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La Fougère (suite)


Suite de l'article posté par Marie-Claire le 2 novembre 2016.

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Symbolisme celte :


Selon Jean-Paul Persigout dans Dictionnaire de mythologie celte, Dieux et héros (Editions du Rocher 1985-1990-1996),


"La fougère est une plante familiale sur laquelle la "vie prend naissance"; c'est elle qui sert de litière lors de la naissance des animaux mais aussi des gens. Elle passe également pour donner l'illumination et sa graine pour rendre invisible.


Dans la Légende de la ville d'Ys, on rapporte que Gradlon tirait sa prodigieuse force de la fougère. Sa mère, quand elle était enceinte de lui, s'était perdue dans la forêt. Pendant qu'elle cherchait sa route, elle avait été prise par les douleurs de l'enfantement et a mis au monde un garçon dans les fougères qui lui servirent de berceau et de langes.

Quand les gens l'ont retrouvé le lendemain et qu'ils ont vu l'enfant dans les fougères, tous ont crié : "Crân-lôn ! Crân-lôn ! L'enfant de la fougère !"

Crân-lôn allait devenir Gradlon, l'être de la fougère. La fougère a été tellement fière d'avoir été la première à porter celui qui allait devenir le grand roi légendaire de Cornouille et d'Armorique, qu'elle a inscrit en son cœur, pour que l'on n'oublie jamais cet événement et pour donner toute sa force à l'enfant, les deux lettres initiales du grand roi : C-L Crân-lôn. Il suffit pour le vérifier de couper une racine noire de fougère par le travers et les deux lettres du grand roi apparaissent encore aujourd'hui.

Voici la raison de la troisième impossibilité à Dieu énoncée par la triade :

"Aplanir Brasparts

ôter les pierres de Berrien

Arracher les fougères de Plouyé"

Il est impossible à Dieu d'arracher la force et la grandeur du roi Gradlon !

Depuis ce jour béni des dieux, la fougère est devenue le symbole de la mémoire chez les Celtes."

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Selon Robert Graves dans Les mythes celtes : la Déesse blanche (Editions du Rocher, 1979 et 2007),


La "fougère dépouillée" dans le Câd Goddeu "Le combat des arbres" n'est probablement qu'une locution employée pour rappeler que la graine de fougère rendait invisible et conférait d'autres pouvoirs magiques.

[...] "J'ai déplumé la fougère :

A travers ses secrets, je vois.

Le vieux Math de Mathonwy

N'en connaissait pas plus que moi" [...]

Fougère :

Raineach

Pteridophyta

Position droite

Force vitale - Sensualité - Fertilité.

Position inversée

Invisibilité - Subtilité - Effacement


Selon Philip et Stephanie Carr-Gomm dans L'Oracle druidique des plantes,


Les fougères sont les plantes les plus anciennes du monde, précédant les dinosaures de l'ère du mésozoïque. Quelques 45 espèces poussent en Grande-Bretagne, dont la plus commune est la fougère mâle (Dryoptoris filixmas, suivie par la fougère aigle (Pteridium aquilinum).

La carte montre une ravine des Highlands écossais avec trois des fougères le plus souvent mentionnées par le folklore britannique. L'éclair zèbre le ciel et à droite on voit une botryche lunaire (Botrychium lunaria). Derrière elle, il y a une fougère mâle, et à gauche, une fougère femelle (Athyrium filix-femina).


Sens en position droite. Plante sacrée à la saint-Jean et à Nwyfre, force vitale qui zèbre le ciel sous la forme d'un éclair et serpente le long du sol en tant que lignes de force tellurique, la fougère annonce la fertilité dans tous les sens du terme. Le choix de cette carte signifie que vous jouissez en ce moment de force vitale et d'énergie. Cette énergie peut se manifester de manière spectaculaire ou subtile, mais l'important est de se souvenir qu'elle vient de la nature essentiellement spirituelle de toute création. Vous pouvez maintenir votre contact avec cette force vitale grâce à la pratique spirituelle qui vous accorde aux rythmes naturels du cosmos. Le druidisme est une spiritualité sensuelle : nous pouvons accepter les plaisirs du corps et des sens tout en reconnaissant leur nature spirituelle, en améliorant l'appréciation que nous en avons. Célébrer les fêtes saisonnières, méditer sur le pouvoir des éléments, visiter les sites anciens, baigner dans les énergies de la lune, du soleil et des étoiles sont des moyens de nous ouvrir aux pouvoirs de l'univers visible et invisible.


Sens en position inversée. Les frondes de la fougère aigle frémissent et la créature disparaît. Beaucoup d'animaux ont développé des tactiques étonnantes pour se rendre invisibles à leurs prédateurs. Si vous avez choisi cette carte inversée, vous devez faire prospérer le talent de passer inaperçu dans des situations où il est déconseillé de se mettre en avant. Notre culture favorise davantage la célébrité, la mise en valeur, le "devant de la scène" que les vertus tenues pour surannées de discrétion, de travail secret, d'éloignement des feux de la rampe ou même de la reconnaissance. Souvent, il est approprié d'être ouvert ou provoquant, mais il y a des moments où le bon sens ou l'intuition dictent qu'une approche plus subtile, peut-être plus détournée, est nécessaire.

Par ailleurs, la carte signale que vous vous sentez invisible, comme si nul ne vous remarque ni ne fait attention à vos besoins et inquiétudes. Dans ce cas, vérifiez s'il s'agit d'une situation unique ou d'un modèle fréquent, puis choisissez une ou plusieurs cartes susceptibles de vous aider à éclaircir cette question et suggérer des moyens de redresser la situation.


La plante de la jeunesse éternelle. Les Grecs antiques, les herboristes arabes et européens médiévaux, les chamans cherokees et les Maoris de Nouvelle-Zélande utilisaient des fougères pour soigner. Il est probable que les druides anciens s'en servaient aussi.

Le gui poussant sur les chênes était tenu pour plus magique que le gui poussant sur d'autres arbres. De même, selon Maud Griève dans son Modern Herbal en deux volumes publié en 1931, la fougère délicate poussant sur les racines recouvertes de mousse des vieux chênes était jadis censée être un remède particulièrement puissant.

En Ecosse, les cheveux-de-vénus, ressemblant quelque peu aux poils pubiens féminins, servaient à la préparation d'un sirop contre la toux et d'une tisane.

L'huile extraite de la racine de la fougère mâle a servi de vermifuge depuis l'époque de Théophraste et de Dioscoride, ses frondes se déroulant comme un ver avaient suggéré aux anciens des idées quant à ses propriétés. On sait que l'huile peut débarrasser les intestins du ver solitaire grâce à ses constituants chimiques très toxiques. La fougère mâle était tenue pour un aphrodisiaque, et sa racine, utilisée pour les potions d'amour.

Ramassée à la veille de la saint-Jean, la fougère aigle, appelée fougère de Dieu en Irlande, était censée conférer l'invisibilité. Cette idée avait vraisemblablement été suscitée par le fait que la reproduction de cette fougère se faisait apparemment par miracle, car ses spores sont quasi invisibles. La veille de la saint-Jean est si proche du solstice d'été que l'idée a été probablement étayée par la croyance ancienne que le contact avec le monde invisible des fées devient possible à ce moment là. Dans Henry IV, Shakespeare fait dire à l'un de ses personnages : "Nous avons cueilli la graine de fougère, dès lors nous marchons invisibles." La fougère était censée conférer la jeunesse éternelle - en raison de sa croissance et de son renouvellement apparemment miraculeux.

