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  • Anne

Le Cerisier



Étymologie :

  • CERISIER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. 1165 « arbre » (Gautier d'Arras, Eracle, éd. E. Löseth, Paris, 1890, v. 4236 : Un cerisier ot fait planter) ; 2. 1832 (Karr, loc. cit.). Dér. de cerise* ; suff. -ier*. Lat. médiév. ceresarius (viiie s., Capitulare de villis in Capitularia regum Francorum 32, 70 ds Mittellat. W. s.v., 475, 53).

  • CERISE, subst. fém.

Étymol. et Hist. Ca 1190 (J. Bodel, Chanson des Saisnes, XXIII ds Gdf. Compl.). Du lat. vulg. *cerĕsia « id. » neutre plur. considéré comme fém. sing., du b. lat. ceresium neutre sing. (1re moitié vie s. Anthimus. ds André Bot., s.v. cerasium), var. apophonique de cerasium (Columelle ds TLL s.v., 854, 29), empr. au gr. κ ε ρ α ́ σ ι ο ν « cerise » lui-même dér. de κ ε ́ ρ α σ ο ς (ou κ ε ρ α σ ο ́ ς) « cerisier ».


Lire aussi les définitions de cerise et cerisier.


Autres noms : Prunus avium ; Célisier ; Cérier ; Corizé ; Crézié ; Galefrogneu ; Sirié.

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Botanique :


Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de la Cerise :

Nous sommes en 73 avant Jésus-Christ. Le consul romain Lucius Licinius Lucullus vient de défaire le puissant roi du Pont (Asie Mineure), Mithridate VI, dit le Grand, et le peuple de Rome lui réserve un triomphe. Il rapporte de son séjour en Asie Mineure un énorme butin et vit à Rome dans un luxe opulent. Brillant orateur, ami de Cicéron et de Caton, sa table est réputée comme l'une des meilleures de Rome. Un jour qu'il ne reçoit personne et que son cuisinier lui a préparé un repas moins abondant et moins raffiné que d'ordinaire, il a à son endroit ce mot demeuré célèbre : « Aujourd'hui, Lucullus dîne chez Lucullus » - expression encore utilisée de nos jours pour qualifier un repas intime mais particulièrement somptueux.

A son retour, selon une tradition bien établie, Licinius Lucullus a rapporté dans ses bagages le cerisier. Celui-ci proviendrait de la ville de Cérasonte, en Asie Mineure, d'où il tirerait son nom. Tout donne à penser que c'est l'inverse qui se produisit et que Cérasonte est redevable de son nom à l'abondance de ses cerisiers... Quant à l'étymologie exacte du mot, on se perd en conjectures, car il poussait déjà des cerisiers en Grèce, en Italie et en Gaule bien avant la victoire de Lucullus, lequel aurait simplement rapporté une variété à fruits plus gros et plus savoureux. En fait, le terme cerasus viendrait d'un mot sanskrit, karaza, voulant dire : « Quel jus ! Quelle saveur ! » A moins que le terme grec cerasum ne dérive du cerax qui signifie « corne », « kératine », par allusion aux cerises à chair dure.

La floraison des cerisiers à fleurs - cerisiers stériles - est l'un des spectacles les plus prisés au Japon. Ces fleurs représentent la pureté, emblème de l'idéal chevaleresque. Quant à la cerise, elle symbolise la vocation du samouraï et a vie guerrière à laquelle celui-ci doit se préparer.

En Europe, diverses espèces de cerisiers sont répandues, comme le cerisier des oiseaux (Prunus avium) et le cerisier commun (Prunus cerasus). Le premier est indigène dans nos forêts ; c'est le merisier. [...] Le second semble originaire de l'Asie du Sud-ouest. Il est cultivé dans toute l'Europe, où il s'est largement naturalisé. Ses fruits sont rouges et acides : c'est le cerisier aigre. Par sélections et hybridations, ces deux espèces ont donné naissance à tous les cerisiers cultivés. On en connaît aujourd'hui environ six cents variétés que l'on rassemble en trois sous-groupes : les guignes, les bigarreaux et les griottes. Les guigniers sont des arbres élevés à fruits assez gros, en forme de cœur, à chair ille et très douce, le plus souvent noirs ou rouge foncé. Les bigarreautiers sont des arbres plus grands que les guigniers ; leurs fruits sont gros, à chair ferme et croquante, de couleur claire, vieil ivoire ou rouge tendre. Quant aux griottiers, ce sont des arbres plus petits à cime arrondie, produisant des fruits couramment appelés cerises aigres ; il est préférable de les cueillir assez tard, lorsque leur robe passe du rouge vif au rouge brun.

