle du peuple animal (Guy Trédaniel Éditeur, 2016), Arnaud Riou regroupe les animaux par famille. Le corbeau appartient selon lui à la famille de la transformation avec la chouette, le saumon, le serpent, le papillon, le scarabée, le caméléon, la licorne, la grenouille et l'hirondelle.


La transformation. Lorsque vous posez les actes justes et les paroles justes, alors les transformations de votre existence se révèlent naturellement. La transformation peut être intérieure, c'est une prise de conscience, un changement de posture, ou une transformation extérieure, un déménagement, une rupture, un nouveau job. Dans tous les cas, l'animal de cette famille vous aide à aligner vos valeurs à vos actes pour que la transformation s'inscrive dans la ligne de votre évolution intime.

Nous sommes sur la Terre pour apprendre à nous transformer, à laisser émerger notre plus belle lumière.

La nature de notre âme est de s'élever. Comme un bouchon dans le fond de l'eau, nous sommes inexorablement amenés à nous élever vers une compréhension plus fine de l'humanité. Grandir, c'est affiner ses perceptions, ouvrir son cœur, devenir un être meilleur, se libérer du jugement, des a priori, de la peur de l'autre. Ne plus être en réaction. Permettre à la plus belle partie de notre être de s'exprimer, de créer, d'oser, d'entreprendre dans la conscience et dans l'amour.

Lorsque nous sommes dans le fil du courant, et lorsque nous suivons ce mouvement d'évolution notre monde intérieur s'apaise. Nous avons de plus en plus de plaisir à nous lever le matin, nous sommes de plus en plus inspirés, nous sommes en meilleure santé et note énergie vitale s'harmonise. Pour arriver à cet état, nous devons nous transformer.

Tout au long de la première patrie de notre existence, nous avons souvent été déçus, blessés. Nous nous sommes sentis écartés, rejetés, exclus, abandonnés. Ces blessures ont créé des cuirasses qui nous ont amenés à nous méfier et à ne plus voir la beauté du monde. Nous réagissons alors à partir de nos blessures. Nous sommes prêts à saboter nos plus belles perspectives pour permettre à notre être blessé d'avoir le dernier mot.

La transformation permet de changer de paradigme, d'établir en soi et autour de soi une paix profonde et ineffable, de modifier son regard, de transformer ses habitudes, ses réflexes conditionnés, de devenir sur la Terre un être meilleur, plus aimant envers soi et envers chacun. L'amour permet tout. Lorsque notre cœur s'ouvre, nous réalisons combien nous ne sommes pas coupés les uns des autres. L'amour nous permet de voir chacun avec les yeux du cœur. C'en est fini du jugement. Nous voulons le bien de toute l'humanité, car nous sommes, en essence, cette humanité.

Les animaux de cette famille vont vous aider et vous accompagner dans cette période de la transformation. Il est temps de laisser vos vieux vêtements, ils ne vous seront plus d'aucune utilité, il est temps de laisser fondre vos vieilles peurs et de vous laisser guider par le peuple de la transformation.

Offre à la terre ce qui vient de la terre,

Car en abandonnant ce qui est mort,

tu prépares déjà ta renaissance.

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La carte représente deux Corbeaux. L'un est posé sur la branche d'un hêtre, l'autre est en vol et vient le rejoindre. Probablement un couple. Le décor est à la fois féerique et mystérieux. Au lointain, une petite fille joue seule, assise au pied d'un arbre, elle semble tranquille. Elle dessine des figures dans le sable. C'est la fin de la journée.

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Le Corbeau est un animal de transformation. Il est associé à la mort, à la destruction, au passage dans l'autre monde. Le Corbeau est la seule espèce du peuple des airs qui enterre ses morts.

Lorsque Caïn tue son frère Abel, Dieu lui envoie un Corbeau qui se mit à gratter le sol pour l'inciter à ensevelir le corps. Voyant l'oiseau noir, Caïn enterre alors le corps d'Abel et peut ainsi faire son deuil. Le Corbeau vient nous interroger sur notre rapport à la mort et à la vie. Car la vie n'est pas l'opposée de la mort. La vie est un processus qui intègre la naissance et la mort. Nous avons besoin de laisser reposer ce qui est mort pour offrir la place au nouveau, au changement. L'enfant a besoin de mourir pour permettre à l'adolescent de naître. L'adolescent a besoin de mourir pour donner naissance à l'adulte. Cet adulte qui lui-même traverse différentes morts, des ruptures, des déménagements, des séparations, des mutations. Le Corbeau nous questionne. Sommes-nous prêts à accueillir la vie en nous ? Sommes-nous prêts à vivre l'alternance des naissances et des morts ? Sommes-nous prêts à accueillir le renouveau ? Le changement ? Sommes-nous prêts à nous défier de l'ancien monde ? Ou nous raccrochons-nous toujours aux mêmes processus, aux mêmes schémas répétitifs ?

Lorsque le Corbeau vous apparaît dans le tirage. c'est pour vous interroger sur votre rapport au deuil. Il vous aide à enterrer ce qui s'achève, à ne plus vivre comme des morts-vivants. Le Corbeau vous invite à vous détacher des relations mortifères. Il peut venir vous avertir qu'une histoire à laquelle vous vous raccrochez est terminée, qu'il est temps de vous séparer, de déménager, de transformer. Généralement, votre cœur le sait, mais vous refusez de l'admettre, préférant l'apparent confort des habitudes au risque de la nouveauté. Le Corbeau vient vous aider à enterrer l'ancien pour passer à autre chose et pour accueillir une naissance.

Cela peut être la fin d'une histoire amoureuse toxique, la fin d'un métier qui ne vous correspond plus, d'un lieu de vie trop petit, trop chargé de souvenirs, ou plus adapté, ou simplement l'invitation à laisser mourir une façon d'être, une vieille habitude. Le Corbeau vous invite au changement, au renouveau, à la prise de risque. Le Corbeau est un animal lié à la magie. Il ouvre la prote de l'autre monde. Il est le guide de nombreux rituels ésotériques. Chez les Tibétains, il est reconnu comme une émanation du grand protecteur des enseignements sacrés. Il vous ouvre sur une autre dimension. Il est porteur de l'amour véritable et de la fidélité. Du reste, les Corbeaux sont des oiseaux qui sont fidèles toute leur vie en couple. Le Corbeau est porteur de son paradoxe. Son cri fait peur et le son de son nom" corps-beau" vous rappelle que pour voir la beauté, il est nécessaire de regarder au-delà des apparences, d'ouvrir vos yeux, vos oreilles, et votre cœur.


Mots-clés : Le changement - La guérison - La transformation - La mort - Le deuil - L'enterrement - La rupture - Le déménagement - La renaissance - La magie - Le chamanisme - Les rituels.


