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  • Anne

Le Cerisier



Étymologie :

  • CERISIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1165 « arbre » (Gautier d'Arras, Eracle, éd. E. Löseth, Paris, 1890, v. 4236 : Un cerisier ot fait planter) ; 2. 1832 (Karr, loc. cit.). Dér. de cerise* ; suff. -ier*. Lat. médiév. ceresarius (viiie s., Capitulare de villis in Capitularia regum Francorum 32, 70 ds Mittellat. W. s.v., 475, 53).

  • CERISE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1190 (J. Bodel, Chanson des Saisnes, XXIII ds Gdf. Compl.). Du lat. vulg. *cerĕsia « id. » neutre plur. considéré comme fém. sing., du b. lat. ceresium neutre sing. (1re moitié vie s. Anthimus. ds André Bot., s.v. cerasium), var. apophonique de cerasium (Columelle ds TLL s.v., 854, 29), empr. au gr. κ ε ρ α ́ σ ι ο ν « cerise » lui-même dér. de κ ε ́ ρ α σ ο ς (ou κ ε ρ α σ ο ́ ς) « cerisier ».


Lire aussi les définitions de cerise et cerisier.


Autres noms : Prunus avium ; Célisier ; Cérier ; Corizé ; Crézié ; Galefrogneu ; Sirié.

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de la Cerise :

Nous sommes en 73 avant Jésus-Christ. Le consul romain Lucius Licinius Lucullus vient de défaire le puissant roi du Pont (Asie Mineure), Mithridate VI, dit le Grand, et le peuple de Rome lui réserve un triomphe. Il rapporte de son séjour en Asie Mineure un énorme butin et vit à Rome dans un luxe opulent. Brillant orateur, ami de Cicéron et de Caton, sa table est réputée comme l'une des meilleures de Rome. Un jour qu'il ne reçoit personne et que son cuisinier lui a préparé un repas moins abondant et moins raffiné que d'ordinaire, il a à son endroit ce mot demeuré célèbre : « Aujourd'hui, Lucullus dîne chez Lucullus » - expression encore utilisée de nos jours pour qualifier un repas intime mais particulièrement somptueux.

A son retour, selon une tradition bien établie, Licinius Lucullus a rapporté dans ses bagages le cerisier. Celui-ci proviendrait de la ville de Cérasonte, en Asie Mineure, d'où il tirerait son nom. Tout donne à penser que c'est l'inverse qui se produisit et que Cérasonte est redevable de son nom à l'abondance de ses cerisiers... Quant à l'étymologie exacte du mot, on se perd en conjectures, car il poussait déjà des cerisiers en Grèce, en Italie et en Gaule bien avant la victoire de Lucullus, lequel aurait simplement rapporté une variété à fruits plus gros et plus savoureux. En fait, le terme cerasus viendrait d'un mot sanskrit, karaza, voulant dire : « Quel jus ! Quelle saveur ! » A moins que le terme grec cerasum ne dérive du cerax qui signifie « corne », « kératine », par allusion aux cerises à chair dure.

La floraison des cerisiers à fleurs - cerisiers stériles - est l'un des spectacles les plus prisés au Japon. Ces fleurs représentent la pureté, emblème de l'idéal chevaleresque. Quant à la cerise, elle symbolise la vocation du samouraï et a vie guerrière à laquelle celui-ci doit se préparer.

En Europe, diverses espèces de cerisiers sont répandues, comme le cerisier des oiseaux (Prunus avium) et le cerisier commun (Prunus cerasus). Le premier est indigène dans nos forêts ; c'est le merisier. [...] Le second semble originaire de l'Asie du Sud-ouest. Il est cultivé dans toute l'Europe, où il s'est largement naturalisé. Ses fruits sont rouges et acides : c'est le cerisier aigre. Par sélections et hybridations, ces deux espèces ont donné naissance à tous les cerisiers cultivés. On en connaît aujourd'hui environ six cents variétés que l'on rassemble en trois sous-groupes : les guignes, les bigarreaux et les griottes. Les guigniers sont des arbres élevés à fruits assez gros, en forme de cœur, à chair ille et très douce, le plus souvent noirs ou rouge foncé. Les bigarreautiers sont des arbres plus grands que les guigniers ; leurs fruits sont gros, à chair ferme et croquante, de couleur claire, vieil ivoire ou rouge tendre. Quant aux griottiers, ce sont des arbres plus petits à cime arrondie, produisant des fruits couramment appelés cerises aigres ; il est préférable de les cueillir assez tard, lorsque leur robe passe du rouge vif au rouge brun.

Les cerises sont botaniquement apparentées aux prunes, d'où leur appartenance au genre Prunus. La fleur possède un réceptacle en coupe, d'où partent les sépales, les pétales et les étamines. Au fond de la coupe, un ovaire unique constitue le pistil. Après la fécondation, cet ovaire grossit tandis que toute la fleur tombe, y compris la coupe, ne laissant aucune trace à l'extrémité du pédoncule porteur de fruit. Habile manière de conserver le bébé en jetant l'eau du bain !

Le caractère commun à tous les Prunus est la présence de glandes bien visibles sur le pétiole des feuilles, là où il s'imbrique dans le limbe. Mais, à l'inverse des autres Prunus, les cerisiers se caractérisent par la longueur de leur pédoncule - de leur « queue » -, ce qui les distingue des pruniers au pédoncule toujours nettement plus court. Ce sont précisément ces queues de cerise qu'on utilise en infusion, car elles possèdent de puissantes propriétés diurétiques.

« Mais il est bien court, le temps des cerises ! » dit la chanson. De fait, la durée de commercialisation s'étend de la fin du mois de mai à début juillet ; les cerises arrivent alors brutalement sur le marché et, bien souvent, leur prix s'effondre, d'où de grandes quantités laissées sur les arbres à la discrétion des oiseaux, attirés par cette pulpe juteuse. Ce sont eux qui, depuis les temps les plus reculés, ont dispersé le cerisier de par le monde.

[...] Les cerises sont un aliment peu calorique et assez pauvre en vitamines. Elles contiennent surtout du lévulose ; aussi peut-on les recommander aux diabétiques réfractaires au glucose. Elles sont également conseillées aux arthritiques dans la mesure où elles facilitent l'élimination de l'acide urique.

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D'après Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; traduction française Albin Michel 2018),


"Tous les fruits, y compris ceux que nous ne jugeons pas comestibles, sont produits pour conserver les graines et, en principe, attirer les animaux. S'en nourrir équivaut, dans la plupart des cas, à manger aussi ces graines et à les emporter loin de la plante qui les a engendrées, pour les expulser ailleurs. Et c'est là une des manières les plus efficaces de garantir leur propagation.

Dans les pays à climat tempéré comme dans ceux à climat tropical, les convoyeurs sont souvent des oiseaux. Prenons, pour comprendre comment les plantes communiquent avec eux, l'exemple du cerisier. Au moment de la pollinisation, il produit des fleurs d'une belle couleur blanche qui semble faire exprès - et d'ailleurs elle l'est ! - pour attirer les abeilles, mises ainsi en mesure de bien le voir et de rejoindre plus facilement ses fleurs. En revanche, elles ne perçoivent pas le rouge, et ce n'est de fait pas pour elles que les cerises prennent cette teinte, mais cette fois pour attirer les oiseaux. Le rouge ressort en effet très bien au milieu des feuillages, même de loin, et il est donc facile à repérer pour un oiseau en vol.