Les cerises sont botaniquement apparentées aux prunes, d'où leur appartenance au genre Prunus. La fleur possède un réceptacle en coupe, d'où partent les sépales, les pétales et les étamines. Au fond de la coupe, un ovaire unique constitue le pistil. Après la fécondation, cet ovaire grossit tandis que toute la fleur tombe, y compris la coupe, ne laissant aucune trace à l'extrémité du pédoncule porteur de fruit. Habile manière de conserver le bébé en jetant l'eau du bain !

Le caractère commun à tous les Prunus est la présence de glandes bien visibles sur le pétiole des feuilles, là où il s'imbrique dans le limbe. Mais, à l'inverse des autres Prunus, les cerisiers se caractérisent par la longueur de leur pédoncule - de leur « queue » -, ce qui les distingue des pruniers au pédoncule toujours nettement plus court. Ce sont précisément ces queues de cerise qu'on utilise en infusion, car elles possèdent de puissantes propriétés diurétiques.

« Mais il est bien court, le temps des cerises ! » dit la chanson. De fait, la durée de commercialisation s'étend de la fin du mois de mai à début juillet ; les cerises arrivent alors brutalement sur le marché et, bien souvent, leur prix s'effondre, d'où de grandes quantités laissées sur les arbres à la discrétion des oiseaux, attirés par cette pulpe juteuse. Ce sont eux qui, depuis les temps les plus reculés, ont dispersé le cerisier de par le monde.

[...] Les cerises sont un aliment peu calorique et assez pauvre en vitamines. Elles contiennent surtout du lévulose ; aussi peut-on les recommander aux diabétiques réfractaires au glucose. Elles sont également conseillées aux arthritiques dans la mesure où elles facilitent l'élimination de l'acide urique.

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D'après Stefano Mancuso et Alessandra Viola, auteurs de L'Intelligence des plantes (édition originale 2013 ; traduction française Albin Michel 2018),


"Tous les fruits, y compris ceux que nous ne jugeons pas comestibles, sont produits pour conserver les graines et, en principe, attirer les animaux. S'en nourrir équivaut, dans la plupart des cas, à manger aussi ces graines et à les emporter loin de la plante qui les a engendrées, pour les expulser ailleurs. Et c'est là une des manières les plus efficaces de garantir leur propagation.

Dans les pays à climat tempéré comme dans ceux à climat tropical, les convoyeurs sont souvent des oiseaux. Prenons, pour comprendre comment les plantes communiquent avec eux, l'exemple du cerisier. Au moment de la pollinisation, il produit des fleurs d'une belle couleur blanche qui semble faire exprès - et d'ailleurs elle l'est ! - pour attirer les abeilles, mises ainsi en mesure de bien le voir et de rejoindre plus facilement ses fleurs. En revanche, elles ne perçoivent pas le rouge, et ce n'est de fait pas pour elles que les cerises prennent cette teinte, mais cette fois pour attirer les oiseaux. Le rouge ressort en effet très bien au milieu des feuillages, même de loin, et il est donc facile à repérer pour un oiseau en vol.


Aguiché par cette couleur séduisante, il identifiera et mangera le fruit avec toutes ses graines avant de reprendre son voyage. Puis, à un moment donné, quelque part ailleurs, il les évacuera dans ses selles, qui constituent de plus un excellent fertilisant. Outre son efficacité, ce système de transport se révèle avantageux à la fois pour le végétal, qui a dispersé ses graines loin de la plante mère, et pour l'animal, qui s'est nourri du fruit. Notons aussi que les cerises deviennent rouges uniquement lorsque leurs graines sont mûres et qu'elles restent vertes en attendant, c'est-à-dire d'une couleur qui les dissimule au milieu des feuillages et les rend presque invisibles aux oiseaux."

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Histoires d'arbre :


Découvrir l'épisode de la série d'Arte qui nous rend familier, tout en les individualisant, des arbres merveilleux.

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Utilisation :


Selon Lionel Hignard et Biosphoto, auteurs de Fabuleuses histoires de graines (Éditions Belin, 2011),


"On a retrouvé un noyau de cerise dans lequel 185 visages ont été sculptés : une pièce unique, visible au musée de Dresde, en Allemagne."