La botryche lunaire et sa parente, la langue de serpent, petites au point de passer souvent inaperçues sous le terreau de feuilles ou parmi les herbes, sont partiellement mystérieuses. La langue de serpent montre une feuille ovale renfermant une épine pareille à une langue, rappelant celle du pied-de-veau - on pensait qu'elle guérissait les morsures de serpent. La botryche lunaire produit une série de "feuilles" en demi-lune, censées agir sur le métal, ouvrir les portes en étant insérées dans la serrure, et extraire les clous de fers de tout cheval qui marchait dessus."

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L'alphabet des arbres


Selon Myriam Philibert dans l'Alphabet des arbres, R (Ratis) est la treizième lettre. Porte-t-elle malheur ? Est-elle, au contraire, le couronnement du cycle ou du règne ? Le symbole de la sagesse ? Dans ce cas, il faudrait peut-être lui préférer la voyelle U, totalement centrale, ni masculine, ni féminine mais androgyne. Certains mauvais bardes osent prétendre qu'elle fut occultée pour d'obscures et superstitieuses raisons. Il faut bien, pourtant, finir la saison ! Qui n'a, en effet, la phobie de passer à table quand les convives sont au nombre de treize. De fait, le Duodénaire zodiacal est devenu, à un moment donné de l'histoire humaine, la référence obligée, car universelle. Le Christ et ses douze apôtres ont-ils contribué à la perte de la treizième consonne de l'alphabet celte des arbres ? Paradoxe, leur groupe a cependant treize participants. Et le treizième cherchait, dès lors, sa place au cœur. Véritablement central, le Soleil avait désormais la primauté, la Lune et la Polaire palissaient donc dans un ciel nocturne que tous fuyaient, car il symbolisait l'obscur et sordide monde des ténèbres et du Mal. Le pommier de la faute renforçait cette gêne.

Qui gouverne la lettre R ? R sonne comme Ruis, le sureau dont raffolent les oiseaux, ou comme Ratis, la fougère qui fait un lit douillet, ou encore comme Rome, la si belle et odorante rose. La treizième lettre appelle son flot de sorcières toutes plus ou moins méchantes ou mesquines et une aura ténébreuse flotte sur le chaudron. Pour d'autres, R retentit de reada, le sacrifice, de ratu, la fortune ou de ritu, le gué, pour finir en apothéose par rix, le roi, ou rigona, la reine. Dès lors, Rigantona ou Rhiannon semblent parfaites pour un rôle de préséance, lié à la Terre, ses champs, ses prairies, ses récoltes, mais aussi ses tertres funéraires.

La treizième lettre y gagne un sort funeste ! Rose, amour et mort entrelacent leurs épines. R ouvre la porte sur I, la dernière lettre de l'alphabet, sommitale, ou sur A, si l'on inscrit le calendrier dans un cercle, pour qu'il devienne roue (roto).

Que vaut Ratis, la fougère ? D'innombrables familles végétales se réclamant de cette plante. Il faut une attention sans faille pour les identifier. Et l'on comprend, dès lors, pourquoi le vieil ours de Math avait quelque difficulté à les reconnaître et à parfaire sa science des plantes. La fougère ouvrirait-elle des portes sur l'avenir ? Le vieil enchanteur n'avait que son passé en gage. Comme cette plante, issue d'une si lointaine préhistoire, ne produit pas de fleurs, elle n'a pas pu entrer dans le corps de Blodeuwedd. Elle est tout juste bonne à servir à l'égarement des distraits qui la foulent dans l'obscurité profonde de la forêt touffue et broussailleuse à souhait ? Orsane ou Arthur se sont-ils perdus à jamais dans ces fourrés trompeurs ? Celui qui a quelque penchant pour le rationnel prétend que ce sont des contes de bonnes femmes. Pourtant, nous étions prêts à nous perdre par peur dans la forêt de la Sainte-Baume. Mais peut-être la fougère a-t-elle réellement quelque vertu inconnue et rimerait-elle avec bonne fortune (ratu) ! On raconte, dans les chaumières, qu'elle soulage les rhumatismes. Sur les autres concurrents, Ratis a le privilège de l'ancienneté. Deux mots gaulois s'alignent sur les rangs : la fougère et le rempart, mais ils n'ont pas exactement la même racine.


Aucun dieu célèbre ne se réclame de la lettre R qui clôture une série de lunaisons consonnes, dédiée à quelque être de rêve dont on a aujourd'hui perdu le nom. Plus méritantes, les déesses ont quelque affection pour ce curieux bosquet, où l'on se demande qui se cache en galante compagnie. Amour et mort. Parfois, égarement rime avec labyrinthe. Orsane rencontre l'Ours sur la fougère et Arthur, Morgane dans un château en spirale. Grotte, forêt ou île verte entre ciel et terre ne sont qu'un seul et même refuge.

Revenons aux déesses de la lettre R. Rosmerta est l'épouse de Lougos. A l'époque gallo-romaine, elle tient une corne d'abondance, en mère prolifique et généreuse. Est-elle déesse de la Terre ? Est-elle, comme sur le chaudron de Gundestrup, l'une des phases de la divine Lune ? La pleine lune répond à l'été et l'opulence couronne celui qui a si durement travaillé tout au long de sa vie. C'est la saison où le sureau oublie la blancheur de ses feuilles pour se teindre du noir de ses baies. Cette corne d'abondance, que l'on voit aux mains de Cernunnos, qui parraine la lettre C et le noisetier, parle-t-elle de richesses immatérielles, données à profusion au terme d'une existence laborieuse ? L'au-delà ou le Sid y puisent leurs réserves inépuisables. N'est-ce pas une île paradisiaque ?

C'est alors qu'on se souvient que le troisième mois, dans le calendrier de Coligny, est ruiros, le mois gras (septembre), où l'on engrange les provisions pour l'hiver douloureux à venir. La corne d'abondance rappelle cette lunaison providentielle, de bonne fortune.

A un moment donné du calendrier des arbres, l'été inaugurait et clôturait l'année. Est-ce là une référence à verser à cet épineux dossier ? Le solstice d'été et les nuits de samos arrivent à point nommé, et le chercheur se sent berné par les bardes qui l'ont emberlificoté.

Une reine aussi annonce ses prétentions. L'été n'est-il pas royal ? La mythologie galloise nous offre Rhiannon (ou Rigantona). Son nom signifie "grande reine" et il se rapproche de Morrigane ou de Regiavia. Elle a le pouvoir de séduire les mortels sur les tertres funéraires et de leur donner un royaume, à condition qu'ils l'épousent. Ainsi, elle a deux compagnons successifs. On l'identifie sans risque à Epona, en tant que cavale de nuit. Dans le chant, elle demeure au second plan, mettant au monde un enfant qui est kidnappé. A la place, un poulain est substitué. Fou de rage, Pwyll, son mari, la condamne à de basses besognes pour infanticide, jusqu'au jour où un roi voisin ramène son fils, apportant donc la preuve de l'innocence de la mère. Cet enfant se nomme Pryderi et l'on s'interroge pour savoir dans quel sens il faut lire l'alphabet. Par la consonance et le sens de leurs noms, Rhiannon, Morrigane ou Regiavia ont pouvoir de vie et de mort. Le bel été et ses riches moissons cèdent leur place à la problématique de la fin. Une lune décroissante se profile à l'horizon, annonçant l'automne chatoyant de couleurs et l'hiver sombre et rigoureux.)