Aguiché par cette couleur séduisante, il identifiera et mangera le fruit avec toutes ses graines avant de reprendre son voyage. Puis, à un moment donné, quelque part ailleurs, il les évacuera dans ses selles, qui constituent de plus un excellent fertilisant. Outre son efficacité, ce système de transport se révèle avantageux à la fois pour le végétal, qui a dispersé ses graines loin de la plante mère, et pour l'animal, qui s'est nourri du fruit. Notons aussi que les cerises deviennent rouges uniquement lorsque leurs graines sont mûres et qu'elles restent vertes en attendant, c'est-à-dire d'une couleur qui les dissimule au milieu des feuillages et les rend presque invisibles aux oiseaux."

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Histoires d'arbre :


Découvrir l'épisode de la série d'Arte qui nous rend familier, tout en les individualisant, des arbres merveilleux.

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Usages traditionnels :


Paul Sébillot, auteur de Additions aux Coutumes, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (Éditeur Lafolye, janv. 1892) relève des traditions liées à la vue humaine :


Pour savoir où l'on a son amoureux, on serre entre les doigts un noyau de cerise, et après avoir chanté la petite formulette qui suit, on le fait partir ; du côté où il va se trouve la personne aimée :


Pépin par ci,

Pépin par là,

Où le pépin ira,

La bonne amie sera.

 

Selon Lionel Hignard et Biosphoto, auteurs de Fabuleuses histoires de graines (Éditions Belin, 2011),


"On a retrouvé un noyau de cerise dans lequel 185 visages ont été sculptés : une pièce unique, visible au musée de Dresde, en Allemagne."

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Historique des empoisonnements relatifs à l'acide cyabhydrique :


Nicolas Simon, dans une thèse intitulée Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les végétaux et soutenue à la faculté de pharmacie de Nancy, (Sciences pharmaceutiques. 2003. ffhal-01732872f) nous rappelle la dangerosité de plantes que l'on juge souvent inoffensives :


Les plantes contenant le plus d'acide cyanhydrique appartiennent à la famille des Rosaceae qui regroupe des plantes plus que familières telles que le pêcher, le cerisier, le pommier, l'abricotier, le prunier ou l'amandier. Ces plantes, nous les connaissons bien et nous croyons tous qu'elles ne peuvent pas nous faire de mal. Et pourtant les noyaux de leurs fruits contiennent en quantité non négligeable un des poisons les plus toxiques et les plus foudroyants que l'Homme ait jamais découvert: le cyanure.

Les funestes effets de l'acide cyanhydrique étaient connus depuis l'Antiquité: ce sont eux que les prêtres égyptiens utilisaient, après avoir extrait l'acide de la pêche, pour punir les initiés qui avaient trahi les secrets de l'art sacré, et selon la coutume juive et égyptienne, les « eaux amères », prédécesseurs de l'eau de laurier-cerise, de l'essence d'amandes amères et même du kirsch, servaient au châtiment des femmes adultères sans laisser la moindre trace dans son cadavre. Nous avons vu précédemment que Britannicus aurait visiblement succombé sous l'effet du cyanure.

C'est en 1709 que le philosophe allemand Conrad Dissel, se piquant d'alchimie, prépara le bleu de Prusse. Puis, en 1782, partant de ce produit, le suédois Charles Guillaume Scheele, l'un des fondateurs de la chimie organique, en isola un acide qui reçut le nom d'acide prussique. Il garda ce nom jusqu'en 1814 après que Louis Gay-Lussac ait obtenu la molécule d'acide cyanhydrique à l'état pur et son précurseur, le cyanogène.

On dit que le scientifique suédois fut la première victime de sa trouvaille puisqu'il mourut subitement dans son laboratoire en 1786. Un chimiste autrichien, Schlaringen, serait mort d'avoir laissé trop longtemps de l'acide prussique au contact de son bras nu.

Ce poison si toxique, nous pouvons le trouver tous les jours à portée de main: écrasez un noyau de cerise ou un pépin de pomme et vous sentirez une odeur d'essence d'amande amère caractéristique de l'acide cyanhydrique que vous venez de produire par hydrolyse. Mais pour ressentir le moindre début d'intoxication, il faudrait ingurgiter une quantité considérable de noyaux. En revanche, le danger peut rapidement venir de l'amande ; il existe deux types d'amandier, l'un produisant les amandes douces (Prunus amygdalus var. dulcis) et l'autre, les amandes amères (Prunus amygdalus var. amara). L'amertume des amandes de cette deuxième variété est due à la présence d'un hétéroside cyanogénétique (c'est-à-dire qui produit du cyanure) : l'amygdaloside. Une centaine de grammes d'amandes amères constituerait une dose létale pour l'homme et cinq à six amandes suffiraient à provoquer la mort d'un enfant. Et il faut savoir qu'il n'est pas rare de trouver quelques amandes amères dans un lot d'amandes douces, d'où un nombre important d'intoxications parfois fatales.

[...] De par sa rapidité d'action, c'était autrefois le moyen favori de suicide des photographes, chimistes, médecins (qui en disposaient toujours dans leurs laboratoires), mais aussi des espions, tombés aux mains de l'ennemi, qui se supprimaient grâce à une capsule de cyanure cachée dans une dent creuse.

Citons l'histoire d'Alan M. Turing (1912-1954), qui fut l'un des plus grands génies du 20ème siècle. Premier théoricien de l'informatique, il formalise les notions qui vont permettre à celle-ci et à J'intelligence artificielle de se développer (machine de Turing, test de Turing ... ). Au service de l'armée britannique pendant la seconde guerre mondiale, il vient à bout du cryptage des messages nazis en perçant les secrets de la machine Enigma, procurant un avantage stratégique inestimable aux Alliés. Mais pendant la guerre froide, il fut persécuté par l' administration britannique pour son homosexualité et il fut condamné à la castration chimique. Il mit fin à ses jours le 7 juin 1954, en croquant dans une pomme qu'il avait imprégnée de cyanure. Plusieurs années plus tard, trois jeunes américains fondent une société d'informatique promise à un grand avenir, qu'ils baptisent Apple et prennent pour logo une petite pomme entamée, aux couleurs de l'arc-en-ciel. Beaucoup, dans le milieu étroit de l'informatique naissante des années 70, y reconnaîtront un hommage au destin tragique du père fondateur de l'informatique.


Des années sombres : L'acide cyanhydrique connut une de ses heures de gloire lors de la première guerre mondiale, en effet, l'acide prussique fut l'un des nombreux gaz de combat utilisés sur les champs de bataille pendant cette guerre, souvent associé au phosgène. Les spécialistes français, qui croyaient beaucoup aux vertus militaires de l'acide cyanhydrique, l'utilisèrent de façon massive dans des projectiles d'artillerie à partir de 1917. Mais cet acide a aussi connu une période plus trouble, plus dévastatrice et surtout plus honteuse dans l'Histoire : c'est lui qui était le composant principal du Zyklon B. Les nazis s' aperçurent que ce gaz, initialement utilisé comme insecticide, était d'une toxicité sans égale et pouvait se révéler l'outil idéal dans leur immense projet de purification ethnique. Les premières chambres à gaz à Zyklon B furent installées en 1941 à Auschwitz. Au début, elles pouvaient permettre de gazer près de neuf cent personnes entassées à plus de dix par mètres carrés en une seule opération.

