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  • Anne

Le Pêcher



Étymologie :

  • PÊCHER, subst. masc.

Étymol. et Hist. 1. Ca 1150 peskiers (Conte de Floire et Blancheflor, éd. J.-L. Leclanche, 2026) ; fin xive s. pescher (Roques t. 2, n°9123) ; 2. 1316 fleur de pêcher « nuance de rose » (L. Douet-D'Arcq, Comptes de l'argenterie des rois de France, p. 5 : pour 2 aunes de [drap] fleur de peschier). Dér. de pêche1*; suff. -ier* (normalement réduit à -er après une palatale). Cf. déjà le lat. médiév. persicarius (viiie s., Capitulare de villis ds André Bot.).

  • PÊCHE, subst. fém.

Étymol. et Hist. 1. [Fin xie s. persches [?] « fruit du pêcher » (Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, n°798)] ca 1180 pesches (Vie de St Gilles, éd. G. Paris et A. Bos, 1925) ; 1903 pêches Melba (v. Melba) ; 2. a) 1803 « d'un rose pâle » (Théophile, Monsieur Botte, comédie, p. 41 ds Roll. Flore t. 5, p. 287 : un habit rose pêche) ; 1846 (Baudel., loc. cit. : une lumière rose ou couleur de pêche) ; 1909 (La Mode illustrée, 30 mai, 257a ds Quem. DDL t. 16 : nuance pêche) ; b) 1849 p. anal. d'aspect (Gabriel, La Belle Cauchoise, comédie ds Roll. Flore t. 5, p. 288 : ses joues ont le duvet de la pêche) ; 1877 (Zola, Assommoir, p. 709 : une peau veloutée de pêche) ; 1884 (Id., Coquill. M. Chabre, p. 248 : teint de pêche) ; 3. arg. a) 1866 déposer une pêche « déféquer » (Delvau) ; b) 1878 « tête » (Rigaud, Dict. jargon paris. : Épiler la pêche (se faire). Se faire raser) ; 1938 se fendre la pêche « rire, s'amuser » (Céline, Bagatelles pour un massacre, p. 102 ds Cellard-Rey 1980) ; c) 1900 « coup, gifle » (Nouguier, Notes manuscr. Dict. Delesalle, p. 207 : détacher une pêche : envoyer un coup de poing) ; d) 1960 avoir la pêche « avoir le moral » (ds Esn., prob. d'apr. le suivant) ; 1961 (P. Roche, L'Arg. de l'École de l'air ds Vie Lang., p. 176 : avoir la pêche [...] « posséder un moral de fer »). Du b. lat. persica « pêche » (vie s., Dioscoride en lat. ds André Bot. ; cf. aussi la forme pessica, ive-ve s. (?) Appendix Probi ds Walde-Hofm. et André Bot.), neutre plur. pris comme fém. sing. de persicum (ier s., Pline), issu p. ell. de malum persicum proprement « fruit de Perse » (ier s., Celse ds OLD), ainsi nommé en raison de sa provenance. Les noms du pêcher en lat. étaient persica arbor proprement « arbre de Perse » (Pline), persicus (ier s., Columelle), persica malus (ve s., Macrobe). Au sens 1, les pêches Melba ont été ainsi nommées en 1893 par le cuisinier fr. G. A. Escoffier, en l'honneur de la cantatrice australienne Nellie Melba (Ac. Gastr. 1962 ; Encyclop. brit., s.v. Escoffier).


Lire également les définitions de pêche et pêcher du nom pour amorcer la réflexion symbolique.

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Botanique :

Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage intitulé simplement Des fruits (Librairie Arthème Fayard, 1994), brosse le portrait de la Pêche :


Le pêcher est originaire de Chine, où prêtres, poètes et sculpteurs en firent un symbole de l'immortalité, qu'il éternisât la vie pour les uns ou qu'il empêchât le corps de se corrompre pour les autres. Le pêcher est à l'estampe japonaise : un emblème de la plus pure beauté. Ténus et évanescents, les pêchers illustrent, de leurs fleurs délicatement rosées, miniatures, aquarelles et objets d'art chinois.