A quel moment de l'année règnent les rois ? Sur l'été où Duir et Tinne se disputent âprement le trône ? A la fin de l'année, quand l'hiver fait rage et met une vêture blanche ? Ruis, l'hièble, Rome, la rose ou Ratis, la fougère, comme trois reines fabuleuses, voudraient-elles affronter Beith, le bouleau ? Deux rois à chaque porte et toujours le mythe de la royauté alternée. Mais, ici, la lutte armée a le Soleil et la Lune comme partenaires acharnés.

On se souvient alors de robin, le rouge-gorge, oiseau-voleur de lumière et lié à la charge du roi. Jadis dans les Alpes-de-Haute-Provence, à Lagnes ou dans d'autres villages, on faisait un lâcher de rouges-gorges dans l'église pendant la nuit de Noël. Ce "roitelet" sacrifié sur l'autel de la vie annonçait, dit-on, l'arrivée du roi des rois. R terminerait-il l'année avec le solstice d'hiver, le repli sur soi et l'attente de jours meilleurs ?

[...] Trois plantes se réclament de la dernière consonne, le R. Où est l'erreur ? Le treizième porte chance ou malheur ? Opportunément, le sureau est tout à la fois médicament et poison. Le tout est de bien savoir doser ! Pour sa part, le lit de la fougère invite à se laisser gagner par l'oubli. La rose, enfin, parle d'androgyne et d'immortalité reconquise de haute lutte. Signature de l'Oeuvre, elle orne la vêture d'Arianrhod :


La treizième revient... C'est encore la première ;

Et c'est toujours la seule - ou c'est le seul moment ;

Car es-tu Reine, ô Toi ! la première ou dernière ?

Es-tu Roi, toi le seul ou le dernier amant ? [...] (Ibidem)

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Mythologie et croyances :


Selon Scott Cunningham dans Encyclopédie des herbes magiques (Editions Sand, 1987) :


"L'ordre des fougères renferme soixante-dix genres, avec plus de quatre mille espèces. Toutes ou presque ont été, dans leur région d'origine, associées aux traditions de guérison ou de sorcellerie des campagnes. Nous ne nous intéresserons qu'aux trois espèces les plus célèbres, celles qui sont le plus souvent citées dans les traités de magie : les "reines des fougères" en quelque sorte.

En Europe comme en Asie mésopotamienne, les chamans, les mages, les druides et autres magiciens ont traditionnellement employé la fougère femelle, la fougère à l'aigle, dite aussi fougère impériale (Ptéris Aquilina), à grandes et hautes feuilles deux fois divisées verticalement, très commune dans les forêts à sols siliceux. Cette fougère tire son nom de la figure, rappelant l'aigle à deux têtes de l'ancien empire austro-hongrois, qui se détache en noir sur une section transversale du rhizome. C'est ce rhizome, amer et astringent, qui est utilisé dans les rites.

On peut lui substituer la fougère mâle (Driopteris filix-mas) dont les principes et utilisations sont pratiquement identiques. Cette espèce doit son nom à sa croissance vigoureuse, à son port puissant et viril, car comme toutes les fougères, elle est asexuée. Là aussi, c'est son rhizome, débarrassé de son épaisse gaine écailleuse, qui est employé.

L'osmonde royale serait, dans la mythologie scandinave, dédiée à Thor, dieu du tonnerre et de la pluie et protecteur des hommes.


Genre : Masculin

Planète : Mercure

Élément : Air

Divinités : Les Érinyes

Pouvoirs : Invisibilité, magie de la pluie, fertilité, clairvoyance


Utilisation magique

Dans l'Angleterre shakespearienne, la nuit qui précédait Midsummer (la Saint-Jean) était la nuit fantastique par excellence. C'était pendant cette nuit m​​émorable, au moment précis du solstice, que sortait de terre cette fameuse graine de fougère aigle qui avait la propriété de rendre invisible. Les fées, commandées par leur reine, et les démons, conduits pas Satan en personne, se livraient des combats acharnés pour cette graine miraculeuse. [...]

[...] Les légendes russes ne mentionnent pas directement l'invisibilité de la personne. Il s'agit plutôt d'une ouverture de la conscience au sens de la Révélation : le miracle des fougères permet à celui qui en a été le témoin de voir des choses habituellement invisibles pour le regard humain limité. [...] Celui qui parvenait à conserver son sang froid face à ce déferlement de fantasmagories avait alors la révélation des vérités premières que seuls connaissaient les grands Bogatyrs.

Des feux de fougère dans les champs au crépuscule attiraient la pluie. Dans ce but, toutes les espèces étaient brûlées, indifféremment.

La fougère aigle a un passé prestigieux. De tout temps, et partout où elle pousse, la plante est liée aux rites de protection, de guérison et de fécondité.

Coupez plusieurs tranches dans la plus forte section du rhizome. Sélectionnez la tranche sur laquelle ce curieux emblème (l'aigle à deux têtes impérial) ressort avec le plus de netteté et de clarté. Aplatissez la au rouleau afin de l'agrandir. C'est cette image, laminée et agrandie, que vous fixerez sur la porte d'entrée comme talisman.

Un rhizome sous l'oreiller provoque des rêves de clairvoyance.

Des bains de siège et des injections vaginales avec une décoction de racines de fougère mâle rendent fécondes les femmes qui ont des difficultés à concevoir."

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D'après La revue germanique, française et étrangère (Tome 15, 1861), jamais feuille n'eut plus de ressemblance avec une plume que celle de la fougère, dont le pied, coupé transversalement, ressemble assez nettement à un aigle à deux têtes. Les anciens étaient déjà frappés de ces ressemblances caractéristiques, et les Grecs la désignaient d'un mot signifiant "plume". Le scoliaste de Théophraste dit expressément : "La Ptéris est une espèce de plante semblable à une plume d'autruche ; les paysans s'en font des lits à cause de sa mollesse, et aussi par ce que son odeur écarte les serpents". Le nom allemand de la fougère, farn, anglais fern, n'est pas moins significatif que son nom grec, et n'a pas seulement désigné la fougère, mais aussi la tanaisie (rain-farn), dont les feuilles lui ressemblent tant, ainsi que les bruyères dont les fleurs rouges rapprochent des plantes issues de la foudre.

La fougère est cryptogame, et ce sont seulement les botanistes modernes qui ont reconnu l'existence de ses corps reproducteurs ou spores, microscopiques et accumulés, sous l'apparence brune, en lignes ou en petits tas derrière les feuilles ou le long de leurs bords. L'antiquité et le Moyen-Age ignoraient tout cela, et la graine de fougère avait dès lors à leurs yeux une importance d'autant plus grande qu'elle était plus mystérieuse. Par cela même que personne ne l'avait vue, c'était la seule graine qui jouait un rôle parmi les plantes issues de la foudre. Aussi pour la découvrir, fallait-il oser des cérémonies magiques.


Collecter la graine à midi et avant que le diable s'en empare. On la recueillait à la Saint-Jean d'été ; en France, la veille de la Saint-Jean, à midi juste ; en Allemagne, le jour même, avant l'aube. Le procédé était le même que pour obtenir la racine magique : on allumait un feu, et on étendait un linge blanc sous la fougère, toujours pour figurer le nuage et les éléments originels de la foudre. La graine tombait sur le linge comme la foudre se perd dans le nuage ; mais si on ne la ramassait prestement, le diable l'avait bientôt enlevée. Dans certaines contrées de l'Allemagne la chose se passait encore au XIX ème siècle, à midi, le jour de la Saint-Jean ; on tirait sur la fougère un coup de fusil ; elle laissait échapper trois gouttes de sang, qu'on recueillait et gardait précieusement, ce qu'on nommait le "sang de fougère".

