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  • Anne

La Pierre de Lune




Étymologie :

  • SÉLÉNITE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. 1re moit. du xiie s. silenite « pierre dans laquelle on croit voir l'image de la Lune » (Philippe de Thaon in Lapidaires anglo-norm., éd. P. Studer et J. Evans, V, 1615, p. 256) ; déb. du xiiie s. [date du ms.] selenite (ibid., IIIa, XXII, p. 104) ; 2. 1762 « sulfate de calcium » (Ac.). Empr. au sens 1 au lat. selenitis, selenites (Pline), lui-même empr. au gr. σ ε λ η ν ι ́ τ η ς, de même sens, dér. de Σ ε λ η ́ ν η « la Lune ».


Lire également la définition du nom "sélénite" pour amorcer la réflexion symbolique.




Symbolisme :


Odile Alleguede, dans son ouvrage La parole perdue des pierres, La face cachée des joyaux les plus mythiques (Éditions Quintessence 2008), nous apprend que :


"En Occident, l'empereur germanique Rodolphe II était un souverain occultiste, bien davantage passionné de vieux grimoires et de magie, que de diplomatie et de politique. Son pouvoir de monarque, il l'utilisait, entre autres, pour faire ratisser le monde à la recherche de joyaux magiques.

Une des pierres les plus employées alors, dans un but talismanique, était la pierre de lune, davantage connue sous le nom de "sélénite". Le petit-fils du roi Jacques II d'Angleterre en portait une en pendentif, dixit Antoine Mizauld, astrologue et médecin de la reine Margot. La pierre de lune reste une énigme. Les anciens prétendaient qu'elle reproduisait dans ses reflets les phases de la lune. Antoine Mizauld affirme avoir assisté au phénomène et cite en exemple celle du pape Léon X, montée en bague et qui changeait de couleur selon le rythme de cycle lunaire !

Ce pape, né Jean de Médicis, y tenait énormément et affirmait, en toute logique et sans ambiguïté, combien l'Eglise justifiait en grande partie la démonstration de son pouvoir mystique (et la source de gros revenus) par l'exploitation de quantité de reliques et de talismans.

C'est également lui qui, en 1520, fit aussi cette déclaration historique, dans une lettre adressée au cardinal Bembo : "Quantum nobis nostrisque ea de Christo fabula profuerit, satis est omnibus seculis notum..." qui, traduit, veut dire : "On sait de temps immémorial combien cette fable de Jésus-Christ a été profitable à nous à et nos proches..."

Dans la religion bouddhiste, la pierre de lune était également particulièrement vénérée. Sa symbolique ésotérique y est encore plus forte que pour le diamant.

Voici une troublante anecdote, merveilleusement humaine, que je reprends du livre de Simone de Tervagne. Une lectrice de la journaliste lui écrivit un jour sa rencontre avec une statuette japonaise talismanique de Bouddha et l'aventure qui en découla. Collectionneuse d'antiquités, cette femme fut conduite par un ami chez un antiquaire orientaliste qui souhaitait vendre une de ses pièces personnelles.

Il s'agissait d'une statuette représentant Bouddha, d'environ 20 cm de hauteur, en bois de pin sculpté. Un cabochon de pierre de lune était incrusté sur son front et il offrait la particularité, fréquente, d'avoir les mains jointes en forme de coquilles, de manière à pouvoir recevoir de petites offrandes à l'intérieur des orifices aménagés entre doigts et pouce formant un cercle. D'ailleurs, lorsqu'elle la vit, dans le magasin, la statuette avait sur ses mains quelques pièces d'or, et de petites pierres de topaze, rubis et saphir... Comme elle s'en étonnait, questionnant l'antiquaire sur l'imprudence à laisser ces pierres tenter aussi visiblement la main rapide d'un client, celui-ci répondit : "Elles appartiennent à Bouddha et à ceux qui les lui ont confiées afin qu'elles leur portent chance. Je puis les manipuler, les admirer, mais si quelqu'un s'avisait de les faire rentrer dans ce que nous appelons le "marché de l'argent", il irait au devant des pires ennuis..."

Surprise, elle demanda donc ce qu'il comptait faire de ces pierres dans le cas où elle lui achèterait la statuette. Sans beaucoup d'explications, il l'engage à le suivre au jardin du Luxembourg, tout proche. Là, il se dirige vers le bassin où il jette, devant ses yeux écarquillés, tout le petit trésor gardé dévotement par le bouddha méditant. Évidemment, une autre question, incontournable et logique, brûle les lèvres de la collectionneuse. Pourquoi cet antiquaire voulait-il se séparer d'un objet, investi d'un tel pouvoir et dans lequel il avait lui-même, tant de foi ?

Suivit alors le récit d'une douloureuse histoire où le pauvre homme avait perdu la femme qu'il aimait à cause du petit bouddha à la pierre de lune. En effet, malgré ses avertissements répétés, la jeune femme, en permanence tentée par les petites gemmes offertes au bouddha, avait un jour succombé à son envie lancinante de se faire faire une bague avec un de ses magnifiques saphirs. Elle le déroba à l'insu de l'antiquaire qui s'ne aperçut trop tard. Le lendemain, la jeune femme se tuait net dans un accident de voiture sur l'autoroute du Nord. Ce danger maléfique en puissance n'empêcha pas la collectionneuse fascinée d'acheter ce petit bouddha qui, généreusement, répand depuis de nombreux bienfaits autour d'elle... à condition de rendre régulièrement à la nature les offrandes qu'il reçoit. Ce dont elle s'acquitte scrupuleusement, à la manière du sage antiquaire, en allant les jeter dans les profondes douves de Chantilly..."

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Le dukun (guérisseur / chamane) indonésien Iwan Asnawi raconte son parcours et son engagement dans un livre autobiographique intitulé L'esprit de la jungle (collection Nouvelles Terres, Éditions PUF/Humensis, 2019). Il évoque rapidement les minéraux :


Dans notre héritage culturel et spirituel, les bagues sont très importantes, et je les utilise beaucoup dans les traitements que je dispense, choisissant chaque fois la ou les pierres appropriées. En Indonésie, les hommes portent des bagues de ce type, et personnellement, j'en garde toujours une avec une pierre de lune, permettant de fixer les émotions. Son énergie et sa lumière varient avec le cycle de la Lune. Quand j'ai besoin de davantage de force, je mobilise celle de mon grand-père, une pierre noire volcanique, très puissante. Mon père m'en a également légué quelques-unes, dont j'alterne les usages. Et je m'en procure beaucoup d'autres ! En principe, par le processus de création naturelle, nos collections s'enrichissent naturellement : je me sens quelquefois guidé par la bonne pierre que je débusque chez un marchand, ou auprès d'un autre dukun qui peut choisir de me la céder. c'est ainsi que nous fonctionnons.

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