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  • Anne

Le signe des Gémeaux


Étymologie :

  • GÉMEAU, -ELLE, -EAUX, adj. et subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1165 subst. « frères nés d'un même accouchement » (B. de Ste-Maure, Troie, 12145 ds T.-L., s.v. jumel) ; b) ca 1170 adj. (M. de France, Lais, éd. J. Rychner, F, 348) ; 2. xiiie s. gimels « le 3e signe du zodiaque » (Lapidary of engraved gems, second version, III, 2 ds Anglo-norman Lapidaries, éd. Studer-Evans, p. 289). Autre forme de jumeau* (du lat. gemellus) qui vit encore dans l'Est ; au sens 2, trad. du lat. Gemini (d'où le m. fr. gemins 1488 ds Gdf).


Lire également la définition du nom gémeau pour amorcer la réflexion symbolique.


Symbolisme :

Dans Le Rythme du Zodiaque (édition originale Astrological Signs - The Pulse of Life, 1943 ; traduction française, Éditions du Rocher, 1981), Dane Rudhyar consacre un chapitre au signe des Gémeaux :

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D'après le Dictionnaire des symboles (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982) de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,


"Gémeaux (21 mai - 21 juin). Symbole général de la dualité dans la ressemblance et jusque dans l'identité. C'est l'image de toutes les oppositions intérieures et extérieures, contraires ou complémentaires, relatives ou absolues, qui se résolvent dans une tension créatrice ; la phase des Gémeaux s'achève en débouchant sur l'épanouissement de l'été.

Troisième signe du Zodiaque, se situant avant le solstice d'été. Signe principale de Mercure, c'est avant tout le symbole double des contacts humains, des transports, des communications, des contingences du milieu dans lequel on vit, de la polarité, même sexuelle. Certains zodiaques représentent ce signe, non par l'image habituelle de deux enfants se tenant la main, mais par un homme et une femme et même, comme dans le zodiaque copte, par deux amants.

Deux éphèbes enlacés représentent ce signe dit double, qui nous introduit dans le monde des contraires polaires : masculin-féminin, ténèbres-lumière, sujet-objet, intérieur-extérieur... C'est en quoi il est en affinité avec Mercure, ce messager pourvu d'ailes aux pieds et portant en emblème le caducée. Dans le concert zodiacal, la partition du troisième signe s'assimilerait plutôt à l'égrènement en presto de l'arpège. Ici, nous ne bénéficions plus de la coulée chaude des instincts ; l'esprit intervient dans le jeu de la personnalité qui compose un duo avec la sensibilité. La personnalité ne repose pas d'emblée sur le souffle naturel et la poussée libre de la vie animale. Elle s'élabore, au contraire, à partir d'un mécanisme de défense contre la suprématie de l'affectivité : la vie sensible est tenue en respect, suspectée et raillée, circonscrite à la sphère d'un Moi soucieux de vivre dans la commodité de la libre appartenance à soi. Il en découle un processus de cérébralisation qui donne, entre autres, le goût du jeu, l'agrément de l'exercice des idées et du commerce de l'esprit, l'envol de l'intelligence. L'être vit en somme sur un dédoublement intérieur : une moitié de lui sent, agit, vit, pendant que l'autre la regarde agir, sentir et vivre ; à la fois acteur et spectateur de soi-même, le spectateur tenant l'acteur sous son regard, narquois ou désabusé. Et cela va de l'être de l'extrême adaptation à celui de l'extrême complexité..."

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Selon Jacques A. BERTRAND auteur de Tristesse de la Balance et autres signes (1983), voici les caractéristiques (humoristiques) du signe des Gémeaux :


"Étonnement du Gémeaux"


"Sait-on jamais, entre le 21 mai et le 21 juin, si c'est la fin du printemps ou le début de l'été ? Non.

Mercure, qui règne sur cette période de l'année, est la planète la plus rapide autour du soleil. On la voit tantôt le matin, tantôt le soir. Souvent, on ne la voit pas du tout. Les Égyptiens croyaient que Mercure était deux. Ils l'appelaient Seth et Horus. C'est pour quoi le gémeaux prend un x au singulier.

Gémeaux n'est jamais « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre ». Mais il est toujours ainsi. Aussi le reconnaît-on aisément.