Issue de la foudre, la fougère dont la graine était jadis recueillie le jour de la Saint-Jean en observant un rituel magique, passait aux yeux des anciens pour protéger du tonnerre, dompter le diable et rendre invisible. Au Moyen-Age, on a pensé qu'elle protégeait les lieux où elle poussait contre le diable, contre le tonnerre et la grêle. Une botte de fougère fraîche attachée au-dessus de la porte garantissait du mal la maison et ses abords aussi loin que le fouet pouvait s'étendre. En Pologne, on croyait que lorsqu'on arrache une fougère et qu'on la brise, il s'élève un orage, sans doute parce que la foudre incorporée en elle est remise en liberté et reprend sa nature. Quant à la graine elle-même, celui qui la possédait avait le diable à ses ordres pour lui apporter tout ce qu'il pouvait souhaiter. Les chasseurs se faisaient ainsi donner la balle infaillible, d'autres l'écu inépuisable. Mais sa principale vertu était de rendre invisible, comme la foudre, d'où elle procédait, devient invisible en rentrant dans le nuage, hors duquel elle s'est manifestée un instant, et une légende de Westphalie, citée par Jacob Grimm, raconte qu'un homme ayant parcouru une prairie à la recherche de son poulain égaré, une graine de fougère pénétra dans son soulier sans qu'il s'en aperçût. En rentrant dans sa maison, il fut étonné de voir que sa femme ni personne n'avait l'air de faire attention à lui ; et comme il se mit à dire : "Je n'ai pas retrouvé le poulain", tous les assistants parurent effrayés comme s'ils eussent entendu ces paroles sans voir personne. Sa femme l'ayant appelé par son nom, il se mit devant elle en répondant :"Que me veux-tu ? Me voici !". Mais l'effroi n'en fut que plus grand. A ce moment, il lui sembla qu'il avait dans son soulier quelque chose comme un grain de sable ; il l'ôta pour le secouer, et aussitôt il redevint visible à tous les yeux.

Le nom populaire de la fougère en Thuringe, irrkraut, "l'herbe qui égare", nous met sur la voie d'une autre superstition : nulle croyance n'est plus répandue dans les districts forestiers de l'Allemagne, de la France et probablement du reste de l'Europe, que celle de l'existence d'une certaine herbe des bois sur laquelle il suffit de marcher pour s'égarer dans les chemins avec lesquels on est le plus familier d'ordinaire. Le nom Thuringien nous prouve que cette herbe est encore la fougère ; et, en effet, on le comprend aisément : ceux qui sont touchés par la foudre, quand ils n'en meurent pas, en restent souvent plus ou moins hébétés. De là les mots qui signifient la stupéfaction en grec, en latin, dans les langues germaniques : angedonnert, at-tonitus, é-tonné. Dès lors, quoi de plus simple que d'attribuer la même action à la plante qui n'est qu'une foudre incorporée ?


Sous la fougère, la racine magique d'Epurge ? La baguette divinatoire trouve des succédanés pour toutes ses fonctions dans certaines fleurs, bleues d'ordinaire et couleur de ciel, dont les croyances primitives attribuaient sans doute la plantation à la foudre. Telle est "l'herbe sans nom" dont il est question dans Pline, et qui, quand on l'enfouit aux quatre coins d'un champ de millet, empêche les oiseaux de le dévaster. Ici elle protège le troupeau contre les loups : ailleurs, au Moyen-age, une jeune fille avait cueilli une fleur inconnue, et tant qu'elle la tenait à la main, elle devinait la pensée de ses parents. C'est aussi une fleur bleue inconnue qu'un berger avait mise à son chapeau, un jour qu'il vit les rochers s'ouvrir devant lui et lui révéler les trésors de la montagne. Il entre, il remplit ses poches, mais il laisse tomber son chapeau. La fleur a beau crier : "Ne m'oubliez pas." Il n'en tient pas compte, et, privé de son talisman, il est chassé au dehors, et la porte de fer de la caverne se ferme brusquement sur lui en le blessant au talon. Le cri de la fleur magique : "Ne m'oubliez pas" est devenu le nom de plusieurs fleurs bleues, telles que la germandrée et surtout le myosotis des marais, auquel on a attribué de nos jours une signification sentimentale qu'il n'avait nullement à l'origine. Ces fleurs magiques qui, comme la baguette divinatoire, ouvrent l'accès des métaux précieux et des trésors souterrains s'appellent "fleurs clefs", "fleurs de fortune".


Comme la fleur de fortune, la racine magique a la vertu de faire sauter les rochers et les murs, de briser les portes et d'écarter les obstacles. Pour se la procurer, on bouche avec un coin de bois le nid qu'un pic vert ou noir s'est creusé dans le tronc d'un arbre, lorsque les jeunes l'habitent encore. L'oiseau, dès qu'il s'en aperçoit, va s'armer de cette racine, que seul il sait trouver et que les hommes chercheraient en vain : il l'apporte à son bec et en touche le coin de bois qui saute aussitôt comme par explosion. Pour s'en emparer, on fait du bruit et l'oiseau effrayé laisse tomber la racine. Une légende prétend qu'elle ne peut être cueillie que la nuit de la Saint-Jean, sous la fougère : jaune et brillante comme une lumière dans les ténèbres, elle n'est pas fixée au sol à la façon des plantes ordinaires : toujours en mouvement, elle fuit devant l'homme mais, celui qui a le bonheur de l'attraper voit tous les murs s'écarter devant lui, et tous les trésors cachés sont à sa disposition. Le plus souvent, c'est une racine d'épurge, mais dans le Berry, c'est l'ophrys mouche qui joue ce rôle, sans doute à cause de sa rareté et de l'étrangeté de son aspect. On l'appelle "herbe du pic" et elle passe pour donner au pic vert la force de percer le chêne avec son bec.

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Selon Angelo de Gubernatis dans le volume 1 de La mythologie des plantes et les légendes du monde végétal (Editions C. Reinwald, 1882),


L'eau lumineuse de la Saint-Jean, comme celle du baptême, est évidemment une eau bienfaisante qui délivre à peu près de tous les maux, une eau de salut. De là la croyance, si répandue parmi toutes les populations chrétiennes, que les herbes sur lesquelles a dû tomber la rosée, recueillies avant l'aurore de la Saint-Jean, ont une vertu médicinale exceptionnelle.

Le jour même de la Saint-Jean, c'est-à dire après le lever du soleil, il serait dangereux de cueillir les herbes. Dans l'Altmark, on prétend qu'en cueillant les herbes après le lever du soleil, le jour de la Saint-Jean, on gagnerait le cancer ; dans le district de Florence, certains paysans apportent dans les églises, pour le faire bénir, un ruban dont ils se ceignent le front, pour se garantir des maux de tête. Toutes les herbes même les mauvaises, les vénéneuses, les malfaisantes, perdent la nuit de la Saint-Jean leur poison et leur pouvoir diaboliques ; toutes sont purifiées par la rosée : il y en a cependant qui excellent parmi toutes les autres, à cause des propriétés extraordinaires qu'elles acquièrent sous la pluie de la rosée de la Saint-Jean. Parmi ces herbes, il faut distinguer spécialement les fougères, l'hypericum et l'armoise.