Le témoignage suivant nous est rapporté par R. Vrba et F. Wetzler, rescapés d'Auschwitz :


« Pour persuader les malheureux qu'on les conduit vraiment au bain, deux hommes vêtus de blanc leur remettent à chacun un linge de toilette et un morceau de savon. Puis on les pousse dans la chambre des gaz C. Deux mille personnes peuvent y rentrer, mais chacun ne dispose strictement que de la place pour tenir debout. Pour parvenir à parquer cette masse dans la salle, on tire des coups de feu répétés afin d'obliger les gens qui y ont déjà pénétré à se serrer. Quand tout le monde est à l'intérieur, on verrouille la lourde porte. On attend quelques minutes, probablement pour que la température dans la chambre puisse atteindre un certain degré, puis des SS revêtus de masques à gaz montent sur le toit, ouvrent les fenêtres et lancent à l'intérieur le contenu de quelques boîtes de fer blanc : une préparation en forme de poudre. Les boîtes portent l'inscription "Cyklon" (insecticide), elles sont fabriquées à Hambourg. Il s'agit probablement d'un composé de cyanure, qui devient gazeux à une certaine température. En trois minutes, tous les occupants de la salle sont tués. »


Le poison fut responsable, dans les camps de la mort, d'un nombre incalculable mais sûrement gigantesque de victimes innocentes. La «solution finale» des nazis a permis au poison de prendre subitement une autre dimension: il était auparavant l'outil d'un homme qui voulait supprimer un autre homme; avec les camps de la honte il devient un outil de mort industriel, un outil d'extermination de masse. C'est cette facette du poison qui perdurera jusqu'à nos jours et qui continuera encore longtemps après nous. Et ne l'oublions pas, ce sont d'innocentes plantes qui ont servi de base à cette industrie de mort.

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Symbolisme :


Louise Cortambert et Louis-Aimé. Martin, auteurs de Le langage des fleurs. (Société belge de librairie, 1842) évoquent rapidement le symbolisme du cerisier :


CERISIER - BONNE ÉDUCATION.

On croit ordinairement que le Cerisier, originaire de Cérasonte, ville du royaume de Pont, a été apporté à Rome par Lucullus ; cependant nos forêts ont toujours produit naturellement différentes espèces de Merisiers qui ne demandent qu'une bonne éducation pour changer leurs fruits secs et amers en ces baies charmantes qui font l'ornement de nos campagnes, celui de nos desserts et surtout la joie du peuple et des petits enfants.

 

Dans Les Fleurs naturelles : traité sur l'art de composer les couronnes, les parures, les bouquets, etc., de tous genres pour bals et soirées suivi du langage des fleurs (Auto-édition, Paris, 1847) Jules Lachaume établit les correspondances entre les fleurs et les sentiments humains :


Cerisier - Bonne éducation.

Le cerisier est l’arbre qui répond le mieux aux soins de l’arboriculteur par la greffe, qui est une véritable éducation pour les végétaux.

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Dans son Traité du langage symbolique, emblématique et religieux des Fleurs (Paris, 1855), l'abbé Casimir Magnat propose une version catholique des équivalences symboliques entre plantes et sentiments :


CERISIER – ÉDUCATION. -

Celui qui instruit son fils scra loué à cause de lui et se glorifiera dans son fils au milieu de ses proches. Celui qui instruitson fils excitera la jalousie de ses ennemis et il sera fier de lui au milieu de ses amis. Ainsi un père meurt et il ne semble pas mort car il a laissé un homme semblable à lui.

Ecclésiastes. XXX, 2-4 .

Les premières chaleurs de l'été se font déjà sentir, et déjà brille, suspendue aux branches en globe de pourpre, la cerise rafraîchissante. Qu'il est vraiment beau le spectacle qui s'offre à nos yeux dans cette longue suite de fruits délicieux qui se succèdent pendant la plus belle, la plus riche saison de l'année ! Admirable dans toutes ses parties, l'agriculture ne l'est pas moins dans cette industrie qui a conduit l'homme à réunir autour de lui ces fruits nombreux répandus dans les différentes parties du globe et à les choisir tels, qu'ils puissent former une série non interrompue, à partir du printemps jusque dans l'automne.

Pline dit que le Cerisier est originaire de l'Asie et que ce fut Lucullus qui, au retour de ses campagnes, l'apporta du royaume de Pont en Italie, l'an de Rome 680 et que dans l'espace de cent vingt ans il se propagea au-delà des mers jusque dans la Grande-Bretagne. Il était commun particulièrement à Cérasonte, d'où le nom de Cerusus, Cerisier. Le Cerisier croit encore aujourd'hui sur les bords de la mer Noire d'après ce que rapporte Tournefort dans son voyage du Levant. « La campagne de Cérasonte, dit-il, nous parait fort belle pour herboriser. Ce sont des collines couvertes de bois ou les cerisiers naissent d'eux-mêmes. » Quoi qu'il en soit de cette découverte, nous devons ajouter que nos forêts ont toujours produit naturellement différentes espèces de merisier qui ne demandent qu'une bonne éducation pour changer leurs fruits secs et amers en ces baies charmantes qui font l'orne ment de nos campagnes, celui de nos desserts et surtout la joie du peuple et des petits enfants.

DU CERISIER.

La nature ne pouvait faire à l'homme, dans la saison brûlante de l'été, un don plus précieux que les cerises. Leur jus rafraichissant coule avec délices dans les organes altérés ; sa saveur, d'une acidité agréable, corrige l'âcreté des humeurs et prévient les incommodités occasionnées par les grandes chaleurs. Ce fruit est si abondant, qu'on peut en conserver une partie pour l'hiver, soit en faisant sécher au soleil où à la chaleur modérée d'un four les cerises de meilleures qualités, soit en les mettant dans l'eau-de-vie. On les confit encore au sucre; on en fait des compotes , des marmelades, des confitures. Il en cst qui en font un vin agréable à boire , mais qui se conserve peu. C'est encore avec les cerises , surtout avec la grosse cerise noire, que l'on fait ce ratafia de Grenoble si renommé. Par la distillation de ces mêmes fruits, on obtient une liqueur spiritueuse, une sorte d'eau-de-vie connue sous le nom de Kirsh-Waser dont le commerce est d'un grand produit. Une petite cerise acide, qu'on appelle marasca en Italie, fournit une autre liqueur spiritueuse qu'on nomme marasquin, beaucoup plus douce et plus agréable au goût que la précédente. Dans certains cantons de la Suisse, les habitants font sécher beaucoup de cerises, pour les manger dans des soupes au pain, pendant l'hiver et le printemps.