Mercure était le dieu des intellectuels et des voleurs. Il avait une belle figure et des ailes aux pieds. Le métal qui porte son nom est aussi appelé vif-argent. C'est un métal plein de fantaisie qui prend la forme de n'importe quel récipient. Tout en restant toujours en mouvement. Ce sont des choses qui ne s'inventent pas.

Il y a au moins deux types dans le gémeaux (à l'exclusion d'aucun autre). Le type castor et le type Pollux. Castor se consacre au commerce de l'esprit ; Pollux au commerce tout court. Le premier se laisse porter par ses désirs. Le second se fait porter par eux. De tels détails prouvent assez que l'astrologie et la psychologie sont des sciences exactes.

Sherlock Holmes était du type Pollux. Le docteur Watson du type Castor. Sir Arthur Conan Doyle était du type Castor-Pollux.

Marilyn Monroe était plutôt du type Castor. Franz Kafka était plutôt du type Kafka.

Le gémeaux est beau parleur avec parfois un côté camelot. Quand il ne parle pas c'est qu'il écrit, à moins qu'il ne compte. Tirer son épingle du jeu est le jeu qu'il préfère.

Le gémeaux est jeune. Il « fait jeune » ou il est « resté très jeune ».

Les poumons sont le point faible du gémeaux (le signe est dit « d'air » et « double »). On a vu nombre de gémeaux jeunes, élégants, cultivés et très émotifs mourir de phtisie. Et plus tard de tuberculose.

Le gémeaux est partout et nulle part. Il s'évanouit facilement. Dans la nature. Et même en appartement. On ne saurait retenir un gémeaux : il faut attendre qu'il revienne. Comme c'est un esprit curieux de tout, il revient généralement avec des anecdotes qui font merveille dans la conversation – et lui évitent de s'attarder sur les raisons de son départ.

Le gémeaux ne conçoit guère le mariage qu'en termes de lits jumeaux, d'appartements jumeaux, voire de villes jumelées. Le gémeaux rêve d'épouser en même temps plusieurs paires de sœurs jumelles. La femme gémeaux ne sait pas se refuser mais elle se donne rarement. L'homme gémeaux ne se conduit pas autrement.

Le gémeaux est un primaire mais il embrasse bien. C'est-à-dire qu'il dispose d'une certaine ampleur de champ de conscience. C'est un superficiel large. Les profonds étroits supportent mal les gémeaux.

On se plaint beaucoup des gémeaux. A leurs proches. On trouve souvent dans l'entourage des gémeaux des confidents bien disposés à recevoir, avec attendrissement, les plaintes concernant les gémeaux. Mais il est plutôt difficile de se plaindre à un gémeaux en personne. Le charmant étonnement qu'il arbore, au moindre reproche, sur son fin visage, vous fait douter de vos griefs les mieux fondés. Le gémeaux vous offre l'occasion de dépasser votre besoin de certitudes. Vous n'êtes pas vraiment dupe. Lui non plus. C'est ainsi qu'on peut continuer à voir des gémeaux de temps en temps.

Il ne faut jamais compter sur un gémeaux : la plus petite attention de sa part vous procurera plus de plaisir que trente ans d'amitié fidèle.

Tout homme a dans le cœur une petite place pour un ou une gémeaux. Cette place n'est jamais occupée en permanence. Cela permet à l'homme de faire l'expérience de la vacuité. Il progresse spirituellement. Il parvient presque au détachement. Le détachement inquiète le gémeaux. Le gémeaux se rapproche. L'homme se détache du détachement. L'homme et le gémeaux vont dîner ensemble.

On voit couramment de telles choses dans le système solaire. Le système solaire est un fragile équilibre entre des forces d'attraction et de répulsion. Le zodiaque est dans le système solaire. L'homme est dans le zodiaque. Le gémeaux est dans l'homme. Le chroniqueur zodiacal considère toutes ces merveilles avec un regard amusé. Et une légère angoisse. Le regard amusé et la légère angoisse sont ses deux principaux outils.

Que serait le chroniqueur zodiacal sans le regard amusé et la légère angoisse ? Rien. Ou si peu. Il ne croirait plus à rien. Il ne se fierait pas davantage à l'homme qu'au gémeaux. La seule idée d'avoir à traiter ensuite le cancer lui serait insupportable. Ce ne serait pas bon signe."