Nous avons vu grâce à l'édition (entre 1759 et 1798) des conciles retranscrits par Jean Mansi dans Sacrorum conciliorum, nova et amplissima collectio, (tome XXV page 269, canon 82) qu'il est question de la fougère au concile de Ferrare (1612). Un décret défend de cueillir, de couper ou d'extirper des plantes, la nuit de la Saint-Jean. On trouvera dans J.B Thiers, Traité des superstitions etc... 5ème édition (Paris, 1741), I, pp 37, 62 et 73 des indications sur la condamnation portée par d'autres conciles provinciaux ou des règlements diocésains.

En Russie, pendant la nuit qui précède la Saint-Jean, on cherche la fleur de paporotov ou paporotnik. On prétend que la paporotnik fleurit seulement la nuit de la Saint-Jean à l'heure de minuit, et que le mortel heureux qui peut assister à cette floraison verra s'accomplir tous ses souhaits. Cette fleur mystérieuse, en outre, partage avec le noisetier la faculté de découvrir les trésors enfouis dans les profondeurs de la terre et les boeufs égarés ou volés.

En Petite-Russie, on prétend que celui qui parvient à trouver la fleur de fougère acquiert la sagesse suprême. La fougère ne fleurit, dit-on, qu'un instant à minuit, et pour la voir fleurir il faut vaincre le diable lui-même. On conseille ce moyen pour y parvenir : celui qui ose tenter l'entreprise doit choisir la veille de la Saint-Jean, la fougère qu'il veut voir fleurir ; poser auprès la serviette avec laquelle il s'est essuyé le jour de Pâques. Il trace, avec le couteau dont il s'est servi le même jour, un cercle autour de la fougère et de lui-même. A neuf heures du soir, le diable essaie d'épouvanter le chrétien, en jetant des pierres, des arbres, et d'autres objets très lourds. On exhorte le chrétien à tenir bon, à ne pas s'effrayer, à ne pas lâcher-prise, puisque le diable ne pourra jamais entrer dans le cercle magique tracé avec le couteau sacré. A l'heure de minuit la fougère fleurit, et sa fleur tombe sur la serviette, que le chrétien doit à l'instant même plier et cacher dans son sein. Cet homme heureux connaîtra, grâce à la fleur de fougère, le présent et l'avenir et découvrira les trésors ensevelis et les boeufs égarés.

[...] Evidemment, cette fleur de fougère est la foudre ou le soleil lui-même qui apporte la lumière en déchirant le nuage, la caverne ténébreuse.

Selon le même auteur dans le volume 2 de La mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, les anciens attribuaient déjà à la fougère des propriétés médicinales extraordinaires.


D'après Apulée dans "De Virtutibus Herbarum" , elle était remède infaillible contre les blessures, la sciatique, l'hypocondrie et autres maladies. Mais la fougère est surtout une plante sacrée selon les croyances populaires celtiques, germaniques et slaves. J'emprunte à un livre de M. Brueyre "Contes populaires de la Grande-Bretagne" la note suivante : "La tradition relative à la semence de fougère est universellement répandue, et pendant le Moyen-Age, au temps où fleurissait la sorcellerie, on lui attribuait le pouvoir de résister à tous les charmes magiques. Les vertus de l'herbe d'or en Bretagne sont semblables ; celui qui la touche de son pied entend aussitôt et distinctement le gazouillement des oiseaux. Le point difficile, il est vrai, est de se procurer ces merveilleuses herbes ; l'époque la plus propice est, à ce qu'il paraît, la nuit de la Saint-Jean, mais il faut être pieds nus, en chemise et se trouver en état de grâce : "Je me souviens, dit James Bowet, d'avoir entendu raconter par quelqu'un qui avait récolté de la graine de fougère que, pendant tout le temps de ses recherches, les esprits frôlaient continuellement ses oreilles et sifflaient comme des balles, lui renversant son chapeau et le heurtant par tout le corps; à la fin, quand il crut avoir récolté en quantité suffisante la bienheureuse semence, il ouvrit la boîte et la trouva vide. Le diable, évidemment, lui avait joué ce tour."

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Dans le conte populaire anglais "Le Fairy devenu veuf", la jeune Jenny s'engage à servir pendant un an et un jour un roi magicien étranger, en appliquant un baiser sur la feuille de fougère qu'elle tient à la main. Dans le premier volume, nous avons déjà fait mention de l'herbe qui égare ! Nous apprenons encore par Nork "Sitten und Gebräuche der Deutschen" (Stuttgart,1849) qu'en Allemagne, l'herbe censée égarer les voyageurs qui ne la remarquent pas la nuit de la Saint-Jean, est la fougère. On prétend que, la nuit de la Saint-Jean, la fougère laisse tomber sa graine ; celui qui la possède devient invisible, mais, si on passe devant elle sans la remarquer, on s'égare, même sur le chemin le plus connu. C'est pourquoi, dans la Thuringe, on appelle la fougère "Irrkraut". Celui qui la voit au moment où elle fleurit ou pendant qu'elle laisse tomber sa graine, non seulement se rend invisible, mais, durant cette invisibilité, il apprend tous les secrets et obtient le don de prophétie. Shakespeare, dans Henri IV fait dire à l'un de ses personnages : "Nous avons cueilli la graine de fougère ; dès lors nous marchons invisibles". En Allemagne, on appelle aussi la fougère "Walpurgiskrant". On prétend que, dans la Walpurgisnacht, les sorcières se servent de cette plante pour se rendre invisibles. En Lombardie existe encore, au sujet de la fougère, une croyance populaire qui se rattache, sans doute, aux superstitions germaniques. Les sorcières, dit-on, aiment particulièrement la fougère ; elles en cueillent pour s'en frotter les mains, lorsque la grêle tombe, en la tournant du côté où la grêle paraît plus épaisse rapporte Chérubini dans "Superstizioni popolari dell' altocontado milanese" (Rivista Europea de Milan, 1847).

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Dans un chant populaire bulgare (recueil de M. Dozon ; Paris, 1875), que l'on donne à apprendre pour exercer la mémoire, on lit :


"J'ai semé la fougère menue au bord du Danube, afin que la fougère fructifiât ; la fougère ne fructifia point ; j'allumai un grand feu, pour que le feu brûlât la fougère, pour que la fougère fructifiât etc...". La princesse Marie Galitzin Prazorovskaïa me communique, au sujet de la fougère "poporotnik", la note suivante, qu'elle tient d'un paysan de la Grande-Russie : "La nuit de la Saint-Jean, avant minuit, avec une serviette blanche, une croix, l'évangile, un verre d'eau et une montre, on va dans la forêt, à l'endroit où pousse la fougère. On trace avec la croix un grand cercle, on étend la serviette sur laquelle on place la croix, l'évangile, le verre d'eau et on regarde la montre. A l'heure de minuit, la fougère doit fleurir ; on regarde attentivement. Celui qui a la chance de voir cette floraison voit en même temps une foule d'autres choses merveilleuses, par exemple, trois soleils, une lumière complète qui dévoile tous les objets, même les plus cachés. On entend rire, on se sent appelé. Devant de pareils spectacles, il ne faut pas s'effrayer : si on demeure tranquille, on apprendra tout ce qui arrive dans le monde et tout ce qui pourra encore arriver."

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Je trouve des renseignements analogues dans le livre déjà cité de Markevic "Obyc'oi povierya kuhnya i napitki Malorossian" (Kiev, 1860).