Le bois du cerisier est d'un rouge assez beau , mais qui ne se sou tient pas; cette couleur se rembrunit; on en fait des meubles. Le bois du merisier lui est préférable ; il est dur, pesant, d'une couleur rousse foncé approchant de celle de l'acajou ; il est fort recherché par les tourneurs, les ébénistes, les menuisiers. On fait avec les jeunes branches des échalas pour les vignes et des cercles de tonneaux. Les luthiers s'en servent pour les instruments de musique, parce qu'il est sonore. Pour donner au bois de cerisier ou de merisier une couleur d'un rouge brun durable, on le met tremper pendant vingt-quatre heures dans de l'eau de chaux et on le polit après l'avoir fait sécher. Les plus gros arbres sont employés en bois de charpente et en planches. Ce bois est très bon pour le chauffage, il donne beaucoup de chaleur et fournit de bons charbons. Il découle d'entre les fentes de l'écorce une gomme douce et nourrissante qui diffère de la gomme arabique en ce qu'elle ne fait que se gonfler dans l'eau sans s'y dissoudre, elle est moins transparente et moins blanche.

Dans la partie septentrionale du département des Hautes-Pyrénées, qui s'étend en plaine, on suit à peu près à l'égard de la vigne, l'usage à de l'Italie ; on la marie à un arbre, mais ce n'est pas l'ormeau qu'on lui choisit pour époux, c'est le cerisier ; aussi, par une belle matinée de printemps, transportez-vous sur l'un des coteaux qui bordent cette plaine au levant et au couchant et dites nous si vous avez vu un spectacle qui surpasse en magnificence celui qui s'offre devant vous ; c'est un océan de fleurs que pardessus la douce verdure des pampres, fait mollement onduler une légère brise, et qui, se combinant avec la rosée, reflète les rayons du soleil d'une manière éblouissante. Plus tard, la décoration change, et lorsque, sous l'influence de cet astre bienfaisant, les fruits se sont colorés, c'est une étendue immense de girandoles de jais et de rubis, qui se balancent au-dessus d'un sol tout couvert de légumineuses ou de céréales de tout genre ; car dans ce beau pays la plupart des terres sont à la fois champ, vigne et verger, on pourrait ajouter taillis ; car les cerisiers qui soutiennent la vigne sont émondés tous les ans ; tous les ans aussi on arrache les vieux et ces deux opérations procurent d'excellents bois de chauffage. On réserve la plus grosse souche pour la nuit de Noël ; la veille de cette fête, à peine le soleil a-t-il disparu, que cette souche est placée au fond du foyer avec une sorte de solennité. Le chef de la famille y met le feu, et sur le champ la flamme s'élève en pétillant, claire, brillante, pure comme la lumière qui vint apprendre au monde le divin Enfant qui naquit dans cette nuit mémorable. Aïeul, aïeule, père, mère, enfants, sont rangés en cercle dans la cheminée aux larges flancs, chantant à l'unisson de vieux Noëls, composés dans l'idiome naïf du pays. Bientôt le son de la cloche lointaine se fait entendre ; tous se lèvent avec empressement, à l'exception du grand-père ou de la grand-mère infirme, dont on prend congé en l'embrassant, et qui garde le coin du feu, priant le bon Jésus pour ses bons petits-fils et préparant le réveillon qui doit les régaler au retour. Cependant, vers l'Eglise, bâtie sur le point culminant d'une colline, s'acheminent nos pèlerins, toujours chantant, à la lueur d'une torche formée de l'écorce de cerisier, roulée en spirale à l'extrémité d'une longue perche. Cette torche est pour eux ce que l'étoile fut pour les mages. Dans ces heureuses contrées, le cerisier le dispute au noyer, à l'acajou même, pour la menuiserie et la marqueterie. Il a dans sa couleur, quelque chose de gai, qu'offrent rarement les bois que le luxe fait venir de si loin à grands frais. Aussi est-il le bois favori dont la nouvelle mariée fait confectionner l'armoire ou sera déposée sa parure de noces, pour n'en plus sortir qu'aux fêtes les plus solennelles.

On célèbre à Hambourg la Fête des Cerises. Des chœurs d'enfants parcourent les rues, tenant en mains des rameaux verts, chargés de cerises. Voici l'origine de cette fête : En 1432, les Hussites marchaient contre la ville de Hambourg, dans l'intention de la détruire de fond en comble. Un citoyen, nommé Wolf, proposa d'envoyer aux ennemis une députation d'enfants de sept à quatorze ans, enveloppés dans des draps mortuaires. Le spectacle de ces êtres innocents, qui, commençant la vie, venaient à lui couverts des insignes de la mort, surprit et toucha le chef des Hussites, Procope Nassus. Il embrassa ces jeunes suppliants, les régala avec des cerises, leur promit d'épargner la ville et tint parole.


RÉFLEXIONS.

Voulez-vous avoir un fils obéissant, élevez-le de bonne heure dans la crainte du Seigneur. Et n'est ce pas une chose ridicule d'avoir tant de soins de l'envoyer au collège pour y apprendre les lettres et de négliger de l'instruire de la loi de Dieu.

(SAINT CHRYSOSTOME, Omélies.)

La première éducation apprend à soumettre l'instinct de la volonté, et cette espèce d'instruction est commune à l'homme et aux animaux, mais le but de la seconde est purement moral : celle-ci apprend à réprimer les passions, elle doit commencer de bonne heure et se prolonger dans la vie. Ceux qui en ont profité sont les sages.

(Le Duc de Lévis.)

 

Emma Faucon, dans Le Langage des fleurs (Théodore Lefèvre Éditeur, 1860) s'inspire de ses prédécesseurs pour proposer le symbolisme des plantes qu'elle étudie :


Cerisier - Bonne éducation.

Le cerisier est l'arbre qui répond le mieux aux soins de l'arboriculteur. Ce fut le préteur Lucullus, aussi célèbre par sa gastronomie que par ses richesses immenses, qui , en revenant de l'Asie-Mineure, l'apporta à Rome vers l'an 680 avant J.-C.

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Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean chevalier et Alain Gheerbrant,


"La cerise est le symbole de la vocation guerrière du Samouraï japonais et du destin auquel il doit se préparer : rompre la pulpe rouge de la cerise pour atteindre le dur noyau ou, en d'autres termes, faire le sacrifice du sang et de la chair, pour arriver à la pierre angulaire de la personne humaine. (Les Samouraïs) avaient pris pour emblème la fleur de cerisier tournée vers le soleil levant, symbole de la dévotion de leurs vies. La garde des sabres était ornée de cerises, un autre symbole de la recherche de l'Invisible par la voie intérieure, le Vitriol des initiations occidentales.

La floraison des cerisiers qui est l'un des spectacles naturels les plus prisés au Japon - et qui représente effectivement l'une des manifestations les plus attachantes qui soient de la beauté à l'état pur - ne relève pas seulement d'un esthétisme gratuit, comme pourrait le laisser supposer le fait que les cerisiers à fleurs du Japon sont des arbres stériles.

La fleur de sakura est un symbole de pureté, et c'est la raison pour laquelle elle est l’emblème du bushi, de l'idéal chevaleresque. Aux cérémonies de mariage, le thé est remplacé par une infusion de fleurs de cerisier qui sont, dans ce cas, un symbole de bonheur.

Il faut aussi remarquer que la floraison de la variété la plus connue de sakura coïncide avec l'équinoxe de printemps : c'est l'occasion de réjouissances et de cérémonies religieuses, dont le but est de favoriser et de protéger les récoltes. La floraison des cerisiers préfigurerait en effet celle du riz et donnerait donc, par les dimensions de sa générosité et par sa durée, une indication sur la richesse des récoltes à venir. Elle est en tout cas, on le voit, l'image de la prospérité et de la félicité de l'existence terrestre, qui sont en fait, même lorsqu'on ne l'aperçoit pas immédiatement, des préfigurations de la béatitude intemporelle.