La pêche fut cultivée en Perse dont on l'a d'abord crue originaire, comme le rappelle sa dénomination latine, Prunus persica. Elle fut introduite en Italie sous le règne d'Auguste. Puis elle connut la vindicte des naturalistes romains, de Pline et de Galien en particulier ; il est vrai qu'à l'époque les pêches étaient plus riches en eau qu'en saveur. Venance Fortunat, poète italien du VIe siècle, « goinfre fieffé et redoutable pique-assiette », mentionne à la fin d'un repas offert par un riche habitant de Soissons , « ces doux fruits que le vulgaire appelle les pêches ». La pêche est ensuite signalée dans le capitulaire De Villis de Charlemagne.

Sous le règne de Louis XIV, on comptait déjà trente-trois variétés de pêches, dont La Quintinie établit la liste. Celui-ci cultivait les pêchers en espaliers, appuyés à des murs blancs qui reflétaient la chaleur solaire, selon une technique récemment redécouverte, elle aussi d'origine chinoise. Louis XIV raffolait des pêches et ses successeurs héritèrent de cette prédilection.

Henri Leclerc rapporte une anecdote concernant Louis XVIII qui tenait lui aussi les pêches en grande estime : « Un matin, Saturnin, jardinier de Louis XVIII, confie à son enfant deux pêches magnifiques, dessert attendu du roi ; l'enfant met soigneusement les fruits dans un panier et les porte à Sa Majesté. A la vue de ces pêches sans pareilles, Louis XVII, voulant louer l'enfant, le fait venir, le fait asseoir et, séance tenante, savoure avec délices la plus belle des deux pêches. Quelle volupté ! Le fruit est d'une suavité incomparable, et l'enfant est futé, mutin, charmant : "Petit, lui dit le roi, tu me plais : prends cette seconde pêche et mange-la. - Volontiers", fait le gamin, ravi. Et, tirant de sa poche un couteau rustique, il se met à peler délicatement le fruit que le roi lui a donné : "Malheureux ! s'écrie Louis XVIII en saisissant de sa main gonflée par la goutte la main de l'enfant. Tu ne sais donc pas, petit sot, qu'une pêche ne se pèle jamais ? - Je vais vous dire, raconte tranquillement l'enfant : en route, j'ai laissé tomber mon panier en cueillant des mûres et les pêches ont roulé dans la crotte". »,

Parmi les diverses variétés de pêches figuraient, à l'époque du Roi-Soleil, la belle de Vitry et la belle de Chevreuse. Ces dénominations nous rappellent que les cultures fruitières se développaient alors dans la région parisienne, avant que la croissance de la métropole ne vînt remplacer arbres et vergers par des tours de béton et des cités-dortoirs. De surcroît, les anciens vergers d'Île-de-France eurent à subir la concurrence de ceux du Midi et de ceux, encore plus éloignés, d'Espagne ou d'Italie du jour où le chemin de fer permit le transport rapide de ces fruits fragiles.

Les multiples variétés de pêches se différentient par trois caractères : la peau plus ou moins veloutée ou plus ou moins lisse, comme c'est le cas pour la nectarine et le brugnon, hybride du pêcher et du prunier ; la couleur de la chair, rouge chez les pêches dites de vigne (la seule variété cultivée qui soit apte à se reproduire aisément à partir du noyau, le pêcher étant communément greffé sur amandier ou sur prunier) ; blanche chez la plupart des espèces, mais jaune chez les pêches abricots dont les variétés pavies sont le plus fréquemment cultivées aujourd'hui ; chez ces variétés, la chair adhère au noyau, ce qui est le cas également du brugnon, mais non de la nectarine ; c'est là en effet le troisième caractère distinguant les diverses variétés de pêches.