Signification renversée : Si le Corbeau apparaît dans sa position renversée, il peut vous signaler que vous vous raccrochez à une vieille histoire, que vous avez du mal à l'enterrer. Que vous souhaitez vous sécuriser en retenant l'ancien et ne vous permettez pas de laisser la vie circuler en vous. Le Corbeau peut vous inviter à regarder si ce à quoi vous vous raccrochez est toujours dans l'énergie de la vie. Le Corbeau peut aussi vous alerter sur un aspect sombre de votre personnalité que vous pouvez prendre plaisir à entretenir. Dans ce cas, il vous invite à retrouver joie et légèreté.


Le message du Corbeau : Je suis le Corbeau. Je t'accompagne sur ton chemin de transformation. Lorsque tu me fais confiance, tu sais reconnaître ce qui est vivant de ce qui est mort. Il te suffit de te connecter à mon esprit, de poser la main sur ton cœur et de te demander si telle situation, telle relation, tel lieu de vie correspondent toujours à ce qui est le plus vivant et créateur dans ta vie, ou si cela fait partie déjà de l'ancien monde. Si tu prends le temps de te relier à moi, tu réaliseras que je suis porteur de vie. Je viens t'accompagner pour franchir les seuils, pour te libérer de ce qui te retient à l'ancien monde, pour incarner pleinement dans tes cellules le nouveau monde, celui de de la création, de l'innovation, de l'authenticité, du renouveau, de la vie. N'aie pas peur de la mort. L'arbre n'a pas peur de perdre ses feuilles. Il sait que ce processus est nécessaire à la pousse de nouveaux bourgeons lorsque vient le printemps. Le bébé perd ses dents de lait, le cheval ses poils d'hiver, le papillon sa chrysalide. Fais confiance à ce qui est plus grand que toi, ce qui te dépasse. Ouvre-toi à la vie qui est un mouvement perpétuel. Seul celui qui freine le mouvement a peur de la mort. Cette peur lui est inutile, car celui-là est déjà mort. Fais-moi confiance, fais-toi confiance. Accompagne le mouvement. Alors, je t'accompagnerai pas à pas sur ton chemin de transformation.


Le rituel du Corbeau : Mon frère Corbeau, je m'unis à toi, j'accueille dans mon existence le changement. Je reconnais que chacune de mes cellules est dans le mouvement de la naissance et de la mort. Avec toi, je m'unis le temps de la transformation, avec toi je pénètre l'indicible processus de métamorphose. J'accepte de mourir pour me relier à la partie de moi qui ne meurt pas et ainsi goûter à l'immortalité. Je reconnais en moi et autour de moi les ressources pour accompagner le changement. Je m'accorde au rituel du Corbeau et accompagne un changement. Je coupe symboliquement une cordelette dont j'enterre séparément les deux brins dans la terre en me connectant à une histoire qui pour moi est terminée. Je m'ouvre ainsi à la perspective de la renaissance."

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Pour Melissa Alvarez, auteure de A la Rencontre de votre Animal énergétique (LLewellyn Publications, 2017 ; traduction française Éditions Véga, 2017), le Corbeau est défini par les caractéristiques suivantes :


Traits : Le Corbeau symbolise de savoir parler pour soi, d'apprendre de nouvelles compétences et d'étudier des sujets métaphysiques. L'intelligence du corbeau fait de l'apprentissage un plaisir et vous allez retenir rapidement ce que vous apprendrez. Le corbeau veut dire qu'une situation s'annonce pour vous où vous aurez besoin de dire vos sentiments au lieu de tenir votre langue. Le corbeau se sert de son bec pour désigner des choses aux autres corbeaux et pour tenir des choses qui vont attirer l'attention des autres oiseaux. Le corbeau est sournois, et il va voler leur nourriture à d'autres animaux en travaillant en équipe : un corbeau va éloigner l'animal pendant que l'autre va lui prendre sa nourriture.


Talents : S'exprime clairement ; Apporte la lumière, un changement de conscience, du confort ; Communicatif ; Courage ; Création ; Intrépide ; Honneur ; Intelligent ; Introspection ; Fin observateur ; Fidèle ; Messager ; Joueur ; Protecteur ; Renaissance ; Renouveau ; Sentinelle ; Sociable ; Transformation ; Vigilant ; Visionnaire.


Défis : Agressif ; Ergoteur ; trop critique ; Pessimiste ; Suspicieux.


Élément : Air.


Couleurs primaires : Noir.


Apparitions : Le corbeau veut dire de prendre conscience de la signification de ses rêves et visions. Bien qu'on ait souvent pensé que le corbeau était un messager de mauvaises nouvelles et qu'il annonçait la mort, voir un corbeau peut être un avertissement et non pas signifier une mort. Il se peut qu'il y ait dans votre entourage quelqu'un qui n'ait pas à cœur vos intérêts, ou qui pourrait vous trahir ou essayer de vous tromper d'une manière ou d'une autre. SI le corbeau apparaît, gardez cela présent à l'esprit, observez ce que vous dites et restez vigilant envers tout changement dans les actes ou paroles des gens. Le corbeau montre de l'empathie pour les autres corbeaux, il se souvient de ceux qu'il aime et les accueille de manière amicale. Il réagit négativement aux ennemis et il se méfie des corbeaux qu'il ne connaît pas. Ce qui veut dire que les gens vous aiment parce que vous êtes compréhensif et que vous avez de l'empathie pour leur situation. Vous êtes amical avec tous sauf envers ceux que vous n'aimez pas (vous les ignorez). Lorsque vous rencontrez de nouvelles personnes, vous n'êtes pas aussi ouvert que vous l'êtes avec vos amis, mais vous les traitez de manière amicale, avec réserve. Dès que vous les connaissez bien, vous les gratifiez abondamment de votre nature heureuse et amicale.


Aide : Vous avez besoin de jouer davantage. Le corbeau aime la neige qui vient de tomber : il va trouver une pente couverte de neige fraîche et se rouler dedans. Le corbeau signifie que, même si la vie est sérieuse, pleine de mystère et vous met toujours sur la brèche, vous devez trouver le temps de vous amuser et de vous faire plaisir. On a souvent évoqué le corbeau comme un "gardien des secrets", ce qui veut dire qu'actuellement vous détenez un secret que vous devez garder pour vous et que ce secret vous concerne vous ou quelqu'un d'autre, c'est quelque chose d'important. Vous êtes sans doute très tenté de révéler ce secret - mais ne le faites pas - : ne le divulguez pas ! Le corbeau peut imiter la façon de parler des humains mieux qu'un perroquet. Cela veut dire que, si vous devez apprendre à faire quelque chose correctement, il est bon de trouver quelqu'un qui peut vous enseigner et d'imiter ce qu'il fait. Apprenez des erreurs des autres pour ne pas faire les mêmes. Le corbeau est métaphysique et symbolise la traversée de l'obscurité pour découvrir et résoudre ses conflits intérieurs, puis laisser sa lumière briller avec éclat. C'est se guérir de l'intérieur.