La fleur de cerisier, éphémère et fragile, bientôt emportée par le vent, symbolise aussi au Japon une mort idéale, détachée des biens de ce monde, et la précarité de l'existence.


De définir l'esprit du Japon,

Je dirai Fleur du Cerisier montagnard

Embaumant sous le soleil du matin

(Motoori Norinaga mort en 1801)."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Cerisier (Prunus avium) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Amour ; Divination.


Utilisation magique : Le Cerisier a longtemps été utilisé pour attirer ou pour stimuler l'amour. Voici un charme japonais très simple et très beau destiné à cette intention : attachez une mèche de vos cheveux à un cerisier en fleur...

En revanche, le charme d'amour suivant est beaucoup plus compliqué et il fait partie de ces rituels difficilement réalisables qui faisaient le renom des anciennes recettes : réunissez autant de noyaux de Cerises que vous comptez d'années. Percez chaque nuit un trou dans un des noyaux en commençant par la nuit de la nouvelle lune. Ne percez aucun trou pendant la décroissance. Cela signifie qu'en un mois, vous ne pouvez percer que quatorze noyaux. Lorsque vous avez fini de percer, attendez jusqu'à la prochaine nouvelle lune. Enfilez les noyaux sur un fil de couleur rouge ou rose, puis attachez l'ensemble chaque nuit, et pour quatorze nuits, autour de votre genou gauche. Dormez ainsi et retirez les noyaux chaque matin. Cette méthode vous permettra de trouver un époux ou une épouse.

Pour savoir combien de temps il vous reste à vivre, tournez autour d'un Cerisier chargé de fruits mûrs, puis secouez l'arbre. Le nombre de Cerises tombées représente le nombre d'années que vous avez encore à vivre. (Il est conseillé de secouer l'arbre violemment...)

Le jus de Cerise peut remplacer le sang de souris, mais pas celui de huppe.

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Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente de nous expliquer la délicatesse de ce qu'il appelle l'âme japonaise (au sens de ce que Rudolf Steiner appelle l'âme des peuples) à travers des coutumes ancestrales difficiles à appréhender pour des Occidentaux modernes :


"Rien n'est plus naïf que l'âme des Japonais et des Japonaises. Dans aucun autre pays on ne voit, je pense, des trains de plaisir organisés pour aller entendre le rossignol de minuit (hototogisu), contempler les cerisiers en fleurs, ou la première neige de l'automne qui pare les montagnes. [....]

Le Nippon est connu comme étant la terre préférée des cerisiers. En effet, aucun autre pays n'en possède autant, surtout en ce qui concerne les cerisiers à fleurs. Il était naturel que voyant es beaux arbres à l'état sauvage dans les montagnes et les forêts, les Nippons pensent à les acclimater dans les jardins. Les variétés domestiques ont été souvent plantées aux alentours des temples et sur le bord des routes. Chose curieuse le feuillage n'a pas pour tous les arbres la même couleur. Certains sont au début d'un brun pâle, d'autres légèrement rosés, d'autres d'un vert pâle tirant sur le jaune. Les fleurs sont le plus souvent tout à fait blanches comme la neige ou teintées de rose.

Au VIIIème siècle furent plantés beaucoup de cerisiers à fleurs sur l'ordre du Mikado. Dès le XVIIème le célèbre Taiko Hideyoshi organisait des " fleurs-vues-parties " à Yoshinoyama où se rendaient beaucoup de samouraï, de généraux et de capitaines aussi bien que des lettrés et des artistes. C'est un fait remarquable au Japon que les grands hommes de guerre ont tous beaucoup aimé les fleurs. L'amiral Togo qui est mort récemment ne faisait pas exception à cette règle.

Aujourd'hui, les sites célèbres de cerisiers sont classés et protégés par la loi. On les considère comme des richesses nationales.

L'espèce la plus commune de cerisiers est le yama-sakura ou cerisier des montagnes. On le trouve un peu partout au Nippon, au sud comme au nord. Celui à fleurs blanches peut atteindre de très grandes dimensions et vit fréquemment sept à huit siècles. Les bourgeons des feuilles éclatent au printemps presque en même temps que les boutons, ce qui produit une harmonie de blancs, de verts, de jaunes et de bruns inimitable. Beaucoup d'estampes anciennes ont conservé le souvenir des plus merveilleux. Les amateurs d'autrefois s'évertuaient à les copier chaque printemps.

Le beni-yama-sakura est une autre varié de cerisier des montagnes qui se caractérise par l'adhérence particulière des bractées de ses fleurs et de ses feuilles, et le brun foncé de son écorce. On en trouve beaucoup dans les provinces du centre et du nord du Nippon.

Ensuite vient le sato-sakura ou cerisier domestique. Autrefois ils étaient cantonnés dans les jardins, mais ils se sont tellement répandus au cours des siècles qu'on en trouve maintenant un peu partout. Leurs fleurs simples ou doubles sont plus grandes que celles des cerisiers des montagnes. Elles sont blanches, ou rosées, ou pourpres, rarement jaunâtres ou verdâtres. La forme des branches est aussi très variable. Dans certaines espèces elles poussent presque droites, dans d'autres elles retombent comme celles des saules pleureurs.

Les variétés les plus connues sont itiyô, kwanzan et fugenzô.

La première est aimée pour le rose changeant de ses fleurs qui deviennent de lus en plus blanches à mesure que le printemps avance. La deuxième est une variété à branches retombantes. Du milieu de la fleur sortent deux petites feuilles vertes ce qui est d'un effet très élégant.

Le cerisier somei-yohino est d'origine très récente. Il a fait son apparition à Tokio au début de l'ère Meiji (1868). C'est un produit de la science des jardiniers nippons. En conséquence il a une croissance très rapides, mais reste toujours délicat. Il présente cette particularité que les feuilles n'apparaissent que lorsque les fleurs sont complètement formées. On a ainsi pendant quelques jours le spectacle d'arbres couverts de nuages de neige sans mélange d'autres couleurs.

Les cerisiers d'équinoxe, hugan-sakura, atteignent de grandes dimensions. Ce sont des cerisiers géants qui vivent des siècles. Une variété qu'on rencontre autour des temples est à branches retombantes.

Enfin on peut citer parmi les autres variétés répandues de cerisiers : le fuji-sakura qu'on trouve en abondance sur les pentes du Fuji-yama, le tyosi-sakura dont les feuilles sont dentelées et dont le calice est en forme de clou, le cerisier rouge d'hiver, et le cerisier des quatre saisons qui fleurit plusieurs fois par an. "

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Au Japon, la cerise est un fruit d'une grande beauté symbolique. Elle représente la vocation du guerrier ou du héros. Le cerisier lui-même, dont la floraison est si belle dans l'Empire du soleil levant est un symbole de pureté, de prospérité et de félicité passagères, terrestres, qui préfigurent celles que l'homme connaîtra pour l'éternité après sa mort.