La fougère fleurit la nuit de la Saint-Jean, à minuit, et chasse tous les esprits immondes. La fougère fait pousser d'abord des boutons qui s'agitent, s'ouvrent et se changent en fleur d'un rouge sombre. A minuit, la fleur s'ouvre entièrement et illumine tout ce qui l'entoure. Mais à ce moment même, le démon la détache de la tige. Qui désire se procurer cette fleur, doit se rendre à la forêt avant minuit et se placer près de la fougère, en traçant un cercle autour d'elle. Lorsque le diable s'approche et appelle, en feignant la voix d'un parent, d'une fiancée..., il ne faut pas l'écouter, ni tourner la tête ; si on la tourne, elle restera tournée. Celui qui parvient à s'emparer de la fleur n'a plus rien à craindre ; par elle, il pourra retrouver des trésors, devenir invisible, dominer sur la terre et sur l'eau, braver le diable. Pour trouver un trésor, on jette la fleur en l'air ; si elle tourne comme une étoile au-dessus du sol jusqu'à ce qu'elle tombe perpendiculairement sur le même endroit, cela prouve que là se cache un trésor. Il n'y a pas de doute qu'ici la fougère joue le rôle de plante solaire, et qu'elle représente tout spécialement le soleil tournant sur lui-même au solstice d'été.

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Selon Véronique Barrau et Richard Ely dans Les Plantes des fées et des autres esprits de la nature ((Éditions Plume de Carotte, Collection Terra curiosa, 2014), les fougères sont considérées comme des "plantes à présents".


Feuilles défensives : Les habitants des pays slaves appréhendaient les mauvais tours de la Kikimora, un esprit domestique d'une grande laideur, aux cheveux longs et détachés.

Dans la province de Novgorod, on disait qu'elle n'apparaissait que durant les fêtes de Noël mais la plupart des Russes la pensaient active toute l'année, ce qu'ils regrettaient parfois amèrement. Car autant cet être peut se montrer zélé pour faire le ménage dans les demeures, autant il peut tout mettre sens dessus dessous. Un moyen à la fois simple et efficace de contrer cette enquiquineuse consiste à laver tous les pots et tasses de la maison avec une décoction de fougère ramassée en forêt.

Cette plante était également réputée pour préserver les hommes des mauvaises intentions des sorciers et autres êtres maléfiques. Les Girondais tapissaient le sol de leur entrée avec ces végétaux. En Franche-Comté, il fallait dès l'aube communier et ne plus rien avaler pour aller cueillir une fougère mâle avant que les rayons du soleil ne l'effleurent. Pour être efficace, ce talisman devait être toujours porté sur soi.


De belles surprises : En été, les paysans travaillant dans les champs avaient coutume de mettre au frais leur déjeuner dans une haie ou un buisson touffu. Dans le Cotentin, on raconte qu'un repas composé de pain, de beurre et de cidre avait ainsi été déposé dans un coin de fougères. Alors que chacun s'activait à glaner le lin, on entendit une voix féminine sortir de terre pour annoncer que le four était chaud. Comprenant qu'elle avait affaire à une fée, une campagnarde lui demanda si elle leur donnerait une galette mais n'obtint aucune réponse. Quand les paysans allèrent chercher leur repas au milieu des fougères, ils trouvèrent près de leurs provisions un grand mouchoir blanc qui enveloppait une appétissante galette, du beurre frais dans un petit pot et un couteau. Les cadeaux de la fée furent grandement appréciés et quand le déjeuner fut achevé, on rangea les ustensiles dans le tissu avant de reposer le tout dans les fougères. Plus tard, tous les objets laissés avaient disparus. Mais si c'est un trésor que l'on cherche, il faut se rendre seul et à minuit pile près de grandes osmondes royales. Quand le silence est total, un lutin apparaît parfois pour offrir une bourse emplie de pièces d'or. Au XVIIe siècle, les Anglais parcouraient les campagnes de nuit pour se poster face à de telles concentrations de plantes. Là, ils attendaient fébriles et "gueusaient la fougère" comme l'on disait. Hélas, le chant des oiseaux nocturnes contrecarrait bien souvent les chances de se voir attribuer un tel trésor...


Combat annuel : Au temps de Shakespeare, une tradition stipulait que la fougère-aigle fleurissait et fructifiait durant la nuit précédant le solstice d'été. Cette graine magique réputée pour donner l'invisibilité à celui qui la portait attirait de nombreuses convoitises, aussi bien chez les humains que chez le Petit Peuple. On dit que les fées, sous les ordres de leur reine Mab, luttaient contre les esprits démoniaques pour acquérir ces précieuses semences."

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D'après Véronique Barrau, auteure de Plantes porte-bonheur (Éditions Plume de carotte, 2012) : La fougère aigle représente un "petit bonheur des bois".


Protection rapprochée : Les écrits rapportant les superstitions et traditions liées aux fougères précisent rarement l"espèce utilisée. La plupart des faits rapportés ici concernent néanmoins la Fougère-Aigle, appelée aussi Fougère impériale. Cette espèce doit son nom à la silhouette se profilant au cœur des tissus végétaux à la base de frondes ou de rhizomes coupés transversalement. Cette figure représente la forme de l'aigle communément dessiné sur les blasons héraldiques. On conseillait jadis de sélectionner un morceau de rhizome sur lequel apparaissait clairement l'apparence de l'oiseau et de l'étaler au rouleau afin d'agrandir la figure au maximum. Fixée sur la porte d'une maison, cette partie végétale constituait un e amulette efficace contre les malveillances extérieures. Les fougères, dans un sens plus large, passent pour apporter leur protection à celui qui en connaît les vertus. Avoir de telles plantes chez soi détournerait les ennemis tandis q'une jonchée de fougères tapissant le seuil de sa maison passait en Gironde pour écarter les sorciers.


Merveilles du solstice d'été : Selon une croyance communément admise, la nuit de la Saint-Jean pourvoirait les fougères impériales de propriétés magiques. Il faut courir les champs et les forêts avant le solstice et se tenir prêt à assister à l'incroyable prodige se déroulant à minuit : la sortie de terre d'une graine de fougère et la naissance d'une fleur éphémère au cœur de chaque plant. Les chercheurs de trésor menaient leurs investigations en jetant cette fleur en l'air. Si elle tournoyait sur elle-même avant de retomber perpendiculairement au sol, pour sûr, un magot était enterré à cet endroit précis. La semence prélevée durant cette nuit de la Saint-Jean détient elle aussi des vertus exceptionnelles. Son détenteur n'aura plus de souci de santé, d'argent ni d'amour et ne sera plus inquiété par les esprits malfaisants. Il gagnera à tous les jeux et, cerise sur le gâteau, il pourra se rendre invisible à tout moment ! L'acquisition de cette merveilleuses graine doit néanmoins s'accompagner de prudence.

En Touraine, les habitants de Courçay emportaient toujours avec eux un linge et des cierges bénits afin de ne pas être poursuivis par des démons ou écrasés par un chêne.


Même pas du pied gauche : Les fougères sont des plantes qui ne souffrent pas d'être écrasés sous nos pieds. Tout promeneur ayant marché par mégarde sur la plante doit s'attendre à ne plus retrouver son chemin. Une croyance plus inquiétante met en garde les femmes enceintes de réaliser le même délit, elles pourraient souffrir d'une fausse couche !


Une lourde contrepartie : Pour accéder à la richesse, les Polonais peuvent apposer une fleur de fougère cueillie durant la nuit de la Saint-Jean sur leur cœur. Mais en réalisant cet acte, ils acceptent implicitement de donner leur âme au diable."