Fréquence : L'énergie du corbeau est lisse, huileuse et chaude. Cela ressemble à s'immerger dans l'obscurité, mais sans la moindre peur. Cela fait le bruit d'un genre de tempête spatiale qui tourbillonne autour de vous en vous balayant pour vous porter d'un endroit à l'autre à la découverte des mystères de l'univers.


Imaginez...

Des croassements bruyants, rauques et gutturaux emplissent l'air environnant. En levant les yeux, vous voyez que le ciel s'est rempli d'une nuées de corbeaux. Ils atterrissent autour de vous. L'un des oiseaux descend d'un arbre pour se poser à soixante centimètres à peine devant vous. Il marche en cercles, bat des ailes et croasse. Puis il s'envole et retourne dans l'arbre. Vous savez que ce qu'il fait là signifie quelque chose, mais vous ne savez pas exactement quoi. Alors vous vous asseyez sur le sol là où se tenait le corbeau, vous fermez les yeux et vous lui demandez de vous montrer son message. Une scène vient à votre esprit, qui vous dépeint la solution à une situation dans laquelle vous êtes impliqué : elle vous montre comment en sortir et continuer à avancer avec grâce et légèreté. Vous vous voyez grandir spirituellement et entreprendre une tâche nouvelle. Lorsque vous ouvrez les yeux, il n'y a plus d'oiseaux dans l'endroit. Ils se sont silencieusement envolés.

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Dans l'édition revue et augmentée de Les Animaux totems dans la tradition amérindienne (Éditions Le Dauphin blanc, 2019) Aigle bleu nous transmet la médecine du Corbeau :


Le mot clé de la médecine du corbeau est magie. Il ne faut pas confondre ici le corbeau et la corneille, bien qu'ils soient souvent confondus dans la mythologie occidentale et même dans l'approche scientifique. Le corbeau est très grand et gros, c'est le plus volumineux de son espèce.

Le corbeau est noir. Il symbolise l'obscurité du vide qui est la demeure de tout ce qui n'est pas encore manifesté dans la forme. Ce vide, c'est le Grand Mystère, qui a toujours existé et dont émerge la pensée du Grand Esprit manifestant la création et tout ce qu'elle contient.

Le corbeau est le messager du vide, le messager du Grand Mystère. Son apparition signale souvent une modification de la conscience. A travers son apport, nous pouvons voir davantage de magie dans la vie et recevoir les messages qui nous éclairent sur la raison d'être des choses.

Dans la culture des Premières Nations, la couleur noire signifie bien des choses, mais elle ne représente pas quelque chose de maléfique ou de mauvais. Le noir, avec l'iridescence bleue du corbeau, parle de l'adaptabilité de la forme qui mène à l'éveil et à l'illumination.

Le corbeau est le gardien de la magie cérémoniale et de la guérison à distance. Il permet de saisir du vide la perfection de la forme qui n'est pas encore manifestée pour dissiper tout mal-être et maladie. Il est le messager des énergies de la guérison et des énergies de la guérison à distance. c'est l'animal totem que nous choisirons pour porter les énergies de nos cérémonies et de nos soins au loin vers ceux qui en ont besoin.

N'essayez pas de comprendre les messages du corbeau, ils sont au-delà de la compréhension du mental et de l'intellect. Ils parlent de la magie du monde et de la manifestation de la création venant du vide. Cette magie est la porte qui mène vers la lumière et qui nous permet de modifier notre conscience ainsi que les circonstances de la vie qui nous entourent.

Par son énergie, le corbeau possède des capacités d'intelligence et de longue vie qui le distinguent de tous les autres animaux. Son langage est très varié également, et il sait même imiter les sons humains. Il peut devenir un familier d'une rare puissance pour chamans, sorciers et sorcières qui voudraient l'apprivoiser.

Si vous voulez appeler les ancêtres, demandez au corbeau de relayer votre message. Faites appel à la médecine du corbeau pour reconnaître dans les événements ordinaires de la vie la puissance de la création qui sous-tend toute chose et qui permet d'utiliser le mot et le geste pour modifier et transformer les circonstances de vie qui nous entourent. Soyez expressif dans la folie chamanique qui danse la frénésie de la création, et transformez le monde autour de vous. Soyez magicien pour obtenir de la vie tout ce qu'elle peut vous donner !

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Symbolisme celte :


Paul Leutrat dans La Sorcellerie lyonnaise (Editions Robert Laffont, collection Les portes de l'étrange, 1977) revient sur la fondation de Lyon :

Le premier symbole de la cité aussi va dans ce sens. Lorsque les Celtes arrivèrent, ils ne firent qu'emprunter aux Ligures, occupants néolithiques du sol, le dieu Lug, représenté par un corbeau, qui donnera son nom à notre ville. Or, ce corbeau est un messager de la mort, il remplit des fonctions prophétiques, en même temps, il représente le principe de la création, mais lié à la crainte du malheur ; il est proche des ténèbres et il symbolise la lutte entre les pensées claires et les pensées sombres ; il est le signe de la contradiction et aussi celui de la solitude, de l'isolement volontaire. Oiseau féminin donc, selon ces divers sens, et qui sont les mêmes de la Grèce à l'Irlande. Or, c'est un vol de corbeaux, qu'il ait eu lieu ou non le 10 octobre 43, qui a présidé à la naissance de Lyon, et l'oiseau noir en sera l'emblème avant le lion : il figure encore sur un médaillon du IIIe siècle trouvé à Orange et représentant le génie de la ville. Et le poète a peut-être raison qui résume tout le destin de Lyon à partir de la présence du sombre corvidé. « Ce que j'appréciais d'abord en elle, c'est qu'avant de prendre le nom d'un fauve, changeant le I en grecque, elle fut la Ville du Corbeau. Il n'est point besoin pour justifier cela de vouloir copier Rome, ainsi que firent quelques auteurs. Renvoyant Atepomaros et Moromos au pays des légendes, je me contentai de saluer l'animal que chante Poe et ridiculise Corman. Car lui seul suffisait, hors de toute présence humaine, pour donner le branle à mon imagination et c'était encore les cris des freux que j'entendais lorsque je retournais au proche et lointain pays de mon enfance, alors qu'aux crépuscules d'automne s'élevaient, toutes droites dans le ciel, les fumées des brocs de pommes de terre, précédant celles des buissons des prés et que, dans l'air mélancolique, tournoyaient en longs vols, répétant leurs appels, les noirs corbeaux déjà confondus avec le soir. Je les écoutais et rêvais, et j'avais pité d'eux, lorsque je les rencontrais, cloués aux portails des grandes, en compagnie des oreillards et des hulottes. Et pourtant le corbeau, pour ne parler que de lui, bien que messager des ténèbres, n'était-il pas celui de la lumière ? Si rien ne nous autorise à en fait l'attribut du dieu celte, il a pu y avoir rencontre au sommet de cette colline fourvoyée et j'imagine Lug s'étendant ses longs bras vers ces plaines basses qui verraient plus tard se dresser usines et cités comme s'il voulait embrasser tout le paysage à lui consacré, tandis que, perché sur son épaule droite, sentencieux, l'animal approuvait le geste magique. Et s'il poussait toujours le même cri de détresse, n'était-ce pas parce qu'il savait ce que réserve la terre et que la sagesse non plus n'est pas de notre onde, lui qui la possédait toute. Qu'on en fit donc le messager de la mort, je voulais bien, mais à partir du moment seulement où celle-ci devenait libération, et non plus punition. Cet oiseau des couchers, paradoxalement, était celui des aurores, l'emblème d'une cité où, au bout des allées sombres, gravis les obscurs escaliers, on pénétrait en une pièce chaude et claire ; y brillaient les rayons de la vérité aux pages des vieux ouvrages comme au cœur de ses propres méditations. Je serais allé, s'il avait fallu, jusqu'au pays du Nord, pour y rencontrer les deux frères corbeaux Munnin et Hugin, la mémoire et l'esprit, et leurs compagnons les deux loups. Puis je serais revenu ici et j'aurais prouvé que la ville demeure sous le signe de l'humble, honni et bénéfique oiseau noir. Mais le voyage fut inutile et mon adaptation rapide. Même si, les premiers jours de printemps, venu du grand parc voisin, c'était le chant d'un merle que j'entendais. Le règne de Lug dura on ne sait combien de temps, et puis il y avait deux mille années, les fils de la Louve étaient venus du sud, avaient planté leurs enseignes et construit là où nichait l'oiseau noir.