En France, si l'arbre à cerises - importé par l'empereur Lucullus en 74 avant Jésus-Christ, d'Asie Mineure à Rome, avant de fleurir en Bretagne puis dans d'autres régions - était évidemment très apprécié pour son fruit délicieux, il n'avait pas une aussi belle figuration symbolique qu'au Japon, peut-être, dans ce dernier cas, à cause de ses origines lointaines.

Quoi qu'il en soit, quand, au Japon, la fleur et le fruit du cerisier sont des symboles de bonheur, chez nous ils sont la marque du démon et du sang.

Ainsi, l'apparition de cerises dans un rêve a souvent été considérée comme l'annonce d'une mort. Cependant, comme nous l'avons fréquemment souligné, il ne s'agit pas de mort physique mais symbolique : la fin d'une situation, d'une relation, d'une période de sa vie, par exemple. Pourtant, qui, en en cueillant ou en en mangeant, n'a pas accroché autour de ses oreilles deux cerises suspendues par une tige commune, sans savoir que, par ce geste, il invoquait l'amour sous sa forme la plus pure ? En effet, porter des cerises à ses oreilles est un symbole d'union charnelle, mais aussi et surtout de vocation spirituelle."

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Diana Cooper, auteure du Guide des archanges dans le monde animal (édition originale 2007 ; traduction française : Éditions Contre-dires, 2018) nous délivre un :


Message des arbres :

Nous venons du cœur de Dieu. Nous n'avons rien

à apprendre et beaucoup à offrir. Nous avons été ensemencés

sur la Terre pour le bien du règne humain et animal, incluant

les oiseaux et les insectes, et pour nourrir la planète elle-même,

physiquement, émotionnellement et spirituellement. Nous

diffusons l'amour et la guérison pour vous.


Les arbres fruitiers : Cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers et autres

Ces jolis arbres qui fleurissent apportent amour joie et pureté. Qui n'est pas tombé en admiration devant une allée bordée de cerisiers à fleurs roses ou un verger de pommiers en fleur ? Notre cœur en est exalté. Ils apportent aussi l'abondance et déclenchent la gratitude en nous. Et, à notre tour, notre gratitude attire plus d'abondance de l'univers.


VISUALISATION POUR AIDER LES ARBRES

  1. Aménagez un espace où vous pourrez vous détendre sans être dérangé.

  2. Faites appel à l'archange Purlimiek, l'ange de la nature, et sentez sa belle énergie vert-bleu.

  3. Permettez à n'importe quel arbre d'apparaître dans votre esprit.

  4. Bénissez-le et remerciez-le d'être venu vers vous.

  5. Demandez au rayon doré du Christ de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  6. Demandez au feu lilas de la Source de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  7. Demandez à l'énergie protectrice bleu foncé de l'archange Michaël de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  8. Demandez à la lumière aigue-marine de la sagesse féminine divine de l'ange Marie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  9. Demandez à la lumière argentée de l'archange Sandalphon de l'équilibre et de l'harmonie de se déverser dans l'arbre et de se répandre à travers ses racines.

  10. Prenez un moment pour invoquer toutes les énergies qui vous attirent et voyez-les se déverser dans l'arbre.

  11. Imaginez les couleurs qui s'écoulent d'une racine à l'autre en connectant le réseau d'arbres et en dynamisant les lignes ley.

  12. Ouvrez les yeux ensachant que vous avez aidé les arbres.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le cerisier (Prunus avium) : "C'est un arbre dont les fleurs blanches sont spectaculaires au printemps ; les Japonais considèrent d'ailleurs, cette période de floraison comme un événement national.

Propriétés médicinales : Les queues de cerise sont un diurétique bien connu, ; elles favorisent aussi la perte de poids. Elles se prennent en infusion.


Genre : Masculin.


Déités : Vénus - Aphrodite - Rowan.


Propriétés magiques : Amour - Divination.


Applications : (pour attirer l'amour dans votre vie, et ce, pour très longtemps)


SORTILÈGE JAPONAIS POUR ATTIRER L'AMOUR : Il suffit de nouer une mèche de vos cheveux à une branche de cerisier en fleurs. En principe, vous devriez connaître l'amour avant la fin de la saison de floraison.


SORTILÈGE POUR ATTIRER UN CONJOINT

Ce dont vous avez besoin :

  • autant de noyaux de cerises que votre âge

  • une cordelette rouge (ou un brin de laine)

  • une chandelle rose

  • de l'encens de cerise

Rituel : Ramassez autant de noyaux de cerises que l'âge que vous avez. Dans un premier temps, faites un trou au milieu de chacun d'eux. Mettez-les de côté jusqu'à la nouvelle lune. Au moment de celle-ci, à la lueur d'une chandelle rose et en faisant brûler de l'encens de cerise, enfilez vos noyaux sur une corde rouge ou rose, et nouez celle-ci autour de votre genou gauche. Dorez avec cette corde autour du genou pendant 14 nuits consécutives et enlevez-la chaque matin pour la placer sous votre oreiller.

Dans les 30 jours qui suivent ce rituel, vous devriez trouver un conjoint.

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Doreen Virtue et Robert Reeves proposent dans leur ouvrage intitulé Thérapie par les fleurs (Hay / House / Inc., 2013 ; Éditions Exergue, 2014) une approche résolument spirituelle du Cerisier :

Nom botanique : Prunus spp.


Propriétés énergétiques : Favorise les histoires d'amour ; renforce les relations ; révèle les intentions de votre partenaire ; suscite la grâce, le calme et le civisme ; incite à la prudence.


Archanges correspondants : Haniel et Jophiel.


Chakras correspondants : chakra du cœur.


Propriétés curatives : Les fleurs de cerisier apportent l'amour et la grâce. Elles s'assurent que vous soyez toujours détendu et que vous vous exprimiez avec clarté et authenticité. Vous n'avez aucunement besoin de dénigrer votre énergie, car il est important d'être fidèle à vous-même. En présence de cette fleur, vous agirez toujours avec authenticité.

Se rencontrer près d'un cerisier est très favorable pour une éventuelle histoire d'amour. En effet, celui-ci vous permet de voir le véritable potentiel de la relation et de profiter sereinement de cette expérience. Vous pouvez planter un cerisier dans votre jardin pour vous protéger des alliances qui ne vous seraient pas favorables.


Message du Cerisier : « Vous savez qu'il n'est pas utile d'agir de façon inappropriée ou enfantine. Ensemble, nous pouvons vous sortir de la situation actuelle et éviter de l'envenimer. Vous vous comporterez toujours avec élégance, car je vous aiderai toujours à agir calmement et convenablement, tout en conservant votre authenticité.»

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Sylvie Verbois, auteure de Les arbres guérisseurs : Leurs symboles, leurs propriétés et leurs bienfaits (Éditions Eyrolles, 2018) transcrit le message que lui inspirent les arbres :

Mot-clé : Guérir des blessures intérieures.

Élément : Terre ; Feu.

Émotion : Peur ; Colère.