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Selon Didier Colin, auteur du Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes (Larousse Livre, 2000) :


"Il y a trois doubles Gémeaux aux multiples facettes. Mais chacun d'entre eux est unique en son genre, comme l'illustre chacun des trois figures symboliques de ce signe. Les mythes des Gémeaux font toujours allusion à la double nature de l'homme. Les Mésopotamiens les appelaient les Grands Jumeaux. Ces deux êtres, semblables d'apparence, symbolisent souvent l'un l'esprit du bien, l'autre l'esprit du mal, sans que rien dans leur aspect physique ne nous permette de les différencier. La bonne conscience et la mauvais esprit empruntent souvent la même voix pour s'adresser à nous : la nôtre, bien sûr. Alors, nous réalisons qu'il y a toujours deux voies possibles en nous, deux voix en une, dont les discours peuvent, dont les discours peuvent sembler parfaitement identiques, mais dont les intentions ne sont pas du tout les mêmes. Dans de nombreuses cosmogonies, la nature androgyne de l'être humain est admise et montrée comme ne évidence. Ainsi, cette légende esquimaude, que nos a transmise l'explorateur Knud Rasmussen, n'est pas sans analogie avec la naissance d’Ève selon le récit biblique : "Il est dit qu'autrefois le monde tomba en morceaux et que toute chose vivante fut détruite. De puissantes trombes vinrent des cieux et la Terre elle-même fut détruite. Ensuite deux hommes apparurent sur la Terre. Ils venaient des collines de la Terre ; ils étaient nés ainsi,. Ils étaient déjà adultes quand ils émergèrent du sol. Ils vivaient ensemble comme mari et femme et bientôt l'un d'eux fut avec un enfant. Ensuite celui qui avait été le mari chanta une chanson magique : "Un être humain ici, un pénis ici. Puisse son ouverture être large et spacieuse. Ouverture, ouverture, ouverture !" Lorsque ces mots furent chantés, le pénis de l'homme se déchira avec un grand bruit et il devint une femme, et donna naissance à un enfant. Par eux trois l'humanité se multiplia."


Les Gémeaux du 1er décan, du 21 au 31 mai environ : les deux personnages représentant les premiers jumeaux du Zodiaque sont nus, côte à côte, étroitement enlacés. Il ne fait donc aucun doute qu'il s'agit d'un couple, l'homme à droite et la femme à gauche. Le bras droit de la femmes est entièrement dissimulé par le corps de l'homme, le bras gauche de l'homme est caché derrière le corps de la femme, de sorte que les bras droit de l'homme et gauche de la femme, repliés et levés vers le ciel, forment un angle à 90 degrés. Ces deux personnages donnent l'impression de ne former qu'un seul corps à deux têtes. Ils sont presque siamois. Ce qui les distingue toutefois, c'est d'abord la force qui se dégage de la tête de ml'homme et la douceur qui émane du visage de la femme. D'autre part, l'homme a la jambe droite légèrement fléchie, tandis que la femme a les jambes tendues. Collés l'un à l'autre, ils se tiennent debout, mais leurs corps sont inclinés vers la gauche, formant un angle angle de 70 à 80 degrés environ, et l'on se demande comment ils ne tombent pas, dans cette position. C'est tout simplement que, à l'instar de Neptune, maître de ce décan, ils sont portés par les flots, suivent les courants de pensées et d'idées propres à Mercure, maître de ce signe, et nous donnent l'impression d'être indifférenciés, c'est-à-dire de ne pas encre avoir été plongés dans l'univers de la dualité. Ce sont de vrais jumeaux, collés l'un à l'autre dans le même œuf originel.


Les Gémeaux du 2ème décan, du 1er au 10 juin environ : car la dualité apparaît ans le 2ème décan. Plus qu'une dualité, il s'agit même d'une opposition, d'une lute, d'un combat ou d'une danse rituelle, dont l'issue sera sans doute morelle. En effet, les jumeaux de ce décan sont deux hommes jeunes, qui se ressemblent et luttent ensemble. Celui de gauche est sur le point de tomber, et son compagnon, penché au-dessus de lui, le retient ou le précipite à terre, on ne sait trop, car le dessin qui est proposé là est ambigu. Y a-t-il violence et lutte, ou connivence et bienveillance ? Doit-on penser aux frères ennemis, à Abel et Caïn, par exemple, dont bien sûr l'histoire symbolique a une plus grande portée que celle d'un simple récit illustrant une querelle fratricide, ou au combat de Jacob avec l'ange qui, en fait, se rencontre et se combat lui-même ? Il faut savoir à ce sujet, que, dans le récit originel de la Bible relatant le combat de Jacob avec l'ange, le mot utilisé pour décrire cette lutte signifie aussi "étreinte". Dès lors, on comprend mieux l'ambiguïté qui se dégage du dessin figurant ce décan, dont on se demande si les deux personnages se combattent ou s'étreignent, luttent ou dansent...