Si, autrefois, la pêche fut facilement dénoncée comme un fruit suspect, sans doute à cause de sa propension à pourrir très rapidement, les hygiénistes se sont toujours accordés pour en conseiller l'usage aux dyspeptiques. En effet, en raison de sa faible acidité, de sa faible teneur en sucre, du moelleux de sa chair, elle est l'un des fruits les mieux tolérés par l'estomac. Mais si les Anciens se méfiaient des fruits du pêcher, ils faisaient en revanche grand cas de ses feuilles et des es fleurs. Henri Leclerc nous rappelle que « le sirop de fleurs de pêcher était un des rares purgatifs qui trouvât grâce aux yeux de Gui Patin, dot on sait que l'arsenal thérapeutique se réduisait ordinairement au séné, au son et à la saignée, ces trois "S" avec lesquels Théophraste Renaudot l'accusait charitablement d'envoyer ses malades dans un monde meilleur... »

Les fleurs et feuilles du pêcher, tout comme les noyaux - de même, d'ailleurs, que les noyaux de la plupart des Prunus -, contiennent des traces d'acide cyanhydrique, encore qualifié d'acide prussique, car il est apparenté chimiquement au bleu de Prusse. On en fit jadis des remèdes sédatifs et on conseillait à bon droit le sirop de fleurs de pêcher dans le traitement de la coqueluche : en l'espèce, il répond à une double indication en jouant simultanément le rôle d'un calmant et d'un laxatif, tout en soustrayant les jeunes malades aux débauches médicamenteuses dont les accable trop souvent la sollicitude de leur entourage.

La pêche est également un fruit efficace contre la constipation ; mais, trop verte u trop mûre, elle peut provoquer des diarrhées. Il convient donc de choisir des pêches à point. On trouve en outre dans la pêche un grand nombre d'oligo-éléments, mais assez peu de vitamines.

S'il est en Chine un symbole d'immortalité, le pêcher lui-même ne bat aucun record de longévité : on lui donne au plus quinze ans d'espérance moyenne de vie.

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Historique des empoisonnements relatifs à l'acide cyabhydrique :


Nicolas Simon, dans une thèse intitulée Le poison dans l’histoire : crimes et empoisonnements par les végétaux et soutenue à la faculté de pharmacie de Nancy, (Sciences pharmaceutiques. 2003. ffhal-01732872f) nous rappelle la dangerosité de plantes que l'on juge souvent inoffensives :


Les plantes contenant le plus d'acide cyanhydrique appartiennent à la famille des Rosaceae qui regroupe des plantes plus que familières telles que le pêcher, le cerisier, le pommier, l'abricotier, le prunier ou l'amandier. Ces plantes, nous les connaissons bien et nous croyons tous qu'elles ne peuvent pas nous faire de mal. Et pourtant les noyaux de leurs fruits contiennent en quantité non négligeable un des poisons les plus toxiques et les plus foudroyants que l'Homme ait jamais découvert: le cyanure.

Les funestes effets de l'acide cyanhydrique étaient connus depuis l'Antiquité: ce sont eux que les prêtres égyptiens utilisaient, après avoir extrait l'acide de la pêche, pour punir les initiés qui avaient trahi les secrets de l'art sacré, et selon la coutume juive et égyptienne, les « eaux amères », prédécesseurs de l'eau de laurier-cerise, de l'essence d'amandes amères et même du kirsch, servaient au châtiment des femmes adultères sans laisser la moindre trace dans son cadavre. Nous avons vu précédemment que Britannicus aurait visiblement succombé sous l'effet du cyanure.

C'est en 1709 que le philosophe allemand Conrad Dissel, se piquant d'alchimie, prépara le bleu de Prusse. Puis, en 1782, partant de ce produit, le suédois Charles Guillaume Scheele, l'un des fondateurs de la chimie organique, en isola un acide qui reçut le nom d'acide prussique. Il garda ce nom jusqu'en 1814 après que Louis Gay-Lussac ait obtenu la molécule d'acide cyanhydrique à l'état pur et son précurseur, le cyanogène.