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Symbolisme :


Selon le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean chevalier et Alain Gheerbrant,


"La cerise est le symbole de la vocation guerrière du Samouraï japonais et du destin auquel il doit se préparer : rompre la pulpe rouge de la cerise pour atteindre le dur noyau ou, en d'autres termes, faire le sacrifice du sang et de la chair, pour arriver à la pierre angulaire de la personne humaine. (Les Samouraïs) avaient pris pour emblème la fleur de cerisier tournée vers le soleil levant, symbole de la dévotion de leurs vies. La garde des sabres était ornée de cerises, un autre symbole de la recherche de l'Invisible par la voie intérieure, le Vitriol des initiations occidentales.

La floraison des cerisiers qui est l'un des spectacles naturels les plus prisés au Japon - et qui représente effectivement l'une des manifestations les plus attachantes qui soient de la beauté à l'état pur - ne relève pas seulement d'un esthétisme gratuit, comme pourrait le laisser supposer le fait que les cerisiers à fleurs du Japon sont des arbres stériles.

La fleur de sakura est un symbole de pureté, et c'est la raison pour laquelle elle est l’emblème du bushi, de l'idéal chevaleresque. Aux cérémonies de mariage, le thé est remplacé par une infusion de fleurs de cerisier qui sont, dans ce cas, un symbole de bonheur.

Il faut aussi remarquer que la floraison de la variété la plus connue de sakura coïncide avec l'équinoxe de printemps : c'est l'occasion de réjouissances et de cérémonies religieuses, dont le but est de favoriser et de protéger les récoltes. La floraison des cerisiers préfigurerait en effet celle du riz et donnerait donc, par les dimensions de sa générosité et par sa durée, une indication sur la richesse des récoltes à venir. Elle est en tout cas, on le voit, l'image de la prospérité et de la félicité de l'existence terrestre, qui sont en fait, même lorsqu'on ne l'aperçoit pas immédiatement, des préfigurations de la béatitude intemporelle.

La fleur de cerisier, éphémère et fragile, bientôt emportée par le vent, symbolise aussi au Japon une mort idéale, détachée des biens de ce monde, et la précarité de l'existence.


De définir l'esprit du Japon,

Je dirai Fleur du Cerisier montagnard

Embaumant sous le soleil du matin

(Motoori Norinaga mort en 1801)."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Cerisier (Prunus avium) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Amour ; Divination.


Utilisation magique : Le Cerisier a longtemps été utilisé pour attirer ou pour stimuler l'amour. Voici un charme japonais très simple et très beau destiné à cette intention : attachez une mèche de vos cheveux à un cerisier en fleur...

En revanche, le charme d'amour suivant est beaucoup plus compliqué et il fait partie de ces rituels difficilement réalisables qui faisaient le renom des anciennes recettes : réunissez autant de noyaux de Cerises que vous comptez d'années. Percez chaque nuit un trou dans un des noyaux en commençant par la nuit de la nouvelle lune. Ne percez aucun trou pendant la décroissance. Cela signifie qu'en un mois, vous ne pouvez percer que quatorze noyaux. Lorsque vous avez fini de percer, attendez jusqu'à la prochaine nouvelle lune. Enfilez les noyaux sur un fil de couleur rouge ou rose, puis attachez l'ensemble chaque nuit, et pour quatorze nuits, autour de votre genou gauche. Dormez ainsi et retirez les noyaux chaque matin. Cette méthode vous permettra de trouver un époux ou une épouse.

Pour savoir combien de temps il vous reste à vivre, tournez autour d'un Cerisier chargé de fruits mûrs, puis secouez l'arbre. Le nombre de Cerises tombées représente le nombre d'années que vous avez encore à vivre. (Il est conseillé de secouer l'arbre violemment...)

Le jus de Cerise peut remplacer le sang de souris, mais pas celui de huppe.

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Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente de nous expliquer la délicatesse de ce qu'il appelle l'âme japonaise (au sens de ce que Rudolf Steiner appelle l'âme des peuples) à travers des coutumes ancestrales difficiles à appréhender pour des Occidentaux modernes :


"Rien n'est plus naïf que l'âme des Japonais et des Japonaises. Dans aucun autre pays on ne voit, je pense, des trains de plaisir organisés pour aller entendre le rossignol de minuit (hototogisu), contempler les cerisiers en fleurs, ou la première neige de l'automne qui pare les montagnes. [....]