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Contes et légendes :


Fleur de fougère

Conte tzigane de Pologne


Les roulottes se sont arrêtées à l'orée d'un grand bois. La nuit tombe, donnant aux arbres d'étranges silhouettes, quelque peu inquiétantes. Keja, pourtant, n'éprouve aucune frayeur. Au contraire même, on dirait que toutes ces ombres noires l'attirent, l'appellent.

Keja, la petite tzigane, ne peut résister. Elle se lève et s'écarte doucement du feu tout rouge dont les flammes lèchent l'immense chaudron noir où cuit la soupe d'ortie et de viande. Personne ne fait attention à elle.

La fillette s'engage sur un sentier étroit. Les branches feuillues forment au-dessus de sa tête une voûte mouvante, mais non, décidément, la peur n'occupe aucune place dans son esprit léger.

Elle va, marchant sur un tapis de mousse où ses pieds nus s'enfoncent, sans penser à rien, heureuse simplement de ce calme profond autour d'elle.


Mais voilà qu'au pied d'un sapin, à quelques pas, malgré l'obscurité, elle aperçoit une ombre. Regardant mieux, elle devine une femme, vêtue de noir. Elle s'en approche sans hésiter :

- Grand-mère, dit-elle que vous arrive-t-il ? Avez-vous besoin de quelque chose ?

Un visage se tourne lentement, un visage blême et des yeux noirs, profonds, perçants la contemplent, tandis qu'une fine bouche esquisse un semblant de sourire.

- Merci, Keja dit la vieille femme, je n'ai besoin de rien.

La fillette troublée veut s'excuser, reculer, mais la vieille femme reprend :

- Tu as bon coeur, petite tzigane. Pour te remercier, comme je suis une sorcière, je vais te mettre sur le chemin de la fleur de fougère.

- De... de la fleur de fougère ?

- Oui petite, oui ! La fleur de fougère est une fleur enchantée ; qui la cueille connaît la richesse, son avenir et celui de tous les hommes. Cette robe trouée que tu portes, bientôt tu pourras la jeter. Tu vivras couverte de soie et d'or.

Keja ne répond rien, émerveillée. La sorcière tend son bras décharné.

- Va par là, tout droit, sans reculer. Tu entendras sans doute un serpent se dresser devant toi et siffler. Ne détourne pas tes yeux et passe sans peur.

- Un serpent ?

- Ensuite, tu apercevras un château merveilleux. Par les fenêtres ouvertes des cuisines te parviendront les odeurs suaves d'un festin ; par celles des salons, la musique joyeuse d'un bal, des rires. Passe vite alors, Keja, passe vite !

- Un château ?

- Enfin, tu entendras le galop d'un cheval ; son cavalier, beau et fier, tendra vers toi un bouquet de roses. Baisse la tête et sauve-toi !

- Un cavalier ?

- Alors tu verras la fleur de fougère. Bonne chance Keja !

La petite tzigane veut parler, demander des précisions sans doute ; seulement elle reste bouche bée. Il n'y a plus personne sous le sapin, la sorcière a disparu. Keja hésite puis se décide :

- J'irai !

Et elle va. Epines et cailloux remplacent bientôt la mousse du chemin. Qu'importe, elle va. Et puis un sifflement horrible se fait entendre. Keja frissonne, apercevant devant elle une tête de vipère énorme, ondulante, la langue pointée, prête à frapper. Elle avance, fixant la bête qui recule. Elle passe.

Les branches l'accrochent au passage, déchirant encore davantage ses pauvres vêtements, l'égratignant jusqu'au sang mais elle n'y prête pas attention.

Et le château annoncé paraît, plus merveilleux encore qu'on ne pouvait l'imaginer, avec ses odeurs de viandes délicates et sa musique, plus enivrante que celle d'un violon tzigane pleurant et riant à la fois une nuit de la saint-Jean.

Elle court, elle court la petite tzigane, droit devant elle, pour ne pas céder à la tentation de la gourmandise, de la joie, de la danse.

Un cheval qui hennit ! Keja s'arrête. Elle pense : "Beau cavalier, je ne te regarderai pas, j'ai beau en mourir d'envie. Mais le coeur d'une luludji n'est pas pour un étranger !"

- Sauve-toi fillette, sauve-toi ! Les hennissements du coursier s'assourdissent, se perdent, disparaissent. Keja, tu es bientôt au bout de tes peines. Elle ne peut retenir un cri de saisissement : la fleur de fougère est là, devant elle, une fleur de fougère délicate, fascinante, scintillante telle un diamant. Les rayons de lune jouent sur ses facettes innombrables. Keja tend la main et puis, soudain, s'arrête, la gorge nouée, le corps tremblant : "Qu'allais-tu faire Keja ? se dit-elle. Qu'allais-tu faire ? Pourquoi cueillir cette fleur ? Quel bonheur t'attend donc ? A quoi bon l'or, la soie, les richesses. Connaître l'avenir, alors ? Le tien, celui des autres ? Connaître à l'avance les joies ? Tout prévoir, ne rien deviner ? Plus de surprise, plus de découverte, rien de nouveau à voir, à sentir, à éprouver ? Mais quelle est cette vie, Keja, que tu te prépares ? Es-tu folle ?

Qu'importent la faim et la soif, les incertitudes du moment qui vient, l'orage qui s'apprête dans le ciel, les cailloux pointus du chemin, les épines dans les pieds nus. Keja se met à rire et rebrousse chemin, vers les roulottes, sans cueillir la fleur de fougère.

Mille ans de contes tziganes de Poldavie

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La légende de Rahi

Légende Maori de Nouvelle-Zélande


La femme de Rahi était très belle : elle s'appelait Ti Ara.

Un jour, une tribu ennemie arriva d'une lointaine région montagneuse, et kidnappa Ti Ara. Pendant l'enlèvement de Ti Ara, le sorcier de la tribu ennemie jeta un sort sur les forêts d'alentour : la végétation devint dense et impénétrable pour que personne ne puisse suivre les ravisseurs.

Rahi était déterminé à retrouver Ti Ara. Avec l'aide de sa famille et de sa tribu, il construisit un grand cerf-volant nommé Manu Tangata. Avant de partir à la recherche de sa femme, Rahi prépara plusieurs sacs remplis de grands oeufs de Moa pour se nourrir pendant son voyage.

Tawhirimatea, le dieu du vent se mit à souffler très fort et Rahi et son cerf-volant s'envolèrent au-dessus de la forêt, avant d'atterrir en douceur au milieu de la brousse.

Lors de son enlèvement, Ti Ara avait replié, tout le long du chemin, sans se faire voir, le bout des feuilles vertes de fougères, faisant apparaître le dessous argenté de la feuille, et traçant ainsi une piste argentée que Rahi pourrait suivre.

Quand les ravisseurs de Ti Ara se rendirent compte que Rahi approchait, le sorcier jeta un autre sort : un soleil d'une chaleur écrasante apparut dans le ciel. C'était la sœur de Ra, le soleil principal. La forêt verdoyante se dessécha aussitôt. Les feuilles mortes, tombant comme de la neige, recouvrirent le sol. Puis un grand vent se leva et fit disparaître ce qui restait de la forêt. A sa place il n'y eut plus qu'un grand désert de sable.

Entouré par le désert, ayant perdu sa piste argentée, Rahi ne savait plus quelle direction prendre. Très vite il se sentit complètement déshydraté par la chaleur caniculaire. Il aperçut un grand rocher jaune et s'approcha pour se mettre sous son ombre...