On dit que le scientifique suédois fut la première victime de sa trouvaille puisqu'il mourut subitement dans son laboratoire en 1786. Un chimiste autrichien, Schlaringen, serait mort d'avoir laissé trop longtemps de l'acide prussique au contact de son bras nu.

Ce poison si toxique, nous pouvons le trouver tous les jours à portée de main: écrasez un noyau de cerise ou un pépin de pomme et vous sentirez une odeur d'essence d'amande amère caractéristique de l'acide cyanhydrique que vous venez de produire par hydrolyse. Mais pour ressentir le moindre début d'intoxication, il faudrait ingurgiter une quantité considérable de noyaux. En revanche, le danger peut rapidement venir de l'amande ; il existe deux types d'amandier, l'un produisant les amandes douces (Prunus amygdalus var. dulcis) et l'autre, les amandes amères (Prunus amygdalus var. amara). L'amertume des amandes de cette deuxième variété est due à la présence d'un hétéroside cyanogénétique (c'est-à-dire qui produit du cyanure) : l'amygdaloside. Une centaine de grammes d'amandes amères constituerait une dose létale pour l'homme et cinq à six amandes suffiraient à provoquer la mort d'un enfant. Et il faut savoir qu'il n'est pas rare de trouver quelques amandes amères dans un lot d'amandes douces, d'où un nombre important d'intoxications parfois fatales.

[...] De par sa rapidité d'action, c'était autrefois le moyen favori de suicide des photographes, chimistes, médecins (qui en disposaient toujours dans leurs laboratoires), mais aussi des espions, tombés aux mains de l'ennemi, qui se supprimaient grâce à une capsule de cyanure cachée dans une dent creuse.

Citons l'histoire d'Alan M. Turing (1912-1954), qui fut l'un des plus grands génies du 20ème siècle. Premier théoricien de l'informatique, il formalise les notions qui vont permettre à celle-ci et à J'intelligence artificielle de se développer (machine de Turing, test de Turing ... ). Au service de l'armée britannique pendant la seconde guerre mondiale, il vient à bout du cryptage des messages nazis en perçant les secrets de la machine Enigma, procurant un avantage stratégique inestimable aux Alliés. Mais pendant la guerre froide, il fut persécuté par l' administration britannique pour son homosexualité et il fut condamné à la castration chimique. Il mit fin à ses jours le 7 juin 1954, en croquant dans une pomme qu'il avait imprégnée de cyanure. Plusieurs années plus tard, trois jeunes américains fondent une société d'informatique promise à un grand avenir, qu'ils baptisent Apple et prennent pour logo une petite pomme entamée, aux couleurs de l'arc-en-ciel. Beaucoup, dans le milieu étroit de l'informatique naissante des années 70, y reconnaîtront un hommage au destin tragique du père fondateur de l'informatique.


Des années sombres : L'acide cyanhydrique connut une de ses heures de gloire lors de la première guerre mondiale, en effet, l'acide prussique fut l'un des nombreux gaz de combat utilisés sur les champs de bataille pendant cette guerre, souvent associé au phosgène. Les spécialistes français, qui croyaient beaucoup aux vertus militaires de l'acide cyanhydrique, l'utilisèrent de façon massive dans des projectiles d'artillerie à partir de 1917. Mais cet acide a aussi connu une période plus trouble, plus dévastatrice et surtout plus honteuse dans l'Histoire : c'est lui qui était le composant principal du Zyklon B. Les nazis s' aperçurent que ce gaz, initialement utilisé comme insecticide, était d'une toxicité sans égale et pouvait se révéler l'outil idéal dans leur immense projet de purification ethnique. Les premières chambres à gaz à Zyklon B furent installées en 1941 à Auschwitz. Au début, elles pouvaient permettre de gazer près de neuf cent personnes entassées à plus de dix par mètres carrés en une seule opération.