Les Gémeaux du 3ème décan, du 11 au 20 juin environ : l'image symbolisant le 3e décan est celle que l'on choisit le plus souvent pour représenter ce signe double. Il s'agit d'un jeune homme et d'une jeune fille debout, la main gauche du jeune homme posée sur l'épaule droite de la jeune fille, la main droite de la jeune fille posée sur la hanche droite du jeune homme. Bien sûr, ces deux personnages se ressemblent étonnamment. La main du jeune homme posé sur l'épaule de la jeune fille nous renvoie à tout ce que symbolise l'épaule : le but de l'homme, la Terre promise, la Connaissance révélée, la nouvelle aurore ! Quant à la jeune fille, si sa main se trouve sur la hanche du jeune homme, c'est pour souligner que, comme Jacob se démit l'emboîture de la hanche pendant qu'il luttait avec l'ange (Genèse, XXXII, 25), l'homme est un boiteux. Il lui manque une partie de lui-même, et ce qui est symbolisé par l'épaule chez la femme l'est chez lui par la hanche.

Ainsi, au fil des trois décans de ce signe, nous partons du couple originel indifférencié pour aboutir à l'union des contraires qui, au fond, se ressemblent, en passant par la dualité. Nous sommes là dans un univers où le jeu relationnel et narcissique est roi. Mais, à l'instar du combat de Jacob avec l'ange, à ce jeu-là, qui perd gagne."


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Dans Les Druides et l’astrologie Origine et fondements de l’astrologie celto-druidique De la préhistoire au Moyen Âge (Aparis, 2014 ), Michel-Gérald Boutet fait le point sur les convergences entre les différents zodiaques antiques :


Les Gémeaux, les Dioscures des Grecs, sont aussi appelés Mithuna, « la paire » par les Indiens. Même concept chez les Scandinaves : ÞIazis Augar, « les yeux de Thiazi », c’est-à-dire tout ce qui arrive en paires, sous-entendant le ritualisme du sacrifice religieux. Le symbolisme solaire de l’œil est ici évident. « Le père de l’œil (du Soleil), qui est sage dans son cœur, créa semblable au beurre (de l’oblation) ces deux mondes pliés bas. Aussitôt que leurs extrémités furent retirées dans l’est, à ce moment ciel et terre se distancièrent au loin. » (R.V. Vishvakarman, 10.82, 1.) Les « joncs » des Hittites connotent l’eau, concept qui nous ramène à l’idée que les Grecs ont des Hyades pluvieuses. Les joncs sont, effectivement, l’abri du feu aquatique, connotant le « feu de l’être ». Indra, qui prendra refuge dans un roseau, ou tige de lotus, sera retrouvé par Agni parti à sa recherche au nom des autres dieux. Ce dernier s’y faufilera à son tour. Selon la tradition zoroastrienne, Nôtarga créa, avec le recours de la magie, une vache qu’il nourrit pendant un an de roseaux moissonnés et l’ayant trait, il donna de son lait à ses trois fils. Incidemment, le cochon ou les porcelets sont aussi liés à cet astérisme. Dans le Livre de Ballymote apparaît la notice Ruidzûig (ruidh sûig < Roudos Succoi « porcs rouges ») pour Gémeaux. En gaélique, Sùg désigne aussi la joie, l’hilarité ou le bonheur. Sur le chaudron de Gundestrup, on trouve la figure d’un dieu agrippant deux jeunes tenant des petits sangliers ou porcelets. Et sur le calendrier de Coligny, on peut lire Simiuisonios, « aux souffles capricieux », qui connote Simiuesses / Semiuesses « petits Cochons légers ou capricieux ».

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