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D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Le corbeau apparaît très souvent dans les légendes celtiques où il joue un rôle prophétique. Le nom de Lyon, Lugdunum, a été ainsi interprété par le Pseudo-Plutarque, se fondant certainement sur des traditions gauloises, en colline du corbeau, et non plus en colline de Lug parce qu'un vol de corbeaux aurait indiqué aux fondateurs l'emplacement où devait se bâtir la ville. En Irlande, la déesse de la guerre, Bodb, porte le nom de la corneille. Le corbeau joue par ailleurs un rôle fondamental dans le récit gallois intitulé Breudwyt Ronabwy, Le Songe de Ronabwy : les corbeaux d'Owein, après avoir été massacrés par les soldats d'Arthur, réagissent violemment et taillent à leur tour en pièces les soldats. Le corbeau est encore très pris en considération par le folklore. Il était un animal sacré chez les Gaulois."

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Selon Philip et Stephanie Carr-Gomm dans L'Oracle des druides, Comment utiliser les animaux sacrés de la tradition druidique (édition originale 1994, traduction française Guy Trédaniel Éditeur 2006), les mots clefs associés au corbeau (bran) sont :

Guérison ; Initiation ; Protection.

La carte représente un corbeau en hiver, perché sur les branches dénudées d'un hêtre. L'arbre pousse sur l'ancienne colline Blanche où la tête de Bran le Béni fut enterrée. C'est ici que plus tard fut érigée la Tour de Londres.

Le corbeau nous offre l'initiation, la protection et le don de prophétie. Par initiation, nous entendons aussi bien les cérémonies formelles qu'une initiation aux mystères d'un nouveau poste ou métier. Cet oiseau est le signe que quelque chose meurt en donnant naissance à quelque chose de nouveau. Grâce au corbeau, nous pouvons atteindre une guérison profonde en pratiquant ce qu'on peut appeler la "réconciliation des contraires" pour résoudre les conflits enfouis dans notre inconscient ou issus de notre passé.


Renversée, la carte vous invite à prendre conscience des forces de destruction qui vous entourent, dans votre vie personnelle et dans le monde. Bien sûr, nous préférerions tous que la destruction n'existe pas, mais elle est nécessaire à la construction et la création. Le corbeau évoque des aspects obscurs de la vie que nous comprenons difficilement. Nous devons parfois passer par des périodes de désintégration et d'obscurité pour renaître à la lumière d'un jour nouveau et la plupart du temps, notre peur de l'obscurité est pire que ce qui s'y cache. Cette carte signifie que nous devons, avec la protection de la déesse, lutter contre notre instinct de destruction, peut-être enterré en nous depuis des années. Il est possible que nous soyons prêts à réconcilier en nous les contraires et à comprendre que l'obscurité contient la lumière et inversement.

Le Corbeau dans la Tradition

J'étais un jour le corbeau à la parole prophétique

Taliesin

Pendant la seconde guerre mondiale, la Tour de Londres fut détruite sous les bombardements et les corbeaux qui l’habitaient depuis des siècles s'envolèrent. Winston Churchill, initié au druidisme depuis 1908, ordonna immédiatement qu'on les remplace par de jeunes corbeaux qu'on fit venir du nord du pays de Galles et de l’Écosse. Une lecture rapide des contes et légendes parlant du corbeau donnerait à penser que c'est un oiseau de mauvais augure, annonçant la guerre, la mort et la destruction. Mais pour comprendre la réaction de Churchill, nous devons analyser le conte de Bran le Béni. Dans ce conte, le Géant Bran, dont le nom signifie "corbeau" ou "corneille", demande qu'on lui coupe la tête pour l'enterrer au sommet de la Colline Blanche dans la direction de la France. La tête se chargera de protéger le royaume tant qu'elle restera enterrée à cet endroit. Plus tard, lors de la construction de Londres et de la Tour, le pouvoir totémique de la tête du dieu-corbeau protégeant le royaume, fut transféré aux corbeaux vivant dans la Tour. De même que Londres (Caer Llundain), Lyon, en France, eut le corbeau pour totem et les deux villes sont dédiées au dieu Lugh, ou Lud, associé lui-même à cet oiseau. Avant la seconde bataille de Magh Tuiredh, des corbeaux avertirent Lugh, le dieu de la lumière, de l'approche des Fomoriens, ses ennemis. Beowulf, un récit épique en ancien anglais, décrit le corbeau comme l'oiseau du matin, de la joie et de la lumière, aidant Beowulf à remporter la victoire. On dit aussi traditionnellement qu'Arthur serait transformé en corbeau à sa mort et pour cette raison, les habitants du Somerset soulevaient toujours leur chapeau en signe de respect en croisant un corbeau.