Le témoignage suivant nous est rapporté par R. Vrba et F. Wetzler, rescapés d'Auschwitz :


« Pour persuader les malheureux qu'on les conduit vraiment au bain, deux hommes vêtus de blanc leur remettent à chacun un linge de toilette et un morceau de savon. Puis on les pousse dans la chambre des gaz C. Deux mille personnes peuvent y rentrer, mais chacun ne dispose strictement que de la place pour tenir debout. Pour parvenir à parquer cette masse dans la salle, on tire des coups de feu répétés afin d'obliger les gens qui y ont déjà pénétré à se serrer. Quand tout le monde est à l'intérieur, on verrouille la lourde porte. On attend quelques minutes, probablement pour que la température dans la chambre puisse atteindre un certain degré, puis des SS revêtus de masques à gaz montent sur le toit, ouvrent les fenêtres et lancent à l'intérieur le contenu de quelques boîtes de fer blanc : une préparation en forme de poudre. Les boîtes portent l'inscription "Cyklon" (insecticide), elles sont fabriquées à Hambourg. Il s'agit probablement d'un composé de cyanure, qui devient gazeux à une certaine température. En trois minutes, tous les occupants de la salle sont tués. »

Le poison fut responsable, dans les camps de la mort, d'un nombre incalculable mais sûrement gigantesque de victimes innocentes. La «solution finale» des nazis a permis au poison de prendre subitement une autre dimension: il était auparavant l'outil d'un homme qui voulait supprimer un autre homme; avec les camps de la honte il devient un outil de mort industriel, un outil d'extermination de masse. C'est cette facette du poison qui perdurera jusqu'à nos jours et qui continuera encore longtemps après nous. Et ne l'oublions pas, ce sont d'innocentes plantes qui ont servi de base à cette industrie de mort.

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Symbolisme :


D'après Angelo de Gubernatis, auteur de La Mythologie des plantes ou les légendes du règne végétal, tome 2 (C. Reinwald Libraire-Éditeur, Paris, 1882),

PECHER. — D’après une superstition populaire sicilienne, celui qui a le goître et qui, la nuit de la Saint-Jean ou de l’Ascension, mange une pêche, en guérit sans faute, à condition que le pêcher à l’instant même périsse ; on pense que le pêcher, en mourant, prend le goître sur lui, et en délivre celui qui a le malheur d’en être affligé. Dans la Lomelline (Haute-Italie), on cache soigneusement les feuilles du pêcher sous la terre, où elles pourrissent : elles aident à la guérison des boutons qui se forment sur les mains, dits poireaux.

 

Selon Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, auteurs du Dictionnaire des symboles, (1ère édition, 1969 ; édition revue et corrigée Robert Laffont, 1982),


"Le pêcher en fleur est en raison de sa floraison précoce, un symbole du printemps. La Chine en fait simultanément, et pour la même raison de renouvellement et de fécondité, un emblème du mariage. Les fêtes célébrées au Japon en l'honneur des fleurs de pêcher (Momo) semblent y ajouter la double notion de pureté et de fidélité : la fleur de pêcher symbolise la virginité.

Le fruit se rattache en revanche au mythe d'Izanagi qui, grâce à lui, se protégea du tonnerre. Il possède un rôle de protection contre les influences mauvaises, une valeur d'exorcisme, qu'on retrouve très nettement en Chine. L'exorcisme est pratiqué à l'aide d'u bâton de pêcher, peut-être parce que Yi-l'Archer fut tué par un tel bâton, lequel est une arme royale. Au nouvel an, des figurines en bois de pêcher sont placées au-dessus des portes pour éliminer les influences perverses.