Vénéré pour ma beauté, mes fleurs et mes fruit si délicieux, j'offre à votre cœur blessé mon cœur rouge et juteux pour vous enrichir d'amour. Je vous ramène en vie tout en douceur et en fraîcheur. Je saigne, laissant s'écouler les souvenances passées, la lourdeur des réminiscences. Je soulage vos reins de la pesanteur des appréhensions. Je suis l'arbre aux sentiments, et les sentiments amoureux, je ne les connais que trop bien. Buvez une infusion de mes fleurs de cerisier et vous connaîtrez le bonheur. N'oubliez pas d'attacher une mèche de cheveux à une de mes branches en fleurs, votre amour sera infini, car je suis vie éternelle. Mes fruits sont fruits de la promesse, de la pureté, de la prévenance et de la bienveillance, accompagnant votre cœur à délivrer le bonheur enfoui en vous.

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Symbolisme alimentaire :


Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :




Mythes et légendes :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),


CERISIER. Le docteur Mannhardt nous a fait connaître une foule de superstitions populaires slaves et germaniques qui se rapportent au cerisier ; d’après ces superstitions, le cerisier semble être considéré le plus souvent comme un arbre sinistre. Les anciens Lithuaniens croyaient que le démon Kirnis était le gardien du cerisier. Les démons allemands et danois se cachent souvent dans les vieux cerisiers, et causent du dommage à ceux qui en approchent. C’est par 81 copeaux de bois de cerisier que les Slaves tâchent de deviner si on est délivré des vers, ou des blanches gens (biale ludzie) ; on les jette sur l’eau : s’ils surnagent, les vers n’y sont pas ; s’ils enfoncent, c’est une preuve infaillible, dit-on, que les vers existent. Les copeaux semblent donc symboliser ici les vers, êtres diaboliques qui se cachent dans le corps humain. Théodosius Marcellus Burdigalensis, au IVe siècle, donnait cette recette contre la hernie (ramex) : « Si puero ramex descenderit, cerasum novellam radicibus suis stantem mediam findito, ita ut per plagam puer trajici possit, ac rursus arbusculum conjunge et fimo bubulo aliisque fomentis obline, quo facilius in se quae scissa sunt coeant ; quanto autem celerius arbusculum coaluerit et cicatricem duxerit, tanto citius ramex pueri sanabitur. » Les Albanais brûlent des branches de cerisier la nuit du 23 au 24 décembre, la nuit du 1er et la nuit du 6 janvier, c’est-à-dire dans les trois nuits consacrées au nouveau soleil, et on garde les cendres de ces branches pour en féconder la vigne. On dirait que, par cet acte, ils brûlent les démons cachés dans l’arbre qui empêchaient la végétation. Dans le Nivernais, les amoureux placent une branche de cerisier ou de pêcher devant la porte de leurs belles la nuit qui précède le 1er mai ; ailleurs, on suspend des branches de cerisier à la maison des femmes impudiques. Les proverbes allemands, français et de la haute Italie conseillent au peuple de ne pas manger les cerises avec les riches, parce qu’ils choisissent les plus mûres, ou font pis encore : mangent la partie charnue et jettent à leurs convives le noyau ou la queue. Dans une énigme populaire, que l’on entend à Ponte-Lagoscuro, près de Ferrare, les cerises sont représentées comme des chevaliers :

Alto, allo bel panier ;

Sento mita cavalier

Con la testa insanghenà ;

Mi ghel digh, nessun el sa.


En haut, en haut, un beau panier ; on y voit cent mille chevaliers, dont la tête est ensanglantée ; je vous le dis personne ne le sait.

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Contes et légendes :


Dans la collection de contes et légendes du monde entier collectés par les éditions Gründ, il y a un volume consacré exclusivement aux fleurs qui s'intitule en français Les plus belles légendes de fleurs (1992 tant pour l'édition originale que pour l'édition française). Le texte original est de Vratislav St'ovicek et l'adaptation française de Dagmar Doppia. L'ouvrage est conçu comme une réunion de fleurs qui se racontent les unes après les autres leur histoire ; la fleur du Cerisier raconte la sienne dans un conte venu du Japon et intitulé tout naturellement "Le conte du Sakura" :


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Littérature :


Cerisier


Te voici devenu, Comme ce fut rêvé,

Rien que cette blancheur Effrayant l'horizon,

Rien que la fiancée Préparée pour les noces.

Qui te prendra ? Qui doit venir ?

Eugène Guillevic

 

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Le Cerisier

Je pense quelquefois que si j'écris encore, c'est, ou ce devrait être avant tout pour rassembler les fragments, plus ou moins lumineux et probants, d'une joie dont on serait tenté de croire qu'elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. Qu'un peu de cette poussière s'allume dans un regard, c'est sans doute ce qui nous trouble, nous enchante ou nous égare le plus ; mais c'est, tout bien réfléchi, moins étrange que de surprendre son éclat, ou le reflet de cet éclat fragmenté, dans la nature. Du moins ces reflets auront-ils été pour moi l'origine de bien des rêveries, pas toujours absolument infertiles.

Cette fois, il s'agissait d'un cerisier ; non pas d'un cerisier en fleurs, qui nous parle un langage limpide ; mais d'un cerisier chargé de fruits, aperçu un soir de juin, de l'autre côté d'un grand champ de blé. C'était une fois de plus comme si quelqu'un était apparu là-bas et vous parlait, mais sans vous parler, sans vous faire aucun signe ; quelqu'un, ou plutôt quelque chose, et une « chose belle » certes ; mais, alors que, s'il s'était agi d'une figure humaine, d'une promeneuse, à ma joie se fussent mêlés du trouble et le besoin, bientôt, de courir à elle, de la rejoindre, d'abord incapable de parler, et pas seulement pour avoir trop couru, puis de l'écouter, de répondre, de la prendre au filet de mes paroles ou de me prendre à celui des siennes - et eût commencé, avec un peu de chance, une tout autre histoire, dans un mélange, plus ou moins stable, de lumière et d'ombre, alors qu'une nouvelle histoire d'amour eût commencé là comme un nouveau ruisseau né d'une source neuve, au printemps pour ce cerisier, je n'éprouvais nul désir de le rejoindre, de le conquérir, de le posséder ; ou plutôt : c'était fait, j’avais été rejoint, conquis, je n'avais absolument rien à attendre, à demander de plus ; il s'agissait d'une autre espèce d'histoire, de rencontre, de parole. Plus difficile encore à saisir.

Le sûr, c'est que ce même cerisier, extrait, abstrait de son lieu, ne m'aurait pas dit grand-chose, pas la même chose en tout cas. Non plus si Je l'avais surpris à un autre moment du jour. Peut-être aussi serait-il resté muet, si j'avais voulu le chercher, l'interroger. [...]

J'essaie de me rappeler de mon mieux, et d'abord, que c'était le soir, assez tard même, longtemps après le coucher du soleil, à cette heure où la lumière se prolonge au-delà de ce qu'on espérait, avant que l'obscurité ne l'emporte définitivement, ce qui est de toute manière une grâce ; parce qu'un délai est accordé, une séparation retardée, un sourd déchirement atténué - comme quand, il y a longtemps de cela, quelqu'un apportait une lampe à votre chevet pour éloigner les fantômes. C'est aussi une heure où cette lumière survivante, son foyer n'étant plus visible, semble émaner de l'intérieur des choses et monter du sol ; et, ce soir-là, du chemin de terre que nous suivions ou plutôt du champ de blé déjà haut mais encore de couleur verte, presque métallique, de sorte qu'on pensait un instant à une lame, comme s'il ressemblait à la faux qui allait le trancher.