Le corbeau avertit les forces de la lumière des menaces et il effraie leurs ennemis : les Celtes portaient l'image d'un corbeau sur leurs armures et on a retrouvé en Roumanie un casque de guerre étonnant : il est surmonté d'une grande silhouette de corbeau dont les ailes, montées sur des charnières, devaient battre lorsque le guerrier courait à l'attaque, effrayant les ennemis ou les distrayant au moment fatal.


"Noir est le corbeau et rapide la flèche de l'arc"

Triades

On raconte que les déesses irlandaises de la guerre, Badbh et Morrigan, apparaissaient souvent sur les champs de bataille sous forme de corbeaux, causant la peur et la panique parmi les guerriers - la traduction exacte du nom de leur animal-totem est "corneille mantelée" ou "corneille noire"". Il est certain que cet oiseau et son proche parlent le corbeau, deux nécrophages, devaient être attirés par les champs de bataille. Leur présence signifiait aux deux armées que personne ne sort vainqueur d'une guerre sinon la mort.

Oiseau représentant les caractéristiques divines de la mort, le corbeau ou la corneille symbolise la force de destruction et le catabolisme, nécessaires pour que la vie, la création et l'anabolisme se perpétuent. En raison de notre peur de la mort et des effusions de sang, ainsi que des caractéristiques du corbeau et de la corneille, l'ambiguïté que nous entretenons avec ces aspects naturels mais douloureux de la vie se retrouve dans la tradition qui entoure le corbeau. La peur et le rejet dont le corbeau est l'objet ne sont pas uniquement liés à son association avec la mort mais aussi avec la déesse : des femmes-corbeaux sont mentionnées dans la littérature celtique et arthurienne et il est clair que "les connaissances du corbeau" dont bénéficient les druides venaient d'un don offert aux ovates et aux devins par la déesse pour leur permettre de voir l'avenir et le passé, à travers le voile de la mort.

Oiseau de la mort et de l'Autre Monde, le corbeau était enterré au fond des tombes avec les ailes déployées, comme à Danebury dans le Hampshire. Il y remplissait un rôle de messager entre les deux mondes.


Le Corbeau, oiseau de guérison

Capable de passer d'un monde à l'autre, le corbeau symbolise le processus de guérison provenant d'une confrontation radicale avec l'inconscient, l'ombre et les aspects les plus sombres et les plus dangereux de la psyché. Le lien entre le corbeau et la mort est également un lien avec la profondeur, la psychologie des profondeurs et la force évolutive contenue dans l'initiation qui marque la mort plus ou moins radicale de notre ancienne personnalité et la naissance d'un nouveau Soi.

Ce lien entre le corbeau et la guérison explique qu'on ait représenté l'oiseau dans certains sanctuaires miraculeux du monde celte ainsi que dans l'iconographie romano-celtique où il accompagne les divinités bienfaisantes. Il est d'autant plus fort que le corbeau est l'oiseau des prophéties et de la divination, faisant partie intégrale de l'art du guérisseur. Le corbeau voyageait jusqu'au recoins les plus sombres du Monde des Profondeurs, pour en rapporter des visions et des conseils à l'usage du malade et du guérisseur.

On a depuis des siècles utilisé le corbeau pour rendre des oracles ; les druides irlandais se fiaient à son vol et à ses cris et on disait encore en 1694 dans le Herefordshire qu'un corbeau chuchotait toujours une prophétie trois fois."

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Selon Thierry Jolif, auteur de B. A.- BA Mythologie celtique (Éditions Pardès, 2000), "les corbeaux apparaissent aussi dans le récit mythique des la fondation de Lugdunum, où leur vol est interprété comme un signe favorable. cette histoire semble lier les corbeaux au dieu Lugus, dans son aspect solaire. Il existe un autre texte qui fait mention d'une curieuse pratique juridique. il s'agit d'un texte de Strabon :


"Il y a encore quelque chose de plus fabuleux dans les récits d'Artémidore : c'est l'histoire des corbeaux. Il raconte qu'il y a sur la côte de l'Océan un port dit "des deux corbeaux", qu'on y voyait en effet deux corbeaux ayant l'aile droite blanchâtre, que ceux qui avaient quelque contestation venaient en cet endroit et plaçaient sur un lieu élevé une planche avec des gâteaux dessus, chacun ayant à part les siens, que les oiseaux s'abattant sur ces gâteaux mangeaient les uns et dispersaient les autres, que celui-là était vainqueur, dont les gâteaux avaient été dispersés."


Sans vouloir démesurément extrapoler, nous proposerons à titre de comparaison un passage de la Mundaka Upanishad :


"Deux compagnons aux ailes splendides, ensemble éternellement, perchent sur le même arbre.

L'un se nourrit de fruit délectable. L'autre, sans manger le regarde."


Voici ce qu'en dit le docteur Coomaraswamy :


"Pour celui qui comprend, ces deux oiseaux sont un ; l'iconographie les représente, soit sous la forme d'un oiseau à deux têtes, soit sous la forme de deux oiseaux aux cous entrelacés. mais, de notre point de vue, il y a une grande différence entre la vie de celui qui regarde et de ceux qui participent à l'action. Le premier est sans entraves ; le second, écrasé par la nécessité de manger et de nicher, souffre de son manque de seigneurie (anîsha), jusqu'à ce qu'il aperçoive son Seigneur (îsha), et reconnaisse en Lui et dans Sa majesté son propre Soi, dont les ailes n'ont jamais été rognées."


Jusqu'à quel point la comparaison est-elle valable ? Nous ne pouvons l'étudier en détail ici. Néanmoins, il n'est pas improbable que nous nous trouvions, une fois encore, avec le texte de Strabon, en face d'une image symbolique, mal comprise, ou transmise tardivement. La coutume juridique peut dériver d'un ancien enseignement religieux." (pp. 95-96)


p. 85 : "Le nom d'Atepomaros apparaît dans un autre contexte qui est celui de la fondation de la cité de Lugdunum, "ville de Lugus". L'histoire est rapportée par le Pseudo-Plutarque en ces termes :


"Près de l'Arar se trouve le mont Lugdunus qui changea aussi de nom et pour la raison que voici : Momoros et Atepomaros, chassés par Seroneos, vinrent sur cette colline, d'après l'ordre d'un oracle, pour y bâtir une ville. On creusait des fossés pour les fondations quand, tout à coup, apparurent des corbeaux qui, volant ça et là, couvrirent les arbres des alentours. Momoros, qui était habile dans la science des augures, appela la ville nouvelle Lugdunum. Car, dans leur langue, le corbeau se nomme lougos et un lieu élevé dounon, ainsi que nous l'apprend Clitophon au livre treizième des Fondations."