Souvent, le pêcher - et la pêche - sont des symboles d'immortalité. Le pêcher de la Siwang mou, la Royale Mère de l'Ouest, produit tous les trois mille ans des pêches qui confèrent l'immortalité. Les Immortels se nourrissent de fleurs de pêcher (et de prunier) ou, comme Koyeou, des pêches du Mont Souei. La sève du pêcher, rapporte le Pao-p'ou tseu, rend le corps lumineux. La pêche apporte mille printemps, assure l'iconographie populaire.

Les légendes des sociétés secrètes chinoises reprennent symboliquement le thème historique du Serment du Jardin des Pêchers. Or certaines versions en font un Jardin d'Immortalité, sorte d'Eden de la nouvelle naissance, ce qui identifie le pêcher à L'Arbre de Vie du Paradis terrestre, aboutissement ici du voyage initiatique.

On ajoutera que la vue des fleurs de pêcher fut la cause de l'Illumination du moine Ling-yun, c'est-à-dire qu'elle produisit spontanément son retour au centre, à l'état édénique.

D'après le Livre des monts et des mers, petit ouvrage de géographie mythologique, composé vers le IIIe siècle avant notre ère, il y avait un pêcher colossal, avec un tronc de 3000 lis de tour (environ 1500 mètres), dans les branches duquel s'ouvrait La Porte des Revenants. Les gardiens de cette porte étaient chargés de saisir les revenants malfaisant et de les donner en pâture aux tigres, car les tigres ne se repaissent que d'individus tarés. C'est le fameux empereur Houang-Ti, qui eut l'idée de ne plus utiliser de gardiens, mais de suspendre tout simplement leur effigie en bois de pêcher sur les portes. C'est également en bois de pêcher que l'on fabrique les pinceaux de divination, le Ki-Pi, sorte de fourche laquée de rouge dont les mouvements, en dessinant les caractères, rendent l'oracle."

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Pour Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques (1ère édition, 1985 ; adaptation de l'américain par Michel Echelberger, Éditions Sand, 1987), le Pêcher (Prunus persica) a les caractéristiques suivantes :


Genre : Féminin

Planète : Vénus

Élément : Eau

Pouvoirs : Fécondité ; Sagesse ; Longévité.


Il y avait alors, à Babylone, deux juges corrompus qui, ayant surpris une femme, la chaste Suzanne, dans son jardin alors qu'elle prenait son bain à la fontaine, voulurent la séduire en la menaçant de l'accuser d'adultère si elle leur résistait. Suzanne répondit qu'elle aimait mieux mourir, et elle se mit à crier au secours ; mais les deux affreux vieillards déclarèrent en présence du peuple qu'ils l'avaient vue en situation compromettante dans les bras d'un jeune homme qui avait pris la fuite à leur approche. Suzanne allait donc être lapidée suivant la loi, lorsque Daniel, ayant conçu des doutes, demanda la parole.

Il fit séparer les deux accusateurs pour les interroger l'un après l'autre, et demanda au premier :

« Sous quel arbre de son jardin avait-il surpris cette femme en train de fauter ?

- Sous un figuier », répondit sans hésitation le juge véreux.

Puis Daniel posa la même question à l'autre qui répondit :

« Sous un Pêcher. »

peuple reconnut alors la fourberie des deux vieillards, et il les lapida à la place de Suzanne.


Utilisation magique : Manger des pêches rend amoureux et sage en même temps, ce qui est assez exceptionnel : ne dit-on pas plutôt que « l'amour rend fol », alors que la sagesse échoit au contraire aux tempérants, aux abstinents. Telle est pourtant la tradition anglo-saxonne attachée à ce fruit – tradition qu'ont longtemps observée les jeunes Anglaises et Américaines en s'empressant de servir à l'homme qu'elles convoitaient d'appétissantes compotes ou de croustillantes tartes aux pêches...

Porter sur soi une boule de « sang » qui perle en été sur l'écorce des vieux Pêchers assure une vieillesse vigoureuse, préservée de la sénilité comme des maladies.