Le Nippon est connu comme étant la terre préférée des cerisiers. En effet, aucun autre pays n'en possède autant, surtout en ce qui concerne les cerisiers à fleurs. Il était naturel que voyant es beaux arbres à l'état sauvage dans les montagnes et les forêts, les Nippons pensent à les acclimater dans les jardins. Les variétés domestiques ont été souvent plantées aux alentours des temples et sur le bord des routes. Chose curieuse le feuillage n'a pas pour tous les arbres la même couleur. Certains sont au début d'un brun pâle, d'autres légèrement rosés, d'autres d'un vert pâle tirant sur le jaune. Les fleurs sont le plus souvent tout à fait blanches comme la neige ou teintées de rose.

Au VIIIème siècle furent plantés beaucoup de cerisiers à fleurs sur l'ordre du Mikado. Dès le XVIIème le célèbre Taiko Hideyoshi organisait des " fleurs-vues-parties " à Yoshinoyama où se rendaient beaucoup de samouraï, de généraux et de capitaines aussi bien que des lettrés et des artistes. C'est un fait remarquable au Japon que les grands hommes de guerre ont tous beaucoup aimé les fleurs. L'amiral Togo qui est mort récemment ne faisait pas exception à cette règle.

Aujourd'hui, les sites célèbres de cerisiers sont classés et protégés par la loi. On les considère comme des richesses nationales.

L'espèce la plus commune de cerisiers est le yama-sakura ou cerisier des montagnes. On le trouve un peu partout au Nippon, au sud comme au nord. Celui à fleurs blanches peut atteindre de très grandes dimensions et vit fréquemment sept à huit siècles. Les bourgeons des feuilles éclatent au printemps presque en même temps que les boutons, ce qui produit une harmonie de blancs, de verts, de jaunes et de bruns inimitable. Beaucoup d'estampes anciennes ont conservé le souvenir des plus merveilleux. Les amateurs d'autrefois s'évertuaient à les copier chaque printemps.

Le beni-yama-sakura est une autre varié de cerisier des montagnes qui se caractérise par l'adhérence particulière des bractées de ses fleurs et de ses feuilles, et le brun foncé de son écorce. On en trouve beaucoup dans les provinces du centre et du nord du Nippon.

Ensuite vient le sato-sakura ou cerisier domestique. Autrefois ils étaient cantonnés dans les jardins, mais ils se sont tellement répandus au cours des siècles qu'on en trouve maintenant un peu partout. Leurs fleurs simples ou doubles sont plus grandes que celles des cerisiers des montagnes. Elles sont blanches, ou rosées, ou pourpres, rarement jaunâtres ou verdâtres. La forme des branches est aussi très variable. Dans certaines espèces elles poussent presque droites, dans d'autres elles retombent comme celles des saules pleureurs.

Les variétés les plus connues sont itiyô, kwanzan et fugenzô.

La première est aimée pour le rose changeant de ses fleurs qui deviennent de lus en plus blanches à mesure que le printemps avance. La deuxième est une variété à branches retombantes. Du milieu de la fleur sortent deux petites feuilles vertes ce qui est d'un effet très élégant.

Le cerisier somei-yohino est d'origine très récente. Il a fait son apparition à Tokio au début de l'ère Meiji (1868). C'est un produit de la science des jardiniers nippons. En conséquence il a une croissance très rapides, mais reste toujours délicat. Il présente cette particularité que les feuilles n'apparaissent que lorsque les fleurs sont complètement formées. On a ainsi pendant quelques jours le spectacle d'arbres couverts de nuages de neige sans mélange d'autres couleurs.

Les cerisiers d'équinoxe, hugan-sakura, atteignent de grandes dimensions. Ce sont des cerisiers géants qui vivent des siècles. Une variété qu'on rencontre autour des temples est à branches retombantes.

Enfin on peut citer parmi les autres variétés répandues de cerisiers : le fuji-sakura qu'on trouve en abondance sur les pentes du Fuji-yama, le tyosi-sakura dont les feuilles sont dentelées et dont le calice est en forme de clou, le cerisier rouge d'hiver, et le cerisier des quatre saisons qui fleurit plusieurs fois par an. "

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes ( (Hachette Livre, 2000) :


"Au Japon, la cerise est un fruit d'une grande beauté symbolique. Elle représente la vocation du guerrier ou du héros. Le cerisier lui-même, dont la floraison est si belle dans l'Empire du soleil levant est un symbole de pureté, de prospérité et de félicité passagères, terrestres, qui préfigurent celles que l'homme connaîtra pour l'éternité après sa mort.

En France, si l'arbre à cerises - importé par l'empereur Lucullus en 74 avant Jésus-Christ, d'Asie Mineure à Rome, ava