Voici encore un mythe pris pour de l'histoire, mais, quoi qu'il en soit, Atepomaros n'est pas ici lié à une opération de médecine mais bel et bien à un acte de divination. Le corbeau est un oiseau divin par excellence ; néanmoins, pour l'Irlande, et sans doute pour la Gaule, presque tous les oiseaux sont divins. Si Atepomaros est bien un aspect de l'Apollon gaulois, il semble logique, par comparaison avec l'Apollon classique, qu'il ait eu d'étroits liens avec les oiseaux ; il est tout aussi logique que Lugus fut présent lors de la fondation d'une cité qui lui était consacrée. Par contre, le nom de Momoros, qui reste inexpliqué, ne nous apporte aucun renseignement complémentaire. Nous pouvons juste dégager du texte qu'il fut certainement un druide, et plus certainement un druide mythique sont le rôle fut sans doute celui d'intermédiaire entre le dieu et les fondateurs de la ville."

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Selon Divi Kervella dans Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes (2001), "contrairement à ce que l'on pourrait croire, le corbeau (bran en breton) est très bien vu dans les sociétés celtiques traditionnelles. C'est un animal solaire et prophétique, guerrier et magique, qui accompagne Lugh, le dieu suprême.

De nombreux noms celtes comportent ce terme de Bran et étaient à l'origine des noms de guerriers.

Le roi Arthur n'est pas mort, il est seulement en "dormition" dans une île d'où ils reviendra un jour pour chasser l'occupant de toutes les Bretagnes. En attendant ce grand jour l'âme du grand roi a pris corps dans un corbeau, et, selon les légendes bretonnes et galloises, c'est sous cette forme qu'il parcourt son territoire. Dans les lois promulguées par le roi gallois Hoel Dda en 998 il est formellement interdit de tuer les corbeaux, l'âme d'Arthur pouvant s'y trouver. On peut également noter qu'en Bretagne continentale un îlot tout proche de l'île d'Aval - où selon la légende dort le roi suprême - s'appelle Enez ar Vran ("l'île du Corbeau"), cet îlot est reconnaissable entre tous grâce à une masse rocheuse caractéristique qui rappelle un donjon, d'où le nom de Kastell (château) qu'on lui donne. Le Gododdin, un texte brittonique archaïque originaire des anciens royaumes bretons du Hen Ogledd (le Vieux Nord - sud de l’Écosse et nord de l'Angleterre actuels), datant des alentours de l'an 600, montre un Arthur nourrisseur de corbeaux.

En Cornouailles insulaire ce rôle est dévolu au crave (Palores en cornique), un corvidé au plumage tout noir mais au bec et aux pattes rouges, élevé au rang de roi des corbeaux à l'île de Man où il porte le titre de "roi aux pieds rouges des corbeaux." Drôle d'oiseau d'ailleurs que ce crave qui ne maintient des effectifs en Europe occidentale que dans les contrées où l'on parle celte !

En Petite Bretagne, le personnage de Gwinglanv/Merlin est accompagné de deux corbeaux. Le jour ils parcourent le monde et tous les soirs ils reviennent vers lui pour lui faire leur rapport.

La corneille, de son côté, est un des noms (Badhbh) de la déesse de la guerre dans la mythologie celtique. Elle peut prendre également l'aspect de cet oiseau.

Le corbeau est également donné comme emblème des navigateurs. On voyait le nom du corbeau dans le nom de grands navigateurs mythiques comme le Bran des récits irlandais qui voyagea jusqu'à l'Autre Monde ou encore du moine Brandan qui fit un voyage similaire. dans la mythologie brittonique le dieu de la mer, Ler, a pour fils Bran le Béni, et pour fille Branwenn, "corbeau blanc" - ce dernier nom est une autre appellation du goéland. Les anciens navigateurs utilisaient des corbeaux pour se repérer. En effet, quand on les relâchait en pleine mer, ils se dirigeaient automatiquement vers la terre la plus proche.

En Bretagne, le corbeau est l'emblème du Groupe ornithologique breton."

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Selon Gilles Wurtz, auteur de Chamanisme celtique, Animaux sauvages et mythiques de nos terres (Éditions Véga 2014),


"Le corbeau est fidèle, pour la vie. Chaque couple s'arroge un territoire qu'il défend.

C'est un oiseau très intelligent : on sait aujourd'hui qu'il a de l'intuition et qu'il peut résoudre des problèmes d'une certaine complexité. Il se sert d'outils, il a réussi le test du miroir et il est également capable d'imitation. Il peut imiter des comportements, des gestes mais aussi des sons de son environnement, et même la voix humaine.

C'est chez les corbeaux que l'on retrouve aussi une des organisations sociales les plus évoluées parmi les oiseaux.

Le corbeau a une certaine conscience de la mort : on a observé des corbeaux qui venaient près d'un congénère mort et y restaient quelques instants en silence avant de s'en aller. Difficile de ne pas voir dans cette attitude un recueillement et un adieu.


Applications chamaniques celtiques de jadis

Le cas du corbeau est révélateur. Si saint Benoît avait un corbeau comme compagnon familier, aujourd'hui, cet oiseau a tout sauf une image positive.

Les Celtes affectionnaient particulièrement le corbeau et lui vouaient un profond respect.

Jadis, il était effectivement lié à la mort, et il avait un rôle bénéfique. Lors de rites funéraires, lorsque les officiants et les participants apercevaient ou entendaient des corbeaux, c'était un excellent présage : l'essence de la Source - l'âme et l'esprit - qui venait de quitter le défunt était prise en charge par les corbeaux qui la conduisaient à la Source. Cet animal était pour nos ancêtres un passeur. Ils l'invoquaient donc durant les rites funéraires et le priaient pour qu'il prenne en charge l'essence du défunt et la guide vers la lumière. En échange, ils lui faisaient des offrandes.

Aujourd'hui, le corbeau a bien mauvaise réputation par chez nous. Sa fonction a été dénaturée et il s'en est retrouvé diabolisé. Certes, il demeure associé à la mort, mas avec une connotation de mauvais augure uniquement.


Applications chamaniques celtiques de nos jours

Grâce à la pratique chamanique celtique, il est possible de faire un travail d'accompagnement d'un défunt pour que son essence rejoigne la lumière de la Source. Il s'agit d'une manière de prier pour une personne roche décédée, afin de l'aider et de l'encourager à aller dans la lumière de la Source. Cette prière, en communion avec l'esprit du corbeau, est directement adressée au défunt. La personne qui prie invite le corbeau à guider le défunt vers la lumière de la Source. Elle peut le rassurer en lui expliquant que l'esprit du corbeau est là pour l'aider à continuer jusqu'à la lumière de la Source. Cela peut apaiser le défunt s'il a peur, il sait ainsi qu'il n'est pas seul, que l'esprit du corbeau le soutient, le guide et le réconforte.