En Chine, autrefois, les branches de cet arbre fruitier étaient utilisées pour chasser les mauvais esprits et expulser les maladies qui avaient réussi à pénétrer dans le corps d'un humain ou d'un animal. Dans beaucoup de provinces du centre, les petits enfants, comme les animaux domestiques du village, portaient à leur cou un noyau de pêche enfilé sur un cordon.

L'amande qui se trouve à l'intérieur du noyau était pilée; et le lait recueilli servait aux rites de désensorcellement. Pour les Japonais, le Pêcher est un arbre fécondant. Son bois fait de très bonnes baguettes de divination.

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Dans Le Livre des Fleurs (Librairie philosophique J. Vrin, 1989), Georges Ohsawa (Nyoiti Sakurazawa) tente d'initier les Occidentaux à la subtilité de l'art des fleurs.


Au Japon, "Chaque fête populaire est en même temps une fête de fleur. Au nouvel an, c'est le pin et le prunier qui sont à l'honneur. Au mois de mars ce sont les fleurs de pêcher, symboles de la virginité. Alors les jeunes filles disposent leurs poupées sur une ou plusieurs étagères décorées de branches fleuries.

 

D'après​ Le Livre des symboles, réflexions sur des images archétypales (2010) dirigé par Ami Ronnberg et Kathleen Martin, avec le concours des auteurs de ARAS,


"Une vierge de jade tient un plateau chargé de succulentes pêches roses préparées pour la déesse. Celle qui s'apprête à déguster ces fruits extraordinaires est Xiwangmu, la reine-mère d'Occident. Ils ont mis 3 000 ans à mûrir, car ce sont des pêches d'immortalité (Little). Maintenant qu'elles ont été cueillies, Xiwangmu invite les autres dieux taoïstes à une fête où ils pourront manger les fruits de cette récolte miraculeuse (Eberhard).

Le pêcher de Xiwangmu pousse dans le jardin de son palais situé dans le paradis chinois du Mont Kunlun (Little). Faisant trois mille lieues d'envergure, ses branches enchevêtrées grimpent jusqu'au ciel et servent d'échelle aux dieux pour aller et venir entre la terre et les cieux. Outre le fait d'être protégé par des gardiens divins, le bois du pêcher contient du ling, la force spirituelle, et protège donc des mauvais esprits (Birelle, Leach).

Le symbolisme de la pêche est varié, conjuguant le sensuel et l'ésotérique, l'humain et le divin. En apparence et en goût, la pêche suggère une abondance juteuse à la fois naturelle et sacrée. Fleurissant au début du printemps, le pêcher annonce avec certitude la régénération de la nature. Tant en Occident qu'en Orient, la pêche, avec ses formes rondes et son sillon, est associée depuis longtemps au sexe féminin et au principe féminin de fécondité et de renouveau (Stevens). Ne dit-on pas des femmes qui ont bonne mine et une peau saine qu'elles ont "un teint de pêche" ? Le Printemps de la fleur de pêcher Deux mythes, l'un chinois l'autre japonais, établissent poétiquement le rapprochement entre la pêche et le renouveau de la vie. Le premier, , parle d'une profonde grotte au fond de laquelle on accède à un monde enchanté au-delà de la vie mortelle (Eberhard). Dans le second, Le Petit Garçon pêche, un couple sans enfant trouve une grosse pêche flottant dans un ruisseau. En la fendant, ils découvrent à l'intérieur un minuscule garçon, Momotar, ou "garçon-pêche". En grandissant, celui-ci devient un héros et récupère un trésor volé par une bande de démons (Pigott).

Les pêches ne sont pas uniquement des fruits magiques et la nourriture des Immortels, elles touchent également les vies ordinaires. Shou-Lo, un vieillard barbu représenté sortant d'une pêche, est le dieu chinois de la longévité. Cette promesse est célébrée par une soupe spéciale consommée en Chine le premier jour de l'an (Leach).