Il se produisait donc une espèce de métamorphose : ce sol qui devenait de la lumière ; ce blé qui évoquait l'acier. En même temps, c'était comme si les contraires se rapprochaient, se fondaient, dans ce moment, lui-même, de transition du jour à la nuit où la lune, telle une vestale, allait venir relayer le soleil athlétique. Ainsi nous trouvions-nous reconduits, non pas d'une poigne autoritaire ou par le fouet de la foudre, mais sous une pression presque imperceptible et tendre comme une caresse, très loin en arrière dans le temps, et tout au fond de nous, vers cet âge imaginaire où le plus proche et le plus lointain étaient encore liés, de sorte que le monde offrait les apparences rassurantes d'une maison ou même, quelquefois, d'un temple, et la vie celles d'une musique. Je crois que c'était le reflet très affaibli de cela qui me parvenait encore, comme nous parvient cette lumière si vieille que les astronomes l'ont appelée «fossile». Nous marchions dans une grande maison aux portes ouvertes, qu'une lampe invisible éclairait sourdement; le ciel était comme une paroi de verre vibrant à peine au passage de l'air rafraîchi. Les chemins étaient ceux d'une maison; l'herbe et la faux ne faisaient plus qu'un; le silence était moins rompu qu'agrandi par l'aboi d'un chien et les derniers faibles cris des oiseaux. Un vantail plaqué d'une mince couche d'argent avait tourné vers nous son miroitement. C'est alors, c'est là qu'était apparu, relativement loin, de l'autre côté, à la lisière du champ, parmi d'autres arbres de plus en plus sombres et qui seraient bientôt plus noirs que la nuit abritant leur sommeil de feuilles et d' oiseaux, ce grand cerisier chargé de cerises. Ses fruits étaient comme une longue grappe de rouge, une coulée de rouge, dans du vert sombre ; des fruits dans un berceau ou une corbeille de feuilles ; du rouge dans du vert, à l'heure du glissement des choses les unes dans les autres, à l'heure d'une lente et silencieuse apparence de métamorphose, à l'heure de l'apparition, presque, d'un autre monde. L'heure où quelque chose semble tourner comme une porte sur ses gonds. [...]


Philippe Jaccottet, "Le Cerisier" in Cahier de verdure, Gallimard, 1990.

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Yves Paccalet, dans son magnifique "Journal de nature" intitulé L'Odeur du soleil dans l'herbe (Éditions Robert Laffont S. A., 1992) évoque à plusieurs reprises le cerisier :

18 mars

(Fontaine-la-Verte)


La foudre a brisé le grand arbre et carbonisé son cœur. Le cadavre du cerisier gît dans la prairie bleue. La souche, béante et noire, ressemble à la bouche des Enfers.

On comprend qu'en ce point précis les forces élémentaires ont appliqué leur loi implacable. Où il frappe, le feu du ciel crée un lieu privilégié par la physique, à la fois terriblement attirant et terriblement dangereux. C'est ce genre d'endroit - alchimique, électromagnétique et poétique à la fois - que l'amateur de fantastique recherche après Lovecraft et Breton, en frissonnant de plaisir et de crainte.

[...] 20 avril

(Fontaine-la-Verte)


Le cerisier en fleur est un univers d'étoiles blanches où je me perds comme un bourdon noir à cul rouge. Je voudrais être insecte butineur dans cet espace interstellaire, dans ce picotis-nébuleuse de pétales de neige et d'étamines argentées.

C'est une vision de science-fiction, d'absolu, de paradis que je m'offre ce matin. J'ai le corps et l'esprit saisis par la blancheur. Ne conviendrait pas que j'abuse de cette drogue.

[...] 9 juin

(Fontaine-la-Verte)


Ce matin, je me contenterai de l'éclat des cerises dans l'arbre tordu. Les nuances de nacre, de minium et de pourpre qui courent sur la peau de ces drupes juteuses signent l'alliance de la chair, du sexe et du fruit rouge.

Les fruits vermeils nous semblent du côté du sang, du bonheur - de la vie -, tandis que les fruits violets ou noirs ont l'air d'appartenir au monde des maléfices et de la mort. Distinguo absurde, puisqu'on se délecte de fruits sombres (myrtille, cassis, mûre), tandis qu'non s'intoxique au vermillon de la bryone, de l'arum ou de la douce-amère. [...]

 

Dans le roman policier Nymphéas noirs (Éditions Presses de la Cité, 2010), Michel Bussi construit une intrigue mêlée d'histoire de l'art qui se passe à Giverny. Mais les descriptions ne concernent pas que les nymphéas mondialement célèbres :


Je me retourne, enfin. Dans la cour du moulin, le grand cerisier perd ses dernières fleurs. C'est un cerisier centenaire, à ce qu'il paraît. On dit qu'il aurait connu Monet ! Cela plaît beaucoup, à Giverny, les cerisiers. Le long du parking du musée d'Art américain, qui depuis un an est devenu le musée des Impressionnismes, ils en ont planté toute une série. Des cerisiers japonais, d'après ce que j'ai entendu. Ils sont plus petits, comme des arbres nains. Je trouve cela un peu bizarre, ces nouveaux arbres exotiques, comme s'il n'y en avait pas déjà assez dans le village. Mais que voulez-vous, c'est comme cela. Il paraît que les touristes américains adorent le rose des fleurs de cerisier au printemps. Si on me demandait mon avis, je dirais que la terre du parking et les voitures recouvertes de pétales roses, je trouve que cela fait, disons, un peu trop Barbie. Mais on ne me le demande pas, mon avis."

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Dans son ouvrage poétique La Grande Vie (Éditions Gallimard, 2014) Christian Bobin évoque très souvent la nature et sa beauté sacrée. Ici, les cerisiers :


Les fleurs du vieux cerisier jacassaient. Je rêvais de les emballer dans cette lettre et de vous les tendre en vous disant : tenez, voici un bouquet de l'éternel, des coups de sang dans le crâne en bois de Dieu, une incarnation de la lumière.


Planté dessous le cerisier aux bras maigres je contemplais le secret de sa joie. Certaines fleurs étaient serrées sur leur naissance. Des petits parachutes blancs pliés. D'autres étaient déjà écloses. Toutes surgissaient du bois noir des branches comme des enfants qui se précipitent vers leur mère-lumière après une trop longue mort.


Certains jours le printemps bégayait, il faisait froid. Je me posais ces questions qu'on se pose quand on vient d'abandonner quelqu'un sous la terre au cimetière : est-ce que la pluie les décourage ? Est-ce que le froid les empêche de dormir ? Je crois que tout souffre dans cette vie. Ne soyez pas trop effrayé par cette phrase, je pourrais aussi bien dire, et ce serait aussi vrai : tout se réjouit dans cette vie.


Campé comme un idiot sous le vieux cerisier, regardant la pluie suspendue des fleurs en extase, admirant leurs têtes hilares de sacrifiées, je reçois une leçon de courage.


Le papillon monte au ciel en titubant comme un ivrogne. C'est la bonne façon.


Si je pouvais, je prendrais mes livres et je les secouerais par la fenêtre comme de vieux tapis : trop de poussière, trop de mots.


La floraison des cerisiers ne dure pas. L'essentiel on l'attrape en une seconde. Le reste est inutile.

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