C'est là un petit rituel chamanique très puissant, très bénéfique pour le défunt et pour celui ou celle qui prie. Car ce rituel ne peut avoir d'effet que si la personne qui prie est dans une bienveillance totale. Pour cela, elle doit faire son deuil, elle doit accepter la mort et toutes ses conséquences sur la suite de sa propre vie. Ce petit rituel peut se faire aussi longtemps que l'on en ressent le besoin.


Mot-clef : Le passeur."

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Symbolisme alchimique :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,

"Les alchimistes ont toujours associé la phase de la putréfaction et la matière au noir au corbeau. Ils appellent cette dernière Tête du corbeau : elle est lépreuse, et il faut la blanchir, "en la lavant sept fois dans les eaux du Jourdain". Ce sont les inhibitions, sublimations, cohobations ou digestions de la matière, qui se font d'elles-mêmes sous le seul régime du feu. Ainsi se justifie la représentation qui fréquente du noir volatile dans les planches des anciens traités de Sciences hermétiques."

D'après Patrick Rivière, auteur de L'Alchimie, science et mystique (Éditions De Vecchi, nouvelle édition augmentée 2013),


"Les Latins le nommaient Phoebeius ales, l'oiseau d'Apollon ou du Soleil. Il désigne très souvent la putréfaction des matières utilisées, en raison de sa couleur d'un noir très intense. Mais, plus subtilement parfois, il est fait allusion à la tête de corbeau (ou du beau corps) - qu'il convient de trancher en opérant la séparation du Mercure - des Philosophes à la fin du Premier Œuvre alchimique. Cette terre déshéritée en apparence, mais très féconde en réalité, se sépare du métal fondu par un simple coup de maillet asséné à la lingotière."

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Symbolisme onirique :


Selon Georges Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, le vocabulaire fondamental des rêves, Tome 1 : couleurs, minéraux, métaux, végétaux, animaux (Albin Michel, 1995),


Ce n'est pas sans raison que la Bible montre Noé, au terme du déluge, confiant à l'oiseau noir, le corbeau, et à l'oiseau blanc, la colombe, la mission d'observation du retrait des eaux. C'est la colombe qui rapporte la bonne nouvelle. Le corbeau était-il déjà, à cette époque, l'oiseau de mauvais augure, de mauvais présage ? Ou cet épisode de la Genèse a-t-il contribué à établir sa réputation négative ? En Inde aussi, le corbeau est le messager de la mort. Les observations recueillies à travers l'étude des rêves ne laissent place à aucun doute : le corbeau est le prototype de l'oiseau noir. La superposition est telle que la traduction séparée des deux images conduirait fatalement à des répétitions abusives. Les corrélations dégagées, relativement peu nombreuses, se répartissent, pour les trois quart d'entre elles sur quatre familles de symboles : les animaux, le corps, les éléments, les personnages. Compagnon habituel de la sorcière, de la Mort, du diable, des vers... le corbeau imaginaire paraît bien disposé à tout faire pour justifier son image d'oiseau maléfique.

La lecture des rêves dans lesquels il apparaît désoriente dans un premier temps la recherche. Des chaînes très spécifiques d’images liées au corbeau se reproduisent d'un patient à l'autre avec assez d'insistance pour imposer la certitude d'un sens latent. Mais la structure de ces scénarios repose sur une trame tellement embrouillée qu'elle paraît défier toute approche du sens. Certes, on y décèle aisément l'idée de la mort, celles de l'hermaphrodisme, du narcissisme, de la castration... mais aucun cheminement logique ne semble aboutir à une interprétation sûre. Une seule clef nous a paru susceptible d'ouvrir un champ de traduction offrant des bases solides : c'est la référence à l'alchimie. Ces rêves, exprimés par des patients dont les scénarios sont habituellement faciles à traduire, mettent en œuvre des images qui correspondent aux figurations des phases du processus alchimique de transformation et qu'aucune autre approche ne permet pas bien de comprendre. Plus que n'importe quel autre peut-être, un rêve éveillé de ce type doit être regardé comme le creuset où sont en œuvre de multiples archétypes, agents actifs de transformation au service d'une dynamique insaisissable.

Des centaines d'écrits alchimistes n'ont pu réaliser une description homogène du Grand Œuvre. L'effort d'élucidation psychologique ne parvient pas encore non plus à établir des lois d'organisation des images concernant certaines phases décisives de la métamorphose. Jusqu'à présent, ce sont les travaux de C. G. Jung qui ont projeté sur ces processus l'éclairage le plus net. Bien du chemin reste à parcourir pour atteindre une connaissance satisfaisante de ce mystérieux cheminement. A ce stade de l'étude du corbeau imaginaire, il est utile d’exposer quelques extraits de rêves. Maryse, au cours de sa trente-troisième séance, vient d'évoquer « une chèvre dont le ventre s'ouvre... ses boyaux tombent... en fait c'est elle-même, reliée à son propre ventre... avec elle, un cornet d'or est tombé... ça fait maintenant un grand tas d'or... » Maryse poursuit : « … Ah non !... C'est Maître Corbeau... perché là-haut sur un pic... et c'est maintenant un aigle qui vient dans son nid... un aigle très beau... c'est une femelle... elle protège ses œufs... l'un d'eux éclot... il en sort un petit canard, en fait c'est moi ! Je suis un canard tout jaune... […] Maintenant, le canard est mort... il y a de l'orage... l'aigle, c'est un mâle maintenant... j'ai vu aussi un ange, dans le ciel... »

Le vingt-deuxième scénario de Jérôme résonne comme un écho de ces images : « … Une sorcière... près de la momie... maintenant je suis un jeune chef indien... je suis androgyne... j'ai le ventre ballonné par ce que je suis enceinte... le chef indien... c'est mon père... c'est mon mari [rire]... j'accouche d'un... sexe masculin :... […] Maintenant, je suis Osiris... je suis un dieu-aigle égyptien... mais ses pieds sont palmés... des palmes de canard !... Jaunes... c'est ridicule !... Il va vers ne nuée d'or... le jeune chef indien fait couler du métal... de l'argent et de l'or... maintenant, Osiris est un corbeau qui va la tête basse, plumes basses... » D'autres rêves montrent des enchaînements de même nature, aussi désordonnées en apparence, aussi constants dans les évocations. Hermès-Mercurius, l'agent transformant des alchimistes, possède la double nature, qui le rattache à ce qui est le plus bas, la matière primordiale et à ce qui est le plus haut, la pierre philosophale. « A la fois dieu chtonien de révélation et esprit du vif-argent, écrit C. G. Jung, Hermès-Mercurius est représenté sous les traits d'un hermaphrodite, les pieds posés sur le soleil et la lune, en rapport avec l'or et l'argent. »