On raconte que lorsqu'une âme mange un fruit du pêcher sacré, elle jouit de trois mille ans de bonne santé. Mais chaque fois que nous mordons dans la chair juteuse d'une pêche, nous n'avons pas besoin de jardin divin ni d'entrevoir l'éternité. Tandis que nous perçons sa surface duveteuse et que notre palais est envahi par sa riche saveur sucrée, nous sommes de plain pied dans le présent et goûtons à notre propre petit paradis."


Anne Birrell, Mythes chinois, trad. V. Thierry Scully, Paris, 2005 /

Wolfram Eberhard, A Dictionnary of Chinese Symbols, Londres et NY, 1986 /

Maria Leach (ed.), Funk & Wagnall Standard Dictionnary of Folklore, Mythology and Legend, NY, 1949 /

Stephen Little et Shawn Eichman, Taosim and the Arts of China, Berkeley, 2000 /

Juliet Pigott, Japanese Mythology, Londres et NY, 1969 /

Anthony Stevens, Ariadne's Clue : A Guide to the Symbols of Humankind, Princeton, 1998.

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Eric Pier Sperandio, auteur du Grimoire des herbes et potions magiques, Rituels, incantations et invocations (Editions Québec-Livres, 2013), présente ainsi le Pêcher (Prunus persica) :


"C'est un arbre que l'on cultive un peu partout dans le monde pour ses fruits splendides et d'un goût délectable.


Propriétés médicinales : Les feuilles de cet arbre, prises en infusion, accroîtront le flot urinaire. cette infusion a aussi un effet calmant sur le stress et la nervosité. Prises en décoction, ses feuilles agissent comme un expectorant utilisé dans les cas de bronchites chroniques et de congestion pulmonaire.

Une infusion des feuilles est également recommandée pour enrayer les nausées et les vomissements qui surviennent au cours d'une grossesse. Petite précaution : attention, une trop grande utilisation de cette plante en tisane pourrait avoir des effets purgatifs.


Genre : Féminin.


Déités : Aphrodite ; Vénus ; Perséphone.


Propriétés magiques : Amour ; Fertilité ; Santé ; Concrétisation de ses rêves


Applications :

SORTILÈGES ET SUPERSTITIONS

  • La tradition veut que les pêches provoquent le sentiment amoureux chez ceux et celles qui en mangent.

  • En Asie, on utilise les branches de cet arbre pour chasser les mauvais esprits et on suspend un noyau de pêche au cou des enfants afin d'éloigner le mauvais sort.

RITUEL POUR CONCRÉTISER UN RÊVE OU UN SOUHAIT

Ce sortilège doit être pratiqué pendant sept jours consécutifs, durant le cycle croissant de la lune (idéalement, vous pouvez l'achever le soir de la pleine lune). Chaque soir, vous devez vous concentrer sur le même rêve ou le même souhait.


Ce dont vous avez besoin :

  • sept chandelles de couleur pêche

  • de l'encens de pêche

  • sept noyaux de pêche séchés

  • un pot de verre

  • un morceau de papier de couleur pêche.

Rituel : Allumez votre chandelle (une nouvelle chaque soir) et votre encens, puis inscrivez votre souhait sur le morceau de papier et glissez-le dans le pot de verre. Placez-y ensuite un noyau de pêche en disant :


Perséphone, j'invoque ton aide

Voici mon désir, fais qu'il se réalise

Je te prie de m'accorder cette faveur

Je t'honore et invoque ta présence


Répétez ce rituel pendant sept soirs ; ajoutez un nouveau noyau chaque fois. A la fin, scellez le pot avec de la cire couleur pêche et allez l'enterrer pour que votre souhait se réalise."

Viens à mon aide sans tarder.

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Symbolisme alimentaire :

Pour Christiane Beerlandt, auteure de La Symbolique des aliments, la corne d'abondance (Éditions Beerlandt Publications, 2005, 2014), nos choix alimentaires reflètent notre état psychique :


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