Remerciements à George Barrett pour cette légende de Rahi dont les aventures se poursuivent sans l'aide de la fougère pulvérisée par le sorcier jeteur de sorts.

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Les bœufs égarés

Conte de Petite-Russie et d'ailleurs


La veille de la Saint-Jean, un paysan constate que ses bœufs se sont échappés du pré où il les avait mis à pâturer.

Il part à leur recherche en suivant leurs traces et arrive bientôt dans la forêt.

La nuit vient, la brume s'étend, il ne distingue rien parmi les silhouettes sombres des arbres.

En marchant, il passe près d'une fougère à l'instant même où elle fleurit et la fleur tombe dans l'un de ses souliers sans qu'il s'en rende compte. C'est immédiat, il voit tout.

La nuit a beau être tombée depuis longtemps, il distingue parmi les arbres aussi clairement qu'au grand jour et même plus, il distingue l'invisible. Il pourrait comprendre le babillage des plantes mais il est trop préoccupé par ses bêtes pour s'intéresser à ce qu'elles se disent.

Il continue à avancer car il sait, sans qu'il s'en étonne, où trouver ses bœufs. Quelques instants plus tard, il les voit brouter paisiblement sans se soucier le moins du monde de la situation. Il les attache et revient sur ses pas en les tirant derrière lui.

Le chemin pour rentrer chez lui longe une colline verte que les Anciens nomment le Tertre des fées. Au travers de l'herbe, de la terre et des rochers, il distingue une lueur dorée, que de source sûre, il sait être un trésor caché. Quelle aubaine ! Il se dit : "Je porte mes bœufs à l'étable, prends un outil et reviens tirer ce trésor de son oubli !"

Une fois les bœufs bien au chaud, il déclare à sa femme qu'il veut repartir pour découvrir un trésor qu'il sait où trouver.

- "Change de bas !" lui dit sa femme, voyant qu'il avait des bas humides.

C'est le conseil du diable qu'Il écoute. Il ôte ses souliers et la fleur de fougère tombe sur le sol.

Il sort et se retrouve sur le chemin, les yeux dans les étoiles, vaguement hébété.

- "Mais pourquoi donc suis-je dehors, à cette heure si tardive et avec une pioche à la main ?"

Il a tout oublié, il ne voit plus que ce que les autres voient, il a perdu la fleur magique.


Il existe de nombreuses variantes de ce conte dans toute l'Europe.

Conte rapporté par Angelo de Gubernatis dans La mythologie des plantes ou les légendes du monde végétal.

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De belles surprises

Légende du Cotentin


En été, les paysans travaillant dans les champs avaient coutume de mettre au frais leur déjeuner dans une haie ou un buisson touffu.

Un repas composé de pain, de beurre et de cidre avait ainsi été déposé dans un coin de fougères.

Alors que chacun s'activait à glaner le lin, on entendit une voix féminine sortir de terre pour annoncer que le four était chaud. Comprenant qu'elle avait à faire à une fée, une campagnarde lui demanda si elle leur donnerait une galette mais n'obtint aucune réponse.

Quand les paysans allèrent chercher leur repas au milieu des fougères, ils trouvèrent près de leurs provisions un grand mouchoir blanc qui enveloppait une appétissante galette, du beurre frais dans un petit pot et un couteau.

Les cadeaux de la fée furent grandement appréciés et quand le déjeuner fut achevé, on rangea les ustensiles dans le tissu avant de reposer le tout dans les fougères. Plus tard, tous les objets laissés avaient disparu.

Mais si c'est un trésor que l'on cherche, il faut se rendre seul à minuit pile près des grandes osmondes royales. Quand le silence est total, un lutin apparaît parfois pour offrir une bourse remplie de pièces d'or.

Au XVII ème siècle, les Anglais parcouraient les campagnes de nuit pour se poster face à de telles concentrations de plantes. Là, ils attendaient fébriles et "gueusaient la fougère" comme l'on disait. Hélas, le chant des oiseaux nocturnes contrecarrait bien souvent les chances de se voir attribuer un tel trésor...


Véronique Barrau et Richard Ely dans Les plantes des fées et des autres esprits de la nature

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Roman :


Dans "La nuit de Kupala", Nikolaï Gogol s'inspire de la célébration traditionnelle des peuples slaves célébrée au solstice d'été. Un jeune homme découvre la fabuleuse fleur de fougère...



Poèmes :

Les fougères


Ô forêt, toi qui vis passer bien des amants

Le long de tes sentiers, sous tes profonds feuillages,

Confidente des jeux, des cris, des serments,

Témoin à qui les âmes avouaient leurs orages.


Ô forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus

Un jour d'été fouler tes mousses et tes herbes,

Car ils ont trouvé là des baisers ingénus

Couleur de feuilles, couleur d'écorces, couleur de rêves.


Ô forêt, tu fus bonne, en laissant le désir

Fleurir, ardente fleur, au sein de ta verdure

L'ombre devint plus fraîche : un frisson de plaisir

Enchanta les deux cœurs et toute la nature.


Ô forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus

Un jour d'été fouler tes herbes solitaires

Et contempler, distraits, tes arbres ingénus

Et le pâle océan de tes vertes fougères.


Rémy de Gourmont, Divertissements (1912)

"La mort des fougères"


L'âme des fougères s'envole :

Plus de lézards entre les buis !

Et sur l'étang froid comme un puits

Plus de libellule frivole !


La feuille tourne et devient folle,

L'herbe songe aux bluets enfuis.

L'âme des fougères s'envole :

Plus de lézards entre les buis !


Les oiseaux perdent la parole,

Et par les jours et par les nuits,

Sur l'aile du vent plein d'ennuis,

Dans l'espace qui se désole

L'âme des fougères s'envole.


Maurice Rollinat, Les névroses (1917)

Rhum des fougères


De sous les fougères et leurs belles fillettes ai-je la perspective du Brésil ?


Ni bois pour construction, ni stères d'allumettes : des espèces de feuilles entassées par terre qu'un vieux rhum mouille.


En pousse, des tiges à pulsations brèves, des vierges prodiges sans tuteurs : une vaste saoulerie de palmes ayant perdu tout contrôle qui cachent deux tiers chacune du ciel.


Francis Ponge, "Rhum des fougères" in Le Parti pris des choses, Gallimard, 1942.

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Une évocation toute en légèreté de Christian Bobin dans Le Plâtrier siffleur (revue Canopée n°10, février 2012, Nature et Découvertes, Actes Sud ; Éditions Poésis, 2018) :


Contempler est une manière de prendre soin. C'est casser tout ce qui en nous ressemble à une avidité, mais aussi à un projet. Regarder et s'émouvoir de l'absence de différence entre ce qui est en face et nous. J'ai là sous les yeux, dans cette forêt, quelque chose qui est beaucoup plus riche que tout ce qu'un musée ne pourra jamais s'offrir. Dans l'ordre, un peu de mousse, un peu plus loin des ronces, une fougère que le soleil traverse comme un vitrail. Cette fougère est sainte par sa mortalité, par sa fragilité, par le fait qu'elle va connaître le dépérissement. Que faire de mieux que de saluer ceux qui sont dans le passage avec nous ? Ce serait beau de bâtir toute une conversation autour de cette fougère... Le monde est rempli de visions qui attendent des yeux. Les présences sont là, mais ce qui manque ce sont nos yeux. Qui la voit cette petite fougère prise dans une branche épineuse ? Le vent la connaît, le vent lui parle.

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