Un regard orienté par la volonté d'interprétation psychanalytique n'aura aucune difficulté à déceler, dans les séquences exposées, des dispositions narcissiques (l'or et l'auto-enfantement), des tendances homosexuelles liées au rapport aux images parentales (les pieds palmés, le père-mari, l'affirmation d'androgynie). Pourtant, considérés chacun dans sa totalité, ces rêves très longs n'autorisent pas à donner à l'une de ces orientations une valeur dominante. Bien d'autres symboles, au contraire, viennent compléter la série des images en correspondance avec l'univers alchimiste. L'aigle, c'est le mercure, dans sa signification du stade le plus élevé, du but à atteindre, de l'or solaire. Le corbeau, c'est le mercure représentant la matière originelle, la materia prima, la nigredo, l’œuvre au noir : le commencement du processus de transformation. Une corrélation constante apparaît dans les rêves avec le corbeau : le couple de couleurs noir et jaune. Chaque patient trouve des images différentes, parfois profondément originales, pour exprimer ce rapprochement du noir et du jaune auprès du corbeau. Le jaune, la citrinitas, était à l'origine le troisième stade du processus alchimique. S'il a peu à peu disparu des écrits postérieurs au XIVe siècle, il semble resté très présent, en tant qu'archétype inscrit dans la psyché collective contemporaine. L'aigle, le corbeau, le canard, le phœnix, le vautour, sont, du point de vue de l’œuvre, interchangeables dans la représentation de l'élément aérien, de l'esprit de renaissance qui préside à l'accomplissement. Cela jette sur la relation étroite que l'on observe entre le corbeau et la mort une lumière nouvelle, lumière qui s'étend jusqu'au baiser de mort auquel je fais référence dans l'article relatif au bec. La première phase de l’œuvre, la nigredo, consiste à agir sur la matière originelle, la matière « vile », pour la transformer progressivement jusqu'au but ultime : la pierre philosophale. On ne peut que suivre C. G. Jung lorsqu'il voit dans ce cheminement une projection de la réalisation du processus d'individuation.

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Le corbeau est un indice de début d'un cycle de transformation profonde. La première phase de l’œuvre alchimique, c'est la décomposition (solutio, separatio, divisio, putrefactio), donc la mort de ce qui était. L'aigle ou son synonyme le phœnix renaîtront des cendres de cette disparition. Une brève séquence d'un autre rêve de Maryse illustrera cette affirmation : « … un vent fort secoue les branches... il me vient un souvenir : un corbeau était venu droit sur moi... il tombait... il est allé mourir dans l'herbe à côté de moi !... Là... je vois une branche morte... un oiseau qui fonce dans l'air, qui s'élève... c'est un grand oiseau rouge... c'est le phœnix... » Maryse n'avait, à l'époque où elle fit ce rêve, aucune connaissance du sens de ces symboles. Le grand oiseau rouge, le phœnix, est une image rare dans le rêve éveillé. Sa présence, à l’instant précis où revient le souvenir du corbeau mort est un témoignage saisissant de la relation alchimie-inconscient. Après de telles images, il nous semble tout à fait vain de nous interroger sur le caractère positif ou négatif du corbeau imaginaire ! Il peut bien accompagner la Mort dans ses œuvres de dissolution, la sorcière dans ses pratiques ténébreuses, la foudre dans sa brutalité destructrice... ces forces-là ne menacent pas l'être ! Elles sont des agents d'activation d'un processus de renaissance. Le corbeau, l'oiseau noir, n'est peut-être alors un oiseau de mauvais présage que pour celui dont les résistances à la transformation sont encore intactes, qui se crispe sur la défense de l'image figée qu'il se fait de lui-même et qu'il apprécie comme la seule cohérence possible.

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Littérature :


Dans Eugénie Grandet (1834), Honoré de Balzac brosse le portrait d'un avare de province particulièrement mesquin qui économise sur tous les produits de première nécessité :


- Faudra que j'aille à la boucherie.

- Pas du tout, tu nous feras du bouillon de volaille, les fermiers ne t'en laisseront pas chômer ! Mais je vais dire à Cornoiller de me tuer des corbeaux. Ce gibier-là donne le meilleur bouillon de la terre.

- C'est-y vrai, monsieur, que ça mange les morts ?

- Tu es bête, Nanon ! Ils mangent, comme tout le monde, ce qu'ils trouvent. Est-ce que nous ne vivons pas des morts ? Qu'est-ce donc que les successions ?"

Le Corbeau, (1845) d'Edgar Allan Poe, traduit par Baudelaire et Mallarmé.

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Les Corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie, Quand dans les hameaux abattus, Les longs angelus se sont tus Sur la nature défleurie, Faites s’abattre des grands cieux Les chers corbeaux délicieux. Armée étrange aux cris sévères, Les vents froids attaquent vos nids ! Vous, le long des fleuves jaunis, Sur les routes aux vieux calvaires, Sur les fossés et sur les trous, Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France, Où dorment les morts d’avant-hier, Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver, Pour que chaque passant repense ! Sois donc le crieur du devoir, Ô notre funèbre oiseau noir ! Mais, saints du ciel, en haut du chêne, Mât perdu dans le soir charmé, Laissez les fauvettes de mai Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne, Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir, La défaite sans avenir.

Arthur Rimbaud, "Les Corbeaux" (1872) in Poésies.

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Jules Renard propose dans ses Histoires naturelles (1874) des historiettes qui mettent en scène les animaux les plus familiers de nos campagnes :

Le corbeau


I

L'accent grave sur le sillon.

II

« Quoi ? quoi ? Quoi ?

- Rien. »

III

Les corbeaux passent sous un ciel bleu et sans couture. Tout à coup l’un d’eux, qui est en tête, ralentit, et trace un grand cercle. Les autres tournent derrière lui. Ils semblent danser une ronde par ennui de la route, et faire des grâces avec leurs ailes tendues comme les plis d’une jupe.

... Un corbeau

Tout à l’heure annonçait malheur à quelque oiseau.

J’ai pris mon fusil et tué le corbeau.

Il ne s’était pas trompé.

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Dans Regain (1930) de Jean Giono, Panturle est un personnage en osmose complète avec sa terre d'Aubignane :


"Maintenant que voilà déjà six longs sillons alignés côte à côte, il y a au-dessus du champ une vapeur comme d'un brasier d'herbe. C'est monté dans le jour clair et ça s'est mis à luire dans le soleil comme une colonne de neige. Et ça a dit aux grands corbeaux qui dormaient en volant sur le vent du plateau : "C'est là qu'on laboure, il y a la vermine." Alors ils sont tous venus, d'abord l'un après l'autre en s'appelant à pleine gorge, puis par paquets, comme de grandes feuilles emportées par le vent. Ils sont là autour de Panturle, à flotter dans l'air épais comme des débris de bois autour d'une barque."

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